Skip to main content

Full text of "Bibliothèque de l'École des chartes"

See other formats


■«HW^^B^°A¥.f  ■ 


BIBLIOTHEQUE 

DE    L'ÉCOLE 

DES    CHARTES 

LXV. 


IMPRIMERIE   DAUPELEY-GOUVERNEUR,    A   NOGENT-LE-ROTROU. 


BIBLIOTHÈQUE 

DE   L'ÉCOLE 

DES  CHARTES 


REVUE  D'ÉRUDITION 


CONSACRÉE    SPECIALEMENT  A   L'ETUDE   DU   MOYEN   AGE. 


LXV. 

ANNÉE    1904. 


-• =:afe= »- 


PARIS 

LIBRAIRIE   D'ALPHONSE   PICARD   ET    FILS 

RUE     BONAPARTE,    82 

^904 


M 


NOTICE 

SUR  LES  MANUSCRITS  ORIGINAUX  ET  AUTOGRAPHES 


DES 


OEUVRES   DE   BRANTOME 

CONSERVÉS  A  LA  BIBLIOTHEQUE  NATIONALE. 


Après  avoir  mené  pendant  trente-cinq  ans  la  vie  la  plus  active 
et  la  plus  agitée,  presque  toujours  en  voyages,  à  la  guerre  ou  à 
la  cour,  après  avoir  joui  successivement  de  la  faveur  du  roi 
Henri  II  et  de  celle  de  ses  trois  fils,  François  II,  Cliarles  IX  et 
Henri  III,  Pierre  de  Bourdeille  s'était  retiré  dans  son  château 
de  Brantôme  en  Périgord.  Il  y  passa  les  vingt-cinq  dernières 
années  de  sa  vie  et,  pour  adoucir  les  regrets  de  «  ces  jeunes  ans 
auprès  desquels  tous  empires  et  royaumes  ne  sont  rien'  »,  pour 
se  consoler  de  l'inconstance  de  la  «  Fortune  traistresse  et 
aveugle'^  »,  il  s'adonna  désormais  tout  entier  à  ses  études  et  à  la 
rédaction  de  ses  livres,  «  que  j'ay  faictz,  dit-il,  et  composez  de 
mon  esprit  et  invention,  et  avecques  grand'peine  et  travaux, 
escrits  de  ma  main^  ».  Le  30  décembre  1609,  craignant  sa  mort 
prochaine,  alors  qu'elle  ne  devait  arriver  que  cinq  ans  plus  tard, 
le  5  juillet  1614,  il  avait  déposé  entre  les  mains  du  notaire  de 
Brantôme  un  testament  solennel,  dans  lequel  un  long  paragraphe 
était  consacré  aux  manuscrits  de  ses  œuvres  et  à  leur  publica- 
tion par  les  soins  de  ses  héritiers^.  Mais  ceux-ci  ne  remplirent 

1.  Œuvres  de  Brantôme,  éd.  L.  Lalanne,  t.  IX,  p.  632. 

2.  Ibid.,  t.  V,  p.  396. 

3.  Ibid.,  t.  X,  p.  126. 

4.  Ibid.,  t.  X,  p.  126-128. 


6  NOTICE   SDR   LES   MANUSCRITS   ORIGINAUX   ET   AUTOGRAPHES 

pas  ses  intentions,  soit  qu'ils  n'eussent  pas  voulu  peut-être  ravi- 
ver le  souvenir  des  guerres  civiles  du  siècle  précédent,  dont  les 
héros  de  Brantôme  avaient  été  les  principaux  acteurs,  soit  plutôt 
qu'ils  eussent  trouvé  trop  lourde  l'obligation  qui  leur  était  impo- 
sée de  faire  luxueusement  imprimer  ces  volumineux  recueils. 

Cinquante  ans  devaient  s'écouler  encore  avant  qu'un  libraire 
de  Hollande  fît  paraître  à  Leyde  ou  à  la  Haye,  en  1665  et  1666, 
sur  une  de  ces  médiocres  copies,  tirées  des  manuscrits  originaux 
et  qui  s'étaient  déjà  multipliées  dans  les  cabinets  des  curieux,  les 
neuf  petits  volumes  in- 12  de  la  première  édition  des  œuvres  de 
Brantôme*.  Soixante-quinze  ans  après.  Le  Duchat,  Lancelot  et 
Prosper  Marchand  en  donnaient  une  nouvelle  édition  (La  Haye, 
1740,  15  vol.  in-12),  qui  marquait  un  progrès  réel  sur  la  pré- 
cédente et  pour  laquelle  les  éditeurs  avaient  fait  usage  de  plu- 
sieurs des  manuscrits  originaux.  Enfin,  au  cours  du  xix*'  siècle, 
trois  éditions  des  œuvres  complètes  de  Brantôme  étaient  publiées 
à  Paris.  La  première,  parue  sans  nom  d'éditeur,  chez  le  libraire 
Foucault,  avec  une  longue  et  savante  notice  historique  de  Mon- 
merqué  (1821-1824,  8  vol.  in-8°),  fut  bientôt  reproduite  en  deux 
volumes  dans  le  Panthéon  lUtéraire  de  Buchon  (1838).  La 
seconde  et  la  troisième  ont  été  publiées  simultanément,  l'une, 
dans  la  Bibliothèque  elzèvirienne  du  libraire  Jannet,  par  les 
soins  de  Prosper  Mérimée  et  de  Louis  Lacour  (1858-1895, 
13  vol.  in-16),  l'autre,  due  à  Ludovic  Lalanne  (1864-1896, 
11  vol.  in-8''),  fait  partie  des  publications  de  la  Société  de  l'his- 
toire de  France. 

Bien  que  les  noms  de  ces  différents  érudits  soient  une  sûre 
garantie  de  la  science  et  du  soin  avec  lesquels  ces  dernières  édi- 
tions ont  été  préparées  et  publiées,  on  ne  possède  pas  encore 
cependant  un  texte  définitif  des  œuvres  de  Brantôme.  Ce  texte, 
un  futur  éditeur  le  pourra  désormais  établir  sur  les  manuscrits 
originaux  et  autographes  eux-mêmes,  dont  la  série,  presque 
complète,  se  trouve  aujourd'hui  réunie  à  la  Bibliothèque  natio- 
nale, grâce  à  une  récente  et  nouvelle  libéralité  de  W"  la  baronne 
James  de  Rothschild. 

On  peut  reconnaître  dans  les  manuscrits  qui  subsistent  de  la 
plupart  des  œuvres  de  Brantôme  trois  et  quatre  rédactions  suc- 

1.  Leyde,  Jean  Sambix  le  jeune,  à  la  Sphère.  On  l'annexe  ordinairement  à  la 
collection  des  Elzéviers. 


DES    (EDVRES   DE   BRANTOME.  7 

cessives  et  différentes  pour  les  Vies  des  grands  Capitaines,  les 
Rodomontades  espagnoles  et  le  premier  livre  des  Dames. 

Une  première  rédaction  se  trouve  dans  les  manuscrits  autre- 
fois conservés  par  le  marquis  de  Bourdeille  et  que  les  précédents 
éditeurs  n'avaient  pu  jusqu'ici  qu'entrevoir,  sans  être  en  mesure 
de  les  utiliser'.  Ce  sont  les  treize  volumes,  de  format  petit 
in-folio,  recouverts  uniformément  de  parchemin  blanc,  qui 
viennent  d'être  récemment  incorporés  dans  les  collections  de  la 
Bibliothèque  nationale.  Les  cinq  premiers  volumes  (mss.  nouv. 
acq.  franc.  20468  à  20472)  ont  conservé  le  texte  primitif  des 
Vies  des  grands  Capitaines ,  avec  un  double  état  pour  une 
partie  de  ces  vies;  le  sixième  volume  (ms.  nouv.  acq.  franc.  20473) 
contient  le  Discours  sur  les  colonels.  Dans  les  septième,  hui- 
tième et  neuvième  volumes  (mss.  nouv.  acq.  franc.  20479, 
20476  et  20477)  se  trouvent  trois  états  différents  des  Rodomon- 
tades espagnoles.  Les  Discours  sur  les  duels,  sur  M.  de  la 
Noue  et  sur  les  Retraites  de  guerre,  dont  on  ne  possédait  jus- 
qu'ici aucun  manuscrit,  et  ces  deux  derniers  discours  en  double 
état,  ont  été  conservés  dans  les  septième,  huitième  et  dixième 
volumes  (mss.  nouv.  acq.  franc.  20479,  20476  et  20478);  enfin, 
le  premier  livre  des  Dames,  en  double  état,  avec  un  court  frag- 
ment du  second  livre,  malheureusement  lacéré,  occupe  les  onzième, 
douzième  et  treizième  volumes  (mss.  nouv.  acq.  franc.  20474, 
20475  et  20480). 

De  la  seconde  rédaction,  considérée  jusqu'ici  par  les  éditeurs 
comme  la  première,  il  ne  paraît  subsister  que  le  manuscrit  de  la 
Vie  des  grands  Capitaines,  donné  à  la  Bibliothèque  du  roi  en 
1745  par  le  dernier  bibliothécaire  de  la  dynastie  des  Bignon. 
C'est  un  volume  de  format  grand  in-folio,  recouvert  aujourd'hui 
d'une  reliure  en  veau  racine,  aux  armes  de  Napoléon  P'',  «et 
actuellement  inscrit  sous  le  n"  6694  (ancien  Supplément  120)  du 
fonds  des  manuscrits  français.  Il  devait  être  le  premier  de  quatre 
grands  volumes,  dans  lesquels  Brantôme  avait  fait  réunir  et  reco- 
pier l'ensemble  de  ses  œuvres  ;  les  trois  autres,  aujourd'hui  per- 
dus, renfermaient,  l'un,  les  Discours  sur  les  colonels,  les 
Duels,  les  Rodomontades ,  etc.;  les  deux  autres,  le  premier  et 

l.  Voir  le  Journal  des  Débats  def?  3,  11  mars  et  11  mai  1823  (articles  repro- 
duits dans  le  t.  I  de  l'édition  Monraerqué,  p.  138-144);  et  aussi  la  préface  de 
P.  Mérimée  à  l'édilion  Jannet,  t.  I,  p.  51-52. 


8  NOTICE    SOR   LES   MANUSCRITS   ORIGINAUX   ET   AUTOGRAPHES 

second  livre  des  Dmnes,  ainsi  qu'il  nous  l'apprend  lui-même 
dans  l'Avertissement',  dont  il  a  fait  précéder  ce  premier  volume 
et  qu'on  nous  permettra  de  reproduire  : 

Recueil  d'aucuns  discours,  devis,  contes,  hystoyres,  combatz,  actes, 
traitz,  gentillesses,  mois,  nouvelles,  diclz,  faictz,  rodomontades  et 
louanges  de  plusieurs  empereurs,  roys,  princes,  seigneurs,  grands 
et  simples  capitaynes,  gentilshommes,  adventuriers,  soldatz  et  autres  ; 
ensemble  de  plusieurs  reynes,  princesses  illustres,  vertueuses  et 
généreuses  dames,  tant  grandes,  moiennes,  basses  que  communes, 
que  j'ay  peu  veoir  moy-mesmes,  cognoistre,  sçavoir  et  apprendre  de 
mon  temps,  tant  des  uns  que  des  autres;  dédié  à  la  plus  belle,  la 
plus  noble,  la  plus  grande,  la  plus  généreuse,  la  plus  magnanime  et 
la  plus  accomplie  princesse  du  monde,  madame  Marguerite  de 
France^,  fille  et  seur  restée  unique  de  noz  roys  de  Valoys,  derniers 
trespassez^;  par  moy,  P[ierre]  de  Bourdeille,  seigneur  de  Brantosme, 
gentilhomme  ordinayre  de  la  Chambre  de  noz  deux  derniers  roys, 
Charles  9.  et  Henry  3.,  el  chambellan  de  Monsieur  d'Alançon'',  son 
très  humble  et  très  obéissant  subject  et  très  affectionné  serviteur*. 

Or,  ce  recueil,  en  ce  que  touche  les  Hommes^  est  rédigé  en  deux 
grands  volumes  : 

Le  premier,  qui  est  très  grand  et  ample,  traite  des  plus  grands 
capitaines  qui  ont  estez  depuis  cent  ans  jusqu'aujourd'huy  parmi  les 
Espaignolz  et  François,  et  remarque  aucuns  de  leurs  particuliers 
beaux  failz  d'armes  et  ditz  en  nos  guerres,  que  nos  pères  et  nous 
avons  veues. 

Le  second  volume  contient  cinq  fort  grands  chapitres  ou  discours  : 
le  premier  traite  de  tous  nos  Coronnelz  françois  et  maistres  de  camp 
el  d'aucuns  de  leurs  particuliers  beaux  exploitz,  despuis  leur  pre- 
mière institution  jusques  à  ce  temps;  —  le  2*  parle  et  traite  d'au- 
cuns duelz,  combatz,  camp  clos,  apelz,  deffis  qui  se  sont  failz,  tant 

1.  Éd.  Lalanne,  t.  I,  p.  2-5. 

2.  Brantôme  avait  ajouté  ici  entre  lignes  :  de  Valoys,  qu'il  a  biffé  et  reporté 
plus  loin,  après  :  de  no::,  Roys. 

3.  Brantôme  avait  ajouté  entre  lignes  et  a  biffé  :  de  ceux  de;  de  même  que  : 
maintenant  Reyne  de  France  et  de  Navarre,  qui  suivait  dans  la  copie,  a  été 
biffé  par  lui. 

4.  Et  chambellan  de  Monsieur  d'Alançon  a  été  ajouté  entre  lignes  par 
Brantôme. 

5.  Tout  ce  qui  suit,  à  partir  de  :  Or,  jusqu'à  :  de  nos  temps,  a  été  ajouté  de 
la  main  d'un  autre  copiste. 


DES   ŒDVRES   DE   BRiNTOME.  9 

en  France  qu'ailleurs;  —  le  3®  traite  d'aucunes  belles  Rodomontades 
espaignolles,  mises  en  leur  langue  et  traduites  en  françois;  —  le 
4®  traite  à  sçavoir  à  qui  on  est  plus  tenu,  à  sa  patrie,  à  son  roy  ou  à 
son  bienfacteur  ;  —  le  5*"  parle  d'aucunes  retraites  de  guerre  qu'ont 
fait  aucuns  capitaines,  et  comment  elles  valent  bien  autant  quel- 
quefois que  les  combatz.  —  Le  tout  dédié  à  nostre  reyne  Marguerite. 

Pour  le  recueil  des  Darnes^  il  est  aussi  rédigé  en  deux  grands 
volumes  : 

Le  premier  est  dédié  aussi  à  nostre  susdite  reyne  Marguerite,  qui 
contient  plusieurs  longs  et  grands  discours  : 

Le  premier  parle  et  traite  de  la  reine  Anne  de  France,  duchesse  de 
Bretaigne,  et  d'aucunes  de  ses  vertuz,  mérites  et  louanges,  comme 
font  tous  les  autres  cy-après  de  mesmes  ;  —  le  2'=  de  la  reyne  mère 
de  nos  derniers  roys;  —  le  3^  de  la  reyne  d'Escosse  et  reyne  douai- 
rière de  France;  —  le  4^  de  la  reyne  d'Espaigne,  Madame  Elizabet 
de  France;  —  le  5^  de  la  reyne  de  France  et  de  Navarre,  Madame 
Marguerite  de  France,  fille  à  nous  restée  maintenant  seulle  de  la 
noble  maison  de  France;  —  le  6^  de  Mesdames  les  filles  de  France, 
qui  sont  estées  depuis  cent  ans  ;  —  le  7^  des  deux  reynes  Jehannes 
de  Naples,  extraites  du  noble  sang  de  France. 

Le  2"  volume  est  dédié  à  Monsieur  le  duc  d'Alançon,  de  Brebant 
et  conte  de  Flandres,  qui  contient  aussi  plusieurs  beaux  discours  : 

Le  premier  traite  de  l'amour  de  plusieurs  femmes  mariées,  et 
qu'elles  n'en  sont  si  blasmables,  comme  l'on  diroit,  pour  le  faire;  le 
tout  sans  rien  nommer  et  à  motz  couvertz;  —  le  2^  sçavoir  qui  est 
la  plus  belle  chose  en  amour,  la  plus  plaisante  et  qui  contente  le 
plus,  ou  la  veue,  ou  la  parolle,  ou  le  touchement;  —  le  3*  traite  de 
la  beauté  d'une  belle  jambe  et  comment  ell'  est  fort  propre  et  a  grand 
vertu  pour  attirer  à  l'amour;  —  le  4^  quel  amour  est  plus  grand, 
plus  ardent  et  plus  aysé,  ou  celluy  de  la  fille,  ou  de  la  femme  maryée, 
ou  de  la  vefve,  et  quelle  des  trois  se  laisse  plus  aisément  vaincre  et 
abattre;  —  le  5*=  parle  de  l'amour  d'aucunes  femmes  vieilles  et  com- 
ment aucunes  y  sont  autant  ou  plus  subjettes  et  chaudes  que  les 
jeunes,  comme  se  peut  parrestre  par  plusieurs  exemples,  sans  rien 
nommer  ny  escandalliser;  —  le  6^  traite  qu'il  n'est  bien  séant  de 
parler  mal  des  honnestes  dames,  bien  qu'elles  fassent  l'amour,  et 
qu'il  en  est  arrivé  de  grands  inconvénientz  pour  en  mesdire;  —  le 
7^  est  un  recueuil  d'aucunes  ruses  et  astuces  d'amour,  qu'ont  inventé 
et  usé  aucunes  femmes  maryées,  vefves  et  filles,  à  l'endroit  de  leurs 
marys,  amans  et  autres;  ensemble  d'aucunes  de  guerre  de  plusieurs 


10  NOTICE    SUR   LES   MANDSCRITS   ORIGINAUX   ET   AUTOGRAPHES 

capitaines  à  l'endroit  de  leurs  ennemys;  le  tout  en  comparaison,  à 
sçavoir  quelles  ont  esté  les  plus  rusées,  cautes,  artifficielles,  subel- 
lines  et  mieux  invantées  et  pratiquées  tant  des  uns  que  des  autres; 
aussi  Mars  et  l'Amour  font  leur  guerre  presque  de  mesme  sorte,  et 
l'un  a  son  camp  et  ses  armes  comme  l'autre^  ;  —  le  8'  traite  com- 
ment les  belles,  honnestes  et  généreuses  dames  ayment  coustumiè- 
rement  les  braves,  vaillantz  et  généreux  hommes,  aussi  telz  ayment 
les  dames  telles  et  courageuses,  ainsi  que  j'en  allègue  des  exemples 
d'aucuns  et  aucunes  de  nos  temps. 

J'estoys^  cecy  escrivant,  dans  une  chambre  et  ung  lict,  assailli 
d'une  malladie,  si  cruelle  ennemie  qu'elle  m'a  donné  plus  de  mal, 
plus  de  douleurs  et  tourmans  que  ne  receut  jamais  ung  pauvre  cri- 
minel estanduà  lagesne.  Hélas!  Ce  fut  ung  cheval  malheureux,  dont 
le  poil  blanq  ne  me  présagea  jamais  de  bien,  qui,  s'estant  renversé 
sur  moy  contre  terre,  par  une  très  rude  cheute,  m'avoit  brisé  et  fra- 
cassé tous  les  raings.  De  sorte  que  j'ay  demeuré  l'espace  de  Iroys 
ans  et  demy  perclus  et  estropié  de  mon  corps  ;  tellement  que  je  ne 
me  pouvois  tenir,  remuer,  tourner  et  aller  qu'aveq  les  plus  grandes 
douleurs  du  monde,  jusqu'à  ce  que  je  trouvay  ung  très  grand  per- 
sonnage et  opérateur,  dict  Monsieur  Saint-Gristoplile,  que  Dieu  me 
suscita  pour  mon  bien  et  ma  guérison,  qui  la  me  remist  ung  peu, 
apprez  que  plusieurs  autres  médecins  y  eurent  failli.  Gepandant, 
durant  mon  mal,  pour  le  soulager,  privé  de  tout  autre  exercice,  je 
m'advise  et  me  propose  de  mettre  la  main  à  la  plume,  et,  faisant 
reveue  de  ma  vie  passée  et  de  ce  que  j'y  avois  veu  et  appris,  faictz 
cest  œuvre.  Ainsin  faict  le  laboureur,  qui  chante  quelque  fois  pour 
alléger  son  labeur,  et  ainsin  le  voiageur  faict  des  discours  en  soy 
pour  se  souslenir  en  chemin;  ainsin  fait  le  soldat  estant  en  guarde, 
à  la  pluie  et  au  vent,  qu'il  songe  en  ses  amours  et  advantures  de 
guerre,  pour  autant  se  contenter  3.  Je  prie  donq  tous  ceux  et  celles 
qui  me  lyront  excuser  les  fautes,  qu'on  cognoistra  icy,  sur  ma 
malladie,  qui  me  rend,  comme  le  corps,  mon  esprit  imbécille,  bien 
que  tel  je  l'aye-*  de  nature. 

La  troisième  et  dernière  rédaction  nous  est  en  grande  partie 

1.  Les  mots  qui  suivaient  :  J'avois  voué  ce  2.  livre,  ont  été  bifiés. 

2.  La  copie,  qui  reprend  ici  de  première  main,  portail  :  J' allais,  corrigé  par 
Brantôme  en  :  estoys. 

3.  Addition  marginale,  de  la  main  de  Brantôme,  depuis  :  ainsin  fait  le  soldat, 
jusqu'à  :  se  contenter. 

4.  Il  faut  lire  :  je  ne  l'aye. 


DES   COUVRES   DE    BRANTOME.  ^^ 

parvenue  en  sept  volumes,  de  format  petit  in-folio,  qui  compo- 
saient l'état  définitif  des  œuvres  de  Brantôme  et  qui  sont  men- 
tionnés en  termes  exprès  dans  le  paragraphe  suivant  de  son 
testament*  : 

Je  veux  aussy  et  encharge  expressément  mes  héritiers,  héritières, 
de  faire  imprimer  mes  livres,  que  j'ay  faictz  et  composez  de  mon 
esprit  et  invention,  et  avecques  grande  peine  et  travaux,  escrits  de 
ma  main,  et  transcrits  et  mis  au  net  de  celle  de  Mathaud,  mon  secré- 
taire à  gages,  lesquelz  on  trouvera  en  cinq  volumes  couvertz  de 
velours  tan,  noir,  verd,  bleu,  et  un  en  grand  volume,  qui  est  celui 
des  Dames,  couvert  de  velours  vert,  et  un  autre  couvert  de  vélin  et 
doré  par  dessus,  qui  est  celuy  des  Rodomontades,  qu'on  trouvera 
tous  dans  une  de  mes  malles  de  clisse,  curieusement  gardez,  qui  sont 
tous  très  bien  corrigez,  avecques  une  grande  peine  et  un  long  temps; 
lesquelz  j'eusse  plus  tôt  achevez  et  mieux  rendus  parfaictz,  sans  mes 
fascheux  affaires  domestiques  et  sans  mes  maladies.  L'on  y  verra  de 
belles  choses,  comme  contes,  histoires,  discours  et  beaux  motz,  qu'on 
ne  desdaignera,  s'il  me  semble,  lire,  si  l'on  y  a  mis  une  fois  la  veue. 
Et,  pour  les  faire  imprimer  mieux  à  ma  fantaisie,  j'en  donne  la 
charge,  dont  je  Ten  prie,  à  Madame  la  comtesse  de  Durtal,  ma  chère 
niepce,  ou  autre,  si  elle  ne  le  veut-,  et,  pour  ce,  j'ordonne  et  je  veux 
qu'on  prenne  sur  ma  totale  hérédité  Pargent  qu'en  pourra  valoir 
Timpression,  et  ce  advant  que  mes  héritiers  s'en  puissent  prévaloir 
de  mondict  bien,  ny  d'en  user  advant  qu'on  aye  pourvue  à  ladicte 
impression,  qui  ne  se  pourra  certes  monter  à  beaucoup,  car  j'ay  veu 
force  imprimeurs,  comme  il  y  a  à  Paris  et  à  Lyon,  que,  s'ilz  ont  mis 
une  fois  la  veue,  en  donneront  plus  tost  pour  les  imprimer  qu'ilz 
n'en  voudroient  recepvoir,  car  ilz  en  impriment  plusieurs  gratis  qui 
ne  valent  les  miens.  Je  m'en  puis  bien  vanter,  mesrae  que  je  les  ay 
monstréz,au  moins  une  partie,  à  aucuns  qui  les  ont  voulu  imprimer 
sans  rien,  s'asseurant  qu'ilz  en  tireront  bien  profict,  voire  en(;pre 
m'en  ont  prié;  mais  je  n'ay  voulu  qu'ilz  fussent  imprimez  durant 
mon  vivant.  Surtout  je  veux  que  ladicte  impression  en  soit  en  belle  et 


1.  Éd.  Lalanne,  t.  X,  p.  126-128.  —  Il  semble  bien  qu'on  peut  reconnaître 
ces  volumes  dans  l'article  49  de  l'inventaire  des  meubles  du  château  de  Bran- 
tôme :  ((  Plus  neuf  livres  en  volume,  assez  grands,  escripz  à  la  main,  cou- 
«  verts  de  vellours  de  diverses  coulleurs.  »  {Bibl.  nat.,  rns.  français  nouv. 
acq.  6891,  fol.  8  v°;  publié  dans  {'Annuaire-Bulletin  de  la  Société  de  l'histoire 
de  France,  1900,  p.  220.) 


]2  NOTICE   SUR   LES   MANCSGRITS   ORfGIîVADX    ET   AUTOGRAPHES 

grande  lettre  et  grand  volume,  pour  mieux  paroistre,  et  avecque  pri- 
vilège du  roy,  qui  l'octroyera  facilement,  ou  sans  privilège,  s'il  se 
peut  faire.  Aussy  prendre  garde  que  l'imprimeur  n'entreprenne  ny 
suppose  autre  nom  que  le  mien,  comme  cela  se  faict  ;  autrement  je 
serois  frustré  de  ma  peine  et  de  la  gloire  qui  m'est  deue.  Je  veux 
aussy  que  le  premier  livre  qui  sortira  de  la  presse  soit  donné  par 
présent,  bien  relié  et  couvert  de  velours,  à  la  reyne  Marguerite,  ma 
très  illustre  maistresse,  qui  m'a  faict  cest  honneur  d'en  avoir  veu 
aucuns,  et  trouvé  beaux  et  faict  estime. 

Les  manuscrits  de  la  troisième  et  dernière  rédaction  des  œuvres 
de  Brantôme  furent  recueillis,  peu  d'années  après  sa  mort,  par 
Philippe  et  Hippolyte  de  Béthune,  qui  les  firent  recouvrir  d'une 
belle  reliure  en  maroquin  rouge,  à  leurs  armes  et  chiffre  ;  offerts 
par  ceux-ci  au  roi,  en  même  temps  que  leur  riche  cabinet,  en 
1663S  ils  sont  maintenant  à  la  Bibliothèque  nationale,  inscrits 
sous  les  n'''  3262  à  3264  et  3270  à  3273  des  manuscrits  français. 
Le  deuxième  tome  des  Vies  des  grands  Capitaines  et  le  second 
livre  des  Dames  n'étaient  plus  dans  le  cabinet  de  Béthune  quand 
celui-ci  fut  offert  au  roiS  mais  ils  s'y  trouvaient  encore  quelques 
années  auparavant,  lorsque  les  frères  Dupuy  avaient  eu  soin  de 
faire  prendre,  entre  les  années  1645  et  1650,  une  copie  de  l'en- 
semble des  œuvres  de  Brantôme,  à  l'exception  toutefois  des 
Rodomontades,  copie  qui  nous  a  conservé  ainsi  le  texte  de  ces 
deux  manuscrits  et  qui  forme  aujourd'hui  six  volumes,  classés 
sous  les  n°'  608  à  613  de  la  collection  Dupuy  à  la  Bibliothèque 
nationale.  Actuellement,  les  tomes  I,  III  et  IV  des  Vies  des 
grands  Capitaines  portent  les  n°^  3262,  3263  et  3264  des 
manuscrits  français,  et  leurs  copies  figurent  respectivement  sous 
les  n°'  609,  613  et  612  de  la  collection  Dupuy  ;  le  volume  610  de 
la  même  collection  reproduit  le  texte  du  tome  II,  aujourd'hui 

1.  Voir  L.  Delisle,  Cabinet  des  manuscrits,  t.  I,  p.  266-269, 

2.  Les  manuscrits  de  Brantôme  sont  ainsi  désignés  dans  le  catalogue  ancien 
des  manuscrits  de  Béliiune  (ms.  n.  a.  fr.  5629,  fol.  397)  :  «  Henry  III.  — 
Vol.  1.  Les  vies  des  grands  Capitaines  et  hommes  illustres,  par  M.  de  Bran- 
tôme; dédiées  à  la  reyne  de  Navarre.  —  Quatriesme  livre  des  hommes  illustres, 
avec  un  Discours  des  colonels  d'infanterie.  »  [8771-8772.]  —  «  Vol.  2,  3  et  i. 
Vies  des  Dames  illustres,  par  M.  de  Brantôme;  3  vol.  »  [8773-8775.]  —  «  Vol.  5. 
Discours  sur  les  femmes  mariées,  les  veufves  et  les  filles,  par  M.  de  Bran- 
tôme; dédié  à  M.  le  duc  d'Alençon.  —  Discours  de  quelques  rencontres  et  rodo- 
montades espagnoUes,  par  le  mesme.  »  [8776.] 


DES   ŒUVRES   DE    BRANTOME.  ^3 

perdu.  Le  premier  livre  des  Dames  forme  trois  volumes,  qui  ont 
reçu  les  n°'  3272,  3271  et  3270  du  fonds  des  manuscrits  fran- 
çais, et  le  second  livre,  également  aujourd'hui  perdu,  est  repré- 
senté par  la  copie  de  Dupuy,  qui  porte  le  n"  608  dans  sa  collec- 
tion. Les  Rodomontades,  précédées  du  <.<  Discours  sur  les 
femmes  mariées  »,  sont  contenues  dans  le  ms.  français  3273,  et 
il  n'en  existe  pas  de  copie,  comme  il  vient  d'être  dit,  dans  la  col- 
lection Dupuy.  Il  faut  remarquer,  du  reste,  que  les  copies  faites 
pour  Dupuy  ne  reproduisent  pas  intégralement  les  manuscrits 
originaux  de  la  troisième  rédaction;  de  très  nombreux  passages, 
soigneusement  biffés,  sans  doute  lors  d'une  dernière  revision, 
dans  les  volumes  de  Béthune,  ont  été  omis  par  le  copiste  de 

Dupuy. 

L'ensemble,  à  peu  près  complet,  des  manuscrits  de  ces  diffé- 
rentes rédactions,  qui  se  trouvent  maintenant  réunies  à  la  Biblio- 
thèque nationales  permettra  de  suivre,  pour  ainsi  dire  pas  à  pas, 
la  genèse  des  écrits  de  Brantôme,  d'étudier  plus  complètement 
qu'on  n'a  pu  le  faire  encore  sa  pensée  et  son  style,  et  un  futur 
éditeur  y  trouvera  tous  les  éléments  nécessaires  à  l'établissement 
d'un  texte  définitif  des  œuvres  du  grand  écrivain,  avec  une  cer- 
titude et  une  précision  qu'on  peut  bien  rarement  atteindre  pour 
nos  vieux  auteurs. 


DESCRIPTION  DES  MANUSCRITS. 

PREMIÈRE  RÉDACTION. 

Manuscrits  du  marquis   de   Bourdeille. 

(Nouv.  acq.  franc.  20468-20480.)  ^ 

I  (20468).  Vies  des  grands  Capitaines  (éd.  Lalanne,  t.  I, 
p.  9  —  t.  m,  p.  81).  —  467  pages. 

Début  :  «  Sy  j'estois  l'un  de  sez  bien  disans  et  grans  profes- 

1.  Une  description  exacte  et  détaillée  des  manuscrits  originaux  des  œuvres 
de  Brantôme  n'a  encore  été  donnée  par  aucun  de  ses  éditeurs  ;  les  notices  qui 
suivent  combleront  cette  lacune  et  pourront  servir  en  môme  temps  à  justifier 
et  à  corroborer  ce  qui  vient  d'être  dit  des  différentes  rédactions  de  ses  œuvres. 


^4  NOTICE    SUR    LES    MANUSCRITS    ORIGINAUX    ET   AUTOGRAPHES 

seurs  d'éloquence,  je  voudrois'  volontiers ^  imiter  au^  commence- 
ment de  ce  livre ^  cez  divins  architectes,  lesquelz  embellissent 
leur  bastimentz  par  des  plus  orguilleux  frontispices...  »  —  Fin  : 
«...  après  que  Mons''  de  Byron  fut  fait  mareschal,  il  donna  ceste 
charge  au  dit  Mons''  de  la  Guiche,  qui  la  tient  et  guarde 
encores.  Fin^. 

«  Faut  aller  à  ung  autre  livre  où  s'acommence  par  le  roy 
Françojs.  » 

Sur  les  deux  dernières  pages  sont  encore  ajoutés  trois  para- 
graphes autographes  de  Brantôme  ;  cf.  Discours  sur  les  duels, 
VI,  426. 

II  (20469).  Vies  des  grands  Capitaines,  tome  I  (éd.  La- 
lanne,  t.  I,  p.  9  —  t.  II,  p.  171).  —  534  pages. 

Début  :  «  J'acommence  ^  mon  œuvre  par  l'exaltation  d'aucuns 
grands  cappitaynes  et  personnages  de  guerre,  qui  ont  estez  de 
nostre  temps  et  de  noz  pères,  et  pour  ce  je  veux  immiter  à  ce 
commancement  ces  divins  architectes...  »  —  Fin  :  «...  encor" 
dist-il  au  capitayne  des  gardes  qu'il  ne  faisoit  que  travailler 
nuict  et  jour  et  qu'il  n'estoit  pas  possible  d'i  pouvoir  plus  tenir.  » 

Brantôme  a  ajouté  de  sa  main  à  la  dernière  page  534  :  «  Il 
faut  aller  et  passer  à  l'autre  tome  par  faute  de  papier,  et  pour  ce 
vous  verrez  l'achèvement  de  ceste  mort  et  la  continuation  d'autres 
discours.  » 

Sur  la  couverture,  on  lit  aussi  de  la  main  de  Brantôme  : 
«  Deux  livres  des  Hommes  qu'il  faut  séparer.  Livre  premier 
escrit  dans  le  grand  livre.  » 

Pour  donner  un  aperçu  des  variantes  de  rédaction  que  pré- 
sente cette  première  rédaction  des  Grands  Capitaines  avec 
les  deux  suivantes,  il  suffira  d'en  reproduire  ici  le  début  : 


1.  Corr.  autogr.  veux. 

2.  Tout  ce  début  a  été  biffé  par  Brantôme,  qui  a  ajouté  en  regard  :  J'acom- 
mence mon  œuvre  par  l'exaltation  d'aucuns  grands  capitaynes  et  personnages 
de  guerre,  qui  ont  esté  de  nostre  temps  et  de  noz  pères,  et  pour  ce  je  veux 
imiter. 

3.  Corr.  autogr.  a  ce. 

4.  De  ce  livre,  biffé  par  Brantôme. 

5.  Cette  fin  se  retrouve  copiée  dans  le  n°  20469,  à  la  p.  258. 

6.  Corr.  Je  commence. 

7.  Corr.  encore. 


DES    ŒUVRES   DE    BRANTOME. 


^5 


Première  rédaction  ' . 

(Ms.  n.  a.  fr.  20468.) 

[Pas  de  titre.] 

J'acommence^  mon 
œuvre  par  l'exalta- 
tion d'aucuns  grands 
capitaynes^  et  per- 
sonnages de  guerre, 
qui  ont  esté''  de  nos- 
tre  temps  et  de  noz 
pères. 


Et  pour  ce  je 
veux  imiter  à  ce  com- 
mencement^ cez  di- 
vins architectes,  les- 
quelz  embellissent 
leur  bastimentz  par 
des  plus  orguilleux 


Seconde  rédaction. 

(Ms.  fr.  6694.) 

[Pas  de  titre.] 

J'acommence  mon 
œuvre  par  l'exalta- 
tion d'aucuns  grands 
capilaynes  et  person- 
nages de  guerre,  qui 
ont  estez  de  nostre 
temps  et  de  noz 
pères. 


Et  pour  ce  je  veux 
immiter  à  ce  com- 
mencement ces  divins 
architectes,  lesquelz 
embellissent  leur  bas- 
timens  par  des  plus 
orgueilleux  frontispi- 


Troisième  rédaction. 

(Ms.  fr.  3262.) 
Premier  livre  des 

Hommes. 
Jecommance^mon 
livre  par  les  louanges 
et  gloires  d'aucuns 
grands  capitaines  et 
grands  personnages 
de  guerre,  qui  ont 
esté^  de  nos  temps 
et  de  nos  pères,  et 
me^  prendray  pre- 
mièrement aux  Es- 
pagnolz  et  estran- 
gers,  et  puis  je  vien- 
dray  à  nos  François. 
Et  pour  cest  effect,  à 
ce  ®  commancement 
des  vies  des  estran- 
gers  ^  ",  j e  veux  imiter 
ces  divins  architec- 
tes, lesquelz  embel- 
lissent leurs  basti- 
mens  par  des  plus 
orgueilleux  frontis- 
pices qu'ilz  peuvent, 


1.  Les  variantes  en  notes,  sans  autre  indication,  sont  celles  du  second  état  de 
cette  même  première  rédaction,  contenu  dans  le  ms.  n.  a.  fr.  20469. 

2.  Je  commence. 

3.  Cappiiaynes.  • 

4.  Estez. 

5.  Tout  ce  qui  précède  a  été  ajouté  au  verso  d'un  premier  feuillet,  de  la 
main  de  Brantôme,  pour  remplacer  cet  autre  début  :  Sy  festois  l'un  de  sez 
bien  disans  et  (jrans  professeurs  d'éloquence,  je  voudrais  volontiers  imiter  au 
commencement  de  ce  livre. 

6.  Ms.  J'accommance,  corr.  Je  commance. 

7.  Comme  f  ay  dict  cy  devant  en  l intitulation  de  mes  livres  a  été  biffé. 

8.  Ms.  m'y,  corr.  me. 

9.  Ms.  pour  ce  et  a  ce  c. 

10.  Des  vies  des  eslrangers,  ajouté  entre  lignes  de  seconde  main. 


16 


NOTICE    SUR    LES    MANUSCRITS    ORIGINAUX    ET    AUTOGRAPHES 


frontispices  quMls 
peuvent,  soit  de  la 
matière  de  leur  mar- 
bre, de  leur  porfire, 
ou  d'autre  belle 
pierre,  soit  de  l'art 
industrieux  de  leur 
main  admirable,  af- 
fîn  que  l'œil  humain, 
au  premier  aspect,  en 
juge  la  perfection  de 
Toeuvre.  Mais  en  ce- 
cy^  il  m'est  impossi- 
ble de  les  ensuivre 
du  tout,  car  ilz  ont 
les  deux  choses,  la 
belle  matière  et  Tart, 
et  moy  je  n'ay  que 
la  matière  et^le  seul 
subject  très  haut, 
mais  le  dire  fort  bas. 
Sine  layray  je^  pour- 
tant à  poser  ■*  à  ce 
premier  front  le  plus 
grand  Empereur  qui 
ay  t  esté  despuis  Jules 
Gœsar  et  Gharlema- 
gne,  qu'est^  l'empe- 
reur Charles  cin- 
quiesme,  ayant  tant 
de  fiance  en  luy  et  en 


ces  qu'ilz  peuvent, 
soit  de  la  matière  de 
leurs  marbres,  de  leur 
porfire,  ou  d'autre 
belle  pierre,  soit  de 
l'art  industrieux  de 
leur  main  admirable, 
affln  que  l'œil  hu- 
main, au  premier 
aspect,  en  juge  la 
perfection  de  l'œu- 
vre. Mais  en  cecy 
pourtant  il  m'est  im- 
possible de  les  en- 
suivre du  tout,  car 
ilz  ont  les  deux  cho- 
ses, la  belle  matière 
et  l'art,  et  moy  je 
n'ay  que  la  matière 
et  le  seul  subject 
très  haut,  mais  le 
dire  fort  bas.  J'ap- 
pose donq  à  ce  pre- 
mier front  le  plus 
grand  empereur  qui 
ay  t  esté  despuis  Jules 
Cœzar  et  Gharlemai- 
gne,  qu'est  l'empe- 
reur Charles  cin- 
quiesme,  dit  Charles 
d'Autriche,  que  les 


soit  de  la  matière  de 
leur  marbre  beau, 
de  leur  porfyre,  ou 
de  quelqu'  autre 
belle  pierre,  comm' 
il  leur  en  vient  la 
fantaisie,  ou  soit  de 
l'art  industrieux  de 
leur  main  admirable, 
afin  que  l'œil  ^,  au 
premier  aspect,  juge 
la  perfection  de  l'œu- 
vre. Mais  en  cecy 
pourtant  il  m'est  im- 
possible de  les  en- 
suivre du  tout,  car 
ilz  ont  les  deux  cho- 
ses, la  belle  matière 
et  l'art,  et  moy,  je 
n'ay  que  la  matière, 
belle  certes  par  le 
beau''  subject  et  très 
haut  qui  se  présente, 
mais  le  dire  fort  bas 
et  foible.  J'apose 
donc  à  ce  premier 
front  de  la  louange 
des  estrangers  ^  le 
plus  grand  empereur 
qui  ayt  esté  despuis 
Jules  Cœsar  et  nostre 


1.  Pourtant,  ajouté  de  la  main  de  Brantôme. 

2.  Ces  trois  mots  :  la  matière  et,  ont  été  ajoutés  entre  lignes  par  Brantôme. 

3.  Après  je,  on  a  biffé  pas. 

4.  Le  début  de  cette  phrase  a  été  biflfé  par  Brantôme,  qui  a  corrigé  :  fapose 
donc. 

5.  Corr.  :  qui  est. 

6.  Ms.  humain,  biffé  après  œil. 

7.  Ms.  certes  du  beau. 

8.  De  la  louange  des  estrangers  ajouté  par  le  correcteur. 


DES    OEUVRES    DR    BRANTOME. 


n 


sa  grandeur,  qu'il 
couvrira  rimbéciliité 
de  ma  plume  fort  ay- 
sément. 


bons  causeurs  de  son 
temps  apelloyent  en 
France  Charles  qui 
tryche,  faysant  une 
allusion  badine  et 
vraye  pourtant  sur 
Autriche  qui  triche, 
autant  à  dyre  qui 
trompe,  vieux  mot. 
Comme  de  vray  l'al- 
lusion, toute  badyne 
qu'eirestoyt,n'estoyt 
point  mauvayse,  car 
son  art  s'adonoyt 
fort  à  tromper-,  les 
effeetz  en  ont  fait 
foy.  La  fiance  que 
j'ay  en  luy  et  en  sa 
grandeur  couvrira' 
l'imbécillité  de  ma 
plume  fort  aisément. 


grand  Gharlemaigne. 
Je  le  puis  dire  ainsi, 
le  tenant  de  grandz 
hommes^,  et  selon 
ses  exploictz  signal- 
iez, ayant  eu  affaire 
à  de  si  grandz  guer- 
riers comm'  il  a  eu, 
autres  certes  que  les 
ennemis  de  Jules 
Gsesar  et  de  Charle- 
maigne.  C'est  donc 
Charles  le  quint,  dict 
Charles  d'Autriche, 
dont  je  parle,  que 
les  anciens  François 
de  son  temps  brocar- 
dans,  et  mesmes  les 
Picardz,  qui  sont 
grandz  ocquineurs, 
mot  propre  à  eux 
pour  dire  grandz 
causeurs,  appelloient 
Charles  qui  triche, 
faisant  allusion  sur 
Autriche  qui  triche, 
autant  à  dire  qui 
trompe.  Comme  de 
vray,  toute  badine 
qu'eir  estoit,  n'estoit 
point  mauvaise,  car 
il  a  esté  un  grand 
trompeur  et  un  peu 
trop  manqueur  de 
foy.    J'ay    donc    si 


1.  La  copie  portait  primitivement  :  l'empereur  Charles  cinquiesme,  aiant 
tant  de  fiance  en  luy  et  en  sa  grandeur  qu'il  couvrira  tout  le  reste  a  été 
ajouté  en  marge  de  la  main  de  Brantôme. 

2.  Ms.  cerveaux,  corr.  hommes. 

-1904  2 


^8 


NOTICE    SUR    LES    MANUSCRITS    ORIGINAUX    ET   AUTOGRAPHES 


Je  parleray  '  donq 
etdiray  comme  d'au- 
tres fois^  j'ay  ouy 
racompter^  à  feu 
Mons""  FAdmiral  (je 
ne  luy  donrai  point 
de  surnom,  car  sez 
belles''  entreprises  et 
hautz  faictz  durant 
sa  vye  luy  en  don- 
nent assez  sans  le 
nommer  M""  l'admi- 
rai de  Chastillon), 
que,  lorsqu'il  fust  en- 
voyé de^  par  le  roy 
Henry,  son  maistre, 
en  Flandrez  vers  ce*' 
grand  empereur, 
com^  il  luy  envoya 
le  conte  de  Lalain^ 
pour  jurer  la  trefve 
faicte  entre  eux  deux, 
si  heureuse  et  advan- 


Je  parleray  donq'  et 
diray  comm'  autre- 
fois j'ay  oui  racomp- 
ter  à  feu  Mons""  l'Ad- 
mirai, je  ne  luy  don- 
neray  point  de  sur- 
nom, car  ses  hautes 
entreprises  et  hauts 
faictz  durant  sa  vie 
luy  en  donnent  assez 
sans  le  nommer  Mon- 
sieur l'admirai  de 
Chastilion,  que,  lors- 
qu'il fut  envoie,  de 
par  le  roy  Henry,  son 
maistre,  en  Flandres 
vers  ce  grand  empe- 
reur, comme  de  son 
costé  il  luy  envoia  le 
conte  de  Lalain  pour 
jurer  la  treufve  faicte 
entre  eux  deux,  si 
heureuse  et  advanta- 


grande  fiance  en  ce 
grand  empereur, 
qu'il  couvrira  l'im- 
bécillité de  ma  plu- 
me par  lombre  de 
ses  hautes  conques- 
tes  et  ses  exploictz 
les  nompareilz.  Je 
diray  donc  de  luy, 
comm'  autresfois 
j'ay  ouy  raconter  à 
feu  Mons'  l'Admirai, 
je  ne  luy  donray 
point  de  surnom,  car 
ses  hautes  valeurs, 
mérites,  grandes  en- 
treprises et  leurs 
exécutions  luy  en 
donnent  assez,  sans 
le  nommer  Monsieur 
l'admiraP  de  Chas- 
tilion, lors  qu'il  fut 
envoyé  de  par  nostre 
grand  roy  Henry  2. 
en  Flandres  vers  ce 
grand  empereur 
Charles,  comme  de 
son  costé  il  envoya 
le  conte  de  Lalaing 
pour  jurer  la  trefve 


1.  Ms.  commenceray,  corr.  par  Brantôme  en  parleray. 

2.  Autre/fois. 

3.  Ms.  compter,  biffé,  et  à  la  suite,  de  même  main  du  copiste  racompter. 

4.  Hautes. 

5.  De  a  été  biÉfé. 

6.  De  par  ce,  corrigé  en  :  vers  ce. 

7.  Comme  de  son  côté,  addition  de  Brantôme. 

8.  Ces  mots,  depuis  com  jusqu'à  Lalain,  ont  été  ajoutés  en  marge  par  Bran- 
tôme, qui  avait  encore  ajouté,  mais  a  bifïé  :  a  en  fayre. 

9.  Tout  ce  qui  précède,  depuis  :  Je  ne  luy  donray^  a  été  biffé  dans  le  ms, 
et  n'est  pas  reproduit  dans  la  copie  de  Dupuy,  609. 


Lageuse  pour  toute  la 
France  et  si  malheu- 
reuse aussi  quand 
elle  fust  rompue,  ad- 
vint qu'ung  jour,  en 
divisant  aveq  Sa  Ma- 
jesté, et  venant  à  dis- 
courir des  guerres 
passées  et  des 
grands  cappitaines 
qui  avoyent  com- 
mandé, il  luy  dist 
s'en  estre  tant  perdus 
quMl  n'en  sçavoit 
plus  de  ce  temps 
restez  qui  méritas- 
sent en  porter  ce 
grand  nom  que  trois, 
qu'estoyent  luy  pre- 
mièrement, se  don- 
nant le  premier  lieu, 
comme  de  raison, 
Mons""  le  Gonnesta- 
ble,  son  oncle,  pour 
le  second,  et  le  duc 
d'Albe  pour  le  tiers. 
Non  qu'il  voulust' 
pour  cela  fere  tort  à 
la  suffisance  du  roy 
Henry,  son  maistre; 
mais,  pour  son  peu 
d'aage,  et  par  consé- 
quant  son  peu  d'ex- 
périence, ne  pouvoit 
il  encor  avoir  attaint 


DES   ŒUVRES    DE    BRANTOME. 

geuse  par  toute  la 
France  et  si  malheu- 
reuse aussi  quand 
elle  fust  rompue, 
advint  qu'un  jour, 
en  devisant  aveq  Sa 
Majesté  et  venant  à 
discourir  des  guerres 
passées  et  des  grands 
cappitaynes  quy 
avoient  commandé, 
il  luy  dist  s'en  estre 
tant  perdus  qu'il  n'en 
sçavoit  plus  de  ce 
temps  restez,  qui 
méritassent  en  por- 
ter ^  ce  grand  nom 
que  trois,  qu'estoit 
luy  premièrement,  se 
donnant  le  premier 
lieu  comme  de  rai- 
son, ainsin  que  flst 
Annibal  en  un  pareil 
pourparlé  sur  mesme 
quasi  subjet  aveq 
Scipion^;  Monsieur 
le  Gonnestable,  son 
oncle,  pour  le  second; 
et  le  duc  d'Albe  pour 
le  tiers.  Non  qu'il 
vouleust  faire  tort  à 
la  suffisance  du  roy 
Henry,  son  maistre; 
mais,  pour  son  peu 
d'aage  et  par  consé- 


]9 

faicte  entre  eux  deux, 
si  heureuse  et  advan- 
tageuse  pour  toute 
la  France  et  si  mal- 
heureuse aussi  quand 
elle  se  rompit,  advint 
un  jour  qu'en  devi- 
sant avec  sa  sacrée 
Magesté,  et  tombant 
de  propos  en  propos, 
elle  vint  à  discourir 
des  guerres  passées 
et  des  grandz  capi- 
taines, qu'y  avoient 
commandé,  et  s'en 
estre  tant  perdu  qu'il 
n'en  sçavoit  plus  de 
ces  temps  restez,  qui 
méritassent  le  nom 
de  grandz  capitaines 
que  trois,  luy  pre- 
mièrement, se  don- 
nant le  premier  lieu, 
comme  de  raison 
(ainsi  que  fit  Anibal 
en  son  pourparlé  de 
mesme  subject  avec 
Scipion  chez  le  roy 
Antiochus) ,  mon- 
sieur le  Gonnestable, 
oncle  dudict  s""  Admi- 
rai, pour  le  second,' 
et  le  duc  d'Albe  pour 
le  tiers.  Non  quUl 
voulust  faire  tort  à 


1.  Après  votdust,  faire  a  été  biffé. 

2.  La  copie  portait  :  emporter,  corrigé  par  Brantôme  :  en  porter. 

3.  Ainsin  —  Scipion,  ajouté  en  marge  de  la  main  de  Brantôme. 

4.  Le  ms.  portait  primitivement  :  le  Connestable,  son  oncle,  pour  le  second. 


20 


NOTICE   SUR   LES   MANUSCRITS   ORIGINAUX    ET   AUTOGRAPHES 


(ce  disoil-il)  le  lilLre 
et  perfecUon,  mais 
qu'aveq  le  temps, 
estant  courageux, 
brave,  et'  vaillant 
et  entreprenant  qu'il 
estoit,  il  y  parvien- 
droit  fort  facillement. 
Il  en  dist  autant  de 
Mons"'  de  Vandosme, 
de  Mons""  de  Guise 
et  de  M""  l'Admirai 
mesmes,  à  qui  il  par- 
loit. 


quant  son  peu  d'ex- 
périence, ne  pouvoit- 
il  encor  avoir  attaint, 
ce  disoit-il,  le  titre  et 
la^  perfection,  mais 
qu'aveq'  le  temps, 
estant  courageux, 
brave,  et  vaillant  et 
entreprenant  qu'il  es- 
toit,  il  y  parviendroit 
fort  facillement.  Il 
en  dist  autant  de 
Monsieur  de  Ven- 
dosme,  de  Monsieur 
de  Guise  et  de  Mons"" 
l'Âdmyral  mesmes,  à 
qui  il  parloit. 


la  suffisance  du  roy 
Henry,  son  maistre-, 
mais,  pour  son  peu 
d'aage  et  sa  jeune 
expériance,  il  ne 
pouvoit  avoir  encor 
attaint  (ce  disoit-il) 
ce  grand  nom  et  per- 
fection, mais  qu'avec 
le  temps,  luy  qui 
estoit  si  brave,  et 
courageux,  et  filz  de 
France  et  ambitieux 
qu'il  estoit,  il  y  par- 
viendroit fort  aisé- 
ment. Il  en  dist  au- 
tant de  Monsieur  de 
Vandosme,  de  Mon- 
sieur de  Guyse,  et  du 
dict  sieur  ^l'Admirai, 
à  qui  il  parloit. 


III  (20470).  Vies  des  grands  Capitaines,  tome  II  (éd.  La- 
lanne,  t.  II,  p.  171-t.  III,  p.  248).  —m  et  466  pages. 

Début  :  «  Quelques  jours  advant  il  a  voit  achapté^  ung  fort 
bon  et  beau  cheval  d'Hespaigne,  que  le  prince  avoit  vouleu  veoir 
et  luy  avoit  faict  acroire  que  c'estoit  pour  quelques  fois  passer  le 
temps;  ce  que  son  maistre  approuva  fort...  »  —  Fin  :  «  ...  il  faut 
que  le  peuple  de  France  prie  que  dezorraais  ne  vienne  favorite 
de  Roj  plus  mauvaise  que  celle  là,  ni  malfaisante.  » 

Brantôme  a  ajouté  de  sa  main  sur  la  couverture  :  «  Segond 
livre  des  Hommes,  escript  dans  le  grand  livre.  » 

IV  (20471).  Vies  des  grands  Capitaines ,  tome  III  (éd. 
Lalanne,  t.  III,  p.  248-t.  IV,  p.  187).  —  ii  et  456  pages. 


1.  Et,  biffé. 

2.  La,  ajouté  entre  lignes  de  la  main  de  Brantôme. 

3.  Ms.  et  de  Monsieur. 

4.  Corr.  achepté. 


DES   œOVRES   DE    BRANTOME. 


2\ 


Début  :  «  Or  pour  tourner  à  nostre  Roy*,  ainsin  qu'il  estoit 
tout  martial  et  né  tel,  il  ajma  fort  à  faire  la  guerre  et  ne  s'i 
espergna  non  plus  que  le  moindre  soldat  des  siens,  et  c'est  ce 
que  luy  dict  Monsieur  le  Connestable  ^  aux  voiage  d'Ale- 
maigne...  »  —  Fin  :  ...  «  et  le  fault  apeller  grand  parniy  nous 
autres,  aussi  bien  que  plusieurs  estrangiers  ont  appelle  des  leurs 
par  ce  surnom  et  tiltre'^  » 

Brantôme  a  ajouté  de  sa  main  sur  la  couverture  :  «  Troysiesme 
livre  des  Hommes,  veu  et  corrigé  par  moy  ;  si  est  pour  garder,  et 
est  escrit  pourtant  dans  le  grand  livre.  » 

Ce  «  grand  livre  »  est  le  ms.  français  6694,  qui  donne  le  texte 
de  la  seconde  rédaction.  Les  quelques  extraits  suivants  de  ce 
troisième  livre  (éd.  Lalanne,  IV,  1)  permettront  de  constater 
les  remaniements  successifs  apportés  par  Brantôme  à  son  récit  : 


Première  RE'oicTioN. 

(Ms.  n.  a.  fr.  20471, 

p.  185-187.) 

Monsieur  le  ma- 
reschal  de  Termes... 
fut  lieutenant  de  roi 
en  Gorsegue,  où  il 
fist  aussi  bien  qu'aux 
autres  coups,  et  la 
réduisit  toute  à  l'o- 
béissance du  Roy  et 
y  soustint  plusieurs 
guerres  et  combatz, 
que  les  Impérialistes 
et  Genevois,  fort  voi- 
sins et  seigneurs  de 
l'isle,  luy  livrarent. 
Enfln  il  Pha  con- 
quesla  et  garda  si 
bien  que,  quand  le 


Seconde  rédaction. 

(Ms.  fr.  6694, 
fol.  230  v-231.) 

Monsieur  le  ma- 
reschal  de  Termes... 
fut  lieutenant  de  Roy 
en  Gorsegue,  où  il 
fist  aussi  bien  qu'aux 
autres  coups  et  la 
réduisit  toute  ^  en  l'o- 
béissance du  Roy  et 
y  soustint  plusieurs 
et  guerres  et  com- 
batz, que  les  Impé- 
rialistes et  Genevoys, 
fort  voisins  et  sei- 
gneurs de  Tisle  luy 
livrarent.  Enfin  il  la 
conquesta  et  garda 
si  bien  que,  quand  le 


Troisième  rédaction. 

(Ms.  fr.  3263, 
fol.  537  y.) 

Monsieur  le  ma- 
reschal  de  Termes... 
fut  lieutenant  de  Roy 
en  Gorsegue,  où  il  fit 
aussi  bien  qu'aux 
autres  coups,  et  la 
réduisit  en  l'obéis- 
sance du  Roy,  et  y 
soubstint  plusieurs 
et  guerres  et  com- 
batz, que  les  Im- 
périallistes  et  Gene- 
vois, fort  voisins  et 
seigneurs  de  Tisle, 
luy  livrarent.  Enfin 
il  la  conquesta  et 
garda   si  bien   que, 


1.  Add.  autogr.  Ilenry. 

2.  Add.  autogr.  :  un  jour,  corr.  au. 

3.  CeUe  dernière  phrase  est  répétée  au  début  du  volume  suivant. 

4.  Biffé. 


NOTICE   SUR   LES   MANUSCRITS   ORIGINAUX   ET   AUTOGRAPHES 


roy  Henry  la  rendist 
par  le  traitlé  de 
paix,  il  la  rendist 
toute  entière  et  toute 
en  Tobéissance  du 
Roy. 


Pourlaquatriesme 
fois,  il  fut  lieutenant 
du  '  Roy  dans  Calais 
et  de  toute  la  conté 
Doye,  et  en  l'armée, 
qui  luy  fut  donnée 
pour  entrer  en  Flan- 
dres et  y  faire  le 
dégast,  où  la  fortune 
le  favorisa  ung  peu 
pour  le  commance- 
ment  pour  avoir  pris 
Bergues  et  Dunquer- 
que...  Il  fut  pris  pri- 
sonnier en  homme 
d'honneur  et  blessé, 


roy  Henry  la  rendist 
par  le  traitté  de  paix, 
il  la  rendit  toute^ 
entière  et  toute  ^  en 
Tobéissance  du  Roy. 


Pourlaquatriesme 
fois  il  fut  lieutenant 
du  Roy  dans  Galays 
et  de  toute  la  conté 
Doye,  et  en  l'armée, 
qui  lui  fut  donnée 
pour  entrer  en  Flan- 
dres et  y  faire  le  dé- 
gast, où  la  fortune 
le  favorisa  ung  peu 
pour  le^*  commance- 
ment  pour  avoir  pris 
Bergues  et  Dunquer- 
ques.  Mais  aussitost 
venant  à  changer,  le 
conte    d'Aiguemont, 


quand  le  roy  Henry 
la  rendit  par  le  traicté 
de  paix,  il  la  rendit 
entière  et  en  l'obéis- 
sance du  Roy.  Puys 
fust  lieutenant  de 
Roy  en  Piedmont,  en 
l'absance  et  par  pro- 
vision en  Piedmont, 
non  sans  mesconten- 
lement  et  mutinerye 
d'aucuns  grands  et 
moyens,  raays  tout 
s'apaiza.  Monsieur 
de  Montlucen  parle  ^ 
dans  ses  Mémoyres  et 
force  vieux  capitay- 
nes  le  peuvent  dyre. 
Pour  la  cinquies- 
me  fois*^  il  fut 
lieutenant  du  Roy 
dans  Calais  et  de 
toute  la  conté  d'Oye, 
et  en  l'armée  qui  luy 
fut  donnée  pour  en- 
trer en  Flandres  et 
y  faire  le  dégasl,  où 
la  fortune  le  favorisa 
un  peu  au  comman- 
cement  pour  avoir 
pris  Bergues  et  Don- 
querques.  Mais  aus- 
sitost venant  à  chan- 
ger, le  conte  d'Aigue- 


1.  Brantôme  corr.  de. 

2.  Biffé. 

3.  Biffé. 

4.  Brantôme  corr.  au. 

5.  Le  copiste  de  Dupuy,  vol.  613,  fol.  4,  a  lu  :  porte. 

6.  Quatriesme,  biffé. 


comme  j'ay  ouy  dire 
à  feu  Monsieur  le 
Gonnestable.  Quic- 
quonque  est  le  capi- 
tayne  ou  le  général 
d'une  armée  el  qui 
perde  une  bataille, 
ung  combat  ou  une 
rencontre,  mais  qu'il 
y  meure  ou  il'  y  soit 
prisonnier,  j^entends 
de  bonne  façon,  en 
bien  combattant,  il 
n'y  a  rien  du  sien, 
encor^  que  la  perte 
soit  de  conséquance, 
mais  sa  mort  ou  sa 
prison  expient  tout. 


DES    œUVRES    DE    BRANTOME. 

le  plus  hazardeux 
pour  lors  et  le  plus 
vaillant  cappitaine 
qu'eust  le  roy  d'Hes- 
paigne,  luy  livra  ba- 
taille et  l'emporta... 
Il  fut  pris  prisonnier 
en  homme  d'honneur 
et  blessé,  comme 
j'ay  oui  dire  à  feu 
Monsieur  le  Gonnes- 
table. Quiconque  est 
le  cappitayne  ou  le 
général  d'une  armée 
et  qu'il  perde  une 
bataille,  ung  combat 
ou  une  rencontre, 
mais  qu'il  y  meure, 
ou  il  y  soit  prison- 
nier, j'entends  de 
la^  bonne  façon'',  en 
bien  combatant,  il 
n''y  a  rien  du  sien, 
encor  que  la  perte 
soit  de  conséquance, 
mais  sa  mort  et  sa 
prison  expient  tout. 


23 

mont,  le  plus  hazar- 
deux pour  lors  et  le 
plus  vaillant  capi- 
taine qu'eust  le  roy 
d'Espaigne,  luy  livra 
battai4le  et  l'empor- 
ta... Il  fut  pris  pri- 
sonnier en  homme 
d'honneur  et  blessé, 
comme  j'ay  ouy  dire 
à  feu  Monsieur  le 
Gonnestable.  Qui- 
conque soit  le  capi- 
taine ou  le  général 
d'un'  armée,  et  qu'il 
perde  une  battaille, 
un  combat  ou  une 
rencontre,  mais  qu'il 
y  meure  ou  qu'il  y 
soit  prisonnier  (j'en- 
tendz  de  la  bonne 
façon),  encor  que  la 
perte  soit  de  consé- 
quence, mais  sa  mort 
ou  sa  prison  expient 
tout. 


1.  Corr.  ou  qu'il. 

2.  Corr.  encore. 

3.  Add.  de  Brantôme. 

4.  Première  addition  interlinéaire  biffée  :  «  En  bien  combatant,  non  pas 
comme  le  dit  d'Ascot,  que  l'Empereur  disaijt  avoijr  esté  pris  en  larron,  caché 
el  desguisé,  lorsqu'il  fust  pris  et  sauvé  comme  fugitif.  »  —  Seconde  addition 
marginale  également  biffée  jusqu'à  «  souvant  »  :  «  Non  pas  comme  l'empereur 
Charles  disi  du  duc  d'Ascot,  qu'il  avoyt  esté  pris  en  laron  et  caché,  el  puys 
s'esloijt  sauvé  en  belistre.  J'en  parle  ailleurs;  toulesfotjs  ce  fust  un  brave, 
souvent  vatlant,  de  grand  maison  et  qui  despuys  fist  bien;  mais  quoy,  on  est 
celluy  à  qui  la  fortune  ne  mist  laisse,  en  la  recherchant  et  muguelant  trop 
souvant,  pourtant  il  ne  va  rien  du  sien.  » 


24  NOTICE   SUR   LES   MANUSCRITS   ORIGINAUX   ET   AUTOGRAPHES 

V  (20472).  Vies  des  grands  Capitaines,  t.  IV  (éd.  Lalanne, 
t.  IV,  p.  187-t.  V,  p.  218).  —  561  pages. 

Début  :  «  Monsieur  de  Guyse  le  grand.  —  Ce  grand  duc  de 
Guise  donq',  duquel  nous  voulons  parler,  fut  grand  certes  et  le 
faut  appeller  grand  parmy  nous  autres,  aussi  bien  que  plusieurs 
ont  appelle  aucuns  des  leurs  par  ledit  surnom  et  tiltre,  et 
ainsin  que  moy  mesme  j'ay  veu  et  ouy  les  Italiens  et  Hespai- 
gnolz...  »  —  Fin  :  «  ...  Dieu  les  avoyt  esleuz,  suscitez  et  appeliez 
pour  en  planter  là  une  gloyre  plus  grande  que  des  autres  nations 
et  que  comme  vrays  et  anciens  chrestiens  ilz  estoient  destinez 
par  dessus  les  autres  à  deffandre  le  nom  chrestien.  » 

Au  bas  de  la  page  470,  où  finit  ce  texte,  de  la  main  du 
copiste,  on  lit  :  «  Faut  aller  au  commencement  d'un  aultre  nou- 
veau livre  sur  le  subject  mesme.  »  (Voir  à  la  fin  du  ms.  n.  a.  fr. 
20478.) 

La  suite  a  été  copiée  postérieurement  par  la  même  main,  qui 
a  ajouté  les  tables  dans  chaque  volume,  et  va  de  la  p.  218  à  la 
p.  296  de  l'édition  Lalanne,  fin  des  Grands  Capitaines  fran- 
çais; il  n'y  a  aucune  correction  de  la  main  de  Brantôme,  et  cette 
copie  semble,  du  reste,  postérieure  à  sa  mort. 

VI  (20473).  Discours  sur  les  colonels  (éd.  Lalanne,  t.  V, 
p.  297-t.  VI,  p.  231).  —  368  pages. 

Début  :  «  Discours  sur  les  couronnels  de  l'Infanteris  de  France. 

—  Je  fais  ce  discours  sur  un  poinct  duquel  je  fis  une  fois  et  un 
jour  adviser  un  grand  prince  de  France,  qui  m'avoua  franche- 
ment ne  s'en  estre  jamais  apperceu  ni  advizé...  »  —  Fin  : 
«...  M'"  le  mareschal  d'Estrozze,  ou  de  Montluc*  ou  autres  grands 
cappitaynes  eussent  entrepris  cest  œuvre,  nous  y  apprendrions 
trestous  et  y  verrions  de  plus  belles  choses  et  enrechies  qu'il  n'y 
a  icy.  Or  c'est  assez.  Fin.  » 

Sur  la  couverture,  on  lit,  de  la  main  de  Brantôme  :  «  Livre 
des  couronnels  de  l'Infanterie,  qu'il  faut  laisser  avec  les 
autres.  » 

VII  (20479).  Rodomontades  espagnoles  et  Discours  sur 
les  duels  (éd.  Lalanne,  t.  VII,  p.  5-134,  et  t.  VI,  p.  233-500). 

—  506  pages. 

1.  Eussent  entrepris  biffé. 


DES    CEUVRES    DE    BRANTOME. 


25 


1°  Page  1.  Rodomontades  espagnoles;  1'°  rédaction.  — 
Début  :  «  Chapitre  d'aucunes  Rodomontades  et  gentilles  ran- 
contres  et  parolles  espaignolles.  —  Il  faut  un  peu  parler  des 
Rodomontades  espaignolles,  car  certes  elles  surpassent  toutes  les 
autres...  »  —  Fin  :  «...  à  ung  vaillant  et  brave  homme  que  de 
luy  rompre  son  dessain  d'armes.  » 

Toute  la  fin  des  Rodomontades  {^.  135-177  du  tome  Vide  l'éd. 
Lalanne),  ainsi  que  les  Serments  et  jurements  espagnols,  qui 
les  suivent  ordinairement,  manquent  dans  le  manuscrit. 

Il  n'y  a  pas  moins,  comme  il  a  été  dit  plus  haut,  de  quatre 
rédactions  différentes  des  Rodomontades  ;  les  quelques  extraits 
qui  suivent,  empruntés  au  début  de  ce  livre,  suffiront  pour  per- 
mettre d'en  juger  : 


Première 
rédaction. 

(Ms.  n.  a.  fr.  20479, 
p.  9.) 

Chapitre  cVauames 
Rodomontades  et 
gentilles  rancon- 
tres  et  parolles  es- 
paignolles. 

Il  faut  un  peu  par- 
ler des  Rodomon  tades 
espaignolles,  car 
certes  elles  surpas- 
sent toutes  les  autres 
de  quelque  nation 
que  ce  soyt 


Seconde  et  troisième 

re'dactions. 

(Mss.  n.  a.  fr.  20476, 
p.  12,  et  fr.  3273, 
fol.  111.) 

Chapitre^  d'aucunes 
Rodomontades  et 
gentilles  rancon- 
tres  et  parolles  es- 
pagnolles.  * 

Il  faut  un  peu  par- 
ler des  Rodomonta- 
des espagnolies^  car 
certes  elles  surpas- 
sent touttes  les  autres 
de  quelque  nation 
que  ce  soit 


Quatrième 
rédaction. 

(Ms.  n.  a.  fr.  20477, 

p.  8.) 

Discours  d'aucunes 
Rodomontades  et 
gentilles  rencon- 
tres et  parolles  es- 
paignolles. 

Les  Rodomontades 
hespaignolles  certes 
elles  surpassent  tou- 
tes les  autres  de 
quelque  nation  que 
ce  soit   


certes.  Ce  sont  estez     Certes  ce  sont  estez ^     certes.  Ce  sont  esté 
ceux  là  qui  aydarent     ceux  là  qui  aydarent     ceux  là  qui  aydarent 


1.  Discours,   corr.   autogr.   de    Brantôme,   reproduite  dans  le   litre   de   la 
3'  rédaction. 

2.  Espaignolles,  3°  rédact. 

3.  Esté,  3»  rédact. 


26 


NOTFCE    SUR   LES    MAIVDSCRITS    ORIGINAUX    ET   AOTOGRAPHES 


Dom  Jehan  d'Au- 
triche à  gaigner  ceste 
belle  et  signallée  ba- 
taille de  Lepantho*. 
Ce  sont  ceux  là  en- 
cores  qui,  avec  ce 
grand  cappitayne  le 
prince  de  Parme, 
font^  trambler  toute 
la  France  et  la  tien- 
nent^ en  alarme.  Ce 
sont  estez  ceux  pour 
lesquels  ce  mesme 
grand  empereur 
Charles  s'humilia  à 
VHespagne,  lorsque 
estant  pariy  par  mer 
de  Flandres  pour  y 
aller  fynyr  ces  jours 
convertys ,  c' estant 
desembarqué  à  l'Are- 
de,  port  vers  Biscaye, 
et  y  pris  terre,  on 
dit  qu'il  s'agenoulla 
aussi  test  et  remercia 
Dieu...  —  ...  et  fait 
onplace^.  Et  ce  qui 
est  le  plus  à  remar- 
quer en  toutes  ces 
belles  factions... 


Dom  Jehan  ^  d'Au- 
triche^ à  gaigner 
ceste  belle  et  signal- 
lée bataille  de  Le- 
pantho'^.  Ce  sont  ceux 
là  encores  qui,  avec 
ce  grand  cappitayne 
le  prince  de  Parme, 
ont  faict  trambler 
louLte  la  France  et 
long  temps  tenue  en 
alarme.  Ce  sont  estes 
ceux  pour  lesquels 
ce  grand  et  mesme 
empereur  Charles 
s'humilia  à  l'Ëspai- 
gne,  lors  que  estant 
party  par  mer  de 
Flandres  pour  y  aller 
finir  ses  jours  con- 
vertis, s'estant  de- 
sembarqué à  l'Aude^, 
port  vers  Biscaye,  et 
y  pris^  terre,  on  dict 
qu'il  s'agenouilla 
aussi  tost  et  remer- 
cia Dieu...  —  ...  et 
faict  on  place.  Et  ce 
qui  est  le  plus  à  re- 
marquer en  touttes 
ses  belles  factions... 


Dom  Joan  d'Austrie 
à  gaigner  ceste  belle 
et  signalée  bataille 
d'Elepantho.  Ce  sont 
ceux  là  encores  qui, 
avec  ce  grand  capi- 
taine le  prince  de 
Parme,  ont  faict  trem- 
bler toute  la  France 
et  long  temps  tenue 
en  allarme.  Ce  sont 
esté  ceux  pour  les- 
quelz  ce  grand  et 
mesme  empereur 
Charles  s'humilia  à 
rEspaigne,lors  qu'es- 
tant parti  par  mer 
de  Flandres  pour  y 
aller  finir  ces  jours 
convertis,  s'estant 
desembarqué  à  l'Are- 
de,  port  vers  Biscaye, 
et  y  prist  terre,  on 
dit  qu'il  s'agenouilla 
aussi  tost  et  remer- 
cia Dieu  ...  —  ...  et 
fait  on  place.  Et  ce 
qui  est  plus  à  remar- 
quer en  toutes  ces 
belles  factions... 


1.  Les  mots  en  italiques  ont  été  ajoutés  Je  la  main  de  Brantôme  dans  un  blanc. 

2.  Ont  fait,  corr.  autogr.  de  Brantôme. 

3.  Longtemps  tenue,  corr.  autogr.  de  Brantôme. 

4.  Toute  la  i)artie   imprimée  en  italiques  est  une  addition   autographe  de 
Brantôme. 

5.  Joan,  3°  rédact. 

G.  Aiisirie,  corr.  dans  la  3"  rédact. 

7.  Elepantho,  3°  rédact. 

8.  Corr.  l'Arede,  reproduite  dans  la  3=  rédact. 

9.  Prist,  3,"  rédact. 


DES    œUVRES   DE    BRANTOME,  27 

2°  Page  167.  Discours  sur  les  duels.  —  Début  :  «  Chapitre 
des  duelz,  combats  et  apelz,  et  de  plusieurs  cas  qui  en  sont  arrivez. 
—  J'ay  veu  souvant  fayre  ceste  dispute  parmi  de  grands  capi- 
taynes,  seigneurs  braves  cavalliers  et  vaillans  soldatz...  »  — 
Fin  :  «  . . .  l'autre  duquel  j'en  fays  la  fin  et  de  toutes  deux  ensem- 
bleraent.  Fin.  » 

A  la  dernière  page  506  du  ms.  20479  se  trouve  cette  note 
autographe  de  Brantôme  sur  la  mort  de  Madame  de  Balagny, 
qu'il  a  utilisée  sous  une  forme  différente  dans  le  second  livre  des 
Dames  (Discours  sur  ce  que  les  belles  et  honnestes  dames 
ayment  les  vaillans  hommes;  éd.  Lalanne,  IX,  459-460)  : 

On  dit  que  Madame  de  Balagny,  seur  de  ce  brave  Bussy,  de  tris- 
tesse et  de  désespoyr  d'avoyr  perdu  Gambray,  qu'elle  c'est  empoy- 
sonnée.  D'autres  disent  qu'ell'  est  morte  de  flux  de  sang,  qu'elle  mesme 
c'est  provocquée,  disant  à  tous  ceux  qui  la  visitoyent  qu'elle  mouroyt 
très  heureuse  et  contente.  Et  soliciLayt  son  mary  d'en  fayre  autant, 
luy  disant  :  «  Meurs,  Balagny,  et  prends  exemple  à  ta  famé,  qui  ne 
«  préfère  la  vye  à  son  honneur,  el  pour  toy  vivant  tu  es  deshonoré 
a  et  ruyné  de  biens.  »  Et  luy  dist  d'autres  belles  parolles  pareilles. 

VIII  (20476).  Rodomontades,  serments  et  jurements 
espagnols;  Discours  sur  M.  de  la  Noue  et  sur  les  retraites 
de  guerre  (éd.  Lalanne,  t.  Vil,  p.  5-145,  180-185  et  note  3, 
203-265,  et  267-303).  —  499  pages. 

1'^  Page  1.  Rodomontades  espagnoles;  2°  rédaction.  ~ 
Début  :  «  Chappitre*  d'aucunes  Rodomontades  et  gentilles  ran- 
contres  et  parolles  espagnolles.  —  Il  faut  un  peu  parler  des 
Rodomontades  espagnolles,  car  certes  elles  surpassent  touttes 
les  autres  de  quelque  nation  que  ce  soit,  d'autant  qu'il  faut  con- 
fesser la  nation  espagnolle  brave. . .  »  —  Fin  :  «  .. .  Les  Romains 
ne  furent  jamais  si  grandz  terriens  ny  opulans  que  luy,  cela  est 
aisé  à  congnoistre,  qui  en  veult  computer  et  mesurer  les  terres 
de  l'un  et  des  aultres.  » 

2°  Page  253.  Serinent  s  et  jurements  espagnols.  —  Début  : 
«  Après  avoir  raconté  aucunes  rodomontades  des  Hespaignolz, 
il  m'a  semblé  de  raconter  aussy  quelques  uns  de  leur  sermantz 
particuliers. . .  »  —  Fin  :  «  ...  que  tan  mal  tu  fuego  me  trato  en 

1.  Corr.  autogr.  Discours. 


28  NOTICE    SDR   LES    MANUSCRITS    ORTGINACX    ET   AUTOGRAPHES 

mis  calenturas.  Il  maudissoit  la  chaleur...  Dieu  à  tous  leur 
face  la  grâce  de  s'en  réformer.  »  Et,  de  la  main  de  Brantôme, 
p.  260  :  «  Fin  où  il  se  faut  arester^.  » 

3"  Page  279.  Biscornus  sm-  M.  de  la  Noue.  —  Début  : 
«  Discours  sur  Mons"^  de  la  Noue,  à  sçavoyr  à  qui  l'on  est  plus 
tenu,  ou  à  sa  patrye,  à  son  roy  ou  à  son  bienfacteur-.  —  J'es- 
tois  ung  jour  en  un  honneste  compagnée  d'honnestes  seigneurs 
et  de  dames,  et  ainsin  qu'on  se  rencontre  à  discourir...  »  — 
Fin  :  «  ...  Voicy  doncq  la  fin  de  ce  discours,  que  je  crains  estre 
par  trop  long.  » 

4°  Page  417.  Discours  sur  les  retraites  de  guerre.  — 
Début  :  «  Autre  discours  3.  —  J'ay  souvent  ouy  dire  à  de 
grands  capitaines  et  généraux  d'armées  que  les  retraictes  belles 
et  demeslements  de  combats  méritent  bien  autant  de  louanges. . .  » 
—  Fin  :  «...  et  à  son  gentil  esprit  et  brave  courage.  Or  c'est 
assez  de  ceste  matière  et  subject  parlé.  » 

La  dernière  phrase  a  été  biffée,  et,  sur  la  dernière  page,  de  la 
main  de  Brantôme,  on  lit  :  «  Froissard  racontant  de  la  bataille  de 
Nicopoly...  Or  c'est  assez  parlé  de  ce  subjet.  » 

IX  (20477).  Rodomontades,  serments  et  jurements  espa- 
gnols, etc.  (éd.  Lalanne,  t.  VII,  p.  1-177  et  179-201).  — 
V  et  199  pages. 

l*"  Page  1.  Rodomontades  espagnoles  ;  4"*  rédaction.  — 
Début  :  «  A  la  reyne  Marguerit  de  France,  duchesse  de  Valois, 
ma  très  souveraine  dame.  Madame,  voycy  le  livre  d'aucunes 
Rodomontades...  et  vous  suplie  me  tenir  tousjours  en  qualité  de 
vostre.  »  —  Page  3.  «  Discours  d'aucunes  Rodomontades  et 
gentilles  rencontres  et  parolles  espaignolles.  Les  Rodomontades 
bespaignolles  certes  elles  surpassent  toutes  les  autres  de  quelque 
nation  que  ce  soit,  d'autant  qu'il  faut  confesser  la  nation  espai- 
gnolle  brave...  »  —  Fin  :  «...  et  grand  discours  à  part.  » 

Cette  troisième  rédaction  des  Rodomontades  ne  contient  pas, 
à  la  différence  des  deux  précédentes,  les  traductions  françaises 


1.  Les  pages  261  à  278  ont  été  laissées  en  blanc. 

2.  Titre  ajouté  de  la  main  de  Brantôme. 

3.  Brantôme  a  ajouté  :  sur  les  retraites  de  guerre,  qui  valent  bien  autant 
que  des  combati. 


DES   ŒUVRES    DE   BRANTOME. 


29 


u  lombreux  passages  en  espagnol  cités  dans  le  texte,  comme 
Brautôrae  l'annonce  du  reste  en  tête,  dans  la  dédicace  à  la  reine 
MargLierite^  Il  avait  lui-même  noté  pour  le  copiste  l'omission  à 
faire  d.'i  ces  traductions  sur  l'exemplaire  de  la  seconde  rédaction 
des  Rodomontades,  dont  il  sera  question  plus  loin,  et  qui  forme 
aujourd'hui  le  ms.  français  3273. 

2"  Page  169.  Serments  et  jurements  espagnols.  —  Début  : 
«  Après  avoir  raconté  aucunes  Rodomontades...  »  —  Fin  : 
«...  ainsi  que  j'en  ai  veu  l'expérience  en  plusieurs.  » 

Les  Serinents  et  jurements  espagnols  ne  se  trouvent  pas 
à  la  suite  de  la  première  rédaction  des  Rodomontades  dans  le 
ms.  n.  a.  fr.  20479.  Les  extraits  suivants  montreront  suffisam- 
ment les  variantes  qui  existent  entre  les  trois  rédactions,  corres- 
pondant aux  second,  troisième  et  quatrième  états  des  Rodomon- 
tades, dont  les  autres  manuscrits  ont  conservé  le  texte  : 


Première  re'daction, 

2«  des 
Rodomontades. 

(Ms.  n.  a.  fr.  20476, 
p.  253.) 

Aprèsavoir  raconté 
aucunes  Rodomonta- 
des des  Hespaignolz, 
il  m'a  semblé  aussi  ^ 
de  raconter  aussy 
quelques  uns  de  leur 
sermantz...  Le  plus 
commun  et  ancien 
est  : 


Deuxième  re'daction, 

3«  des 

Rodomontades. 

(Ms.  fr.  3273, 
p.  179  v°.) 

Après  avoir  ra- 
conté aucunes  Rodo- 
montades des  Espai- 
gnolz,  il  m'a  semblé 
bon^  de  raconter 
aussi  quelques  uns'* 
de  leurs  sermenlz... 
Le  plus  commun  et 
ancien  est  : 


Troisième  rédaction, 

4^  des 

Rodomontades. 

(Ms.  n.  a.  fr.  20477, 
p.  169.) 

Après  avoir  ra- 
conté aucunes  Rodo- 
montades et  rancon- 
tres^  des  Espaignolz, 
il  m'a  semblé  bon  de 
raconter  aussi  au- 
cuns de  leurs  ser- 
mens...  Le  plus  com- 
mun et  ancien  est  : 


1.  Voir  plus  loin  la  descriptioa  d'une  copie  de  cette  3°  rédaction,  antérieure 
aux  corrections  et  additions  faites  par  Brantôme  sur  cet  exemplaire,  et  qui, 
après  avoir  appartenu  à  Prosper  Marchand  et  avoir  servi  à  l'édition  de  1740, 
est  aujourd'hui  conservée  dans  la  bibliothèque  de  l'Université  de  Leyde. 

2.  Mot  biffé. 

3.  Mot  ajouté  par  Brantôme. 

4.  Brantôme  corr.  aucuns. 

5.  Ces  deux  mots  sont  omis  dans  la  copie  de  Leyde. 


30  NOTICE    SUR    LES   MANUSCRITS    ORIGINAUX    ET   AUTOGRAPHES 

I.  Juro  a  Dios.  i .  Juro  a  Bios. 


\ .  Juro  a  Dideur 


6i.  Si  por  estas 
barbas  que  nascieron 
a  la  funiada  de  los 
canones. 

62.  Si  por  la  lita- 
nia  de  los  santos  ' . 

63.  Cuerpo  de 
Dios,  por  el  pan; 
sangre  de  Dios,  por 
el  vino. 

Je  le  vis  jurer  une 
fois  à  ung  soldat. 

Mais  bien  pis  jura 
et  blasphéma  ung 
autre  soldat  à  Na- 
ples,  où  estant  faicte 
pragmalicqueou- 
deffence  de  ne  jurer 
parmy  leurs  bandes, 
luy  ayant  perdu  tout 
son  argent  dans  le 
corps  de  garde,  il 
dist  seuUement  :  Be- 
zo  las  matios,  senor 
Pylato.  Gomme  le 
remerciant  et  sa- 
chant bon  gré  de 
quoy  il  avoit  senten- 
tié  Jesus-Ghrisl.  Gel- 
iuy  là  debvoit  estre 
bruslé. 


6i.  Si  por  estas 
barbas  que  nascieron 
a  la  fumada  de  los 
cannones. 

62.  Cuerpo  de 
Dios,  por  el  pan; 
sangre  de  Dios,  por 
el  inno. 

Je  le  vis  jurer  une 
fois  à  un  soldat,  mais 
bien  pis  jura  et  bla- 
phéma  un  autre  sol- 
dat à  Naples,  où  es- 
tant faite  pragmati- 
que et  deffance  de  ne 
jurer  parmy  leurs 
bandes ,  luy  ayant 
perdu  tout  son  ar- 
gent dans  le  corps  de 
garde,  il  dist  seuUe- 
ment : 

63.  Bezo  las  ma- 
nos,  senor  Pilato. 
Gomme,  dist-il 
aprèz^,  le  remerciant 
et  sçachant  bon  gré 
de  quoy  il  avoit  sen- 
tentié  Jesus-Ghrist. 
Gelluy-làdevoit  estre 
bruslé. 


63.  Si  por  ti&tas 
barbas  que  nascieron 
a  la  fumada  ae  los 
canones. 

Ils  en  disent  bien 
d'exécrables,  comme 
je  vis  un  jour  un 
bandollier  près  de 
Narbonne,  qui  jura  : 
Por  los  higados  de 
Dios.  Malheureux 
qu'il  estoit. 

Un  autre  juroit  : 
Cuerpo  de  Dios,  por 
el  pan;  sangre  de 
Dios,  por  el  vin. 

Je'*  vis  un  soldat 
à  Naples,  où  estant 
faicte  une  pragmati- 
que ou  deffance  de  ne 
jurer  parmy  leurs  ^ 
bandes,  luy  ayant 
perdu  tout  son  ar- 
gent dans  le  corps  de 
garde,  il  dist  seule- 
ment :  Bezo  las  ma- 
nos,  senor  Pilato. 
Interrogé  par  quel- 
qu'un de  ses  compai- 
gnons  ce  qu'il  vou- 
loit  dire  par  là?  Il 
respondit    qu'il    re- 


1.  Article  biffé. 

2.  Brantôme  corr.  :  et. 

3.  Ces  trois  mots  ajoutés  entre  lignes  par  Brantôme. 

4.  Ms.  Ja. 

5.  Ms.  le. 


DES   œUVRES   DE    BRANTOME. 


3^ 


Ung  aullre  soldat 
sortant^  de  malladie 
et  d'une  grand  fleb- 
vre  chaude,  allant  à 
l'église  remercier 
Dieu  pour  sa  guéri- 


Un  autre  soldat 
sortant  de  malladie 
et  d'une  grand  fieb- 
vre  chaude,  allant  à 
l'esglise  remercier 
Dieu  pour  sa  guéri- 


mercioit  Pilate  et  luy 
en  sçavoit  bon  gré  de 
quoy  il  avoit  senten- 
tié^  nostre  sauveur 
Jésus  Christ.  11  de- 
voit'estre  bruslé. 

Un  autre  soldat  es- 
tant un  jour  entré 
dans  le  logis  d'une 
femme  son  hostesse, 
qui  avoit  trois  ou 
quatre  petitz  enfans 
à  l'entour  d'elle,  qui 
ne  faisoient  que  crier 
et  l'importuner,  il 
dist  :  Que  no  vive 
aun  el  reij  don  Hero- 
des  para  vengar  me 
d'estos  ninos^.  Infé- 
rant par  là  qu'il  eust 
voulu  le  roy  Hérodes 
encores  revivre  pour 
faire  un  second  mas- 
sacre des  petitz  inno- 
cens,  afin  que  pour 
luy  il  n'eust  plus  la 
teste  rompue  du  cry 
de  ces  petitz  enfans. 
Quelle  religion  ! 

Un  autre,  sortant 
d'une  malladie  et 
d'une  grand  flebvre 
chaude,  estant  allé"* 
à  réglise  pour  en 
remercier  Dieu  de  sa 


1.  Ce  raot  a  été  ajouté  entre  lignes  par  Brantôme. 

2.  Ms.  sentenhé.  —  Ce  naéme  mot  a  été  ajouté  entre  les  lignes  dans  le  ms. 
de  Leyde. 

3.  Ms.  minos. 

4.  Ms.  celle. 


32 


NOTICE    SUR   LES   MA\DSCRITS    ORIGINAUX    ET   AUTOGRAPHES 


son,  il  clist  et  salua 
ainsin  : 

64.  Bezo  las  ma- 
nos,  senor  Jésus,  y 
tan  bien  a  vos  san 
Pablo  %j  san  Pedro, 
y  a  vos  otros  aposto- 
les  y  otros  sanctos. 
Et  se  tournant  vers 
sainct  Anthoyne  :  Y 
no  a  vos,  barba  blan- 
ca,  que  tan  mal  tu 
fuego  me  trato  en 
mis  calenturas.  Il 
maudissoit  la  cha- 
leur et  le  feu  qull 
avoit  enduré  en  sa 
fiebvre,  réputant  le 
tout  à  Monsieur  de 
S'  Anthoyne. 

65.  Je  vis  une  fois 
ung  bandolierau  près 
de  Narbonne,  qui 
me  jura  :  Por  el  hi- 
gado  de  Dios.  Cel- 
luy  là  est  fort  scan- 
daleux. 

66.  Ung  autre  me 
jura  :  Por  la  letania 
de  los  sanctos.  Encor 
celluy  est  comme  les 
autres  précédens  as- 
sez léger. 

Les  Italliens  ne 
sont    si    divers    en 


son,  il  dist  et  salua 
ainsi  : 

64.  Bezo  las  ma- 
nos,  senor  Jésus,  y 
tan  bien  a  vos  san 
Pablo  y  san  Pedro, 
y  a  vos  otros  aposto- 
los*  y  otros  sanctos 
de  vida  eternal''.  Et 
se  tournant  vers 
sainct  Anthoyne  :  Y 
no  a  vos,  barba  blan- 
ca,  que  tan  mal  tu 
fuego  me  trato  en 
mis  calenturas.  Il 
maudissoit  la  chal- 
leur  et  le  feu  qu'il 
avoit  enduré  en  sa 
fiebvre,  réputant  le 
tout  à  Monsieur 
sainct  Anthoyne. 

Je  vis  une  fois  un 
bandolier  auprès  de 
Narbonne ,  qui  me 
jura  :  55  [lire  65]. 
Por  el  higado  [de] 
Dios.  Celluy-là  est 
fort  escandaleux. 

Un  autre  me  jura  : 
56  [lire  66].  Por  la 
letania  de  los  sanc- 
tos. Encor  celluy  est 
comme  les  autres 
précédens  assez  lé- 
ger. 

Les  Italiens  ne 
sont    si    divers    en 


guérison,  il  dist  et 
saluast  ainsi  :  Bezo 
las  manos,  senor  Jé- 
sus, y  tan  bien  a  vos 
san  Pablo  y  san  Pe- 
dro, y  a  iodos  vos 
otros  apostolos  y  san- 
tos  de  vida  eternal. 
Et  se  tournant  vers 
sainct  Anthoyne, 
peint  avec  sa  grand 
barbe  blanche,  il 
dist  :  Y  no  a  vos, 
barba  blanca ,  que 
tan  mal  tu  fuego  me 
trato  y  me  quemo 
en  mis  calenturas. 

Le  brave  Monsieur 
de  Bayard  ne  fit  pas 
cela;  [la  suite  comme 
aux  pages  -185-201 
du  tome  VII  de  l'édi- 
tion Lalanne.l 


1.  Corr.  aposloles. 

2.  Ces  trois  derniers  mois  ont  été  ajoutés  en  marge  de  la  main  de  Brantôme. 


leurs  jurements, 
mais  ils  en  disent  de 
fort  scandaleux  et 
odieux,  lesquelz  il 
vault  mieux  taire  que 
dire. 

Noz  Françoys  sont 
grand  jureurs  aussy  ; 
mesmes  que  le  temps 
passé  ce  proverbe 
courroit  :  «  Il  renie 
Dieu  comme  ung  ad- 
vanturier  ».  Mais  au- 
jourd'huy  chascun 
s'en  accommode. 
Dieu  à  tous  leur  face 
la  grâce  de  s'en  ré- 
former. Fin  où  il  se 
faut  arester^ 


DES   OEUVRES    DE   BRANTOME. 

leurs  juremens,  mais 
ilz  en  disent  de  fort 
escandaleux  et 
odieux,  lesquelz  il 
vaut  mieux  taire  que 
dire. 

Nos  François  sont 
grands  jureurs  aus- 
si; mesmes  que  le 
temps  passé  ce  pro- 
verbe courroit  :  «  II 
renie  Dieu  comme  un 
advanturier  ».  Mais 
aujourd'huy  chascun 
s'en  accommode. 
Dieu  à  tous  leur  fasse 
la  grâce  de  s'en  ref- 
former. 

Je  faits  pour  ast' 


33 


heure  fin  à  ces  Rodomontades  espaignolles,  sur  l'espoir  que  j'ay  de 
les  reprendre  et  en  réduire  encor  de  fort  belles  dans  la  vie  illustre  de 
nostre  roy  Henry  quatriesme^,  aujourd'huy  heureusement  régnant, 
lesquelles  se  sont  pratiquées  parmy  ces  guerres  espaignolles.  Et  faut 
espérer  que,  si  les  Rodomontades  espaignolles  sont  belles,  que  l'on  y 
en  verra  bien  d'autres  de  celles  de  nostre  Roy  pour  leur  réplicque,  car 
à  beau  jeu  beau  retour,  principallement  celles  qu'il  usa  en  leur  endroit 
à  la  prise  de  Paris,  en  la  composition  et  rendition  des  villes  de  la  Fère, 
Amians  et  autres.  Que  si  Dieu  me  preste  la  vie,  la  santé  et  la  grâce, 
j'espère  m'en  acquicter  dignement,  ainsi  que  Sa  Magesté  m'en  a 
donné  un  très-digne  subjet  et  que  j'en  ay  l'affection  très-grande. 

S'' Page  191. 

Blazon  de  la  couleur  verde.  Autre  de  ladicte  couleur  verte 

Verde  claro  y  verde  obscuro,  9^11^}  Q^^  signiffie  Espéraiice. 

Esperança  perdida  Do  raora  lo  verde, 

Y  despues  cobrada.  No  puede  mucho  leonado, 


1.  Cette  dernière  phrase  a  été  ajoutée  par  Brantôme. 

2.  Voir  L.  Lalanne,  Brantôme,  sa  vie  et  ses  écrits  (1896).  p.  350  et  352. 

1904  3 


34  NOTICE   SUR   LES   MANUSCRITS   ORIGINAUX    ET   AUTOGRAPHES 

Do  Esperança  no  se  pierde,  Autre. 

Poco  aprovecha  el  cuydado.  Si  amor  pone  las  escalas 

Al  muro  del  coraçon, 

Autre.  El  verde  da  TEsperança 

,       ,  u      1   T?.  „  Y  ninguna  defension. 

Yo  son  el  verde,  nombra  do  Espe-  ° 

[rança,  Autre. 

De  loda  tiniebla  l'humbre,  Quien  me  da  graves  passiones 

De  las  virtudes  la  cuinbre,  Mando  que  la  puente  alçassen, 

Remedio  de  servidumbre  Por  que  servicios  no  passen, 

Y  de  los  humanos  holgança.  Ni  el  verde  s'espeû  galardones. 

4"  Page  195.  Brouillon  d'une  autre  dédicace  à  la  reine  de 
Navarre,  pour  une  traduction  de  Lucain,  avec  corrections 
autographes  et  signature  de  Brantôme  à  la  fin  (éd.  Lalanne, 
t.  X,  p.  4-8)  : 

«  Madame,  Dernièrement,  que  je  vous  estois  allé  faire  la  révé- 
rance  à  Usson,  j'eus  cet  honneur  d'entrer  dans  vostre  salle  et 
vous  voir  manger  tous  les  jours...  » 

Tout  le  passage  qui  suit,  biffé  dans  le  manuscrit,  a  été  omis 
dans  l'édition  Lalanne  (X,  7)  : 

Sur  ce,  Madame,  j'ay  pensé  que,  si  vouliez  prendre  la  peine,  parmy 
aucuns  de  vos  loysirs  et  en  passant  vostre  temps,  de  vouloir  tra- 
duire ces  livres  de  Lucain  en  vostre  langue  françoyse,  j'entens  en 
prose  seulement,  ainsi  qu'a  faict  Viginaire  sa  Dellivrance  de  Hiéru- 
salem,  car  autrement  ilz  ne  seroient  pas  si  beaux;  je  croy  que  ce 
seroit  le  plus  bel  œuvre  et  le  plus  admirable  qui  soit  esté  faict  de 
tous  nos  temps.  Pour  Dieu,  Madame,  entreprenez  cela,  vous  en  pour- 
rez venir  à  bout  mieux  et  à  vostre  honneur  que  personne  de  la 
France,  ny  sans  vous  peiner,  raportez-y  un  peu  votre  gentil  esprit, 
despliez-y  vos  sens,  employez-y  vostre  savoir  et  beau  dire.  Moy,  je 
fournyray  d'encre  et  de  papier,  et  ma  peine,  qui  ne  sera  pas  trop 
grande,  puisqu'elle  me  sera  très  honnorable  d'escrire  soubz  vous. 
C'est  un  œuvre,  Madame,  digne  de  vous,  et  mesmes,  ayant  esté  faict 
en  latin,  d'une  belle,  honneste,  vertueuse  et  docte  dame  romaine,  et 
Ton  dira  qu'il  a  esté  aussi  traduict  en  françoys  par  une  Reyne,  la 
merveille  du  monde,  qui  en  a  faict  un  présent  à  sa  France  et  à  ses 
subjetz.  Je  vous  dis  cecy.  Madame,  parce  que  je  vous  vis  dernière- 
ment (ainsi  que  me  distes)  en  humeur  et  volunté  de  traduire  FOdis- 
sée  d'Homère  en  françois,  si  elle  n'estoit  point  traduicte.  Je  ne  sçay 


DES   œUVRES    DE    BRANTOME.  35 

si  elle  l'est,  ouy  ou  non,  mais  cet  œuvre  de  Lucain  est  bien  autre 
chose,  et  plus  cligne  de  vous,  ainsi  qu'il  y  a  différance  entre  le  faux 
etle  vray,  et  entre  la  fable  et  l'histoire,  qui  est  contenue  dans  Lucain. 
Je  voudrois,  Madame,  estre  bon  orateur,  pour  vous  en  persuader  la 
volunté  et  la  traduction,  quand  j'auroy  cet  honneur  d'estre  près  de 
vous,  en  vous  supliant  très  humblement,  Madame,  me  pardonner,  si 
je  suis  esté  si  présumptueux  de  vous  adresser  telles  paroUes,  y  allant 
à  la  bonne  foy,  et  d'un  désir  que  j'ay  de  voir  un  œuvre  si  admirable 
sortir  d'une  telle  royalle  et  digne  Magesté  que  la  vostre,  pour  la  pros- 
périté de  laquelle  je  suplie  la  divinité  tant  que  je  puis,  et  me  face 
aussi  la  grâce  que  puissiez  un  jour  cognoistre  combien  je  vous  suis, 
Madame*. 

X  (20478) .  Discours  sur  M.  de  la  Noue  et  sur  les  retraites 
de  guerre,  et  fragment  des  Vies  des  grands  Capitaines  (éd. 
Lalanne,  t.  VII,  p.  203-265  et  267-303,  et  t.  V,  p.  218-229). 
—  175  et  15  pages. 

i"  Page  1 .  Discours  sur  M.  de  la  Noue.  —  Début  :  [Titre  pos- 
térieur.] «  Discours  sur  Monsieur  de  la  Noue,  assavoir  à  qui  l'on 
est  plus  tenu,  à  son  Roy,  ou  à  sa  patrie,  ou  à  son  bienfacteur,  » 
«  J'estois  ung  jour  en  une  honneste  compaignée  d'honnestes 
seigneurs...  »  —  Fin  :  «-  ...  que  je  crains  estre  trop  long.  » 

2°  Page  109.  Discours  sur  les  retraites  de  guerre.  — 
Début  :  [Titre  postérieur.]  «  Discours  sur  les  belles  retraictes.  » 

«  Autre  discours.  [Titre  autogr.  de  Brantôme.]  J'ay  souvant 
ouy  dire  à  de  grands  capitaynes  et  généraux  d'armées...  »  — 
Fin  :  «  ..  de  ceste  matière  et  subject  parlé.  » 

3°  Page  1-15  (en  retournant  le  volume).  Fragment  des  Vies 
des  grands  Capitaines.  —  Début  :  «  L'un  feust  le  grand 
maistre  d'Aubusson,  qui  défendit  si  vaillanment  Rhodes...  »  — 
Fin  :  «  ...  et  porta  et  honneur  et  tesmoignage  au  Grand 
Maistre...  » 

1.  Sur  trois  feuillets  préliminaires,  d'une  autre  écriture,  on  trouve  copiées 
les  pièces  suivantes  :  1°  «  Articles  de  la  juridiction  donnée  à  messeigneurs  les 
connestabies  et  naareschaux  de  France,  ou  leurs  lieutenans  à  la  Table  de  marbre, 
au  Palais  à  Paris,  sur  le  fait  des  guerres  et  payement  de  la  gendarmerie.  »  — 
2°  «  Édit  par  lequel  le  Roy  départit  les  lymiles  de  France  à  trois  marescbaux 
icy  nommez,  leur  donnant  juridiction  à  chacun  selon  le  lieu  à  luy  départy.  »  — 
3°  «  Ordonnances  du  Roy  sur  l'ordre  et  forme  des  monstres,  gages  et  paiements 
des  bendes  des  chevaulx  légiers...  »  [Début  seul  de  cette  ordonnance  de 
Henry  IL] 


36  NOTICE    SUR    LES    MANUSCRITS    ORIGINAUX    ET    AUTOGRAPHES 

XI  (20474).  Premier  livre  des  Dames  (éd.  Lalanne,  t.  VII, 
p.  307-443,  et  t.  VIII,  p.  1-203).  —  188  feuillets. 

Début  :  «  Discours  premier  des  Dames,  sur  le  reyne  Anne  de 
Bretagne.  Puis  qu'il  me  faut  parler  des  Dames,  je  ne  veux  m'amu- 
ser  aux  anciens  {corr.  :  ancienes)...  »  —  Fin  :  «...  et  jà  sur 
l'aage  j'ay  entretenu  son  peuple  et  les...  » 

Après  ces  derniers  mots,  de  nombreux  feuillets  ont  été  arra- 
chés, et  le  volume  se  termine  par  les  deuxième  et  troisième  dis- 
cours du  second  livre  des  Dames  (éd.  Lalanne,  t.  IX,  p.  254- 
327). 

Fol.  162.  [Discours  sur  le  sujet  qui  contente  le  plus  en  amours, 
ou  le  toucher,  ou  la  veue,  ou  la  parole.]  «  ...  en  sont  estées  plus 
curieuses  et  exquises  que  les  nostres,  tant  en  parfums  qu'en 
parure...  —  ...  quand  il  veut,  la  sçait  bien  déprimer.  Fin.  » 

Fol.  182.  «  Autre  discours  [sur  la  beauté  de  la  belle  jambe]. 
Entre  plusieurs  belles  beautez  que  j'ay  veu  louer...  —  ...  ont  une 
grande  faveur  et  pouvoyr  à  l'empire  d'amour.  » 

Les  nombreuses  additions  et  corrections  autographes,  faites 
par  Brantôme  dans  cette  seconde  partie  du  manuscrit,  sont 
reproduites  dans  la  copie  de  Dupuy  (ms.  608). 

On  pourra  juger  des  différences,  relativement  légères,  des 
quatre  rédactions  du  premier  livre  des  Dames  par  les  quelques 
extraits  suivants  : 

Première    rédaction.  Seconde,  troisième  et  quatrième 

rédactions^. 

(Ms.  n.  a.  fr.  20474,  fol.  2.)  (Mss.  n.  a.  fr.  20480,  p.  5,  20475,  p.  1, 

et  franc.  3272,  p.  1.) 

Discours  premier  des  Dames,  sur  Discours  premier  des  Dames,  sur 

la  reyne  Anne  de  Bretagne.  la  reyne  Anne  de  Bretaigne^. 

Puis  quMl  me  faut  parler  des  Puis  qu'il  me  faut  parler  des 

Dames,  je  ne  veux  m'amuser  aux  Dames,  je  ne  veux  m'arauser  aux 

anciens \  dont  les  histoires  sont  anciennes,  dont  les  hystoyres-* 

toutes  pleines,  et  ne  seroit  qu'en  sont  toutes  pleines,  et  ne  seroit 

1.  Brantôme  corr.  ancienes. 

2.  Les  variantes  des  3^  et  4»  rédactions  sont  indiquées  en  notes. 

3.  Dans  la  i'  rédaction,  ce  titre  est  précédé  du  titre  général  suivant  :  Pre- 
mier volume  des  Dames,  dédié  à  la  susdite  reyne  de  France  et  de  Navarre. 

4.  Histoires,  3°  rédact. 


DES   ŒUVRES   DE   BRANTOME. 


37 


chafourer  le  papier  en  vain,  puis 
quMl  '  y  en  a  assez  d'escrit,  et 
mesmes  ce  grand  Bocace  en  a 
faict  un  beau  livre  à  part.  Je  me 
contenteray  donc  d'en  escrire 
d'aucunes  particulières  et  prin- 
cipallenient  des  nostres^  et  de 
celles  de  nostre  temps  ou  de  noz 
pères,  qui  nous  en  ont  peu  re- 
conter. J'acommenceray  donq  par 
nostre  reyne  Anne  de  Bretaigne, 
la  plus  digne  et  honnorable  reyne 
qui  ayt  esté  despuis  la  reyne 
Blanche,  mère  du  roy^  Louys... 


qu'en  chaffourrer  le  papier  en 
vain,  car  il  y  en  ha^  assez  d'es- 
cript  et  mesmes  ce  grand  Boc- 
casse  ''  en  a  faict  ung  beau  livre 
à  part.  Je  me  contanteray  donq 
d'en  escripre  d'aucunes  particul- 
lièreset  principallementdes  nos- 
tres,  de  nostre  France  et  de  celles^ 
de  nostre  tempz  ou  de  noz  pères, 
qui  nous  en  ont  peu  raconter."  Je 
commanceray  donq  par  nostre 
reyne  Anne  de  Bretaigne,  la  plus 
digne  e^  honnorable  reyne  qui 
ayt  esté  despuis  la  reyne  Blanche, 
mère  du  roy  sainct  Louys... 


Second  discours  sur  laretjne  mère, 
Catherine  de  Médicis. 

Je  me  suis  cent  fois  estonné  et 
esmerveilié  de  tant  de  bons  es- 
crivains,  que  nous  avons  veu  de 
nostre  temps  en  la  France,  qu'ilz 
n'ayent  esté  curieux  de  faire 
quelque  beau  recueuil  de  la  vie 
et  gestes  de  la  reyne  mère  Cathe- 
rine de  Médicis,  puis  qu'elle  en 
ha  produict  d'amples  matières  et 
taillé  bien  de  la  besongne,  sija- 
mays  reyne  de  France  tailla  \ 
ainsin  que  dit  l'empereur  Charles 


Second  discours  sur  la  reyne  mère 
de  noz  roys  derniers'',  Cathe- 
rine de  Médicis. 

Je  me  suis  cent  fois  estonné  et 
esmerveilié  de  tant  de  bons  es- 
crivains,  que  nous  avons  veu  de 
nostre  temps  en  la  France,  qu'ilz 
n'ayent  esté  curieux  de  faire 
quelque  beau  recueil  de  la  vie  et 
gestes  de  la  reyne  mère  Cathe- 
rine de  Médicis,  puisqu'elle  en  a 
produict  d'amples  matières  et 
taillé  bien  de  la  besongne,  si  ja- 
mais reyne  de  France  ^'^  tailla, 
ainsin    que   le  dict    l'empereur 


1.  Corr.  car  il. 

2.  Add.  de  nostre  France. 

3.  Add.  St. 

4.  Add.  autogr.  de  Brantôme. 

5.  A,  Z"  et  4°  rédact. 

6.  Boccasse,  3°  rédact.;  Boccace,  4"=  rédact. 

7.  De  celles,  3"  rédact. 

8.  Et,  3"  rédact. 

9.  Ces  quatre  mots  ajoutés  de  la  main  de  Brantôme. 

10.  Ces  deux  mots  omis  dans  le  ms.  de  Bélhune. 


38 


NOTICE   SUR   LES   MANUSCRITS   ORIGINAUX   ET   AUTOGRAPHES 


à  Paulo  Jovyo  une  fois,  à  son  re- 
tour de  son  triuraphant  voyage 
de  la  Goulele,  voulant  faire  la 
guerre  au  roy  François,  qu'il  fîst 
seulement  provision  d'encre  et 
papier,  qu'il  luy  alloit  bien  tailler 
de  la  besongne...  Il  y  en  a  heu 
un  portant  qui  s'en  est  voulu 
mesler  d'en  escrire,  et  de  faict  en 
risl  un  jjetit  *  livre,  qu'il  intitula 
la  Vie  de  Catherine;  mais  c'est 
un  imposteur  et  non  digne  d'estre 
creu,  puis  qu'il  est  plain  plus  de 
menteries  que  de  veritez,  ainsin 
qu'elle  mesme  le  dit,  l'ayant  veu. 
Comme  telles  fausetés  sont  appa- 
rentes à  un  chacun  et  aysées  à  no- 
ter et  dejeter'^,  aussi  celuy  qui 
l'a  faict  luy  vouloit  mal  mortel... 
Quand  à  moy,  je  desirerois  fort 
avoir  le  bien  ^  dire,  ou  que  j'eusse 
une  bonne  plume  et  bien  taillée 
à  commandement  pour  Texalter 
et  louer  comm'  elle  le  mérite. 
Toutesfois  tel  qu'il  ■*  est,  je  m'en 
vais  remployer  à  l'azard.  Geste 
reyne  donc  est  extraicte  du  costé 
du  père  de  la  race  de  Médicis, 
l'une  des  nobles  et  illustres  mai- 
sons, non  seulement  de  l'Italie, 
mais  de  la  chrestienté,  quoy  qu'on 
en  die.  Elle  estoit  estrangère  de 
ce  costé;  comme  les  alliances  des 
grands  ne  se  peuvent  prendre 
communément  dans  leurs  royau- 
mes, la  maison  toutesfois  de  Mé- 


Charles  a  Paulo  Jovio  une  fois,  à 
son  retour  de  son  triumphant 
voiage  de  la  Goulette,  voullant 
faire  la  guerre  au  roy  François, 
qu'il  fist  seuUement  provision 
d'ancre  et  papier,  qu'il  luy  alloit 
bien  tailler  de  la  besongne...  Il  y 
en  a  heu  ung  pourtant  qui  s'en 
est  vouleu  mesler  d'en  escrire,  et 
de  faict  en  fist  ung  petit  livre, 
qu'il  intitula  la  Vie  de  Catherine  ; 
mais  c'est  ung  imposteur  et  non 
digne  d'estre  creu,  puis  qu'il  est 
plus  plain  de  menteries  que  de 
vérité,  ainsin  qu'elle  mesmes  le 
dict,  l'aiant  veu.  Comme  telles 
faulsettez  sont  aparantes  à  ung 
chacun  et  aisées  à  notter  et  de- 
jetter,  aussi  celluy  qui  l'a  faict 
luy  vouloit  mal  mortel...  Quand 
à  moy,  je  desirerois  fort  sçavoir 
bien  dire  ou  que  j'eusse  une 
bonne  plume  et  bien  taillée  à 
commandement  pour  l'exalter  et 
louer  comme  elle  le  mérite.  Tou- 
tesfois telle^  qu'elle  est  je  m'en 
vais  l'emploier  à  l'azard.  Geste 
reyne  donq  est  extraicte  du  costé 
du  père  de  la  race  de  Médicis, 
l'une  des  nobles  et  illustres  mai- 
sons, non  seuUement  de  l'Ytallie, 
mais  de  la  chrestienté,  quoy 
qu'on  en  die.  Elle  estoit  estran- 
gière  de  ce  costé;  comme  les  al- 
liances des  grands  ne  se  peu- 
vent prendre  communément  dans 


1.  Add.  autogr.  de  Brantôme. 

2.  Add.  autogr.  de  Brantôme. 

3.  Corr.  autogr.  de  Brantôme  :  fort  savoir  bien. 

4.  Corr.  autogr.  de  Brantôme  :  tele  qu'ele. 

5.  Add.  autogr.  de  Brantôme. 


DES    CEDVRES    DE    BRANTOME.  39 

dicis  auroit  quasi  lousjours  esté  leurs  roiaumes^,  la  maison  tou- 

alliée  et  confédérée  aveq  la  cou-  tesffois  de  Médicis  auroit^  quasi 

ronne  de  France,  dont  encores  toujours  esté  aliee  et  confédérée 

ilz  portent  les  fleurs  des  lys,  que  aveq  la  couronne  de  France,  dont 

le  roy  Louys  Xll  '  donna  à  ceste  encores  ilz  portent^  les  fleurs  de 

maison  en  signe  d'allience  et  con-  lis,  que  le  roy  Louis  unsiesme 

fédération  perpétuelle.  Mais  de  la  donna  à  cette  maison  en  signe 

génération  maternelle  sortie  ori-  d'aliance  et  confédération  perpé- 

ginellement  de   Tune  des  plus  tuelle.  Mais^   de   la  génération, 

nobles  et  anciennes  maisons  de  maternelle  eW  est  ^  sortie  origi- 

France. . .  nellement  de  l'une  des  plus  nobles 

maisons  de  France... 

XII  (20475).  Premier  livre  des  Dames  (éd.  Lalanne, 
t.  VII,  p.  307-t.  VIII,  p.  204).  —  II  et  451  pages. 

Début  :  «  Discours  premier  des  Dames,  sur  la  reyne  Anne  de 
Bretaigue.  Puis  qu'il  me  faut  parler  des  Dames,  je  ne  veux 
m'amuzer  aux  anciennes. . .  »  —  «  ...  d'aborer  la  domination  des 
femmes.  » 

XIII  (20480).  Premier  livre  des  Dames  (éd.  Lalanne, 
t.  VII,  p.  307-t.  VIII,  p.  204).  —  430  pages. 

Début  :  «  Discours  premier  des  Dames,  sur  la  reyne  Anne  de 
Bretaigne.  Puis  qu'il  me  faut  parler  des  Dames,  je  ne  veux 
m'amuser  aux  anciennes...  »  —  Fin  :  «...  d'aborrer  la  domi- 
nation des  Françoise  C'est  assez  parler  des  choses  sérieuses,  il 
faut  ung  peu  parler  des  gayes.  » 

1.  Corr.  XI. 

2.  Le  ms.  de  Bélhune  contient  ici  celle  addition  autographe  de  Brantôme  : 
«  Aussy  n'est-ce  pas  quelques  foys  le  meilleur,  car  les  alliances  estrangères 
valent  bien  autant  ou  plus  que  les  prochaynes.  » 

3.  Corr.  a. 

4.  Corr.  en  porte, 

5.  Mot  biffé. 

6.  Add.  autogr.  de  Brantôme. 

7.  François  biffé  par  Brantôme  et  corrigé  en  famés;  la  suite  a  aussi  été 
biffée  par  Brantôme. 


AO  NOTICE    SUR    LES    MANDSCRITS    ORIGIXAUX    ET    AUTOGRAPHES 

DEUXIÈME    RÉDACTION. 

Manuscrit  de  Bignon. 
(Français  6694,  anc.  Supplément  120.) 

Vies  des  grands  Capitaines  (éd.  Lalanne,  t.  I,  p.  9-t.  V, 
p.  296).  —  412  feuillets. 

Début  :  «  Recueil  d'aucuns  discours,  devis,  contes,  hystoyres, 
combatz,  actes,  traitz...  Or  ce  recueil  en  ce  que  touche  les 
hommes  est  rédigé  en  deux  grands  volumes... 

[Dédicace.]  «  A  la  Reyne  de  France  et  de  Navarre.  Madame, 
si  j'ay  heu  quelque  fois  par  vostre  permission  cest  honneur. . . 

«  J'acommence  mon  œuvre  par  l'exaltation  d'aucuns  grands 
capitaynes  et  personnages  de  guerre...  »  —  Fin  :  «  ...  pourtant 
la  France,  qui  l'a  veue  d'autrefois,  mais  non  ce  qu'elle  est  main- 
tenant, a  esté  ung  pays  incomparable  en  tout.  » 

On  lit  en  haut  du  premier  feuillet  :  «  Monsieur  Bignon, 
maître  des  requestes  et  bibliothécaire  du  Roy,  a  donné  ce  manus- 
crit à  la  Bibliothèque  le  7  novembre  1745.  » 

C'est  le  seul  volume,  qui  paraisse  subsister  aujourd'hui,  de  la 
seconde  rédaction  des  œuvres  de  Brantôme,  en  quatre  grands 
volumes,  deux  pour  les  Hommes,  dont  celui-ci  est  le  premier,  et 
deux  pour  les  Dames. 

TROISIÈME    RÉDACTION. 

Manuscrits  de  Béthune. 
(Français  3262-3264  et  3270-3273.) 

I  (3262).  Vies  des  grands  Capitaines,  l*""  livre  (éd.  Lalanne, 
t.  I,  p.  7-t.  II,  p.  282).  —271  feuillets. 

Titre  ajouté  de  la  main  qui  a  fait  des  corrections  en  divers 
endroits  du  volume  (fol.  3)  :  «  Les  Vies  des  grands  Capitaines 
estrangers  du  siècle  dernier,  empereurs,  roys,  princes  et  gentils- 
hommes, avec  celles  de  leurs  partizans,  recueillies  en  forme 
d'histoire,  par  Messire  Pierre  de  Bourdeille,  vivant  seigneur  de 
Branthome  et  des  baronnies  de  Richemont,  S*-Crespin,  et  la  Cha- 


DES    œilVRES    DE    BRANTOME.  4^ 

pelle  Montmoreau,  chevalier  de  l'Ordre  du  Roy  et  de  l'Habito  de 
Christo  de  Portugal. 

«  Il  faudra  mettre  icy  les  armes  de  Bourdeille  et  de  Yivonne*.  » 
Puis,  de  même  main,  au  fol.  4,  la  dédicace  «  à  la  reyne  Mar- 
guerite, »  imprimée  dans  l'édition  Lalanne,  t.  I,  p.  8.  Elle  a  été 
transcrite  sur  le  recto  d'un  feuillet  blanc,  collé  sur  le  feuillet 
anciennement  numéroté  4  (aujourd'hui  4  bis),  de  façon  à  cacher 
la  fin  d'une  autre  dédicace,  qui  se  terminait  au  recto  de  ce  même 
feuillet  et  dont  le  commencement  se  trouvait  au  feuillet  ancien- 
nement numéroté  3,  qui  a  été  coupé  et  dont  il  ne  reste  plus  que 
le  talon  formant  onglet.  Voici  ce  qui  subsiste  de  cette  autre  dédi- 
cace (fol.  4  bis)  : 

...  Les  roys  maislres  en  leurs  armées,  les  suivre  et  les  courtiser 
en  leurs  courtz^  [ensemble  de  servir  les  belles  et  honnesles  dames 
de  la  court  de  nos  grandes  reynes  et  princesses  et  passer  aussi  mon 
temps  en  autres  divers  et  très  beaux  exercices  2,]  et  passer  aussi  mon 
temps  en  autres  exercices^.  Je  seray  donques  excusé,  Madame,  si 
vous  ne  voyez  icy  un  seul  bel  ordre  d'escrire,  ny  aucune  belle  dispo- 
sition de  paroUes  éloquentes,  el  les  remetz  aux  mieux  disans  et  escri- 
vains,  j'entendz  de  ceux  qui  vous  ont  peu  imiter  en  vostre  beau  par- 
ler. Bien  vous  diray-je,  Madame,  ce  que  j^escritz  est  plein  de  vérité 
de  ce  que  j'ay  veu,  je  Tassure,  de  ce  que  j'ay  appris  et  sçeu  d'autruy, 
je  n'en  puis  mais.  Si  tiens-je  pourtant  beaucoup  de  choses  de  grandes 
personnes,  tant  hommes  que  femmes,  et  de  livres  très  véritables 
et  dignes  de  foy.  Voylà  enfin,  Madame,  comme  je  me  présente  à 
V[ostre]  M[ajesté],  avec  dévoction  et  vœu  solempnel  de  vous  demeurer 
à  éternité. 

Vostre  très  humble  et  très  obéissant  subject  et  très  affectionné 
serviteur. 

De  Bourdeille. 

Début  (fol.  4  bis  v")  :  «  Premier  livre  des  Hommes.  J'acom- 
mance^  mon  livre  par  les  louanges  et  gloires  d'aucuns  grands 

1.  Bourdeille  :  d'or,  à  deux  pattes  de  griffon  de  gueules,  onglées  d'azur,  et 
posées  en  contrebande  l'une  sur  l'autre.  —  Vivonne  :  d'hermines,  au  chef  de 
gueules. 

2.  Cette  phrase  entre  crochets  a  été  ajoutée  en  marge,  de  la  même  main  de. 
copiste. 

3.  Mots  biffés. 

4.  Corr.  Je  commence. 


42  NOTICE   SDR   LES    MANUSCRITS   ORIGINAUX   ET   AUTOGRAPHES 

capitaines...  »  —  Fin  (fol.  271)  :  «  ...  bons  capitaines  et  grandz 
personnages  estrangers.  [Il  faut  maintenant  venir  à  nos  braves 
François,  qui  vallent  bien  les  autres,  selon  qu'on  le  verra  par  la 
preuve.  Et  pour  mieux  accommencer,  je  viens  à  nostre  brave  et 
gentil  roy  Charles  VIIF  de  ce  nom.  Fin  du  premier  livre i.]  » 

II.  —  Le  tome  II  manque  ;  il  contenait  les  feuillets  272  à  536, 
sur  lesquels  était  transcrit  le  second  livre  des  Grands  Capi- 
taines. Il  n'est  plus  représenté  aujourd'hui  que  par  la  copie 
faite,  après  les  dernières  corrections  du  texte,  par  les  soins  de 
P.  Dupuy,  et  qui  porte  le  n"  610  dans  sa  collection  (éd.  Lalanne, 
t.  II,  p.  283-t.  m,  p.  413). 

III  (3263).  Vies  des  grands  Capitaines,  3"  livre  (éd.  La- 
lanne, t.  IV,  p.  1-t.  V,  p.  123).  —  272  feuillets,  numérotés 
537  à  791,  plus  un  dernier  feuillet. 

Début  (fol.  537)  :  «  Troisiesme  livre  des  Hommes  illustres  et 
grandz  Capitaines.  Monsieur  le  mareschal  de  Termes  a  esté  un 
très  grand  capitaine...  »  —  Fin  (fol.  792)  :  «...  ce  que  n'eust 
sceu  faire  si  aysément  l'autre.  Voila  ce  qu'on^  disoit  alors.  » 

IV  (3264).  Vies  des  grands  Capitaines,  4"  livre,  et  Discours 
sur  les  colonels  (éd.  Lalanne,  t.  V,  p.  123-296,  et  t.  V, 
p.  297-t.  VI,  p.  231).  —  283  feuillets,  numérotés  792  à  889  et 
1  à  185,2. 

Début  (fol.  792)  :  «  Le  quatriesme  livre  des  Hommes  illustres 
et  grandz  Capitaines.  Monsieur  le  mareschal  de  Biron.  Parlons 
maintenant  de  Monsieur  le  mareschal  de  Biron...  »  —  Fin 
(fol.  889)  :  «  ...  pourtant  la  France,  qui  l'a  veue  et  autres  fois, 
mais  non  ce  qu'ell'  est  maintenant,  a  esté  un  pays  incompa- 
rable en  tout.  » 

Fol.  98-283  (a ne.  fol.  1-186).  «  Discours  sur  les  couronnelz 
de  l'Infanterie  de  France.  Après  avoir  parlé  des  grandz  capi- 
taines et  généraux  d'armées...  —  ...  et  y  verrions  de  plus  belles 
choses  et  enrichies  qu'il  n'y  a  de  joy.  Or  c'est  assez.  Fin.  » 

V-VII  (3272,  3271  et  3270).  Premier  livre  des  Dames  (éd. 

1 .  Cette  dernière  phrase  a  été  biffée  dans  le  ms. 

2.  Add.  en. 


DES    CEDVRES    DE   BRANTOME.  43 

Lalanne,   t.   VII,   p.   307-t.   VIII,   p.  204).   —  92,    48  et 
69  feuillets. 

V  (3272).  [Copie  dans  Dupuy,  611,  fol.  9-114  y\]  —  Début  : 
«  Premier  volume  des  Dames,  dédié  à  la  susdite  reyne  de 
France  et  de  Navarre.  Discours  premier  des_  Dames,  sur  la 
reyne  Anne  de  Bretaigne.  Puis  qu'il  me  faut  parler  des 
Dames,  je  ne  veux  m' amuser  aux  anciennes...  »  —  Fin  : 
«...  Il  fallust  que  la  justice  usast  de  son  droict,  et  c'est  la 
fin  de  l'histoyre.  Fin.  » 

VI  (3271).  [Copie  dans  Dupuy,  611,  fol.  115-175  v°.]  — 
Début  :  «  Discours  sur  la  reyne  d'Hespaigne,  Elisabet  de 
France.  J'escripts  icy  de  la  reyne  d'Hespaigne,  Elisabet  de 
France  et  vraye  fille  de  France...  »  —  Fin  :  «  ...  Car  si 
jamais  fut  veue  du  monde  personne  en  figure  céleste,  certes 
vous  Testes.  Fin.  »  —  A  la  fin  six  vers  et,  au  début  du 
volume  suivant,  un  quatrain  en  l'honneur  de  Marguerite  de 
Navarre,  imprimés  dans  l'édition  Lalanne,  t.  VIII,  p.  85 
et  note  1 . 

VII  (3270).  [Copie  dans  Dupuy,  611,  fol.  176-265  v°.]  — 
Début  (fol.  1  v")  :  «  Discours  sur  les*  filles  de  la^  maison  de 
France.  C'est  une  chose  que  j'ay  veu  noter  à  de  grandes 
personnes,  tant  hommes  que  dames  de  la  court...  »  —  Fin  : 
«...  estant  en  fin  le  naturel  de  plusieurs  hommes  d'aborrer 
la  domination  des  femmes.  » 

YIII.  —  Le  tome  VIII  manque;  il  contenait  le  second  livre 
des  Dames,  dont  la  copie  forme  aujourd'hui  le  n°  608  de  la  col- 
lection Dupuy  (éd.  Lalanne,  t.  IX,  p.  1-529).  Le  dernier  dis- 
cours de  ce  second  livre  se  trouve  entête  du  volume  suivant. 

IX  (3273).  Rodomontades  et  serments  espagnols,  avec  la 
fin  du  second  livre  des  Dames  (éd.  Lalanne,  t.  VII,  p.  5-145  et 
179-185,  note  1,  et  t.  IX,  p.  530-727).  —  182  feuillets. 

En  tète  du  fol.  1,  une  note  autographe  de  Brantôme  porte  : 
«  Ce  livre  est  du  tout  incorrect  et  imparfait,  par  quoy  n'y  faut 
nullement  jeter  la  veue,  mays  qui  le  veut  voyr  bien  corrigé  lise  , 
mon  livre  qui  est  couvert  de  velours  tané,  ou  mon  grand  livre 

1.  Mesdames,  corr.  autogr.  de  Brantôme. 

2.  Brantôme  ajoute  noble. 


44  NOTICE    SDR    LES   MANUSCRITS    ORIGINAUX    ET    AUTOGRAPHES 

couvert  de  velours  verd,  où  sont  tous  mes  discours  escritz  tou- 
chant les  Dames.  » 

Puis,  au  fol.  1  v'',  de  la  main  du  copiste  :  «  Ce  discours  subs- 
séquent  doit  estre  mis  avecques  l'autre  et  second  volume,  que 
j'ay  fait  des  Dames  et  dédié  à  Monsieur  le  duc  d'Alençon  ;  mais 
par  faute  de  papier,  qui  a  manqué  à  l'autre  volume,  je  l'ay  icy 
mis  et  inceré,  en  attandant  que  je  les  réduise  tous  ensemble  et  en 
bon  ordre.  » 

Début  (fol.  2)  :  «  Discours  sur  les  femmes  mariées,  les  vefves 
et  les  filles,  à  sçavoir  desquelles  les  unes  sont  plus  chaudes  à 
l'amour  que  les  autres.  Moy  estant  un  jour  à  la  court  d'Es- 
paigne...  »  —  Fin  :  «  ...  d'un  bon  correcteur  pour  rhabiller  le 
tout.  » 

Fol.  107  v°.  Rodomontades  espagnoles,  3''  rédaction.  «  Ce 
recueil  qui  s'ensuit  des  Rodomontades  espaignoUes  est  dédié  à 
nostre  reyne...  »  —  Fol.  108.  «  Discours  d'aucunes  Rodomon- 
tades et  gentilles  rencontres  et  parolles  espaignoUes.  Il  faut  un 
peu  parler  des  Rodomontades...  —  ...  et  mesurer  les  terres  de 
l'un  et  des  autres.  » 

Fol.  179  v°.  Serments  et  jurements  espagnols.  «  Après  avoir 
raconté  aucunes  Rodomontades  des  Espaignolz...  —  ...  et  j'en 
ay  l'affection  très  grande.  »  (Voir  plus  haut,  p.  25  et  29,  les 
extraits  des  différentes  rédactions  des  Rodomontades .) 

Copies   des   manuscrits   de   Béthune 

faites  pour  les  dupuy 

(1645-1650). 

(Collection  Dupuy,  n»»  608-613.) 

I  (609).  Vies  des  grands  Capitaines,  tome  I.  —  Copie,  faite 
en  1646,  du  tome  I  (fol.  1-271)  du  manuscrit  de  Béthune 
(français  3262).  —  377  feuillets. 

II  (610).  Vies  des  grands  Capitaines,  tome  II.  —  Copie, 
faite  en  1646,  du  tome  II  (fol.  272-536)  du  manuscrit  de 
Béthune  (aujourd'hui  perdu).  —  412  feuillets. 

III  (613).  Vies  des  grands  Capitaines,  tome  III.  —  Copie, 
faite  en  1645,  du  tome  III  (fol.  537-791)  du  manuscrit  de 
Béthune  (français  3263).  —  283  feuillets. 


DES    œUVRES    DE    BRANTOME.  45 

IV  (612).  Vies  des  grands  Capitaines,  tome  IV,  et  Dis- 
cours sur  les  colonels.  —  Copie,  non  datée,  du  tome  IV 
(fol.  792-889  et  fol.  1-283)  du  manuscrit  de  Béthune  (fran- 
çais 3264).  —  327  feuillets. 

V  (611).  Premier  livre  des  Dames.  —  Copie,_  faite  en  1646, 
des  tomes  V,  VI  et  VII  du  manuscrit  de  Béthune  (français  3272, 
3271  et  3270).  —  265  feuillets. 

VI  (608).  Second  livre  des  Daines.  —  Copie,  faite  en  1650, 
du  tome  VIII  du  manuscrit  de  Béthune  (aujourd'hui  perdu).  — 
369  feuillets. 

Les  Rodomontades  et  serments  espagnols,  qui,  avec  le 
septième  et  dernier  discours  du  second  livre  des  Dames,  for- 
maient le  tome  IX  du  manuscrit  de  Béthune,  ne  se  trouvent  pas 
dans  la  collection  Dupuy. 


COPIES  DIVERSES 
DES  MANUSCRITS  DE   BRANTOME. 

Bibliothèque  nationale. 

Mss.  français  3265-3268.  —  Vies  des  grands  Capitaines. 
—  Quatre  volumes  in-folio;  512,  471,  445  et  452  feuillets. 
Reliure  en  parchemin  granité.  (De  Mesmes,  313-316;  ancien 
j^os  8776^-^) 

Le  ms.  français  3269,  placé  à  la  suite  de  ces  quatre  volumes, 
contient  la  copie  faite,  par  Antoine  Lancelot,  d'additions  et 
notes  au  livre  III  des  Grands  Capitaines  contenues  dans  le  ms. 
de  Béthune,  aujourd'hui  n°  3263  du  fonds  français.  —  In-folio, 
36  feuillets.  Demi-reliure.  (Lancelot  45;  ancien  n°  8772^.) 

Mss.  français  6688-6693.  —  Vies  des  grands  Capitaines, 
en  quatre  livres,  et  deux  livres  des  Dames.  —  Six  volumes 
in-folio;  418,  402,  481,  452,  347  et  516  feuillets.  Reliure  en 
maroquin  rouge  (sauf  le  t.  II,  relié  en  veau  rac),  aux  armes  de  * 
Philippe-Elisabeth  d'Orléans,  M"*  de  Beaujolais.  (Ancien  Supplé- 
ment 3683'-^) 


46  NOTICE    SUR    LES   MANUSCRITS    ORIGINAUX    ET    AUTOGRAPHES 

Ms.  français  14343.  —  Seconde  partie  du  premier  volume  des 
Dames,  commençant  au  «  Discours  sur  la  reine  de  France  et  de 
Navarre,  Marguerite.  »  —  In-4'';  189  feuillets.  Reliure  en  veau 
racine.  (Ancien  supplément  1652.) 

Mss.  français  17445-17448.  —  Vies  des  grands  Capitaines. 

—  Quatre  volumes,  in-folio;  416,  452,  494  et  332  feuillets. 
Reliure  en  veau  granité.  (Ancien  Saint-Germain,  Gesvres  24.) 

Mss.  français  17455  et  17450  à  17454.  —  Vies  des  grands 
Capitaines,  en  quatre  livres,  et  deux  livres  des  Dames.  — 
Six  volumes,  in-folio;  562,  414,  458,  343,  299  et  441  feuillets. 
Rel.  en  veau  rac.  (Ancien  Saint-Germain  français  1001^  ^'  2-^) 

Deux  autres  copies  partielles  des  œuvres  de  Brantôme  ont  été 
jointes  à  cet  exemplaire  :  1°  ms.  français  17449,  premier  livre 
des  Dames;  —  2°  ms.  français  17456,  deuxième  livre  des 
Grands  Capitaines.  —  Deux  volumes,  in-folio;  359  et 
499  feuillets.  Reliure  en  veau  racine,  aux  armes  et  chiffre  du 
chancelier  Séguier.  (Ancien  Saint-Germain  français  1001'  ^^^.) 

Mss.  français  20675,  20677,  20678  et  20676.  —  Vies  des 
grands  Capitaines,  en  quatre  livres  (moins  le  troisième),  et 
premier  livre  des  Dames.  —  Quatre  volumes  in-folio,  366, 194, 
208  et  135  feuillets.  Reliure  en  veau  brun,  sauf  le  premier 
volume,  qui  est  relié  en  parchemin  granité.  (Ane.  Missions- 
Étrangères  137'"^.)  —  La  copie  du  premier  livre  des  Dames 
porte  la  date  1656. 

Ms.  français  20205  des  nouvelles  acquisitions.  —  Vies  des 
grands  Capitaines,  premier  livre,  et  deux  livres  des  Dames. 

—  In-folio,  313  feuillets.  Rehure  en  parchemin.  (Provient  du 
Collège  de  Clermont,  à  Paris,  n"  808;  puis  de  G.  Meerman, 
n°  859;  et  de  sir  Thomas  Phillipps,  ms.  27  ;  n°  177  de  la  vente 
de  1903.) 

Bibliothèque  de  l'Arsenal. 

Mss.  6303-6311.  —  Neuf  volumes,  in-folio,  reliés  (sauf  le 
premier)  en  veau  marbré  et  ainsi  distribués  : 

1"  Ms.  6303.  Premier  livre  des  Grands  Capitaines.  — 
501  feuillets.  Reliure  en  maroquin  rouge,  aux  armes  du  comte 
de  Crissé,  et  avec  ex-libris  gravé  de  B.-H.  de  Fourcj.  (Provient 
du  marquis  de  Paulmy  ;  ancien  n"  878,  H.  F.) 


DES    OEUVRES    DE    BRANTOME.  47 

2"  Mss.  6304-6307.  Vies  des  grands  Capitaines,  incom- 
plète du  premier  volume  et  ainsi  divisée  :  Tome  IL  «  Second 
volume...  Dora  Philippe,  roy  d'Espagne.  Or  maintenant,  après 
avoir  parlé  du  père...  »  (éd.  Lalanne,  II,  71).  —  III.  «  Troi- 
sième volume...  Monsieur  de  Nemours,  Gaston  de  Foix.  Le  Roy 
ayant  retiré  de  Milan...  »  (éd.  Lalanne,  III,  8).'  —  IV.  [Qua- 
trième volume.]  «  Monsieur  le  maresclial  de  Termes.  Monsieur  le 
mareschal  de  Termes  a  esté  un  très  grand  capitaine...  » 
(éd.  Lalanne,  IV,  1).  —  V.  «  Cinquième  volume...  Monsieur 
l'admirai  de  Chastillon.  Maintenant  il  me  faut  parler...  —  ... 
perdit  le  marquisat  [de  La  Vallette]  et  tout  par  un  despit  » 
(éd.  Lalanne,  IV,  285).  —  305,  333,  376  et  322  feuillets. 

3"  Ms.  6308.  Tome  VI.  «  Discours  sur  les  Colonnels  de  l'In- 
fanterie de  France.  »  —  312  feuillets. 

4°  Mss.  6309-6311.  Tomes  VII-IX.  Deux  livres  des  Dames, 
dont  le  second  est  partagé  en  deux  volumes,  au  5"  «  Discours 
sur  le  sujet  qui  contente  plus  en  amours.  »  —  293,  218  et 
248  feuillets.  (Provient  du  marquis  de  Paulmy  ;  ancien  n"  878, 
H.  F.) 

Bibliothèque  Mazarine. 

Mss.  2059-2065.  —  Vies  des  grands  Capitaines,  en  quatre 
volumes,  et  deux  livres  des  Daines,  dont  le  second  est  partagé 
en  deux  volumes,  au  5®  Discours,  comme  dans  la  copie  qui  pré- 
cède. —  Sept  volumes,  in-folio;  444,  614,  534,  463,  304,  272 
et  307  feuillets.  Reliure  en  maroquin  rouge,  avec  ex-libris  gravé 
de  Charlotte-Anne-Françoise,  duchesse  de  Montmorency- Luxem- 
bourg. (Anciens  n"'  1912  et  1913.) 

Mss.  2066-2067.  —  Vies  des  grands  Capitaines,  premier, 
second  et  quatrième  livres  ;  le  troisième  livre  manque  et  les  deux 
premiers  sont  reliés  en  un  volume,  qui  se  termine  par  ces  mots  : 
«...  qu'il  méritoit  certes  sans  mentir.  Fin  du  second  volume  des 
Hommes  illustres.  »  —  Deux  volumes,  in-folio  ;  326  et  185  feuil- 
lets cartonnés.  (Provient  des  Minimes  de  Paris  ;  anciens  n°'  3104 
et  3105.) 

Ms.  2068.  —  Rodomontades  espagnoles  ;  3"  rédaction,  mais 
avec  une  numérotation  des  jurements  plus  élevée  à  la  fin  de 


48  NOTICE    SUR    LES    MANUSCRITS    ORIGINAUX    ET    AUTOGRAPHES 

deux  unités  :  «  68.  Por  la  letania  de  los  santos.  »  —  In-4°; 
85  feuillets.  Reliure  parchemin.  (Ancien  n°  2079  a.) 

Sous  les  n°^  2048-2058  (3106-3115  et  2959  a),  on  conserve 
encore  à  la  Bibliothèque  Mazarine  un  exemplaire  de  l'édition  de 
Leyde,  1722,  in-12,  collationné  sur  les  mss.  de  Béthune  et  une 
copie  des  additions  et  notes  de  Lancelot  (ms.  franc.  3269). 

Bibliothèque  de  l'Institut. 

Mss.  328-333.  —  Vies  des  grands  Capitaines,  en  quatre 
livres,  et  deux  livres  des  Dames.  —  Six  volumes,  in-folio; 
524,  518,  529,  367,  314  et  feuillets.  Reliure  en  veau  granité, 
aux  armes  de  Gaspard  Fieubet  de  Naulac,  et  avec  le  cachet  de  la 
bibliothèque  d'Antoine  Moriau.  (N°^  522  et  523  de  l'inventaire 
de  M.  F.  Bournon.) 

Bibliothèque  de  l'Université,  a  la  Sorbonne. 

Mss.  357  et  358.  —  Vies  des  grands  Capitaines,  premier 
et  second  livre,  finissant  par  :  «  ...  qu'il  méritoit  certes  sans 
mentir.  Fin  du  second  volume  des  Hommes  illustres.  »  — 
Deux  volumes,  in-folio.  Reliure  en  veau  granité,  aux  armes  du 
maréchal  duc  de  Grammont. 

Bibliothèque  de  la  ville  de  Paris. 

Ms.  6933.  —  «  Vies  des  Dames  illustres  de  la  cour  de  France, 
recueillies  par  un  bon  autheur.  »  Premier  livre  des  Dames.  — 
In-folio.  Rel.  veau  granité,  aux  armes  de  Louis  Chauvelin,  sei- 
gneur de  Grisenoy.  (N"  241  de  l'inventaire  de  M.  F.  Bournon.) 

Bibliothèque  royale  de  Bruxelles. 

Mss.  21163-21169.  —  Vies  des  grands  Capitaines,  en 
quatre  livres,  et  deux  livres  des  Dames,  dont  le  second  est  par- 
tagé en  deux  volumes,  après  le  6''  Discours.  —  Sept  volumes, 
in-folio;  483,  471,  412,  274,  370,  285  et  208  feuillets.  Demi- 
reliure  et  reliure  parchemin  jaspé. 

Ms.  10417-10418.   —  Fol.  32-54.  «  Maximes  et  advis  du 


DES    œCVRES    DE    BRANTOME.  49 

maniement  de  la  guerre,  »  par  André  de  Bourdeille,  frère  aîné 
de  Brantôme.  —  ^1-4";  54  feuillets.  Reliure  parchemin. 


Bibliothèque  de  Carpentras. 

Mss.  620  et  621  (L.592).  —  Vies  des  grands  Capitaines, 
tome  II,  et  premier  livre  des  Dames.  —  In-folio;  376  feuillets. 
Reliure  en  veau. 

Le  premier  livre  des  Dames  s'arrête  à  la  fin  de  la  notice  de  la 
reine  Jeanne  de  Naples  (éd.  Lalanne,  t.  VIII,  p.  204).  —  A  la 
suite  ont  été  ajoutées  les  deux  épitaphes,  en  vers  et  en  prose,  de 
¥«■«  d'Aubeterre  (éd.  Lalanne,  t.  X,  p.  81-87). 

Bibliothèque  de  Chateaudun. 

Ms,  538.  —  Premier  livre  des  Dames.  —  In-folio  ;  1  et 
191  feuillets.  Reliure  en  basane. 


Bibliothèque  de  l'Université  de  Leyde. 

Ms.  supplément  772  (Marchand  42).  —  Rodomontades  et 
serments  espagnols,  et  fragments  de  traduction  de  Lucain.  — 
In-4'',  272  pages.  Reliure  en  velours  vert.  («  Ex  libris  Prosperi 
Marchand,  bibliopolae  Parisiensis,  via  Jacobsea.  ») 

C'est  une  copie  ancienne,  faite  par  l'un  des  secrétaires  de 
Brantôme,  de  la  troisième  rédaction  des  Rodomontades  et  ser- 
ments espagnols,  qui  est  conservée  dans  le  ms.  n.  a.  fr.  20477, 
mais  sans  les  corrections  et  additions  autographes  faites  par 
Brantôme  à  ce  dernier  exemplaire  '.  —  A  la  suite  (p.  254-272)  se 
trouvent  les  différentes  pièces  reproduites,  d'après  l'édition  de 
1740,  dans  l'édition  Lalanne,  t.  X,  p.  4-16. 

Sur  la  couverture  en  velours  du  volume  on  lit  le  nom  de 


1.  Une  addition  autograplie  de  Brantôme,  à  la  p.  202  du  ms.  de  Leyde  :  «  et 
en  porta  les  couleurs  jaune  et  tanné,  »  se  retrouve  dans  le  ras.  n.  a.  fr.  20477; 
une  autre  note  autographe,  au  début  des  Serments  (p.  224),  en  regard  du 
n"  10,  «  Si  por  l'aima  de  mi  madré  qu'este  en  parayso.  Pensez  qu'il  en  avoyt 
un  bon  certificat  »,  n'est  pas  reproduite  dans  le  ms.  n.  a.  fr.  20477. 

-1904  4 


50  NOTICE    SUR   LES   MANUSCRITS    ORIGINAUX    ET   AUTOGRAPHES 

«  Nicolas  Le  Broc  »  et  au  dernier  feuillet  de  garde  se  trouvent 
les  signatures  «  S.  Noury  »  et  «  N.  Le  Broc,  »  à  propos  duquel 
Prosper  Marchand  a  ajouté  plus  bas  la  note  suivante  :  «  Ce 
«  Le  Broc  étoit  apparemment  fils  de  Jacques  le  Broc,  ou  de  Broc, 
«  chevallier,  baron  de  S.  Mars,  Lizardière,  Cherairê,  etc.,  mari 
«  de  Marguerite  de  Bourdeille,  fille  de  Claude  de  Bourdeille,  fils 
'<  d'André  de  Bourdeille,  frère  aîné  de  notre  Pierre  de  Bourdeille, 
«  abbé  et  seigneur  de  Brantôme  et  auteur  de  cet  ouvrage,  dont  ce 
«  Le  Broc  étoit  par  conséquent  arrière-petit-neveu,  et  c'est  sans 
«  doute  par  ce  moyen  que  ce  manuscrit  lui  étoit  venu  entre  les 
«  mains.  Très  longtemps  après,  l' aïa a t  trouvé  chez  un  libraire,  je 
«  ne  tardai  pas  à  m'en  accommodera  » 

Bibliothèque  de  Marseille. 

Ms.  1441  (Aa.  25-R.30).  —  Vies  des  grands  Capitaines, 
livres  I  à  III.  —  In-folio;  695  feuillets.  Reliure  en  veau.  (Pro- 
vient de  l'Académie  de  Marseille.) 

Bibliothèque  de  Me  aux. 

Mss.  104-106  (98-100).  —  Vies  des  grands  Capitaines, 
livres  I  à  III.  —  Trois  volumes,  in-folio;  406,  573  et  432  feuil- 
lets. Reliure  en  veau.  (Provient  de  Saint-Faron.) 

Bibliothèque  de  Saint-Germain-en-Laye. 

Ms.  25  (E.74).  —  Vies  des  grands  Capitaines,  tomes  III 
et  IV,  et  second  livre  des  Dames,  divisé  en  deux  volumes,  con- 
tenant l'un  les  l^""  et  2®  Discours,  le  second  les  3\  5%  8^  et 
6®  Discours.  —  Quatre  volumes,  in-folio;  333,  413,  358  et 
265  feuillets.  Reliure  en  veau  fauve. 

Bibliothèque  de  Tours. 

Mss.  1054-1059.  —  Vies  des  grands  Capitaines,  en  quatre 

1.  Voir  l'Avertissement  du  t.  XV  de  l'édition  de  1740,  pour  laquelle  ce  ms.  a 
été  utilisé. 


DES   œCVRES    DE   BRANTÔME.  5^ 

livres,  et  deux  livres  des  Dames.— ^[^  volumes,  in-folio-  490 
354,  464,  385,  287  et  507  feuillets.  Reliure  en  veau.  (Provient 
de  Marmoutier  ;  acquis  à  la  vente  de  Lesdiguières,  à  Toulouse.) 

Bibliothèque  de  Troyes.    - 

Mss.  15  et  \Q.  —  Vies  des  grands  Capitaines,  en  quatre 
livres,  et  deux  livres  des  Dames,  dont  le  second  est  divisé  en 
deux  volumes.  —  Sept  volumes,  in-folio;  372,  363,  416,  271, 
277,  265  et  243  feuillets.  Reliure  en  velours  noir.  (Provient  de 
la  bibliothèque  du  président  Bouhier,  anc.  cotes  A.  39-45.) 

TABLEAU  GÉNÉRAL 
DES  MANUSCRITS  DES  OEUVRES  DE  BRANTOME. 

L  —  Grands  Capitaines. 

Première  rédaction.  —  Mss.  n.  a.  fr.  20468-20472  et  20478 
(Bourdeille). 

Deuxième  rédaction.  —  Mss.  français  6694  (Bignon) 
Troisième  rédaction.  ~  Mss.  français  3262-3264  [moins  le 
livre  II]  (Béthune). 

Copies. 

Collection  Dupuy,  n"'  609,  610,  613  et  612. 
Manuscrits  français  3265-3268  (de  Mesmes). 

—  6688-6691  (Orléans-Beaujolais). 

—  17445-17448  (Gesvres). 

—  17455,  17450-17452  et  17456  [livre  II 

seul]  (Séguier). 

—  20675-20678  (Missions-Étrangères). 

—  nouv.  acq.  20205  [livre  I  seul]  (Clermoi;t- 

Phillipps). 
Arsenal,  mss.  6303-6307  (Paulmy) 
Mazarine,  mss.  2059-2062  (Montmorency-Luxembourg). 
— .  2066-2067  [moins  le  livre  III]  (Minimes). 


52  NOTICE   SUR   LES   MANUSCRITS   ORIGINAUX    ET   AUTOGRAPHES 

Institut,  mss.  328-331  (Moriau). 

Université,   mss.   357  et  358   [moins  les  livres  III  et  IV] 

(Gramraoïit). 
Bruxelles,  mss.  21163-21166. 
Carpentras,  ms.  620  [livre  II  seul]. 
IMarseille,  ms.  1441  [moins  le  livre  IV]  (Académie). 
Meaux,  mss.  104-106  [moins  le  livre  IV]  (Saint-Faron). 
Saint-Germain-en-Laye,  ms.  25  [moins  les  livres  I  et  II]. 
Tours,  mss.  1054-1057  (Lesdiguières-Marmoutier). 
Troyes,  m  s.  15  (Bouhier). 

II.  —  Colonels. 

Première  rédaction.  —  IMs.  n.  a.  fr.  20473  (Bourdeille). 
Deuxième  rédaction.  -—  Ms.  français  3264  (Béthune). 

Copies. 

Collection  Dupuy,  n"  612. 
Arsenal,  ms.  6308. 

III.  —  Rodomontades. 

Première  rédaction.  —  ISIs.  u.  a.  fr.  20479  (Bourdeille). 
Deuxième  rédaction.  —  Ms.  n.  a.  fr.  20476  (Bourdeille). 
Troisième  rédaction.  —  Ms.  français  3273  (Béthune). 
Quatrième  rédaction.  —  Ms.  n.  a.  fr.  20477  (BourdeiUe)  et 
Leyde,  Suppl.  772  (Marcliand,  42). 

Copie. 
Mazarine,  ms.  2068. 

IV.  —  Discours,  etc. 

1»  Discours  sur  les  Duels.  —  Ms.  n.  a.  fr.  20479  (Bourdeille). 

2°  Discours  sur  M.  de  La  Noue  et  sur  les  retraites  de  guerre. 
—  Mss.  n.  a.  fr.  20476  et  20478  (Bourdeille). 

3°  Traduction  de  Lucaiu.  —  Ms.  n.  a.  fr.  20477  [préface] 
(Bourdeille),  et  Leyde,  Suppl.  772  (Marchand,  42). 


DES    OEUVRES   DE    BRANTOME.  53 

V.  —  Dames,  livre  7^ 

Première  rédaction.  —  Ms.  n.  a.  fr.  20474  (Bourdeille). 
Deuxième  rédaction.  —  Ms.  n.  a.  fr.  20480  (Bourdeille). 
Troisième  rédaction.  —  Ms.  n.  a.  fr.  20475  (Bourdeille). 
Quatrième  rédaction.  —  Mss.  français  3272,  3271  et  3270 
(Béthune). 

Copies  des  livres  1  et  II. 

Collection  Dupuy,  n°^  611  et  608. 

Manuscrits  français  6692  et  6693  (Orléans-Beaujolais). 

—  14343  [seconde  partie  du  livre  I]. 

—  17453-17454   et   17449   [livre   I   seul] 

(Séguier). 

—  20676  [livre  I  seul]  (Missions-Étrangères). 

—  nouv.  acq.  20205  (Glerraont-Phillipps). 
Arsenal,  mss.  6309-6311  (Paulmy). 

Mazarine,  mss.  2063-2065  (Montmorency-Luxembourg). 

Institut,  mss.  332-333  (Moriau). 

Sénat,  ms.  104  (9024)  [extraits  du  livre  I]. 

Ville  de  Paris,  ms.  6933  [livre  I  seul]. 

Bruxelles,  mss.  21167-21169. 

Carpentras,  ms.  621  [livre  I  seul]. 

Ghâteaudun,  ms.  538  [livre  I  seul]. 

Saint-Germain-en-Laye,  ms.  25  [livre  II  seul]. 

Tours,  mss.  1058  et  1059  (Lesdiguières-Marmoutier). 

Troyes,  ms.  16  [3  vol.]  (Bouhier). 

VI.  —  Poésies. 

Ms.   du  D"-  E.  Galy,  publié  dans  l'édition  Lalanne,  t.  X, 
p.  389-502. 

VIL   —   Maximes  de  guerre,   d'André  de  Bourdeille.   — 
Bruxelles,  ms.  10418. 

1.  Les  manuscrits  originaux  et  autographes  du  second  livre  des  Dames 
n'existent  plus;  il  y  en  a  seulement  un  fragment  à  la  fin  du  ms.  n.  a.  fr.  20474 
(Bourdeille). 


54  MANUSCRITS  ET  AUTOGRAPHES   DES   OEUVRES   DE   BRANTOME. 

ADDENDA. 

Bibliothèque  du  Sénat. 

Ms.  104  (9024).  «  Extraict  des  discours  de  Monsieur  de 
Brantosrae  de  Bourdeille,  desquels  a  esté  retranché  diverses 
choses,  comme  aussi  en  ce  qui  est  cy  escri[t],  il  y  a  quelque 
chose  adjoustê  qui  n'est  pas  aux  Mémoires  dudit  s""  de  Bour- 
deille. »  —  Extraits  de  treize  discours,  sur  vingt,  du  livre  F'" 
des  Dames.  —  In-folio,  ii  et  43  feuillets.  Couvert,  parcliemin. 

H.  Omont. 


ANTOINE  DE  LA  SALLE 

NOUVEAUX  DOCUMENTS  SUR  SA  VIE 

ET    SES 

RELATIONS  AVEC  LA  MAISON  D'ANJOU. 


Il  est  peu  de  personnages  ayant  vécu  au  xv"  siècle  qui  fasse 
l'objet  de  tant  de  recherches  et  qui  donne  lieu  à  tant  de  publica- 
tions que  Antoine  de  la  Salle,  l'auteur  certain  ou  présumé  du 
Petit  Jehan  de  Saintré,  des  Quinze  Joies  de  mariage,  des 
Cent  nouvelles  nouvelles,  celui  que  M.  Gaston  Paris*  a 
dénommé  «  l'initiateur  de  la  nouvelle  française.  »  Les  mémoires 
et  travaux  de  MM.  Gossart',  Ludwig  Stern'\  Bernard  Prost^ 
Joseph  Nève^   Gaston   Paris  ^   Petit   de  Julleville",    Werner 

1.  Compte  rendu  de  l'ouvrage  de  Pietro  Toido,  Contributo  allô  studio  délia 
novella  francese,  dans  le  Journal  des  Savants,  1895,  p.  289. 

2.  Antoine  de  la  Salle,  sa  vie  et  ses  œuvres  inédites,  dans  le  Bibliophile 
belge,  1871,  p.  5-17,  45-56,  77-88.  —  Une  deuxième  édition  de  ce  mémoire  a 
paru  en  1902  à  Bruxelles,  chez  Lamerlin,  47  p.  in-8°. 

3.  Versuck  liber  Antoine  de  La  Sale  des  XV.  Jahrhunderis,  dans  l'Archiv 
filr  das  Studium  der  neueren  Sprachen,  und  Literaturen,  t.  XLVI,  2, 
p.  113-218. 

4.  Traité  du  duel  judiciaire,  relations  de  pas  d'armes  et  tournois  par  Oli- 
vier de  la  Marche...  Antoine  de  la  Sale,  etc.  (Paris,  L.  "Willem,  1872,  in-S"). 

5.  Du  Réconfort  de  Madame  du  Fresne,  suivi  de  la  Journée  d'honneur  et 
de  prouesse  et  de  plusieurs  fragments  inédits  par  Antoine  de  la  Salle... 
(Bruxelles,  F.-J.  Olivier,  1881,  in-8°;  n'  14  des  publications  de  la  Société  des 
bibliophiles  de  Belgique). 

6.  Compte  rendu  déjà  cité;  puis,  le  Paradis  de  la  reine  Sybilleel  la  Légende 
du  Tannhauser,  dans  la  Revue  de  Paris,  n"'  des  15  décembre  1897  et  15  mars 
1898;  articles  réimprimés  dans  les  Légendes  du  moyen  âge  (Paris,  Hachette 
et  C'%  1903),  p.  67-145. 

7.  Histoire  de  la  langue  et  de  la  littérature  française,  t.  Il,  p.  394-397. 


56  ANTOI?fE    DE    LA    SALLE. 

Soderhjelm*  et  G.  Raynaud-,  pour  ne  citer  que  les  plus  récents^, 
ont  décidément  mis  en  vedette  ce  fidèle  serviteur  des  maisons 
d'Anjou  et  de  Luxembourg,  éducateur  de  princes,  écrivain 
fécond  et  érudit;  ils  ont  dissipé  une  partie  de  l'obscurité  dans 
laquelle  sa  longue  existence  était  restée  enveloppée.  Cependant, 
on  avait  toujours  négligé,  jusque  dans  ces  derniers  temps,  de 
demander  aux  archives  les  documents  qui  permettraient  d'écrire 
sa  biographie  d'une  façon  à  peu  près  complète. 

M.  Joseph  Nève,  le  premier,  y  a  eu  recours  ;  mais  les  quelques 
pièces  qu'il  vient  de  publier,  en  réimprimant  des  opuscules  et 
extraits  d'œuvres  d'Antoine  de  la  Salle ^  sont  loin  d'être  les 
seules  qui  existent  dans  le  fonds  qu'il  a  exploré  ou  fait  explorer^. 
De  plus,  il  n'a  pas  su  les  rattacher  à  l'histoire  générale  et  mon- 
trer le  parti  qu'on  en  pouvait  tirer  pour  connaître  la  vie  de 
son  héros.  Ce  sont  donc  quelques-unes  des  lacunes  de  son  ouvrage 
que  le  présent  mémoire  a  la  prétention  de  combler.  Je  ne  veux 
pas  dissimuler  en  efifet  qu'il  restera ,  encore  après  cela,  beaucoup  à 
trouver,  et  j'ai  l'espoir  que  des  recherches  plus  étendues  et  plus 
approfondies  amèneront  de  nouvelles  et  précieuses  découvertes. 

Antoine  de  la  Salle  est  né  en  Provence.  Dans  le  Réconfort  de 
Madame  du  Fres7ie,  il  écrivit  lui-même  qu'il  était  «  escuier  de 
la  conté  de  Provence®.  »  Pour  qui  connaît  les  habitudes  de  lan- 
gage du  XV®  siècle,  il  est  évident  que  La  Salle  se  disait  originaire 
de  ce  pays. 

Son  père,  ainsi  que  le  témoignent  les  documents  publiés  par 
M.  Nève  et  ceux  qui  le  seront  ci-après,  était  le  fameux  capitaine 
de  routiers  Bernard  de  la  Salle  ;  sa  mère  était  une  concubine  de 

1.  Antoine  de  la  Sale  et  la  légende  de  Tannhfjuser,  dans  les  Mémoires  de  la 
Société  néo-philologique  à  Helsingfors,  t.  II  (1897),  p.  101-167.  — M.  Soderh- 
jelm  donne  une  bibliographie  dans  la  note  au  bas  des  pages  102  et  103. 

2.  Un  nouveau  Manuscrit  du  Petit  Jean  de  Saintré,  dans  la  Romania, 
t.  XXXI  (1902),  p.  527-556. 

3.  Sans  compter  les  éditeurs  des  ouvrages  d'Antoine  de  la  Salle. 

4.  Antoine  de  la  Salle,  sa  vie  et  ses  ouvrages  d'après  des  documents  inédits, 
suivi  du  Réconfort  de  Madame  du  Fresne...  (Paris,  H.  Champion;  Bruxelles, 
Falk  fils,  1903,  m-12,  291  p.). 

5.  Il  a  donné  en  tout  six  nouveaux  documents  extraits  des  archives  des 
Bouches-du-Rhùne.  On  en  trouvera  ici  onze  autres  provenant  des  mêmes 
archives,  sans  compter  ceux  qui  ont  été  trouvés  à  .\rles  et  à  Avignon. 

6.  J.  Nève,  Antoine  de  la  Salle...  (1903),  p.  24  et  142. 


NOUVEAUX  DOCUMENTS  SUR  SA  VIE,  57 

ce  dernier  et  s'appelait  Perrinette  Damendel  *  ;  c'était  certaine- 
ment une  Provençale.  Par  elle,  Antoine  se  trouva  apparenté  de 
très  près  aux  familles  méridionales  Flamenc,  d'Allemand,  Bajon 
et  de  Bonnieux,  dont  les  représentants  figureront  dans  son  testa- 
ment de  1438. 

Il  n'est  pas  utile  de  retracer  ici  toute  la  carrière  de  Bernard 
de  la  Salle  ;  cependant,  pour  l'intelligence  de  ce  qui  va  suivre  et 
pour  la  fixation  de  la  date  de  naissance  d'Antoine,  il  est  néces- 
saire d'entrer  dans  quelques  détails.  Pour  le  surplus,  je  me  bor- 
nerai à  renvoyer  soit  à  la  notice  que  lui  a  consacrée  M.  Dur- 
rieu^,  soit  au  volume  en  préparation  qui  racontera  tout  au  long 
ses  exploits. 

Après  avoir  servi  plus  ou  moins  brillamment  dans  les  armées 
anglo-navarraises,  après  avoir  été  en  Espagne  prendre  part 
aux  expéditions  de  Du  Guesclin  et  du  prince  de  Galles,  Ber- 
nard de  la  Salle,  originaire  du  diocèse  d'Agen,  s'était  fait  chef 
de  routiers  pour  son  propre  compte,  avait  ravagé  la  Bourgogne, 
pris  le  château  de  Belleperche  avec  la  duchesse  de  Bourbon 
(août  1369),  occupé  la  ville  de  Figeac  (1371-1373),  pillé  le  Lan- 
guedoc ;  finalement,  il  était  devenu  la  terreur  des  pays  sur  les- 
quels il  s'abattait.  Le  pape  Grégoire  XI,  séduit  par  ses  brillants 
faits  d'armes,  n'avait  trouvé  rien  de  mieux  que  de  le  prendre  à 
la  solde  de  l'Eglise  romaine  ;  il  lui  avait  d'abord  fait  faire  cam- 
pagne contre  le  prince  d'Orange,  puis  l'avait  envoyé  en  Italie 
combattre  ses  nombreux  ennemis.  Ses  courses  dans  la  péninsule 
furent  véritablement  épiques  et  lui  valurent  une  renommée  des 
plus  grandes.  Aussi,  c'est  à  la  force  et  à  la  valeur  de  son  bras 
qu'eurent  recours  les  cardinaux  qui  se  séparèrent  d'Urbain  YI, 
en  1378;  sa  victoire  sur  les  Romains  au  pont  Lamentano,  le 
16  juillet  1378,  décida  du  grand  schisme.  Quelques  semaines  plus 
tard.  Clément  VII  était  élu  et  la  chrétienté  se  trouvait  divisée 
en  deux  obédiences.  Bernard  de  la  Salle,  déjà  récompensé  de  ses 
exploits  par  la  donation  des  châteaux  de  Mornas  ^  et  Caderousse^, 
dans  le  comté  Venaissin  (il  eut  ensuite  Oppède^\  puis  Malau- 


1.  J.  Nève,  op.  cit.,  p.  251,  Pièce  just.  n*  I. 

2.  Les  Gascons  en  Italie,  p.  105-171. 

3.  Vaucluse,  arr.  d'Orange,  cant.  de  Bollène. 

4.  Idem,  arr.  et  canl.  d'Orange. 

5.  Idem,  arr.  d'Apt,  cant.  de  Bonnieux. 


58  ANTOINE   DE   LA    SALLE. 

cène*),  resta  jusqu'à  sa  mort  fidèle  à  la  cause  de  Clément  VII  et 
la  défendit  par  les  armes  contre  les  Romains,  les  Florentins,  les 
Siennois,  les  Pisans,  etc. 

Mais,  dès  le  début  de  1379  au  moins,  il  était  en  même  temps 
devenu  un  des  fidèles  partisans  de  la  reine  Jeanne  I'"®  de  Naples  ; 
celle-ci,  le  25  mai  de  cette  même  année,  lui  avait,  en  raison  de 
ses  services,  octroyé  le  château  de  Vergons  en  Provence-,  con- 
fisqué sur  le  duc  d'Andria,  François  de  Baux^.  11  n'y  a  donc  rien 
de  surprenant  à  ce  qu'il  ait  été,  dès  la  première  heure,  un  des 
capitaines  qui  se  soient  dévoués,  avec  le  plus  d'énergie,  à  la  cause 
de  Louis  P''  d'Anjou,  héritier  de  la  reine  Jeanne,  et  qui  l'aient 
aidé  de  leur  mieux  dans  la  conquête  du  royaume  de  Naples.  Les 
lettres  patentes  du  roi  René  en  faveur  d'Antoine  de  la  Salle, 
dont  il  sera  question  ci-après,  nous  révèlent  que  Bernard  avait 
avancé  au  roi  de  Sicile,  pour  son  expédition,  trente-six  raille 
ducats  qui  ne  lui  furent  jamais  remboursés^.  La  campagne  de 
Louis  d'Anjou,  à  laquelle  Bernard  prit  une  part  des  plus  actives, 
se  termina  par  des  revers,  par  la  mort  du  malheureux  roi  (20  sep- 
tembre 1384)  et  par  la  dispersion  des  troupes  qui  lui  étaient  res- 
tées fidèles  jusqu'à  la  fin. 

Bernard  de  la  Salle  revint  à  la  cour  pontificale  d'Avignon, 
en  passant  par  Sienne  et  par  Milan,  Il  profita,  sans  doute,  de 
son  séjour  en  cette  dernière  ville ^  pour  épouser  une  fille  natu- 
relle de  Bernabo  Visconti,  Ricciarda.  Il  était  à  Avignon  dès  le 
6  mars  1385^;  il  resta  dans  cette  cité  ou  dans  les  environs,  sauf 

1.  Vaucluse,  arr.  d'Orange,  ch.-l.  de  cant.  —Ces  seigneuries  lui  étaient  con- 
cédées à  titre  viager;  elles  ne  pouvaient,  en  aucune  façon,  être  revendiquées 
par  ses  héritiers. 

2.  Basses-Alpes,  arr.  de  Castellane,  cant.  d'Annot. 

3.  D"^  L.  Barthélémy,  Inventaire  chronologique  et  analytique  ries  chartes  de 
la  maison  de  Baux,  n"  1551.  —  Bernard  de  la  Salle  ne  conserva  ce  château  que 
quelques  années;  le  8  juin  1385,  Raynnond  d'Agoult  en  faisait  hommage  a  Marie 
de  Blois,  mère  et  tutrice  du  roi  Louis  II  d'Anjou  (Arch.  des  Bouches-du-Rhône, 
B  762,  fol.  8  V»). 

4.  Voir,  ci-après.  Document  n°  VIII.  Cf.  aussi  J.  Nève,  op.  cit.,  p.  265,  Pièce 
just.,  n°  VIII.  —  Cette  dette  avait  été  contractée  par  Louis  P'  d'Anjou  pour 
la  conquête  de  son  royaume  (les  textes  sont  très  explicites  à  ce  sujet)  et  non, 
comme  le  croit  M.  Nève  (p.  15),  par  Marie  de  Blois,  mère  et  tutrice  de 
Louis  II. 

5.  Il  était  encore  à  Milan  à  la  date  du  20  février  1385  (Arch.  du  Vatican, 
Inlroitus  et  exitus,  reg.  359,  fol.  131  v"). 

6.  Arch.  du  Vatican,  même  reg.,  fol.  137  v°. 


NOUVEAUX   DOCUMENTS   SUR   SA   VIE.  59 

le  temps  d'un  voyage  rapide  qu'il  fit  en  Italie  dans  l'été  de  la 
même  année,  jusqu'à  la  fin  d'août  1386.  Il  y  fut  en  rapports 
continuels  avec  la  veuve  de  l'infortuné  Louis  P""  d'Anjou,  Marie 
de  Blois,  qui  se  hâtait  de  conquérir  la  Provence  au  nom  de  son 
fils  Louis  II  et  de  lui  assurer  l'héritage  du  royaume  de  Naples.  Il 
fut  un  de  ceux  en  qui  la  reine  eut  le  plus  de  confiance,  puisqu'elle 
le  chargea  de  diverses  missions,  notamment  de  la  prise  de  pos- 
session du  château  de  Tarascon.  Bernard  de  la  Salle  ne  consentit 
à  repartir  pour  l'Italie  qu'après  la  signature  d'un  traité,  garanti 
par  le  pape,  qui  lui  assurait,  à  lui  et  à  ses  compagnons,  soi- 
xante mille  florins.  Il  prit  congé  de  la  reine  le  23  juin  1386'; 
auparavant,  il  avait  dû  être  gratifié,  en  reconnaissance  des 
services  rendus  par  lui  en  Provence,  du  domaine  du  Mas- 
Blanc^  près  de  Tarascon,  et  de  la  tour  de  Canilhac,  sur  le  terri- 
toire de  Saint-Remy^,  confisqués  sur  le  fameux  Raymond  Roger, 
vicomte  de  Turenne^  Je  ne  vois  guère,  en  effet,  que  cette  époque 
qui  puisse  convenir  à  l'inféodation  de  ces  biens,  que  Bernard  de 
la  Salle  conserva  jusqu'à  la  fin  de  sa  vie^.  Du  printemps  de  1386 
date  en  effet  la  brouille  de  Raymond  de  Turenne  avec  Marie 
de  Blois,  Louis  II  d'Anjou  et  le  pape  Clément  VII  ;  les  hostilités 
avaient  commencé  presque  immédiatement,  précédées  d'une  con- 
fiscation générale  des  biens  que  le  révolté  possédait  en  Pro- 
vence^. 

Bien  que  son  concours  ait  été  susceptible  de  rendre  de  véri- 

1.  Journal  de  Jean  Le  Fèvre  (éd.  Moranvillé),  t.  I,  p.  285. 
'2.  Bouches-du-Rhôiie,  arr.  d'Arles,  cant.  de  Tarascon. 

3.  Idem,  arr.  d'Arles,  ch.-l.  de  cant. 

4.  Le  castrum  de  Saiicto  Remigio,  le  castrum  sive  locum  de  Turre,  le  Man- 
sum  Album  sont  compris  dans  la  liste  des  biens  confirmés  par  la  reine  Jeanne 
à  Guillaume  Roger,  comte  de  Beaufort,  le  10  juillet  1353  (Arch.  des  Bouches- 
du-Rhône,  B6,  fol.  90).  Une  nouvelle  confirmation  eut  lieu  le  13  mars  1370 
(Idem,  ibidem).  Le  vicomte  de  Turenne  en  avait  fait  hommage,  le  8  juin  1385, 
à  la  reine  Marie  de  Blois  (Idem,  B  762,  fol,  30  V;  Journal  de  Jean  Le  Fèvre, 
t.  I,  p.  120). 

5.  J.  Nève,  p.  251,  Pièce  just.  n"  I;  ci-après,  Document  n"  L 

6.  Noël  Valois,  La  France  et  le  grand  schisme,  t.  II,  p.  332.  —  M.  Valois  dit 
qu'  ((  on  a  prétendu  sans  fondement  »  que  Raymond  de  Turenne  avait  eu  à  se 
plaindre  d'une  spoliation  générale  de  ses  terres.  Il  semble  bien,  au  contraire, 
que  cette  confiscalion  ait  été  prononcée,  sinon  avant,  au  moins  aussitôt  après 
la  révolte  de  Raymond.  —  Si  Jean  Le  Fèvre,  pendant  les  mois  qui  ont  précédé 
immédiatement  le  départ  de  Bernard  de  la  Salle,  n'avait  pas  quitté  la  reine 
Marie  de  Blois,  nous  aurions  eu  chance  de  trouver,  dans  son  Journal,  la  con- 
firmation de  ces  faits. 


60  ANTOINE   DE   LÀ    SALLE. 

tables  services  à  la  maison  d'Anjou,  dans  la  lutte  engagée  contre 
le  vicomte  de  Turenne,  Bernard  quitta  la  ville  d'Avignon  pour 
l'Italie  vers  le  29  août  1386*.  Il  n'en  revint  que  sur  la  fin  de 
février  1390^,  pour  un  dernier  séjour  sur  le  territoire  français. 
Quand  il  repartit  d'Avignon  (novembre  1390)3,  [{  conduisit  ses 
troupes  à  Jean-Galéas  Visconti,  comte  de  Vertus,  en  guerre 
avec  les  Florentins  et  leurs  alliés.  Chargé  d'aller  au-devant 
de  renforts  ou  de  s'opposer  au  passage  des  Alpes  par  Jean  III, 
comte  d'Armagnac,  il  fut  battu  et  périt  dans  sa  défaite,  dans  les 
derniers  jours  de  mai  1391  ^ 

Il  laissait  au  moins  deux  enfants  naturels,  peut-être  trois-',  si  le 
bastardus  domini  Bernardi  de  Sala,  qui  paraît  à  la  date  du 
26mail390^  ne  peut  être  identifié  avec  un  autre  fils.  L'aîné  paraît 
être  celui  qui  portait  le  même  prénom  que  son  père  et  auquel 
Clément  VII  fit  donner  une  dizaine  de  florins  le  13  octobre  1391  ^ 
L'autre  fut  Antoine,  le  littérateur  qui  illustra  son  nom.  Comme 
dans  tous  les  documents  du  xv*"  siècle,  celui-ci  représente  son 
père  en  qualité  de  seul  et  unique  héritier,  il  est  à  peu  près  cer- 
tain que  son  frère  Bernard  eut  une  existence  assez  courte. 

D'autre  part,  Ricciarda  Visconti  restait  veuve^  si,  comme 
l'affirment  les  généalogistes  de  la  maison  de  la  Salle,  elle  avait 
donné  au  condottiere  son  seul  fils  légitime,  celui-ci  n'aurait  pas 

1.  Arch.  du  Vatican,  Introitus  et  exitus,  reg.  360,  fol.  135.  —  Ce  jour-là, 
Bernard  reçut  500  florins  d'acompte  sur  ce  qu'on  lui  devait,  plus  100  florins 
pour  ses  préparatifs  de  départ  et  100  florins  pour  acliat  d'une  haquenée. 

2.  Arch.  du  Vatican,  Introitus  et  exitus,  reg.  366,  fol.  95  v%  à  la  date  du 
25  février  1390. 

3.  Idem,  reg.  367,  fol.  58  v%  11  novembre  1390;  fol.  60  v°,  13  novembre.  — 
Le  23  décembre,  un  de  ses  serviteurs  arrivait  à  Avignon  envoyé  par  lui  avec 
des  leUres  du  comte  de  Vertus  [Idem,  fol.  80). 

4.  Cf.  Noël  Valois,  op.  cit.,  t.  Il,  p.  184. 

5.  Il  y  en  aurait  même  quatre,  s'il  fallait  accepter  la  date  de  1380  pour  une 
revendication  exercée  par  un  Antoine,  lils  de  Bernard  de  la  Salle,  contre  la 
ville  de  Figeac  (G.  Lacoste,  Histoire  de  la  province  de  Quercy,  p.  239,  note). 
Dans  ce  cas,  Bernard  aurait  eu  deux  fils  du  même  nom.  Mais  il  est  certain  que 
cette  date  est  fausse.  Je  reviendrai  là-dessus  plus  loin. 

6.  Arch.  du  Vatican,  Introitus  et  exitus,  reg.  366,  fol.  138. 

7.  Idem,  reg.  367,  fol.  206  v°. 

8.  M.  le  duc  de  la  Salle-Rochemaure  a  la  bienveillance  de  me  communiquer 
un  document,  tiré  de  la  bibliothèque  Ambrosienne  de  Milan  {Hegesto  di  Cata- 
lano  de  Chrislianis,  fol.  17  v°),  relatif  à  cette  veuve;  c'est  la  remise,  par  son 
frère  le  comte  de  Vertus,  d'une  dette  de  six  mille  florins  d'or  contractée  par 
Bernard  de  la  Salle  (3  mars  1392). 


NOUVEAUK   DOCUMENTS   SUR   SA   VIE.  64 

eu  de  rapports  avec  Antoine,  et,  désintéressé  par  d'autres  avan- 
tages, aurait  abandonné  à  ses  frères  naturels  les  biens  paternels 
sis  en  Provence  et  les  créances  sur  la  maison  d'Anjou. 

A  la  mort  de  son  père,  Antoine  avait  de  quatre  à  cinq  ans.  Il 
est  difficile,  en  effet,  de  préciser  la  date  de  sa  naissance;  lui-même, 
dans  le  prologue  de  son  ouvrage  intitulé  la  Salle,  achevé  le 
20  octobre  1451,  a  dit  qu'il  était  alors  dans  la  soixante-troisième 
année  de  sa  vieS  ce  qui  indiquerait  l'an  1388  comme  date  de 
son  arrivée  dans  le  monde.  Faut-il  ajouter  qu'on  ne  peut  avoir 
trop  grande  confiance  dans  les  dates  données  par  Antoine  dans 
ses  œuvres-  et  qu'il  paraît,  dans  l'occurrence,  s'être  quelque  peu 
rajeuni  ?  Son  père  avait  quitté  Avignon  et  la  Provence  en  août 
1386  ;  Perrinette  Damendel,  qui  resta  dans  le  pays,  comme  tout  le 
fait  supposer^  ne  fut  mère  au  plus  tard  que  dans  les  cinq  premiers 
mois  de  1387.  A  la  rigueur  donc,  Antoine  de  la  Salle  pourrait 
être  né  en  1387,  mais  il  est  bien  plus  probable  qu'il  naquit  en 
1386^.  Lorsque,  plus  tard,  il  écrivit  son  livre,  il  se  serait  trompé 
environ  de  deux  ans  sur  son  âge. 

Il  n'est  pas  interdit  de  croire  que  Perrinette  Damendel  et  son 
fils  aient  vécu  au  Mas-Blanc,  sur  le  domaine  donné  par  la  reine 
Marie  de  Blois  à  Bernard  de  la  Salle,  car  il  est  avéré  que  cette 
propriété  appartint  à  celui-ci  jusqu'à  sa  mort.  D'autre  part,  il 

1.  Gossart,  dans  le  Bibliophile  belge,  1871,  p.  80  et  81;  J.  Nève,  op.  cit., 
p.  16. 

2.  M.  J.  Nève  (p.  20)  a  relevé  une  de  ses  erreurs  :  l'an  1406,  le  20  avril, 
avant  Pâques.  Or,  la  fêle  de  Pâques  est  tombée,  en  1407,  le  27  mars;  en  1406, 
elle  était  le  11  avril.  En  voici  une  autre,  se  rapportant  à  un  fait  très  important, 
ayant  fait  une  forte  impression  sur  ceux  qui  en  furent  témoins  :  l'attaque  de 
Naples  et  la  mort  de  l'infant  don  Pierre  d'Aragon  sont  placées,  par  Antoine,  à 
la  fin  de  septembre  1437  (J.  Nève,  p.  226,  septième  chapitre  de  La  Salle), 
alors  qu'elles  eurent  lieu  en  octobre  1438  (voir  ci-après). 

3.  Antoine,  rappelons-le,  est  né  en  Provence. 

4.  Selon  M.  G.  Paris,  «  Antoine  de  la  Salle  était  âgé  de  trente-cinq  ans... 
quand  il  eut  l'idée,  au  mois  de  mai  1420,  »  d'aller  visiter  le  mont  de  la  Sibylle 
(le  Paradis  de  la  reine  Sibylle,  dans  les  Légendes  du  moyen  âge,  p.  71).  Par 
conséquent,  sa  naissance  aurait  eu  lieu  en  1385.  J'ignore  ce  qui  a  fait  dire  à 
M.  G.  Paris  qu'Antoine  avait  trente-cinq  ans  en  1420.  —  Le  Grand  d'Aussy, 
trompé  par  un  manuscrit  de  date  postérieure,  avait  placé  la  naissance  d'An- 
toine en  1398  {La  Sale,  dans  les  Notices  et  extraits  des  mss.  de  la  Bibl.  nat., 
t.  V,  p.  392);  il  a  été  suivi  par  Thomas  Wright,  éditeur  des  Cent  nouvelles 
nouvelles  (Paris,  Jannet,  1858,  2  vol.  in-16),  t.  I,  p.  xv  ;  par  L.  Stern  (Ver- 
such,  lac.  cit.,  p.  116),  qui  a  fait  naître  Antoine  en  Bourgogne;  par  Petit  de 
JuUoviile  (op.  et  loc.  cit.),  etc. 


62  ANTOL^E    1)E    LA    SALLE. 

semble  résulter  des  lettres  royales  du  8  mai  1407'  et  surtout 
de  celles  du  7  août  1409 S  que  la  jouissance  viagère  en  avait  été 
concédée  à  la  mère  d'Antoine.  Par  conséquent,  Fenfance  du 
futur  littérateur  se  serait  entièrement  écoulée  en  Provence.  C'est 
là  et  dans  le  proche  voisinage  dé  la  cité  avignonaise,  alors  res- 
plendissante de  toutes  ses  gloires  malgré  le  schisme,  que  son 
esprit  aurait  reçu  les  premières  impressions,  toujours  si  décisives 
sur  la  formation  d'un  tempérament  et  d'un  caractère,  et  qu'il 
aurait  commencé  ses  études.  «  Dès  le  temps  de  sa  florie  jeu- 
nesse »,  il  prenait  l'habitude  de  se  «  delicter  a  lirre  »,  sinon  «  a 
escripre  histoires  honnorables^  ». 

Il  était  tout  naturel  qu'à  l'âge  d'entrer  «  en  service  »,  selon 
son  expression  même,  Antoine  de  la  Salle  ait  demandé  à  être 
attaché  à  cette  maison  d'Anjou,  avec  laquelle  son  père  avait  eu 
tant  de  relations  et  contre  laquelle  il  avait  hérité  de  la  créance 
des  trente-six  mille  ducats  avancés  au  roi  Louis  V*.  D'après  le 
passage  de  la  Salle,  auquel  il  a  été  fait  allusion  tout  à  l'heure, 
c'est  à  l'âge  de  quatorze  ans  qu'il  aurait  commencé  sa  carrière^. 
Comme  le  dit  son  dernier  historien,  il  fut  sans  doute  reçu,  en 
qualité  de  page,  à  la  suite  du  roi  de  Sicile,  comte  de  Provence. 
Si  l'on  adopte  la  date  de  1386  ou  1387  pour  celle  de  sa  naissance, 
ce  serait  donc  en  1400  ou  1401  que  ce  fait  se  serait  produit.  Jus- 
tement, le  roi  Louis  II  d'Anjou  venait  de  rentrer  en  France 
(1399),  après  plusieurs  années  de  séjour  malheureux  dans  le 
royaume  de  Naples,  qu'il  n'avait  pas  pu  ou  su  conserver.  De  1400 
à  1402,  on  l'a  signalé,  à  plusieurs  reprises,  en  Provence  et  à  Avi- 
gnon, où  il  négociait  avec  le  pape  Benoît  XIIP.  C'est  donc  certai- 
nement pendant  l'un  de  ces  voyages  qu'il  enrôla  dans  sa  compagnie 

1.  Publié  par  J.  Nève,  p.  249,  Pièce  just.  n"  I. 

2.  Document  n°  I. 

3.  Prologue  de  Rasse  de  Brunhamel  à  son  roman  de  Floridan  et  Éluide, 
dédié  à  Antoine  de  la  Salle  :  cf.  G.  Raynaud,  op.  cit.,  dans  la  Romania,  t.  XXXI, 
p.  534.  —  Sur  les  études  philosophiques,  théologiques  et  littéraires  qu'Antoine 
dut  faire,  cf.  L.  Stern,  op.  et  loc.  cit.,  p.  116.  Cependant,  comme  M.  Stera  est 
persuadé  qu'Antoine  écrivit  les  Cent  nouvelles  nouvelles  et  les  Quinze  joies  de 
mariage,  il  faut  établir  ici  des  réserves. 

4.  On  lira  plus  loin  que  cette  créance  lui  était  encore  due  en  1439.  Il  n'est 
pas  téméraire  de  croire  que  les  finances,  toujours  si  obérées,  du  roi  René  ne 
purent  jamais  acquitter  cette  très  grosse  dette. 

5.  «  Ou  Lxm"''  an  de  ina  vye  et  ou  xlix=  de  mon  premier  service.  » 
G.  Noël  Valois,  La  France  et  le  grand  schisme,  t.  III,  p.  272  et  273. 


NOUVEAUX    DOCUMENTS    SUR   SA    VIE.  63 

le  fils  de  Bernard  de  la  Salle.  Il  le  garda  très  probablement 
auprès  de  lui  et  l'emmena  à  Paris,  où  lui-même  entra  dans  le 
conseil  du  pauvre  roi  Charles  VI.  Antoine  se  serait  donc  trouvé 
en  mesure  de  continuer  à  s'instruire  comme  il  avait  débuté  en  la 
"ville  des  papes. 

Il  est  bien  difficile  de  deviner  ce  qu'il  devint  pendant  les  pre- 
mières années  de  son  service  dans  la  maison  des  rois  de  Sicile. 
Se  prépara-t-il  à  faire  ses  premières  armes  dans  l'été  de  1405, 
lorsque  Louis  II  réunit  une  armée  pour  passer  en  Italie'  tenter 
de  nouvelles  aventures  ?  Le  fait  est  vraisemblable,  mais  ce  n'est 
qu'une  simple  hypothèse.  Il  fallut  cependant  remettre  à  plus  tard 
le  début  de  ses  exploits  militaires,  car  l'expédition  fut  arrêtée 
avant  de  quitter  le  sol  français.  Profita-t-il,  l'année  suivante,  de 
l'ambassade  envoyée  par  le  roi  de  Sicile  dans  le  sud  de  l'Italie 
pour  entrer  enfin  dans  des  pays  qui  exerçaient  une  réelle  fasci- 
nation sur  l'imagination  de  ses  contemporains  ?  Ce  qui  le  ferait 
croire,  c'est  le  témoignage  qu'il  donne  lui-même  de  s'être  trouvé 
à  Messine  avant  Pâques  1407.  Si  ses  souvenirs  ne  l'ont  pas 
trompé^  et  si  l'hypothèse,  qui  vient  d'être  émise,  peut  être  consi- 
dérée comme  juste,  il  aurait  donc  assisté  aux  serments  de  Marie 
d'Enghien,  princesse  de  Tarente  et  de  Lecce,  et  des  habitants  de 
Tarente,  ainsi  qu'aux  négociations  pour  le  mariage  de  la  jeune 
princesse  Marie  d'Anjou  avec  Jean-Antoine  de  Baux  des  Ursins 
(juillet-août  1406)3. 

A  Messine,  Antoine  de  la  Salle  se  rencontra  avec  quelques 
gentilshommes  français  venant  d'outre-mer,  dont  un  chevalier 
de  Malte,  Guillaume  de  Chalon^  et  deux  chevaliers  angevins,  le 
seigneur  de  la  Tour  et  Jean  de  Charnacé.  Ce  joyeux  groupe  prit 
place  sur  deux  nefs  catalanes  qui  allaient  charger  à  Palerme  ; 
le  vent  ayant  poussé  les  vaisseaux  près  des  îles  Lipari,  quelques- 
uns  des  passagers,  dont  notre  littérateur,  par  «  conseil  de  folle 
jeunesse  »,   entreprirent  d'escalader  la  montagne  de  l'île  de 

1.  N.  Valois,  op.  cit.,  t.  III,  p.  409. 

2.  La  date,  en  effet,  prête  à  discussion  ;  Antoine  de  la  Salle  a  écrit  l'an  1406, 
le  20  avril,  avant  Pâques  (voir  ci-dessus).  De  toute  façon,  c'est  1407  qu'il  faut 
comprendre,  selon  notre  calcul  moderne. 

3.  D'  L.  Barthélémy,  Inventaire...  des  chartes  de  la  maison  de  Baux, 
n°'  1706  à  1712;  N.  Valois,  t.  IV,  p.  117. 

4.  C'était  le  quatrième  fils  de  Louis  de  Chalon,  comte  de  Tonnerre  et  sei- 
gneur de  Saint-Aignan,  mort  en  1398  (cf.  La  Chenaye-Desbois  et  Badier,  DiC' 
tionnaire  de  la  noblesse,  t.  V,  col.  36). 


64  ANTOINE   DE   LA   SALLE. 

«  Boulcan*  »,  Repoussés  une  première  fois  parles  fumées  des 
cratères,  ils  furent  plus  heureux  le  lendemain  et  atteignirent  le 
sommet.  Ils  eurent,  dans  ces  parages,  d'autres  aventures  qui 
ont  fait  l'objet  d'un  chapitre^  dans  l'ouvrage  qu'Antoine  intitula 
la  Salade  et  écrivit  quelque  vingt-cinq  ans  plus  tard.  Nous 
n'insisterons  pas  sur  ces  épisodes,  qui  n'ont  qu'un  minime  inté- 
rêt pour  la  biographie  de  notre  personnage. 

Le  récit  qu'il  en  a  laissé  dénote  cependant  un  esprit  observa- 
teur et  le  goût  qu'il  avait  pour  les  voyages  et  les  explorations  ^. 
Cet  amour  des  aventures  le  poussa- 1- il  à  prendre  part  aux 
croisières  que  Louis  II  d'Anjou  organisa  cette  même  année  1407 
sur  les  côtes  du  royaume  qui  lui  avait  échappé^?  Il  est  impos- 
sible de  le  savoir. 

Quelques  semaines  après  son  excursion  aux  îles  Lipari,  son 
souverain  délivrait  en  sa  faveur  les  premières  lettres  patentes  qui 
nous  aient  été  conservées.  Elles  sont  datées  de  Paris,  8  mai  1407. 
Louis  II,  considérant  les  services  que  lui  avait  déjà  rendus 
Antoine  de  la  Salle,  ceux  qu'il  pourrait  lui  i^endre  dans  l'avenir 
et  ceux  de  son  père,  Bernard,  envers  le  roi  Louis  P'",  lui  accor- 
dait à  lui  et  à  ses  enfants  légitimes''  le  domaine  du  Mas-Blanc  et 
la  tour  de  Canilhac,  qui  avaient  appartenu  à  Bernard;  s'il  décé- 
dait sans  enfants,  la  jouissance  viagère  en  serait  assurée  à  sa 
mère  Perrinette  Damendel^  L'ensemble  des  documents  que  l'on 
possède  sur  le  même  sujet  autorise  à  penser  que  la  faveur  du  roi 
consista  à  prolonger,  jusqu'à  la  fin  de  l'existence  d'Antoine  et  de 
ses  enfants,  une  jouissance  déjà  concédée  à  titre  viager  à  Bernard 
de  la  Salle  et  à  sa  concubine. 


1.  C'est  aujourd'hui  l'île  Vulcano. 

2.  Publié  par  J.  Nève,  p.  159. 

3.  Peut-être  a-t-il  fait,  à  uae  époque  que  l'on  ignore,  un  voyage  en  Angleterre. 
Voici  le  passage,  tiré  Des  anciens  tournois,  qui  pourrait  le  faire  supposer  : 
«  Et  cesle  coustume  de  blasonner  ay  veu  que  aucunement  se  entretenoit  par 
aucuns  seigneurs  et  nobles  et  par  aucunes  dames  et  damoiselles  en  Englelerre, 
qui  sont  les  plus  seremonieuses  gens  en  honneurs  que  je  aye  gaires  veu.  » 
(Éd.  Prost,  p.  197.) 

4.  N.  Valois,  t.  IV,  p.  118. 

5.  L'expression  :  suis  [filiis]  natis  jamvelin  antea  nascituris  pourrait  faire 
su|)poser  qu'Antoine  avait  déjà,  à  cette  date,  des  enfants  légitimes  et  que,  par 
conséquent,  il  était  marié.  Mais  ce  n'est  qu'une  formule  de  style,  dépourvue 
d'une  signification  aussi  précise. 

G.  J.  Nève,  Pièce  just.  n"  J. 


NOUVEAUX   DOCUMENTS   SUR   SA   VIE.  65 

L'acte  qui  vient  d'être  analysé  n'indique  pas  si  Antoine  était, 
au  8  mai  1407,  dans  l'entourage  immédiat  de  son  roi  ou  ailleurs. 
On  ignore  également  ce  qu'il  devint  dans  le  courant  de  l'année 
suivante,  mais  c'est  peut-être  à  cette  date  qu'il  faut  placer  son 
premier  voyage  connu  dans  les  Flandres.  Dans  son  traité  :  Des 
anciens  touymois  et  faictz  d'armes,  achevé  le  4  janvier  1459, 
il  écrivit  qu'au  temps  de  sa  jeunesse,  il  «  tournoia  »  par  deux 
fois,  «  l'une  à  Bruxelles,  au  temps  de  feu  monseigneur  le  duc 
Anthoine  de  Brabant,  il  y  a  plus  de  l  ans,  ou  furent  plus  de 
v*^  heaumes  de  deux  lez,  au  rapport  des  heraulx*  »  ;  la  seconde 
fois  à  Gand,  mais  plus  tard  et  pendant  un  second  voyage.  La 
date  de  1407-1408  concorderait  très  bien  avec  les  souvenirs  de 
notre  personnage.  De  bonne  heure,  en  effet,  il  témoignait  d'une 
curiosité  très  prononcée  pour  les  belles  passes  d'armes  ;  ignorant 
de  beaucoup  de  choses  «  par  sa  jonesse,  acompaignié  de  sim- 
plesse  »,  il  s'étudiait  à  acquérir  cette  science  des  armoiries  et  des 
tournois,  où  il  devint  plus  tard  un  maître. 

Il  est  absolument  certain  qu'il  rallia  l'escorte  de  son  souve- 
rain, lorsque  celui-ci,  dans  l'espoir  de  regagner  une  partie  déjà 
perdue,  répondit  à  l'appel  de  la  ligue  florentine  et  des  cardinaux 
réunis  en  concile  à  Pise  pour  l'extinction  du  schisme.  Parti  de 
Marseille  dans  les  premiers  jours  de  juillet  1409,  Louis  II  arriva 
à  Pise  le  25  du  même  mois  et  s'empressa  d'obtenir  du  nouveau 
pape,  Alexandre  V,  l'investiture  du  royaume  de  Sicile  (19  aoiit)^ 
Or,  douze  jours  auparavant,  il  avait  donné  une  seconde  fois  des 
témoignages  de  sa  bienveillance  pour  son  fidèle  Antoine  de  la 
Salle,  en  répondant  favorablement  à  une  supplique  à  lui  présentée 
récemment  [noviter)  par  le  jeune  écuyer.  Il  lui  concédait  alors, 
en  toute  propriété  et  non  plus  seulement  en  simple  jouissance 
viagère,  pour  lui  et  pour  ses  héritiers,  la  tour  de  Ganilhac  et  le 
Mas-Blanc;  Antoine  ne  pourrait  cependant  en  disposer  qu'après 
la  mort  de  sa  mère,  ce  qui  prouve  que  celle-ci  avait  des  droits 
d'usufruit  à  faire  valoir  sur  les  mêmes  biens.  Ces  lettres  patentes 
furent  signifiées  par  le  sénéchal  de  Provence  aux  officiers  royaux 
de  Tarascon  et  de  Saint-Remy,  le  30  septembre  de  la  même 
année^. 

1.  B.  Prost,  op.  cit.,  p.  207. 

2.  N.  Valois,  t.  IV,  p.  120. 

3.  Document,  n°  I.  —  Il  m'a  été  impossible  de  découvrir  si  ces  domaines 
ont  été  conservés  par  Antoine  de  la  Salle,  ou  si,  au  contraire,  après  la  mort 

\  904  5 


66  ANTOINE    DE    LA    SALLE. 

Se  trouvant  à  Pise  avec  Louis  II  d'Anjou,  Antoine  de  la 
Salle  fit  partie  de  son  corps  d'expédition.  L'armée  angevine 
se  mit  en  route  le  7  septembre,  passa  par  Sienne,  fit  sa  jonction 
avec  les  troupes  florentines  à  Chiusi,  soumit  à  Alexandre  V 
Orvieto,  Viterbe  et  toutes  les  places  de  l'Eglise  dont  elle  expul- 
sait les  partisans  de  Ladislas,  roi  de  Hongrie  et  de  Naples,  et  prit 
possession  de  Rome  le  l'"' octobre  1409.  Malheureusement,  ses 
succès  s'arrêtèrent  là,  des  difficultés  se  présentèrent,  l'armée  se 
disloqua  en  partie  et  Louis  II  dut  se  rembarquer  pour  la  Pro- 
vence (novembre)  afin  de  se  procurer  de  nouveaux  contingents. 
Son  lieutenant,  Tanneguy  du  Chàtel',  continua  cependant  la 
campagne  à  Rome  et  dans  les  environs,  pendant  que  lui-même 
courait  à  Paris  et  à  Angers,  passait  des  traités  et  préparait  une 
dernière  expédition. 

On  sait  que,  le  9  mai  1410,  il  débarquait  encore  à  Pise,  et 
qu'après  avoir  erré  péniblement  en  Italie,  où  les  défections  ne  se 
comptaient  plus,  il  était  venu  échouer  à  Rome  (20  septembre). 
Son  séjour  se  prolongea  plusieurs  mois  dans  la  Ville  éternelle  ; 
quand  il  se  remit  eu  campagne,  à  la  fin  d'avril  1411,  ce  fut 
dans  les  meilleures  conditions.  Mais  sa  mollesse,  son  incapacité, 
la  trahison  de  ses  lieutenants  l'empêchèrent  de  profiter  de  la 
victoire  qu'il  remporta  à  Roccasecca  sur  son  adversaire  le  roi 
Ladislas  (19  mai)  ;  il  rentra  à  Rome,  d'où  il  fut  obligé  de  partir 
quelques  semaines  après,  abandonnant  définitivement  ses  projets. 
Il  reprit  la  mer  au  mois  d'août  et  regagna  la  Provence  (sep- 
tembre), sans  jamais  plus  vouloir  tenter  la  fortune^ 

Si  j'ai  raconté  aussi  longuement  cette  double  expédition  de 
Louis  II  en  Italie,  c'est  que  Antoine  de  la  Salle,  tenu  par  sa 
situation  de  suivre  son  souverain,  surtout  à  la  guerre,  s'y  trou- 
vait présent.  On  l'a  déjà  vu  à  Pise,  auprès  du  roi  de  Sicile,  au 
mois  d'août  1409.  Plus  tard,  il  écrira  lui-même  une  relation 
sommaire  de  la  campagne,  où  il  se  représentera  comme  témoin 

de  sa  mère,  il  les  a  vendus,  comme  il  a  fait  des  autres  immeubles  à  lui  con- 
cédés par  les  rois  de  Sicile.  Tout  ce  que  j'ai  appris,  c'est  qu'en  1555,  une  Marthe 
de  Poitevin  apporta  en  dot  à  Jean  de  Léautaud  le  Mas-Blanc  et  la  tour  de 
Canilhac,  et  que  la  famille  de  Léautaud  en  devint  ainsi  propriétaire  (Arte-- 
feuil.  Histoire  héroïque  de  la  noblesse  de  Provence,  t.  Il,  p.  73). 

1.  Qui  fut,  plus  tard,  prévôt  de  Paris,  sénéchal  de  Beaucaire  et  enfin  grand- 
sénéchal  de  Provence.  Il  assistera  à  Fargues,  en  1433,  aux  accords  passés  entre 
Antoine  de  la  Salle  au  nom  de  Luquin  Ricci  et  le  cardinal  de  Foix. 

2.  Sur  toute  celle  campagne,  cf.  N.  Valois,  t.  IV,  p.  123  à  142. 


NOUVEAUX    DOCUMENTS    SUR   SA    VIE.  '  67 

oculaire.  Après  avoir  énuméré  les  troupes  de  Ladislas,  attendant 
dans  la  plaine  de  Roccasecca  la  rencontre  de  l'ennemi,  il  ajoutera 
que  ce  vc  fust  une  des  plus  belles  choses  que  jamais  je  veis.  »  Il 
relèvera  encore  le  nom  des  prisonniers  faits  par  les  vainqueurs, 
mais  en  ayant  soin  de  dire  que  le  nombre  en  fut  si  grand  qu'il 
n'a  pas  conservé  la  mémoire  de  tous.  Il  consignera  enfin,  dans 
son  récit  sur  les  relations  de  Ladislas  avec  Paul  Orsini,  un  des 
capitaines  de  l'armée  angevine,  des  renseignements  tout  particu- 
liers, que  seul  un  témoin  put  posséder*. 

Il  est  évident  qu'il  dut  rentrer,  lui  aussi,  en  Provence  au 
mois  de  septembre  1411;  on  ignore  ce  qu'il  y  devint  et  s'il 
suivit  Louis  II  à  Paris.  D'ailleurs,  la  résolution  adoptée  par  ce 
dernier  de  ne  plus  affronter  les  hasards  des  combats  laissa  à  ses 
compagnons  d'armes  des  loisirs  qui  pesèrent  à  plus  d'un.  Antoine 
de  la  Salle  fut  un  de  ceux  qui  ne  purent  se  résigner  à  vivre  dans 
l'oisiveté  des  cours,  et  le  goût  des  aventures  qu'il  tenait  de  son 
père  le  fit  s'engager  dans  une  nouvelle  expédition  lointaine,  dont 
il  nous  a  conservé  lui-même  la  mémoire. 

Avant  de  partir  cependant,  il  régla,  avec  la  ville  de  Figeac, 
une  question  qui,  depuis  de  longues  années,  était  en  suspens.  On 
se  souvient  que  son  père,  avec  le  concours  de  Bertucat  d'Albret, 
s'était  emparé  de  cette  place  forte  le  14  octobre  1371;  c'était 
même  sur  la  brèche,  ouverte  par  lui,  que  Bernard  de  la  Salle 
avait  été  armé  chevalier^  Les  deux  chefs  de  routiers  n'avaient 
consenti  à  évacuer  la  ville  et  les  forteresses  voisines  qu'après  la 
signature  d'un  traité,  par  lequel  les  Etats  des  Montagnes  d'Au- 
vergne, du  Quercy  et  du  Rouergue  s'engageaient  à  leur  verser 
cent  vingt  mille  francs  d'or^.  Moyennant  ce,  ils  avaient  promis 
de  laisser  en  paix  le  pays  pendant  un  an  et  demi  à  partir  du  pre- 
mier jour  du  carême  de  1373.  Cependant,  au  mois  de  mai  sui- 
vant, ils  avaient  encore  obligé  les  habitants  de  Figeac  à  contrac- 
ter, en  leur  faveur,  une  obligation  de  trois  mille  francs  d'or, 
pour  rentrer  en  possession  de  leur  ville^,  puis  ils  les  avaient  con- 
traints, le  24  juillet  1373,  à  prêter  serment  de  fidélité  au  roi 


1.  Geneallogies  et  cronicques  abrégées  du  royaume  de  Sicile,  dans  la  Salade 
(ms.  18210-15  de  la  Bibliothèque  royale  de  Bruxelles),  fol.  clxxvii  et  clxxviii. 

2.  Durrieu,  op.  cit.,  p.  122-123. 

3.  Bibl.  nat.,  coll.  Doat,  t.  125,  fol.  45  v»  et  suiv. 

4.  Idem,  ibidem,  fol.  61. 


68  ANTOINE   DE    LA    SALLE. 

d'Angleterre*.  N'ayant  plus  rien  à  espérer,  ils  s'étaient  enfin 
décidés  à  partir  (3  août  1373)  ^  ne  laissant  que  la  dévastation 
derrière  eux.  A  peine  s'étaient-ils  éloignés  que  les  habitants  de 
Figeac  avaient  refusé,  surtout  à  cause  de  toutes  les  pilleries 
dont  les  gens  de  Bernard  et  Bertucat  s'étaient  rendus  coupables, 
de  solder  ce  qu'ils  restaient  devoir.  Un  procès  s'en  était  suivi;  il 
avait  été  porté  en  cour  romaine,  par  devant  le  pape  d'Avignon^. 
«  Les  deux  parties  furent  mises  hors  de  cour  et  de  procès,  écrit 
l'historien  du  Quercy  qui  nous  rapporte  ce  fait.  Peu  satisfait  de 
cette  sentence,  Antoine  de  la  Salle  attaqua  les  habitants  de 
Figeac  par  voie  d'appel,  mais,  en  1414,  on  renonça  de  part  et 
d'autre  à  toute  poursuite^  »  Il  y  eut  sans  doute  à  cette  occasion 
une  transaction  dont  le  texte  n'est  pas  parvenu  jusqu'à  nous. 

«  En  l'an  de  Nostre  Seigneur  mil  quatre  cens  et  quinze,  le  très 
excellent  prince,  dit  le  bon  Jehan,  premier  de  cellui  nom,  roy  de 
Portugal...,  ayant,  par  la  grâce  de  Nostre  Seigneur,  de  Nostre 
Dame  et  de  messeigneurs  S.  Jacques  et  S.  George,  emprins  la 
sainte  et  chevalleureuse  concqueste  de  la  cité  de  Cepte  [Ceuta], 
es  parties  des  Auffricques  et  des  Sarrasins,  »  Antoine  de  la  Salle 
trouva  une  merveilleuse  occasion  d'assister  à  de  beaux  faits 
d'armes  et  de  satisfaire  son  humeur  vagabonde.  Il  prit,  dit-il, 
<.<  la  place  a  ung  bon  et  vaillant  homme  »  et  assista  à  «  la  plus 
[grande]  partie  des  choses  »  qui  s'accomphrent  alors  ^.  Il  s'y  ren- 

1.  Bibl.  nat.,  coll.  Doat,  l.  125,  fol.  94. 

2.  Idem,  ibidem,  fol.  98  v°. 

3.  Idem,  ibidem,  fol.  97  :  articles  baillés  en  cour  d«  Rome  par  les  gens  de 
Figeac  contre  Bernard  de  la  Salle  et  Bertucat  d'Albrel.  La  date  n'est  pas  don- 
née, mais  il  ressort  du  texte  que  plusieurs  années  se  sont  écoulées  depuis  l'éva- 
cuation de  Figeac  (3  août  1373).  Il  serait  peut-être  possible  de  voir  dans  cet 
acte  la  pièce  de  1380  à  laquelle  Fouilhac,  puis  G.  Lacoste  {Histoire  de  la  pro- 
vince de  Quercy,  t.  III,  p.  239,  note)  font  allusion.  Mais  ils  ])rétendenl  que 
c'est  Antoine,  fils  de  Bernard,  qui  poursuivait  alors  le  procès.  C'est  certaine- 
ment une  erreur,  car,  en  1380,  Bernard  était  bien  vivant  et  très  capable  de  se 
défendre,  surtout  auprès  de  la  cour  pontificale  d'Avignon.  Mais  il  se  peut  bien 
encore  que  Fouilhac  et  Lacoste  se  soient  trompés  sur  la  date,  qui  devait  être 
écrite  M  CGC  llllxx...,  les  derniers  chiffres  n'étant  pas  marqués;  l'acte  serait 
de  1381  à  1400.  Après  1391,  c'était  bien  Antoine  ou  son  tuteur  qui  poursuivait 
les  revendications  de  son  père  défunt.  Si  donc  son  nom  doit  être  conservé,  la 
véritable  date  serait  comprise  entre  l'été  de  1391  et  1400. 

4.  G.  Lacoste,  op.  et  loc.  cit. 

5.  Deuxième  partie  du  Réconfort  de  Madame  du  Fresne  :  cf.  l'édition  de 
Nève,  p.  141  et  suiv. 


NOUVEAUX    DOCUMENTS    SUR    SA    VIE,  69 

contra  avec  un  certain  nombre  de  chevaliers  et  écuyers,  picards 
ou  normands,  qui  ne  prévoyaient  sans  doute  pas  que  leur  pré- 
sence allait  devenir  beaucoup  plus  utile  dans  leur  pays,  pour 
repousser  l'invasion  des  Anglais,  que  dans  les  rangs  de  l'armée 
portugaise.  Il  n'est  pas  utile  de  raconter  ici  en  détail  cette  expé- 
dition, dont  le  récit  a  déjà  été  fait*.  Qu'il  suffise" de  savoir  que  la 
principale  action  eut  lieu  dans  le  courant  du  mois  d'août  1415  : 
l'armée,  débarquée  devant  Ceuta,  Antoine  de  la  Salle  faisant 
partie  de  l'avant-garde  sous  le  commandement  de  l'infant  don 
Pierre,  mit  en  déroute  les  Maures,  qui  l'attendaient  sur  le  rivage, 
et,  dans  son  ardeur  à  les  poursuivre,  pénétra  avec  eux  dans  la 
ville  de  Ceuta,  où  «  fut  fiere  bataille  ».  C'est  là  que  se  passa 
l'épisode  qui  fait  le  sujet  de  la  seconde  partie  du  Réconfort. 
C'est  là  que  périt  Vasco  Fernandez  de  Taide,  victime  de  son 
dévouement  pour  son  élève  l'infant  don  Henri,  troisième  fils  du 
roi.  Le  retour  en  Portugal,  après  cette  brillante  victoire,  eut  lieu 
au  milieu  des  plus  grands  transports  de  joie;  l'allégresse  fut 
cependant  assombrie  par  le  deuil  que  l'on  portait  du  vaillant 
chevalier,  dont  on  ne  cessait  de  pleurer  la  perte. 

Après  cette  expédition,  nous  nous  trouvons  encore  devant  une 
lacune  de  plusieurs  années  dans  la  biographie  d'Antoine  de  la 
Salle.  C'est  pourtant  aux  environs  des  années  1415-1416 
que  l'on  doit  placer  la  date  de  son  second  voyage  dans  les 
Flandres  ;  il  nous  a  conté  lui-même  qu'il  prit  part  au  tournoi  que 
le  comte  de  Charolais,  Philippe,  plus  tard  duc  de  Bourgogne,  fit 
faire  à  Gand  à  l'occasion  du  mariage  de  son  premier  écuyer 
d'écurie  Antoine  de  Villers^.  Malgré  mes  recherches,  je  n'ai  pu 
fixer  la  date  exacte  de  ces  fêtes. 

Les  rapports  que  Antoine  de  la  Salle  eut,  à  cette  occasion,  avec 
la  maison  de  Bourgogne  m'amènent  à  parler  d'un  texte,  signalé 
récemment^  d'après  un  manuscrit  mis  au  point  après  1426,  où 
un  personnage  du  même  nom,  qualifié  «  d'escuier  d'escuierie  de 
Jehan,  duc  de  Bourgoingne,  »  est. cité  parmi  les  écuyers  d'hon- 
neur de  la  Cour  amoureuse  de  Charles  VI.  Cette  mention  serait 
antérieure  au  10  septembre  1419,  date  de  l'assassinat  de  Jean 
sans  Peur  au  pont  de  Montereau.  Faut-il  croire  à  L'existence 

1.  De  Septenville,  L'Expédition  de  Ceuta  en  lil5  (Fécamp,  1870,  iii-8°). 

2.  Des  anciens  tournois...,  éd.  B.  Prost,  p.  204  et  207. 

3.  Arthur  Piaget,  Un  manuscrit  de  la  a  Cour  amoureuse  de  Charles  VI  », 
dans  la  Romania,  t.  XXXI  (1902),  p.  602. 


70  ANTOINE    DE    LA    SALLE. 

d'un  deuxième  Antoine  de  la  Salle  à  cette  même  date  ?  Ou  plutôt 
ne  faudrait-il  pas  admettre  une  erreur  du  rédacteur  du  manus- 
crit, aucun  acte  ne  permettant  de  supposer  un  instant  que  le 
fidèle  serviteur  de  la  maison  d'Anjou  ait  passé  presque  à  l'en- 
nemi en  entrant,  à  cette  époque,  au  service  du  duc  de  Bour- 
gogne'? Cette  seconde  hypothèse  paraît  de  beaucoup  la  plus 
vraisemblable. 

Le  roi  Louis  II  étant  décédé  au  château  d'Angers  le  30  avril 
1417^  Antoine  de  la  Salle  fut  attaché  à  la  personne  de  son  fils 
et  héritier  le  roi  Louis  III,  avec  le  titre  d'écuyer  de  son  écurie^. 
Une  modification  dut  s'opérer  alors  dans  son  genre  de  vie;  eu 
effet,  un  des  premiers  actes  de  la  reine-mère  Yolande  d'Aragon, 
tutrice  de  Louis  III,  fut  de  réformer  la  maison  royale  et  de 
défendre  que  les  gens  de  l'hôtel  y  fussent  nourris  et  logés  ^ 
C'était  s'engager  à  leur  assurer  une  compensation  par  ailleurs. 
Il  semble  bien  que  c'est  en  conséquence  de  cette  réforme  que  de 
nouvelles  lettres  patentes  furent  expédiées  d'Angers  par  Yolande 
d'Aragon  en  faveur  d'Antoine  de  la  Salle  le  20  décembre  1418. 
Par  cet  acte,  la  reine,  considérant  les  agréables  services  rendus 
à  son  mari  par  son  fidèle  Antoine  et  ceux  qu'il  lui  rendait  à  elle  con- 
tinuellement, lui  donna  comme  récompense  et  en  toute  propriété, 
pour  lui  et  ses  héritiers,  une  maison  sise  à  Arles,  proche  le  tribu- 
nal royal  de  cette  ville.  En  retour,  elle  lui  imposa  l'obligation  de 
payer  à  sa  cour,  le  l"""  mai  de  chaque  année,  comme  cens  dû  au 
suzerain,  un  chapeau  de  roses^  gracieuse  redevance  qui  ne  ris- 
quait pas  de  grever  lourdement  le  budget  du  bénéficiaire  de  la 
donation.  Antoine  ne  resta  pas  longtemps  propriétaire  de  la  mai- 
son ainsi  octroyée;  après  en  avoir  pris  possession,  le  18  février 
1419^  il  la  rétrocéda,  le  16  du  mois  suivant,  à  noble  Jean  Romée, 
d'Arles.  L'acte,  qui  fut  rédigé  en  cette  circonstance,  porte  qu'il  la 

1.  On  pourrait  répondre  à  cela  qu'en  1148  Antoine  de  la  Salie  quitta  bien  la 
maison  d'Anjou  pour  suivre  le  comte  de  Saint-Pol  auprès  du  duc  de  Bourgogne, 
mais  les  conditions  étaient  alors  bien  changées.  Ennemies  acharnées  avant  le 
traité  d'Arras,  les  deux  cours  avaient  ensuite  fait  la  paix  et  se  trouvaient  dans 
de  bonnes  relations. 

2.  A.  Tuetey,  Journal  d'un  bourgeois  de  Paris,  p.  76,  n.  3.  —  Le  20  avril 
1417,  selon  A.  Lecoy  de  la  Marche,  Le  Roi  René,  t.  1,  p.  33. 

3.  Cf.  Document  n°  II. 

4.  A.  Lecoy  de  la  Marche,  Le  Roi  René,  t.  I,  p.  37. 

5.  Document  n"  II. 

6.  Voir  le  document  n°  III. 


NOUVEAUX    DOCUMENTS    SUR   SA    VIE.  7^ 

remitlui-même  enpur  don,  pour  reconnaître  les  bienfaits,  services 
et  donations  de  Jean  Roraée';  mais  la  confirmation  de  propriété 
que  réclama  ce  dernier  au  roi  Louis  III,  le  5  septembre  1424, 
indique  qu'il  y  eut  vente  réelle 2.  Les  concessions  d'immeubles 
que  les  rois  de  Sicile  faisaient  à  leurs  serviteurs  étaient  donc 
pour  ceux-ci  un  moyen  de  battre  monnaie.  On  en  aura  encore  la 
preuve  plus  loin,  à  l'occasion  d'autres  lettres  patentes  obtenues 
par  Antoine  de  la  Salle^^. 

Un  nouvel  avantage  lui  fut  constitué  le  26  novembre  1422  :  la 
même  Yolande  d'Aragon,  gouvernante  des  Etats  de  son  fils  absent, 
en  récompense  de  ses  services  incessants  en  la  maison  d' Anjou ^  lui 
accorda  une  pension  annuelle  de  cent  cinquante  florins  à  prendre, 
le  jour  de  Pâques,  sur  les  revenus  de  la  vieille  gabelle  d'Hyères^ 
Cette  pension  pouvait  donc  parfaitement  lui  tenir  lieu  du  vivre  et 
du  couvert  qu'il  avait  autrefois  avec  Louis  II.  Dans  les  lettres 
patentes  de  1422,  Antoine  de  la  Salle  est  qualifié  d'écuyer  et  de 
familier  du  roi  Louis  III.  Il  n'est  donc  pas  téméraire  d'affir- 
mer qu'il  avait  accompagné  son  souverain,  lorsque  celui-ci, 
résolu  à  faire  valoir  ses  droits  sur  le  royaume  de  Naples,  s'était 
embarqué  pour  l'Italie  (24  juillet  1420).  On  est  d'autant  plus  auto- 
risé à  maintenir  cette  affirmation  qu'on  sait  par  divers  témoignages, 
entre  autres  par  celui  d'Antoine,  qu'il  se  trouvait  en  Italie  en 
1420,  1422,  1423  et  1425.  Même,  si  sa  mémoire  lui  a  conservé 
le  souvenir  fidèle  des  dates,  il  aurait  devancé  en  Italie  le  roi 
Louis  III  :  c'est  au  18  mai  1420  qu'il  rapporte  dans  ses  œuvres 
son  excursion  au  Monte  délia  Sibilla,  qui,  avec  le  Lac  de 
Pilate,  l'avait  déjà  intrigué,  lors  de  ses  précédents  séjours  dans 
la  péninsule.  On  sait  que  ce  mont  des  Apennins,  célèbre  dans  la 
littérature,  se  trouve  dans  l'Ombrie,  non  loin  de  Spolète,  entre 

1.  Document  u"  III. 

2.  Archives  des  Bouches-du-Rhôiie,  B  14,  fol.  241  v°. 

3.  Il  est  assez  intéressant  de  suivre  le  sort  de  cette  maison,  qui  était  passée 
par  les  mains  d'Antoine  de  la  Salle.  Jean  Roraée  la  conserva  toute  sa  vie;  il  la 
transmit  à  son  petit-tils,  Jeannet  Romée,  fils  d'Etienne.  Celui-ci  l'échungea,  le 
15  mai  1446  [l'acte  qui  nous  transmet  ce  détail  porte,  par  erreur,  1456],  avec 
Géraud  Page,  jardinier,  et  Jean  Plane.  Ceux-ci  la  revendirent  le  lendemain  pour 
soixante-dix  florins,  à  Jean  de  Sathenay,  bachelier  es  lois  d'Arles  (Arch.  des 
Bouches-du-Rhône,  B  14,  fol.  242). 

4.  Ce  qui  écarte  toute  hypothèse  du  passage  d'Antoine  dans  la  maison  de 
Bourgogne. 

5.  J.  Nève,  p.  252,  Pièce  just.  n°  II. 


72  ANTOINE    DE    LA    SALLE. 

Norcia  et  Ascoli  ;  il  passait  pour  contenir  dans  ses  flancs  le  Para- 
dis enchanté  de  la  reine  Sibjlle,  lieu  de  délices  et  de  voluptés 
interdit  à  tout  bon  chrétien. 

Antoine  delà  Salle  a  raconté,  avec  force  détails,  son  ascension, 
son  entrée  dans  la  grotte,  vestibule  du  Paradis,  sur  les  parois  de 
laquelle  il  a  gravé  lui-même  son  nom  et  sa  devise';  il  a  recueilli 
reUgieusement  tout  ce  qu'il  a  entendu  dire  au  sujet  de  la  Sibjlle 
et  des  chevaliers  qui  se  sont  aventurés  dans  son  royaume,  il  a 
noté  toutes  ses  observations  personnelles,  il  a  même  relevé  la 
carte  du  pays,  etc.  Je  ne  le  suivrai  pas  dans  le  récit  de  son  expé- 
ditionS  qui  a  donné  lieu  aux  études  si  intéressantes  de  MM.  Wer- 
ner  Soderhjelm  et  Gaston  Paris  sur  le  Paradis  de  la  reine  Sibylle 
et  la  légende  du  Tannhauser.  Aussi  bien,  je  ne  cherche  ici  qu'à 
fixer  la  biographie  de  l'auteur  de  la  Salade.  Il  suffit  donc  d'avoir 
relevé  sa  présence  en  Ombrie  et  près  de  la  Marche  d'Ancône^  au 
mois  de  mai  1420. 

Il  commençait  à  cette  époque  son  troisième  séjour  en  Italie. 
Celui-ci  fut  de  plus  longue  durée  que  les  précédents,  car  le  roi 
Louis  m,  malheureux  dans  les  débuts  de  sa  lutte  contre  la  reine 
Jeanne  II,  sœur  et  héritière  de  Ladislas,  et  contre  Alphonse  V 
d'Aragon,  son  fils  adoptif,  finit,  à  la  suite  d'un  concours  mer- 
veilleux de  circonstances,  par  s'implanter  dans  le  pays  et  par  se 
faire  reconnaître  comme  roi  légitime.  Il  avait  eu  d'ailleurs,  dès 
le  premier  jour,  l'appui  du  pape  Martin  V,  dont  il  reçut  d'abord 
l'investiture  et  auprès  duquel,  au  milieu  de  ses  embarras,  il 
allait  souvent  chercher  secours  et  protection  ^  C'est  certaine- 
ment pendant  un  de  ces  voyages  à  Rome  qu'Antoine  de  la  Salle, 


1.  «  Il  convient.  La  Sale.  »  C'est  exactement  ce  qu'il  a  écrit  sur  un  feuillet 
de  garde  d'un  manuscrit  de  Cassiodore,  qui  se  trouve  aujourd'hui  à  la  biblio- 
thèque de  Carpentras  et  qui,  par  conséquent,  a  appartenu  à  notre  littérateur. 
Voir  l'Appendice. 

2.  Il  constitue  un  chapitre  de  l'ouvrage  intitulé /a  Salade,  qui  a  été  publié  pour 
la  première  fois  sans  date,  puis  par  Philippe  le  Noir  à  Paris  en  1527.  Le  texte 
en  a  été  redonné  d'après  le  ms.  18210-15  de  la  Bibliothèque  royale  de  Bruxelles 
par  W.  Soderhjelm,  loc.  cit.,  p.  108.  M.  J.  Nève  l'a  réédité,  p.  173.  —  Une 
analyse  en  avait  été  aussi  donnée  par  Kervyn  de  Lettenhove,  La  Dernière 
Sibylle,  dans  les  Bulletins  de  l'Académie  royale  de  Belgique,  2"  série,  t.  XIII 
(1862),  p.  405. 

3.  Il  a  fait  son  ascension  du  Monte  délia  Sibilla  par  le  versant  adriatique. 

4.  Cf.  Papon,  Histoire  générale  de  Provence,  t.  III,  p.  327  à  330. 


NODVEACX    DOCUMENTS   SUR   SA   VIE.  73 

écuyer  du  roi  et  comme  tel  faisant  partie  de  son  escorte*,  fit,  en 
1422,  la  rencontre  dont  il  a  consigné  le  souvenir  après  le  récit 
de  son  excursion  au  mont  de  la  Sibylle.  C'étaient  les  ambassa- 
deurs du  roi  d'Angleterre,  c'est-à-dire  l'évêque  de  Senlis^  Gau- 
cher de  Ruppe,  chevalier  barrois,  ami  de  notre  personnage,  et 
d'autres  gentilshommes  bourguignons,  «  qui  avôient  ouy  comp- 
ter que  j'avois  esté  devers  la  Sibile  ».  Gaucher  de  Ruppe,  étant 
sans  nouvelles  d'un  de  ses  grands-oncles  disparus,  supposait 
qu'il  était  entré  dans  la  fameuse  grotte  et  désirait  par  conséquent 
apprendre  d'Antoine  de  la  Salle  si  le  fait  était  vrai.  Antoine  se 
défendit  énergiquement  d'avoir  eu  une  fréquentation  aussi  impie 
et  répondit  à  son  interlocuteur  «  qu'il  estoit  mal  informé,  et  que 
ce  n'estoit  que  faulce  foy  et  créance  a  tous  ceulx  qui  foy  y 
adjousteront  et  que  ilz  se  partoient  du  chemin  de  la  vérité,  et  en 
ce  vueil  vivre  et  flner  mes  jours  ^.  » 

Un  coup  de  fortune  pour  Louis  III  fut  son  adoption  par  la 
reine  Jeanne,  qui  mettait  fin  à  toute  querelle  entre  les  deux  com- 
pétiteurs; mais,  par  contre,  elle  déchaîna  la  colère  d'Alphonse 
d'Aragon,  dont  l'adoption  précédente  était  révoquée  pour  cause 
de  rébellion  et  d'ingratitude  (2  juin  1423)^. 

La  première  entrevue  de  la  reine  et  de  Louis  eut  lieu  à  Aversa, 
dont  les  Angevins  avaient  fait  précédemment  leur  place  d'armes  : 
c'est  là  que,  le  1*"'  septembre  1423,  en  présence  des  cheva- 
liers et  suivants  de  Louis  III,  en  présence  notamment  d'Antoine 
de  la  Salle  ^  fut  signé  le  premier  traité  qui  ratifiait  l'adoption 
proclamée  quelques  semaines  auparavant''.  On  assistait  donc, 
enfin,  au  triomphe  de  la  dynastie  angevine.  Cependant,  l'évé- 
nement dont  on  avait  lieu  de  se  réjouir  ne  termina  pas  toutes  les 
difficultés.  Il  fallait  expulser  du  roj^aume  Alphonse  V  avec  ses 
Aragonais  et  Catalans,  et  surtout  prévenir  les  trahisons  qui,  jus- 

1.  Il  dit  lui-même  qu'il  était  alors  «  en  la  compaignie  et  service  de  très 
hault  et  excellent  prince,  mon  souverain  seigneur,  le  tiers  Loys,  roy  de 
Sicille  »  (J.  Nève,  p.  216). 

2.  Pierre  de  Chissey,  élu  le  23  juin  1418  et  mort  au  mois  de  novembre  de 
cette  même  année  1422. 

3.  Éd.  J.  Nève,  p.  216-218. 

4.  Papon,  op.  cit.,  t.  III,  p.  330  et  331. 

5.  Pithon-Curt,  Histoire  de  la  noblesse  (ÏAvignoit  et  du  comté  Venaissin, 
t.  III,  p.  218;  article  réimprimé  par  J.  Nève,  p.  273. 

6.  Papon,  op.  cit.,  t.  III,  p.  332.  —  Il  y  eut  un  second  traité  passé  le  14  sep- 
tembre 1423  à  Aversa  (Lecoy  de  la  Marche,  0}).  cit.,  t.  II,  p.  213). 


74  ANTOIIVE    DE    LA    SALLE. 

qu'ici,  avaient  toujours  arrêté  dans  leurs  succès  le  père  et  l'aïeul 
de  Louis  III.  C'est  une  besogne  à  laquelle  se  consacra  avec 
ardeur  le  fils  adoptif  de  la  reine  Jeanne,  jusqu'à  ce  qu'il  fût 
rappelé  en  France  par  son  cousin,  Charles  VII,  pour  l'aider 
dans  sa  lutte  contre  les  Anglais.  Son  retour  dut  avoir  lieu  au 
plus  tôt  en  juin  1427  ^  Il  est  très  vraisemblable  qu'Antoine  de  la 
Salle,  qui  était  resté  à  peu  près  constamment  dans  le  sillage 
de  son  souverain ,  l'accompagna  lorsque  celui-ci  quitta  l'Ita- 
lie. Nous  savons,  d'ailleurs,  qu'en  1425 ^  il  l'avait  suivi  dans 
une  excursion  de  plaisir  à  Pouzzoles,  dont  il  décrivit  la  Solfatare 
et  les  bains  antiques.  C'est  là  qu'il  fut  témoin  de  l'admirable 
conduite  de  cette  épouse  «  moult  belle  et  de  flouries  vertus  »,  qui 
soignait,  comme  «  ung  enfant  nouvellement  nay  »,  son  mari, 
«  ung  gentilhomme  des  bonnes  lignées  de  Napples  qui  moult 
estoit  lépreux  ».  Il  fit  même  cette  observation  que  c'était  le 
second  lépreux  qu'il  voyait  dans  le  pays,  bien  qu'il  y  ait  résidé 
«  par  très  longue  espasse^  ».  Assurément,  en  France,  il  avait  eu 
l'occasion  d'en  rencontrer  bien  davantage. 

Avant  de  quitter  le  sol  de  l'Italie,  il  avait  reçu  un  nouveau 
témoignage  de  la  bienveillance  de  son  roi.  Le  4  juin  1427,  en  la 
ville  d'Aversa,  Louis  III  gratifia  Antoine,  à  qui  il  donnait  les 
titres  d'écuyer  de  sou  écurie,  de  conseiller  et  de  fidèle  aimé,  d'une 
somme  de  quinze  cents  florins,  monnaie  de  Provence,  à  prélever 
sur  les  droits  et  revenus  du  château  de  Séderon^,  qui  avait 
appartenu  à  Alix  de  Baux,  comtesse  d'Avellino,  vicomtesse  de 
Turenne,  dame  des  Baux,  etc.^  Ce  domaine  et  tous  les  autres 

1.  La  date  n'esl  pas  encore  connue  d'une  façon  précise;  un  texte  publié  par 
M.  Lecoy  de  la  Marche,  op.  cit.,  t.  I,  p.  50,  n.  3,  i)rouve  que,  le  17  décembre 
1426,  Louis  III  se  préoccupait  d'obtenir  de  l'argent  pour  solder  les  frais  de  son 
retour.  D'autre  part,  la  Pièce  just.  n»  III  de  M.  Nove  (p.  253)  montre  que  le 
4  juin  1427  il  était  encore  à  Aversa. 

2.  «  Estant  au  service  du  très  excellent  et  illustre  prince  monseigneur  Loys, 
IIP  d'icelluy  nom,  roy  de  Secille.  » 

3.  Chapitre  vin  de  La  Salle,  publié  par  Legrand  d'Auspy,  Notices  et  extraits..., 
t.  V,  p.  394,  et  par  J.  Nôve,  p.  239. 

4.  Drôme,  arr.  de  Nyons,  ch.-l.  de  cant. 

5.  J.  Nève,  p.  253,  Pièce  just.  n"  III.  —  Séderon,  chose  curieuse,  avait, 
comme  le  Mas-Blunc,  appartenu  autrefois  à  Guillaume  Roger,  vicomte  de 
Turenne,  qui  en  avait  fait  hommage  à  la  reine  Marie  de  Blois  le  27  juin  1385 
(Arch.  des  Bouches-du-Rhône,  B762,  fol.  48  v»).  —  Précédemment,  le  roi  Louis 
de  Tarente,  mari  de  la  reine  Jeanne  P%  l'avait  donné  (2  mai  1349)  à  Geoffroy 
de  Lascaris  {Idem,  B3,  fol.  109). 


NOUVEADX    DOCUMENTS    SUR    SA    VIE.  75 

biens  de  la  même  dame  avaient  été  confisqués  par  droit  d'au- 
baine et  réunis  au  domaine  comtal  de  Provence  après  la  mort 
d'Alix  S  et  ce  malgré  le  testament  qu'elle  avait  pris  soin  de  rédi- 
ger le  7  octobre  1426  ^  En  dépit  des  protestations  des  intéressés, 
ils  ne  furent  jamais  rendus  aux  héritiers  lésés.  On  lira,  dans  la 
suite  de  ce  récit,  que  Séderon,  dont  les  revenus  furent  ainsi  gre- 
vés d'une  sorte  d'hypothèque  en  faveur  d'Antoine  de  la  Salle, 
finit  par  rester  entre  ses  mains. 

La  donation  du  4  juin  1427  venait  à  point  pour  le  récompenser 
de  ses  services  en  Italie  et  l'indemniser  en  quelque  façon  de  ses 
peines  et  fatigues. 

Le  voici  donc  rentré  de  nouveau  en  France  avec  Louis  III. 
La  fin  de  l'année  1427  et  toute  l'année  1428  s'écoulent  sans 
laisser  aucun  souvenir  de  lui.  Mais,  dès  les  premiers  mois  de 
1429,  il  rentre  en  scène  en  prenant  possession  de  la  charge  de 
viguier  d'Arles,  que  venait  de  lui  concéder  son  souverain 3.  La 
cérémonie  de  son  intronisation^  eut  lieu  le  28  mai  de  cette 
année,  à  l'heure  de  tierce;  il  présida  aussitôt  après  le  conseil  de 
la  ville,  qui  avait  à  pourvoir  à  la  nomination  des  officiers^.  Les 
fonctions  qu'il  eut  à  exercer  pendant  une  année  (les  viguiers 
étaient  renouvelés  tous  les  ans)  étaient  une  délégation  du  pou- 
voir central  et  faisaient  de  lui  le  représentant  direct  et  perma- 
nent du  souverain,  non  seulement  dans  la  ville,  mais  encore  dans 
toute  la  circonscription  de  sa  viguerie.  En  cette  qualité,  il  était 
le  chef  de  la  justice,  rendait  des  ordonnances,  faisait  des  procla- 
mations, ce  qu'on  appelait  des  bans;  il  devait,  d'autre  part, 
assurer  la  sécurité  de  la  ville  et  la  défendre  contre  les  attaques 
des  ennemis  du  dehors;  également  chef  de  l'administration,  il 
donnait  aux  syndics  et  conseillers  de  la  ville  l'autorisation  de  se 
réunir,  recevait  leur  serment  de  fidélité  au  roi,  présidait  leurs 
séances,  transmettait  leurs  réclamations,  plaintes  ou  doléances, 
etc.  Sa  présence  était  donc  requise  d'une  façon  à  peu  près  per- 

1.  Cf.  H.  Bouche,  Histoire  chronologique  de  Provence,  t.  II,  p.  449. 

2.  D^  L.  Barthélémy,  Inventaire  déjà  cité,  n"  1780.  —  Le  12  octobre  1426, 
Alix  (les  Baux  était  déjà  morte.  Cf.  Idem,  ibidem,  a"  1781. 

3.  Son  prédécesseur  s'appelait  Jean  Dupuis. 

4.  Voir  la   description   du   cérémonial   donnée  au    xvin"  siècle   par   l'abbé 
Bonnemant  et  publiée  par  J.  Nève,  p.  255,  Pièce  just.  n°  IV. 

5.  Arch.  mun.  d'Arles,  BB  1,  fol.  86.  —  Publié  en  partie  par  J.  Nève,  p.  258, 
Pièce  just.  n"  V. 


76  ANTOIiXE    DE   LA    SALLE. 

manente  dans  la  ville,  à  tout  le  moins  dans  la  viguerie  ;  avait-il 
à  s'absenter,  il  devait  laisser  à  sa  place  un  lieutenant,  à  qui  il 
déléguait  tous  ses  pouvoirs.  C'est  ainsi  qu'il  eut  pour  lieutenant 
Jean  de  Rognac,  pour  le  temps  où  il  fut  appelé  hors  d'Arles.  Il  est 
d'ailleurs  à  remarquer  que  ce  fut  surtout  pendant  les  premiers 
mois  qu'il  fut  absent  :  parti  entre  le  5^  et  le  19  juin^,  il  ne  rentra 
en  Arles  que  pour  la  séance  du  conseil,  qui  eut  lieu  le  9  octobre''  ; 
il  quitta  encore  la  ville  à  la  fin  du  même  mois,  mais,  à  partir  du 
27  janvier  1430''  jusqu'à  la  fin  de  ses  fonctions,  il  resta  à  son 
poste,  présidant  régulièrement  les  assemblées  municipales'. 

En  dehors  des  affaires  juridiques  et  contentieuses  soumises  à 
sonjugement^  en  dehors  des  détails  d'administration  courante', 
deux  préoccupations  s'imposèrent  surtout  pendant  cette  année  à 
l'esprit  du  viguier  :  la  salubrité  publique  et  la  défense  du  pays 
contre  les  Catalans.  Quand  Antoine  reçut  son  office  et  en  com- 
mença l'exercice,  la  peste  régnait  en  Arles  avec  une  violence 
toute  particulière  et  la  misère  était  grande  dans  la  ville  :  les  con- 
seillers avaient  pris  soin  de  le  faire  remarquer  au  vice-roi  et  au 
Grand  Conseil  de  Provence  dès  le  17  mai  1429^  Ils  craignaient 
aussi  une  invasion  des  Catalans,  qui,  depuis  le  sac  de  Marseille 
en  1423  ^  venaient,  au  nom  de  leur  souverain,  Alphonse  V  d'Ara- 

1.  Il  présida  la  séance  municipale  de  ce  jour,  la  première  après  sou  iutroiii- 
salion  (Arch.  mun.  d'Arles,  BB  1,  fol.  87  \°). 

2.  Séance  non  présidée  par  lui  {Idem,  ibidem,  fol.  88). 

3.  Idem,  ibidem,  fol.  9G.  —  Il  présida  encore  les  réunions  des  16  (fol.  96  v), 
21  (fol.  97),  23  (fol.  98)  et  25  octobre  (fol.  98  v"). 

4.  La  séance  du  2  novembre  eut  lieu  sur  mandement  de  son  lieutenant  (fol.  99). 

5.  Idetn,  ibidem,  fol.  106  v°.  —  Les  séances  des  29  janvier  (fol.  107  v), 
3  février  (fol.  108),  8  février  (fol.  108  v°),  19  février  (fol.  109),  28  février 
(fol.  109  v),  5  mars  (fol.  110),  etc.,  ont  été  présidées  par  lui. 

6.  Quelques-unes  sont  indiquées  dans  les  délibérations  des  28  février  et 
5  mars  1430. 

7.  Une  des  affaires  les  plus  importantes  qui  s'imposèrent  à  l'atlention  d'An- 
toine de  la  Salle  concerna  les  pâturages  de  la  commune  d'Arles  en  Grau,  pour 
la  visite  desquels  il  dut  effectuer  jusqu'à  dix  voyages.  Le  principal  eut  lieu  au 
milieu  du  mois  de  mars  1430.  Antoine  le  fit  avec  le  gouverneur  de  Provence 
et  un  nombreux  personnel,  dont  l'entretien  était  à  la  charge  des  syndics  d'Arles 
(Arch.  mun.  d'Arles,  CC  147,  fol.  12  v°,  13  et  14).  Le  viguier  recul  cinquante 
florins  pour  ses  déplacements  (Idem,  ibidem,  fol.  17  V). 

8.  Arch.  mun.  d'Arles,  BBl,  fol.  84  v°.  Cf.  aussi  les  Annales  d'Arles,  par 
l'abbé  Bonnemant  (ms.  216  de  la  Bibl.  d'Arles),  à  cette  date. 

9.  Pa|)on,  op.  cit.,  t.  III,  p.  332  à  335.  —  On  ne  conclut  de  trêve  avec  les 
Aragonais  (|u'au  mois  de  mai  1431  [Idem,  ibidem,  p.  338). 


NOUVEAUX    DOCUMENTS    SUR    SA    VIE.  -  77 

gon,  le  compétiteur  de  Louis  III  au  trône  de  Naples,  ravager  les 
côtes  de  la  Provence  ;  ils  demandaient  instamment  l'envoi  de  gens 
armés  et  d'arbalétriers  ^ 

Pour  la  peste,  du  temps  d'Antoine  de  la  Salle,  on  ne  fit  rien  de 
plus  que  ce  que  l'on  faisait  d'habitude  en  pareil  cas  :  l'isolement 
des  malades,  la  fumigation  des  maisons  infectées,  les  grands 
feux  allumés  dans  les  rues  étaient  surtout  les  remèdes  usités. 
Cependant,  le  3  juillet,  le  conseil  de  ville  se  décidait  en  plus  à 
invoquer  le  secours  de  la  Vierge  pour  obtenir  la  fin  de  la  conta- 
gion et  ordonnait  de  célébrer  un  trentenaire  de  messes  en  la 
cathédrale  de  Saint-Trophime^.  Faut-il  croire  que  cette  épidémie 
fut  une  raison  de  l'absence  prolongée  d'Antoine  de  la  Salle  à  cette 
époque?  Ce  serait  sans  doute  faire  une  supposition  injurieuse 
pour  sa  mémoire;  il  a  donné,  en  effet,  trop  de  preuves  de  son 
courage  pour  que  l'on  imagine,  sans  autre  indice,  qu'il  ait  ainsi 
fui  devant  le  danger.  Il  avait,  d'ailleurs,  une  âme  compatis- 
sante, et  lui-même  nous  raconte,  dans  un  chapitre  de  la  Salade, 
qu'il  céda  tant  qu'il  put  aux  pleurs  et  prières  d'  «  une  très  bonne 
femme  nommée  Jehanne  »,  dont  le  mari  venait  d'être  reconnu 
lépreux.  «  Plus  esmeu  a  sa  pitié  que  a  raison  ne  a  la  rigueur  de 
la  loy,  temporisay  aulcunement,  dit-il,  jasoit  c'on  porroit  dire 
que  soubz  ombre  de  pitié  corruption  fust  embuschée  »  ;  mais  à  la 
fin,  sous  la  contrainte  des  clameurs  publiques,  il  dut  faire  expul- 
ser d'Arles  le  malheureux  que  sa  femme  suivit  dans  son  exil  3. 

Les  Catalans  se  tinrent  heureusement  assez  à  distance  :  au 
printemps  de  1430,  Antoine  annonçait  qu'il  s'en  trouvait  en 
Languedoc,  près  de  Nîmes,  Saint-Gilles  et  Fourques,  et  invitait 
les  conseillers  arlésiens  à  prendre  avec  lui  des  mesures  pour 
empêcher  le  passage  du  Rhône*.  Les  préparatifs  de  défense  furent 
sans  doute  suffisants,  car  les  ennemis  s'éloignèrent^. 

1.  Arch.  mun.  d'Arles,  BB  l,  fol.  84  v°.  —  Le  7  mai  1429,  le  trésorier  de  la 
ville  payait  uii  acompte  de  trois  florins  pour  les  pierres  des  bombardes,  pré- 
parées en  vue  de  l'arrivée  des  Catalans  (mêmes  arch.,  CC  146,  fol.  4  v°). 

2.  Idem,  BB  1,  fol.  90. 

3.  J.  Nève,  p.  242-244. 

4.  Arch.  mun.  d'Arles,  BB  1,  fol.  117. 

5.  Le  27  janvier  1430,  sur  la  demande  du  gouverneur  de  Provence,  trans- 
mise par  Antoine  de  la  Salle,  la  ville  dut,  «  pro  excessu  commisso  Aquis  con- 
tra Judeos  »,  expédier  des  gens  d'armes  au  gouverneur.  Pour  subvenir  à  leurs 
dépenses,  des  commissaires  furent  nommés,  dont  Jean  Romée,  celui  à  qui 
Antoine  avait  cédé  jadis  sa  maison  [Idem,  ibidem,  fol.  106  v°). 


78  ANTOINE   DE    La   SALLE. 

On  ne  saurait  terminer  le  récit  de  l'administration  de  l'auteur 
du  Petit  Jehan  de  Saintré  en  Arles,  sans  faire  remarquer 
qu'il  s'intéressa  aux  écoles  de  la  ville.  C'est  en  effet  uniquement 
dans  les  séances  présidées  par  lui  que  les  conseillers  se  préoccu- 
pèrent de  la  nomination  d'un  régenta  Dans  une  séance  sem- 
blable fut  aussi  admise  une  requête  des  joueurs  de  la  Passion 
pour  l'appropriation  de  la  place  publique,  où  ils  donnaient  leurs 
représentations'^. 

Son  temps  révolu,  Antoine  de  la  Salle  céda  la  place  à  Jean  de 
Saint-Michel,  capitaine  et  gouverneur  des  Baux,  qui  fut  installé 
comme  viguier d'Arles  le  28  mai  1430.  On  ne  sait  ce  qu'il  devint 
aussitôt  après  ;  mais  on  apprend  par  un  document  de  1432  qu'il 
avait  établi  sa  résidence  en  Provence 3.  11  n'était  donc  pas 
repassé  en  Italie,  lorsque  le  roi  Louis  III,  libre  de  surveiller  ses 
intérêts,  était  retourné  dans  le  royaume  de  Naples,  où  sa  pré- 
sence était  plus  que  jamais  nécessaire  pour  contrebalancer  les 
influences  exercées  contre  lui  sur  l'esprit  de  Jeanne  II.  Cela 
n'empêclia  pas  ce  souverain  de  donner  une  nouvelle  preuve  de 
son  estime  pour  son  noble  et  excellent  conseiller  et  fidèle  aimé . 
Celui-ci  lui  avait  transmis  une  supplique,  exposant  qu'il  avait  à 
peu  près  terminé  la  perception  des  quinze  cents  florins  à  lui  alloués 
par  les  lettres  patentes  du  4  juin  1427  sur  le  château  de 
Séderon  et  que,  d'autre  part,  il  avait  à  faire  des  dépenses  et  à 
supporter  diverses  charges  pour  son  séjour  en  Provence.  Aussi, 
le  roi,  pour  lui  permettre  de  vivre  selon  sa  condition  et  pour  le 
récompenser  des  longs  services  qu'il  en  avait  déjà  reçus,  lui 
accorda- t-il,  le  27  octobre  1432,  la  jouissance  viagère  de  tous 
les  droits  et  profits  attachés  à  la  possession  de  la  seigneurie  de 
Séderon,  avec  pouvoir  de  nommer  chaque  année  le  châtelain, 
bayle  ou  capitaine  et  le  notaire,  de  retenir  à  son  profit  tous  les 
revenus,  d'exercer  la  juridiction  au  civil  et  au  criminel,  etc.^. 

Pour  comble  de  faveur  (il  est  vrai  qu'Antoine  avait  réclamé 

1.  Séances  des  16  octobre  1429  (fol.  96  v)  et  27  janvier  1430  (fol.  106  v). 

2.  Séance  du  5  mars  1430  (fol.  110).  —  Il  est  curieux  de  remarquer  qu'on 
dut  faire  venir  le  bourreau  d'Avignon  pour  jouer  son  rôle  dans  la  Passion 
(Arcli.  mun.  d'Arles,  CC  148). 

3.  «  Causantibus  variis  expensis  et  oneribus  quas  ipsum  in  patria  nostra  Pro- 
vincie  residenliam  faciendo  subire  opporlet  »  (J.  Nève,  p.  200,  Pièce 
jusl.  n"  VI). 

4.  J.  Nève,  p.  259,  Pièce  jusl.  n"  VI. 


NOCVEAUX   DOCCMRPJTS   SUR   SA    VIE.  '  79 

davantage*  en  qualité  de  créancier  des  trente-six  mille  ducats  dus 
à  son  père),  le  même  jour,  Louis  III  d'Anjou  fit  remise  d'une 
double  dette,  l'une  de  trente  ducats,  l'autre  de  vingt-cinq  florins, 
qu'il  avait  contractée  envers  Poncet  de  Rousset.  Les  biens  de  ce 
dernier  avaient  été  en  efi'et  confisqués  au  profit  du  fisc  royal 
pour  crime  de  rébellion  2, 

Ces  largesses  ne  furent  pas  sans  occasionner  quelque  embar- 
ras au  bénéficiaire.  Une  ordonnance  royale  avait  jadis  défendu 
d'enregistrer  et  de  mettre  à  exécution  les  lettres  patentes  qui 
n'avaient  pas  été  présentées  dans  les  quatre  mois  après  leur  con- 
cession. Comment  Antoine  de  la  Salle  ne  put-il  se  conformer  à 
cette  prescription 2?  On  ne  sait;  toujours  est-il  que  les  délais 
réglementaires  étant  expirés,  il  se  heurta  au  refus  des  maîtres 
rationaux  de  la  cour  d'Aix  pour  l'enregistrement  de  ses  titres.  Il 
lui  fallut  obtenir  du  lieutenant  général  du  roi  en  Provence  des 
lettres  spéciales,  dérogeant  à  l'ordonnance,  pour  la  reconnais- 
sance des  droits  et  privilèges  dont  il  avait  été  gratifié  (4  avril 
1433)^. 

En  cette  même  année  1433,  il  fut  engagé  dans  des  négocia- 
tions assez  délicates.  La  lutte  entre  le  pape  Eugène  IV  et  le  con- 
cile de  Bàle  avait  sa  répercussion  dans  le  comlé  Venaissin.  A  la 
mort  de  François  de  Couzié,  légat  d'Avignon  (31  décembre 
1431),  le  pape  avait  désigné  pour  lui  succéder  Marc  Condul- 
mier.  Mais  les  Avignonais  et  les  Comtadins  s'étaient  soulevés 
contre  lui  et  avaient  fait  appel  au  concile  de  Bàle.  Les  Pères  du 
synode,  sans  même  en  référer  au  souverain  pontife,  avaient 
nommé  un  nouveau  légat,  Alphonse  Carillo  (22  juin  1432). 
Celui-ci  était  venu  en  Avignon,  avait  chassé  le  représentant  du 
pape  et  s'était  fait  reconnaître  comme  gouverneur  de  tout  le  pays. 
Mais  Eugène  IV,  abandonnant  Condulmier,  avait  déjà  confié  au 
cardinal  Pierre  de  Foix  la  mission  de  lui  reconquérir  ses  Etats 
français.  Le  cardinal  avait  accepté  et  réclamé  le  secours  de 
son  frère,  le  comte  Jean,  qui  était  accouru  avec  une  armée 
pour  mettre  les  révoltés  à  la  raison.  Ceux-ci  s'étaient  mis  en  état 
de  défense,  avaient  même  appelé  le  chef  de  routiers,  Rodrigue  de 

1.  «  Apud  celsiludineni  suam  majora  vendicaiiti,  »  rapporte  le  roi  René  dans 
ses  lettres  patentes  du  16  décembre  1436,  citées  ci-après. 

2.  Document  n"  IV. 

3.  Le  rédacteur  du  document  prétend  qu'il  l'ignorait. 

4.  Document  n"  V. 


80  ANTOINE    DE    LA    SALLE. 

Villandrando,  et  ses  compagnies  de  brigands,  et  avaient  garni  de 
troupes  leurs  villes  et  châteaux  forts.  Ils  n'avaient  pas  réussi, 
cependant,  à  arrêter  la  marche  victorieuse  du  cardinal  et  du 
comte  de  Foix,  qui,  après  avoir  traversé  le  Comtat,  occupé  Gar- 
pentras  (12  mai  1433),  Sorgues  et  d'autres  localités,  étaient  arri- 
vés devant  Avignon  (15  mai),  dont  ils  poussèrent  si  vigoureu- 
sement le  siège  qu'ils  y  entrèrent  le  8  juillet  suivant  ' . 

Les  capitaines  qui  occupaient  les  forteresses  comtadines, 
terrifiés  de  ces  succès,  abandonnés  par  Villandrando,  n'avaient 
plus  qu'une  ressource  :  traiter  avec  le  vainqueur.  C'est  à  quoi  se 
résolut  le  capitaine  de  Vaison^  Luquin  Ricci  ou  Ris^;  il  eut 
recours,  pour  se  soumettre  et  se  recommander  au  cardinal,  à 
Antoine  de  la  Salle  et  à  Berthold  de  Baschi.  Ceux-ci  vinrent 
trouver  Pierre  de  Foix  au  château  de  Fargues-*,  où  il  avait  éta- 
bli son  quartier  général  pour  le  siège  d'Avignon,  et  là  ils  débat- 
tirent les  conditions  de  la  reddition  de  Vaison.  Le  traité  fut  con- 
clu, le  G  juillet  1433,  en  présence  de  Tanneguj  duChâtel,  prévôt 
de  Paris ^;  de  Foulques  d'Agout,  seigneur  de  Mison;  de  Jean 


1.  Pour  toute  cette  guerre,  cf.  Quicherat,  Rodrigue  de  Villandrando,  p.  94 
et  suiv.;  Histoire  générale  de  Languedoc  (2°  éd.),  t.  IX,  p.  1114  et  suiv.; 
comte  F.  de  Grailly,  Révolte  des  Avignonais  et  des  Comtadins  contre  le  pape 
Eugène  IV  et  leur  soumission  par  le  légat  Pierre  de  Foix,  dans  les  Mémoires 
de  l'Académie  de  Vaucluse,  t.  XVI,  p.  324;  L.-H.  Labande  et  H.  Requin,  Tes- 
tament du  cardinal  Pierre  de  Foix,  dans  le  Bulletin  historique  et  philolo- 
gique, 1899,  p.  274. 

2.  Les  détails  qui  suivent  n'ont  encore  été  connus  d'aucun  historien  de  la 
ville  de  Vaison  ou  du  comté  Venaissin. 

3.  Les  Ricci,  apparentés  à  la  grande  famille  florentine  de  ce  nom,  étaient 
établis  à  Avignon  dès  la  seconde  moitié  du  xiv"  siècle.  Georges  Ricci,  d'Asti, 
fut  enseveli  en  1400  à  Avignon  dans  la  chapelle  fondée  par  lui  dans  le  cloître 
des  Cordeliers  (Bibl.  d'Avignon,  ms.  33G5,  fol.  85).  François  Ricci,  damoiseau 
d'Avignon,  reçut  pour  lui  et  sa  famille  des  privilèges  de  Martin  V  à  cause  de 
sa  fidélité  à  l'Église  romaine,  le  26  avril  1418  [Idem,  fol.  16).  C'était  sans 
doute  le  père  de  Luquin  Ricci.  Celui-ci  avait  pour  frères  Bernard  et  Mathieu 
Ricci  (cf.  Document  n°  VI)  ;  Mathieu  devint  un  très  gros  personnage  à  Avignon 
auprès  du  cardinal  Pierre  de  Foix.  Seigneur  de  Vedène  et  de  Saint -Satur- 
nin d'Avignon,  il  obtint,  le  22  mai  1441,  l'inféodalion  de  la  bastide  de  Fargues 
(ms.  3365,  fol.  281).  — Des  Ricci  se  trouvèrent  non  seulement  à  Avignon,  mais 
encore  à  Lagnes,  Apt  et  dans  diverses  localités  de  la  Provence. 

4.  Sur  le  territoire  d'Avignon,  entre  les  hameaux  du  Pontet  et  de  Moulfavel. 

5.  Qui  avait  combattu  en  Italie  (1409-1410)  pour  le  compte  de  Louis  II  d'An- 
jou et  qui,  par  conséquent,  avait  déjà  d'anciennes  relations  avec  Antoine  de  la 
Salle.  Il  fui  plus  tard  sénéchal  de  Provence. 


NOUVEAUX   DOCUMENTS   SUR   SA   VIE.  8^ 

Dupuis,  prévôt  de  Carpentras  et  de  Digne,  trésorier  du  comté 
Venaissin  (Antoine  de  la  Salle  s'était  déjà  rencontré  avec  lui 
en  Italie)  S  etc.  Les  représentants  de  Luquin  Ricci  furent  même 
assez  heureux  pour  lui  obtenir  un  traitement  des  plus  favo- 
rables ^ 

Je  ne  quitterai  pas  ce  sujet  sans  faire  observer  que  deux  ou 
trois  ans  après  se  trouvait  en  Avignon  toute  une  famille  noble  de 
la  Salle  \  originaire  du  diocèse  d'Oloron,  et  qui  pouvait  appartenir 
à  la  parenté  paternelle  d'Antoine^  :  c'était  le  damoiseau  Pierre 
de  la  Salle ^,  c'étaient  les  frères  Gaillard^,  Bertrand  ou  Bertra- 
net'  et  Verdolet  de  la  Salle^,  c'était  encore  Jean  de  la  Salle ^  Ils 
étaient  attirés  par  ce  grand  centre  commercial  qu'était  alors 
Avignon,  ville  cosmopolite  au  possible  depuis  le  séjour  des  papes. 
Plus  tard  encore,  on  verra  arriver  de  Chiers  ou  Chieri*",  près  de 
Turin ,  des  personnages  portant  encore  le  même  nom ,  mais 
n'ayant  aucun  rapport  de  parenté  avec  les  précédents  ;  ils  fonde- 
ront à  Avignon  et  dans  le  Comtat  cette  famille  des  la  Salle,  sei- 


1.  A  Aversa,  le  l"''  septembre  1423  (Pilhon-Curt,  op.  cit.,  l.  III,  p.  218).  Il 
était  déjà  trésorier  du  Comtat  en  1426  (Arch.  de  la  ville  d'Avignon, 
boîte  10,  E  5).  Peut-être  était-il  parent  de  Jean  Du|)uis,  le  viguier  d'Arles,  pré- 
décesseur d'Antoine. 

2.  Document  n"  VI. 

3.  Il  y  eut  même  plus  tôt  des  la  Salle  à  Avignon  :  un  Pierre  de  la  Salle  (de 
Aula)  était  clavaire  de  l'évoque  d'Avignon  de  1325  à  1335  (Arch.  dép.  de  Vau- 
cluse,  G  9,  fol.  351  V);  en  1408,  on  a  signalé  le  mariage  de  Marthe  de  la  Salle 
avec  Dragonet  de  Merles  (comte  E.  de  Balincourt,  Deux  livres  de  raison  du 
XV°  siècle.  Les  Merles  de  Beauchamps,  p.  8). 

4.  Bien  qu'ils  ne  soient  pas  nommés  dans  son  testament. 

5.  Brèves  du  notaire  Jacques  Girardi  (étude  de  M°  de  Beaulieu,  d'Avignon), 
aux  dates  des  6  janvier,  3  février,  28  mars,  7  seplembre^  5  novembre  1436; 
12,  14  et  20  février,  16  et  20  mai  1438,  etc. 

6.  Idem,  aux  dates  des  7  et  10  septembre,  4  octobre  1436;  20  et  24  février, 
19  et  20  mai  1438,  etc. 

7.  Idem,  aux  dates  des  9  novembre  1436,  22  janvier,  6,  12  et  28  février, 
1"3  et  28  mars,  3  et  18  avril,  20  mai,  7  août,  1"  octobre  1438,  etc. 

8.  Idem,  aux  dates  des  31  janvier,  6  février,  18  mars,  16  mai,  4  juin, 
10  octobre  1438,  etc. 

9.  Idem,  aux  dates  des  19  et  20  février,  2  et  4  avril,  19  mai,  12,  16  et 
18  septembre,  5  et  17  décembre  1438,  etc. 

10.  Ce  lieu  d'origine  ne  fait  aucun  doute.  Jean  de  la  Salle,  dans  son  testa- 
ment du  30  juillet  1517,  s'intitule  :  «  Johannes  de  la  Sale,  de  Cherio,  diocesis 
Thaurinensis,  civis  et  habitator  Avinionis  »  (Bibl.  de  Carpentras,  ms.  1169, 
p.  234). 

-1904  6 


82  ANTOINE   DE   LA    SALLE. 

gneurs  de  la  Garde  à  Bédarrides*.  Le  premier,  qu'on  a  supposé^, 
sans  preuves  d'ailleurs,  être  le  petit-fils  d'Antoine  le  littérateur, 
fut  Jean  de  la  Salle,  né  vers  1447,  fils  de  Laurent  et  de  Jaco- 
bine de  la  Salle  ;  il  laissa  ses  parents  en  Piémont  et  vint  à  Avi- 
gnon dès  1479 '^  apprendre  le  métier  de  banquier,  qui  lui  procura 
une  très  grosse  fortune^.  Il  y  fut  rejoint  quelque  temps  après  par 
son  frère,  Jean-Albert,  qui,  moins  heureux,  dut  reprendre  vite  le 
chemin  de  l'Italie^  Jean  eut  six  enfants'',  dont  la  postérité  mas- 
culine ne  s'éteignit  qu'après  plusieurs  générations. 

Les  familles  la  Salle,  au  xv"  siècle,  étaient  nombreuses,  et  il 
serait,  je  crois,  téméraire  d'essayer  de  les  i^attacher  les  unes  aux 
autres.  C'est  à  une  de  ces  familles,  difierentes  de  toutes  celles 
que  je  viens  de  mentionner,  qu'appartint  Jean  de  la  Salle,  maître 
d'hôtel  du  roi  René,  sur  lequel  on  a  publié  plusieurs  pièces 
d'archives''',  non  sans  intention  de  le  rattacher  par  quelque  lien 
à  Antoine. 


Le  premier  document  qui  ait  été  jusqu'ici  signalé  sur  Antoine 
de  la  Salle  après  1433  est  une  charte  du  roi  René,  en  date  du 
16  décembre  1436,  qui  révèle  de  notables  changements  dans  la 
condition  de  notre  personnage.  Jusqu'ici  il  n'avait  été  désigné 

1.  El  non,  comme  tous  les  auteurs  l'ont  imprimé  depuis  Pilhon-Curt,  co-sei- 
gneurs  de  la  Garde-Paréol  et  de  Bédarrides.  —  Le  fief  de  la  Garde,  sis  à 
Bédarrides,  a  été  acquis  par  Jean  de  la  Salle  les  9,  11  et  14  décembre  1500 
{Idem,  ibidem,  p.  215  et  suiv.).  —  Bédarrides,  ch.-l.  de  cant.  de  l'arr.  d'Avignon. 

2.  Pilhon-Curt,  t.  III,  p.  218;  reproduit  par  J.  Nève,  p.  272. 

3.  Bibl.  de  Carpentras,  ms.  1169,  p.  203  et  suiv.  —  Jacobine  de  la  Salle, 
habitant  Chieri,  est  cilée  dans  le  testament  de  son  fils  Jean.  Celui-ci  lui  laissa 
l'usufruit  des  biens  qu'il  possédait  encore  en  cette  localité. 

4.  Idem,  ibidem,  p.  210  et  212. 

5.  Il  acquit  de  très  nombreux  immeubles  à  Avignon  (entre  autres  la  livrée 
du  cardinal  de  Florence),  à  Bédarrides  et  à  Sarrians.  Le  marquis  de  Forlia 
d'Urban  a  fait  le  relevé  de  tous  ses  achats  dans  le  ms.  1169  de  Carpentras, 
p.  212  à  233. 

6.  Laurent,  doyen  de  l'église  de  Villeneuve-lez-Avignon  et  chanoine  d'Avi- 
gnon, mort  en  1569;  Clément  P"',  seigneur  de  la  Garde,  qui  testa  en  1550; 
Jean,  mort  jeune,  après  1526;  Marie,  qui  épousa,  en  1523,  Sébastien  de  Blé- 
giers,  vice-recleur  du  Comlat  ;  Marguerite,  qui  épousa,  en  1536,  Gabriel  de 
Seguins,  seigneur  des  Baumettes,  et  enfin  Françoise,  qui  se  maria  en  1534  avec 
Jean  de  Lopis. 

7.  J.  Nève,  p.  19  et  208.  —  Il  existe  encore  sur  lui  d'autres  actes  aux  archives 
des  Bouches-du-Rhône,  série  B. 


NOUVEAUX   DOCUMENTS   SUR   SA    VIE.  83 

qu'avec  les  qualificatifs  de  fidèle,  d'écuyer  d'écurie,  de  familier, 
de  conseiller  du  roi  ;  maintenant  le  voici  attaché  à  la  personne  du 
fils  aîné  de  René  d'Anjou  comme  précepteur  ou  gouverneur.  De 
plus,  il  est  marié. 

Pour  expliquer  dans  quelle  situation  il  se  trouvait  et  au  milieu 
de  quels  événements  sa  vie  s'accomplissait,  il  est  nécessaire  d'en- 
trer dans  quelques  détails  historiques. 

Le  12  novembre  1434,  le  roi  Louis  III  mourait  à  Gosenza 
sans  enfants.  Son  héritier  était  celui  qu'on  a  appelé  plus  tard  le 
bon  roi  René,  son  frère,  duc  de  Bar  et  de  Lorraine.  Il  fut 
reconnu  comme  tel  par  Jeanne  II,  reine  de  Naples,  qui,  elle  à 
son  tour,  décéda  le  2  février  1435.  Par  malheur,  René,  à  la  suite 
des  compétitions  d'Antoine  de  Vaudémont  sur  la  Lorraine,  com- 
pétitions soutenues  par  Pliilippe  le  Bon,  duc  de  Bourgogne,  à  la 
suite  également  d'une  campagne  désastreuse  qui  s'était  terminée 
par  la  défaite  de  Bulgnéville  (2  juillet  1431),  se  trouvait  prison- 
nier à  Dijon  et  par  conséquent  dans  l'impossibilité  d'aller  recueil- 
lir son  héritage  en  Anjou,  Provence  et  Italie.  Cependant,  le 
30  avril  1432,  après  la  signature  d'un  accord  avec  le  duc  de 
Bourgogne,  il  avait  été  mis  en  liberté  provisoire  ;  mais  il  avait 
dû  laisser  entre  les  mains  de  son  geôlier  ses  deux  fils,  Jean  et 
Louise  L'aîné  de  ces  enfants,  celui  qu'Antoine  de  la  Salle  eut 
plus  tard  à  prendre  sous  sa  direction,  était  né  le  2  août  1426  2; 
l'autre  était  de  quatorze  mois  plus  jeune'-.  Quand,  sur  l'ordre  de 
son  implacable  ennemi  (25  décembre  1434),  René  était  revenu  à 
Dijon  se  constituer  prisonnier,  il  n'avait  pas  réussi  à  obtenir  la 
libération  de  ses  deux  fils.  Le  cadet,  cependant,  put  être  enlevé 
assez  tôt  au  duc  de  Bourgogne  pour  être  embarqué  à  la  fin  de 
l'été  suivant  avec  sa  mère,  Isabelle  de  Lorraine,  qui,  avec  la 
procuration  de  son  mari 3,  se  hâtait  de  gagner  le  royaume  de 
Naples  ;  mais  Jean  d'Anjou  ne  fut  délivré  que  le  28  octobre  1435 
et  mis  immédiatement  en  lieu  sûr^. 

N'est-ce  pas  dans  ces  circonstances  que  l'on  donna  à  Antoine 
de  la  Salle  la  mission   délicate   et   périlleuse   de  veiller   sur 

1.  Lecoy  de  la  Marche,  Le  Roi  René,  t.  I,  p.  96  et  97. 

2.  Idem,  t.  I,  p.  433.  —  A  la  p.  67,  le  même  auteur  avait  donné  la  date 
de  1427. 

3.  Du  4  juin  1435  (Lecoy  de  la  Marche,  t.  I,  p.  114).  —  L'acte  fut  passé  à 
Dijon,  où  Isabelle  de  Lorraine  reprit  sans  doute  son  fils. 

4.  Lecoy  de  la  Marche,  t.  I,  p.  117, 


84  ANTOINE    DE    LA    SALLE. 

lui*?  Les  documents  font,  hélas!  défaut,  qui  permettraient  d'élu- 
cider ce  point  d'histoire.  Toujours  est-il  que  le  roi  René,  à  peine 
sorti  définitivement  de  prison  (il  fut  relâché  le  8  novembre  1436), 
malgré  toutes  les  préoccupations  que  lui  imposaient  le  traité  à 
conclure  avec  son  ennemi  et  la  réorganisation  de  ses  États,  crut 
devoir  témoigner  de  sa  reconnaissance  envers  celui  qui  avait  eu 
la  garde  de  son  fils  aîné.  Antoine  de  la  Salle  avait  eu  soin  d'ail- 
leurs de  lui  faire  tenir  une  supplique,  par  laquelle  il  lui  rappelait 
qu'il  avait  obtenu  de  son  frère  Louis  III  la  jouissance  du  château 
de  Séderon  et  que  le  trésor  des  rois  de  Sicile  lui  était  toujours 
redevable  des  nombreux  milliers  de  florins  avancés  par  son  père. 
Il  demandait  donc,  si  le  roi  avait  ses  services  pour  agréables, 
qu'on  lui  confirmât  la  jouissance  de  Séderon,  non  seulement  pour 
lui,  mais  encore  pour  sa  femme  et  le  premier  fils  qu'il  aurait. 
Cette  supplique  l'ut  agréée  par  René,  qui  ne  manqua  pas  de 
mettre  en  avant,  comme  justification  de  sa  faveur,  les  «  fructuosa 
servitia  »  rendus  par  Antoine  à  lui  et  à  son  fils  aîné.  Il  lui 
imposa  cependant  l'obligation  de  dépenser,  dans  les  dix-huit 
années  suivantes,  la  somme  de  douze  cents  florins  pour  la  cons- 
truction de  la  tour  du  château  (Lille,  10  décembre  1436)  ^ 

Cette  fois  encore,  Antoine  de  la  Salle  fut  retenu  par  divers 
empêchements  occasionnés  par  son  office  auprès  du  duc  de 
Calabre,  Jean  d'Anjou  ^  et  ne  se  trouva  pas  en  mesure  de  pré- 
senter ses  lettres  patentes  à  la  Cour  des  comptes  d'Aix  pour  leur 
enregistrement  et  leur  reconnaissance  dans  les  délais  légaux.  Le 
bon  roi  René,  sur  sa  demande,  intervint  pour  que  ce  retard  ne 
pût  lui  être  dommageable  et  ordonna  aux  archivistes  d'Aix  de 
les  enregistrer  même  après  le  temps  réglementaire  (16  sep- 
tembre 1437)''. 

L'acte  du  16  décembre  1436  est  le  premier  qui  fasse  men- 
tion de  son  mariage.  Avant  sa  publication  récente  par  M.  Nève, 
les  historiens  et  critiques  avaient  été  unanimes  pour  affirmer 

1-  Le  comte  de  Qualrebarbes,  qui  a  publié  les  Œuvres  complètes  du  roi 
René,  indique  (t.  1,  p.  xliv)  comme  premiers  éducateurs,  précepteurs  ou  gou- 
verneurs de  Jean  d'Anjou,  Henri  de  Ville,  évêque  de  Toul,  et  Jean  Manget, 
doyen  de  Sainl-Dié  et  auteur  du  Maistre  des  sentances,  —  Cf.  aussi  à  ce  sujet 
A.  Lecoy  de  la  Marche,  t.  II,  p.  176. 

2.  J.  Nève,  p.  263,  Pièce  just.  a°  VII. 

3.  11  reçut  le  titre  de  duc  de  Calabre  quand  il  se  maria  (2  avril  1437). 

4.  Document  n°  VII. 


NOUVEAUX    DOCUMENTS   SUR   SA   VIE.  85 

qu'Antoine  de  la  Salle,  réputé  auteur  des  Quinze  joies  de 
mariage,  était  resté  célibataire*.  Et  pourtant  les  derniers 
auteurs  avaient  eu  connaissance  d'une  lettre  adressée  par  lui  à 
un  religieux  qu'il  félicitait  d'avoir  quitté  nouvellement  le  monde  ; 
il  l'avisait  encore  «  que,  si  mon  eage  le  peust.  porter  et  je  ne 
fusse  en  maryage  obligié,  a  l'aide  de  Dieu,  de  Notre  Dame  », 
etc.,  «tu  me  serois  example  de  ma  très  perileuse  vie  amendera  » 
Ce  texte  très  clairet  ne  prêtant  aucunement  à  l'ambiguïté,  avait 
été  écarté  ;  maintenant,  on  ne  pourra  plus  le  faire,  car  les  preuves 
abondent  du  mariage  de  notre  littérateur. 

Ce  mariage  doit  se  placer  entre  le  27  octobre  1432,  date  de  la 
concession  viagère  de  Séderon  pour  Antoine  seul,  et  le  16  décembre 
1436,  date  de  l'acte  ci-dessus  analysé.  Je  serais  assez  porté  à  le 
fixer  très  près  du  16  décembre  1436,  car,  une  fois  marié,  Antoine 
s'est  probablement  hâté  d'assurer  à  sa  femme  la  jouissance  d'un 
domaine  qui  lui  permettait  une  existence  en  rapport  avec  son  état. 

Le  nom  de  l'épousée  n'est  pas  indiqué  dans  les  premières 
lettres  patentes  du  roi  René,  et  M.  Nève,  le  plus  récent  historien 
de  la  Salle,  ne  paraît  pas  l'avoir  connu.  Il  est  donné  tout  au 
long  dans  l'acte  de  vente  de  Séderon  à  Pierre  de  Mévouillon,  le 
20  octobre  1439  :  Nobilis  et  egregia  domicella  domina  Lyon 
de  la  Sellana  de  Brusa  ^.  René  d'Anjou,  dans  ses  lettres  patentes 
du  5  décembre  1439,  confirmatives  de  cet  acte  de  vente,  se  con- 
tente de  l'appeler  :  nobilis  domicelle  Leone  de  la  Brossa*. 
Il  est  encore  question  d'elle  dans  des  lettres  du  5  août  1441 ,  sur 
lesquelles  il  y  aura  lieu  de  revenir;  elle  n'y  est  désignée  que  par 
ces  mots  :  nobili  domicelle  Liane,  iixori  magnifîci  Anthonii 
de  Sala^;  mais,  par  contre,  on  y  apprend  que  le  roi  René  lui 
avait  constitué  une  dot  de  mille  florins. 

1.  Cf.  notamment  G.  Paris,  Légendes  du  moyen  âge,  p.  68.  —  L'auteur  des 
Quinze  joies  se  dit  en  eflet  célibataire. 

2.  Cette  lettre,  signalée  par  M.  Sôderhjelm,  p.  104,  n.  1,  a  été  publiée  par 
M.  J.  Nève,  p.  223.  Elle  n'est  pas  datée.  —  Voici  ce  qu'en  écrivait 
M.  Sôderhjelm  :  «  Si  cette  lettre  est  de  notre  auteur,  elle  donne  un  renseigne- 
ment biographique  d'assez  grande  importance;  l'auteur  y  dit  que,  s'il  n'était 
pas  marié,  il  suivrait  l'exemple  de  son  ami.  Or,  nous  ne  savons  rien  sur  le 
mariage  d'Antoine,  mais  sa  vie  inconstante  et  ses  écrits  portent  plutôt  à  croire 
qu'il  était  libre.  » 

3.  Document  n"  X. 

4.  Arch.  des  Bouches-du-Rhône,  B  12,  fol.  11  v°. 

5.  Document  n°  XII. 


86  ANTOI\E    DE    LA    SALLE. 

Ces  indications,  malheureusement,  ne  sont  pas  suffisantes  pour 
faire  connaître  la  date  et  les  circonstances  du  mariage.  Même  la 
famille  de  cette  Lionne  de  la  Sellana  de  Brussa  reste  encore  une 
énigme  pour  notre  curiosité. 

L'union,  que  je  viens  de  retracer,  paraît  avoir  été  stérile. 
Aucun  document,  en  effet,  ne  fait  connaître  d'enfant  qui  en  soit 
issu.  Le  testament  qu'Antoine  rédigea  en  1438  n'en  mentionne 
aucun  ;  chose  curieuse,  en  prenant  ses  dispositions  dernières,  il 
ne  prévit  même  pas  le  cas  où  il  laisserait  d'héritier  direct  né  ou  à 
naître.  On  est  donc  fondé  à  croire  qu'au  moins  les  premières 
années  du  mariage  de  notre  littérateur  ont  été  infécondes. 

Voici  donc  Antoine  de  la  Salle  marié  et  chargé  de  la  garde, 
sinon  déjà  de  l'éducation  de  Jean  d'Anjou,  fils  aîné  du  roi  de 
Sicile.  Lorsque  René  lui  octroya  les  lettres  patentes  du 
16  décembre  1436,  il  devait  se  trouver  à  Dijon,  où  Jean  d'Anjou 
avait  été  livré  en  otage  au  duc  de  Bourgogne,  pour  garantir  l'exé- 
cution du  traité  mettant  son  père  en  libertés  Sa  détention  ne 
fut  pas  de  longue  durée  :  le  6  février  1437,  Philippe  le  Bon 
offrait  de  le  rendre  sous  certaines  conditions ^  D'ailleurs,  trois 
jours  auparavant,  le  même  duc  de  Bourgogne  était  intervenu 
pour  faire  conclure  le  traité  de  son  mariage  avec  sa  nièce,  Marie 
de  Bourbon^. 

Antoine  et  lui  furent  donc  en  mesure  d'accompagner  René, 
lorsque  celui-ci  alla  prendre  possession  de  son  duché  d'Anjou  et 
faire  son  entrée  solennelle  à.  Angers.  C'est  là  que,  le  2  avril 
1437,  fut  célébré  le  mariage  du  jeune  duc  de  Calabre,  alors  dans 
sa  onzième  année  4.  Toute  la  cour  du  roi  de  Sicile  le  suivit  encore 
lorsque,  avec  les  ducs  de  Bourbon  et  d'Alençon,  il  alla  rendre 
visite  au  duc  de  Bretagne,  puis  se  rendit  à  Gien  auprès  de 
Charles  VIL'  (juillet-août  1437).  Au  mois  de  septembre  suivants 
René  et  son  fils  aîné,  celui-ci  avec  sa  femme  et  son  précepteur, 
avaient  quitté  l'Anjou  pour  la  Provence,  où  des  fêtes  magni- 
fiques les  attendaient  à  Arles,  Aix  et  Marseille ^  Mais  l'affection 

1.  A.  Lecoy  de  la  Marche,  t.  I,  p.  121. 

2.  Idem,  t.  I,  p.  125. 

3.  Idem,  t.  I,  p.  123,  124.  —  Elle  était  fille  de  Charles  P',  duc  de  Bourbon, 
et  d'Agnès  de  Bourgogne.  Elle  mourut  en  1488. 

4.  Idem,  t.  I,  p.  130. 

5.  Idem,  t.  I,  p.  131. 

6.  Cf.  Document  n°  VII. 

7.  Lecoy  de  la  Marche,  t.  1,  p.  134. 


Nouveaux  documents  sur  sa  vie.  87 

que  lui  témoignaient  ses  nouveaux  sujets  n'empêchait  pas  le  bon  roi 
de  presser  ses  préparatifs  pour  aller  retrouver  à  Naples  sa  femme 
et  son  deuxième  fils,  et  défendre  son  royaume  contre  les  attaques 
d'Alphonse  V  d'Aragon.  Enfin,  le  12  avril  1438,  il  mit  à  la 
voile  ;  trois  jours  après,  il  était  à  Gênes,  où  il  était  reçu  avec  les 
plus  grands  honneurs  ;  il  en  repartit  le  26  du  même  mois  et  le 

19  mai,  aux  acclamations  de  son  peuple,  il  débarquait  à  Naples 
avec  ses  compagnons  de  voyage  ^ 

Avant  de  prendre  la  mer  à  Marseille,  Antoine  de  la  Salle, 
aymii  à  songer  à  l'avenir  et  prévoyant  le  cas  où  il  succomberait 
pendant  le  voyage,  dicta  son  testament  à  un  notaire  de  Mar- 
seille, Jean  d'Escalis,  le  30  mars  1438  ^  Il  ne  faisait  en  cela  que 
se  conformer  à  un  usage  assez  général  et  nombre  de  ses  com- 
pagnons de  route  s'étaient  crus  obbgésde  l'imiter  3.  Remarquons 
avec  étonnement  que,  dans  cet  acte,  il  ne  donne  même  pas 
une  mention  à  sa  femme,  qui,  pourtant,  devait  le  suivre  outre- 
mer^. Après  avoir  recommandé  son  âme  à  Dieu  et  à  la  Vierge,  il 
laissa  le  soin  de  ses  funérailles  et  de  sa  sépulture  à  ses  héritiers 
et  exécuteurs  testamentaires;  puis  il  ordonna  de  payer  toutes  ses 
dettes,  dont  il  avait  remis  une  note  autographe  à  son  procureur 
général,  Paul  de  Laing-',  sur  les  revenus  du  péage  de  Séderon  et 
de  ses  autres  rentes  ou  biens.  Le  reste  serait  partagé  en  quatre 
parties  ;  l'une  servirait  à  la  création  d'un  hôpital  ou  d'un  cime- 
tière près  de  l'église  de  l'Annonciation  à  Séderon,  au  choix  de 

1.  Lecoy  de  la  Marche,  t.  I,  p.  165,  166. 

2.  Une  fausse  indication  donnée  par  le  Catalogue  des  manuscrits  de  la 
Bibliothèque  de  Carpentras  avait  fait  chercher  jusqu'ici  ce  testament  dans  les 
minutes  d'un  problématique  M°  Jacques  Caradet,  notaire  marseillais,  où  natu- 
rellement on  ne  l'avait  pas  trouvé  (cf.  J.  Nève,  p.  39,  note).  Il  est  publié 
ci-après,  Document  n"  VIII,  en  provençal  (minute)  et  en  latin  (texte  définitif). 

3.  Tel  Balthasar  de  Gérente,  seigneur  de  Monclar  et  maître  d'hôtel  du  roi 
René,  témoin  du  testament  d'Antoine  de  la  Salle;  il  testa  lui  aussi  le  9  juin 
1438  (cf.  Artefeuil,  Histoire  héroïque  de  la  noblesse  de  Provence,  t.  I,  p.  474). 
—  Le  roi  René  lui-même  ne  prit  pas  cette  fois  ses  dernières  dispositions,  mais 
il  les  dicta  le  29  juin  1453,  avant  de  partir  pour  une  nouvelle  expédition 
(A.  Lecoy  de  la  Marche,  t.  I,  p.  273). 

4.  Elle  comparaîtra  dans  l'acte  de  vente  de  la  seigneurie  de  Séderon,  passé  le 

20  janvier  1439  à  Naples,  dans  la  maison  d'Antoine  de  la  Salle. 

5.  La  procuration  qu'Antoine  de  la  Salle  lui  avait  remise  concernait  ses 
biens  des  comtés  de  Provence,  de  Forcalquier  et  Venaissin,  ce  qui  prouve 
qu'il  avait  conservé  au  moins  quelques  immeubles  ou  rentes  dans  les  États 
pontificaux  de  France. 


88  ANTOINE   DE   LA    SALLE. 

ses  héritiers  et  exécuteurs  testamentaires  ;  la  seconde,  à  la  dota- 
tion de  quatre  pauvres  filles  orphelines  venant  se  fixer  à  Séde- 
ron  ;  la  troisième,  à  la  fondation  d'une  messe  basse  quotidienne  en 
la  même  église  de  Séderon  et  d'un  service  anniversaire  annuel 
pour  le  repos  de  son  âme  et  l'expiation  de  ses  péchés;  enfin,  la 
dernière  était  laissée  à  ses  exécuteurs  testamentaires  pour  le 
paiement  de  leurs  frais.  Si  les  revenus,  dont  il  disposait  ainsi, 
n'étaient  pas  assez  importants,  ils  seraient  complétés  par  le  pro- 
duit de  la  vente  d'immeubles.  Il  légua  ensuite  la  maison  qu'il 
avait  fait  bâtir  dans  le  bourg  de  Séderon  et  tous  ses  autres  biens 
meubles,  tels  que  livres,  armures,  mobilier,  vaisselle  d'étain, 
arbalètes,  bombardes,  etc.,  par  égales  parts  à  ses  vieux  servi- 
teurs, Adam  de  Montreuil,  devenu  fourrier  du  duc  de  Calabre, 
Paul  de  Laing  et  Gaston  Maître,  ce  dernier  d'Arles.  Enfin,  il 
institua  pour  légataires  universels  de  ses  autres  immeubles,  tels 
que  le  i\Ias-Blanc  et  la  tour  de  Canilhac,  et  de  tous  ses  droits, 
privilèges,  actions  et  créances,  sa  plus  proche  parente,  Guiote 
Flamenc',  dame  de  Saint-Georges,  et  son  mari,  Antoine  Alle- 
mand 2.  Dans  le  cas  où  ces  derniers  ne  laisseraient  pas  d'héritiers 
directs,  il  leur  substituait  pour  une  moitié  Bertrand  de  Bayon», 
mari  d'une  cousine  à  lui,  et  leurs  trois  enfants,  Jean,  Anne  et 
Honorât,  et  pour  l'autre  moitié  son  cousin,  Antoine  de  Bonnieux^ 
Comme  on  a  déjà  fait  la  remarque,  le  testateur  ne  parlait  ni  de  sa 
mère,  qui  devait  être  morte  à  ce  moment-là,  ni  de  sa  femme,  ni 
des  enfants  qu'il  pourrait  avoir  avant  de  disparaître  du  monde. 

Donc,  après  avoir  accompli  cet  acte  important,  Antoine  de  la 
Salle  s'était  embarqué  avec  son  souverain.  Il  l'avait  suivi  à 
Gênes  et,  avec  toute  sa  suite,  il  était  arrivé  à  Naples  le  19  mai 
1438.  C'est  là  que  nous  allons  le  retrouver  dans  des  circonstances 
mémorables  où  il  a  été  acteur  et  dont  il  nous  a  conservé  le 
souvenir. 

1.  Malgré  mes  recherches,  je  n'ai  trouvé  aucun  renseignement  sur  cette  parente 
d'Antoine  de  la  Salle,  ni  sur  la  seigneurie  de  Saint-Georges,  qu'elle  possédait. 

2.  C'est  probablement  un  des  membres  de  cette  grande  famille  dauphinoise 
des  Allemand,  dont  les  rameaux  s'étendirent  dans  tout  le  midi. 

3.  Encore  un  personnage  sur  lequel  on  ne  sait  rien.  Il  appartenait  à  une 
famille  marseillaise,  pourtant  bien  connue,  d'où  est  issue  celle  des  Libertat. 
Cf.  E.  de  Rozière,  Table  armoriale  de  l'Histoire  héroïque  de  la  noblesse  de 
Provence,  par  Artefeuil,  p.  21. 

4.  Personnage  ignoré  jusqu'ici.  La  famille  était  sans  doute  originaire  de  Bon- 
nieux,  dans  le  comlé  Venaissin,  aujourd'hui  ch.-l.  de  cant.  de  l'arr.  d'Api. 


NOUVEAUX   DOCUMENTS   SUR   SA   VIE.  89 

Après  quelques  mois  de  séjour  au  Castel-Capuano,  à  Naples, 
auprès  de  sa  femme  et  de  ses  enfants,  René  se  mit  en  campagne 
(août  1438),  laissant  toute  sa  famille  sous  la  garde  et  protection 
d'Antoine  de  la  Salle.  Il  emmena  même  avec  lui  le  capitaine  Jean 
Cossa,  le  futur  sénéchal  de  Provence,  dont  le  tombeau  se  voit 
encore  aujourd'hui  en  l'église  Sainte-Marthe  de  Tarascon^,  qui, 
ordinairement,  était  chargé  du  soin  de  maintenir  en  sûreté  la 
résidence  royale.  Mais,  tandis  qu'il  s'attardait  dans  les  Abruzzes, 
son  compétiteur,  le  roi  d'Aragon,  «  résolut  de  tenter  un  coup  de 
main  hardi  sur  la  capitale ^  »  et  vint  «  par  terre  et  par  mer... 
asseigier  la  cité  de  Naples  et  le  chastel  de  Capouanne,  auquel 
estoient  les  très  excellents  princes  et  princesses  madame  Ysabel 
de  Lorraine,  royne  de  Secille,  et  monseigneur  Jehan,  leuraisné 
filz,  duc  de  Galabre,  et  aussi  madame  Marie  de  Bourbon,  sa  cora- 
paigne...,  car  laditte  cité...  estoit  pour  lors  très  petitement  prou- 
veue  de  gens  et  encore  de  vivres ■^,  »  La  situation  était  d'autant 
plus  critique  que  deux  forteresses,  le  château  de  l'Œuf  et  le  Gas- 
tel-Nuovo,  étaient  entre  les  mains  de  l'ennemi.  L'armée  arago- 
naise  vint  se  loger  dans  les  faubourgs  et  occuper  les  monastères 
et  églises  «  au  tret  d'un  arbalestre  de  la  cité.  Et  en  l'esglise  de 
Saint  Ange  furent  assis  les  gros  canons  pour  tirer  au  long  de 
l'esglise  des  Carmes,  laquelle  est  hors  et  sur  les  hors  des  fossez 
de  la  cité^  »  La  valeur  des  assiégés  suppléa  à  leur  nombre; 
leurs  capitaines  étaient  Jean  de  la  Noze,  Jacques  Sannazar, 
Christophe  de  Crema  et  François  de  Pontadera  ^  Quant  à  Antoine 
de  la  Salle,  il  était  chargé  du  commandement  du  Castel-Capuano, 
résidence  de  la  famille  royale  :  c'était  en  somme  le  poste  d'hon- 
neur. Le  ciel  favorisa  les  Napolitains.  Et  tout  d'abord  ils  assis- 
tèrent avec  Antoine  à  un  fait  qui  leur  parut  merveilleux.  Le 
premier  coup  de  canon  envoya  par  la  grande  verrière  de  l'église 
des  Carmes  une  très  grosse  piei're,  qui  traversa  le  monument  et 
vint  couper  deux  des  trois  cordes  «  qui  soubstenoient  le  grant 
crucefix  qui  sur  l'entrée  estoit  ».  Le  lendemain,  l'infant  Don  Pedro, 

1.  Cf.  E.  Mùntz,  le  Sculpteur  Laurana  et  les  tnonuments  de  la  Renaissance 
à  Tarascon,  dans  le  t.  I  des  Mémoires  et  monuments  de  la  fondation  Piot, 
p.  123  et  suiv. 

2.  A.  Lecoy  de  la  Marche,  t.  I,  p.  174. 

3.  Septième  chapitre  de  La  Salle  :  J.  Nève,  p.  227. 

4.  Idem,  ibidem. 

5.  A.  Lecoy  de  la  Marche,  t.  I,  p.  175. 


90  ANTOINE   DK    LA   SALLE. 

frère  du  roi  d'Aragon,  qui  dirigeait  le  tir  de  l'artillerie,  en  se 
rendant  à  l'église  Saint-Erme,  où  il  voulait  «  faire  corner  ses 
menestrieux  »,  c'est-à-dire  faire  tonner  ses  bombardes,  fut  atteint 
par  ricochet  d'un  boulet,  que  des  artisans  de  la  ville,  à  l'aide 
d'  «  ung  chargié  vuglaire,  du  gros  des  deux  puings  »,  avaient 
lancé  dans  sa  direction.  «  Ung  de  ses  gens  de  pié  prist  sa  bar- 
rette d'escarlatte,  ou  estoient  grant  partie  de  sa  teste,  de  sa  clier- 
velle  et  des  clieveulx,  et  s'en  vint  par  les  fossez  audit  cliastel  de 
Capouenne,  ou  la  royne  de  Sicille  et  monseigneur  et  dame  de 
Calabre,  enfans,  estoient  comme  dit  est.  »  Il  espérait  réjouir  la 
reine,  en  lui  annonçant  la  mort  de  son  ennemi  et  en  lui  présen- 
tant ce  trophée  de  guerre.  Mais  Isabelle  de  Lorraine,  avertie 
par  la  Salle,  ne  put  que  plaindre  la  victime  et  verser  des  larmes 
sur  sa  fin  malheureuse'.  On  dit  même  qu'elle  fit  arborer  une 
bannière  noire  sur  le  sommet  de  son  château  et  qu'elle  offrit  au 
roi  d'Aragon  d'ensevelir  solennellement  dans  la  cité  le  corps  de 
son  frère  (18  octobre  1438). 

Alphonse  V  voulut  poursuivre  les  opérations  du  siège.  «  Si 
fist  le  roy  oster  de  Saint  Erme  les  bombardes  et  les  fist  asseoir 
devant  la  tour  de  la  Nonciade  et  battre  grant  partie  des  murs. 
Et,  quant  il  volt  donner  la  bataille  et  tous  les  abillemens  prez 
pour  le  bien  matin  assaillir,  la  très  douce  benoitte  Nonciade  se 
monstra  ne  estre  pas  bien  contente  d'avoir  ainsi  battu  son  com- 
pris, par  quoy  esclers,  pluyes  et  tonnoirres  ne  cessèrent  toute 
nuyt  ne  par  l'espace  de  viii  jours,  dont  les  eauues  et  les  bonnes 
furent  si  grandes  que  par  force  convint  qu'il  levast  son  ost  et 
du  tout  se  despartit  ^.  » 

Quelques  semaines  plus  tard,  le  roi  René  rentrait  à  Naples 
(vers  le  milieu  de  décembre)  pour  s'y  reposer  des  fatigues  de 
la  campagne  précédente  et  célébrer  les  heureux  événements 
qui  venaient  de  s'accomplir;  il  y  donna  une  série  de  tournois 
et  de  fêtes^,  où  Antoine  de  la  Salle,  avec  l'expérience  qu'il  pos- 
sédait des  belles  passes  d'armes,  dut  jouer  un  rôle  important.  Le 
roi  avait  d'ailleurs  à  reconnaître  par  de  nouvelles  faveurs  son 
zèle  pour  son  service  et  pour  le  gouvernement  du  duc  de  Calabre, 
les  peines  qu'il  avait  prises  jour  et  nuit,  exposant  sa  personne  à 

1.  La  Salle,  sepUènie  cha|/itre,  édité  par  J.  Nève,  p.  226  à  232.  —  Comparer 
ce  récit  avec  celui  qu'a  donné  M.  A.  Lecoy  de  la  Marche,  p.  175-177. 

2.  La  Salle,  même  chapitre. 

3.  A.  Lecoy  de  la  Marche,  t.  I,  p.  178. 


NOUVEAUX    DOCUMENTS    SUR   SA    VIE.  .  9^ 

de  redoutables  périls  et  n'épargnant  ni  ses  fatigues  ni  son  argent. 
Le  20  janvier  1439,  en  considération  de  sa  conduite  méritoire, 
dont  il  déclarait  vouloir  conserver  un  souvenir  ineffaçable,  en 
compensation  aussi  des  trente-six  mille  ducats  avancés  par  Ber- 
nard de  la  Salle  à  Louis  V  d'Anjou  lors  de  son  avènement  au 
royaume  de  Sicile,  René  lui  donna,  pour  lui  et  ses  héritiers  ou 
successeurs,  la  propriété  entière  et  complète  de  la  seigneurie  et 
du  château  de  Séderon,  dont  il  n'avait  obtenu  jusqu'ici  que  la 
jouissance  viagère^ 

•  J'ai  écrit  précédemment  que  les  concessions  des  rois  de  Sicile 
permettaient  surtout  aux  bénéficiaires  de  battre  monnaie.  Ce  fut 
encore  vrai  pour  les  lettres  patentes  du  20  janvier  1439;  elles 
laissèrent  Antoine  de  la  Salle  libre  de  chercher  un  acquéreur 
pour  sa  nouvelle  propriété.  Il  le  trouva  en  la  personne  de  Pierre 
de  Mévouillon,  seigneur  de  Ribiers^,  premier  écuyer  et  conseil- 
ler du  roi  René^;  le  20  octobre  de  la  même  année,  il  lui  céda  le 
château  et  la  forteresse  de  Séderon  ^  au  prix  de  quatre  mille  trois  cents 
florins  payés  comptant.  Lionne  de  la  Sellana  de  Brussa,  sa  femme, 
intervint  dans  l'acte  pour  renoncer  aux  droits  qu'elle  pou- 
vait avoir  sur  Séderon,  l'hypothèque  de  sa  dot  reposant  sur  ce 
domaine.  Le  contrat  de  vente  fut  passé  dans  la  maison  même 
d'Antoine,  sise  à  Naples,  sur  la  place  Capouane  et  voisine  de 
deux  rues^\  Pierre  de  Mévouillon  se  fit  confirmer  son  acquisition 
par  le  roi  René  le  5  décembre  1439'^;  plus  tard,  il  la  comprit  dans 
la  liste  des  seigneuries  pour  lesquelles  il  rendit  hommage  à  la 
Cour  des  comptes  de  Provence  (6  novembre  1442)'  et  il  la  trans- 


1.  Document  n"  IX. 

2.  Hautes-Alpes,  arr.  de  Gap,  ch.-l.  de  cant. 

3.  Le  16  octobre  1439,  il  avait  obtenu  du  roi  René,  en  récompense  de  ses 
services,  une  pension  de  six  cents  florins  à  percevoir  sur  les  revenus  de  jus- 
tice de  la  Cour  des  comptes  d'Aix  (Arch.  des  Bouches-du-Rhône,  B12,  fol.  1). 
—  Ce  Pierre  de  Mévouillon  fut  un  peu  plus  tard  chambellan,  devint  grand- 
écuyer  du  roi  et  fut  un  des  premiers  dignitaires  de  l'ordre  du  Croissant 
(A.  Lecoy  de  la  Marche,  t.  I,  p.  497,  498,  533).  —  René,  par  son  testament  du 
29  juin  1453,  lui  donna  un  témoignage  exceptionnel  de  confiance  en  l'instituant 
un  de  ses  exécuteurs  testamentaires  {Idem,  t.  I,  p.  276,  n.  1). 

4.  A  remarquer  que  Séderon  est  aussi  le  ch.-l.  de  cant,  de  la  localité  de 
Mévouillon,  d'où  étaient  originaires  les  seigneurs  de  ce  nom. 

5.  Document  n°  X. 

6.  Arch.  des  Bouches-du-Rhône,  B  12,  fol.  11  v. 

7.  Idem,  B777,  fol.  44. 


92  l^iTOINE    DE   La    SALLE. 

mit  à  ses  héritiers.  La  terre  de  Séderon  resta  dans  sa  famille 
jusqu'en  1520*. 

La  donation  de  ce  domaine  à  Antoine  de  la  Salle  ne  fut  pas  la 
seule  libéralité  du  roi  de  Sicile  qui  lui  fut  octroyée  pendant  son 
séjour  à  Naples.  Le  22  novembre  1439,  faisant  encore  valoir  les 
dangers,  fatigues,  dépenses  et  ennuis  auxquels  s'exposait  son 
fidèle  conseiller,  gouverneur  de  Jean  d'Anjou,  duc  de  Calabre, 
René  lui  faisait  d'avance  remise,  jusqu'à  concurrence  de  la 
somme  de  sept  cents  florins ,  des  droits  de  lods  et  trézain  qu'il 
aurait  à  payer  au  trésor  royal  pour  des  biens  aliénés  ou  achetés 
par  lui  dans  les  comtés  de  Provence  et  de  Forcalquier.  Il  lui 
abandonnait  en  outre  tous  les  droits  qu'il  devait  à  l'occasion  de 
la  vente  de  son  château  de  Séderon  à  Pierre  de  Mévouillon^. 

A  cette  date  de  novembre  1439,  Antoine  avait  assisté  et  sans 
doute  pris  part  à  l'action  vigoureuse  qui  avait  enlevé  aux  Ara- 
gonais  les  forteresses  napolitaines  du  Castel-Nuovo  et  du  châ- 
teau de  l'Œuf  (24  et  25  août  1439)  ;  mais,  par  contre,  on  venait 
d'apprendre  la  mort  subite  du  plus  solide  soutien  du  trône  ange- 
vin, du  vieux  capitaine  Jacques  Caldora  (18  novembre)^.  Ce  fut 
le  signal  des  revers  pour  le  parti  de  René.  En  vain,  le  29  jan- 
vier 1440,  le  roi  selançat-il  dans  une  aventureuse  expédition  ;  elle 
échoua  par  la  trahison  d'Antoine  Caldora ^  En  s'éloignant  de 
Naples,  il  avait  encore  laissé  toute  sa  famille  dans  le  Castel- 
Capuano'';  le  départ  de  Jean  Cossa,  que  la  reine  Isabelle  expédia 
derrière  lui^,  avait  sans  doute  fait  remettre  de  nouveau  à  Antoine 
de  la  Salle  le  commandement  de  la  forteresse  et  le  soin  de  pour- 
voir à  la  sûreté  de  la  maison  royale.  Heureusement,  malgré  un 
commencement  de  famine,  la  ville  de  Naples  resta  parfaitement 
tranquille.  Quand  René  rentra  dans  sa  capitale  (vers  la  fin  de  juin 
1440),  Antoine  put  lui  rendre  le  précieux  dépôt  qui  lui  avait  été 
confié. 

Les  affaires  du  roi  allaient  cependant  de  mal  en  pis;  son  com- 
pétiteur aragonais  était  maître  de  la  plus  grande  partie  de  son 

1.  Acte  de  vente  de  Séderon  par  Antoine  de  Mévouillon  à  Antoine  Ronchon, 
d'Arles,  pour  trois  mille  quatre  cents  écus  soleil,  12  décembre  1520  (Idem,  B  27, 
fol.  76). 

2.  Document  n°  XI. 

3.  A.  Lecoy  de  la  Marche,  t.  I,  p.  179  et  185. 

4.  Idem,  t.  I,  p.  191,  192. 

5.  Idem,  t.  I,  p.  193. 
G.  Idetn,  t.  I,  p.  187. 


NOUVEAUX   DOCUMENTS   SUR   SA   VIE.  93 

royaume,  la  défection  de  Caldora  lui  avait  enlevé  le  plus  fort 
contingent  de  ses  troupes  ;  il  lui  fallait  se  résoudre  à  des  actions 
décisives.  Afin  d'être  moins  gêné  dans  ses  mouvements,  il  ren- 
voya dans  ses  Etats  français  sa  femme,  Isabelle  de  Lorraine, 
qu'il  avait  instituée  lieutenant  général  dans  ses  duchés  et  com- 
tés (4  août  1440),  et  ses  enfants '.  Antoine  de  la  Salle  reprit  donc 
tristement,  avec  le  duc  et  la  duchesse  de  Calabre,  le  chemin  de  la 
Provence,  où  certainement  il  n'avait  pas  compté  revenir  si  vite 
et  dans  d'aussi  mauvaises  conditions.  Il  ne  devait  plus  retourner, 
que  nous  sachions,  sur  cette  terre  classique  de  l'Italie,  où  il 
avait  éprouvé  si  fortement  l'influence  de  la  littérature  contem- 
poraine que  l'on  a  notée  dans  ses  œuvres.  C'était  également  fini 
pour  lui  de  prendre  part  à  des  actions  militaires;  il  avait,  du 
reste,  environ  cinquante-trois  ans  quand  il  revint  en  France,  et 
il  y  en  avait  près  de  quarante  qu'il  courait  le  monde.  Il  était 
donc  temps  pour  lui  de  se  reposer.  La  vie  qu'il  mena  dès  lors 
fut  exempte  des  troubles  et  des  ennuis  de  toute  sorte  qu'il  avait 
éprouvés  dans  le  royaume  de  Naples;  malgré  le  gouvernement 
de  la  personne  et  l'éducation  du  duc  de  Calabre,  il  eut  enfin  le 
loisir  de  se  livrer  à  des  travaux  liltéraires,  qui  devenaient  main- 
tenant une  de  ses  principales  préoccupations. 

Mais,  avant  d'aborder  cet  ordre  d'idées,  signalons  les  dernières 
lettres  patentes  qui,  à  notre  connaissance,  aient  été  expédiées  par 
la  maison  d'Anjou  en  sa  faveur.  Elles  lui  furent  octroyées  à 
Tarascon,  le  5  août  1441,  par  la  reine  Isabelle,  et  elles  avaient 
pour  but  le  règlement  de  la  dot  de  mille  florins  constituée  par 
René  au  profit  de  Lionne  de  la  Sellana  de  Brussa.  Ces  mille  flo- 
rins devaient  être  perçus  sur  les  droits  de  lods  et  trézain  et  sur 
les  droits  de  rétention  appartenant  à  la  cour  de  Provence  dans 
la  viguerie  de  Forcalquier  et  un  certain  nombre  de  baylies; 
mais,  comme  les  besoins  du  trésor  royal  étaient  grands,  qu'il 
fallait  prélever  sur  ces  revenus  les  gages  des  maîtres  racionaux 
de  la  Chambre  des  comptes  et  envoyer  des  secours  au  souverain 
resté  en  Italie,  il  fut  convenu  avec  Antoine  que  le  produit  des 
droits  aS'ectés  au  paiement  de  la  dot  de  sa  femme  lui  serait  versé 
une  année  et  l'autre  non,  et  ainsi  de  suite  jusqu'à  entière  satis- 
faction ^ 

1.  A.  Lecoy  de  la  Marche,  t.  I,  p.  198  et  199. 

2.  Document  n°  XII. 


94  ANTOINE   DE   LA   SALLE. 

En  attendant  le  retour  du  roi  René,  qui  ne  devait  rentrer  en 
Provence  qu'au  mois  d'octobre  1442,  après  la  perte  complète 
de  la  ville  et  du  royaume  de  Naples^  Antoine  de  la  Salle'  put 
commencer  pour  l'instruction  du  duc  de  Calabre  le  traité  qu'il  a 
intitulé  la  Salade,  «  pour  ce  que  en  la  salade  se  mettent  plusieurs 
bonnes  herbes  »,  et  qu'il  a  dédié  à  son  élève  et  à  sa  femme  Marie 
de  Bourbon.  C'est  le  plus  ancien  de  ses  ouvrages  qui  nous  soit 
connu,  bien  que  depuis  le  temps  de  sa  «  florie  jeunesse  »  il  ait 
pris  plaisir  à  écrire.  Mais  les  «  histoires  honnorables  »  qui  sor- 
tirent auparavant  de  sa  plume  sont  encore  à  découvrir. 

L'époque  de  la  rédaction  de  la  Salade  a  été  fixée  par  tous  les 
auteurs  qui  s'en  sont  occupés  entre  1437,  année  du  mariage  du 
duc  de  Calabre,  et  1442,  date  de  l'expulsion  définitive  du  roi 
René  de  l'Italie.  On  supposait  vraisemblable  que  la  dernière 
partie  de  l'ouvrage,  contenant  un  abrégé  de  l'histoire  de  Sicile  et 
une  généalogie  de  la  maison  d'Aragon,  ait  été  écrite  avant 
l'abandon  par  René  de  son  royaume  de  Naples^.  Cet  abrégé  et 
cette  généalogie  n'auraient,  en  effet,  été  donnés  que  pour  expli- 
quer au  jeune  prince  les  causes  de  la  rivalité  dont  il  était  encore 
témoin.  La  date  peut,  à  mon  avis,  être  précisée  davantage  :  d'abord 
il  est  plus  admissible  de  croire  que  Antoine  de  la  Salle  se  soit 
livré  à  des  travaux  littéraires  dans  toute  la  tranquillité  dont  il 
jouissait  en  Provence  et  en  Lorraine  plutôt  qu'au  milieu  des 
troubles,  des  guerres  et  des  préoccupations  de  toute  espèce  qui 
avaient  rendu  son  séjour  en  Italie  si  laborieux. 

Mais  il  y  a  mieux,  la  généalogie  des  rois  d'Aragon  a  été  écrite, 
dit  l'auteur  lui-même  au  duc  de  Calabre,  pour  démontrer  le 
«  très  évident  droit  que  le  roy  de  Sicile,  vostre  père,  mon  souve- 
rain seigneur,  et  vous  par  conséquent,  avez  audit  royaulme  de 


1.  A.  Lecoy  de  la  Marche,  t.  I,  p.  220;  t.  II,  p.  445. 

2.  Il  est  vraisemblable  que  son  élève  et  lui  suivirent  dans  tous  ses  déplace- 
ments la  reine  Isabelle  de  Lorraine.  Celle-ci  quitta  la  Provence  après  le  15  août 
1441  et  s'achemina  vers  la  Lorraine,  où  les  aftaires  de  son  mari  nécessitaient 
sa  présence.  Le  19  octobre,  elle  arrivait  à  Nancy,  où  elle  résida  jusqu'au 
10  janvier  1442;  après  un  voyage  à  Pont-à-Mousson,  elle  revint  dans  la  même 
ville,  où  elle  se  trouvait  de  nouveau  le  18  février  suivant.  On  l'a  ensuite 
signalée  le  8  avril  à  Lunéville  et  encore  en  Lorraine  le  G  août.  Elle  vint  au  mois 
d'octobre  rejoindre  son  mari  en  Provence  (cf.  Du  Fresne  de  Beaucourt, 
Histoire  de  Charles  VII,  t.  III,  p.  290,  n.  1). 

3.  Cf.  J.  Nève,  p.  41. 


NOUVEAUX   DOCUMENTS   SUR   SA    VIE.  95 

Arragon...,  a  cause  de  la  très  noble  et  excellente  princesse  et  ma 
souveraine  dame  Madame  de  glorieuse  mémoire  Yollant,  fille 
seulle  d'enffans  du  très  noble  prince  Monseigneur  Jehan,  roy 
d'Arragon'.  »  Par  conséquent,  elle  n'a  donc  été  rédigée  et 
l'ouvrage  de  la  Salade  terminé  qu'après  le  14  novembre  1442, 
date  de  la  mort  de  la  reine  de  Naples,  Yolande  d'Aragon ^ 

Il  n'est  pas  dans  mon  sujet  d'étudier  cet  ouvrage,  d'en  faire 
l'analyse  et  d'en  marquer  le  caractère  pédagogique.  D'autres 
l'ont  déjà  fait^  ou  se  préparent  à  le  faire  encore  d'une  façon  com- 
l)lète.  La  présente  étude  n'a  d'ailleurs  pour  but  que  de  présenter 
de  nouveaux  documents  sur  la  vie  de  l'auteur  et  de  mettre  en 
leur  relief  ceux  qui  avaient  déjà  été  signalés  concernant  ses  rela- 
tions avec  la  maison  d'Anjou.  La  mission  que  je  me  suis  imposée 
touche  d'ailleurs  à  sa  fin,  la  série  de  mes  nouveaux  documents 
étant  épuisée. 

Pour  savoir  ce  qu'advint  Antoine  de  la  Salle  pendant  les 
années  qui  suivirent  le  retour  en  Provence  du  roi  René  et  qui 
précédèrent  la  rupture  de  ses  relations  avec  la  maison  d'Anjou, 
il  suffit  sans  doute  de  suivre  l'itinéraire  du  duc  de  Calabre.  On 
sait  que  toute  la  cour  de  Sicile  accompagna  René,  sa  femme 
et  leurs  enfants,  lorsqu'ils  se  rendirent  à  Toulouse  (mars  1443), 
auprès  du  roi  de  France  Charles  VII  et  de  la  reine  Marie  d'An- 
jou. Rappelons  en  passant  que  le  voyage  de  Toulouse  paraît  avoir 
marqué  les  premières  relations  de  Charles  VII  et  d'Agnès  Sorel  ; 
celle-ci,  faisant  partie  de  la  suite  d'Isabelle  de  Lorraine^  venait 
par  conséquent  de  Provence  avec  Antoine  de  la  Salle.  Le  bon  roi 
René  fut  fêté  par  de  grandes  réjouissances,  «  car  c'estoit,  dit  un 
chroniqueur,  un  prince  plain  de  deduyt  et  de  plaisir,  qui  n'avoit 
en  son  train  que  gens  d'esprit  et  passe  temps ^.  »  Les  deux  rois 
cheminèrent  ensuite  de  conserve,  du  8  avril  au  25  mai,  jusqu'à 
Poitiers,  tandis  qu'Isabelle  de  Lorraine  regagnait  directement 


1.  Ms.   de   la  Salade  à    la  Bibliothèque   royale    de    Bruxelles,  déjà    cité, 
fol.  Giiiixxvin. 

2.  A.  Lecoy  de  la  Marche,  t.  I,  p.  226. 

3.  W.  Soderhjelm,  op.  cit.,  p.  104  et  105;  G.  Paris,  Légendes  du  moyen  âge, 
p.  70;  J.  Nève,  p.  41. 

4.  Du  Fresiie  de  Beaucourt,  op.  cit.,  t.  III,  p.  284,  290,  etc. 

5.  Jean  de  Bourdigné,  Hystoire  agrégative  des  annales  et  cronicgues  d'An- 
jou (éd.  Quatrebarbes),  t.  II,  p.  186. 


96  ANTOINE    DE   LA    SALLE. 

l'Anjou'.  En  juin  1444,  René  venait  l'y  retrouver  et  s'installait 
avec  elle  et  ses  enfants  dans  le  château  d'Angers ^ 

Antoine  de  la  Salle,  avec  le  duc  et  la  duchesse  de  Calabre, 
assista  ensuite  aux  fêtes  qui  furent  données  à  Tours  à  l'occasion 
des  fiançailles  de  Marguerite  d'Anjou  avec  le  roi  d'Angleterre 
(24  mai  1444) '^  puis  il  accompagna  René  en  Champagne  et 
enfin  en  Lorraine.  Là  il  fut  également  présent  aux  fêtes  splen- 
dides  qui  eurent  lieu  en  mars  1445  :  «  Quant  le  roy  Charles  VIP 
du  jourd'uy,  raconte  notre  auteur,  fust  a  Nanssy  en  Lorraine,  le 
roy  René  de  Sicile...  pour  le  festoier...,  et  au  départir  de...  Mar- 
guerite d'Anjou^,  sa  fille,  qui  pour  lors  alloit  royne  en  Engle- 
terre,  ordonna  un  grandisme  pardon  d'armes  courtoises,  aus- 
quelles  les  deux  seigneurs  roys  joustèrent  et  la  plus  grant  partie 
de  messeigneurs  du  sang  royal,  et  maintz  aultres  seigneurs  et 
nobles  sans  nombre^,  par  pluiseurs  jours...  Et  à  celle  jouste  ledit 
seigneur  roy  de  Sicile...  ordonna  et  fist  par  ses  roys  d'armes  et 
heraulx  crier  que  tous  ceulx...  qui  jousteroient  audit  behourt 
fussent  tenus  de  porter  leur  haichement  naturelz  sur  leurs 
heaumes  et  leurs  lampequins  et  escus  couvers  de  leurs  armes  ^.  » 
Mais,  par  malheur,  beaucoup  de  gentilshommes  n'avaient  plus 
un  souvenir  exact  de  leur  blason;  ce  fut  à  Antoine  de  la  Salle, 
érudit  en  toutes  ces  matières  d'armoiries,  de  tournois  et  d'em- 
prises de  chevalerie,  qu'ils  s'adressèrent  pour  avoir  un  libellé 
exact  des  meubles,  couleurs  et  émaux  qui  devaient  couvrir  leur 
écu  et  leur  heaume.  «  Ausquelx  je  dis  ce  que  je  savoye  et  les 
autres  manday  aux  roys  d'armes  et  heraulx  de  leurs  marches^.  » 

Le  séjour  de  notre  littérateur  dut  se  prolonger  en  Lorraine, 
car  le  roi  René,  en  s'éloigna nt,  nomma  pour  son  lieutenant 

1.  Du  Fresne  de  Beaucourt,  t.  III,  p.  290. 

2.  A.  Lecoy  de  la  Marche,  t.  I,  p.  229. 

3.  Du  Fresne  de  Beaucourt,  t.  III,  p.  277. 

4.  A  son  départ  elle  fut  accompagnée  par  son  père  jusqu'à  Bar-le-Duc,  puis 
par  son  frère  le  duc  de  Calabre  et  le  duc  d'Alençon  jusqu'à  Saint-Denis 
(A.  Lecoy  de  la  Marche,  t.  I,  p.  238). 

5.  Entre  autres  le  comte  de  Saint-Pol,  au  service  de  qui  Antoine  de  la  Salle 
devait  passer  quelque  temps  après.  —  Sur  ces  fêtes,  cf.  comte  de  Quatrebarbes, 
Œuvres  complètes  du  roi  René,  t.  I,  p.  lxix  et  suiv.;  A.  Lecoy  de  la  Marche, 
t.  I,  p.  237. 

6.  Des  anciens  tournois  et  faictz  d'armes  (éd.  B.  Prost),  p.  216. 

7.  Idem,  p.  217. 


NOUVEAUX    DOCUMENTS   SUR   SA   VIE.  97 

général  dans  ses  duchés  de  Lorraine  et  de  Bar  son  fils  aîné  le  duc 
de  Galabre  (l-' juillet  1445)  <.  Cela  ne  l'empêcha  pas  de  se  trou- 
ver avec  la  plus  brillante  noblesse  aux  fêtes  que  son  souverain 
donna,  vers  le  milieu  d'avril  1446,  aux  portes  de  Saumur,  dans 
la  plaine  de  Launay^.  Le  tournoi,  qui  alors  eut  Heu  sous  la  con- 
duite du  roi  de  Sicile,  eut  en  effet  pour  juges  : 

Deux  chevaliers  de  très  hauts  lieux, 
Deux  escuyers,  sages,  joyeulx, 
Prudents,  gaillards  et  non  trop  vieux, 
Qui  largement  au  temps  passé, 
Ont  honneur  et  sens  amassé... 
L'un  estoit  seigneur  de  Cussé, 
L'aultre  seigneur  de  Martigné, 
Antoine  de  la  Salle ^  aussi  ; 
Hardoin  Fresneau  n'eut  cessé 
Jusqu'à  temps  qu'il  eut  assemblé 
Guillaume,  Bernard  et  Sablé 
Pour  escripre  de  ce  faict  cl  ''. 

V Emprise  de  la  Joyeuse  Garde,  tel  est  le  nom  que  reçut  ce 
tournoi,  est  célèbre  par  la  magnificence  qu'on  y  déploya.  .Le 
souvenir  en  avait  été  conservé  par  un  tableau  qui  fut  offert  au  roi 
de  France^;  il  est  regrettable  que  cette  œuvre  d'art  ne  soit  pas 
arrivée  jusqu'à  nous,  peut-être  y  aurions-nous  vu,  sous  la  tente 
des  juges,  le  portrait  d'Antoine  de  la  Salle,  dont  aujourd'hui 
nous  ignorons  la  physionomie ^ 

1.  A.  Lecoy  de  la  Marche,  t.  I,  p.  242. 

2.  Cf.  Villeneuve-Bargemont,  Histoire  du  roi  René,  t.  II,  p.  20  à  33-  comte 
de  Quatrebarbes,  op.  cit.,  t.  I,  p.  lxxvi  et  suiv.;  A.  Lecoy  de  la  Marche,  t.  II, 
p.  146  et  147.  C'est  ce  dernier  auteur  qui  a  fixé  la  date  des  fêtes. 

3.  Il  ressort  de  ce  texte  qu'Antoine  de  la  Salle,  alors  âgé  de  près  de  soixante 
ans  n  avait  jamais  été  armé  chevalier.  Du  reste,  jamais  dans  les  documents  la 
qualification  de  miles  n'est  accolée  à  son  nom. 

4.  Wulson  de  la  Colombière,  Le  vray  Théâtre  d'honneur,  p.  86  (cité  par 
Villeneuve-Bargemont,  t.  II,  p.  26,  note;  de  Quatrebarbes,  op.  et  loc.  cit.- 
J.  Nève,  p.  49).  >    i  , 

5.  On  l'appella  aussi  le  Pas  de  Laiinay  ou  du  Perron. 

6.  A.  Lecoy  de  la  Marche,  t.  II,  p.  147. 

7.  Il  faut  cependant  observer  que  le  ms.  9287  de  la  Bibliothèque  royale  de 

^1904  - 


98  ANTOINE   DE   LA    SALLE. 

A  cette  époque,  le  gouverneur  du  duc  de  Calabre  n'avait 
plus  que  deux  années  à  rester  auprès  de  son  élève  et  au  service 
de  la  maison  d'Anjou.  Rien  de  saillant  n'est  venu  marquer  cette 
période  de  son  existence.  Il  semble  pourtant  être  venu  rejoindre 
le  roi  René  en  Provence  avant  de  lui  faire  ses  adieux  ;  c'est  du 
moins  ce  qui  paraît  ressortir  du  dernier  texte  qui  le  concerne, 
émané  de  la  chancellerie  angevine ^  René  ne  le  laissa  pas  partir 
sans  lui  octroyer  une  dernière  largesse;  il  lui  donna  gracieuse- 
ment cent  florins,  en  témoignage  de  la  satisfaction  qu'il  avait 
éprouvée  à  le  garder  si  longtemps  dans  sa  maison  (peu  de  temps 
avant  le  19  juin  1448)2. 

Antoine  de  la  Salle  s'en  allait,  comme  on  le  sait,  auprès  du 
comte  de  Saint-Pol,  Louis  de  Luxembourg,  auquel  son  expé- 
rience et  sa  sagesse  étaient  bien  connues,  puisqu'ils  s'étaient 
déjà  rencontrés  plus  d'une  fois^.  Ce  puissant  seigneur,  qui  devint 
plus  tard  le  beau-frère  de  Louis  XP  et  connétable  de  France,  lui 
confia  l'éducation  des  trois  premiers  fils^  qu'il  avait  eus  de  Jeanne 
de  Bar^.  Je  ne  le  suivrai  pas  au  Châtelet-sur-Oise',  où  il  résida 

Bruxelles,  contenant  le  texte  de  la  Salle,  représente  dans  une  miniature  initiale 
l'auteur  de  l'ouvrage  agenouillé,  offrant  son  livre  au  duc  de  Bourgogne  assis 
sous  un  dais  et  entouré  de  sa  cour  (cf.  Le  Grand  d'Aussy,  dans  les  Notices  et 
extraits...^  t.  V,  p.  397;  E.  Gossart,  dans  le  Bibliophile  belge,  1871,  p.  80). 

1.  11  n'est  en  effet  aucunement  question  des  fonctions  qu'Antoine  avait  exer- 
cées auprès  du  duc  de  Calabre  ;  la  donation  de  cent  florins  lui  est  faite  par  le 
roi  René  lui-même. 

2.  J.  Nève,  p.  267,  Pièce  just.  n"  VIII.  Le  document  est  daté  du  19  juin 
1448;  il  y  est  dit  qu'Antoine  a  quitté  tout  récemment  {novissime)  la  maison  du 
roi  René. 

3.  Notamment  à  Nancy  en  1445,  où  le  comte  de  Saint-Pol  avait  été  un  des 
principaux  organisateurs  du  tournoi.  Des  liens  étroits  attachaient  Louis  de 
Luxembourg  à  la  maison  d'Anjou  :  sa  sœur,  Isabelle,  avait  épousé  Charles 
d'Anjou,  comte  du  Maine,  frère  cadet  de  René.  De  plus,  sa  mère,  Marguerite 
de  Baux  d'Andria,  appartenait  à  une  famille  sujette  des  rois  de  Sicile. 

4.  Il  épousa  en  secondes  noces  (1466)  Marie  de  Savoie,  sœur  de  la  reine  de 
France. 

5.  Jean,  comte  de  Marie  et  de  Soissons,  tué  par  les  Suisses  à  la  bataille  de 
Morat  le  22  juin  1476;  Pierre,  qui  fut  comte  de  Saint-Pol,  de  Marie  et  de 
Soissons,  et  décéda  le  25  octobre  1482;  Antoine,  auteur  de  la  branche  des 
Luxembourg-Brienne,  mort  en  1510. 

6.  Le  mariage  de  Louis  de  Luxembourg  et  de  Jeanne  de  Bar  avait  été  célé- 
bré le  10  juillet  1435.  L'aîné  de  leurs  fils  avait  donc  au  plus  une  douzaine  d'an- 
nées quand  Antoine  de  la  Salle  devint  leur  précepteur. 

7.  Aujourd'hui  comm.  de  la  Fère,  cb.-l.  de  cant.  de  l'arr.  de  Laon.  —  Le 


NOUVEAUX  DOCUMENTS  SUR  SA  VIE.  99 

dès  lors  le  plus  souvent  et  où  il  rédigea  l'ouvrage  intitulé  par 
lui  la  Salle,  daté  du  20  octobre  1451,  le  roman  connu  sous  le 
nom  de  Petit  Jehan  de  Saintré,  terminé  à  la  date  du  6  mars 
1456%  son  traité  àes  Anciens  tournois  et  faictz  cV armes  et  la 
Journée  cl'onneur  et  de  prouesse  (janvier  1469)  ;  —  ni  à  Ven- 
deuil-sur-Oise%  d'où  il  écrivit  à  Catherine  de  Neufville  l'épître 
consolatoire  désignée  sous  le  titre  de  Réconfort  de  Madame  du 
Fresne  (14  décembre  1457  ou  1458);  -  ni  à  Ligny-enBarrois^ 
ou  le  2  février  1459,  il  donna  au  chapitre  de  la  collégiale  de  cette 
ville  le  tableau  de  No tre-Dame-des- Vertus,  qu'en  1444  il  aurait 
reçu  en  cadeau  des  Chartreux  de  Capri^  ;  -  ni  à  Genappe  en  sep- 
tembre 1459,  auprès  du  dauphin,  le  futur  Louis  XI,  où  il  travailla 
peut-être  à  la  rédaction  des  Cent  nouvelles  nouvelles;  —  ni 
à  Bruxelles,  où  il  offrit  au  duc  de  Bourgogne  (l^''"  juin  1461)  un 
exemplaire  de  la  Salle.  Je  n'examinerai  pas  davantage  s'il  faut 
maintenir  à  son  actif  littéraire  le  Livre  des  faits  de  Jacques 
deLalaing,  les  Quinze  joies  de  mariage  (remarquons  seule- 
ment que  les  documents  relatés  ci-dessus  concernant  son  mariage 
vont  directement  contre  l'attribution  de  ce  célèbre  ouvrage  à 
Antoine  de  la  Salle)^  ou  les  Cent  nouvelles  nouvelles^.  Toute 

château  où  habita  Antoine  de  la  Salle  fut  démoli,  par  ordre  du  roi  Louis  XI 
après  la  condamnation  du  comte  de  Saint-Pol  (cf.  A.  Matton,  Dictionnaire 
topographique  du  département  de  l'Aisne,  p.  61).  -  Sur  ce  domaine  et  son 
acquisition  par  le  comte  de  Saint-Pol,  cf.  G.  Raynaud,  Un  nouveau  manuscrit 
au  Petit  Jean  de  Saintré,  toc.  cit.,  p.  533. 

1.  G.  Raynaud,  op.  et  toc.  cit. 

2.  Aisne,  arr.  de  Saint-Quenlin,  cant.  de  Moy. 

3.  Meuse,  arr.  de  Bar-le-Duc,  ch.-l.  de  cant. 

4  Fourier  de  Bacourt,  Vie  du  bienheureux  Pierre  de  Luxembourg,  p  3^9 
-  Cet  auteur  donne  la  description  du  tableau,  qui,  selon  lui,  serait  encore 
conserve  dans  leglise  de  Ligny.  J'ai  le  regret  de  n'avoir  pas  réussi  à  obtenir 
des  renseignements  à  ce  sujet. 

5.  Voici  en  effet  ce  que  l'auteur  des  Quinze  joies  a  écrit  dans  son  prologue  • 
«  Moy  aussy,  pensant  et  considérant  le  fait  de  mariage,  où  je  ne  fus  oncques, 
pour  ce  quil  a  pieu  à  Dieu  me  mettre  en  autre  servage,  hors  de  franchise 
que  je  ne  puis  recouvrer,  ay  advisé  que  en  mariage  a  quinze  seremonies...  » 
{1°  éd.  de  la  Bibliothèque  elzévirienne,  p.  5). 

6.  M.  J.  Nève,  plus  énergiquement  encore  que  M.  Gustave  Grôber,  Grundriss 
der  romanischen  Philologie,  t.  II,  p.  1151,  dénie  à  Antoine  de  la  Salle  la 
paternité  de  ces  deux  ouvrages.  C'est  une  question  qui  a  besoin  délre  étudiée 
de  très  près  et  sur  laquelle  vient  de  paraître  une  brochure  anonyme,  dédiée 
au  professeur  W.  Foerster,  de  Bonn,  et  intitulée  l'Auteur  des  «  xv  joues  de 
mariage  ,,  (Paris,   1903,  in-S").  Les  conclusions  de  l'auteur  de  ce  mémoire 


^00         ANTOINE    DE    LA    SALLE.    NOUVEAUX    DOCUMENTS   SUR    SA    VIE. 

mon  ambition  était  d'exposer  surtout  ses  rapports  avec  la  maison 
d'Anjou,  de  montrer  les  services  qu'il  lui  avait  rendus,  les  bien- 
faits qu'il  en  avait  reçus  et  d'éclaircir  une  longue  période  de  son 
existence,  sur  laquelle  on  n'avait  eu  jusqu'en  ces  derniers  temps 
que  des  données  assez  vagues  et  des  renseignements  peu  précis. 
Le  récit  qui  vient  d'être  fait  aura  pour  résultat  de  dévoiler  tout 
un  côté  de  sa  physionomie  :  grand  coureur  d'aventures,  capi- 
taine intrépide  avant  d'être  un  de  nos  meilleurs  prosateurs,  il 
était  bien  le  fils  du  chef  de  routiers  qui,  après  avoir  sillonné  la 
France  et  l'Espagne,  fit  trembler  l'Italie  sous  ses  coups  et  passait 
aux  3^eux  des  Romains  pour  un  «  second  Annibal'.  » 

L.-H.  Labande. 

{A  suivre.) 

donnent,  mais  sans  raisons  bien  concluantes,  la  paternité  des  Quinze  joies  du 
mariage  à  Pierre  II,  abbé  de  Samer,  en  Picardie  (cf.  l'article  de  M.  Jacques 
Brice,  dans  la  Revue  biblio-iconographiqne,  1903,  p.  354-356).  —  Quant  aux 
Cent  nouvelles  nouvelles,  ]ear  attribution  à  la  Saile,  i)roposée  par  Le  Roux  de 
Lincy,  dans  sa  préface  à  l'édition  de  cet  ouvrage  parue  en  1841  (p.  xliii  et 
suiv.),  avait  été  acceptée  et  même  appuyée  par  Thomas  Wright,  auteur  d'une 
autre  édition  dans  la  Bibliothèque  elzévirienne  (1858),  par  L.  Stern  {op.  et 
loc.  cit.),  surtout  par  le  regretté  M.  Gaston  Paris  {Journal  des  Savants,  1895, 
p.  292  et  293).  Au  moment  de  donner  le  bon  à  tirer  de  cette  feuille,  je  reçois 
le  fascicule  de  la  Romania  (t.  XXXIII,  1904,  janvier),  qui  contient  (p.  105)  le 
compte-rendu,  par  M.  Gaston  Raynaud,  du  livre  de  M.  Nève.  M.  Raynaud  est 
d'accord  avec  M.  Nève  en  ce  qui  concerne  les  Quinze  joies,  mais  il  lui  recon- 
naît toujours  la  paternité  des  Cent  nouvelles  nouvelles. 

1.  Lettre  des  Florentins  aux  Romains,  18  septembre  1389  (Arch.  di  Stato  di 
Firenze,  Signori,  Missive,  n°  21,  fol.  126). 


QUELQUES   ŒUVRES 


RICHARD   DE    FOURNIVAL 


Le  manuscrit  526  (anc.  299)  de  la  bibliothèque  municipale  de 
Dijon  a  été  imparfaitement  décrit  dans  le  Catalogue  général 
des  manuscrits  des  bibliothèques  publiques  de  France 
{Départements ,  t.  V).  L'auteur  de  la  notice  n'en  a  pas  identifié 
les  pièces  anonymes  ;  il  ne  s'est  pas  aperçu,  par  conséquent,  que 
plusieurs  d'entre  elles  fournissaient  autant  d'articles  nouveaux  à 
la  bibliographie  d'un  écrivain  bien  connu  dans  l'histoire  litté- 
raire du  xiif  siècle;  enfin  il  n'a  pas  vu  l'intérêt  que  pouvaient 
offrir  quelques  annotations  marginales  et  ne  les  a  pas  signalées  ; 
ces  notes  sont  cependant  de  Claude  Fauchet.  Dans  une  étude  sur 
Richard  de  FournivalS  P.  Paris,  se  demandant  comment  Fau- 
chet avait  pu  connaître  l'auteur  de  la  Puissance  d'Amours, 
anonyme  dans  tous  les  manuscrits,  supposait  qu'il  avait  eu  à  sa 
disposition  un  texte  aujourd'hui  perdu.  Le  manuscrit  de  Fauchet 
existe  encore;  c'est  précisément  celui  de  Dijon,  qui  donne  le 
nom  de  Richard  de  Fournival  à  Yeœplicit  de  la  Puissance 
d'Amours. 

Le  même  volume  contient  d'autres  œuvres  du  chancelier 
d'Amiens,  qu'on  ne  trouve  pas  ailleurs,  et  qui  sont  demeurées 
jusqu'ici  inconnues;  je  referai  donc  entièrement  la  notice  du 
manuscrit. 

Ce  manuscrit,  en  parchemin,  date  de  la  fin  du  xiii"  siècle;  il  a 
161  feuillets  à  deux  colonnes  de  46  lignes  chacune.  La  distance 

1.  Bibliothèque  de  l'École  des  chartes,  ['^  série,  t.  H,  p.  4  (1840),  et  Histoire 
littéraire,  t.  XXIII,  p.  719. 


102  QUELQUES   ŒUVRES 

de  la  première  à  la  dernière  ligne  de  chaque  page  est  de  O'^ISB. 
Les  marges  extérieures  ont  été  rognées  par  le  relieur  depuis  que 
Fauchet  y  a  écrit  des  notes,  et  les  feuillets  n'ont  plus  que  0"'205 
sur  0™145.  Commencement  du  deuxième  feuillet  :  loiaument 
ains  est  acceptables.  Les  trente  premiers  feuillets  ont  de  petites 
miniatures  intéressantes.  Les  lettrines,  alternativement  rouges 
ou  bleues,  sont  accompagnées  d'un  ornement  allongé  qui  court 
sur  toute  la  longueur  de  la  colonne. 

Le  copiste  était  un  Picard  S  très  soigneux,  mais  peu  intelligent. 
S'il  rencontrait  un  mot  qu'il  ne  pouvait  pas  lire,  il  le  remplaçait 
par  un  autre  de  la  même  dimension,  sans  se  soucier  du  sens.  En 
revanche,  son  écriture  est  très  régulière,  son  orthographe  cons- 
tante; les  mots  sont  toujours  bien  séparés,  les  règles  de  la  décli- 
naison scrupuleusement  observées  ;  les  i  surmontés  avec  soin  d'un 
accent,  lorsqu'ils  sont  voisins  d'une  autre  lettre  à  jambages.  Trois 
signes  de  ponctuation,  qu'on  trouve  du  reste  chez  d'autres 
copistes  de  la  même  époque,  et  surtout  du  même  pays,  sont  assez 
logiquement  employés.  L'un  est  exclusivement  réservé  à  l'inter- 
rogation; il  est  formé  d'une  sorte  d'^-  renversée,  ressemblant  à 
notre  point  d'interrogation;  les  deux  autres  sont  un  point  sur- 
monté d'une  virgule,  tenant  lieu  de  notre  point  et  virgule  actuel 
et  de  notre  point  d'exclamation,  et  un  simple  point,  qui  corres- 
pond à  notre  virgule  si  le  mot  suivant  commence  par  une  minus- 

1.  Voici  quelques-uoes  des  particularités  de  soa  dialecte  oii  de  sa  graphie  : 
l  mouillée  à  la  fin  des  mots  est  écrite  Iq  :  oeilg,  voeilg,  caveilg  [capillum), 
chilg  {ecceilli),  vilg  [vilem)  ;  le  latin  -aie  est  devenu  -eil  :  teil,  queil,  corporeil, 
hoateil,  crueil;  le  même  i  se  retrouve  dans  seis  {sapis),  seit  (sapit),  heis  (de 
haïr);  c  ne  remplace  jamais  ai;  sont  constantes  les  formes  boin,  joine  [juve- 
nem)  ;  clau  [clavum],  pan  (paucum)  ;  vausist  (de  valoir)  ;  bas  {=  bois)  ;  sambler, 
irambler,  tamps  avec  un  a;  fourme,  paume  (poma);  nuls  {nullus);  le  main- 
tien du  t  final  après  ié  :  piét,  entailliét,  froncie't,  negiél,  etc.;  l'absence  du  t 
entre  n  et  r  :  penrai,  tenrai,  venrai;  iwel  {aquale);  aighe  (aqua);  doukereus. 
L'article  féminin  singulier  est  li  au  sujet,  le  au  régime;  l'article  indéfini  est 
dou ;  le  possessif  masculin  est  men,  ten;  le  pronom  féminin  el  n'est  pas  admis 
(dans  le  Roman  de  la  Rose,  où  il  devrait  être  fréquent);  illos  est  représenté 
par  (Is  ou  iaus;  le  pronom  on  n'est  jamais  écrit  l'on  ni  l'eyi;  fas  représente 
facto;  les  parfaits  euch,  peuck,  seuch;  les  imparfaits  du  subjonctif  peuisse, 
seulsse,  peulst,  seulst,  eulst,  fuissent;  fesisi,  mesist,dcsist,  ochesist,  hesist  (de 
haïr),  etc.;  les  futurs  arai,  sarai;  les  infinitifs  selr,  velr  sont  de  règle;  ne 
(=:  nec)  devient  toujours  ni  devant  un  mot  commençant  par  une  voyelle  ; 
quanques  a  toujours  \'s  final  ;  dusque  est  toujours  employé  pour  jusque. 

2.  C'est  le  signe  qui  sert  à  l'abréviation  de  la  syllabe  ur. 


DE   RICHARD   DE   FODRNIVAL.  ^03 

cule,  à  notre  point  si  le  mot  suivant  commence  par  une  majus- 
cule. Enfin,  l'emploi  du  trait  à  la  fin  d'une  ligne,  pour  indiquer 
que  le  dernier  mot  de  cette  ligne  est  inachevé  et  sera  terminé  au 
commencement  de  la  ligne  suivante,  est  constant. 
Le  manuscrit  contient  : 


Fol.  1  a-3  h.  Un  opuscule  en  prose,  sans  titre  et  sans  nom 
d'auteur,  mais  qu'on  peut  attribuer  sans  hésitation  à  Richard  de 
Fournival.  Le  style  et  les  procédés  de  l'auteur  de  la  Puissance 
d'Amours  et  des  Conseils  d'Amours  y  sont  manifestes.  C'est 
la  même  façon  d'annoncer  d'abord  le  sujet  et  les  divisions  du 
livre,  puis,  après  en  avoir  traité  chaque  partie,  de  résumer  ce 
qui  vient  d'être  dit  et  de  rappeler  les  points  qui  restent  à  traiter; 
c'est  le  même  souci  de  citer  de  nombreuses  autorités  :  le  Pro- 
phète, Salomon,  saint  Jean  l'Évangéliste,  Ovide,  PamphileS  le 
Sage,  saint  Ambroise,  Tulles,  saint  Augustin,  Sénèque,  le  Livre 
des  Rois  de  David,  le  Cantique  des  Cantiques. 

Voici  le  début  du  traité  : 

On  voit  souvent  aucunes  gens  de  diverses  conditions,  qui,  par 
nature,  sont  espris  de  si  noble  vertu  comme  d'amours,  qui  ne  savent 
nequedent  k'amours  est-,  s'en  usent  parnonsavoir  et  par  foie  acous- 
tumance  autrement  qu'il  ne  doivent,  par  faute  de  cognissance  ;  et 
nice  apresure  fait  maintes  fois  cheïr  l'oume  de  vertu  en  vice;  si  voeilg 
a  briés  mos  descrire  et  par  raison  demoustrer  ke  est  amours,  et  dont 
ele  est  engenrée,  et  de  queles  vertus  cle  doit  estre  nourrie,  selon  chou 
ke  j'ai  apris  de  divers  aucteurs. 

A  la  première  question  :  Qu'est-ce  que  l'amour?  L'auteur, 
donnant  ici  au  mot  amour  le  sens  d'amitié,  répond  par  des^  défi- 
nitions empruntées  au  Prophète,  à  Salomon,  à  saint  Jean  l'Evan- 
géliste, puis  il  ajoute  : 

Aucun  mettent  autre  diffinition  en  amour  et  dient  :  «  Amours  est 
derverie  de  pensée,  estrange  privautés  et  amounestemens  de  cour- 

1.  «  Pamphilus  dist  :  Espérance  refait  son  signeiir  et  souvent  le  déchoit.  » 
C'est  la  traduction  du  vers  16  : 

Spes  reficii  dominutn,  fallit  et  ipsa  suum. 


104  QUELQUES   ŒUVRES 

loisie,  invisible  possessions,  ou  passions,  pais  sans  repos,  aministra- 
tions  de  marier,  bataille  sans  hayne,  grevance  plaisans,  pais  de  sou- 
tiveté  iwele  a  tous,  et  nului  deportance'.  » 

L'amour  est  engendré  par  regard,  qui  est  le  premier  degré 
pour  arriver  à  la  perfection  de  l'amitié;  les  six  autres  degrés 
sont  :  parole  enciiée,  'pensée,  plaisance,  désir,  espérance  et 
volonté. 

L'amour,  une  fois  engendré,  sera  nourri  par  huit  vertus,  que 
doit  posséder  celui  qu'on  prend  pour  ami  :  sens,  bonté,  debon- 
naireté,  humilité,  loyauté,  crainte,  patience,  courtoisie. 

Après  avoir  fait  choix  d'un  ami,  il  faut  l'éprouver.  «  Quatre 
coses  sont  parlesqueles  on  puet  esprouver  vraie  amour  :  par  foi, 
par  entention,  par  discrétion  et  par  patience.  » 

Suivent  «  les  .xij.  signes  de  vraie  amour  »,  qui  terminent 
le  traité. 

IL 

Fol.  3  b-d.  Hec  sunt  duodecim  signa  per  que  sincère 
dilectionis  species  i^inotescit. 

Ces  signes,  —  au  nombre  de  quatorze,  —  diffèrent  de  ceux 
qui  terminent  l'ouvrage  précédent.  Le  sixième  mérite  d'être 
signalé  :  Sfrenuum  et  nobileni  se  facit  [qui  amai]  et  ipsius 
[amici  aut  amice]  nomine  carmina  componit. 

Cette  nomenclature  est  suivie  de  quelques  considérations  sur 
l'amour  ou  l'amitié,  avec  des  citations  à  l'appui.  Deux  vers  fran- 
çais se  trouvent  intercalés  dans  le  texte  latin  : 

Un  petit  puet  amours  glacier, 
Mais  se  vraie  est,  ne  puet  pas  trebucier. 

Le  morceau  se  termine  par  des  définitions  : 

Dicam  quid  sit  amor  :  Amor  est  insania  mentis, 

Ardor  inextinctus,  insaliata  famés, 
Dulce  malum,  mala  dulcedo,  gratissimus  error, 

Absque  labore  quies,  absque  quiète  labor^. 

1.  Au  sujet  de  ceUe  définition,  voir  la  note  suivante. 

2.  Richard  de  Fournival  a  traduit  ces  vers,  un  peu  modifiés,  dans  son  Con- 
seil d'Amours  :  «  Geste  manière  d'amour,  selonc  ce  que  je  puis  savoir  par 


DE    RICHARD    DE    FOURNIVAL.  ^  05 

Amor  est  concupiscentia  duorum  causa  coilus,  Amicitia  est  idem 
velle,  idem  nolle  in  rébus  honeslis.  Seneca  :  Quid  sit  amor?  Animi 
motus  obvius  rationi.  Dyonisius  :  Amor  est  vis  unificans  summa 
infimis  et  infima  summis,  et  bec  ad  invicem.  Seneca  :  Amor  est  men- 
tis insania,  membra  et  cogitationes  ducens  per  inania. 
Pax  odio  fraudique  fides,  spes  juncta  timori 

Est  amor,  et  nexus  cum  ratione  furor. 
Heu  !  quid  amor  !  satiata  famés,  sitis  ebria,  languor 
Sanificus,  tristis  gloria,  dulce  malura^ 

III. 

Fol.  4  a-Il  c.  Autre  composition,  dont  l'auteur  indique  lui- 
même,  dans  un  prologue,  quel  doit  en  être  le  titre  :  les  Commenz 
d'Atnours.  Pour  les  mêmes  raisons,  et  aussi  sûrement  que 
l'opuscule  dont  il  a  été  parlé  précédemment,  celui-ci  doit  être 
attribué  au  chancelier  d'Amiens.  C'était  déjà  l'opinion  de  Fau- 
chet  :  «  Maistre  Richart  de  Fournival  ou  Fournivaux  fut  Chan- 
celier d'Amiens  :  et  a  composé  plusieurs  livres  en  prose,  le  pre- 
mier que  j'ay  veu  est  intitulé  Li  comment  ou  commandemens 
d'amours.  Dans  lequel  il  a  mis  une  assez  bonne  chanson.  Le  .11. 
se  nomme  puissance  d'amour.  Le  .m.  Bestiaire  d'Amours^.  » 

maistre  Jehan  de  Garlande,  el  par  les  conditions  ki  sont  en  li,  se  defenist  et 
descrist  en  tele  manière  :  Amours  est  une  foursenerie  de  pensée,  fus  sans 
«  eslaindre,  fains  sans  soeler,  dous  mais,  boine  douchours,  plaisans  folie,  travaus 
«  sans  repos  et  repos  sans  travel  »  (Bibl.  nat.,  ms.  fr.  25566,  fol.  209).  En  face 
de  ce  passage,  de  la  main  même  du  copiste,  le  texte  latin  est  transcrit  en 
marge,  sous  le  nom  de  Johannes  de  Garlandia.  Il  a  été  reproduit  dans  la 
Bomania  (IV,  384)  par  M.  P.  Meyer,  qui  l'a  cherché  en  vain  dans  les  œuvres 
de  Jean  de  Garlande.  Mais  Jean  de  Garlande,  tout  mauvais  versificateur  qu'il 
était,  faisait  au  moins  lui-même  ses  vers,  tandis  que  ceux-ci  ne  sont  qu'un 
plagiat  du  De  Planctu  Naturœ  d'Alain  de  Lille.  On  en  sera  convaincu  si  l'on 
rapproche,  par  exemple,  du  troisième  vers  cité  celui-ci,  d'Alain  : 
Dulce  malum,  mala  dulcedo,  sibi  dulcor  amarus. 
La  leçon  des  Conseils  «  boine  douchours  »,  en  latin  bona  dulcedo,  est  fautive, 
puisqu'elle  détruit  l'opposition  voulue  des  termes  mala  dulcedo. 

1.  Les  deux  premiers  de  ces  quatre  vers  sont  aussi  les  deux  premiers  de  la 
définition  de  l'amour  dans  le  De  Planclu  Naltaw ;  les  deux  autres  sont  formés 
de  membres  de  vers  pris  dans  le  même  poème. 

2.  Les  Œuvres  de  feu  M.  Claude  Fauchet,  p.  573.  Paris,  1610,  petit  in-4°. 
—  C'est  d'après  Fauchet  que  La  Croix  du  Maine  cite  «  les  commandements 
d'amours  »  {Bibliothèque  française,  II,  377). 


106  QUELQUES   ŒUVRES 

Fauchet  est  le  seul  qui  ait  mentionné,  pour  les  avoir  vus,  les 
Commenz  d' Amours  ;  mais  il  a  fait  un  contresens  en  tradui- 
sant Commens  par  Commandement.  Ici,  «  Commens  vaut 
autant  a  dire  comme  Comraencemens  ».  P.  Paris,  n'ayant  jamais 
rencontré  cet  ouvrage,  et  ne  le  connaissant  que  par  Fauchet, 
avait  supposé  d'abord  que  c'était  le  même  que  les  Conseils 
d" Amours^  ;  plus  tard,  il  renonça  à  cette  hypothèse,  du  moins  il 
ne  l'exprima  plus  dans  son  article  de  V Histoire  littéraire  sur 
R.  de  Fournival. 

Voici  le  début  du  «  livre  »,  qui  en  donne  le  titre,  le  sujet  et 
l'esprit.  On  y  reconnaîtra  sans  peine  la  manière  de  Richard  de 
Fouruival.  La  «  bêle  très  douce  dame  »,  en  l'honneur  et  louange 
de  qui  il  a  été  écrit,  peut  bien  être  la  «  bêle  très  douce  amie  »  à 
qui  est  dédié  le  Bestiaire  d'Amours. 

Jeu,  qui  su!  coramencemens  des  plaies  de  dedens  le  cors^  garir, 
qui  n'ont  mie  esté  faites  pour  fer  ne  pour  achier  sentir,  mais  pour 
.1.  petit  de  leglere  volenté  naissant  de  joli  corage,  voeilg  traitier  tout 
premièrement  ens  el  commencement  de  mon  livret  comment  fins 
amans  qui  amer  velt  dame  ou  damoisele  se  doit  maintenir  et  gou- 
verner; el  comment  il  se  doit  au  commencement  a  sa  dame  acoin- 
tier;  et  comment  il  le  doit  requerredes'amour;  et  tout  par  examples 
d'amours  et  de  chevaleries. 

Premièrement  a  savoir  est  comment  li  propres  nous  de  cest  livre 
chi  est  appelés,  car  livres  sans  non  est  aussi  comme  une  nés  sans 
aviron.  Li  propres  nous  de  cesl  livre  chi  si  est  appelés  li  Commens 
d'Amours,  qui  vaut  autant  a  dire  comme  commencemens^;  car  c'est 
li  commencemens  et  h  entrée  d'amours. 

Au  commencement  de  mon  livre  je  pri  au  vrai  diu  d'Amours  ke 
il  me  voeille  au  commencement  le  cuer  si  enluminer  de  sa  grâce  pre- 
mièrement, el  de  la  voslre  après,  1res  douce  créature,  par  quoi  je 
puisse  el  sace  •  aucune  cose  dire  qui  acceptable  et  agréable  soit  a  son 
douch  plaisir  et  au  voslre. 

Bêle  très  douce  dame,  c'or  voeilliés  avoir  pilé  et  merchi  de  celui 

1.  Bibl.  de  VÉc.  des  chartes,  article  cité,  p.  47. 

2.  Il  faut  probablement  corriger  cors  en  cuer. 

3.  Dans  le  Dictionnaire  de  Godet'roy,  au  mot  Commens,  on  trouvera  deux 
exemples  de  ce  substantif,  synonyme  de  «  commencement  ».  Peut-être,  dans  la 
pensée  de  Richard,  l'adverbe  comment  étaif-il  associé  à  ce  mot. 

4.  Ms.  face. 


DE   RICBARD   DE   FODRNIVAL.  -107 

qui  cesl  livre  a  fait  en  Touneur  et  en  le  loenge  de  vous;  car,  certes, 
s'il  ne  fust  plus  enluminés  et  plus  espris  de  vostre  amour  ke  nuls 
autres  qui  soit  ou  monde,  il  ne  peiist  avoir  fait  ni  achievét  chou  ke 
il  a  fait;  car  chils  livres  chi  est  si  très  gracieusement  enluminés  de 
tous  biens  et  si  plains  ke  il  doit,  par  droit  et  par.  raison,  a  toutes 
gens  plaire,  pour  les  bêles  paroles  et  pour  les  biaus  examples  qui 
dedens  sont.  Ne  mie  ke  li  biens  ke  jou  i  ai  mis  vieignent  de  moi  tant 
seulement,  mais  de  la  très  grant  habondance  de  sens  et  de  bonté  et 
de  la  très  grant  biauté  de  vostre  cors,  et  de  le  très  grant  douceur  de 
vostre  cuer,  de  quoi  je  sui  si  très  doucement  enluminés.  Or  reven- 
rai  a  ma  matere. 

L'auteur  commence  par  donner  quelques  conseils  à  celui  qui 
«  velt  par  amours  amer  »  une  dame  ou  une  demoiselle.  Après 
une  période  de  soupirs  et  de  regards  habilement  dirigés,  l'amant, 
sans  être  trop  hardi  ni  trop  timide,  «  comme  Ypolitus,  qui  ama 
Phedram  .xix.  ans  avant  k'il  li  osast  descouvrir  son  corage  ne 
son  pensé  »,  devra  exciter  l'amour  de  la  dame  *  par  aucun  biau 
mot,  si  comme  d'amoureuses  hystoires  ou  de  Troies  ou  d'autres*, 
et  en  contant  biaus  examples,  si  comme  Paris  ravi  Helayne  et 
Tristrans  Yseut  ».  Enfin,  quand  il  en  sera  temps  et  lieu,  il  adres- 
sera à  la  dame  les  discours  dont  les  modèles  suivent.  Ces  discours 
et  les  réponses  de  la  dame,  invariablement  amenés  par  les  mots  : 
«  Ele  dira  par  aventure  »  ou  :  «  Ele  respondra  par  aventure  », 
remplissent  complètement  la  suite,  c'est-à-dire  de  beaucoup  la 
plus  grande  partie  du  livre. 

André  le  Chapelain,  à  qui  forcément  l'on  pense  en  lisant  cet 
ouvrage,  ainsi  que  d'autres  de  Richard,  avait  approprié  ses 
modèles  de  discours  séducteurs  aux  diverses  situations  de  fortune 
dans  lesquelles  peuvent  se  trouver  les  deux  interlocuteurs.  Il  fait 
parler  tantôt  un  roturier  à  une  roturière,  tantôt  un  vilain  à  une 
femme  noble,  ou  bien  un  seigneur  à  une  femme  du  peuple,  etc. 
Jacques  d'Amiens,  le  compatriote  et  probablement  le  contempo- 
rain de  Richard,  donne  à  son  disciple  trois  modèles  de  prières, 
que  l'on  peut  adresser,  la  première  à  une  «  dame  »,  sans  autre 
qualificatif,  la  seconde  à  une  «  dame  qui  est  de  vaillandise  », 
autrement  dit  «  a  dame  k'est  de  haut  afaire  »,  la  troisième  à  une 


1.  Dans  l'introduclion  du  Bestiaire  d'Amours,  Richard  rappelle  de  môme  le 
profit  qu'on  peut  tirer  d'  «  une  esloire  ou  de  Troies  ou  autre  ». 


^08  QUELQUES   œUVRES 

«  pucelete  ».  Dans  les  réponses  qu'il  prévoit,  il  fait  parler  d'abord 
une  «  dame  a  mari  »,  puis  d'autres  femmes  qu'il  désigne  simple- 
ment par  les  expressions  «  l'autre  »,  «  une  autre  »,  «  la  sage  », 
et  qui  ne  se  distinguent  entre  elles  que  par  leurs  caractères  et 
par  la  nature  des  objections  qu'elles  opposent  au  solliciteur.  Mais 
c'est  un  seul  amant  qui  parle  dans  les  différentes  situations.  Les 
deux  interlocuteurs  de  Richard  sont  toujours  les  mêmes  person- 
nages. Leurs  conditions  ne  sont  pas  déterminées. 

L'entretien  de  l'amant  et  de  la  dame  est  parsemé,  comme  dans 
le  Donnei  des  Amanz^,  d'  «  examples  d'amours  et  de  chevale- 
ries »,  racontés  tantôt  en  quelques  lignes,  tantôt  assez  longue- 
ment. Ils  sont  empruntés  aux  légendes  «  de  la  reine  d'Auffique  », 
qui  «  se  consilla  tant,  quant  Palamidès,  li  rois  de  Surie,  le  vaut 
amer,  k'ele  perdi  et  celui  et  tous  les  autres  qui  requise  l'avoient  », 
et  en  mourut  de  chagrin;  —  de  l'impératrice  de  Constantinople, 
qui  aima  le  nain  de  son  mari^;  —  d'Anapestus,  qui,  pris  en  la 
bataille  des  Syriens,  fut  si  étroitement  enchaîné  que  le  sang  lui 
sortait  par  les  oreilles,  les  doigts  et  les  orteils;  —  du  roi  Mélam- 
pus,  assiégeant  les  châteaux  de  Damas  et  de  la  Pyramide;  —  de 
Médéa  et  de  Jason;  —  de  Lernesius,  «  li  castelains  de  le  cité 
d'Alixandre  »,  qui,  ne  pouvant  se  faire  écouter  de  «  Daphile,  le 
dame  de  Japhes  »,  baisait  la  terre  où  elle  avait  passé;  fit  faire 
sa  statue,  qu'il  ne  quittait  pas;  et  finalement  endormit  la  dame 
par  ses  enchantements  dans  un  jardin,  «  et  jut  a  li  carnelment, 
pour  chou  ke  se  volentés  fust  acomplie,  et  puis  si  fist  .i.  petit 
d'escrit  et  en  cel  escrit  estoient  escrit  teil  mot  :  Chis  chastiaus, 
qui  lonc  tamps  a  esté  assegiés  par  grant  force  d'engien,  a  hui 
esté  brisiés.  Et  puis  prist  .i.  petit  de  sa  robe  a  enseignes  et  le 
mist  avoec  l'escript,  et  mist  l'escript  deseure  le  cose  qui  tant  avoit 
esté  désirée,  et  le  laissa  toute  descouverte  dusques  a  le  poitrine, 
et  s'en  parti.  Et  quant  li  carnins  fu  passés  et  ele  s'esvilla,  se 
trouva  ensi  descouverte  et  trouva  l'escript  mis  dessus  le  fleur  de 
ses  membres,  si  le  liut,  et  vit  bien  ke  chils  i  avoit  esté  a  sa  volenté. 
Adont  dist  ele  :  En  .vu.  ans  vient  aighe  a  son  caneil.  Tant  cache 
on  le  cerf  ke  on  le  prent.  Et  j'ai  esté  prise,  et  chils  a  eu  le  merchi 
qu'il  queroit,  ne  mie  par  mon  gré  ne  par  ma  volenté,  et  de  ceste 


1.  Publié  dans  la  Romania,  t.  XXV,  p.  497  et  suiv. 

2.  Celle  légende  a  élé  étudiée  dans  le  Jahrhuch  fiir  rom.  iind  eag.  Hjjrache 
und  Litleratw',  nouv.  série,  l.  I,  ch.  i,  p.  104. 


DE    RICHARD    UE    FOURNIVAL.  ^  09 

première  merchi  ne  me  seit  il  gré,  si  a  droit,  et  de  la  seconde, 
s'il  l'avûit  par  ma  volenté,  il  m'en  saroit  gré;  dont  li  couvient  il 
avoir.  Adont  le  manda  ele,  et  furent  ensamble  tant  ke  li  mors  les 
départi,  car  il  fu  ochis  pour  l'amour  de  li,  et  ele  morut  pour 
l'amour  de  lui;  »  —  de  Astaros,  «  ke  Judas  Machabeus  navra, 
quant  il  se  combati  au  pueple  Pharaon.  On  ne  pooit  trouver 
herbe  qui  mestier  li  euïst  ne  ne  li  peiist  avoir,  fors  une  seulement, 
et  celé  estoit  envenimée  par  aucune  mauvaise  beste  qui  atouchiét 
i  avoit.  Et  trestout  aussi  tost  ke  on  l'en  eut  données  puisons  a 
boire  et  il  les  eut  englouties,  il  l'en  convint  morir  en  le  place  »; 
—  de  «  Araptus,  li  sires  de  Toscane  »,  qui,  ajant  donné  une 
fête  en  l'honneur  de  Jovis,  viola  une  des  dames  qui  s'y  étaient 
rendues,  qui  était  fille  du  dieu  d'Amours  et  d'Io,  et  que  la  déesse 
Pallas  avait  destinée  à  avoir  toujours  le  prix  de  la  beauté;  — de 
Pancharus,  sénéchal  et  connétable  de  Trace,  qui,  trop  épris  de 
la  reine  de  Femenie,  négligeait  de  défendre  les  terres  de  son  sei- 
gneur. Celui-ci,  pour  lui  faire  oublier  la  dame,  l'envoya  hors  du 
pays.  Mais  Pancharus  revint  de  nuit  et  pénétra  secrètement  dans 
la  chambre  où  son  amie  dormait.  Ayant  entendu  deux  respira- 
tions sortir  du  lit,  il  crut  que  sa  dame  le  trompait  et  la  transperça 
de  son  épée  ;  puis  découvrit  le  lit  et  reconnut  que  c'était,  non  un 
rival,  mais  une  petite  chienne  qui  «  alenoit  si  fort  ».  De  déses- 
poir, il  se  tua. 

Outre  ces  exemples,  je  citerai  encore  le  «  motet  »  que  Pancha- 
rus chante  sur  la  route  de  l'exil.  C'est  1'  «  assez  bonne  chanson  » 
dont  parle  Fauchet.  Il  a  été  publié  comme  seconde  partie  d'un 
motet  à  trois  voix  par  M.  G.  Raynaud,  d'après  le  fameux  chan- 
sonnier de  Montpellier  1. 

Je  n'ai,  quoi  ke  nuls  en  die, 

Nuls  occoison  de  chanter, 

Et  si  chanch,  mais  che  n'est  mie 

De  cuer,  pour  moi  déporter  ; 

Car  laissier  m'estuet  m'amie, 

Et  hors  del  pais  aler; 

Ghi  a  dure  départie  : 

Qui  le  porroit  endurer? 

Or  m'i  convenra  plourer 

A  tous  les  jours  de  ma  vie  ; 

1.  Recueil  de  Motets  français,  t.  I,  p.  2i3.  Paris,  1881-83,  ï  vol.  in-12. 


'HO  QUELQUES   œUVRES 

Car  ja  ne  quier  oublier 
Son  gent  cors,  sa  signourie, 
Qui  pris  m'a  par  esgarder, 
Si  ke  ne  voeilg  autre  amer. 
Li  dous  mais  d'amer  m'aigrie, 
Quant  nM  puis  parler. 

Le  copiste  a  laissé  au-dessus  de  chaque  ligne  la  place  des  notes, 
mais  celles-ci  n'ont  pas  été  écrites.  Il  en  est  de  même  pour  cet 
autre  vers,  inséré  précédemment  dans  le  même  traité  : 

J'attenderai  tant  merchi  que  j'oie. 

IV. 

Fol.  10  c-20  b.  La  Puissance  d'Amours.  Ouvrage  connu  de 
Richard  de  Fournival.  Il  est  terminé  dans  notre  manuscrit,  le 
seul  qui  donne  le  nom  de  l'auteur,  par  cet  explicit  : 

Ichi  defenist  11  Puissance  d'Amours  ke  maistres  Richars  de  Fur- 
nival  apristason  filg  comment  il  se  devoit  maintenir  en  amour.  Nous 
entendons  en  son  fdg  ke  c'est  autant  a  dire  comme  desciples. 

VetYI. 

Fol.  20  c-31  a.  Le  Bestiaire  d'Amours. 

Maintes  gens  désirent  par  nature  a  savoir;  et  pour  che  ke  nuls  ne 
puet  tout  savoir,  ja  soit  ke  cascune  cose  puist  estre  seiie,  si  convient 
il  ke  chascuns  sache  aucune  cose,  si  ke  tout  est  seii,  et  si  n'est  seii 
de  nului  a  par  lui  seul,  mais  de  tous  ensanle... 

Ichi  defenist  li  bestiaires  d'Amours  ke  maistres  Richars  de  Furni- 
val,  canceliers  d'Amiens,  flst. 

Fol.  31  b-38  a.  La  Réponse  au  Bestiaire  cV Amours. 

Hom  qui  sens  et  discrétion  a  en  soi  ne  doit  mettre  s'entente  ne 
son  tamps  en  cose  nule  dire  ne  faire  par  quoi  nuls  ne  nule  soit 
empiriés... 

...  Dont  il  m'est  avis  ke  qui  le  cose  ne  velt  faire  assés  i  a  de  refuis. 
Et  che  souffisse  a  entendant. 

Ces  deux  derniers  ouvrages  ont  été  publiés  d'après  un  seul 


DE    RICHARD    DE    FOURNIVAL.  Ui 

manuscrit  par  C.  Hippeau  :  Le  Bestiaire  d'Amour,  par  Richard 
de  Foumival,  suivi  de  la  Réponse  de  la  Dame  (Paris,  ia-lG, 
1860).  On  trouvera  une  liste  de  manuscrits  du  Bestiaire  dans 
le  Bulletin  de  la  Société  des  Anciens  Textes,  année  1879, 
p.'74. 

VII. 

Fol.  38  c-157  b.  Le  Roman  de  la  Rose. 

VIII. 

Fol.  157  &-157  c.  Une  tirade  de  cinquante  vers  contre  les 
femmes.  C'est  un  mari  qui  parle  : 

Hé  !  las  !  pour  quoi  se  marie  on  ! 
Mors  sui  par  une  Marion. 
Li  hom  qui  de  feme  est  loiiés 
Ne  puet  estre  plus  desvoiiés  ; 
Âssés  en  puet  on  prueve  avoir. 
Famé  gasteroit  tout  l'avoir; 
Ele  demande  biaus  drapiaus, 
Huves  et  crespes^  et  capiaus 
De  che  ke  li  caitis  gaaigne. 
Certes,  j'en  ai  moût  grant  engaigne. 
Li  hom  soi  meïsme  pas  n'aimme 
Qui  se  feme  bêle  suer  claimme  ; 
Et  qui  le  croit  il  est  caitis 
Et  en  la  fin  wihos  ^  faitis. 
Les  corages  n'ont  mie  estables; 
Fregier^  se  font  en  ces  estables. 
S'eles  aimment,  s'est  che  par  dons. 
Puis  dient  ke  vont  as  pardons 
En  cité  ou  a  Saint  Nichaise''  : 
Entreuels  si  vont  querre  leur  aise. 
Au  revenir  forment  se  plaignent, 

1.  Le  plus  ancien  exemple  de  ce  mot,  avec  cette  signiflcation,  dans  le  dic- 
tionnaire de  Godefroy  (Supplément),  est  de  1441. 

2.  «  C'est  coqu  »  (note  de  Fauchet,  en  marge  du  manuscrit). 

3.  «  Pos[sible]  de  fric[are]  »  (ibid.). 
■4.  «  P[ossible]  de  Reims  »  (ibid.). 


U2  QUELQUES   ŒUVRES 

Si  ke  leur  mari  mal  n'i  taignenl; 
Et  dist  l'une  :  «  Je  sui  lassée, 
Mais  boin  i  fuisse  jou  alee, 
K'uns  frères  qui  a  preeciél 
M'a  moût  le  cuer  resleeciét; 
Moût  me  poise  ke  n'i  venistes, 
Sire,  et  ke  le  sermon  n'oïstes.  » 
Ensi  dechoivent  leur  maris, 
Dont  je  sui  forment  esmaris. 
Et  s'aucune  en  revient  ençainte, 
Dont  il  avient  souvent  de  mainte, 
Li  caitis  wihos  gardera 
L'enfant  qui  de  li  istera, 
Et  del  sien  nourrira  .i.  quaistre, 
Ou  il  cuide  son  enfant  paistre. 
Ghe  fait  feme.  Encore  i  a  pis  5 
Leur  malices  est  trop  tapis. 
Feme  se  fait  adès  malade. 
Quant  ele  est  plus  alise  et  rade, 
Pour  recouvrer  sainne  viande, 
Et  li  caitis  huihos  li  mande. 
Quant  ele  a  but,  si  velt  tancier 
Et  se  note  recommencier. 
S'il  respont,  tost  l'a  desciré. 
Ensi  en  voi  maint  atiré. 
Ou  a  chou  avenir  veù. 
Mais  com  bien  k'il  me  soit  keû, 
Pri  Dieu  ke  ne  me  face  honte 
Celé  sus  cui  sans  estriers  monte. 

Ces  vers,  richement  rimes,  sont  picards.  Dans  un  manuscrit, 
également  picard,  du  Roman  de  la  Rose,  conservé  à  la  biblio- 
thèque municipale  d'Amiens,  et  dont  le  texte  est  intimement 
apparenté  à  celui  du  manuscrit  de  Dijon,  une  interpolation 
(entre  les  vers  9309  et  9310  de  l'édition  Michel)  cite  le  début 
d'une  chanson  qui  commence  par  le  même  vers  que  cette  tirade  : 

Bien  puis  chanter  chelle  chanson, 
A  clere  vois  et  a  haut  ton  : 
«  Hé!  la!  pour  quoi  se  mari'on! 
On  est  si  aise  a  marier,  etc.  » 


DE  RICHARD    DR    FOCRNIVIL.  ^^3 

IX. 

Fol.  157  c-158  b.  Un  morceau  de  130  vers,  divisé  en  deux 
paragraphes  par  une  initiale  peinte  : 

Ma  douce  dame  cognoissans 


Je  Tarai,  ou  g'i  morrai, 
L'amour  de  11,  mal  l'accoinLai. 


C'est  la  fin  de  la  Prison  d'Amours,  telle  qu'elle  est  donnée 
par  le  manuscrit  de  Turin'.  Scheler,  l'éditeur  de  Baudouin  de 
Condé,  à  qui  est  attribué  ce  poème,  n'en  a  connu  que  deux 
manuscrits;  il  aurait  trouvé  dans  celui  de  Dijon  d'excellentes 
leçons. 

X. 

Fol.  158  Ô-160  h.  Un  poème  en  396  vers,  en  tête  duquel 
Fauchet  a  écrit  cette  note  :  «  Rutebuef,  ung  trouverres  qui  rimoit 
du  tem[ps]  de  s.  Louis,  peut  bien  estre  autheur  de  [cette] 
elegie,  car  pres[que]  toutes  ses  œuv[res]  sont  plain[es]  d'équi- 
voqu[es].  »  En  réalité,  c'est  le  Conte  de  la  Rose,  de  Baudouin 
de  Condé,  publié  par  Scheler,  sans  le  secours  du  présent 
manuscrite 

Amours,  qui  maint  amant  aprent 
A  che  ke  doucement  Paprent 


En  bêle  sans  orgueilg  et  joine  sans  folie 
Ai  mis  mon  cuer. 


XL 

Fol.  160  v".  Une  construction  allégorique,  occupant  toute  la 
page,  et  dont  chaque  pierre  et  chaque  baie  portent  le  nom  d'une 
vertu  ou  d'un  précepte.  Dans  un  coin,  sous  un  pilier,  on  lit  : 

1.  Bits  et  contes  de  Baudouin  de  Condé  et  de  son  fils,  Jean  de  Condé,  1.  I, 
p.  370  et  suiv.  Bruxelles,  18G6-67,  3  vol.  iii-8". 

2.  Ibid.,  t.  I,  p.  133  et  suiv. 

^904  .8 


^^4  QUELQUES   œUVRES 

Turris  Sapientie,  facta  a  fratre  Johanne,  archiepiscopo 
Tyre  in  Siria.  Il  ne  peut  être  question  ici  que  de  Johannes  de 
Sancto  Maœeniio,  de  l'ordre  de  saint  Dominique,  qui  fut  arche- 
vêque de  Tyr  entre  1266  et  1272. 


XII. 

Fol.  161  «-161  b.  D'une  écriture  un  peu  postérieure  à  celle  du 
reste  du  manuscrit,  un  poème  dévot  en  quinze  strophes  de  douze 
vers  pentasyllabiques.  On  en  a  signalé  jusqu'ici  douze  manus- 
crits, dont  celui  de  Dijon,  le  seul  qui  l'attribue  à  Richard  de 
Fournival,  il  a  été  déjà  publié  deux  fois  par  M.  Stengel.  Voir 
Mo7n.,  XIII,  528;  XVIII,  485,  n.  2,  et  Zeitschrift  fur  franz. 
Sprache  imd  Litteratur,  XIV,  138. 

Maistres  JUchars  de  Furnival. 

J'ai  un  cuer  mont  lait, 
Qui  souvent  meffait, 
Et  point  ne  s'esmaie. 
Et  U  tans  s'en  vait, 
Et  je  n'ai  riens  fait^ 
U  grant  fiance  aie. 
Assés  ai  musé 
Et  men  tans  usé, 
Dont  j'atench  grief  paie, 
Se  par  sa  bonté 
La  fleurs  de  purté 
Sen  fil  ne  rapaie. 


1.  Dans  une  anecdote  rapportée  par  Hauréau  {Not.  et  extr.  des  mss.  latins, 
III,  341),  il  est  fait  allusion  à  une  chanson  contenant  ces  deux  vers  proverbiaux  : 
«  Exemplum  de  clerico  quodam  de  quo  narratur  quod,  cum  esset  Parisius 
ad  fenestram  et  audiret  cantilenam  in  vico,  in  qua  dicebatur  : 

Li  tens  s'en  veit 
Et  je  n'ei  riens  fait; 

Li  tens  revient 
Et  je  ne  fais  riens, 
primo  coppit  cogilare  cantus  dulcedinem,deinde  verbi  sententiam,  et  sic  acce- 
pit  quasi  a  Deo  sibi  mitteretur,  et  in  crastinum  omnia  rclinquens,  inlravit 
religiontm.  » 


DE    RICHARD    DE    FOCRNIViL.  ^^5 

Rendez  moi  l'amour 
De  mon  creatour 
Ançois  que  je  muire, 
Que  il  toute  errour, 
Par  sa  grant  douchour, 
Veulle  en  moi  destruire. 
Gardés  m'a  le  mort 
De  l'anemi  fort, 
Qu'il  ne  [me]  puist  nuire, 
Mais  a  seùr  port, 
U  j'aie  confort, 
Me  dagniés  conduire. 

Ernest  Langlois. 


LE  PREMIER  ROUTIER-PILOTE 

DE  TERRE-NEUVE 

(1579) 


Un  problème  intéressant  à  la  fois  l'art  nautique  et  la  cartogra- 
phie me  préoccupait  depuis  longtemps.  De  quels  routiers  de  mer, 
de  quels  manuels  de  pilotage  usaient  nos  pêcheurs  du  xv!*^  et  du 
xvii^  siècle  pour  se  rendre  à  Terre-Neuve?  Car  ils  en  possédaient  : 
témoin  la  mention  qui  en  est  faite  dans  le  récit  d'une  dramatique 
aventure  advenue  en  1602  au  navire  terreneuvier  ^enr?/.  Après 
la  capture  du  bâtiment,  la  mise  aux  fers  de  l'équipage  et  la  mise 
en  pièces  des  armes  de  France,  un  pirate  anglais  se  saisit  du 
congé  du  capitaine  La  Broute  et  «  de  toutes  chartes  parties  et 
enseignemens^.  » 

Le  dernier  mot  ne  saurait  s'appliquer  aux  Alman;ichs  xylo- 
graphiques pourvus  de  cartes  et  d'instructions  nautiques  à  l'usage 
des  pilotes  bretons^  :  ces  ingénieux  manuels  ne  contiennent  pas 
le  routier  de  Terre-Neuve.  Et  si  on  retrouve  le  terme  à'ensei- 
gneniens  dans  le  titre  d'un  petit  livre  où  était  condensée  la  Cos- 
tnographie  de  Jean  Alfonse^  les  brèves  indications  consacrées 
à  Terre-Neuve  dans  cet  abrégé  de  Cosmographie  universelle 
donnent  lieu  de  croire  que  ce  n'était  point  là  le  manuel  de  nos 
terre-neuviers.  Et  pourtant,  «  les  Voyages  avantureux  du 
capitaine  Jan  Al  fonce,  sainctongeois,  contenant  les  reigles 

1.  Lettre  de  Henri  IV,  24  octobre  1602  (Berger  de  Xivrey,  Lettres  de  Henri  IV, 
t.  V,  p.  686). 

2.  G.  Marcel,  Almanachs  xylographiques  à  Vusage  des  jiilotes  bretons; 
extrait  de  la  Revue  de  géographie  (1900). 

3.  Jean  Fonteneau,  dit  Alfonse  de  Saintonge,  la  Cosmographie,  éditée  par 
G.  Musset.  Paris,  1904,  in-8%  p.  478. 


LE    PREMIER    ROniIER-PII  OTE    DE   TERRE-NEUVE.  ^17 

et  enseignemens  nécessaires  à  la  bonne  et  seiire  navigation,  » 
jouirent,  parmi  les  marins,  d'une  grande  Aogue;  je  n'en  veux 
pour  garants  que  leurs  nombreuses  éditions^  et  cette  autre  marque 
du  succès,  leur  contrefaçon. 


C'est  justement  une  de  ces  contrefaçons,  un  simple  routier  de 
mer  des  côtes  d'Angleterre,  de  France,  d'Espagne  et  surtout  de 
Terre-Neuve,  qui  était  le  livre  de  chevet  de  nos  pêcheurs.  Leurs 
enseignemens  s'appelaient,  pour  en  dire  tout  au  long  le  titre, 
«  les  Voyages  avantureux  du  capitaine  Martin  de  Hoyar- 
sabal,  habitant  de  Cubibiiru,  contenant  les  reigles  et  ensei- 
gnemens nécessaires  à  la  bonne  et  seure  navigation.  »  En  cou- 
vrant sa  marchandise,  en  fait  de  titre,  d'une  raison  sociale  bien 
connue,  l'imprimeur  bordelais  Jean  Chouin,  en  1579s  espérait 
donner  le  change  à  ses  clients.  Et  il  y  réussit.  La  contrefaçon 
convenait  si  bien  à  la  clientèle  qu'elle  ne  tarda  point  à  triompher 
de  l'original  ;  au  xvif  siècle,  Hoyarsabal  avait  supplanté  Alfonse 
dans  nos  grands  ports  d'armement  terre-neuviers,  Rouen,  la 
Rochelle,  Bordeaux,  Saint-Jean-de-Luz,  Rayonne^  Un  siècle 
après  son  apparition,  il  était  traduit  en  basque  à  l'usage  des 
marins  du  Labourd''. 

On  ne  connaissait  encore  l'œuvre  d'Hoyarsabal  que  par  des 
éditions  tardives,  jusqu'à  l'époque,  toute  récente,  où  la  dernière 
épave  de  l'édition  princeps  est  entrée  à  la  Bibliothèque  nationale. 
Or,  la  date  de  1579  a  une  grande  importance.  C'était  le  moment 
où  Catherine  de  Médicis  espérait  mettre  à  profit  la  désagrégation 
de  l'empire  portugais,  pour  en  occuper  les  colonies,  en  vertu  de 
vagues  droits  de  succession  au  trône  de  Portugal^  Cette  année-là, 

1.  Poitiers,  Jaii  de  Mamef,  1559,  in-4°;  Rouen,  1578,  i  11-4°;  Paris,  1598,  in-8°; 
la  Rochelle,  1605,  in-4°. 

2.  A  Rourdeaux,  de  l'imprimerie  de  Jean  Chouin,  1579,  in-4''. 

3.  L'œuvre  d'Hoyarsabal  fut  rééditée  à  Rouen  en  1632,  in-4'';  Bourdeaux, 
1633,  in-S";  la  Rochelle,  1636,  in-8'.  Les  rééditions  portent  de  plus,  en  tête, 
une  sentence  de  l'amirauté  de  Rouen  contre  les  matelots  mutins  et  blasphéma- 
teurs du  Signe-Blanc,  de  Calais,  en  date  du  10  février  1616. 

4.  Liburu  fiau  da  ixasco  nabigacionecoa  Martin  de  Hoyarzabalec  egina 
franceses,  eta  Pierres  d'Etcheverry,  edo  Dorrec.  Bayonan,  1677,  in-8°. 

5.  Léonardon,  Essai  sur  la  politique  française  et  l'inlervenlion  de  Cathe- 


^^8  LE   PREMIER   ROUTIER-PILOTE 

pour  la  dernière  fois,  la  cour  de  Lisbonne  fit  acte  de  souverai- 
neté sur  Terre-Neuve,  en  confirmant  au  dernier  des  Corte-Real 
les  droits  héréditaires  dont  sa  famille  jouissait  dans  l'île  depuis 
la  découverte  de  Gaspar  Corte-Real^  L'an  d'après,  il  n'y  avait 
plus  de  souverain  à  Lisbonne  :  le  royaume  lusitanien  n'était  plus 
qu'un  fleuron  de  la  lourde  couronne  de  Philippe  II . 

Les  colonies  portugaises  n'avaient  pas  entièrement  suivi  le 
sort  de  la  métropole.  Et  Terre-Neuve,  ou  plutôt  les  Terres- 
Neuves  avaient  nominalement,  depuis  1578,  un  vice-roi  fran- 
çais^. C'était  un  ancien  page  de  la  reine  Catherine,  Troïlus  du 
Mesgouez,  marquis  de  la  Roche.  Mais  sa  liaison  avec  un  préten- 
dant au  trône  d'Irlande  avait  éveillé  les  inquiétudes  des  Anglais, 
qui  surveillaient  étroitement  ses  armements  à  Saint-Malo.  Et 
quand  le  vice-roi  prit  la  mer  à  destination  de  son  gouvernement, 
son  vaisseau  fut  intercepté  par  une  escadre  britannique 3. 

L'ouvrage  d'Hoyarsabal  avait-il  été  composé  en  vue  de  notre 
prise  de  possession  de  Terre-Neuve?  Tout  le  laisse  croire,  car  il 
facilitait  notre  occupation,  en  donnant  de  l'île  une  hydrographie 
si  précise  qu'elle  ne  devait  être  surpassée  que  deux  siècles  plus 
tard  par  les  travaux  du  célèbre  navigateur  Cook. 

Condensées  en  une  vingtaine  de  pages,  ses  «  Routtes,  lieues, 
sondes,  entrées,  cognoissances  des  pors  de  Terre  Neufve,  ainsi 
qu'il  appartient  sçavoir  à  un  chascun  pillote,  »  fournissaient 
toutes  les  coordonnées  dont  on  usait  à  l'époque  pour  conduire  un 
bateau  :  la  distance,  le  rhumb  de  vent,  la  nature  des  fonds,  les 
amers  ou  requêtes  visibles  du  large.  Joignez-y  les  latitudes  des 
principaux  endroits,  et,  comme  il  fallait,  pour  corriger  les  don- 
nées de  l'astrolabe  ou  du  bâton  de  Jacob,  tenir  compte  de  la 
déclinaison  qui  variait  suivant  les  lieux,  le  routier-pilote  avait 
en  appendice  une  table  perpétuelle  de  déclinaison  solaire,  ce  qu'on 
appelait  un  «  Régiment  pour  prendre  l'alture  du  soleil  et  de  l'es- 
toille  de  nort  pour  les  Terres  Neufves.  » 

Il  ne  manquait  dans  ce  traité  d'hydrographie  qu'un  élément, 
dont  le  calcul,  trop  délicat  pour  de  simples  pêcheurs,  nécessitait, 

rine  de  Médicis  dans  la  question  de  la  Succession  de  Portugal  (1578-1583), 
dans  les  Positions  des  thèses  de  l'École  des  chartes.  MAcon,  1889,  in-8°. 

1.  26  mai  1579  (H.  Harrisse,  les  Corte-Real,  doc.  XXXIX). 

2.  3  janvier  1578  (Michelant  et  Ramé,  Relation  originale  du  voyage  de 
Jacques  Cartier.  Appendice,  Documents  inédits,  p.  8). 

3.  Culendar  of  State  Papers  :  Foreign,  année  1578,  n'  71. 


DE   TERRE-NEUVE.  U9 

par  surcroît,  des  instruments  de  précision  hors  de  proportions 
avec  leurs  ressources  :  je  veux  dire  la  longitude,  la  longitude 
dont  Champlain  disait,  dans  son  Traité  de  la  marine  et  du 
devoir  d\m  bon  ^narinier^,  que  Dieu  ne  permettait  pas  à 
l'homme  de  la  trouver.  On  ne  saurait  imaginer  quel  flottement 
en  résulta,  jusqu'au  xviif  siècle,  dans  la  cartographie  de  l'île^ 
et  aussi  à  quelles  difficultés  se  heurtaient  les  matelots  pour  faire  le 
point,  c'est-à-dire  pour  fixer,  par  l'intersection  de  la  longitude 
avec  la  latitude,  le  point  de  l'Océan  où  se  trouvait  le  navire. 

Forcés,  comme  les  marins  antiques,  de  consulter  le  vol  des 
oiseaux,  ils  savaient  que  ces  messagers  de  la  terre  apparaissaient 
à  cent  lieues  de  l'île.  C'étaient  d'abord  de  «  grans  ausetz,  »  puis, 
près  du  banc,  des  oiseaux  blancs  de  moindre  taille^.  Quand  la 
sonde  s'enfonçait  de  quatre-vingts  brasses,  on  était  à  un  égal 
chiffre  de  lieues  de  terre  :  depuis  lors,  le  fond  se  relevait  d'une 
brasse  par  heue,  sauf  au  nord-est,  où  il  atteignait  de  cent  à  cent 
soixante  brasses.  Au  large  du  cap  Raz,  il  était  de  cristal,  de  cail- 
loux plats  et  noirs  par  le  travers  du  cap  d'Espère.  Quelque  amer 
facile  à  reconnaître,  telle  cette  montagne  qui  s'épanouissait  en 
fleur  de  lis  à  l'entrée  d'un  havre,  renseignait  les  pilotes  sur  le 
[)oint  en  vue  :  il  ne  leur  restait  plus,  pour  atterrir,  qu'à  s'édifier 
sur  l'orientation  et  les  facilités  d'accès  du  havre,  toutes  choses 
contenues  dans  le  routier  d'Hoyarsabal. 

L'un  des  sommets  de  son  système  de  triangulation  loxodro- 
mique  était  le  Cap-Breton,  ou,  selon  ses  termes  mêmes,  «  le  Cap 
de  Breton,  »  témoignage  peu  suspect,  venant  d'un  Basque,  qui 
tranche  en  faveur  des  fils  de  l'Armorique  le  parrainage  du  pro- 
montoire américain;  d'aucuns,  et  non  sans  apparence  de  raison, 
y  voyaient  un  doublet  du  Cap-Breton  basque.  De  là,  Hoyarsabal 
indiquait  les  erres  de  vent  et  la  longueur  de  route  pour  atteindre 
les  saillants  de  la  côte  méridionale  de  Terre-Neuve,  îles  Saint- 
Pierre,  pertuis  de  Miquelon,  havre  de  Martyre,  et,  tout  au  loin  à 
l'est,  le  cap  Race  ou  Raz.  La  base  du  triangle,  soit  la  côte  même 
de  l'île,  était  soigneusement  relevée  avec  la  distance  d'un  point  à 
un  autre,  les  amers  et  les  bas-fonds  ou  «  bâches  »  :  le  havre  de 

1.  Paris,  1632. 

2.  H.  Barrisse,  Découverte  et  évolution  cartographique  de  Terre-Neuve. 

Paris,  1900,  iii-4°. 

3.  Ce  renseignement  figure  déjà  dans  le  mémento  d'un  armateur  rouennais, 
Jean  Le  Cordier,  en  1545  (Bibl.  nat.,  ms.  fr.  24269,  fol.  55). 


-120  LK   PREMIER    ROUTIER-PILOTE 

Martyre,  le  Colombaire  de  Saint-Pierre,  un  vrai  pigeonnier, 
percé  du  haut  en  bas  de  trous,  le  port  de  Belin,  Saint-Laurent, 
dont  une  haute  montagne  signale  l'entrée,  la  pointe  élancée 
d'Amigaiz,  Plaisance,  les  caps  Sainte-Marie,  Pêne  et  Raz,  et 
entre  eux  les  ports  de  Perche  et  de  Trépas. 

Du  cap  Raz,  la  côte  filait  au  nord  nord-ouest  jusqu'aux  îles  de 
Fogo,  en  se  dérobant  à  mi-route  pour  former  les  profondes  baies 
de  la  Conception  et  de  la  Trinité.  Elle  avait  pour  saillants  le  cap 
de  Spere,  Baccalan  à  cheval  sur  les  deux  grandes  baies,  le  long 
cap  de  Bonne-Viste,  les  îles  de  Corques.  Les  havres  y  étaient 
très  nombreux,  soit,  en  partant  du  sud,  «  Urrimche,  Fermosse, 
Fortleau,  Farillon,  baie  de  Bour,  petit  port  d'Espere,  Saint  Jean, 
Concession,  Bacallan,  Peyrucan,  Sainte-Catherine,  Ile  de  fray 
Luis.  » 

Encore  notre  Basque  ne  parle-t-il  point  d'autres  havres,  Por- 
tugal, près  de  Saint-Jean,  et  Mosquitos,  près  de  la  Conception, 
qui  ne  laissent  aucun  doute  sur  l'identité  du  peuple  qui  fréquen- 
tait ces  parages.  C'est  là  que  les  Corte-Keal  avaient  leur  fief 
héréditaire,  là  que  péchaient  les  Portugais.  Une  bonne  partie  des 
noms  de  la  côte  orientale  figurent  du  reste  sous  leur  forme  origi- 
nelle, «  Costa  Fremosa  (la  belle),  Farilham  (le  récif),  cavo  de  la 
Spera  (cap  de  l'attente),  Sam  Joham,  Y.  dos  Bocalhas,  B.  da 
Comceicâ,  Ilha  do  frey  Luis,  »  dans  des  cartes  portugaises  de 
1504-1505'. 

Ainsi  se  trouve  confirmée,  par  le  seul  examen  philologique  de 
la  nomenclature,  l'assertion  du  Dieppois  Crignon,  en  1539,  que 
la  côte  terre-neuvienne,  du  cap  Raz  au  cap  Bona-Vista,  avait  été 
découverte  par  les  Portugais.  Au  delà,  disait-il,  soit  au  nord,  soit 
au  sud-ouest,  elle  l'avait  été  par  les  Bretons  et  les  Normands ^ 

Au  delà  du  cap  Saint-Jean,  la  nomenclature  change  en  effet  de 
caractère.  A  vrai  dire,  les  termes  déformés  par  notre  Basque  ne 
le  laisseraient  guère  penser,  si  on  ne  les  redressait  au  moyen  d'un 
tableau  de  répartition  des  pêcheries  arrêté  par  les  Malouins  pour 
la  côte  du  Petit-Nord^.  Ainsi,  Sege  et  Bacque,  les  seuls  ports 

1.  H.  Harrisse,  Découverte  et  évolution  cartographique  de  Terre-Neuve, 
p.  360. 

,  2.  Discorso  d'un  gran  capitano  di  mare  Francese  de.l  luoco  di  Dleppn,  dans 
Ramusio,  Raccolta  di  Navigaùoni,  t.  III  (1556),  fol.  423  v". 

3.  14  mars  1640  (F.  Joiioii  des  Longrais,  Jacques  Cartier.  Documents  nou- 
veaux. Paris,  1888,  in-8",  p.  207). 


DE    TERRE-NEDVE.  ^2< 

mentionnés  par  Hoyarsabal  près  du  cap  susdit,  prennent  une 
physionomie  autrement  suggestive  dans  le  document  malouin  : 
la  Say  et  Pasquet  sont  des  noms  charentais,  et  le  voisinage  d'un 
havre  de  la  Rochelle  nous  renseigne  assez  clairement  sur  l'iden- 
tité des  pêcheurs  qui  fréquentaient  ces  parages.-  Peut-être  est-ce 
aux  Basques  que  l'île  de  Chibau,  plus  au  nord,  doit  son  nom^? 
Ce  serait  la  seule  trace  de  leur  présence  au  nord-est  de  l'île. 

Fleur-de-Lis,  Orange,  Capenrouge  ou  Cap-Rouge,  Petit- 
Maistre,  Saint-Julien,  Groie,  Belle-Isle,  que  signale  ensuite  notre 
Basque,  n'ont  point  subi  d'altération.  Mais,  dans  Pecoz  et  la 
Granelerie,  on  reconnaîtrait  difficilement  Fichot  et  la  Crémail- 
lère, et,  dans  les  ports  de  Sanbu  et  Clieine,  on  ne  reconnaîtrait 
rien  du  tout  si  on  ne  savait  qu'il  faut  les  chercher  entre  la  Cré- 
maillère et  le  Cap-Blanc,  où  il  n'y  a  que  les  baies  de  Saint- 
Antoine  et  de  Saint-Limaire.  Après  la  baie  Droget  ou  du  Griguet, 
qui  s'ouvre  à  l'extrémité  nord  de  l'île,  sous  le  Carbont,  Hoyar- 
sabal arrête  brusquement  son  périple  insulaire  :  au  lieu  de  dou- 
bler le  cap  de  Grat  pour  tracer  l'hydrographie  de  la  côte  occiden- 
tale, il  franchit  le  détroit  de  Belle-Isle  et  passe  au  Labrador. 

S'il  était  loin  de  connaître  les  nombreux  vocables  bretons  de 
la  côte  du  Petit-Nord,  —  cap  Frehel,  Boutitou,  Bréhat,  Saint- 
Méen,  Saint-Lunaire,  —  il  n'en  ignore  aucun  en  revanche  pour 
la  côte  du  Labrador.  C'est  ainsi  qu'on  voit  défiler  dans  son  Rou- 
tier la  nomenclature  des  voyages  de  Jacques  Cartier  :  mais  en 
quel  état!  Brest,  Beaulsanim,  Samadeg,  Furx,  Cradon,  île  d'Au- 
cent,  Boytus,  sous  cet  aspect  informe,  évoquent  difficilement  les 
parages  de  notre  grand  port  de  Bretagne,  Blancsablon,  Saint- 
Mahé,  le  Four,  Crozon,  l'île  d'Ouessant  :  Boytus  doit  se  lire 
Buttes  ou  Bites,  les  bites  étant  des  solives  de  pont.  Joignez-y, 
pour  achever  la  nomenclature  d'Hoyarsabal,  le  port  des  Baleines, 
la  baie  des  Châteaux,  Eau-forte  et  un  énigmatique  Sachobodege. 

Mais,  de  la  présence  des  Anglais  à  Terre-Neuve,  il  n'y  a  nulle 
trace  dans  l'onomastique  insulaire.  Et  c'est  une  dure  riposte  aux 
assertions  du  Mémorandum  britannique  du  9  juillet  18892,  qui 
disait  :  «  A  partir  de  la  découverte  de  Terre-Neuve,  en  1496, 
jusqu'au  traité  de  1632,  les  Français  n'ont  eu  la  permission  de 

1.  Pierre  de  Chibau  était  lieutenant  général  et  criminel  au  bailliage  de 
Labourd  à  la  fin  du  xvi»  siècle  (abbé  P.  Haristoy,  Recherches  historiques  sur 
le  pays  basque.  Rayonne,  1883,  in-8",  t.  I,  p.  469). 

2.  Ministère  des  Affaires  étrangères,  Documents  diplomatiques  :  affaires  de 
Terre-Neuve.  Paris,  1891,  in-'i»,  p.  259. 


■122  LE    PREMIER    ROUTFER-PILOTE 

pêcher  ni  à  Terre-Neuve  ni  en  aucun  endroit  du  continent 
d'Amérique.  »  Eh  quoi!  Un  peuple  qui  a  marqué  si  profondément 
son  empreinte  sur  un  pays,  qui  l'a  baptisé,  le  premier  qui  en  ait 
dressé  l'hydrographie,  montrant  par  là  sa  connaissance  parfaite 
de  la  côte,  aurait  été  exclu  du  droit  d'y  pêcher!  Et  par  qui?  Par 
un  autre  peuple  dont  rien  ne  décèle  la  présence  ou  tout  au  moins 
la  suprématie  dans  l'île! 

La  chose,  en  vérité,  serait  plaisante  si  l'importance  des  con- 
séquences qu'en  tire  le  Mémorandum  n'appelait  une  réfutation 
très  sérieuse;  car  la  thèse  britannique  ne  tend  à  rien  moins  qu'à 
nous  dépouiller  de  notre  droit  exclusif  de  pêche  sur  le  French 
Shore,  en  arguant  de  la  souveraineté  immémoriale  de  l'Angle- 
terre sur  Terre-Neuve;  le  traité  d'Utrecht,  est-il  laissé  entendre, 
a  consacré  par  son  silence  sur  le  mode  de  pêche  l'état  de  choses 
préexistant. 

Cette  dernière  conclusion,  je  l'admets  parfaitement.  Mais  l'état 
de  choses  préexistant  était  tout  autre  que  ne  l'expose  le  Mémo- 
randum de  lord  Salisbury.  Un  de  nos  savants  confrères,  M.  Bru- 
tails,  l'avait  deviné  par  le  seul  examen  des  archives  de  la 
Gironde*.  Il  importe,  dans  une  affaire  aussi  importante  pour 
notre  commerce  maritime  que  les  pêcheries  de  Terre-Neuve, 
d'étudier  à  fond  leur  histoire.  C'est  ce  que  je  ferai  ailleurs'^.  Et 
l'on  verra,  contrairement  aux  affirmations  britanniques,  que 
l'Angleterre  n'a  jamais  pris  possession  effective,  avant  Utrecht, 
que  de  la  partie  portugaise  de  l'île;  que  chaque  tentative  d'em- 
piétement sur  notre  territoire  ou  sur  nos  droits  a  été  repoussée  ; 
que  la  pêche  enfin  était  exclusive  à  nos  nationaux  sur  le  French 
Shore.  Ajouterai-je  que  cette  pêche  comprenait  le  homard, 
englobé  par  les  Anglais  eux-mêmes  parmi  les  poissons,  entre  la 
bonite  et  le  turbot.  Faute  de  pouvoir  faire  la  preuve  devant  le 
tribunal  d'arbitrage  nommé  de  concert  par  la  France  et  l'Angle- 
terre, en  1891,  mais  repoussé  par  le  Parlement  de  Terre-Neuve, 
on  prendra  pour  juge  l'opinion. 

IL 

L'absence  de  la  côte  occidentale  de  Terre-Neuve  est  d'autant 

1.  Note  sur  la  question  de  Terre-Neuve.  Bordeaux,  1903,  in-8°. 

?.  La  Question  de  Terre-Neuve  :  les  droits  indiscutables  de  la  France,  dans 
le  Correspondant  du  10  avril,  surlendemain  du  Iraitè  qui  nous  enlève  le  mono- 
l>ole  de  la  pèche  au  Frencli  Shore. 


DE   TERRE-NEUVE.  ^23 

plus  stupéfiante,  chez  un  Basque,  que  les  baleiniers  et  pêcheurs 
basques  fréquentaient  en  grand  nombre^  la  baie  du  Saint-Laurent 
et  qu'au  temps  même  d'Hoyarsabal,  les  marins  de  Saint-Jean- 
de-Luz  offraient  au  roi  de  fonder  une  colonie  dans  la  Nouvelle- 
France^.  Les  Malouins  leur  attribuaient,  en  1588,  la  découverte 
de  mines  de  cuivre  au  cap  de  Gonjugon^  et  donnaient  à  leurs 
vaisseaux,  en  partance  pour  la  grande  baie,  avis  de  raUier  les 
Basques  qui  s'y  rendaient  «  ordinairement  pour  la  pesche  des 
ballaines^.  » 

Dès  lors,  les  Malouins  qui  arrivaient  dans  le  Saint-Laurent 
par  le  nord  de  Terre-Neuve,  et  les  Basques,  qui  y  accédaient  par 
le  sud,  se  rejoignirent  et  lièrent  partie.  Les  Anglais  en  surent 
quelque  chose,  quand  le  Chancewell  et  le  Hopewell  de  Londres 
se  hasardèrent  à  attaquer  dans  un  havre  de  l'île  Ramée,  — 
aujourd'hui  l'île  de  la  Madeleine,  —  quatre  bateaux  pêcheurs  de 
Saint-Malo  et  Ciboure.  Deux  cents  Français  et  trois  cents  sau- 
vages, rangés  en  bataille  sur  la  côte  avec  une  batterie  de  trois 
pièces,  ôtèrent  au  commodore  Leigh  toute  idée  de  nous  molestera 

Notre  chaud  accueil  découragea  les  Anglais.  Ils  ne  firent  plus 
que  de  rares  apparitions,  au  témoignage  du  capitaine  Whitbourne, 
dans  la  grande  baie  du  Saint-Laurent,  qui  devint  le  fief  des 
Basques  et  le  théâtre  de  leurs  exploits.  Subjugués  par  l'adresse 
des  harponneurs  basques  dans  l'attaque  des  cétacés  monstrueux, 
les  sauvages  les  aidaient  bénévolement  à  tuer,  découper  et  bouil- 
lir les  baleines,  sans  attendre  d'autre  récompense  qu'un  petit 
morceau  de  pain*^  ;  il  fallut,  pour  être  entendu  des  tribus  indiennes 
de  la  grande  baie,  connaître  le  basque'. 

1.  Lettre  de  Pakhurst  à  Hakluyt,  1578  (Hakluyt,  Navigations,  éd.  1600, 
t.  m,  p.  132). 

2.  Hakluyt,  Discourse  on  Western  Planling  (1584)  (éd.  Ch.  Deane  and  Léo- 
nard Woods,  Documentary  History  of  the  State  of  Maine,  t.  II.  Cambridge, 
1877,  in-8%  p.  102,  115). 

3.  Michelant  et  Ramé,  Relation  originale  du  voyage  de  Jacques  Cartier, 

p.  44,  48. 

4.  Déclaration  du  procureur  de  Saint-Malo,  7  mars  1591  (Frain,  Registre 
d'écuijer  Nicolas  Bouleuc.  Vannes,  1902,  in-8°,  p.  122,  note). 

5.  Hakluyt,  Navigations,  t.  III,  p.  195.  Ceci  se  passait  le  18  juin  1599. 

6.  Wliilbourne,  A  Discourse  and  Discovenj  ofNew-found-land.  London,  1622, 
in-4°,  Préface. 

7.  Pierre  de  Lancre,  Tableau  de  l'inconstance  des  mauvais  anges.  Pans, 
1613.  Cité  par  M.  Harrisse,  Évolution...  de  Terre-Neuve,  p.  lxiii. 


124  LE    PREMIER   ROUTIER-PILOTE 

C'est  alors  que  l'hydrographie  de  Terre-Neuve  se  compléta 
dans  une  réédition,  en  basque,  de  l'ouvrage  d'Hoyarsabal.  D'une 
vieille  famille  d'armateurs  de  Saint-Jean-de-Luz  qui  n'avaient 
jamais  hésité,  de  temps  immémorial,  à  payer  de  leur  poche  pour 
sauvegarder  les  pêcheurs  terre-neuviers  *,  Pierre  d'Etcheverry 
rendit  à  ses  compatriotes  le  service  d'adapter  à  leurs  besoins  le 
routier  de  Hoyarsabal.  Sa  traduction  scrupuleuse  des  Voyages 
aventureux,  en  1677,  avait  l'avantage  considérable  sur  les  édi- 
tions antérieures  d'achever  le  périple  de  Terre-Neuve  par  l'hy- 
drographie de  la  côte  occidentale,  de  Saint-Pierre  au  cap  de 
Grat.  En  montant  du  cap  Ray  vers  le  nord,  on  trouvait  succes- 
sivement Portu-Charbat,  Ulicillo-Portu,  Saint-Georges,  Opor- 
portu,  Baratchoa,  les  trois  îles  de  Grat,  Lecqutainnocoan  et 
Diraute,  Portuchoco  ou  Portuchoa,  la  baie  Ederra,  l'île  Saint- 
Jean,  Amuix,  Ferrol,  enfin  le  cap  de  Grat^. 

Le  Liburu  hau  da  ixasco  nahigacionecoa  confirme  pleine- 
ment, en  les  développant,  les  données  de  la  cartographie  basque. 
La  côte  qui  fait  face  à  l'embouchure  du  Saint-Laurent,  aussi 
maltraitée  dans  les  cartes  anglaises  que  dans  la  plupart  des 
nôtres,  n'est  en  eff"et  dotée  d'une  nomenclature  suivie  et  logique 
que  dans  les  œuvres  de  deux  marins  de  Saint-Jean-de-Luz^; 
l'un  est  Pierre  d'Etcheverry  lui-même.  Exécutée  à  Plaisance  en 
1689  pour  le  gouverneur  de  l'île  et  entourée,  par  suite,  de  toutes 
les  garanties  d'un  document  officiel^  sa  carte  ne  contient  pas  un 
nom,  les  îles  exceptées,  qui  ne  soit  basque,  du  cap  Ray  au  cap 
de  Grat  :  Ulycillho,  Oporportu,  Barrachoa,  baie  Ederra,  Anngu- 
rachar,  Portuchoa,  Amuix,  Ferrol,  Miariz. 

De  ces  termes,  des  armateurs  de  Saint-Jean-de-Luz  et  Ciboure, 


1.  Les  sieurs  du  Halde  et  «  de  Chebery  »  arment  pour  Terre-Neuve  le  Saint- 
Esprit,  de  Sainl-Jean-de-Luz,  vingt  pièces  de  canon  et  quarante  hommes  d'équi- 
page. Avril  1552  (Ducéré,  tes  Corsaires  sous  l'ancien  régime  :  histoire  mari- 
time de  Bayonne.  liayonne,  1895,  in-8°,  p.  25). 

2.  Liburu  liau  da  ixasco  nabigacionecoa  Martin  de  Hoyarzabalec,  p.  124-132. 
A  la  suite  est  un  routier  du  caj)  Ray  à  l'île  Percée. 

3.  Carte  de  Terre-Neuve  :  «  Faict  à  Saint  Jean  de  Luz,  par  moy,  Denis  de 
Rolis.  1674  »  (Dépôt  hydrographique  de  la  Marine,  archives,  116,  19). 

4.  «  Carte  basque  de  l'isle  de  Terre  Neuve,  de  la  Cadie  et  Canada.  Faix  à 
Plaisance,  par  Pierre  d'Etcheverry  Dorre,  de  S' Jan  de  Luz,  pour  mons'  Parât, 
gouverneur  de  Plesance  et  l'isle  de  Terre  Neufe.  1689  »  (Dépôt  hydrographique 
de  la  Marine,  archives,  128,  2,  3;  H.  Harrisse,  Découverte  et  évolution  carto- 
graphique (le  Terre-Neuve  (1900),  pi.  XXI V). 


DE  TERRE-NEDVE.  -125 

en  1710,  donnaient  la  définition  dans  un  mémoire  où  ils  reven- 
diquaient pour  leurs  ancêtres  la  gloire  d'avoir  découvert  Terre- 
Neuve'.  Et  ils  tiraient  argument  de  la  philologie  :  Ulycilllio, 
dans  leur  langue,  signifiait  trou  à  mouches,  c'était  un  port 
infesté  de  moustiques;  Oporportu  était  le  vase  à  lait,  tant  le 
calme  y  régnait;  Portuchoa,  \e  petit  port  ;  Amuix  avait  le  nom 
du  cap  qui  se  profile  à  l'ouest  de  Saint-Jean-de-Luz  et  qu'on 
appelle  en  français  le  Figuier;  Miariz  n'était  autre  que  Biarritz, 
et  les  de  Grat  ou  dégrats,  des  sècheries  de  morues. 

La  nomenclature  basque  a  subsisté.  Mais,  faute  d'en  com- 
prendre le  sens,  les  géographes  ont  substitué  aux  termes  primi- 
tifs des  mots  français  d'une  consonance  à  peu  près  semblable  :  de 
Portuchoa,  ils  ont  fait  Port-au-Choix,  d'Oporportu  Port-au- 
Port,  d'Anngurachar  Ingornachoix.  Baie-Ederra  a  été  rendue 
par  son  équivalent  Bonne-Baie,  qui  devrait  être  textuellement 
Belle-Baie.  En  revanche,  la  pointe  de  Ferrol  a  été  respectée,  non 
moins  que  le  Port-aux-Basques  près  du  cap  Ray.  Ainsi,  la  lin- 
guistique est  restée  le  témoin  fidèle  de  l'histoire,  affirmant  la 
prise  de  possession  du  French  Shore  par  les  Malouins  d'un  côté 
et  par  les  Basques  de  l'autre. 

Ch.  DE  LA  RONGIÈRE. 


1.  Mémoires  concernant  la  découverte,  les  établissements  et  la  possession  de 
l'île  de  Terre-Neuve  et  l'origine  des  pêcheries  de  baleine  et  de  morue  par  les 
sujets  de  Sa  Majesté  Très  Chrétienne  habitués  dans  le  pays  de  Labourd,  fournis 
par  les  négociants  de  Saint-Jean-de-Luz  et  de  Siboure  à  M.  de  Planthion,  syn- 
dic général  du  pays  de  Labourd,  le  mois  de  mars  de  1710. 


LES 


HEURES  DE  JACQUES  COEUR 


En  1902,  un  des  secrétaires  de  la  Bibliothèque  royale  de 
Munich,  M.  le  D""  Franz  Boll,  aujourd'hui  professeur  à  l'Univer- 
sité de  Wurzbourg,  a  publié,  dans  une  revue  allemande*,  un 
mémoire  intitulé  :  Jacques  Cœurs  Gebetbuch  in  der  Mûn- 
chener  Hof-  und  Staats  bibliothek  (les  Heures  de  Jacques 
Cœur  a  la  bibliothèque  royale  de  Munich).  Il  y  a  décrit, 
avec  une  précision  qui  ne  laisse  rien  à  désirer,  un  volume  dont  il 
a  dévoilé  l'origine  et  révélé  l'importance,  jusqu'alors  à  peine 
soupçonnée. 

Quoique  le  travail  du  D""  Boll  intéresse  à  un  haut  degré  la 
France,  il  n'a  guère  été  remarqué  chez  nous.  Aussi,  ai-je  cru 
utile  de  le  faire  connaître  aux  lecteurs  de  la  Bibliothèque  de 
V École  des  chartes,  en  m'aidant  d'une  collection  de  photogra- 
phies exécutées  par  la  maison  C.  Teufel  de  Munich^ 

Le  manuscrit  dont  il  s'agit  est  ainsi  enregistré  dans  le  Cata- 
logue des  manuscrits  de  la  Bibliothèque  royale  de  Munich^  : 

Codex  lat.  Monac.  'lOiOS  (Palat.  -1 03  =  Codex  cum  figuris  ^^12). 
Membranaceus,  8°,  sœculi  xv.  -197  fol.  Preces  variée  cum  caiendario 
gallice  conscripto,  multis  ornamentis  et  29  picluris  pulcherrimis 
instructœ. 


1.  Zeitschrift  fur  Bucherfreunde,  sixième  année,  1902-1903,  livraison  de 
mai  1902.  —  Le  lirage  à  part  forme  une  brochure  in-A",  20  p. 

2.  Ces  pholograpliies  sont  annoncées  sous  les  n"  1652-1691  de  la  collection 
dont  le  catalogue  a  été  imprimé  sous  le  titre  de  Einbllnde,  Minialuren,  Ini- 
tialen,  etc.,  in  Fotografie  aus  der  Konigl.  bayer.  Hof-  und  Staats  bibliothek. 
Herausgegeben  von  C.  Teufel  in  Mûnchen,  K.  B.  HofFotograf.  In-S",  12  p. 

3.  T.  IV,  part,  i,  p.  132. 


LES    HEURES    DE    JACQUES    CCEUR.  <27 

Les  197  feuillets  dont  il  se  compose  sont  hauts  de  162  milli- 
mètres et  larges  de  105.  Ils  contiennent  les  pièces  suivantes  : 

Fol.  2-7.  Calendrier. 

Fol.  8-U.  Morceaux  des  quatre  Évangiles. 

Fol.  -16-69.  Office  de  Notre-Dame. 

Fol.  70-73.  Heures  de  la  Passion. 

Fol.  74-77.  Heures  du  Saint-Esprit. 

Fol.  80-...  Les  sept  psaumes  pénitentiaux. 

Fol.  97-137.  L'Office  des  morts.  —  Les  prières  pour  les  morts, 
qui  sont  sur  les  fol.  136  v°  et  -137,  ont  été  écrites  par  une  autre 
main. 

Fol.  •138-U7.  Prières  à  la  Vierge  :  0  iniemerata,  etc. 

Fol.  \A8-i97.  La  Passion  selon  saint  Jean.  —  Prières  de  la  messe. 

—  x\ntiennes  et  oraisons  connues  sous  la  dénomination  de  Suffrages. 

—  Tout  à  la  fin,  l'hymne  Vexilla  régis. 

La  principale  illustration  du  volume  consiste  en  une  vingtaine 
de  tableaux  occupant  chacun  une  page  entière.  Deux  de  ces 
tableaux  sont  doubles,  couvrant  deux  pages  qui  se  font  face  l'une 
à  l'autre,  le  verso  d'un  feuillet  et  le  recto  du  feuillet  suivant  : 

Fol.  8.  Saint  Jean  écrivant  son  évangile  au  bord  de  la  mer,  d'où 
sort  le  dragon  aux  sept  têtes.  Un  aigle  plane  dans  l'air. 

Fol.  ...  Saint  Luc  peignant  un  portrait  de  la  sainte  Vierge.  Sur  le 
mur,  au  fond  de  la  pièce,  tableau  représentant  l'Annonciation. 

Fol.  ...  Saint  Mathieu  écrivant  sur  un  pupitre,  en  présence  d'un 
ange  qui  se  tient  debout  devant  lui.  Il  est  assis  près  d'une  cheminée 
dont  la  hotte  est  richement  sculptée. 

Fol.  -13^.  Saint  Marc  taillant  sa  plume;  un  lion  est  couché  à  ses 
pieds.  L'évangéliste  travaille  dans  un  somptueux  édifice  de  style 
antique.  Le  mur  du  fond  est  couvert  d'un  tableau  représentant  TAs- 
cension.  —  Reproduit  dans  le  mémoire  de  M.  le  D''  Franz  Boll,  p.  3. 

Fol.  -15  v°.  Personnage  richement  habillé,  à  genoux  sur  un  coussin, 
les  mains  jointes,  près  d'un  meuble  portant  un  livre  ouvert.  — 
Dans  le  mémoire  du  D""  Boll,  p.  13. 

Fol.  -le.  La  sainte  Vierge  tenant  l'enfant  Jésus  dans  ses  bras.  Celte 
miniature  a  été  rapprochée  de  la  Vierge  du  musée  d'Anvers  par 
M.  le  D-"  Boll,  qui  l'a  reproduite  à  la  p.  -15  de  son  mémoire. 

Fol.  20  V''  et  21  r°.  Grand  tableau  remplissant  deux  pages  du 


\  28  LES    HEURES    DE   JACQUES   CœUR. 

manuscrit.  Le  peintre  y  a  représenté  l'Annonciation  :  l'Ange, 
dans  la  plus  noble  attitude,  un  sceptre  à  la  main,  est  agenouillé 
devant  la  Vierge.  Le  mur  de  la  pièce  est  couvert  d'une  tapisserie  à 
compartiments  alternativement  ronds  et  losanges.  Derrière  la  Vierge, 
un  meuble  formant  pupitre,  sur  lequel  est  un  livre  ouvert-,  au-dessus 
de  ce  meuble,  tableau  ou  bas-relief  surmonté  d'un  petit  triptyque 
dont  les  volets  sont  ouverts.  Les  premiers  mots  de  VAve  Maria  sont 
inscrits  sur  le  bas  des  deux  pages,  en  lettres  capitales,  de  même  style 
que  les  inscriptions  des  peintures  du  livre  d'Heures  d^Ëtienne  Che- 
valier. —  Le  docteur  Boll  a  fait  reproduire  ce  double  tableau,  p.  G. 

Fol,  2\  v°.  La  Visitation.  Au  second  plan,  élégant  château,  flan- 
qué de  tours  et  placé  sur  une  hauteur,  non  loin  de  constructions  qui 
pourraient  bien  représenter  une  grande  abbaye. 

Fol.  42.  La  naissance  de  l'enfant  Jésus,  que  Joseph  fait  admirer 
à  deux  bergers. 

Fol.  45  v°.  La  naissance  du  divin  enfant  annoncée  par  l'Ange  aux 
bergers.  Le  troupeau  paît  dans  le  voisinage  d'un  grand  château,  adja- 
cent à  une  ville  dont  Fenceinte  est  garnie  de  tours.  —  Sujet  reproduit 
dans  le  mémoire  du  D""  Boll,  p.  5. 

Fol.  37  vo.  La  sainte  Famille,  revenant  d^Égypte,  s'arrête  à  l'ombre 
d'un  magnifique  palmier. 

Fol.  58  v°.  L'enfant  Jésus  est  amené  au  Temple-,  le  vieillard 
Siméon  s'apprête  à  le  recevoir,  debout,  sur  les  degrés,  à  Feutrée  du 
Temple,  dont  l'architecture  est  dans  le  goût  antique. 

Fol.  64.  La  sainte  Vierge  assise  à  côté  de  son  fils  dans  le  ciel.  Le 
bas  du  tableau  est  rempli  par  une  troupe  d'anges  représentés  à 
mi-corps. 

Fol.  70.  Le  Calvaire.  Au  second  plan,  la  campagne,  animée  par  de 
nombreux  cavaliers  et  piétons.  Les  bâtiments  de  Jérusalem  se  voient 
à  l'horizon. 

Fol.  74.  La  descente  du  Saint-Esprit  sur  les  apôtres,  assemblés 
avec  la  sainte  Vierge  dans  un  édifice  antique  à  colonnes,  entre  les- 
quelles des  statues  sont  adossées  au  mur.  Cet  édifice  s'ouvre  sur  une 
large  rue,  dont  les  maisons  sont  munies  de  tours. 

Fol.  80.  Bethsabé  sortant  du  bain,  près  d'une  très  élégante  fon- 
taine, au  milieu  d'un  jardin.  Delà  galerie  extérieure  d'un  somptueux 
palais,  David  la  regarde  avec  complaisance.  —  Page  reproduite  dans 
le  mémoire  du  D""  Boll,  p.  9. 

Fol.  97.  Résurrection  de  Lazare,  en  présence  de  nombreux  témoins 
réunis  dans  une  église  gothique. 


LES   HEURES    DE   JACQUES   CœUR.  -129 

Fol.  -(38.  Soins  donnés  par  les  saintes  femmes  au  corps  de  Jésus, 
descendu  de  la  croix. 

Fol.  -148  v°  et  -149.  La  maison  de  Jacques  Cœur.  —  Reproduite 
dans  le  mémoire  du  D'  Boll,  p.  n.  L'aspect  extérieur  de  cette  mai- 
son est  encore  aujourd'hui  à  peu  près  tel  que  l'a  yue  l'enlumineur 
du  livre  d'Heures.  On  y  remarque,  au  premier  étage  de  la  grande 
tour,  sous  un  dais  fort  ouvragé,  la  statue  équestre  du  roi  Charles  VIL 
—  Au-dessus  des  toits  flottent  sept  pavillons  aux  armes  de  Jacques 
Cœur  :  d'azur  à  la  fasce  d'or,  chargée  de  3  coquilles  de  sable,  accom- 
pagnée de  3  cœurs  au  naturel. 

Fol.  -159.  Sainte  Véronique  tenant  déployée  Tétoffe  sur  laquelle 
était  empreinte  Timage  de  la  sainte  Face. 

Fol.  i6\.  La  mère  de  douleurs  assise,  les  mains  jointes,  au  pied 
de  la  croix.  Un  groupe  de  saintes  femmes  se  tient  debout  à  une 
courte  distance.  Un  beau  paysage  forme  le  fond  du  tableau. 

Indépendamment  de  ces  grands  tableaux,  le  livre  contient,  au 
bas  des  pages  du  calendrier,  de  petites  miniatures,  dont  le  sujet 
est  emprunté  aux  travaux  et  aux  amusements  choisis  pour  carac- 
tériser chaque  mois.  On  y  trouve  aussi,  surtout  dans  la  partie 
des  Suffrages,  un  assez  grand  nombre  de  petits  tableaux  occupant 
en  largeur  la  moitié  de  l'espace  réservé  pour  le  texte. 

Les  encadrements  de  beaucoup  de  pages  du  texte  sont  d'une 
grande  élégance.  Ils  sont  formés  de  quatre  petits  bâtonnets,  des 
nœuds  desquels  partent  des  branchettes  de  verdure  terminées  par 
des  fleurs  ou  des  fruits. 

La  décoration  d'une  autre  partie  des  pages  de  texte  a  été  trai- 
tée avec  un  peu  moins  de  délicatesse.  La  marge  latérale  de  l'ex- 
térieur du  volume  a  seule  reçu  des  enluminures  ;  mais,  dans  les 
feuillages  attachés  aux  bâtonnets,  le  peintre  a  semé  des  oiseaux, 
des  insectes,  des  animaux  fantastiques  et  des  figures  grotesques 
au  milieu  desquels  sont  mêlés  des  emblèmes  et  des  banderoles 
chargés  de  devises. 

Au  bas  des  feuillets  15  v",  138,  159  et  161  avaient  été  peintes 
des  armes,  qui  ont  été  ou  effacées,  ou  remplacées  par  les  armes 
d'un  nouveau  possesseur.  Celui-ci  voulait  sans  doute  faire  dispa- 
raître le  souvenir  de  Jacques  Cœur  pour  qui  le  livre  avait  été 
fait;  mais  il  a  bien  imparfaitement  atteint  le  but  qu'il  semble 
s'être  proposé.  Les  armes  de  Jacques  Cœur  brillent  encore  sur  les 
i  904  y 


^30  LES   HEURES    DE   JACQUES   CCEUR. 

sept  pavillons  des  toits  de  l'hôtel  représenté   vers  la  fin  du 
volume. 

Ont  été  aussi  maintenues  plus  ou  moins  intactes  les  devises  : 

A  CUERS  VAILLANS  RIENS  INPOSSIBLE*. 

Joie  sans  fin,  ou  peut-être  Fin  sans  joie 2. 
Joie  et  douleur^. 
Dire,  faire,  taire^ 

Les  emblèmes  rappelant  le  nom  et  le  prénom  de  Jacques  Cœur 
ont  aussi  été  respectés  : 

Deux  cœurs  ailés,  l'un  rouge,  l'autre  bleu^; 

Deux  cœurs  non  ailés^ ; 

Un  seul  cœur''  ; 

Deux  coquilles  de  saint  Jacques  ^  ; 

Une  seule  coquille^. 

En  voyant  ces  devises,  ces  emblèmes  et  surtout  la  représenta- 
tion de  l'hôtel  qui  couvre  les  fol.  148  v"  et  149,  M.  le  D^'  Franz 
Boll  n'a  pas  hésité  à  déclarer  que  le  livre  avait  été  à  l'usage  de 
Jacques  Cœur  et  que  le  portrait  du  fol.  15  v"  était  bien  celui  de 
ce  célèbre  personnage.  L'identification  ne  peut  être  contestée  : 
les  armes  qui  se  voient  aujourd'hui  au  bas  du  portrait  ont  été 
certainement  superposées  à  celles  de  Jacques  Cœur  dont  la  devise  : 
A  VAILLANS  [cuers]  RIEN  iNPOSSiBLE,  se  lit  cncore  sur  la  bande- 
role déroulée  au-dessus  de  l'écu. 

Le  manuscrit  latin  10103  de  Munich  est  donc  un  des  morceaux 
les  plus  authentiques  de  l'art  français  du  milieu  du  xv**  siècle. 
L'exécution  doit  en  être  rapportée  à  l'époque  où  Jacques  Cœur 

1.  FoL  15  v  et  161;  pages  contenant  l'oraison  Ave  cujus  conceplio,  et,  dans 
les  Suffrages,  les  oraisons  à  Dieu  le  fils  et  à  saint  Denis. 

2.  Fol.  141  r"  et  v°,  et  fol.  144  v°. 

3.  Fol.  164. 

4.  Fol.  188  v°,  la  page  sur  laquelle  est  la  petite  miniature  représentantJésus 
devant  Pilate,  et,  dans  les  Suffrages,  les  pages  contenant  les  oraisons  à  la 
Madeleine  et  à  saint  .\ntoine. 

5.  Dans  les  Suffrages,  aux  oraisons  à  la  Trinité  et  à  sainte  Agathe,  à  la  (in 
du  Siabat.  au  commencement  et  à  la  fin  de  l'oraison  à  la  sainte  Face. 

6.  Page  contenant  l'oraison  à  saint  Jean-Baptiste. 

7.  Fol.  188  v,  à  l'antienne  de  cor  pore  Christi. 

8.  Page  contenant  la  fin  du  Stabat. 

9.  Page  contenant  l'oraison  à  saint  Jean-Baptiste. 


LES    HEURES    DE    JACQUES    CCEUR.  '  ^3^ 

était  à  l'apogée  de  sa  fortune,  quand  il  venait  de  se  faire  cons- 
truire le  magnifique  hôtel  qui  fait  encore  aujourd'hui  l'orgueil  de 
la  ville  de  Bourges,  soit  aux  environs  de  l'année  1450. 

J'ai  dû  me  borner  à  faire  connaître  la  découverte  de  M.  le 
D''  Franz  Boll.  Tous  ceux  qui  s'intéressent  aux  origines  de  la 
peinture  française  doivent  le  féliciter  d'en  avoir  écrit  un  chapitre 
aussi  neuf,  aussi  substantiel  et  aussi  intéressant. 

L.  Delisle. 

Post-Scriptum.  —  Au  premier  moment,  j'avais  cru  qu'on 
pouvait  accepter  sans  réserve  l'opinion  de  M.  le  D'"  Franz  Boll 
sur  la  date  du  manuscrit  dont  il  vient  d'être  question  et  que  ce 
savant  nous  a  si  bien  fait  connaître.  Tel  n'a  pas  été  l'avis  d'un 
antiquaire  du  Berri,  dont  la  compétence  comme  critique  d'art  est 
attestée  parle  livre  intitulé  :  les  Travaux  d'art  exécutés  pour 
Jean  de  France,  duc  de  Berry. 

Après  examen  de  la  photographie  des  miniatures  du  manuscrit 
de  Munich,  M.  Gauchery  est  porté  à  croire  que  ce  manuscrit  a 
été  fait,  non  pas  pour  l'argentier  de  Charles  VII,  mais  pour  son 
petit-fils,  également  nommé  Jacques  Cœur.  Le  portrait  du  fol.  15 
est  celui  d'un  jeune  homme,  et  l'argentier  de  Charles  VII  avait 
plus  de  cinquante  ans  quand  l'hôtel  de  Bourges  fut  achevé  de 
construire.  En  outre,  le  costume  du  portrait  se  rapporte  bien 
aux  modes  de  la  fin  du  xv^  siècle.  Jacques  Cœur,  second  du 
nom,  a  bien  possédé  l'hôtel  de  son  grand-père  et  l'a  vendu  en 
1501.  L'opinion  de  M.  Gauchery  me  paraît  plausible  :  le 
manuscrit  de  Munich  doit  être  une  œuvre  du  temps  de 
Charles  VIII. 

Autre  observation  de  M.  Gauchery.  Le  château  représenté  sur 
le  fol.  21  v°  du  manuscrit  paraît  devoir  être  identifié  avec  le 
château  du  Ljs-Saint-Georges,  que  Jacques  Cœur  a  possédé  dans 
le  Bas-Berry. 


L'INCENDIE 


DE    LA 


BIBLIOTHÈQUE  NATIONALE  ET  UNIVEBSITAIBE 

DE  TURIN. 


Le  l"""  novembre  1903,  le  monde  savant  s'émut  à  la  nouvelle 
de  l'incendie  qui  menaça  la  Vaticane.  Cet  incendie  ne  causa  que 
des  dommages  insignifiants*,  mais  quelques  savants  et  quelques 
politiciens  italiens  en  tirèrent  argument  contre  l'administration 
pontificale,  incapable,  selon  eux,  de  garder,  comme  il  con- 
venait, des  richesses  qui  appartenaient  moins  au  Saint-Siège 
qu'à  l'Italie  même^.  Près  de  trois  mois  après,  par  un  retour 
rigoureux  du  sort,  le  monde  ecclésiastique  reprenait  l'argument, 
mais  à  son  profit  propre-^  Dans  la  nuit  du  26  janvier,  en  efiet, 
avait  éclaté  à  l'Université  de  Turin  un  incendie  violent,  qui 
ravagea  la  Biblioteca  nazionale  ed  universitaria''.  Les 
causes  mêmes  de  l'incendie  n'ont  pas  été  parfaitement  élucidées, 
et  l'on  a  accusé,  encore  une  fois,  l'électricité  d'un  de  ses  habi- 
tuels courts-circuits.  En  tout  cas,  une  des  raisons  de  l'étendue 
du  désastre  semble  avoir  été  que,  dans  l'afiblement  du  début,  on 
oublia  de  prévenir  à  temps  les  employés  de  la  Bibliothèque,  dont 
certains,  comme  M.  Carlo  Frati,  firent  plus  tard  des  efibrts  méri- 
toires pour  arracher  sa  proie  au  feu. 

1.  Bibl.  de  l'Éc.  des  chartes,  1903,  t.  LXIV,  p.  690  et  suiv. 

2.  Même  les  professeurs  Pio  Rajna  et  Tocco  ont  souligné  la  chose  dans  une 
lettre  écrite  à  propos  de  l'allaire  Ehrle,  résumée  plus  bas  {Marzocco,  de  Flo- 
rence, 5  mars  1904). 

3.  Miscellanea  di  storia  ecclesiastica,  Cronaca,  1904,  t.  II,  p.  197. 

4.  Récits  assez  complets  dans  le  Momento,  de  Turin,  et  le  Giornale  d'Italia, 
de  Rome,  27  février  1904. 


l'incendie  de  la  bibliothèque  de  tdriiv.  133 

On  sait  quelle  était  la  valeur  de  la  Bibliothèque  de  Turin  ^ 
A  la  fin  du  xvif  siècle,  l'Université  de  cette  ville  possédait  une 
petite  bibliothèque  à  l'usage  des  professeurs.  Victor-Amédée  de 
Savoie  ayant  tait  construire  le  palais  actuel  de  l'Université, 
achevé  en  1720,  deux  salles  du  second  étage  furent  réservées  à 
la  Bibliothèque,  où  il  incorpora  le  fonds  ducal.  La  Bibliothèque, 
grâce  aux  efforts  du  P.  Roma,  de  Pasini,  de  l'abbé  Pejron,  s'en- 
richit et  s'ordonna.  En  1858,  elle  comprenait  dix  salles,  en 
1899,  vingt-cinq ^  Elle  possédait,  en  1900,  1,095  incunables ^ 
10,321  estampes,  classées  par  écoles  par  G.  Volpato,  cataloguées 
par  A.  Baudi  de  Vesme  (1882),  1,500  volumes  d'éditions  aldines, 
données  par  le  comte  Charles  Alfieri  de  Sostegno,  621  volumes 
hébraïques,  surtout  talmudiques,  donnés  par  l'abbé  T.  Valpergo 
di  Calusa,  des  œuvres  mexicaines,  données  par  un  consul  d'Ita- 
lie, C.  Pomo^  On  y  recevait  375  revues.  C'était  à  la  fois  une 
bibliothèque  universitaire'^  et  une  bibliothèque  d'érudition.  Elle 
était  chère  aux  savants  surtout  par  ses  manuscrits,  au  nombre 
de  4,133  en  1900^  et  répartis  en  un  certain  nombre  de  fonds 
également  intéressants,  quoique  à  titre  différent  :  hébreux,  cata- 
logués par  B.  Peyron;  arabes,  par  C.  Nullino;  persans,  parle 
baron  J.  de  Hammer  ;  coptes,  par  B.  Peyron  et  F.  Rossi;  grecs, 
par  Pasini''  et  Zuretti^  Parmi  les  latins,  les  manuscrits  de  Bob- 
bio,  dispersés  au  moment  de  l'occupation  française,  et  recueillis 
en  partie  à  Turin,  en  1820,  par  l'abbé  A.  Peyron,  avec  l'appui 

1.  Pour  les  publications  la  concernant,  cf.  l'abbé  U.  Chevalier,  Topobiblio- 
graphie, col.  3189-3190. 

2.  Le  Biblioteche  governative  italiane  nel  M DCGCXGVIII...  a  cura  del 
ministero  délia  pubbl.  istruzione.  Rotna,  1900,  in-8%  p.  102. 

3.  Il  convient  de  noter  parmi  eux  un  Roman  de  Lancelot  du  Lac,  sur  par- 
chemin, de  Vérard  (Paris,  1491,  3  in- fol.). 

4.  Voy.  Bolletino  ufficiale  del  minist.  délia  pubbl.  istruz.,  1897,  année  XXIV, 
t.  I,  p.  1409  et  suiv. 

5.  Comme  catalogues  des  livres,  à  noter  :  un  Catalogo  générale  alfabetico, 
depuis  1864;  un  Catalogue  sur  fiches,  depuis  1898;  un  Catalogue  alphabétique 
pour  chacune  des  trente-quatre  subdivisions;  un  Catalogue  mobile  par  matières; 
un  Catalogue  des  récentes  acquisitions,  deux  catalogues,  alphabétique  et  \mr 
matières,  des  périodiques. 

6.  Le  Biblioteche  governative...,  p.  103. 

7.  Codices  mss.  bibliothecse  R.  Taurinensis  Athenaei.  Turin,  M  D  CC  XLIX, 
2  in-fol. 

8.  L'indice  dei  înss.  greci  torinesi  non  contenuti  nel  Catal.  del  Pasini,  au 
t.  IV  des  Studi  itaiiani  di  filologia  classica,  1896,  p.  201-223. 


^34  L'mCElVDIE    DE   LA    BIBLIOTHEQUE 

du  comte  Balbo',  tenaient  une  place  importante 2.  Les  langues 
romanes,  —  française^,  provençale,  italienne,  —  étaient  fort 
dignement  représentées  à  la  Bibliotlièque  de  Turin  :  le  Roman 
de  la  Rose  y  figurait  avec  quatre  manuscrits  du  xrv*'  et  un  du 
XV*  siècle^.  Récemment,  une  étude  attristée  de  M.  Durrieu  dans 
la  Chronique  des  arts'"  rappelait  l'importance  exceptionnelle 
d'un  grand  nombre  des  manuscrits  de  Turin,  et  dans  chaque 
fonds,  pour  l'histoire  des  arts  en  général  et  de  la  miniature  en 
particulier.  L'attention  des  lecteurs  de  la  Bibliothèque  de 
V École  des  chartes  sera  prochainement  attirée  de  nouveau  sur 
les  richesses  artistiques  des  manuscrits  de  Turin  ^  Qu'il  nous 
suffise,  pour  l'instant,  de  rappeler  qu'à  Turin  le  fonds  français 
contenait  comme  morceaux  de  premier  ordre  les  Heures  de 
Savoie,  décrites  par  M.  L.  Delisle^  et  les  deux  portions  les 
plus  anciennes  des  Heures  de  Turin,  ou  de  Jean  de  Berry^. 

Or,  c'est  sur  les  manuscrits  que  le  fléau  semble  s'être  abattu 
avec  le  plus  de  violence.  Les  livres,  on  pourra  en  retrouver 
d'autres  exemplaires,  surtout  si  la  solidarité  scientifique  interna- 
tionale, dont,  par  la  voix  de  M.  P.  Mejer,  l'Académie  des  Ins- 
criptions et  Belles-Lettres  entendit  une  généreuse  manifestation, 
h  sa  séance  du  29  janvier,  peut  trouver  les  moyens  de  s'exercer. 
La  perte  des  incunables  et  des  estampes  n'est  peut-être  pas  irré- 
médiable, encore  qu'il  soit  a  priori  évident  que  certaines 
planches  et  certains  exemplaires  aient  été  représentés  à  Turin 
seulement.  Celle  des  manuscrits  l'est  tout  à  fait. 

Elle  l'est  d'autant  plus  qu'il  reste  difficile  de  la  mesurer  avec 
exactitude.  Les  catalogues,  de  l'aveu  de  M.  E.  Monaci,  profes- 
seur à  l'Université  de  Rome,  n'étaient  pas  tenus  au  courant;  les 
indications  des  anciens  catalogues,  souvent  incomplets,  étaient 

1.  Le  Biblioteche  gover native...,  p.  102. 

2.  Le  catalogue  en  a  été  publié  par  l'éminent  bibliographe  G.  Otlino,  Cata- 
logo  dei  codici  bobbiesi.  Turin,  1890,  in-8°. 

3.  Sur  les  rass.  du  fonds  français,  on  consultera  les  Mittheilungen  de  Sten- 
gel.  Marburg  a.  L.,  1871,  in-8°. 

4.  Dans  un  récent  article,  M.  E.  Monaci  rappelait  les  travaux  des  philologues 
étrangers,  qui  ont  édile  des  niss.  de  Turin  {Per  le  nostre  biblioteche,  dans  la 
Nuova  Antologia,  1"  mars  1904,  p.  95). 

5.  Aux  numéros  des  6,  13  et  20  février  1904. 

6.  Cf.  Durrieu,  Chron.  des  Arts,  p.  56. 

7.  Gazette  des  Beaux-Arts,  1884,  2"=  pér.,  t.  XXIX,  p.  287  et  suiv. 

8.  Cf.  Durrieu,  Gazette  des  Beaux-Arts,  1903,  3°  pér.,  t.  .VXIX,  p.  1  et  suiv. 


JViTIOIVALE    ET   UMVKRSITilRE    DE    TURIIV.  ^  35 

fautives  souvent  :  comment  procéder  à  un  récoleraent  rigoureux'? 
Et  de  fait,  les  premières  nouvelles  venues  de  Turin  furent  pleines 
de  contradictions  étonnantes  de  la  part  d'hommes  qui,  de  par 
leurs  fonctions,  semblaient  devoir  être  du  métier.  On  alla  jusqu'à 
annoncer  la  perte  d'un  livre  d'astronomie,  qui  portait  justement 
le  titre  (ÏOre  di  Torino^.  Pour  le  moment,  du  moins,  il  n'y  a 
encore,  sur  le  désastre  de  Turin,  aucun  rapport  de  publié.  La 
Rivista  degli  Archivi  e  Biblioteche,  dirigée  par  le  distingué 
administrateur  de  la  Laurentienne,  M.  G.  Biagi,  ne  contient  rien 
là-dessus,  et  elle  a  l'intention  seulement  d'organiser  auprès  des 
bibliothécaires  italiens  un  référendum,  pour  faire  connaître  au 
gouvernement  les  desiderata  administratifs  de  cette  catégorie 
de  fonctionnaires^  D'après  le  P.  Ehrle,  préfet  de  la  Vaticane, 
on  ne  publiera  rien.  Et  il  semble  qu'il  doive  en  être  ainsi,  car  on 
aurait  peur,  sans  doute,  en  procédant  à  une  enquête,  qui,  forcé- 
ment, étendrait  ses  investigations,  de  révéler  au  public,  —  et 
aux  électeurs,  —  des  faits  analogues  à  ceux  que  l'on  constata, 
il  y  a  quelques  années,  pour  les  bibliothèques  de  Rome,  la  Vit- 
torio-Emanuele ,  la  Casatanense,  VAlessandrina\  et  qui 
firent  démissionner  un  ministre.  On  pourra  s'étonner,  avec 
M.  G.  Biagi,  que  la  question  n'ait  pas  été  portée  à  la  tribune  de 
la  Chambre  italienne,  où,  à  l'heure  actuelle,  le  précédent  ministre 
de  l'Instruction  publique,  M.  Nasi,  est  vivement  attaqué  sur  dif- 
férents faits  de  son  administration  :  la  tactique  parlementaire 
aurait  eu  profit,  semble-t-il,  à  s'emparer  de  l'événement  de 
Turin,  et,  indirectement,  les  intérêts  de  la  science  y  auraient 
gagné.  Certains  députés  se  sont  seulement  préoccupés  de  la  pré- 
sence, —  officieuse,  —  à  Turin  du  P.  Ehrle,  de  la  Société  de 
Jésus,  consulté  par  les  administrateurs  de  la  Bibliothèque  incen- 
diée sur  la  possibilité  de  réparer  certains  des  manuscrits  endom- 
magés par  le  feu  ou  par  l'eau^. 

1.  Loc.  cit.,  p.  94. 

Q.  Voy.  G.  Biagi,  la  Morale  dell'  incendio  di  Torino,  dans  la  Nuova  Anto- 
logia,  16  mars  1904,  p.  299. 

3.  Voy.  E.  Monaci,  loc.  cit.,  p.  89  et  suiv. 

4.  Voy.  G.  Biagi,  loc.  cit.,  p.  294. 

5.  Question  de  l'honorable  M.  Vigna,  à  la  séance  du  29  février,  à  la  suite 
d'une  violente  attaque  de  la  Gazella  del  Popolo,  de  Turin,  du  14  février,  contre 
le  P.  Ehrle,  dénoncé  comme  jésuite  allemand,  et,  n'ayant,  comme  tel,  pas  le 
droit  de  séjourner  en  Italie,  d'après  un  statut  discuté  de  1848.  C'est  à  celle 


-136  l'incendie  de  la  eibliotbèqde 

Ce  qui  est  vrai,  c'est  que,  le  24  février,  on  annonça  la  signa- 
ture par  le  roi  d'un  décret  qui  autorisait  le  ministre  Orlando  à 
présenter  au  Parlement  un  projet  de  loi  concernant  les  fonds 
nécessaires  à  la  restauration  de  la  Bibliothèque  de  Turin,  en 
même  temps  qu'une  réorganisation  générale  des  services  de 
l'éclairage  et  du  chauffage  des  bibhothèques  et  archives  du 
royaume.  Le  lendemain,  25  février,  le  maire  de  Turin  commu- 
niquait au  Conseil  municipal  une  lettre  du  ministre,  qui  annon- 
çait la  proposition  à  la  Chambre  par  le  Conseil  des  ministres 
d'une  subvention  de  300,000  lires  et  la  nomination  d'une  com- 
mission chargée  d'étudier  le  rétablissement  de  la  Bibliothèque  ^ 
En  attendant  que  l'étude  de  la  réorganisation  proposée  et  que 
les  travaux  de  la  commission  instaurée  soient  achevés,  il  aurait 
été  bon  qu'un  mémorandum  officiel  enregistrât  aussi  exacte- 
ment que  possible  les  pertes  subies  par  la  science  à  Turin.  Il  n'en 
a  rien  été  fait. 

Actuellement,  et  dans  l'état  des  choses,  les  renseignements  les 
moins  inexacts  et  les  plus  complets  qu'on  puisse  donner  sur  l'in- 
cendie de  Turin  doivent  être  empruntés  à  deux  notices,  l'une  du 
professeur  U.  Benigni,  dans  les  Miscellanea  di  sto^Ha  eccle- 
siastica  e  studi  ausiliari\  l'autre  du  professeur  CipoUa,  dans 
Y Archivio  storico  italiano^^  On  a  pu,  paraît-il,  sauver  environ 
le  cinquième  des  manuscrits,  et  dans  ce  nombre  semblent  figurer 
les  plus  précieux.  Ainsi,  on  a  retrouvé  le  tiers  des  manuscrits  de 
Bobbio  :  des  70  on  a  pu  en  identifier  49,  sans  compter  les  frag- 
ments'* ;  on  a  sauvé  le  commentaire  sur  l'Apocalypse  avec  minia- 
tures espagnoles -^  une  Historia  naturalis,  de  Pline,  du 
xv^  siècle ^  la  plupart  des  manuscrits  peints  provenant  du  cardi- 
nal de  la  Rovère,  plusieurs  manuscrits  de  Staffarda,  le  manus- 

occasion  que  MM.  Rajna  et  Tocco  prirent  la  défense  du  P.  Ehrle.  L'affaire, 
depuis,  s'est  complètement  assoupie. 

1.  Cf.  D.  Cliilovi,  Per  la  biblioteca  di  Torbio,  dans  la  Nuova  Antologia, 
16  avril  1904,  p.  700. 

2.  T.  II,  1904,  p.  197-200,  Cronaca. 

3.  1904,  sér.  V,  t.  XXXllI,  p.  267-268.  M.  Cipolla  a  promis  de  compléter  ces 
premiers  renseignements. 

4.  Cipolla,  loc.  cit.,  p.  267. 

5.  I.  II.  1.  Manuscrit  du  xii'  siècle.  Cf.  Durrieu,  Bibl.  de  l'Éc.  des  chartes, 
t.  LIV,  p.  286-288. 

6.  I.  I.  22-23,  avec  deux  grands  frontispices  de  l'École  de  Mantegna.  Cf.  Dur- 
rieu, Chron.  des  Arts,  6  février  1904. 


NATIONALE   ET   DNIVERSITAIRE   DE   TURI>f,  137 

crit  hagiographique  en  caractères  lombards,  dans  le  fonds  latin  ; 
dans  le  fonds  grec,  le  manuscrit  de  Théodoret^  déjà  atteint  par 
l'incendie  de  1659;  dans  le  fonds  hébraïque,  un  Talmud,  en  mau- 
vais état.  Avec  les  fonds  orientaux,  les  fonds  qui  ont  le  plus 
souffert  sont  les  fonds  italien  et  français  :  ainsi  ont  péri  les 
quatre  manuscrits  du  Roman  de  la  Rose,  signalés  plus  haut, 
les  discours  de  Bessarion^  le  manuscrit  unique  du  Chevalier 
errant  du  marquis  de  Saluées''.  Pour  les  Heures  de  Turin,  les 
nouvelles  les  plus  contradictoires  n'ont  cessé  de  circuler  sur  leur 
sort  :  M.  Cipolla  dit  qu'elles  ont  péri,  le  professeur  Benigni 
qu'on  les  a  sauvées;  mais  il  paraît  bien  qu'elles  n'existent 
plus.  Au  nombre  des  manuscrits  disparus,  signalons  encore  un 
manuscrit  du  xv®  siècle  des  Scriptores  HistoyHœ  Augustœ'', 
deux  tomes  de  Miscellanea  sur  Bobbio,  et,  en  outre,  les  Cimeli 
de  la  maison  de  Savoie,  datant  du  temps  de  Charles-Emma- 
nuel P'',  En  revanche,  dans  le  fonds  italien,  on  a  sauvé  le  manus- 
crit à  miniatures  de  la  moitié  du  xiv*^  siècle  provenant  du  cardi- 
nal d'Aragona^. 

La  collection  aldine  a  été  presque  entièrement  détruite.  Mais 
la  collection  de  Volpato,  et  environ  1,000  incunables  ont  échappé 
au  feu^.  Pour  les  livres,  voici,  d'après  le  professeur  Benigni,  et 
dans  l'ordre  de  classement,  les  pertes  enregistrées  : 

3239.  Linguistique; 
2290.  Philologie; 
4147.  Droit  public; 
2760.  Economie  politique  ; 
1974.  Bibliographie; 
5869.  Philosophie; 
4939.  Polygraphie; 
2950,  Biographie; 
2343.  Histoire  littéraire  ; 
2247.  Périodiques. 

1.  B.  1,  2.  Cf.  Durrieu,  Ckron.  des  Arts,  6  février  1904. 

2.  I.  V.  16.  Manuscrit  de  1471.  Cf.  Durrieu,  Chron.  des  Arts,  13  février  1904. 

3.  L.  II.  1.  Cf.  Durrieu,  Chron.  des  Arts,  13  février  1904. 

4.  E.  III.  19,  avec  des  miniatures  qui  sont  peut-être  de  Pisanello.  Cf.  Dur- 
rieu, Chron.  des  Arts,  6  février  1904. 

5.  Cipolla,  loc.  cit.,  p.  267. 

6.  Benigni,  loc.  cit.,  p.  199. 


^38  l'iiVCendie  de  la  bibliothèque 

Pour  les  livres,  on  arrivera,  avec  du  temps  et  de  l'argent,  à 
reconstituer,  ou  peu  s'en  faut,  la  Bibliothèque  de  Turin.  Dès  le 
28  janvier,  la  Frankfurter  Zeitung  publiait  un  appel  du  doc- 
teur A.  Plïmgst  au  monde  scientifique  allemand  dans  le  but  de 
constituer  un  Comité  pour  l'envoi  de  livres  à  la  Bibliothèque  de 
Turin',  et  le  lendemain,  29,  M.  P.  Meyer  proposait  à  l'Acadé- 
mie des  Inscriptions  et  Belles-Lettres  d'offrir  à  la  même  Biblio- 
thèque la  collection  des  publications  de  l'Académie.  Il  est  probable 
que  cette  proposition  généreuse  sera  suivie  d'autres  analogues-. 
La  Società  bibliografica  italiana,  il  est  bon  de  le  faire  savoir, 
s'offre  comme  intermédiaire  entre  les  donateurs  éventuels  et 
l'administration  de  la  Bibliothèque  :  elle  recevra  livres  et  argent 
au  Palazzo  di  Brera  à  Milan  ;  le  Bolletino  de  la  Société  impri- 
mera le  nom  des  donateurs,  la  nature  et  le  montant  des  dons, 
et  la  Bibliothèque  de  Turin  inscrira  sa  reconnaissance  sur  des 
ex-libris  et  sur  un  livre  d'or,  en  même  temps  qu'elle  la  mani- 
festera à  ses  bienfaiteurs  par  l'envoi  d'une  estampe  coramémo- 
rative^  On  sait  par  ailleurs  les  offres  généreuses  faites  à  la 
Bibliothèque  de  Turin  par  l'administration  de  la  Bibliothèque 
nationale,  représentée  par  M.  L.  Dehsle.  Il  serait  bon,  comme  le 
demande  M.  Ghilovi^,  qu'un  Comité  proprement  turinois  s'occu- 
pât de  centraliser  les  efforts  privés  ou  collectifs  de  la  solidarité 
scientifique. 

Pour  les  manuscrits,  il  s'est  agi,  en  premier  lieu,  de  restaurer 
les  fragments  retrouvés.  Presque  aussitôt  après  l'incendie,  le 
P.  Ehrle  avisa  l'administration  d'un  danger  que  couraient  les 
manuscrits  et  les  fragments  de  manuscrits  échappés  au  feu,  et 
qu'elle  ignorait  :  la  putréfaction  consécutive  à  la  fermentation 
du  parchemin ^  On  prit,  au  laboratoire  de  toxicologie  de  l'Univer- 
sité, toutes  les  mesures  nécessaires  contre  ces  effets  délétères  de 
la  putréfaction.  Le  préfet  de  la  Vaticane  a  donné  des  conseils 


1.  Cf.  D.  Chiiovi,  loc.  cit.,  p.  706.  Le  Centralblall  filr  Bibliotheksivesen 
(mars  1904,  p.  137)  exprime  i)liis  vaguement  les  condoléances  de  l'Allemagne 
savante. 

2.  Les  éditeurs  Loesclier,  de  Turin,  Sansoni,  de  Florence,  Giusti,  de  Livourne, 
se  sont  déclarés  tout  prêts  à  offrir  des  exemjjjaires  des  œuvres  publiées  chez 
eux  (D.  Chiiovi,  loc.  cit.,  p.  705). 

3.  Nuova  Antologia,  1"  mars  1904,  p.  185. 

4.  Nuova  Antologia,  16  avril  1904,  p.  706. 

5.  Momento,  de  Turin,  14  février  1904. 


NiTIONALE  Eï  DNIVEKSITAIRE  DE  TURIN.  ^39 

non  moins  précieux  pour  la  restauration  même  des  manuscrits 
et  «  prêté  >•>  l'habile  ouvrier  qui  travaille  pour  sa  bibliothèque. 
Toutefois,  partisan  de  l'emploi,  d'ailleurs  délicat,  de  la  gélatine, 
il  a  considéré  celui  de  la  vapeur  et  du  collodion  comme  présentant 
certains  dangers,  —  au  moins  pour  l'avenir,  —  au  cas  où  un 
nouvel  incendie  s'attaquerait  aux  mêmes  manuscrits,  devenus, 
par  cette  manipulation,  de  véritables  masses  de  fulmi-coton*. 

En  second  lieu,  l'idée  lancée  par  MM.  S.  Reinach  et  Dieulafoy 
à  l'Académie  des  Inscriptions  et  Belles-Lettres  ^  de  photographier 
les  manuscrits  les  plus  précieux,  et  de  les  soustraire  ainsi  à  un 
accident  unique  et  irrémédiable,  a  trouvé  en  Italie  des  partisans^. 
Sur  la  proposition  de  M.  CipoUa,  l'Académie  des  sciences  de 
Turin  a  demandé  au  ministre  de  l'Instruction  publique  les  moyens 
pour  faire  photographier  les  manuscrits  les  plus  importants,  — 
parmi  les  sauvés,  —  de  Turin,  et  M.  Cipolla  a  désigné,  comme 
tels,  les  suivants  : 

Code  théodosien  d'Ivrée  ; 
Lois  lombardes  d'Ivrée  ; 
Evangéliaire  de  Verceil  ; 
Evangéliaire  K  de  Turin; 
Saint  Cyprien  de  Turin  ; 
Lactance  de  Turin  ; 
Théodoret^ 

Mais  déjà,  la  photographie  a  sauvé  d'une  disparition  définitive 
certains  manuscrits  célèbres  de  Turin.  Un  grand  nombre  de 
miniatures  ont  été  reproduites  dans  l'importante  publication  de 


1.  Interview  du  P.  Ehrle,  dans  le  Giornale  d'Italia,  23  février  1904.  —  Le 
P.  Ehrle  a  exposé  sa  façon  de  voir  plus  au  complet  dans  le  Centralblatt  fur 
Bibliothekswesen,  1898.  Cf.  Rev.  des  Bibl.,  t.  VIIl,  p.  152  et  suiv. 

2.  Séance  du  29  janvier  1904.  Comme  conséquence  de  cette  proposition,  un 
projet  de  loi  ouvrant  un  crédit  de  100,000  francs  pour  la  photographie  des 
manuscrits  de  nos  musées  (lis.  :  bibliothèques)  fut  soumis  à  la  Chambre 
(cf.  séance  de  l'Académie  des  Inscriptions  et  Belles-Leltres  du  5  février  1904). 
La  conférence  de  Saint-Gall,  en  1898,  s'était  déjà  préoccupée  de  la  question 
(cf.  Rev.  des  Bibl.,  1898,  t.  VIII,  p.  415  et  suiv.). 

3.  Toutefois,  M.  Monaci  trouve  de  grandes  difTicultés  dans  sa  réalisation. 
{Per  le  nostre  biblioteche,  dans  la  Nuova  Antologia,  1°'  mars  1904,  p.  96.) 

4.  Loc.  cit.,  p.  268. 


i40  l'incendie    de    la    bibliothèque    de   TURIN. 

MM.  CartaS  Cipolla^  et  Frati\  Monumenta  palœographica 
sacra''.  Si  les  Heures  de  Turin  ont  péri,  on  en  retrouvera  au 
moins  la  reproduction  photographique  à  la  pi.  LXI  de  YArte 
antica  alla  /F*  espasizione  nazionale  de  Belle  Arti  in 
Tori)io  nel  1880,  par  M.  Vayra,  et,  compris  les  feuillets  du 
Louvre,  dans  la  belle  publication  ofterte  à  M.  L.  Delisle  à  l'oc- 
casion de  son  jubilé^.  Même  certains  manuscrits  sans  peintures 
seront  sauvés  de  l'oubli  de  cette  manière.  Ainsi,  M.  Cipolla  avait 
entrepris  l'édition  paléographique,  au  moyen  de  la  photogra- 
phie, de  tous  les  manuscrits  de  Bobbio,  avec  la  collaboration  du 
P.  Ehrle^  et  du  bibliothécaire  de  Milan;  or,  il  paraît  qu'en  ce 
qui  concerne  Turin,  les  phototypies,  —  qui  seront,  en  tout,  au 
nombre  de  200,  —  sont  déjà  faites'. 

Ainsi,  le  douloureux  événement  de  Turin  est  plein  d'enseigne- 
ments. MM.  Biagi,  Monaci  etCliilovi  en  ont  déjà  tiré  la  moralité 
première^  Il  faudra  en  tirer  aussi  des  indications  pratiques  pour 
l'agencement  matériel  des  bibliothèques  publiques,  où  aucun  effort 
ne  doit  être  épargné  pour  protéger  les  richesses  périssables  du 
patrimoine  intellectuel  de  l'humanité^  et  aussi  pour  le  recrute- 
ment de  ceux  qui  doivent  assumer  les  responsabilités  et  mériter 
l'honneur  de  cette  garde  même. 

Georges  Bourg  in. 

1.  Administrateur  de  la  Bibliothèque  de  Turin. 

2.  Professeur  à  l'Université. 

3.  Attaché  aux  manuscrits  de  la  Bibliothèque  de  Turin. 

4.  ...  Atlante  pala'ogra/ïco  artistico,  compilato  sut  manoscritli  esposti  alla 
mostra  d'arte  sacra  nel  M  DCCC  XCVIII.  Turin,  Bocca,  1899,  in-fol. 

5.  Heures  de  Turin...,  27  p.  et  45  pi.  Paris,  1902,  gr.  in-i"  (à  200  ex.,  non 
mis  dans  le  commerce). 

6.  La  Vaticane  possède  vingt  manuscrits  provenant  de  Bobbio. 

7.  Interview  du  P.  Ehrle,  déjà  cité. 

8.  Nuom  Antologia,  l"  et  16  mars,  16  avril  1904,  p.  89  et  suiv.,  294  et  suiv., 
et  697  et  suiv. 

9.  M.  Carta  assure  avoir  fait  au  ministère  de  l'Instruction  publique  plusieurs 
demandes  de  crédit,  pour  des  améliorations  ou  des  changements  nécessaires, 
qui  n'eurent  aucune  suite.  Ajoutons  (jue  le  P.  Ehrle,  dans  l'interview  plusieurs 
fois  cité,  signale  l'emploi,  à  la  Valicaiie,  d'enregistreurs  électriques  très  déli- 
cats, qui  peuvent  avertir,  au  moyen  d'une  sonnerie,  le  préfet  lui-même  de 
toute  élévation  de  temi)érature  dans  les  rayons. 


NOTICE 

SUR  LA  VIE  ET  LES  TRAVAUX 


DE 


M.    GASTON    PARIS^ 


Messieurs, 

Lorsque  Gaston  Paris  fut  enlevé,  le  5  mars  1903,  à  la  science  fran- 
çaise, qu'il  avait  si  grandement  honorée,  non  seulement  ses  confrères 
et  ses  collègues,  ses  amis  et  ses  élèves,  mais,  on  peut  le  dire,  tous  ceux 
qui,  en  France  et  à  l'étranger,  s'associent  ou  s'intéressent  au  mouve- 
ment de  la  pensée  contemporaine  éprouvèrent  une  émotion  profonde. 
Car  tous  immédiatement  sentirent  qu'avec  cette  haute  et  noble  nature, 
quelque  chose  de  bon  et  de  puissant  venait  de  s'éteindre. 

Et,  pourtant,  celui  qui  était  ainsi  regretté  n'avait  pas  été  un  de  ces 
créateurs  d'idées  qui  modiflent  profondément  les  manières  de  penser  et 
de  sentir  d'un  siècle  tout  entier.  Ce  qu'il  représentait  d'une  manière 
éminente,  c'était  seulement  une  méthode,  et  encore,  cette  méthode,  il 
ne  l'avait  pas  créée  ;  mais,  grâce  à  un  ensemble  de  qualités  supérieures 
et  variées,  en  même  temps  qu'il  la  développait,  la  perfectionnait  et  lui 
faisait  produire  sans  cesse  des  résultats  nouveaux,  il  l'avait  en  outre 
comme  imprégnée  de  sa  personnalité  et  il  lui  avait  communiqué  par 
là  une  sorte  de  beauté.  Cette  assimilation  intime  et  cette  application 
créatrice  d'une  méthode,  c'est  ce  qui  a  fait  son  mérite  vraiment 
exceptionnel  et  c'est  aussi,  sans  doute,  ce  que  cette  notice  doit  avoir 
pour  objet  principal  de  mettre  en  lumière.  La  vie  et  l'œuvre  de  Gas- 
ton Paris,  dans  leur  variété  pleine  de  force  et  de  charme,  pourraient 
être  étudiées  sous  plusieurs  aspects.  Mais  ici,  dans  cette  Académie,  où 
il  siégeait  comme  un  des  maîtres  de  la  philologie  française,  c'est  le 
philologue  qu'il  faudrait  surtout  représenter,  sans  isoler  toutefois  ses 

1.  Lue  dans  les  séances  de  l'Académie  des  inscriptions  et  belles-leltres,  les 
15  et  22  janvier  et  le  5  février  1904. 


-142  NOTICE    SDR    LA    VIE    ET    LES    TRAVAUX 

travaux  de  sa  vie  intellectuelle  et  morale,  qui,  seule,  peut  les  expliquer 
complètement. 

Je  ne  me  dissimule  pas,  Messieurs,  combien  celui  à  qui  est  échue 
cette  tâche  est  peu  en  état  de  la  remplir  comme  il  faudrait;  mais 
l'opinion  des  savants  les  plus  compétents  s'est  prononcée  avec  une 
telle  unanimité  sur  les  travaux  de  Gaston  Paris  qu'il  me  suffira 
presque  toujours  de  la  recueillir  et  que  je  pourrai  les  laisser  parler  très 
souvent  là  où  je  n'aurais  vraiment  pas  le  droit  de  juger  par  moi-même. 


Gaston-Bruno-Paulin  Paris  naquit  à  Avenay,  bourg  du  département 
de  la  Marne,  le  9  août  4839. 11  appartenait  à  une  très  ancienne  famille. 
Son  grand-père  paternel  y  avait  exercé  les  fonctions  de  notaire.  Son 
père,  Paulin  Paris,  y  était  né  le  25  mars  1800. 

C'était  donc  une  vraie  lignée  provinciale,  solidement  enracinée  dans 
ce  canton  de  la  Champagne,  et,  s'il  n'y  avait  toujours  quelque  témé- 
rité à  vouloir  démêler  les  influences  premières  de  la  race  et  de  la  pro- 
vince chez  un  homme  dont  la  personnalité  originale  s'est  développée 
dans  un  milieu  large  et  varié,  on  aimerait  à  noter  que  Gaston  Paris 
était  d'une  région  de  la  France  où  les  esprits  sont  souvent  nets  et  pré- 
cis, où  le  bon  sens  se  revêt  volontiers  d'une  certaine  grâce  spirituelle 
et  enjouée,  où  les  caractères  inclinent  peut-être  plus  qu'ailleurs  vers 
une  sagesse  aimable  et  vers  une  modération  délicate. 

En  tout  cas,  sa  province  lui  tenait  au  cœur.  Il  aima  toute  sa  vie  le 
lieu  de  sa  naissance,  la  vieille  maison  paternelle,  d'une  de  ces  affec- 
tions profondes  dont  la  force  bienfaisante  se  révèle  surtout  aux  jours 
de  crise.  En  1889,  âgé  déjà  de  cinquante  ans,  lorsqu'un  coup  doulou- 
reux vint  à  le  frapper,  fuyant  en  quelque  sorte  le  foyer  que  la  mon 
avait  désolé,  ce  fut  à  Avenay  qu'il  alla  chercher  quelque  consolation, 
et  il  écrivait  de  là  à  un  ami  lointain  ces  lignes  émues  :  «  Je  suis  venu 
dans  mon  nid,  comme  un  oiseau  malade,  pour  tâcher  de  me  refaire  un 
peu  de  courage  et  de  vitalité'.  »  «  Bien  souvent,  a  dit  un  de  ceux  qui 
l'ont  bien  connu,  il  mêlait  à  ses  conversations  intimes  le  nom  de  son 
village  d'Avenay  et  les  souvenirs  des  années  d'enfance  qui  le  lui  ren- 
daient si  cher  2.  » 

Ses  études  classiques  se  firent  à  Paris,  au  collège  Rollin.  Il  en  sortit 
en  1856,  à  dix-sept  ans.  Sans  insister  ici  sur  ses  succès  d'écolier,  il  faut 
du  moins  rappeler  en  passant  ce  qu'il  dut  à  l'enseignement  simple  et 

1.  Lettre  au  professeur  Henri  Morf  (citée  dans  Francfurter  Zeitung,  11  et 
12  mars  1903). 

2.  Discours  de  M.  Morel-Fatio,  Rev.  intern.  de  l'enseignement,  15  avril 
1903,  p.  304. 


DE   M.    GiSTON    PARIS.  -143 

solide  qui  se  donnait  alors  dans  nos  collèges.  Tous  ceux  qui  ont  connu 
Gaston  Paris  ont  pu  apprécier  l'indépendance  de  son  esprit,  la  largeur 
de  son  goût  qu'aucun  dogmatisme  traditionnel  ne  rétrécissait;  mais 
tous  savent  aussi  à  quel  point  on  sentait  en  lui  affleurer  sans  cesse  la 
tradition  grecque  et  latine,  combien  il  connaissait  familièrement  les 
auteurs  anciens  et  dans  quelle  large  mesure  tout  son*  être  moral  était 
imbu  de  cette  secrète  influence  d'Horace  et  de  Virgile,  d'Homère  et  de 
Sophocle,  dont  la  vertu  éducatrice  s'est  fait  sentir  chez  nous  à  tant  de 
générations  ^. 

Toutefois,  l'enseignement  du  collège  ne  fut  peut-être  pas  celui  qui, 
en  ces  années  d'enfance  et  de  première  jeunesse,  agit  sur  lui  de  la 
façon  la  plus  décisive.  Les  leçons  qui  déterminèrent  vraiment  sa  voca- 
tion, et  qui  le  firent  ce  qu'il  a  été,  lui  vinrent  surtout  de  son  père. 

Il  n'y  a  pas  lieu  de  redire  ici  longuement  qui  était  ce  père  si  aimé  et 
si  respecté.  Paulin  Paris  a  été  membre  de  cette  Académie  pendant 
quarante-quatre  ans,  de  1837  à  1881.  Il  a  été  loué,  après  sa  mort,  par 
M.  le  secrétaire  perpétuel  dans  une  notice  que  tous  ses  confrères  ont 
lue  ou  entendue  et  qu'ils  n'ont  pas  oubliée  2.  Son  fils  lui-même  a  fait 
de  lui  le  sujet  d'une  de  ses  leçons  d'ouverture  au  Collège  de  France,  et 
ces  pages,  dont  quelques-unes  sont  exquises,  ont  été  recueillies  dans 
le  premier  volume  de  la  Poésie  au  moyen  âge,  qui  est  dans  toutes  les 
mains.  Il  suffit  donc  de  rappeler  quelle  intelligente  curiosité  et  quel 
goût  de  notre  histoire  nationale  fit  de  Paulin  Paris,  dès  sa  jeunesse, 
une  sorte  d'apôtre  du  moyen  âge  français  et  de  sa  littérature.  Cet 
homme  d'esprit,  dont  la  «  bonhomie  souvent  piquante  »  et  la  «  malice 
mêlée  de  discrétion  »  ont  été  si  bien  notées  dans  la  leçon  que  je  viens 
de  mentionner  3,  avait  une  passion  :  celle  des  manuscrits,  où  dormaient 
encore,  à  peine  connues,  tant  d'œuvres  qui  étaient  les  témoins  du 
passé  de  la  France.  Il  avait  commencé  à  les  lire  dès  sa  jeunesse, 
lorsque  personne  à  peu  près  ne  les  lisait,  et  il  consacra  toute  sa  vie  à 
les  déchiffrer,  à  les  publier,  à  les  faire  connaître,  soit  par  ses  écrits, 
soit  par  son  enseignement  au  Collège  de  France,  dans  la  chaire  qu'il 
inaugura  en  1853,  enfin  à  leur  recruter,  jusque  dans  la  société  mon- 
daine, des  lecteurs,  et,  encore  mieux,  des  lectrices^'.  Trop  avisé  pour 

1.  Il  écrivait  en  1881  :  «  ...  Le  grand  Panthéon  de  l'esprit  humain,  oîi  la  cou- 
pole centrale  abritera  toujours  les  marbres  immortels  de  la  Grèce  »  {Poésie  au 
moyen  âge.  l"'^  série,  p.  218). 

2.  Notice  sur  la  vie  et  les  travaux  de  M.  Paulin  Paris,  par  M.  Henri  Wal- 
lon. Paris,  1882. 

3.  G.  Paris,  Poésie  au  moyen  âge,  t.  I,  p.  240  et  248. 

4.  Ibid.,  p.  219  :  «  Toute  sa  vie,  il  chercha  à  en  répandre  le  goût,  à  leur 
conquérir  des  sympathies  chez  les  gens  du  monde,  chez  les  littérateurs  purs, 
chez  les  femmes  elles-mêmes.  » 


HA  NOTICE    SUR    LA   VIE    ET   LES   TRAVAUX 

en  surfaire  le  mérite  littéraire,  il  les  aimait  pourtant  avec  une  sincé- 
rité communicative  et  il  en  répandait  l'amour  autour  de  lui.  Dès  1828, 
il  avait  eu  le  très  grand  bonheur  d'être  attaché  au  Cabinet  des  manus- 
crits de  la  Bibliothèque  du  roi.  Ainsi  entré,  comme  l'a  écrit  son  fils, 
«  dans  ce  paradis  où  tous  les  fruits  étaient  à  la  portée  de  sa  main,  »  il 
y  passa  près  de  cinquante  ans  «  dans  le  travail  le  plus  passionné  et  le 
plus  doux^,  »  gagnant  peu  à  peu  ses  grades  et  changeant  de  titre, 
mais  non  d'habitudes  ni  de  dévotion. 

Ce  fut  justement  à  la  porte  de  ce  même  paradis,  dans  un  des  bâti- 
ments où  étaient  alors  logés  les  principaux  conservateurs  de  la  Biblio- 
thèque du  roi,  que  le  jeune  Gaston  Paris  grandit  auprès  de  son  père, 
recevant  de  lui  ces  influences  profondes  qui,  bien  souvent,  tracent  dans 
une  âme  d'enfant  les  grands  traits  d'une  vocation  et  d'une  destinée. 
Paulin  Paris  lui  contait  paternellement  nos  vieilles  chansons  de  geste, 
qu'il  connaissait  dans  les  moindres  détails  ;  il  ressuscitait  pour  lui,  en 
de  longs  et  charmants  récits,  les  héros  historiques  ou  légendaires  de  la 
vieille  France,  et  l'on  peut  croire  que  Roland  et  Olivier,  Huon  et 
Garin,  grâce  à  cette  première  connaissance  que  l'écolier  avait  liée  avec 
eux  en  écoutant  son  père,  devinrent  dès  lors  et  pour  toujours  dans  son 
imagination,  non  pas  des  figures  lointaines  et  vagues,  mal  détachées  de 
nos  vieux  livres,  mais  des  êtres  vivants  qu'il  voyait  agir  et  qu'il  enten- 
dait parler  2. 


1.  G.  Paris,  Poésie  au  moyen  âge,  t.  I,  p.  116  et  221. 

2.  C'est  à  peu  près  ce  qu'il  a  dit  lui-même  dans  la  dédicace  à  son  père,  en 
iêle  de  son  Histoire  poétique  de  Chaiiemagne  :  «  Mon  cher  père,  tout  enfant 
je  connaissais  Roland,  Berlhe  aux  Grands-Pieds  el  le  bon  cheval  Bayard,  aussi 
bien  que  la  Barbe-Bleue  ou  Cendrillon.  Vous  nous  racontiez  parfois  quelques- 
unes  de  leurs  merveilleuses  aventures,  el  l'impression  de  grandeur  héroïque 
qu'en  recevait  notre  imagination  ne  s'est  point  effacée.  »  —  M.  Henri  Morf, 
dans  l'article  nécrologique  cité  plus  haut,  a  écrit  spirituellement  à  ce  sujet 
quelques  lignes  que  je  me  permets  de  traduire  :  a  La  maison  paternelle  fut 
pour  l'enfant  une  école  d'enthousiasme.  Le  père  et  le  fils  entreprirent 
ensemble  lant  de  chevauchées  dans  la  vieille  terre  romantique,  sur  les  traces 
de  l'empereur  Charles  et  de  ses  paladins  ou  à  la  suite  des  chevaliers  de  la 
Table  Ronde,  que  ce  monde  évanoui  demeura  pour  Gaston  Paris,  jusqu'à  la  fin 
de  sa  vie,  comme  une  parcelle  de  sa  propre  jeunesse.  »  —  Il  faut  enfin  rappe- 
ler également  ici  le  souvenir  si  touchant  qu'il  donnait  à  la  mémoire  de  son 
père  en  se  retrouvant  après  quarante  ans,  en  1900,  dans  la  ville  de  Dresde, 
qu'il  avait  autrefois  visitée  avec  lui  en  1857  ;  c'est  de  là  qu'il  lui  dédiait  son 
volume  des  Poèmes  et  légendes  du  moyen  âge,  dont  la  préface  se  termine 
ainsi  :  «  Qu'il  me  soit  permis  de  dédier  ces  pages  à  sa  mémoire,  toujours, 
mais  particulièrement  aujourd'hui,  si  présente  au  cœur  de  ses  enfants.  S'il 
pouvait  les  lire,  il  aimerait  à  y  retrouver,  à  défaut  d'autre  mérite,  les  senti- 
ments qui  lui  étaient  les  plus  chers  et  qu'il  s'est,  dès  mon  enfance,  attaché  à 


DE   M.    GASTON   PARIS.  ^/l5 

Ainsi,  dès  la  maison  paternelle,  il  était  prédestiné  à  l'étude  du 
moyen  âge  français.  Mais,  pour  l'y  mieux  préparer,  son  père  voulut 
qu'au  sortir  du  collège  il  allât  compléter  son  éducation  à  l'étranger. 
L'Allemagne  était  alors,  en  1856,  comme  elle  l'a  été  pendant  tout  le 
xix«  siècle,  le  principal  foyer  des  études  philologiques.  Les  travaux  de 
Paulin  Paris  lui  avaient  fait  connaître  de  nom  et  a'pprécier  l'illustre 
Frédéric  Diez,  professeur  de  langues  romanes  à  l'Université  de  Bonn. 
Il  comprit  que  son  fils  trouverait  auprès  de  ce  maitre  renommé  ce  qui 
lui  avait  manqué  à  lui-même  malgré  ses  hautes  qualités  et  son 
immense  labeur,  à  savoir  l'initiation  à  une  science  grammaticale 
méthodique  et  précise.  En  outre,  il  pensait  sans  doute,  avec  raison, 
qu'un  séjour  en  Allemagne  rendrait  le  jeune  homme  familier  avec  la 
langue  allemande,  instrument  de  recherche  et  d'information  désormais 
indispensable,  dont  il  avait  souvent  regretté  lui-même  de  ne  pouvoir 
faire  usage.  Il  se  décida  donc  à  l'envoyer  à  Bonn. 

Gaston  Paris  suivit  les  cours  de  cette  Université  pendant  l'an- 
née 1856-1857,  et  il  y  fut  tout  particulièrement  l'élève  de  Frédéric  Diez. 
Lorsqu'il  rappelait  plus  tard  les  souvenirs  de  ce  temps,  il  disait  que 
l'enseignement  donné  par  le  maître  dans  sa  chaire  n'était  pas  celui  qui 
lui  avait  le  plus  profité.  Diez,  né  en  1794,  avait  alors  soixante  ans;  il 
était  en  pleine  possession  de  sa  science  et  de  ses  facultés  critiques; 
mais  sa  manière  d'enseigner  n'avait  jamais  été  très  vivante  ni  très 
agissante  ^.  Aussi,  comme  il  arrive  souvent,  les  relations  directes  et 
intimes  avec  le  maître  eurent-elles  pour  l'étudiant  plus  de  valeur 
encore  que  les  leçons  proprement  dites.  Cet  homme  excellent  avait 
accueilli  avec  une  cordialité  affectueuse  le  jeune  étranger,  recommandé 
par  le  nom  qu'il  portait,  et  le  traitait  presque  comme  un  hls.  En  cau- 
sant avec  lui,  il  lui  ouvrait  les  trésors  de  son  immense  érudition,  lui 
suggérait  mille  aperçus  féconds  et  l'attachait  pour  toujours  à  la 
méthode  qu'il  pratiquait  lui-même  avec  tant  de  succès.  Ce  fut  à  Bonn, 
et  surtout  dans  ces  simples  entretiens,  que  la  valeur  de  la  grammaire 
comparée  se  révéla  complètement  à  Gaston  Paris,  et  l'on  sait  quelle  fut 
l'influence  de  cette  révélation  sur  sa  vie  entière.  Pour  peindre  le 
maître  et  ses  relations  avec  son  élève,  rien  ne  vaut  le  témoignage  que 
celui-ci  insérait,  six  ans  plus  tard,  dans  la  préface  mise  par  lui  en 
tête  d'une  traduction  du  principal  ouvrage  de  Diez  :  «  Tous  ceux  qui 
connaissent  M.  Diez  savent  quelle  est  la  bonté  et,  si  j'ose  ainsi  dire,  la 
candeur  de  ce  grand  et  modeste  savant.  J'ai  été  pendant  une  année 
son  auditeur  à  Bonn,  et  il  doit  m'étre  permis  particulièrement  de 

m'inculquer  :  l'amour  de  l'étude,  l'amour  de  notre  vieille  poésie  et  l'amour  de 
la  douce  France.  » 

l.  Article  du  professeur  d'Ovidio,  de  Naples  :  Fanfulla  délia  Domenica. 
Rome,  15  mars  1903,  d'après  des  communications  personnelles  de  G.  Paris. 
4  904  ^0 


-146  NOTICE    SUR   LA   VIE    ET    LES   TRAVAUX 

parler  avec  reconnaissance  de  cette  bienveillance  et  de  cette  simplicité 
qui  lui  ont  fait  des  amis  de  tous  ses  élèves.  C'est  aussi  par  un  exemple 
personnel  que  je  veux  faire  apprécier  le  désintéressement  complet  qu'il 
apporte  dans  les  questions  scientifiques.  Étudiant,  l'année  dernière,  un 
point  sur  lequel  je  me  trouvais  un  peu  en  désaccord  avec  sa  gram- 
maire, je  lui  écrivis  pour  lui  demander  son  avis,  et  je  reçus  cette 
réponse  :  «  "Voici  mon  conseil,  mon  cher  arai  ;  si  vous  êtes  en  doute 
de  ce  que  j'avance,  suivez  votre  inspiration  et  n'allez  pas  surfaire  une 
autorité  étrangère.  Nous  nous  trompons  tous,  et  les  vieilles  gens  sont 
spécialement  sujets  à  ce  défaut  de  se  tenir  attachés  à  une  idée  à 
laquelle  ils  sont  accoutumés.  La  jeunesse  est  plus  vive  et  plus  libre  ; 
elle  trouve  souvent  ce  qui  nous  échappe.  Si  vous  me  découvrez  des 
fautes,  dites-le  sans  hésiter;  je  vous  en  remercierait  »  Si  cette  admi- 
rable et  charmante  lettre  n'était  pas  de  Frédéric  Diez,  elle  pourrait 
être  de  Gaston  Paris;  elle  nous  découvre  entre  eux  une  ressemblance 
morale  qui  explique  l'attachement  de  l'élève  pour  son  maître. 

L'année  suivante,  en  1857-1858,  il  continua  ses  études  en  Alle- 
magne. De  Bonn,  il  était  passé  à  Gœttingue,  sans  doute  pour  se  con- 
former à  un  usage  des  étudiants  allemands  qui  aiment  à  entendre  suc- 
cessivement les  maîtres  les  plus  renommés.  Là  enseignaient  alors 
Benfey,  Théodore  Millier,  Ernest  Gurtius.  Ge  dernier  venait  justement 
de  publier  le  tome  I  de  son  Histoire  grecque  (1857).  Sa  science  et  son 
imagination  réunies  devaient  prêter  à  son  enseignement  une  séduction 
puissante.  Gaston  Paris  se  vit  ainsi  ramené  à  ses  études  classiques 
qu'il  renouvela  et  compléta  :  «  Il  m'a  souvent  dit,  a  écrit  M.  Georges 
Perrot,  quel  profit  il  avait  tiré  dans  la  suite,  pour  ses  études  spéciales, 
de  l'élan  qui  l'avait  alors  emporté  vers  la  Grèce  2.  » 

Ainsi,  soit  à  Gœttingue  soit  à  Bonn,  son  commerce  avec  la  science 
allemande  avait  été  fructueux.  Il  revint  dans  son  pays  en  1858,  rap- 
portant avec  lui  des  principes,  des  souvenirs  et  des  habitudes  d'esprit 
dont  il  ne  devait  pas  tarder  à  tirer  parti  avec  éclat. 

Peu  après  son  retour,  en  1859,  il  entra  à  l'École  des  chartes.  Il  est 
aisé  de  concevoir  ce  qu'un  esprit  tel  que  le  sien  dut  gagner  en  force, 
en  expérience,  en  savoir  dans  ce  milieu  intelligent  et  laborieux  où  les 
études  historiques  étaient  cultivées  avec  ardeur,  sous  la  direction  de 
maîtres  remarquables.  Plusieurs  de  ses  condisciples  siègent  aujourd'hui 
dans  cette  Académie,  et  quelques-uns  d'entre  eux  ont  bien  voulu  me 
dire  le  souvenir  qu'ils  avaient  gardé  des  fortes  et  brillantes  qualités  qui 

1.  Introduclion  à  la  grammaire  des  langues  romanes,  par  Frédéric  Diez, 
traduite  de  rallemand  par  Gaston  Paris.  Paris  et  Leipzig,  Franck,  1863.  Pré- 
face du  traducteur,  p.  xvni. 

2.  Discours  prononcé  aux  obsèques  de  G.  Paris,  Rev.  intern.  de  l'enseigne- 
ment, 14  avril  1903,  p.  296. 


DE    M.    GiSTON   PARIS.  ^/,7 

déjà  se  manifestaient  en  lui.  Ils  ne  m'ont  pas  dit  quel  profit  il  avait 
tiré  de  ses  relations  avec  eux.  Mais  vous  le  devinerez  facilement;  cet 
échange  incessant  d'idées  et  d'exemples,  de  critiques  et  de  conseils, 
cette  camaraderie  de  l'intelligence  et  du  cœur  qui  donne  tant  de 
charme  à  la  vie  de  nos  grandes  écoles,  n'est-ce  pas  aussi,  pour  une 
bonne  part,  ce  qui  en  fait  la  valeur?  Quant  à  Ses  maîtres,  quels 
furent,  parmi  eux,  ceux  qui  agirent  le  plus  efficacement  sur  son 
esprit?  Je  n'oserais  en  décider,  faute  d'information  suffisante.  Notons 
seulement  qu'il  eut  toujours  une  haute  et  respectueuse  considération 
pour  Jules  Quicherat,  et  que,  dans  son  premier  ouvrage,  il  a  rendu  un 
hommage  particulier  à  F.  Guessard  en  rappelant  «  son  érudition  pro- 
fonde et  sûre,  la  finesse  de  son  esprit  et  la  netteté  de  ses  vues*.  »  Il 
sortit  de  l'École  en  janvier  1862,  le  second  de  sa  promotion 2. 

Gaston  Paris  avait  alors  vingt-trois  ans.  Ses  heureuses  qualités 
naturelles,  développées  par  une  éducation  aussi  forte  que  variée,  étaient 
en  plein  épanouissement.  Une  mémoire  excellente  qui  apprenait  tout 
et  n'oubliait  rien,  une  intelligence  prompte  et  ouverte,  le  goût  des 
idées  et  celui  des  faits,  une  curiosité  vraiment  universelle,  une  apti- 
tude rare  à  l'étude  des  langues  étrangères,  la  plus  remarquable  clarté 
d'esprit  jointe  à  la  puissance  du  raisonnement  et,  avec  cela,  le  senti- 
ment très  vif  du  beau,  de  l'art,  de  la  poésie,  une  âme  à  qui  rien  d'hu- 
main n'était  étranger.  Admirablement  muni  de  connaissances  et 
capable  d'en  acquérir  sans  cesse  de  nouvelles,  il  aurait  pu  être,  avec 
un  succès  égal,  historien  ou  littérateur;  il  aurait  pu  écrire  sur  presque 
tous  les  sujets  et  se  faire  un  nom  dans  le  genre  qu'il  aurait  choisi. 
Mais  il  ne  semble  pas  qu'il  ait  jamais  hésité  sur  sa  vocation.  C'était  la 
philologie  qui  l'attirait  irrésistiblement,  et,  dans  le  domaine  de  la  phi- 
lologie, c'était,  par  héritage,  la  langue  et  la  littérature  du  moyen  âge. 
Il  l'aborda  tout  d'abord  par  son  côté  le  plus  sévère. 


II. 

La  thèse,  qui  lui  valut  à  sa  sortie  de  l'École,  en  1862,  le  titre  d'ar- 
chiviste-paléographe, était  en  effet  une  simple  étude  de  grammaire 
suf  le  Rôle  de  l'accent  latin  dans  la  langue  française^;  mais  cette  étude 
annonçait  un  maître.  Publiée  peu  après,  «  avec  quelques  modifications 
de  fond  et  de  forme,  »  en  un  petit  volume  qui  n'avait  pas  150  pages, 
elle  fit  sensation  parmi  les  philologues  dès  qu'elle  parut,  et  on  peut 

1.  Rôle  de  l'accent  latin.  Avant-Propos,  p.  2. 

2.  Le  premier  était  notre  confrère  M.  Paul  Viollet. 

3.  Élude  sur  le  râle  de  l'accent  latin  dans  la  langue  française,  par  Gaslon 
Paris.  Paris,  Franck,  1862. 


-148  NOTICE   SUR   LA    VIE   ET   LES   TRAVAUX 

dire,  je  crois,  qu'après  quarante  ans,  malgré  les  progrès  de  la  science, 
elle  est  demeurée  classique  en  son  genre. 

La  doctrine  qu'il  y  exposait  n'était  pourtant  en  elle-même  que  celle 
de  son  maître,  Frédéric  Diez,  comme  il  se  plaisait  à  le  déclarer  dès  les 
premières  pages,  et  il  reconnaissait,  avec  la  même  loyauté,  tout  ce  qu'il 
devait  aux  travaux  de  Littré,  d'Egger,  de  Baudry,  de  Benlœw,  de 
notre  éminent  confrère  M.  Henri  Weil,  enfin  de  Louis  Quicherat'. 
Mais,  tout  d'abord,  il  avait  eu  le  mérite  d'isoler,  avec  une  rare  sûreté 
de  coup  d'œil,  un  fait  capital,  celui  sur  lequel  il  était  peut-être  le  plus 
nécessaire  alors  d'appeler  et  de  concentrer  l'attention.  Ensuite,  et  sur- 
tout, il  étudiait  ce  fait  avec  une  sûreté  de  méthode,  une  variété  d'aper- 
çus et  une  rigueur  de  démonstration  qui  donnaient  à  son  livre  une 
valeur  de  premier  ordre.  C'était  merveille  de  voir  avec  quelle  scrupu- 
leuse exactitude  chaque  détail  y  était  traité  et  combien  l'auteur,  en  fai- 
sant ressortir  les  grandes  lois,  avait  eu  souci  d'expliquer  des  exceptions 
qui  semblaient  alors  inexplicables. 

Mais  si,  par  ce  début  éclatant,  Gaston  Paris  avait  immédiatement 
marqué  sa  place  dans  la  philologie  proprement  dite,  il  ne  comptait  pas 
s'y  enfermer.  Sans  parler  de  ses  études  de  droit,  qui  aboutissaient,  en 
cette  même  année  1862,  à  une  thèse  sur  la  Tutelle  et  à  l'obtention  du 
grade  de  licencié 2,  il  en  poursuivait  alors  d'autres,  bien  autrement 
importantes,  en  vue  de  son  doctorat  es  lettres. 

Il  avait  choisi  comme  sujet  de  ses  thèses  l'ensemble  des  récits  et 
légendes  relatifs  à  Gharlemagne.  De  1862  à  1865,  il  se  donna  tout 
entier  aux  recherches  immenses  qu'il  exigeait  et  aux  réflexions  que  ces 
recherches  éveillaient  en  lui.  On  pourrait  retrouver  la  trace  de  ce 
labeur  préparatoire  dans  des  articles  de  revues,  que  je  ne  crois  pas 
devoir  énumérer  ici,  mais  où  il  se  montrait  préoccupé  des  conditions 
générales  de  la  vie  de  l'épopée,  de  la  diversité  de  ses  formes,  de 
son  adaptation  au  milieu  où  elle  se  produit^.  La  riche  bibliothèque  de 
son  père  lui  offrait,  pour  ses  recherches,  des  ressources  incomparables, 
qu'il  mettait  à  profit  avec  une  activité  passionnée'*.  Au  bout  de  trois 

1.  Introduction,  p.  6,  11,  106. 

2.  Thèses  de  licence  en  droit,  soutenues  le  jeudi  28  août  1862  :  droit 
romain,  De  tutela;  droit  français,  De  la  tutelle.  Imprimées  à  Paris,  chez 
Jouaust  père  et  fils,  rue  Sainl-Honoré,  338;  1862. 

3.  Rev.  germ.,  1861,  élude  sur  Huon  de  Bordeaux;  môme  revue,  la  Chan- 
son de  Roland  et  les  Mibelungen,  recueillis  plus  tard,  avec  d'importantes 
modifications,  dans  les  Poèmes  et  légendes  du  moyen  âge.  Paris,  1900. 

4.  Histoire  poétique  de  Charlemagne,  dédicace  à  son  père  :  «  Quand  j'ai 
voulu,  à  mon  tour,  étudier  l'origine  de  ces  vieux  récits,  leur  caractère  et  les 
formes  diverses  qu'ils  ont  revêtues,  votre  bibliothèque,  rassemblée  avec  tant 
de  soin  dejiuis  plus  de  trente  années,  a  mis  à  ma  disposition  des  matériaux 
qu'il  m'eût  été  bien  difficile  de  réunir  et  souvent  même  de  soupçonner.  » 


DE    M.    GASTO;V   PARIS.  149 

ans,  VHistoîre  poétique  de  Charlemagne  fut  achevée,  en  même  temps 
qu'une  thèse  latine  sur  la  Chronique  du  faux  Turpin.  En  1865,  à  vingt- 
six  ans,  il  présentait  ces  deux  ouvrages  à  la  Faculté  des  lettres  de 
Paris,  et,  après  une  soutenance  brillante,  obtenait  d'elle  le  grade  de 
docteur  es  lettres. 

Ce  qui  frappe  tout  d'abord  le  lecteur  dans  VHistoîre  poétique  de  Char- 
lemagne, c'est  l'étendue  des  recherches  dont  elle  témoigne.  Le  souvenir 
du  grand  empereur  s'étant  répandu  dans  toute  l'Europe  et  ayant  sus- 
cité partout  des  récits  en  vers  ou  en  prose,  c'était  dans  toutes  les  litté- 
ratures européennes  qu'il  avait  fallu  recueillir  les  éléments  de  cette 
immense  synthèse.  Un  des  maîtres  de  la  philologie  romane,  M.  d'An- 
cona,  a  fait  ressortir  avec  raison  ce  qu'il  y  avait  de  merveilleux,  —  le 
mot  n'est  pas  trop  fort,  —  dans  la  science  de  ce  jeune  homme  «  qui 
possédait  le  vieux  français  et  le  provençal,  l'allemand,  le  flamand,  le 
Scandinave,  l'anglais,  l'italien,  l'espagnol  et  qui  savait  mettre  en  œuvre 
et  disposer  avec  sûreté  les  textes  empruntés  à  ces  idiomes  <.  »  Cet 
étonnement  est  d'autant  plus  légitime  que  le  jeune  auteur  avait  lu  par 
lui-même  et  dans  l'original  la  plupart  des  ouvrages  qu'il  analysait,  et 
il  les  possédait  si  bien  que  son  gros  volume  put  être  rédigé  bien  plus 
avec  des  souvenirs  qu'avec  des  notes.  A  ce  mérite  d'information  s'ajou- 
tait celui  d'une  ordonnance  excellente,  qui  attestait  à  quel  point  l'éru- 
dition, chez  Gaston  Paris,  était  pénétrée  d'intelligence  :  «  Si  grande 
que  soit  la  quantité  des  détails,  ajoute  le  même  juge,  l'intelligence  de 
l'auteur  sait  mettre  chaque  chose  à  sa  place,  et  ce  qui  semblait  une 
masse  chaotique  de  débris  disjoints  finit  par  constituer  une  grande 
épopée  2.  » 

Mais,  si  je  ne  me  trompe,  ce  qui  faisait  surtout  l'originalité  du  livre, 
c'était  l'idée  profonde  qui  le  traversait  tout  entier.  Jamais  encore  la 
vie  de  l'épopée,  ses  conditions  intimes  et  ses  modes  de  développement 
n'avaient  été  conçus  ni  représentés  avec  cette  précision  et  cette  net- 
teté. Ce  que  la  science  avait  entrevu  déjà  à  propos  des  poèmes  de  la 
Grèce  ancienne,  à  savoir  qu'ils  étaient  nés  d'une  idéalisation  puis- 
sante qui,  peu  à  peu,  avait  assemblé,  modifié,  harmonisé  certains  élé- 
ments de  réalité  historique,  de  mythologie  et  de  fiction  pure,  était  ici 
mis  en  lumière  par  des  faits* incontestables,  grâce  à  une  abondance  de 
renseignements  qui  faisait  défaut  pour  l'antiquité.  Et  l'on  comprenait 
vraiment  là,  pour  la  première  fois,  non  plus  d'une  manière  vague  et 
plus  ou  moins  intuitive,  mais  avec  une  clarté  parfaite,  comment  cer- 
tains sujets,  à  certains  moments,  ont  évolué,  par  une  sorte  de  loi  de  la 
nature,  dans  l'imagination  des  peuples  3, 

1.  Notice  sur  G.  Paris,  lue  à  l'Académie  des  Lincei,  le  15  mars  1903,  p.  7  du 
tirage  à  part  {Rendiconti,  vol.  XI,  fasc.  3). 

2.  Jbid. 

3.  «  Ce  travail,  a  écrit  M.  Henri  Morf,  était  une  véritable  révélation  ;  il  fai- 


^50  NOTICE    SCIl   LA    VIE    ET    LES    TRAVADK 

Au  reste,  la  meilleure  façon  de  louer  VHistoire  poétique  de  Charle- 
magne,  c'est  de  rappeler  l'influence  qu'elle  a  exercée.  M.  d'Ancona, 
dans  les  pages  dont  j'ai  traduit  tout  à  l'heure  quelques  lignes,  n'hésite 
pas  à  la  considérer  comme  la  source  d'où  dérivent  des  livres  tels  que 
les  Origines  de  l'épopée  française  du  savant  italien  Pio  Rajna,  VHistoire 
de  l'épopée  française  au  moyen  âge  du  Danois  Nyrop  et  l'élude  sur  les 
Épopées  françaises  de  Léon  Gautier <.  Il  serait  facile  de  grossir  cette 
liste,  mais  il  est  plus  juste  et  plus  simple  de  dire  que  l'ouvrage  de 
Gaston  Paris  est  resté  comme  le  point  de  départ  nécessaire  de  tous  les 
travaux  qui  se  rapportent  à  l'épopée  carolingienne  et  à  ses  dépendances. 

Soumise  par  son  auteur  au  jugement  de  cette  Académie,  VHistoire 
poétique  de  Charlemagne  obtint,  en  1866,  le  premier  prix  Gobert.  C'était 
la  juste  consécration  d'un  mérite  tout  à  fait  exceptionnel. 


III. 

Ces  premiers  succès  désignaient  Gaston  Paris  pour  l'enseignement. 
Il  allait  y  entrer  comme  un  maitre  incomparable  et  comme  un 
novateur  2. 

En  ces  dernières  années  du  second  Empire,  notre  enseignement 
supérieur,  dont  on  a  souvent  parlé  avec  une  légèreté  fort  injuste, 
offrait,  il  faut  l'avouer,  le  spectacle  d'étranges  inégalités  et  d'un 
manque  regrettable  d'organisation.  On  y  comptait  des  maîtres  émi- 
nents,  des  savants  de  premier  ordre,  des  historiens  et  des  littérateurs 
justement  estimés.  Mais  ce  qui  manquait  à  ces  professeurs,  —  en 
dehors  des  écoles  spéciales,  —  c'étaient  des  élèves  à  proprement  par- 
ler. Le  public  qui  fréquentait  alors  les  cours  des  Facultés  n'était  pas, 
autant  qu'on  s'est  plu  à  le  dire,  un  ramassis  d'oisifs  indifférents  à 

sait  apparaître  l'histoire  du  développement  de  l'épopée  nationale,  groupée 
autour  de  la  figure  centrale  du  grand  empereur,  dans  laquelle  ses  prédéces- 
seurs les  rois  mérovingiens  et  ses  successeurs  carolingiens  étaient  venus  se 
fondre  avec  leur  gloire  ou  leur  ignominie.  Le  livre  était  si  original  dans  sa 
conceplion,  si  vivant  dans  sa  synthèse,  si  étonnapmment  riche  dans  l'assemblage 
de  ses  matériaux  qu'il  est  resté  jusqu'à  ce  jour  le  centre  du  travail  de 
recherche  qui  se  rapporte  à  la  poésie  héroïque  et  nationale  de  la  France.  » 
Traduit  sur  l'article  cité  plus  haut,  p.  142,  n.  1. 

1.  Notice  et  passage  cités. 

2.  Il  s'y  était  déjà  essayé,  dès  1860,  lorsqu'il  était  encore  à  l'Ecole  des 
chartes;  il  avait  eu  alors  l'occasion  de  faire  un  cours  libre  de  littérature  fran- 
çaise devant  un  auditoire  de  jeunes  (illes  ([ui  se  réunissait  quai  Malaquais, 
n'  3,  et  il  y  avait  traité,  en  dix-sept  leçons,  un  vaste  programme  qui  embras- 
sait toute  l'hisloiie  littéraire  du  moyen  âge,  des  origines  à  la  Renaissance.  J'en 
ai  dû  la  communication  à  l'obligeance  de  M.  Paul  VioUet,  un  des  plus  anciens 
amis  de  Gaston  Paris. 


DE   M.    GASTOIV   PARIS.  ^5^ 

toute  instruction  substantielle;  en  général,  au  contraire,  il  voulait 
s'instruire;  mais  il  trouvait  commode  d'acquérir  l'instruction  à  bon 
marché,  étant  plus  curieux  des  résultats  que  des  recherches  labo- 
rieuses. Il  en  résultait  qu'un  certain  nombre  de  professeurs,  en  pro- 
vince surtout,  finissaient  par  négliger  eux-mêmes  ces  recherches,  se 
contentant  d'exposer,  sous  une  forme  plus  ou  moins  agréable,  des 
choses  déjà  connues  et  uniquement  celles-là.  Il  y  avait  une  tendance  à 
la  vulgarisation  pure,  qui  constituait  un  réel  danger  ou  même  un  com- 
mencement de  décadence. 

Par  bonheur,  une  certaine  vigueur  de  l'esprit  public,  qui  n'a  jamais 
fait  défaut  chez  nous  dans  les  moments  de  crise,  provoqua  vers  ce 
temps  un  mouvement  de  réforme,  dont  je  ne  saurais  exposer  ici  l'his- 
toire, même  en  abrégé.  Gaston  Paris  était  de  ceux  qui  s'y  associèrent 
avec  une  ardeur  intelligente,  stimulée  par  un  vif  amour  du  pays.  Il 
avait  vu  de  près  les  universités  allemandes,  et  il  rêvait  pour  la  France 
quelque  chose  d'analogue '.  Et,  justement,  il  se  trouvait  alors,  au 
ministère  de  l'Instruction  publique,  un  homme  droit  et  sincère,  ami  de 
la  liberté,  qui  voulait  le  bien  et  qui  essayait  de  le  faire,  aux  dépens 
même  de  ses  intérêts  personnels.  Ce  fut  lui  qui  réussit,  dans  la 
mesure  où  cela  était  alors  possible,  à  donner  une  première  forme  con- 
crète et  pratique  aux  idées  des  réformateurs. 

En  4867,  Victor  Duruy,  préludant  à  la  création  prochaine  de  l'École 
des  hautes  études,  instituait  les  cours  libres  de  la  rue  Gerson  pour  les 
jeunes  gens  qui  désireraient  s'initier  aux  méthodes  scientifiques.  L'au- 
teur de  la  thèse  sur  le  Rôle  de  l'accent  latin  et  de  l'Histoire  poétique  de 
Charlemagne  fut  chargé  d'y  professer  la  grammaire  historique  de  la 
langue  française.  Déjà,  un  an  auparavant,  il  était  monté  pour  la  pre- 
mière fois,  comme  remplaçant  de  son  père,  dans  la  chaire  du  Collège 
de  France,  qu'il  devait  illustrer,  et  il  y  avait  débuté  en  expliquant, 
pendant  le  semestre  d'été,  les  plus  anciens  textes  français.  A  la  salle 
Gerson,  il  exposa  l'histoire  des  lettres  a  et  e^,  Jq  crois  bien  qu'en 
1867,  fort  peu  de  Français  se  doutaient  que  les  lettres  de  notre  alpha- 
bet eussent  une  histoire,  et  surtout  que  cette  histoire  fût  aussi  intéres- 

1.  Le  Haut  enseignement  historique  et  philologique  en  France.  Paris,  1894, 
p.  9  :  «  Je  ne  puis  m'empécher...  de  me  rappeler  ce  que  je  pensais,  ce  que 
j'écrivais  aussi  il  y  a  une  trentaine  d'années,  lorsque,  revenu  de  Gœttingen  et 
ne  connaissant,  en  fait  d'enseignement  supérieur,  que  celui  des  universités  alle- 
mandes, je  me  vis  en  face  de  celui  qu'on  donnait  alors  dans  nos  facultés  des 
lettres.  »  Il  est  bon  de  noter  ici  un  aveu  qui  explique  certaines  exagérations  de 
polémique.  Gaston  Paris  ne  connaissait  pas  directement  l'enseignement  supé- 
rieur français,  et  il  a  peut-être  cru  trop  aisément  ce  qu'on  en  disait  parfois 
entre  gens  d'esprit  et  novateurs. 

2.  Vie  de  saint  Alexis,  p.  50,  n.  2  [Bibl.  de  l'École  des  hautes  études, 
7'  fasc). 


jr32  NOTICE   SUR   LA   VIE   ET   LES   TRAVAUX 

santé  en  son  genre  que  celle  de  nos  traités  ou  de  nos  institutions.  Gas- 
ton Paris  était  par  excellence  l'horanne  qu'il  fallait  pour  dissiper  cette 
ignorance  ou  ce  préjugé.  Car,  s'il  avait  dès  lors,  au  plus  haut  degré,  le 
savoir,  la  méthode,  le  scrupule,  il  possédait  aussi  ce  sentiment  de  la 
vie  des  choses  qui  fait  la  beauté  de  la  science.  Quelques  lignes,  que 
j'emprunte  à  la  conclusion  de  la  leçon  d'ouverture  qu'il  prononça  à  la 
salle  Gerson  pour  la  rentrée  de  1868,  feront  bien  comprendre  ce  que  je 
veux  dire  : 

a  Qu'est-ce,  disait-il,  que  cette  langue  que  nous  parlons,  dans 
laquelle  nous  pensons,  dans  laquelle  nous  vivons  de  notre  plus  belle 
vie,  de  notre  vie  intellectuelle  et  morale  que  nous  aimons  et  qui  nous 
est  pourtant  si  singulièrement  étrangère?  Chaque  génération,  à  son 
tour,  en  arrivant  au  jour  de  l'existence,  s'en  saisit,  s'y  suspend  pour 
ainsi  dire  et  la  repasse  ensuite,  plus  ou  moins  altérée,  à  la  génération 
suivante.  Insoucieux,  indifférents  à  tous  ces  mystères  qui  nous  envi- 
ronnent, nous  reprenons  les  vieux  mots  sur  les  lèvres  de  nos  mères, 
nous  les  mêlons  et  les  agitons  sans  cesse  pendant  notre  courte  vie,  jus- 
qu'à ce  qu'ils  viennent  écrire  sur  notre  tombe  ce  que  nous  avons  cru 
être,  et  nous  ne  leur  demandons  presque  jamais  les  histoires  qu'ils  ont 
à  nous  dire  et  d'oia  leur  vient  cette  mystérieuse  puissance  de  faire 
vivre  notre  pensée  '  !  » 

Demander  aux  mots  «  les  histoires  qu'ils  ont  à  nous  dire,  »  quelle 
simple  et  heureuse  formule  et  combien  elle  traduit  avec  grâce  ce  qui  a 
fait  le  charme  et  la  profondeur  des  leçons  de  philologie  de  Gaston 
Paris  ! 

Les  cours  de  la  rue  Gerson  durèrent  peu,  mais  ils  donnèrent  nais- 
sance à  une  institution  qui  devait  en  perpétuer  l'esprit.  En  1869, 
l'École  des  hautes  études  fut  créée;  Gaston  Paris  y  était  nommé  répé- 
titeur pour  la  philologie  romane.  Un  peu  plus  tard,  il  devint  directeur 
de  la  même  section.  Puis,  en  1886,  il  succéda  à  Léon  Renier  comme 
président  de  la  section  des  sciences  historiques  et  philologiques,  titre 
qu'il  garda  seulement  jusqu'en  1896.  Mais  il  y  professa  jusqu'à  son 
dernier  jour.  Il  a  donc  appartenu  pendant  trente-quatre  ans  à  cette 
brillante  École,  dont  il  avait  été  en  réalité  un  des  parrains.  Il  l'aima 
toujours  comme  la  réalisation  vivante  d'un  de  ses  rêves,  c'est-à-dire 
avec  une  affection  qui  n'était  pas,  je  crois,  entièrement  exempte  de 
partialité.  Mais,  en  somme,  nul  n'a  jamais  apprécié  mieux  que  lui  les 
services  qu'elle  pouvait  rendre  ni  ceux  qu'elle  a  rendus  effectivement. 
«  C'est  par  elle,  écrivait-il  dès  1871,  que  s'est  introduit  chez  nous 
l'usage  de  ces  conférences  pratiques,  si  nécessaires  à  côté  des  cours 
proprement  dits,  conférences  qui  peuvent,  seules,  propager  efficace- 

1.  La  Grammaire  historique  de  la  langue  française,  leçon  d'ouverture 
publiée  chez  Franck.  Paris,  1868, 


DE    M.    GASTON    PARIS.  ^ o3 

ment  les  méthodes  et  créer  ce  qui  nous  manque  le  plus  :  une  tradition 
scientifique  ^.  »  Ces  paroles  définissent  nettement  l'action  qu'il  y 
exerça.  Par  le  travail  en  commun,  il  enseignait  la  méthode  à  ses 
élèves  en  l'appliquant  sous  leurs  yeux  à  des  textes  choisis  et  en  la  leur 
faisant  appliquer  ensuite  à  leur  tour,  et,  par  la  répétition  de  ces  leçons 
et  de  ces  exemples,  il  créait  une  tradition  scientifique. 

Le  meilleur  moyen  qu'on  ait  aujourd'hui  d'apprécier  la  force,  la  pré- 
cision et  l'efficacité  de  cet  enseignement,  c'est  de  relire  le  gros  volume 
qui  forme  le  septième  fascicule  de  la  Bibliothèque  des  liantes  études,  et 
qui  est  intitulé  :  la  Vie  de  saint  Alexis,  textes  des  J/S  XIl",  XIII"  et 
XJV<'  siècles,  publiés  par  Gaston  Paris  et  Léopold  Pannier.  Je  ne  crains 
pas  de  dire  qu'en  sa  forme  austère  c'est  un  des  livres  mémorables  du 
xix«  siècle. 

Bien  que  daté  de  1872,  ce  volume,  dont  la  publication  fut  retardée 
par  les  événements  de  1870-1871,  avait  été  préparé  dès  1869  dans  la 
conférence  de  philologie  romane.  Et  si  l'auteur  se  plaisait  à  déclarer 
dans  son  avant-propos  qu'il  avait  eu  pour  collaborateurs  ses  élèves, 
MM.  Fagniez,  Camille  Pelletan,  Maréchal,  Léopold  Pannier,  ce  n'était 
pas  seulement,  de  sa  part,  bienveillance  et  délicatesse,  mais  il  tenait  à 
marquer,  par  cette  déclaration,  qu'en  effet  les  jeunes  gens  qu'il  nom- 
mait avaient  été  associés  activement  à  son  travail,  bien  qu'en  défini- 
tive l'œuvre  fût  sienne  de  la  manière  la  plus  incontestable. 

Elle  était  vraiment  admirable,  à  la  fois  par  la  doctrine  et  par  l'appli- 
cation qui  en  était  faite,  et,  dans  l'une  comme  dans  l'autre,  la 
puissance  d'esprit  qui  éclatait  à  tous  les  yeux  donnait  l'impression 
d'une  sorte  de  génie.  Sans  nous  arrêter  au  début  de  l'Introduction,  où 
les  principes  essentiels  du  classement  des  manuscrits,  empruntés  à  la 
philologie  grecque  et  latine,  étaient  formulés,  pour  la  première  fois  en 
France,  avec  une  précision  et  une  logique  qui  ne  semblent  pas  pouvoir 
être  dépassées,  rappelons  cette  seconde  partie,  intitulée  :  Critique  des 
formes,  où  était  condensée  toute  la  théorie  qui  avait  servi  à  la  consti- 
tution du  texte.  Unissant,  dans  une  analyse  d'une  rigueur  merveil- 
leuse, la  perspicacité  la  plus  étonnante  au  savoir  le  plus  solide  et  le 
plus  étendu,  l'auteur  y  étudiait  successivement  les  transformations  des 
voyelles  et  des  consonnes  à  travers  les  siècles  qui  ont  vu  se  former  la 
vieille  langue  française;  puis,  passant  à  la  déclinaison,  à  la  conjugai- 
son, à  la  versification,  il  établissait,  à  la  fois  par  observation  et  par 
intuition,  les  lois  selon  lesquelles  elles  avaient  évolué. 

Le  résultat  immédiat  était  la  restauration  d'un  texte  altéré,  qui, 
dégagé  par  une  sorte  de  miracle  des  scories  qui  l'enveloppaient  et  le 
déformaient,  reparaissait  dans  sa  pureté  primitive.  Et  à  ce  résultat 

1.  Bibl.  de  l'École  des  hautes  études,  7"=  fasc,  Avant-propos  de  la  Vie  de 
saint  Alexis. 


154  NOTICE    SDR    LA   VIE   ET   LES   TRAVAUX 

immédiat  s'en  ajoutait  un  autre  d'une  plus  grande  portée  encore  : 
c'était  que  la  méthode  ainsi  justifiée  par  un  succès  incomparable  appa- 
raissait comme  une  acquisition  durable  pour  la  science.  L'impression 
produite  sur  le  monde  savant  fut  profonde.  La  philologie  venait  de 
montrer  qu'elle  était  désormais  en  état  de  reconstituer  les  formations 
linguistiques  et  grammaticales  qui  avaient  disparu,  comme  la  paléon- 
tologie l'avait  fait,  au  début  du  xix*  siècle,  pour  les  êtres  qui  avaient 
vécu  sur  la  terre  dans  des  âges  antérieurs.  Ajoutons  qu'en  mettant 
sous  les  yeux  du  public,  et  en  comparant  l'une  à  l'autre  les  diverses 
formes  qu'a  prises  la  Vie  de  saint  Alexis,  du  xi«  au  xiv^  siècle,  le  savant 
éditeur  produisait  au  grand  jour  le  témoignage  le  plus  frappant  et  le 
plus  instructif  des  transformations  qu'une  œuvre  poétique  peut  subir 
en  passant  de  main  en  main,  fait  aussi  important  pour  l'histoire  géné- 
rale des  littératures  que  pour  celle  de  la  langue  française.  L'Académie 
des  inscriptions,  en  attribuant  pour  la  seconde  fois  à  Gaston  Paris  le 
premier  prix  Gobert,  ne  fit  que  sanctionner  le  jugement  de  toute  l'Eu- 
rope savante  sur  l'ouvrage  et  sur  son  auteur. 

A  ce  moment  de  sa  vie,  c'est-à-dire  à  trente-deux  ans,  il  était  en 
pleine  possession  de  sa  science,  et  dès  lors  son  autorité  magistrale 
était  établie.  Après  avoir  remplacé  ou  suppléé  son  père  au  Collège  de 
France  en  1866,  1867,  1869,  1870, 1871,  il  lui  succédait,  en  cette  même 
année  1872,  comme  professeur  titulaire. 

Si  l'on  fait  entrer  en  compte  ses  années  de  suppléance,  il  a  professé 
pendant  trente-six  ans  au  Collège  de  France,  presque  sans  interrup- 
tion. Durant  cette  longue  période,  un  public  attentif,  et  souvent  renou- 
velé, n'a  cessé  de  se  réunir  autour  de  sa  chaire.  11  l'intéressait  et  le 
charmait  par  la  gravité  aimable  de  son  enseignement,  par  la  bonne 
grâce  de  sa  parole,  familière  et  simple,  ce  qui  ne  veut  pas  dire  négli- 
gée, par  la  finesse  et  la  variété  de  ses  aperçus,  par  une  lucidité  natu- 
relle, par  la  bonne  ordonnance  de  ses  exposés,  que  relevait  à  propos 
un  mélange  discret  d'esprit  et  de  sentiment.  Ses  cours  eurent  succes- 
sivement pour  objet  les  diverses  phases  de  notre  histoire  littéraire  au 
moyen  âge^.  Sans  y  faire  étalage  d'érudition,  il  y  apportait,  d'année 
en  année,  le  résultat  de  ses  recherches  personnelles,  et,  par  consé- 
quent, son  enseignement  était  toujours  neuf  par  quelque  côté.  Il  excel- 
lait d'ailleurs  à  marquer  avec  justesse  le  caractère  propre  des  œuvres 
et  à  en  établir  la  filiation  ou  les  relations  mutuelles.  Depuis  1878,  il 
avait  pris  l'habitude  de  ne  consacrer  ordinairement  à  ces  exposés  litté- 
raires qu'une  des  leçons  du  semestre  d'hiver;  mais  il  n'y  renonça 
jamais,  car  il  y  réussissait  et  il  en  sentait  l'utilité. 

1.  On  trouvera,  dans  la  liev.  inlern.  de  l'enseignement  du  15  septembre 
1903,  la  liste  complète  des  sujets  traités  par  Gaston  Paris  dans  ses  cours  du 
Collège  de  France. 


DE   M.    GASTON    PARIS.  ^55 

Toutefois,  c'était  surtout  dans  des  conférences  plus  restreintes,  et 
lorsqu'il  expliquait  ou  faisait  expliquer  des  textes,  que  son  enseigne- 
ment révélait  toute  sa  valeur.  Ceux  qui  l'ont  entendu  dans  ces  condi- 
tions, soit  au  Collège  de  France,  soit  à  l'École  des  hautes  études,  en 
ont  gardé  un  souvenir  inefl'açable.  Il  était  incomparable  pour  interpré- 
ter un  auteur,  pour  faire  l'histoire  des  faits  grammaticaux  ou  litté- 
raires, des  mots  ou  des  légendes.  Animé  et  comme  excité  par  le  con- 
tact d'esprits  attentifs  et  curieux,  il  prodiguait  alors  son  érudition 
immense,  il  multipliait  les  réflexions  neuves  et  pénétrantes,  les  vues 
suggestives  et  fécondes.  En  outre,  dans  ces  leçons  familières  où  s'éta- 
blissaient des  relations  directes  entre  lui  et  ses  élèves,  le  savant  de 
premier  ordre  se  doublait  d'un  maitre  admirable.  «  Il  fut  dès  ses 
débuts  dans  la  carrière  de  l'enseignement,  a  écrit  M.  Morel-Fatio,  un 
directeur  de  conscience  tout  autant  qu'un  directeur  d'études,  un  juge 
singulièrement  habile  à  discerner  chez  ses  élèves  ce  qui  les  rendait 
aptes  à  collaborer  à  l'œuvre  commune,  un  merveilleux  excitateur, 
révélant  à  chacun  sa  vocation  et  les  meilleurs  moyens  d'utiliser  ses 
efforts;  plus  encore,  il  fut  l'ami  affectueux  et  dévoué  de  ceux  qu'il  sen- 
tait dignes  de  son  estime  et  de  sa  confiance '.  » 

C'est  ici  le  moment  de  rappeler  ces  conférences  du  dimanche  matin, 
qui  réunissaient  dans  son  cabinet,  chaque  semaine,  de  dix  heures  à 
midi,  une  élite  d'étudiants.  Elles  ont  duré  pendant  une  trentaine  d'an- 
nées, autant  ou  plus  que  beaucoup  d'institutions  officielles,  et  elles  ont 
été  comme  le  séminaire  d'où  sont  sorties  sans  interruption  des  généra- 
tions de  romanistes  qui  devinrent  des  maîtres  et  qui  enseignent  aujour- 
d'hui en  tous  pays  2.  Chaque  étudiant,  à  son  tour,  y  apportait  un  tra- 
vail que  l'on  discutait  en  commun.  Tous  les  esprits  y  étaient  ainsi 
assujettis  à  l'effort  personnel,  provoqués  à  la  critique  des  faits,  des 
témoignages  et  des  idées,  tous  s'initiaient  à  la  recherche  et  s'animaient 
d'une  ardeur  commune,  dont  Gaston  Paris  était  la  source.  Les  étran- 
gers y  étaient  accueillis  avec  la  même  bienveillance  que  les  Français. 
Ceux  qui  venaient  de  loin  y  entraient  généralement  avec  quelque 
appréhension  et  quelque  trouble,  intimidés  par  le  grand  nom  du  savant 
et  défiants  d'eux-mêmes;  mais  ils  ne  tardaient  guère  à  se  sentir  rassu- 
rés par  sa  bienveillance  et  sa  cordiale  simplicité;  et,  alors,  c'était  un 

1.  Discours  cité,  p.  304. 

2.  Mentionnons,  sans  prétendre  ni  donner  une  liste  complète  ni  faire  un 
choix  raisonné,  MM.  Wilhelm  Meyer-Lûbke,  i)rofesseur  à  l'Université  de 
Vienne;  Fr.  Novati,  professeur  à  l'Université  de  Milan;  M.  Wilmolte,  de 
Liège;  W.  Schofield,  de  l'Université  Harvard,  à  Boston;  H.  Morf,  directeur  de 
l'Académie  des  sciences  commerciales  et  sociales  à  Francfort;  Ernest  Muret,  de 
Genève;  Van  Hamel,  de  Groningue;  Johan  Vising,  de  Lund,  etc.  Je  ne  notnine, 
à  dessein,  que  des  étrangers. 


^56  NOTICE    SDR    LA    VIE    ET    LES    TRAVAUX 

enchantement  pour  eux  que  ces  discussions  lumineuses  où  l'on  appre- 
nait vraiment  à  travailler  et  à  penser  et  oii  la  personnalité  du  maître 
mêlait  une  sorte  de  grâce  aux  recherches  les  plus  ardues.  C'est  de  ces 
réunions  surtout  que  la  primauté  de  Gaston  Paris,  idéalisée  par  les  sou- 
venirs et  les  récits  de  ses  auditeurs,  a  rayonné  au  loin,  comme  une 
sorte  de  royauté  intellectuelle  dans  le  domaine  des  études  romanes  ^ 


IV. 

L'activité  du  savant  dont  je  retrace  la  vie,  loin  de  s'absorber  dans 
l'enseignement  proprement  dit  ou  de  se  ralentir  après  les  succès  écla- 
tants qui  avaient  inauguré  sa  carrière,  n'a  fait  que  s'étendre  en  tous 
sens  et  croître  en  intensité,  à  mesure  qu'elle  a  trouvé  plus  d'occasions 
de  s'exercer.  Il  faut  donc  renoncer  à  rendre  compte  ici  de  toutes  ses 
œuvres  ou  même  à  les  énumérer.  Tout  ce  que  je  dois  me  proposer, 
c'est  de  donner  une  idée  sommaire,  mais  aussi  exacte  que  je  le  pour- 
rai, des  divers  genres  de  services  qu'il  a  rendus  à  la  science  et  par  con- 
séquent à  son  pays. 

Désigné  au  choix  de  cette  Académie  par  les  travaux  dont  j'ai  parlé, 
il  en  fut  élu  membre  dès  1876,  à  l'âge  de  trente-sept  ans,  en  remplace- 
ment de  Guigniaut.  Son  père,  Paulin  Paris,  en  faisait  partie  alors 
depuis  trente-neuf  ans  ;  ils  devaient  y  siéger  tous  deux,  l'un  auprès  de 
l'autre,  pendant  cinq  ans  encore,  jusqu'en  1881. 

De  1876  à  1903,  pendant  vingt-six  ans,  Gaston  Paris  a  été  l'un  des 
membres  les  plus  actifs  d'une  compagnie  où  la  tradition  des  grands 
travaux  historiques  et  littéraires  n'a  jamais  cessé  d'être  en  honneur. 
Presque  aussitôt  après  son  élection,  dès  1876,  il  entrait,  comme 
adjoint,  à  la  commission  de  V Histoire  littéraire  de  la  France;  il  en 
devint  membre  titulaire,  en  1881,  en  remplacement  de  son  père.  Les 
travaux  qu'il  publia  en  cette  qualité  comptent  parmi  les  plus  impor- 
tants et  les  plus  remarquables  d'un  recueil  auquel  ont  collaboré  tant  de 
savants  illustres.  Rappelons  l'ample  et  belle  étude  sur  les  Romans  de  la 
Table  Ronde,  dans  le  tome  XXX,  celle  qui  se  rapporte  à  Joinville,  dans 
le  tome  XXXII,  et  une  autre  sur  Raimon  de  Résiers,  dans  le 
tome  XXXIII,  qui  est  en  cours  de  publication.  La  première,  à  elle 
seule,  aurait  pu  former  la  matière  d'un  volume;  elle  ne  tient  pas 
moins  de  270  pages.  On  y  trouve  l'analyse  de  tous  les  romans  français 
de  la  Table  Ronde  qui  avaient  été  laissés  de  côté  antérieurement  ou  ana- 
lysés d'une  manière  insuffisante,  avec  des  discussions  érudites   sur 

1.  Voy.,  sur  ces  conférences,  les  souvenirs  de  M.  Henri  Morf,  dans  l'article 
cilé,  et  surtout  ceux  de  M"""  M.-J.  Minckwilz,  Beilage  zur  Allgemeinen  Zei- 
tung.  Munich,  1903,  n°  66. 


DE    M.    GASTON    PARIS.  ^ 57 

l'origine,  l'autlienticité,  la  date  de  chacun  d'eux  et  une  appréciation 
sommaire  de  leurs  caractères  distinctifs.  C'est  une  œuvre  de  critique 
historique  et  littéraire  de  la  plus  haute  valeur. 

Depuis  son  entrée  à  l'Académie  des  inscriptions,  Gaston  Paris  devint 
aussi  un  des  rédacteurs  assidus  du  Journal  des  Savants,  auquel  il  avait 
déjà  collaboré  antérieurement.  Il  ne  s'écoula  plus  dlannée  sans  qu'il 
insérât  dans  ce  recueil  plusieurs  comptes  rendus  de  publications 
récentes,  où  il  énonçait  toujours,  à  propos  des  sujets  traités,  mainte  vue 
originale.  On  peut  rappeler  particuhèrement  les  articles  sur  les  Fabu- 
listes latins  (1884,  1885,  1899),  sur  les  premières  Publications  de  la 
Société  des  Anciens  textes  français  (1886),  sur  les  Cours  d'amour  du 
rnoxjen  âge  (1888),  sur  les  Origines  de  la  poésie  lyrique  au  moyen  âge 
(1891,  1892),  sur  les  Sources  du  roman  de  Renard  (1894-1895),  sur  les 
Nouvellistes  français  du  XV^  et  du  XVI^  siècle  (1894),  sur  l'Histoire  de  la 
langue  française  (1897),  sur  le  Cligés  de  Chrétien  de  Troyes  (1902). 
Mais  ce  qu'il  importe  surtout  de  ne  pas  oublier,  c'est  qu'après  avoir 
contribué  pendant  de  longues  années  à  la  bonne  renommée  du  Journal 
des  Savants,  il  fut  un  de  ceux  qui  le  sauvèrent,  à  la  fin  de  1902,  lorsque 
ce  recueil,  abandonné  par  l'État,  allait  disparaître,  sans  l'intervention 
de  l'Institut.  Ce  fut  lui  qui,  à  ce  moment  critique,  malgré  son  état  de 
santé,  malgré  ses  nombreuses  occupations,  consentit  à  en  assumer  la 
direction;  et,  pour  en  inaugurer  le  nouveau  mode  d'existence,  il  écri- 
vit, dans  le  numéro  de  janvier  1903,  un  article  plein  de  faits  et 
d'idées,  véritable  chapitre  de  notre  histoire  littéraire,  auquel  s'ajoutait 
un  programme  à  réaliser,  conçu  avec  la  sagesse  et  la  netteté  d'esprit 
qu'on  pouvait  attendre  de  lui  '. 

S'il  tenait  tant  à  faire  vivre  le  Journal  des  Savants,  c'est  que  per- 
sonne ne  comprenait  mieux  que  lui  l'utilité  des  recueils  où  les 
recherches  nouvelles  sont  publiées  et  appréciées  périodiquement,  où 
les  principes  mêmes  des  méthodes  scientifiques  sont  sans  cesse  rappe- 
lés et,  au  besoin,  défendus. 

La  supériorité  de  l'Allemagne  à  cet  égard  l'avait  vivement  frappé  dès 
sa  jeunesse,  et  il  avait  eu  à  cœur,  au  temps  même  de  ses  débuts  dans 
l'enseignement,  de  fonder  dans  notre  pays  un  journal  de  critique  his- 
torique, philologique  et  littéraire  pour  le  mettre  au  service  de  la 
science  telle  qu'il  la  concevait.  Quelques  amis,  MM.  Charles  Morel, 
Zotenberg  et  notre  confrère  M.  Paul  Meyer  s'étaient  associés  à  sa  pen- 
sée. Ce  fut  l'origine  de  la  Revue  critique,  qui  naquit  en  1866  et  qui, 
depuis  lors,  n'a  cessé  de  prospérer.  Je  n'ai  pas  à  dire  ici  ce  qu'elle  a 

l.  Sur  la  collaboration  de  G.  Paris  au  Journal  des  Savants,  voy.  l'article  de 
M.  Gaston  Boissier  dans  le  numéro  du  15  mars  1903,  qui  contient  aussi  le 
relevé  des  articles  publiés  par  lui  dans  ce  recueil  pendant  les  vingt  dernières 
années  de  sa  vie. 


J58  NOTICE   SUR   LA   VIE   ET   LES  TRAVAUX 

fait  de  vraiment  utile  pendant  ces  trente-sept  ans  d'existence.  Mais  je 
dois  rappeler  que  Gaston  Paris  la  dirigea  pendant  ses  premières 
années  et  qu'il  l'a  vraiment  animée  de  son  esprit.  Il  lui  communiqua 
notamment  une  sincérité  qui  a  pu  paraître  excessive  parfois,  surtout 
chez  des  collaborateurs  de  moindre  autorité,  mais  qui  était  en  somme 
bienfaisante  et  qui  se  manifestait  d'ailleurs  par  l'éloge  aussi  bien  que 
par  le  blâme.  «  Le  souvenir  de  Paris,  a  écrit  le  directeur  actuel,  notre 
confrère  M.  Chuquet,  restera  cher  à  tous  ceux  qui  collaborent  à  notre 
recueil,  et  plus  d'un  se  souvient  de  ces  vendredis  où,  lorsqu'il  dirigeait 
la  Revue,  il  déployait,  à  propos  des  ouvrages  déposés  sur  la  table  ou 
des  articles  qui  lui  étaient  soumis,  toute  la  richesse  de  sa  mémoire, 
tout  le  charme  original  d'un  esprit  presque  universel'.  »  Il  écrivit  lui- 
même,  dans  ce  recueil,  de  nombreux  articles,  et,  jusqu'à  la  tin  de  sa 
vie,  il  n'a  cessé  de  s'y  intéresser,  de  l'encourager  et  de  l'éclairer  de  ses 
conseils. 

Six  ans  après  la  Revue  critique,  en  1872,  il  fondait,  toujours  avec  le 
précieux  concours  de  soii  ami  M.  Paul  Meyer,  un  autre  recueil,  la 
Romania,  qui  devait  avoir  pour  lui  bien  plus  d'importance  encore  et 
auquel  il  est  resté  étroitement  attaché  jusqu'à  son  dernier  jour.  Il 
s'agissait,  cette  fois,  de  ses  études  préférées. 

Selon  la  pensée  des  fondateurs,  telle  qu'ils  l'exposèrent  dans  le 
prospectus  qui  parut  quelques  semaines  avant  le  premier  numéro,  leur 
revue  devait  s'attacher  à  la  fois  à  l'étude  des  langues  et  à  celle  des  lit- 
tératures néo-latines,  et,  bien  que  son  domaine  propre  fût  la  langue  et 
la  littérature  françaises,  elle  voulait  être  ouverte  aussi  à  toutes  les 
langues  et  littératures  sœurs,  issues  du  même  fond  latin  3.  Tout  le 
monde  sait  comment  ce  large  et  beau  programme  a  été  rempli.  Depuis 
plus  de  trente  ans,  la  Romania  a  vraiment  joué  en  Europe  le  rôle  que 
ses  fondateurs  lui  avaient  assigné.  Fidèle  au  plan  qu'elle  s'était  tracé, 
elle  n'a  cessé  d'être  à  la  fois  un  excellent  organe  d'information  par  ses 
comptes  rendus  ou  ses  analyses  critiques  et  un  recueil  précieux  de 
documents  par  ses  publications  de  textes,  ses  monographies  érudites 
ou  ses  courtes  et  substantielles  dissertations.  Peu  à  peu,  elle  a  vu 
naître  autour  d'elle,  en  France,  en  Italie  et  ailleurs,  des  recueils 
qu'elle  avait  eu  l'honneur  de  susciter  et  auxquels  elle  a  pu  abandonner 
certaines  parties  de  son  domaine  pour  le  plus  grand  profit  de  la 
science.  Cette  concurrence  a  été  pour  elle  un  succès.  Gaston  Paris 
trouvait,  dans  le  développement  de  sa  revue,  dans  son  action  visible, 
et  qu'il  sentait  vraiment  utile,  une  de  ses  plus  vives  satisfactions. 
Vingt  ans  après  l'avoir  fondée,  il  écrivait,  dans  l'avant-propos  du 
tome  XXI  :  «  C'est  en  1872  que  parut  notre  premier  numéro.  Les 

1.  Revue  critique,  16  mars  1903,  p.  214. 

2.  Voy.  Romania,  t.  XXI,  1892,  Avant-propos,  A  nos  lecteurs. 


DE   M.    GASTOX   PARIS.  159 

deux  directeurs  y  tenaient  beaucoup  de  place.  Pendant  les  vingt 
années  qui  se  sont  écoulées  depuis  lors,  ils  ont  consacré  à  leur  œuvre 
de  prédilection  le  meilleur  de  leur  temps.  A  eux  deux,  ils  ont  rédigé 
plus  du  quart  de  ces  vingt  volumes.  »  Ce  qui  était  vrai  alors  des  vingt 
premiers  volumes  ne  l'est  pas  moins  de  ceux  qui  ont  suivi.  Depuis 
l'article  magistral  imprimé  en  tête  du  premier  volume,  où  il  définis- 
sait le  contenu  du  mot  Romania,  jusqu'aux  notices  qu'il  écrivait 
encore  pour  son  cher  recueil  dans  les  derniers  mois  de  sa  vie,  il  n'a 
jamais  cessé  d'y  déployer  la  plus  étonnante  activité  sous  toutes  les 
formes  :  publications  de  textes,  études  d'étymologie,  de  grammaire,  de 
versification,  notices  littéraires,  comptes  rendus  qui  étaient  autant  de 
discussions  originales  et  savantes.  Citer  ici  des  titres  d'articles,  ce 
serait  faire  un  choix  arbitraire  dans  cette  immense  production.  Disons 
seulement  que  nulle  part,  peut-être,  on  ne  sent  mieux,  qu'en  feuille- 
tant la  Romania,  les  raisons  de  l'influence  qu'il  a  exercée.  Il  excellait 
à  marquer,  à  propos  de  chaque  question,  ce  qui  devait  être  considéré 
comme  établi,  ce  qui  restait  encore  à  étudier  et  les  moyens  de  faire 
progresser  la  science.  L'autorité  qu'il  s'était  ainsi  acquise,  et  qui  crois- 
sait tous  les  jours,  lui  a  fait  un  rôle  d'une  réelle  grandeur. 

Une  revue  ne  peut  publier  que  des  textes  de  peu  d'étendue.  Gela  ne 
suffisait  pas  à  l'ambition  légitime  des  médiévistes  en  un  temps  où  leur 
science  progressait  si  rapidement.  En  dehors  de  la  Roma7iia,  il  deve- 
nait nécessaire  d'entreprendre  en  grand  la  publication  des  anciens 
textes  français  dans  des  conditions  conformes  aux  exigences  de  la  phi- 
lologie contemporaine.  Ce  fut  la  raison  qui  amena,  en  1875,  la  création 
de  la  «  Société  des  Anciens  textes  français  <.  »  Organisée,  sans  aucune 
subvention  de  l'État,  par  l'initiative  de  Gaston  Paris  et  de  MM.  Paul 
Meyer  et  Emile  Picot,  avec  l'appui  du  baron  James  de  Rothschild,  on 
sait  comment  elle  a  grandi  et  prospéré.  Ses  publications  forment 
aujourd'hui  une  série  de  quatre-vingts  volumes.  Gaston  Paris  y  a 
donné  successivement  :  les  Chansons  françaises  du  XV<'  siècle  (1875)  ;  les 
Plus  anciens  monuments  de  la  langue  française,  IX^-X^  siècles  (1875);  les 
Miracles  de  Notre-Dame,  en  collaboration  avec  M.  Ulysse  Robert  (de  1876 
à  1883)  ;  Deux  rédactions  du  Roman  des  sept  sages  (1876)  -,  la  Vie  de  saint 
Gilles,  en  collaboration  avec  M.  Bos  (1881);  Trois  versions  rimées  de 
l'Évaiigile  de  Nicodème,  avec  le  même  collaborateur  (1885);  Merlin,  en 
collaboration  avec  M.  J.  Ulrich  (2  vol.,  1886);  Orson  de  Beauvais 
(1899).  Les  meilleurs  juges  se  sont  accordés  pour  déclarer  que  toutes 
ces  éditions  peuvent  être  considérées  comme  des  modèles.  La  Société 
reconnut  ses  grands  services  en  l'élisant  huit  fois  comme  son  prési- 
dent. Et  celui  qui  la  représentait  à  ses  obsèques,  M.  Antoine  Thomas, 

1.  Sur  cette  Société,  consultez  un  article  de  M.  Joseph  Bédier,  Bévue  des 
Deux-Mondes,  1894,  i».  906-934. 


]i)0  NOTICE   SUR   LA   VIE   ET   LES   TRAVAUX 

exprimait  certainement  la  pensée  de  tous  ses  confrères  lorsqu'il  disait  : 
«  La  Société  des  Anciens  textes  français  est  née  pour  ainsi  dire  de  lui, 
et  c'est  surtout  par  lui  qu'elle  a  vécu  depuis  sa  naissance,  c'est-à-dire 
pendant  vingt-huit  ans.  »  Ce  qu'il  expliquait  et  confirmait  en  ajoutant  : 
«  Il  n'est,  pour  ainsi  dire,  pas  un  seul  volume  dans  notre  collection  qui 
ne  doive  quelque  chose  à  sa  science  incomparable,  toujours  prête  à 
venir  en  aide  à  ceux  qui  en  avaient  besoin  et  qui  s'adressaient  à  lui 
sans  relâche  ^.  » 

Joignons  à  la  mention  de  ces  publications  savantes  celle  de  deux 
éditions  monumentales  :  le  Mystère  de  la  Passion,  par  Arnoul  Greban 
(en  collaboration  avec  M.  Gaston  Raynaud,  1878),  et  VEstoire  de  la 
Guerre  sainte,  récit  en  vers  de  la  troisième  croisade  (1190-1192),  par 
Ambroise,  publié  dans  la  collection  des  Documents  inédits  sur  VHistoire 
de  France  (1897). 

Toutes  ces  entreprises  auraient  absorbé  les  forces  de  n'importe  quel 
autre  savant.  Elles  n'empêchaient  pas  Gaston  Paris  de  témoigner  encore 
son  dévouement  aux  études  historiques  et  philologiques  de  plusieurs 
autres  manières. 

Il  avait  succédé  à  son  père,  en  1881,  comme  membre  du  Conseil  de 
perfectionnement  de  l'École  des  chartes,  et,  selon  le  témoignage  du 
directeur  actuel  de  l'École,  «  il  prenait  une  part  active  aux  travaux  de 
ce  Conseil,  assistait  aux  examens,  critiquant  ou  discutant  avec  une 
incomparable  autorité  les  thèses  qui  lui  étaient  soumises 2.  »  D'autre 
part,  pendant  plus  de  vingt-cinq  ans,  il  fit  partie  de  la  section  d'his- 
toire et  de  philologie  du  Comité  des  travaux  historiques,  dont  il  devint 
vice-président,  et  il  y  portait,  comme  partout,  son  zèle  infatigable. 
Enfin,  il  ne  cessait  de  s'intéresser  aux  réformes  de  notre  enseignement 
supérieur  et  de  prendre  une  part  active  à  toutes  les  discussions  dont  il 
était  l'objet.  Membre  de  la  commission  qui,  sous  le  ministère  de 
M.  Waddington,  étudia  un  plan  d'organisation  des  universités  alors  en 
projet,  il  y  avait  porté  toute  son  ardeur,  presque  belliqueuse  parfois. 
Son  zèle  pour  le  progrès  le  rendait,  je  crois,  trop  sévère  à  l'égard  de  ce 
qui  existait.  «  Pendant  plusieurs  années,  écrivait-il  plus  tard,  nous 
sonnâmes  avec  confiance  la  trompette  autour  des  murailles  de  Jéri- 
cho...; mais  les  murailles  ne  tombèrent  pas^.  »  Il  les  voyait  encore 
debout  en  1892,  lorsqu'il  donnait  au  Journal  des  Débats  une  série  d'ar- 

1.  Rev.  intern.  de  V enseignement,  15  avril  1903,  p.  306. 

2.  Discours  de  M.  Paul  Meyer  aux  obsèques  de  G.  Paris,  Rev.  intern.  de 
l'enseignement,  15  avril  1903,  p.  302.  —  Il  était,  de  plus,  membre  de  la 
Société  des  anciens  élèves  de  cette  École,  qui,  à  deux  reprises,  en  1883  et  en 
1897,  l'élut  comme  président. 

3.  Le  Haut  enseignement  historique  et  philologique  en  France.  Paris,  1894, 
p.  10. 


DE    M.    GASTOX    PARIS.  UH 

ticles  sur  le  haut  enseignement  historique  et  philologique  en  France,  à 
propos  du  livre  de  M.  Ferdinand  Lot  sur  V Enseignement  supérieur  en 
France^.  Le  ton  quelque  peu  découragé  qui  s'y  fait  sentir  semble  indi- 
quer qu'en  les  écrivant  il  ne  se  rendait  pas  entièrement  compte  de 
l'évolution  profonde  qui  se  produisait  alors  et  qui  se  poursuit  aujour- 
d'hui dans  nos  facultés.  On  sait  qu'il  y  proposait  d'exiger  de  tous  les 
futurs  professeurs  de  l'enseignement  supérieur  le  diplôme  délivré  par 
l'École  des  hautes  études.  Ce  détail  dénote  ses  préoccupations  et 
marque  son  point  de  vue.  On  peut  trouver  qu'il  tendait  à  enfermer 
l'enseignement  supérieur  français  dans  une  formule  trop  étroite;  mais 
personne  ne  refusera  de  reconnaître  la  grande  part  de  vérité  que  con- 
tenaient ses  observations. 

En  même  temps  qu'il  se  donnait  ainsi  sans  compter  aux  grandes 
tâches  de  la  science,  il  ne  dédaignait  pas  de  réserver  une  part  de  son 
travail  à  des  ouvrages  plus  modestes,  sinon  plus  faciles  à  faire,  qui 
s'adressaient,  soit  aux  élèves  des  universités,  soit  à  un  public  moins 
spécial. 

En  1888,  il  publia,  sous  le  titre  de  la  Littérature  française  au  moyen 
âge,  un  résumé  étonnamment  substantiel  de  notre  histoire  littéraire  du 
xie  au  XIV*  siècle.  Ce  petit  volume  eut  un  rapide  succès,  car  une 
seconde  édition  en  fut  donnée,  deux  ans  après,  en  1890.  C'est  un 
simple  manuel,  comme  on  le  sait,  mais  un  manuel  qu'on  ne  saurait 
trop  louer,  et  que,  seul,  un  savant  doué  comme  il  l'était  pouvait  com- 
poser; il  est  impossible  d'imaginer,  dans  ce  format,  un  répertoire  plus 
plein  et  mieux  ordonné,  plus  instructif  et  plus  clair. 

Ce  volume  devait  faire  partie  d'un  Manuel  d'ancien  français  en 
quatre  parties.  Il  en  constituait  le  tome  I.  Les  trois  autres  devaient 
comprendre  une  Grammaire  de  Vancien  français,  un  Lexique  de  l'ancien 
français  et  un  Choix  de  textes  français  du  moyen  âge.  La  grammaire  et 
le  lexique  n'ont  jamais  été  publiés  :  c'est  un  sujet  de  vif  regret  pour 
tous  ceux  qui  savent  ce  qu'on  pouvait  attendre  de  lui  en  ce  genre.  Le 
choix  de  textes,  au  lieu  de  former  un  recueil  unique,  s'est  transformé 
en  plusieurs  ouvrages  distincts  :  les  Extraits  de  la  Chanson  de  Roland, 
qu'il  publia  lui-même;  la  Chrestomathie du  moyen  âge,  qu'il  donna  avec 
la  collaboration  de  M.  E.  Langlois,  et  les  Extraits  des  chroniqueurs,  avec 
celle  de  M.  Jeanroy. 

Ces  divers  ouvrages,  malgré  leur  destination  et  leur  caractère  élé- 
mentaire, étaient  pourtant  encore,  qu'on  le  remarque  bien,  des  ouvrages 
de  science  par  le  scrupule  d'exactitude  qui  s'y  manifeste  partout.  Gas- 
ton Paris  n'aurait  jamais  consenti  à  mettre  son  nom  à  un  livre  qui 
n'eût  pas  mérité  ce  titre. 

1.  Journal  des  Débats  des  15  septembre,  24  septembre,  8  octobre  1893; 
articles  réunis  dans  la  brochure  qui  vient  d'être  citée,  avec  divers  appendices. 

4  904  ^^ 


^62  NOTICE   SDR   LA   VIE   ET   LES   TRAVAUX 


V. 

Jusqu'ici,  c'est  surtout  le  savant  et  le  professeur  gui  se  sont  mon- 
trés à  nous.  Mais  il  y  avait  aussi  en  Gaston  Paris  un  penseur,  un  écri- 
vain, un  poète  même,  qu'une  discipline  volontaire  avait  longtemps 
contraints  au  silence  et  que  l'austérité  de  sa  science  dissimulait  à  la 
foule.  Ce  n'est  guère  que  dans  les  vingt  dernières  années  de  sa  vie 
qu'il  se  relâcha  un  peu  de  cette  rigueur  excessive  et  consentit  à  paraître 
devant  le  grand  public  tel  qu'il  n'avait  été  jusque-là  que  pour  quelques- 
uns  qui  le  connaissaient  intimement. 

En  1885,  il  réunit,  en  un  volume  intitulé  :  la  Poésie  du  moyen  âge, 
sept  morceaux,  dont  cinq  avaient  déjà  paru  dans  divers  recueils*. 
C'étaient  des  leçons  d'ouverture,  faites  au  Collège  de  France,  ou  des 
lectures  académiques.  Ce  volume  eut  un  réel  succès.  Une  seconde  édi- 
tion en  fut  donnée  deux  ans  après,  en  1887;  une  troisième  en  1895. 
La  même  année,  un  second  volume,  portant  le  même  titre  et  composé 
d'éléments  analogues,  s'ajoutait  au  premier 2.  Enfin,  un  troisième 
volume  de  même  nature  a  paru,  depuis  sa  mort,  sous  le  titre  de 
Légendes  du  moyen  âge^.  Des  mains  pieuses  y  ont  recueilli  divers  mor- 
ceaux qu'il  n'avait  pas  encore  rassemblés.  On  peut  rapprocher  ici  ces 
trois  volumes,  malgré  les  dates  qui  les  séparent,  car  ils  offrent  les 
mêmes  caractères. 

Les  leçons  d'ouverture  y  constituent  un  premier  groupe,  sur  lequel 
je  m'arrêterai  peu,  quel  qu'en  soit  le  mérite.  Car  les  qualités  qui  les 
recommandent  sont  très  voisines  de  celles  dont  j'ai  eu  déjà  occasion  de 
parler.  Notons  seulement  qu'un  littérateur  distingué  s'y  montre  asso- 
cié au  savant. 

Des  morceaux  tels  que  ceux  qui  ont  pour  titres  :  les  Origines  de  la 
littérature  française,  la  Littérature  française  au  XII^  siècle,  l'Esprit  nor- 
mand en  Angleterre,  la  Littérature  française  au  XI V^  siècle,  la  Poésie 
française  au  1F«  siècle  sont  de  ceux  qu'on  relira  toujours  avec  autant 
d'intérêt  que  de  profit.  Les  grands  faits  principaux,  qui  caractérisent 
et  distinguent  les  époques,  apparaissent  là  en  vive  lumière  dans  leur 
liaison  intime  et  leur  proportion.  Et,  quoique  rien  dans  l'exposé 
ne  semble  destiné  à  l'agrément  pur  du  lecteur,  c'est  un  plaisir  que  de 
suivre  ces  développements  si  nourris,  si  clairs,  si  bien  ordonnés,  où 
toutes  les  idées  générales  reposent  sur  des  impressions  personnelles  et 
s'éclairent  sans  cesse  d'aperçus  originaux. 

Toutefois,  ce  qui  me  paraît  recommander  plus  encore  ces  volumes, 

1.  La  Poésie  du  moyen  âge.  Paris,  Hachette,  1885. 

i.  La  Poésie  du  moyen  âge,  2°  série.  Paris,  Hachette,  1895. 

3.  Légendes  du  moyen  âge.  Paris,  Hachette,  1903. 


DE   M.    GASTON    PARIS.  ^03 

ce  sont  certains  morceaux  que  Gaston  Paris  seul  pouvait  écrire.  Tels 
sont  :  la  Chanson  du  pèlerinage  de  Charlemagne,  la  Légende  de  l'ange  et 
de  l'ermite,  la  Légende  du  mari  aux  deux  femmes,  la  Parabole  des  trois 
anneaux,  le  Juif-Errant,  le  Lai  de  l'oiselet,  études  auxquelles  on  peut 
adjoindre,  en  raison  de  son  caractère  particulier,  la  première  leçon  du 
cours  de  1874  sur  les  Contes  orientaux  dans  la  littérature  française  du 
moyen  âge.  En  traitant  de  tels  sujets,  il  était  vraiment  chez  lui,  dans 
ce  domaine  des  légendes  et  de  leurs  infinies  variations,  dont  il  avait 
pris  possession  autrefois  par  son  Histoire  poétique  de  Charlemagne  et  où 
toutes  les  qualités  de  son  esprit,  les  plus  fines  comme  les  plus  fortes, 
trouvaient  occasion  de  se  déployer. 

Ces  études,  en  effet,  n'ont  pas  seulement  en  commun,  comme  les 
autres,  la  précision  et  l'abondance  des  informations,  mais  elles  se  dis- 
tinguent plus  spécialement  par  une  très  délicate  perception  des  ressem- 
blances et  des  différences,  par  une  intelligence  aiguisée  des  nuances 
morales,  par  une  sorte  d'intuition  des  causes  d'altération  qui  agissent 
sur  les  légendes,  enfin  par  l'aisance  avec  laquelle  le  savant  semble  se 
jouer  au  milieu  de  ces  rapprochements  et  de  ces  observations  subtiles. 

Dans  le  dernier  des  trois  volumes  en  question,  trois  morceaux  se  rat- 
tachent à  la  collaboration  qu'il  prêta  à  la  Revue  de  Paris,  fondée  ou  res- 
taurée en  1894.  Ce  sont  les  articles  sur  le  Paradis  de  la  reine  Sibylle 
(15  décembre  1897),  sur  la  Légende  de  Tannhauser  (Ib  mars  1898)  et  sur 
Roncevaux  (15  septembre  1901).  Dans  cette  revue  comme  ailleurs, 
c'était  des  légendes  du  moyen  âge  qu'il  aimait  surtout  à  parler;  mais, 
s'adressant  à  des  lecteurs  dont  l'attention  était  moins  sérieuse  et  moins 
forte,  il  avait  su  choisir  celles  qui  pouvaient  le  mieux  leur  plaire,  et  il 
en  parlait  avec  un  charme  nouveau,  en  dissimulant  son  savoir  sous  le 
laisser  aller  d'une  aimable  causerie. 

Aux  analyses  et  aux  rapprochements  s'ajoutaient  ici  les  souvenirs 
personnels.  Car  l'auteur  avait  fait,  avant  d'écrire,  le  voyage  de  Spolète 
et  de  Norcia,  d'une  part,  le  pèlerinage  de  Roncevaux,  de  l'autre;  il 
était  allé,  en  juin  1897,  accompagné  de  son  ami,  l'éminent  professeur 
de  Florence  Pio  Rajna,  chercher  la  grotte  de  la  reine  Sibylle  dans 
l'Apennin  d'Ombrie,  au  delà  du  village  de  Castelluccio,  et  il  avait 
visité,  le  10  avril  1901,  le  champ  de  bataille  où  mourut  Roland.  Aussi, 
grâce  à  son  imagination,  servie  par  un  réel  talent  de  description,  il 
faisait  voir  à  ses  lecteurs  le  val  de  la  Nera,  avec  «  ses  vieilles  tours 
écroulées  »  sur  les  hauteurs,  «  ses  villages  qui  ont  l'air  de  forteresses,  » 
et,  «  aux  flancs  des  montagnes,  des  grottes  profondes  qui  font  des 
trous  noirs  dans  la  verdure  ensoleillée  des  prairies,  tandis  que  les 
pentes  plus  hautes  éclatent  de  l'or  éblouissant  des  genêts ^.  »  Il  le 
menait  de  même  avec  lui  sur  ce  plateau  de  Roncevaux,  «  qui  s'arron- 

1.  Légendes  du  moyen  âge,  p.  100. 


^164  NOTICE    SUR    LA    VIE    ET    LES    TRAVAUX 

dit  comme  une  large  croupe  entre  des  montagnes  à  pente  douce,  »  et  il 
notait  pour  eux,  en  poète,  un  de  ces  contrastes  que  la  nature  ménage 
souvent,  dans  les  lieux  historiques,  au  voyageur  qui  se  souvient  et  qui 
rêve  : 

«  C'est  surtout,  écrivait-il,  à  l'heure  où  nous  le  traversons  pour  la 
première  fois,  presque  au  moment  du  coucher  du  soleil,  que  ce  lieu  de 
funèbre  mémoire  est  plein  de  charme,  de  poésie  et  de  paix.  On  voit  de 
tous  côtés  des  troupeaux  de  bœufs,  de  moutons,  de  chèvres,  de  jeunes 
chevaux  qui  bondissent  dans  l'herbe  haute  ;  on  entend  les  clochettes  et 
les  grelots  des  bêtes  qui  reviennent  lentement  à  leur  gîte  de  nuit  et 
que  nous  verrons  tout  à  l'heure,  à  Burguete,  entrer  avec  une  familia- 
rité coutumière  dans  les  petites  maisons  cubiques,  semblables  à  de 
gros  dés  dont  les  fenêtres  carrées  seraient  les  points...  Le  soir,  à  l'au- 
berge, nous  voyons  danser  la  jota  aux  sons  de  la  guitare  et  des  casta- 
gnettes, et,  en  nous  endormant,  nous  avons  quelque  peine  à  retrouver 
dans  notre  mémoire  les  souvenirs  tragiques  qui  semblaient  devoir  se 
dresser  de  toutes  parts  autour  de  nous'.  » 

Et  pourtant,  ces  souvenirs  tragiques,  avec  quelle  émotion  il  les 
retrouvait  le  lendemain,  et  combien,  plus  tard,  il  les  rendait  vivants  et 
présents  pour  ses  lecteurs,  lorsque,  après  avoir  discuté  en  savant  les 
traditions  relatives  à  Roland  et  à  Roncevaux,  il  concluait  par  ces  belles 
paroles  : 

«  Quand,  près  des  ruines  de  la  pauvre  chapelle  qui  a  remplacé  celle 
que  Charles  lui-même  avait  construite,  on  regarde  à  ses  pieds  la  place 
où  jadis  tant  de  braves  soldats  sont  morts  en  songeant  à  la  «  douce 
«  France,  »  qu'ils  ne  devaient  plus  revoir,  on  croit  entendre  à  ses  côtés 
les  premiers  frémissements  du  thrène  immortel  né  de  leur  sang  et  des 
pleurs  de  leurs  frères  ;  on  sent,  à  travers  les  âges,  le  lien  vivant  qui 
rattache  nos  âmes  à  l'âme  de  ces  lointains  aïeux,  qui,  tant  de  siècles 
avant  nous,  ont  aimé  notre  patrie,  dont  les  uns  ont  donné  leur  vie 
pour  elle,  dont  les  autres,  déjà  dans  notre  langue,  ont  chanté  ses 
gloires  et  ses  douleurs...  Ce  lieu  mérite  d'être  un  but  de  pèlerinage;  il 
est  pour  nous  doublement  sacré^.  » 

Cette  collaboration  à  la  Revue  de  Paris  m'amène  naturellement  à 
parler  de  quelques-unes  des  plus  belles  pages  que  Gaston  Paris  ait 
écrites,  je  veux  dire  de  ses  articles  sur  James  Darmesteter  {Revue  de 
Paris,  !«■•  décembre  1894),  sur  Frédéric  Mistral  (l^""  octobre  et 
1er  novembre  1894),  sur  Sully-Prudhomine  (15  octobre  1895  et  l"  jan- 
vier 1896),  plus  tard  réunis  dans  le  volume  intitulé  :  Penseurs  et  poètes^. 
Ce  volume  doit  être  mis  à  part  dans  son  œuvre,  car  c'est  là  surtout 

1.  Légendes  du  motjen  âge,  p.  25. 

2.  Légendes  du  moyen  âge,  p.  63. 

3.  Penseurs  et  poètes.  Paris,  1896. 


DE   M.    GASTON   PARIS.  -165 

qu'on  trouve  sa  philosophie  de  la  vie  et  la  révélation  complète  de  sa 
nature  morale. 

Il  y  avait  chez  Gaston  Paris  une  sensibilité  vive  et  une  réflexion 
forte,  grâce  auxquelles  toute  la  vie  de  son  temps  avait  eu  en  lui  son 
retentissement.  Très  attentif  aux  idées  contemporaines,  il  en  avait 
suivi  le  mouvement  avec  une  curiosité  sympathique,  qu'aucun  préjugé 
ne  limitait.  Ses  lectures  et  ses  relations,  un  commerce  assidu  avec  des 
hommes  éminents  en  tout  genre,  avaient  mûri  et  développé  sa  pensée, 
tandis  que  l'expérience,  parfois  amère  et  douloureuse,  loin  d'endur- 
cir son  cœur,  l'élargissait  en  l'instruisant.  De  là  était  résulté  un 
ensemble  de  vues  qui  donnaient  à  ses  jugements  sur  les  hommes 
quelque  chose  de  très  personnel. 

A  cet  égard,  les  deux  notices  sur  James  Darmesteter  et  sur  SuUy- 
Prudhomme  offrent  un  intérêt  exceptionnel. 

La  première  est  l'étude  vraiment  admirable  d'une  âme  ardente  et 
impressionnable,  généreuse  et  profonde,  éclairée  par  de  merveilleuses 
intuitions  et  mûrie  par  une  longue  habitude  de  la  souffrance.  A  coup 
sûr,  un  savant,  quel  qu'il  fût,  pouvait  rendre  justice  à  ce  savant  de  pre- 
mier ordre.  Mais,  pour  deviner  l'homme  et  le  faire  connaître  tout 
entier,  il  fallait  une  large  et  délicate  sympathie,  une  divination  vrai- 
ment humaine  des  secrets  les  plus  intimes  du  cœur  et  je  ne  sais 
quelle  intelligence  de  la  douleur  qui  est  une  des  marques  des  hautes 
natures;  il  fallait  une  spontanéité  de  poète  pour  entrer  dans  les  rêves 
d'idéal  qui  avaient  hanté  jusqu'à  la  6n  ce  penseur,  meurtri  par  la  réa- 
lité, et  il  fallait  enfin  une  raison  forme  et  douce  pour  en  laisser  sentir 
la  chimère  sans  en  déflorer  la  beauté.  Aussi,  les  pages  consacrées  par 
Gaston  Paris  à  Darmesteter  doivent-elles  compter  parmi  celles  qui 
mériteront  longtemps  d'être  relues,  car  elles  nous  montrent,  rappro- 
chées l'une  de  l'autre,  deux  natures  d'élite,  vraiment  représentatives  de 
leur  siècle,  et  par  là  elles  font  honneur  à  notre  temps. 

L'étude  relative  à  Sully-Prudhomme  est  moins  purement  philoso- 
phique. Le  philologue  s'y  retrouve  dans  une  série  de  remarques  singu- 
lièrement intéressantes  sur  la  versification  contemporaine.  Le  sens 
artistique  et  l'érudition  précise  de  l'auteur  s'y  associent  au  mieux 
lorsqu'il  montre  ce  qui  peut  aujourd'hui  être  abandonné  des  règles  un 
peu  artificielles  d'autrefois  et  ce  qui  doit  en  être  maintenu  comme 
essentiel.  Tout  cela  est  excellent.  Mais  ce  qu'il  y  a  de  vraiment  supé- 
rieur, ici  encore,  c'est  la  philosophie.  Ayant  à  parler  d'un  poète,  dont 
il  était  l'ami  et  le  confident,  il  était  mieux  à  même  que  personne  d'in- 
terpréter les  hautes  préoccupations  qui  forment  comme  la  substance 
de  sa  poésie  et  qui  avaient  été  bien  souvent  le  sujet  de  leurs  entre- 
tiens. «  Ces  poésies,  écrit-il,  ne  sont  pas  nées  d'un  simple  effort  intel- 
lectuel et  artistique  :  elles  sont  les  gouttes  de  sang  arrachées  au  front 


■I6fi  NOTICE    SOR    LA    VIE    ET    LES    TRAVAUX 

du  penseur  par  les  épines  qui  le  couronnent  en  le  torturant ^.  »  Ail- 
leurs, il  nous  montre  «  l'angoisse  philosophique  se  calmant  dans  son 
esprit  comme  l'angoisse  sentimentale  s'était  calmée  dans  son  coeur.  » 
Ces  pages  ne  sont  donc  pas  d'un  simple  critique;  elles  sont  d'un  ami, 
penseur  lui-même  et  poète  aussi,  bien  qu'inavoué,  qui  a  mêlé  son 
âme  à  celle  de  son  ami,  qui  a  médité  avec  lui  les  mêmes  problèmes  et 
qui,  malgré  la  belle  fermeté  de  sa  raison,  n'a  pas  entièrement  échappé 
aux  mêmes  troubles.  «  Héros  et  martyr  de  la  pensée  moderne,  dit-il 
encore,  ayant  combattu  et  souffert  pour  elle  et  par  elle,  comme  nous  et 
plus  que  nous,  il  a  su  chanter  ses  luttes,  ses  défaites  et  ses  victoires  de 
manière  à  faire  longuement  vibrer  l'écho  prêt  à  répondre  du  fond  de 
nos  âmes,  inquiètes  et  troublées  comme  la  sienne,  à  son  chant  péné- 
trant et  sincère,  tour  à  tour  enthousiaste  et  douloureux.  » 

Peu  après  ce  volume  parut  celui  qui  a  pour  titre  :  Poèmes  et  légendes 
du  moyen  âge^.  Il  était  formé  de  sept  articles  ou  notices,  parmi  lesquels 
il  faut  citer  surtout  les  études  sur  Aucassin  et  Nicolette,  sur  Tristan  et 
Iseut  et  sur  Saint  Josaphat.  Cette  dernière  ajoute  beaucoup  à  ce  que  le 
précédent  ouvrage  laissait  entrevoir  de  ses  sentiments  les  plus  intimes. 
A  propos  de  cette  légende  chrétienne,  qui  s'est  trouvée  n'être,  après 
examen,  qu'une  transformation  d'un  récit  bouddhique,  il  était  amené  à 
comparer  les  diverses  conceptions  de  la  destinée  que  l'homme  s'est 
faites  en  différents  pays  et  en  différents  temps.  C'est  là  que,  rencon- 
trant sur  son  chemin  le  pessimisme  moderne  bien  autrement  profond 
que  celui  de  l'Inde  et  de  la  Grèce,  il  constatait  combien  sont  devenus 
insuffisants  les  remèdes  offerts  jusqu'ici  à  cette  maladie  de  la  réflexion 
par  les  philosophies  ou  les  religions,  et  il  concluait  en  déclarant  que, 
pour  guérir  ce  mal,  bien  loin  de  chercher  à  se  détacher  du  monde  et 
de  l'humanité,  il  fallait  au  contraire  s'y  donner  tout  entier  :  «  Le 
remède  moderne  au  pessimisme,  disait-il,  consisterait  dans  l'élargisse- 
ment de  la  vie,  dans  l'ennoblissement  du  désir  et  dans  l'étroit  attache- 
ment de  l'homme  au  monde  et  à  l'humanité...  L'homme  n'atteindra 
pas  par  là  un  bonheur  béat  et  passif,  dont  il  se  lasserait  bien  vite, 
mais  il  se  sentira  en  communion  constante  avec  la  nature  et  avec  ses 
semblables,  il  jouira  de  son  activité  et  de  celle  des  autres  3.  »  Il  me 
semble  que,  si  ces  lignes  n'avaient  pas  été  écrites,  nous  connaîtrions 
moins  nettement  l'idéal  vers  lequel  il  a  lui-même  orienté  sa  vie. 

Nous  ne  trouvons  rien  de  cette  haute  philosophie  dans  le  François 
Villon,  publié  en  1901  '''.  Mais  ce  petit  volume,  de  moins  de  200  pages, 

1.  Poètes  et  penseurs,  p.  250. 

1.  Poèmes  et  légendes  du  moyen  âge.  Paris,  Société deditions  artistiques,  1900. 

3.  Poèmes  et  légendes  du  moyen  âge,  p.  209. 

4.  Les  Grands  écrivains  français  :  François  Villon,  par  Gaston  Paris. 
Paris,  Hachette,  1901. 


DE   M.    GASTON   PARIS.  -J  67 

n'eu  est  pas  moins,  sous  la  forme  la  plus  simple,  une  œuvre  pleine  de 
science  et  de  talent. 

Quel  tableau  amusant  et  vrai  l'auteur  a  su  nous  tracer,  dès  le  pre- 
mier chapitre,  de  la  société  au  milieu  de  laquelle  vécut  François  de 
Montcorbier,  surnommé  Villon,  monde  d'écoliers  débauchés,  associés  à 
des  malfaiteurs  de  profession!  On  y  voit  en  action, 4ans  une  sorte  de 
pêle-mêle  très  habilement  composé,  l'Université  parisienne  du  xv^ siècle, 
les  juridictions  et  la  police  du  temps,  le  peuple  de  Paris  sous 
Charles  VII  et  Louis  XI,  surtout  les  petits  marchands,  et  enfin  les 
bas-fonds  de  la  grande  ville,  sans  oublier  les  prisons  et  la  perspective 
sinistre  du  gibet.  Dans  le  second  chapitre,  nous  passons  de  l'homme  à 
l'œuvre;  et,  si  l'auteur  en  établit  la  chronologie  en  savant,  il  en  appré- 
cie la  valeur  en  véritable  critique,  avec  une  fermeté  de  jugement  qui 
s'allie  au  sentiment  le  plus  vif  de  la  poésie.  Enfin,  il  achève  son  étude 
en  faisant  l'histoire  du  succès  de  son  poète,  depuis  la  première  publi- 
cation de  ses  œuvres  jusqu'à  nos  jours.  Le  livre  est  excellent,  du  com- 
mencement à  la  fin.  Jamais  François  Villon  n'avait  été  jugé  avec  plus 
de  finesse  et  de  véritable  justice.  Personne  n'avait  mieux  marqué  que 
Gaston  Paris  ce  qui  a  manqué  à  cet  écolier  dévoyé,  mais  personne  non 
plus  n'a  mieux  senti  et  mieux  signalé  ses  rares  mérites,  la  vivacité  des 
impressions,  le  don  de  voir  et  de  dessiner  les  gens,  la  verve  endiablée, 
la  gaieté  et  l'esprit,  l'invention  intarissable  des  mots  et  des  tours,  et 
aussi  ces  brusques  échappées  de  sentiment,  cette  naïveté  foncière  d'une 
bonne  nature,  qui  persiste  en  lui  sous  le  vice,  et  qui,  parfois,  fait  jaillir 
brusquement  l'émotion  du  milieu  de  la  fantaisie  la  plus  folle  ou  du 
réalisme  le  plus  cru. 

J'aurais  à  rappeler,  si  je  voulais  ne  rien  omettre  de  ce  qui  mériterait 
d'être  signalé,  bien  d'autres  œuvres  de  Gaston  Paris,  et,  par  exemple, 
la  belle  introduction  qui  ouvre  {'Histoire  de  la  littérature  française, 
publiée  sous  la  direction  du  regretté  Petit  de  Julleville,  ou  la  charmante 
préface  du  Roman  de  Tristan  et  Iseut,  traduit  et  restauré  par  M.  Joseph 
Bédier.  Mais,  en  présence  de  tant  d'écrits  de  valeur,  on  est  bien- forcé 
de  s'en  tenir  à  ceux  où  se  montre  quelque  aspect  particulier  de  cet 
esprit  si  varié.  Et,  d'ailleurs,  j'ai  le  sentiment  que  je  dois  me  hâter, 
malgré  l'intérêt  du  sujet,  vers  le  terme  de  cette  notice  déjà  longue. 

VI. 

Les  dernières  années  de  Gaston  Paris  furent  particulièrement  belles 
et  entourées  d'honneurs  bien  mérités. 

En  1896,  il  avait  été  élu  membre  de  l'Académie  française,  en  rem- 
placement de  Pasteur.  Ce  fut  vraiment  une  mémorable  séance  que 
celle  du  28  janvier  1897,  où  il  prononça  l'éloge  de  son  glorieux  prédé- 
cesseur. 


H)H  NOTICE    SUR,   LA   VIE   ET   LES   TRAVinX 

La  science,  au  sens  le  plus  large  du  mot,  formait  le  lien  entre  ces 
deux  hommes,  si  différents  par  l'orientation  de  leur  vie.  L'un  et  l'autre, 
ils  l'avaient  aimée  et  servie  de  toutes  leurs  forces,  avec  un  dévouement 
absolu.  Ce  fut  naturellement  à  l'éloge  de  la  science  que  dut  aboutir, 
dans  la  bouche  de  Gaston  Paris,  l'éloge  de  Pasteur.  Il  le  fit  avec  une 
conviction  éloquente,  mais  aussi  avec  une  mesure  qu'il  n'aurait  peut- 
être  pas  eue  au  même  degré  vingt  ans  plus  tôt,  et  qui  me  paraît  prêter  à 
ses  paroles  plus  de  noblesse  encore  :  «  Nous  savons  bien,  dit-il,  que  la 
vérité  absolue  n'est  pas  faite  pour  Thomme,  puisqu'elle  embrasse  l'in- 
fini et  que  l'homme  est  fini;  mais  nous  savons  aussi  que  ce  qu'il  a  de 
plus  noble  en  lui,  c'est  d'aspirer  sans  cesse  à  cette  vérité  relative  dont 
le  domaine  peut  s'agrandir  indéfiniment  et  débordera  peut-être  un  jour 
la  zone  où  nos  espérances  les  plus  hardies  en  marquent  aujourd'hui 
les  limites.  L'esprit  qui  s'est  assigné  pour  tâche  de  collaborer  à  cette 
grande  œuvre,  qui,  sur  un  point  quelconque,  travaille  à  diminuer  l'im- 
mense inconnu  qui  nous  entoure  pour  accroître  le  cercle  restreint  du 
connu,  qui  s'est  soumis  à  la  règle  sévère  et  chaste  qu'impose  cet 
auguste  labeur,  cet  esprit  est  devenu  par  là  même  plus  haut,  plus  pur, 
plus  désintéressé*.  »  Il  n'est  pas  douteux  qu'en  écrivant  ces  lignes,  il 
n'ait  en  quelque  sorte  formulé  le  témoignage  qu'il  se  rendait  à  lui- 
même  dans  le  secret  de  sa  conscience.  A  travers  son  existence  labo- 
rieuse, il  avait  grandi,  de  jour  en  jour,  par  le  culte  de  la  vérité.  Et  c'est 
justement  parce  qu'il  n'avait  cessé  de  s'élever  qu'il  découvrait  mieux 
les  limites  de  la  science. 

Est-ce  à  dire  qu'il  n'y'eùt  plus  en  lui,  alors  même,  quelque  reste 
d'illusion  à  cet  égard,  et,  par  suite,  quelque  conception  trop  particulière 
des  règles  qu'on  doit  proposer  à  l'activité  commune?  Je  ne  soulèverais 
pas  ici  cette  question,  si  elle  ne  me  paraissait  importante  pour  éclairer 
un  côté  de  sa  nature  et  si  je  ne  croyais  honorer  le  plus  sincère  des 
hommes  par  l'hommage  d'une  entière  sincérité. 

A  la  fin  de  ce  même  discours,  il  se  représentait  lui-même  comme 
appelé  à  donner  des  conseils  à  la  jeunesse  contemporaine,  et  voici  le 
langage  qu'il  s'attribuait  :  «  Il  faut  avant  tout,  lui  dirais-je,  si  j'avais 
l'espoir  d'être  entendu,  aimer  la  vérité,  vouloir  la  connaître,  croire  en 
elle,  travailler,  si  on  le  peut,  à  la  découvrir.  Il  faut  savoir  la  regarder 
en  face  et  se  jurer  de  ne  jamais  la  fausser,  l'atténuer  ou  l'exagérer, 
même  en  vue  d'un  intérêt  qui  semblerait  plus  haut  qu'elle,  car  il  ne 
saurait  y  en  avoir  de  plus  haut;  et,  du  moment  où  on  la  trahit,  fut-ce 
dans  le  secret  de  son  cœur,  on  subit  une  diminution  intime,  qui,  si 
légère  qu'elle  soit,  se  fait  bientôt  sentir  dans  toute  l'activité  morale'^.  » 

Il  est  difficile  de  n'être  pas  tout  d'abord  ému  et  entraîné  par  la  beauté 

1.  Discours  de  réception  à  l'Académie  française,  p.  27. 

2.  Discours  de  réception,  j).  29. 


DE    M.    GASTON   PARIS.  469 

de  ces  paroles,  et,  si  elles  ne  s'adressaient  qu'aux  futurs  savants,  il 
faudrait  les  louer  sans  réserve.  Mais  il  n'est  pas  douteux  qu'elles  n'aient 
visé  bien  au  delà.  La  pensée  qu'elles  énoncent,  c'est  que  tous  les 
hommes  doivent  s'assujettir,  dans  les  jugements  qui  déterminent  leurs 
actes,  aux  méthodes  et  aux  scrupules  du  savant,  c'est,  en  un  mot,  que 
la  science  doit  faire  la  vie  à  son  image  et  lui  imposer  ses  lois. 

Or,  ainsi  comprise,  la  question  prend  une  importance  et  une  gravité 
que  nous  ne  soupçonnions  pas  d'abord.  Car  nous  ne  pouvons  pas  nous 
dissimuler  qu'il  s'agit,  en  fait,  d'une  exigence  entièrement  inconnue 
dans  l'histoire.  Celle-ci  ne  nous  a  pas  encore  montré  un  seul  peuple, 
petit  ou  grand,  qui  ait  vécu  selon  de  telles  lois. 

Et,  dès  lors,  il  y  a  lieu  de  se  demander  s'il  est  vraiment  possible  et 
opportun  d'appeler  ainsi  la  jeunesse  en  masse  à  cette  recherche  infini- 
ment difficile  de  la  vérité,  qui  a  sa  place  dans  les  laboratoires  et  les 
académies  ?  On  en  peut  douter  ;  et  peut-être  serait-il  plus  sage  de  la  lais- 
ser aller  où  elle  va  naturellement,  c'est-à-dire  vers  l'action,  en  essayant 
seulement  d'exciter  le  plus  possible  en  elle  les  sentiments,  un  peu  con- 
fus peut-être,  mélangés  même  d'erreur  et  de  vérité,  si  l'on  veut,  mais 
puissants  par  la  force  d'une  lointaine  hérédité,  qui  dirigeront  cette 
action  vers  un  noble  idéal. 

Au  fond,  comme  on  le  voit,  le  dissentiment  est  entre  deux  concep- 
tions de  la  vie,  l'une  plus  intellectuelle,  l'autre  plus  active  et  plus  con- 
crète. Si  Gaston  Paris  semble  avoir  incliné  vers  la  première,  ce  n'est 
pas,  je  crois,  par  hasard  ni  sous  l'influence  de  circonstances  passagères; 
mais  c'est  que,  comme  un  très  grand  nombre  de  savants,  il  voyait  sou- 
vent la  vie  à  travers  la  science  et  qu'il  voulait  imposer  à  l'une  tout  ce 
qui  était  propre  à  l'autre.  Ajoutons  d'ailleurs  que  cette  tendance  s'accor- 
dait chez  lui  avec  un  sens  pratique  très  fin  et  avec  les  qualités  les 
mieux  appropriées  à  la  vie  courante. 

En  1894,  il  avait  succédé  à  M.  Gaston  Boissier  comme  administra- 
teur du  Collège  de  France.  Il  était  déjà,  depuis  1892,  vice-président  de 
l'assemblée  des  professeurs.  Il  exerça  la  nouvelle  et  haute  fonction  qui 
lui  était  confiée  pendant  huit  ans,  de  1894  jusqu'à  sa  mort. 

Tous  ses  anciens  collègues  le  voient  encore  tel  qu'il  était  dans  leurs 
réunions  périodiques,  dirigeant  les  délibérations  avec  une  remarquable 
netteté  d'intelligence,  parlant  à  propos  et  avec  autorité,  résumant  les 
questions  en  les  éclairant,  c'est-à-dire,  en  somme,  faisant  vraiment 
office  de  président,  sans  se  départir  jamais  d'une  courtoisie  exquise 
et  d'une  bonne  grâce  souvent  spirituelle.  En  dehors  de  ces  réunions,  le 
souci  des  intérêts  dont  il  était  chargé  ne  le  quittait  jamais.  Il  avait  la 
plus  haute  idée  du  rôle  qui,  depuis  la  Renaissance,  n'a  cessé  d'appar- 
tenir au  Collège  de  P'rance  dans  les  hautes  études  de  tout  genre.  On 
sait  comment  il  l'a  formulée  dans  le  très  beau  discours  qu'il  prononça, 
le  7  octobre  1892,  aux  obsèques  d'Ernest  Renan.  Attentif  à  ne  négliger 


no  NOTICE    SDR    LA    VIE    ET    LES   TRAVAUX 

aucune  des  questions  qui  touchaient  à  la  prospérité  ou  au  développe- 
ment de  ce  foyer  de  science,  il  avait  à  cœur  surtout  d'y  assurer  la 
transmission  de  l'enseignement  à  des  hommes  d'une  valeur  incontes- 
table. Son  influence,  qui,  pour  s'exercer  discrètement,  n'en  était  pas 
moins  réelle,  n'a  jamais  été  mise  au  service  d'aucune  préférence  qui  ne 
fût  fondée  sur  un  jugement. 

Mais  son  rôle  officiel,  si  grand  qu'il  eût  été,  n'expliquerait  pas  suffi- 
samment le  souvenir  qu'il  a  laissé  dans  le  cœur  de  tous  ses  collègues. 
Il  faut  rappeler  aussi  qu'en  s'instailant  au  Collège  de  France  et  en  y 
transportant  les  habitudes  d'élégante  et  affable  hospitalité  qui  avaient 
été  celles  de  toute  sa  vie,  il  avait  donné  à  cette  vieille  maison  de 
science  et  de  travail  une  sorte  de  parure  que  lui  seul  pouvait  lui 
donner. 

Bien  loin  de  s'enfermer  dans  les  livres,  ce  savant,  qui  donnait  tant 
d'heures  à  la  recherche  patiente,  avait  toujours  eu  le  goût  des  relations 
de  la  société.  A  toutes  les  époques  de  sa  vie,  on  le  vit  réunir  autour  de 
lui,  à  jours  fixes,  un  groupe  d'amis,  où  figurèrent  quelques-uns  des 
hommes  les  plus  remarquables  de  notre  temps.  Le  vicomte  Melchior  de 
Vogué,  dans  un  article  nécrologique  où  l'émotion  la  plus  sincère 
transparait  sous  un  voile  de  poésie,  a  raconté  à  grands  traits  ce  qu'on 
pourrait  appeler  l'histoire  de  son  salon'.  Il  y  rappelle  d'abord  les  loin- 
taines et  charmantes  réunions  qui  se  tenaient  le  dimanche,  vers  1865, 
au  rez-de-chaussée  de  l'hôtel  du  Luard,  rue  de  Varennes.  «  La  biblio- 
thèque, dit-il,  donnait  sur  un  beau  jardin,  tout  fier  de  son  grand  cèdre, 
pensif  comme  la  maison  de  son  hôte...  Taine  et  Renan  occupaient  de 
fondation  les  deux  coins  de  la  cheminée.  Pasteur  y  venait  souvent, 
Berthelot  disait  les  secrets  de  la  nature,  Sorel  ceux  de  l'histoire  ; 
Alexandre  Dumas  racontait  sa  prochaine  pièce,  Bourget  les  romans 
qu'il  allait  tenter;  Sully  apportait  ses  derniers  vers,  Heredia  clamait  ses 
Trophées,  bien  longtemps  avant  qu'il  ne  songeât  à  les  publier;  Taine 
s'interrompait  de  méditer  pour  expliquer  un  sonnet  de  Mallarmé.  Car 
la  conversation  passait,  aisée,  ailée,  des  plus  graves  problèmes  aux  plus 
légères  distractions  de  l'esprit;  elle  embrassait  toutes  les  manifesta- 
lions  de  l'intelligence  et  de  la  vie  française,  de  la  vie  universelle,  avec 
les  étrangers  de  marque  qui  tenaient  à  honneur  d'être  présentés  chez 
Gaston  Paris.  »  Et  plus  loin  :  «  Nous  le  suivîmes  rue  du  Bac,  dans  la 
petite  maison  où  la  paix  montait  du  jardin  des  Missions  étrangères  ; 
à  Passy,  lorsqu'il  y  émigra;  et,  enfin,  au  Collège  de  France.  Au  cours 
de  ces  déménagements,  sur  la  route,  on  laissait  des  cercueils.  Mais  de 
nouveaux  amis,  de  nouveaux  disciples  venaient  remplacer  les  partants  : 
toujours  accueillis  avec  la  môme  c(U'dialite,  avec  la  même  passion  de 
servir  le  talent  naissant,  d'honorer  la  France  devant  ces  jeunes  étran- 

1.  Journal  des  Débats,  8  mars  1903. 


DE   M.    GASTON   PARIS.  ^7^ 

gers  qui  accouraient  de  toute  l'Europe  chez  Paris,  comme  des  pèlerins 
de  la  science.  » 

Je  n'ai  eu  l'honneur,  quant  à  moi,  de  connaître  Gaston  Paris  que 
dans  ses  dernières  années.  Une  harmonie  intime  emplissait  alors  cette 
noble  existence,  dont  rien  ne  faisait  prévoir  la  fin  prochaine.  Après 
les  jours  d'amère  souffrance,  qui,  autrefois,  ne  lui  avaient  pas  été  épar- 
gnés, il  avait,  depuis  longtemps,  retrouvé  la  sérénité  morale  dans  le 
charme  et  la  paix  de  son  foyer  restauré.  Sa  nature  aimante  et  généreuse 
s'épanouissait,  en  un  milieu  fait  pour  elle,  dans  un  enveloppement  do 
grâce  affectueuse  et  intelligente,  qui  faisait  rayonner  doucement, 
autour  de  son  âme  de  penseur  et  d'artiste,  une  délicate  et  lumineuse 
atmosphère  d'élégance  et  de  beauté. 

Lorsqu'on  venait  à  lui,  on  était  séduit  par  la  dignité  simple  et  affable 
qui  respirait  dans  toute  sa  personne.  Il  y  avait  de  la  lumière  et  de  la 
bonté  dans  son  regard,  pourtant  affaibli,  de  la  douceur  dans  son  sourire 
et  dans  le  son  de  sa  voix,  dont  les  inflexions  se  nuançaient  avec  une 
finesse  naturelle.  Et  ces  dehors  n'étaient  pas  trompeurs.  Il  y  avait  de  la 
lumière  aussi  dans  son  esprit  et  de  la  bonté  dans  son  âme.  On  sentait 
immédiatement  qu'il  lui  eût  été  impossible  de  concevoir  une  pensée 
basse  ou  un  sentiment  malveillant.  La  loyauté  rayonnait  en  lui,  et  elle 
s'associait  à  une  indulgence,  non  pas  banale,  mais  réfléchie,  indulgence 
d'un  grand  esprit,  qui,  sans  doute,  avait  conscience  de  sa  force,  mais 
qui  sentait  aussi  fort  bien  ce  qu'il  peut  y  avoir  de  mérite  réel  chez  ceux 
qui  s'élèvent  moins  haut. 

Le  souvenir  de  cette  bienveillance,  d'autant  plus  frappante  qu'elle 
s'associait  à  une  supériorité  incontestable,  est  resté  comme  un  trait 
ineffaçable  gravé  dans  le  cœur  de  tous  ceux  qui  l'ont  connu.  En  par- 
courant des  lettres,  écrites  pour  la  plupart  par  ses  anciens  élèves,  c'est 
celui  que  j'ai  retrouvé  partout,  sous  les  formes  les  plus  sincères  et  les 
plus  touchantes  :  «  Il  n'était  pas  seulement  pour  nous,  écrit  un  pro- 
fesseur d'une  Université  d'Allemagne,  le  plus  grand,  le  plus  profond, 
le  plus  spirituel  des  érudits.  Ce  qui  nous  l'a  fait  aimer  encore  davan- 
tage, c'était  de  toujours  sentir  en  lui  le  plus  juste,  le  plus  aimable,  le 
plus  courtois  des  hommes,  celui  qui  unissait  le  jugement  le  plus  sûr  à 
la  plus  grande  indulgence  pour  le  peu  de  savoir  que  nous  avions  à 
côté  de  lui.  »  Et  un  autre,  étranger  également,  disait,  à  la  nouvelle  de 
sa  mort  :  «  Nous  sommes  tous  maintenant  comme  des  orphelins,  tant 
il  a  été  bon  pour  tous  ceux  qui  ont  eu  le  grand  bonheur  de  le  connaître 
et  de  profiter  de  son  enseignement.  »  Ajoutons  enfin  à  ces  témoignages 
du  dehors  celui  d'un  Français  distingué,  qui  exprime  délicatement  ce 
que  beaucoup  d'autres  ont  senti  :  «  Je  ne  connais  personne,  écrivait-il 
au  moment  où  le  savant  venait  de  disparaître,  qui  ait  eu  autant 
d'amis,  de  vrais  amis,  que  M.  Paris,  et  tous  sont  cruellement  frappés. 
Il  leur  faudra  bien  du  temps  pour  désapprendre  l'habitude  qui  les  cou- 


172  NOTICE   SUR   LA    VIE    ET    LES   TRAVAUX 

duisait  dans  la  grande  bibliothèque,  où  l'on  venait  se  réconforter  à  la 
chaleur  de  son  amitié  et  à  la  lumière  de  son  esprit.  » 

Cette  belle  existence,  si  entourée  d'affections  et  d'admiration,  si  utile 
à  la  science  et  à  notre  pays,  semblait  devoir  se  prolonger  longtemps 
encore.  Gaston  Paris  touchait  à  peine  à  la  vieillesse  lorsque  se  firent 
sentir  à  lui  les  premières  atteintes  du  mal  qui  devait  l'emporter.  Il 
n'interrompit  ni  ses  travaux,  ni  son  enseignement,  ni  les  soins  de  l'ad- 
ministration qui  lui  était  confiée.  Il  ne  changea  rien  non  plus  aux 
habitudes  de  sa  vie  et  ne  voulut  se  dégager  d'aucune  de  ses  obligations 
de  société.  Il  mettait  une  sorte  d'héroïsme  à  rester  jusqu'à  la  fin  tout 
ce  qu'il  avait  voulu  être  et  à  ne  pas  se  diminuer  volontairement  avant 
l'heure  dernière.  Pourtant,  l'altération  de  sa  santé  faisait  de  rapides 
progrès.  A  la  fin  de  1902,  il  fut  gravement  malade  ;  mais  il  reprit  le 
dessus,  et  l'espérance  nous  était  revenue  à  tous,  lorsqu'au  mois  de  jan- 
vier 1903,  il  vint,  pour  la  dernière  fois,  présider  au  Collège  de  France 
l'assemblée  trimestrielle  des  professeurs.  Il  était  pâle  et  chancelant, 
mais  il  se  croyait  en  voie  de  rétablissement,  et  nous  retrouvâmes  en 
lui,  ce  jour-là,  non  seulement  la  lucidité  ordinaire  de  son  intelligence 
et  l'à-propos  de  son  esprit,  mais  jusqu'à  son  enjouement.  Quelques 
jours  après,  il  se  sentait  moins  bien  ;  ses  forces  ne  revenaient  pas  ;  il 
se  décida,  vers  la  fin  de  février,  à  partir  pour  Cannes.  Ce  fut  pour  lui 
le  suprême  départ.  Bien  peu  de  jours  après  être  arrivé  là -bas,  il  s'y 
éteignait,  comme  épuisé  par  le  mal  qui  le  minait,  le  5  mars  1903. 

Sa  mort  fut  vraiment  un  deuil  public.  Le  12  mars,  jour  de  ses 
obsèques,  ses  amis  et  ses  admirateurs,  ses  anciens  élèves  et  ses  col- 
lègues, réunis,  avec  les  délégations  officielles,  autour  du  catafalque  qui 
se  dressait  dans  la  cour  du  Collège  de  France,  eurent  le  sentiment 
unanime  et  profond  qu'ils  n'avaient  pas  sous  les  yeux  une  pompe 
vaine,  mais  que  la  douleur  et  les  regrets  manifestés  par  cet  appareil 
funèbre  étaient  réellement  dans  tous  les  cœurs.  Le  Collège  de  France, 
en  particulier,  avait  toute  raison  de  se  voiler  de  deuil,  car  il  voyait 
s'éloigner  de  lui  pour  jamais  un  des  hommes  qui  l'avaient  le  plus 
aimé  et  le  plus  honoré. 

Aujourd'hui  que  le  temps  a  déjà  fait  son  œuvre,  l'amertume  des 
regrets  du  premier  jour  doit  se  mélanger  d'un  autre  sentiment  plus 
durable  et  plus  digne  d'un  homme  de  cette  haute  valeur.  Gaston  Paris, 
malgré  sa  fin  prématurée,  a  pu  accomplir  une  œuvre  considérable,  qui 
demeure,  après  lui,  un  témoignage  impérissable  de  ce  qu'il  a  été.  Son 
nom  est  inscrit  à  tout  jamais  dans  l'histoire  de  la  philologie  française 
comme  celui  d'un  des  maîtres  qui  ont  le  plus  fait  pour  son  développe- 
ment. Et  non  seulement  il  sera  toujours  connu  et  cité  avec  honneur 
par  les  érudits  attachés  à  suivre  les  voies  qu'il  a  frayées,  mais  il  ne 
pourra  même  être  oublié  ou  méconnu  de  quiconque  voudra  embrasser 
en  son  ensemble  le  mouvement  des  idées  dans  la  seconde  moitié  du 


DE   M.    GASTOIV   PARIS.  >|  73 

xixe  siècle.  Car,  en  se  donnant  tout  entier  à  une  méthode  et  à  un 
ordre  d'études  spécial,  il  en  a  tellement  manifesté  la  valeur  qu'il  a 
plus  contribué  que  personne  à  en  faire  une  des  acquisitions  durables  de 
l'esprit  humain. 

Ajoutons  que,  voué  pendant  quarante  années  à  la  langue  et  à  la  lit- 
térature françaises,  il  a  très  étroitement  associé  son  nom  à  celui  même 
de  notre  pays.  Et  il  me  semble  que  c'est  là  justement  la  récompense 
qui  a  dû  toucher  le  plus  son  noble  cœur  s'il  lui  a  été  donné  de  l'entre- 
voir dans  l'avenir.  Il  a  pu  se  dire  que  nul  désormais  ne  pourrait  étu- 
dier l'âme  française  dans  son  évolution  historique  et  dans  les  œuvres 
où  elle  s'est  manifestée  sans  rendre  témoignage  au  grand  amour  qu'il 
a  eu  pour  elle  et  au  labeur  admirable  qu'il  lui  a  consacré. 

Maurice  Ghoiset, 
Membre   de    l'Instilut. 


BIBLIOGRAPHIE. 


Jacques  Flach.  Les  Origines  de  l'ancienne  France.  X^  et  XP  siècles. 
T.  III  :  la  Renaissance  de  PÉtat,  la  Boyauté  et  le  Principal. 
Paris,  libr.  Larose.  In-8°,  viir-380  pages. 

M.  Flach  fait  paraître  le  troisième  volume  de  la  grande  œuvre  où  il 
étudie  les  origines  de  l'ancienne  France.  Il  place  celles-ci,  comme  on 
sait,  aux  x»  et  xi«  siècles,  oià  se  désorganisa  la  France  carolingienne  et 
se  forma  la  France  des  Capétiens.  Dans  le  tome  I**"",  l'historien  avait 
analysé  le  régime  seigneurial;  dans  le  tome  II,  les  origines  commu- 
nales, la  féodalité  et  la  chevalerie.  La  renaissance  de  l'État  et  la  for- 
mation de  la  monarchie  capétienne  venaient  ainsi  naturellement  dans 
le  volume  nouvellement  puhlié. 

On  connaît  la  manière  de  M.  Flach,  essentiellement  objective  et 
concrète.  Il  tire  directement  les  faits  des  documents  contemporains  et 
s'efforce  de  les  voir  dans  leur  réalité  vivante,  plutôt  que  d'une  manière 
abstraite  et  théorique.  Pour  reprendre  une  expression  souvent  employée  : 
il  voit  les  hommes  derrière  les  textes. 

Ce  don  si  rare,  surtout  parmi  les  écrivains  qui  s'occupent  d'un  passé 
très  éloigné,  comme  les  premiers  siècles  de  notre  histoire,  fait  l'intérêt 
des  livres  semblables  à  celui  que  nous  avons  sous  les  yeux  ;  il  en  rend 
l'étude  singulièrement  suggestive,  car,  de  page  en  page,  les  idées  jail- 
lissent des  faits  et  des  textes  juxtaposés  avec  abondance  et  netteté; 
mais  une  autre  conséquence  en  est  de  faire  souvent  disparaître  l'idée 
conductrice  qui  dirige  l'œuvre,  le  «  fil  rouge,  »  comme  disent  les  Alle- 
mands. Autant  l'analyse,  en  quelques  pages,  d'un  livre  de  Fustel  de 
Coulanges,  par  exemple,  est  aisée,  car  la  doctrine,  droite  et  précise,  y 
apparaît  incessamment,  avec  un  relief  qui  n'est  peut-être  que  trop  aigu  ; 
autant  la  même  analyse  d'un  livre  de  M.  Flach  devient  difficile,  du 
moins  en  un  court  espace. 

L'idée  maîtresse  de  ce  nouveau  volume  apparaît  dans  l'introduction  : 

«  Pour  s'être  imaginé,  écrit  M.  Flach,  que  la  féodalité  s'était  formée 
directement  par  en  haut,  pour  ne  pas  s'être  aperçu  qu'elle  était  le  fruit 
d'une  élaboration,  plusieurs  fois  séculaire,  qui  avait  eu  son  point  de 
départ  dans  les  contrats  les  plus  vulgaires  ou  les  plus  humbles  et  son 


BIBLIOGRAPHIE.  -175 

point  d'arrivée  dans  le  grand  fief  royal,  on  ne  pouvait  voir  dans  les 
principes  (les  maîtres  des  grandes  seigneuries  du  xi»  siècle)  que  des 
grands  vassaux,  dans  Hugues  Capet  qu'un  suzerain  féodal.  » 

Quant  à  ces  organismes  premiers,  point  de  départ  de  toute  la  forma- 
tion sociale,  M.  Flach,  construisant  sur  les  bases  qu'il  avait  posées 
dans  ses  premiers  volumes,  les  retrouve  dans  les  groupements  fami- 
liaux :  «  Ces  groupes,  écrit-il,  non  seulement  s'étaient  modelés  sur  la 
famille  et  le  clan,  mais  ils  avaient  été  en  partie  constitués  par  eux,  et 
furent  régis,  dominés  par  des  familles  seigneuriales  dont  l'existence,  le 
développement,  les  destinées  firent  corps  avec  les  leurs.  Pour  pénétrer 
l'histoire  des  petites  patries  dont  la  juxtaposition,  puis  la  fusion,  ont 
fait  la  France,  c'est  donc  l'histoire  aussi  des  grandes  familles  qu'il  faut 
reconstituer,  l'histoire  des  lignages,  des  gestes  dont  nos  vieux  poèmes 
héroïques  ont  si  légitimement  pris  le  nom.  » 

Cette  conception  est  féconde  et  vraie.  Elle  fait  la  valeur  de  l'œuvre 
de  M.  Flach,  car  elle  groupe  et  coordonne  la  multitude  des  faits  recueil- 
lis de  toutes  parts. 

Jouant  vis-à-vis  de  ces  familles  principales  (Vermandois,  Blois  et 
Champagne,  Yexin  et  Valois,  Anjou  et  Maine),  le  même  rôle  que 
celles-ci  jouaient  vis-à-vis  de  la  maison  royale,  il  y  avait,  se  groupant 
à  l'ombre  de  chacune  d'elles,  nombre  de  familles  secondaires  dont  les 
familles  principales  constituaient  à  leur  tour  le  centre  d'évolution.  Et 
les  familles  secondaires,  à  leur  tour,  s'aggloméraient  d'autres  familles 
de  moindre  importance.  Ainsi  apparaît  dans  toute  son  ampleur,  et  ce 
qui,  aux  yeux  de  l'historien,  est  plus  important  encore,  dans  toute  son 
activité,  le  grand  principe  coordonnateur  dont  l'énergie  multipliée  et 
incessante  a  fait  les  origines  de  l'ancienne  France  :  la  protection,  ainsi 
que  l'appelle  M.  Flach,  et  qu'il  conviendrait  peut-être  de  désigner  d'un 
terme  plus  précis  et  plus  historique,  le  patronat.  Il  constitue  le  fait 
permanent  de  l'époque.  On  le  retrouve  depuis  le  degré  inférieur  jus- 
qu'au sommet  de  l'échelle  sociale.  Sous  Louis  d'Outremer,  le  légat  pon- 
tifical. Marin,  donnant  une  définition  de  l'autorité  royale,  l'appelle  un 
patronage,  patrocinium.  Quarante  ans  plus  tard,  l'archevêque  de  Reims, 
Adalbéron,  dans  l'assemblée  des  grands  du  royaume,  où  il  soutient  la 
candidature  de  Hugues  Capet,  s'exprime  ainsi  :  «  Nul,  jusqu'à  présent, 
n'a  invoqué  en  vain  son  patronage.  » 

Et  le  caractère  de  ce  patronage,  M.  Flach  le  définit,  non  seulement 
dans  ses  traits  matériels,  c'est-à-dire  par  l'organisation  où  il  a  trouvé 
son  expression,  mais,  ce  qui  était  plus  difficile,  dans  son  caractère  moral 
et  dans  son  esprit. 

C'est  l'objet  du  remarquable  chapitre  intitulé  :  la  Largesse  et  f  hon- 
neur. Ces  deux  sentiments  ont  été  les  deux  principaux  qui  aient  animé 
toute  l'époque  de  la  formation  patronale.  Déjà,  dans  le  volume  précé- 
dent, M.  Flach  avait  montré  la  foi  et  1'  «  amour,  »  là  où,  jusqu'alors,  un 


\76  BIBLIOGRAPHIE. 

regard  superficiel  n'avait  vu  que  la  force  et  la  contrainte.  Le  patron 
doit  se  montrer  généreux  pour  retenir  le  cœur  de  son  compagnon,  de 
son  fidèle.  Pour  que  ses  fidèles  soient  nombreux,  —  leur  nombre  fait 
sa  force,  —  il  doit  donner  beaucoup  et  toujours,  «  Ainsi  se  développa 
une  vertu  typique  du  moyen  âge,  la  munificence,  la  «  largesse,  »  qui  a 
sa  contre-partie  exacte  dans  le  point  d'honneur,  vrai  ou  faux,  de  ne 
point  mettre  ses  services  à  prix,  de  servir  pour  Va  amour  »  et  pour 
l'honneur.  Ces  deux  sentiments  ne  devinrent  pas  seulement  vertu  pri- 
vée, mais  vertu  sociale,  ils  pénétrèrent  la  société  de  part  en  part.  » 
Puis  cette  vue  qui  s'étend  jusqu'à  un  horizon  lointain  et  profond  : 
«  Les  seigneurs  rivalisaient  de  largesses,  dons,  bénéfices  ou  honneurs, 
inoculant  à  leurs  descendants  les  préjugés  qui  firent  l'impuissance 
économique  de  la  noblesse  française,  le  mépris  du  gain  direct,  salaire 
ou  solde.  »  Beauté  presqu'émouvante  des  lois  historiques  :  la  cause 
même  qui  avait  fait  que  la  noblesse  s'était  formée  et  qu'elle  avait 
organisé  la  nation,  en  amena  dans  la  suite  la  décadence  et  la  chute 
quand  cette  noblesse  eut  accompli  son  œuvre  et  achevé  son  évolution. 

Que  si  l'on  avait  à  formuler  une  critique  d'ensemble  sur  ce  troisième 
tome  de  l'ouvrage  de  M.  Flach,  ce  serait  de  ne  pas  avoir  suivi,  avec 
assez  de  persévérance  peut-être,  les  conséquences  des  prémisses  si  for- 
tement établies  au  début;  c'est,  une  fois  arrivé  à  la  formation  de  la 
royauté  capétienne,  de  ne  pas  l'avoir  montrée  sortant  naturellement 
du  mouvement  précédemment  défini.  A  cet  endroit  du  livre,  M.  Flach 
dit  très  bien  : 

«  Voulons-nous  maintenant  aborder  de  front  et  d'ensemble  le  pro- 
blème de  la  royauté?  —  La  royauté  ne  pouvait  être  qu'en  corrélation 
étroite  avec  les  groupements  fondamentaux  de  l'État,  et,  parmi  eux,  le 
plus  essentiel.  Le  groupement  générateur,  le  groupement  familial,  en 
un  mot,  devait  dominer  et  faire  l'office  d'élément  organique.  »  A  ce 
moment,  il  semble  que,  brusquement,  l'auteur  ait  pris  peur  d'avancer 
sur  la  route  qu'il  avait  tracée.  Il  regarde  en  arrière;  au  lieu  d'expliquer 
l'éclosion  de  la  monarchie  capétienne  par  les  conditions  mêmes  où  elle 
se  produisit,  il  remonte  vers  le  passé,  d'oii  il  ramène  des  citations 
relatives  à  la  monarchie  carolingienne,  voire  aux  Mérovingiens,  il 
retrouve  les  premiers  Francs  dans  leurs  forêts,  et,  plus  loin  encore, 
les  empereurs  sur  leurs  trônes  depuis  des  siècles  écroulés.  Assuré- 
ment, des  mots  ont  survécu,  des  traditions  même  et  des  traits  d'orga- 
nisation ;  mais  ce  ne  sont  là  que  des  formes  et  d'une  importance  en 
somme  secondaire. 

M.  Flach,  qui  va  toujours  droit  aux  réalités  concrètes,  montre  bien 
le  fait  qui  caractérise  essentiellement  cette  période  de  l'histoire  monar- 
chique : 

«  C'est  un  fait  fort  curieux,  dit-il,  et  fort  significatif  que  l'activité 
législative  des  Reges  Francorum  se  soit  considérablement  ralentie  dans 


BIBLIOGRAPHIE.  177 

la  seconde  moitié  du  ix»  siècle  et  qu'elle  ait  fini  par  s'arrêter  net  en 
888  au  plus  tard.  »  Observation  d'autant  plus  importante  qu'il  est 
aujourd'hui  démontré  que  les  derniers  Carolingiens  n'ont  été  rien 
moins  que  des  souverains  inactifs  ou  incapables.  M.  Flach  dit  lui- 
même  :  «  Le  pouvoir  de  légiférer  ne  se  conçoit  plus;  il  est  éteint, 
anéanti  par  la  transformation  profonde  qui  s'est  opérée  dans  l'ensemble 
du  système  juridique.  » 

En  effet,  la  royauté  n'a  plus  de  raison  de  légiférer,  le  voudrait-elle 
qu'elle  ne  le  pourrait  plus.  La  loi,  comme  le  dit  encore  M.  Flach,  est 
alors  la  coutume.  C'est  précisément  l'action  de  ces  nombreux  «  princi- 
pats,  »  —  nous  dirions  plus  volontiers  de  ces  vivants  «  patronats,  »  — 
qui  a  insensiblement,  mais  activement  groupé  et  ordonné  les  éléments 
sociaux  en  une  infinité  de  petites  «  patries,  »  expression  du  temps, 
juxtaposées  ou  superposées,  semblables  les  unes  aux  autres,  et  qui, 
toutes,  depuis  le  groupement  inférieur,  la  famille,  avec  toute  l'exten- 
sion naturelle  ou  fictive  qu'elle  comportait  alors,  jusqu'aux  grandes 
seigneuries,  ont  leur  vie  propre  et,  comme  le  dit  encore  M.  Flach,  leurs 
énergies  internes. 

La  monarchie  franque  avait  été  une  royauté  de  conquérants  et  qui 
n'avait  pas  eu  d'action  sur  les  masses  profondes  du  pays,  avec  les- 
quelles elle  ne  vint  guère  en  contact;  la  monarchie  carolingienne  avait 
été  une  monarchie  militaire  (de  conquérants  intérieurs,  si  l'on  peut 
s'exprimer  ainsi).  C'est  ce  qui  en  avait  fait  la  rapide  extension,  le  bril- 
lant éclat  et  la  fragilité.  La  monarchie  capétienne  fut  enfin  la  monar- 
chie patronale,  qui  coordonna  les  forces  vives  du  pays  parce  qu'elle  en 
était  elle-même  issue,  de  visceribus,  pour  reprendre  un  texte  significatif 
cité  par  M.  Flach.  Et  les  détails  mêmes  de  son  organisation,  que 
M.  Flach  expose  en  des  chapitres  nourris  de  citations  aussi  abondantes 
que  précises,  suffiraient  à  en  apporter  le  témoignage.  Ainsi  s'explique 
que  le  pouvoir  des  Capétiens,  sous  les  monarques  mêmes  les  plus 
faibles,  ne  fit  que  grandir;  tandis  que  celui  des  Carolingiens  s'affaiblit 
fatalement,  dans  les  mains  mêmes  des  rois  les  plus  intelligents  et  les 
plus  énergiques. 

Les  derniers  chapitres,  où  sont  étudiées  les  origines  et  la  formation 
des  grandes  principautés  laïques  qui  se  dressèrent  en  face  de  la  maison 
capétienne  et  en  mirent  plus  d'une  fois  la  suprématie  en  péril,  sont 
parmi  les  plus  nouveaux  du  livre  :  il  s'agit  de  la  maison  de  Verman- 
dois,  du  prmcipat  de  Blois  et  Champagne,  du  principat  du  Vexin  et  du 
Valois,  du  principat  de  l'Anjou  et  du  Maine.  Pour  ce  dernier  particu- 
lièrement, les  origines,  jusqu'alors  très  confuses,  paraissent  clairement 
démêlées. 

Pour  donner  plus  de  précision  à  son  exposé,  l'auteur  reprend  très 
heureusement  l'expression  de  Francie,  la  «  douce  France,  »  des  chan- 
sons de  gestes,  afin  de  distinguer  cette  région  (la  France  du  Nord,  dont 
1904  ^2 


^78  BIBLIOGRAPHIE. 

sont  exclus  la  Normandie,  la  Bretagne,  le  Maine,  l'Anjou,  la  Flandre, 
l'Aquitaine  et  la  Provence)  de  ce  qu'on  appelait  la  Gaule  et  de  ce 
qu'on  appelle  la  France. 

Enfin,  dans  les  notes,  un  grand  nombre  de  points  de  détail  sont  élu- 
cidés en  une  critique  exacte  et  rapide.  Un  exemple  entre  cent.  M.  Flach 
montre,  après  d'autres,  —  car  c'est  un  point  sur  lequel  on  semble 
aujourd'hui  d'accord,  —  que  l'essence  de  la  monarchie  capétienne  fut 
d'être  un  pouvoir  justicier.  Et  il  cite  un  diplôme  de  988  où  Hugues 
Capet  s'exprime  ainsi  :  «  Quoniam  nostrae  subliraitas  potestatis  non 
aliter  recto  stare  valet  ordine,  nisi  omnibus  et  per  omnia  justiciam 
operando  »  (D.  Bouquet,  X,  552).  M.  Luchaire  traduit  les  mots  :  per 
omnia  «  par  tous  les  moyens.  »  Per  doit  avoir  ici  le  sens,  fréquent 
déjà  à  cette  époque,  de  pour,  dit  M.  Flach,  et  il  traduit  :  «  La  justice 
départie  à  tous  et  pour  tout.  »  Les  rectifications  de  ce  genre,  qui  se 
trouvent  presqu'à  chaque  page,  suffiraient  à  témoigner  dans  le  livre  de 
la  minutie  et  de  la  précision  des  investigations. 

Frantz  Funck-Brentano. 


Gustave  DcroNi-FERRiER.  Les  Officiers  royaux  des  bailliages  el  séné- 
chaussées et  les  institutions  monarchiques  locales  en  France  à  la 
fin  du  moyen  âge.  Paris,  Emile  Bouillon,  1902.  ln-8°,  xxxiv- 
^043  pages,  avec  deux  cartes.  [Bibliothèque  de  V École  des  hautes 
études,  '145'=  fasc.) 

Le  livre  dont  nous  venons  de  donner  le  titre  ci-dessus  avait  sa  place 
marquée  d'avance  dans  la  littérature  historique  de  notre  pays.  Quand 
on  étudie  les  institutions  du  moyen  âge,  on  est  constamment  arrêté 
par  des  difficultés  de  détail,  par  des  particularités  concernant  certaines 
régions,  sur  lesquelles  on  aurait  besoin  d'avoir,  au  lieu  de  renseigne- 
ments très  généraux  et  approximatifs,  des  monographies  complètes  et 
précises.  Pour  la  période  qu'il  a  choisie,  le  livre  de  M.  Dupont-Ferrier 
fournit  ces  indications  ou  permet  d'aller  les  chercher  à  la  source;  et 
s'il  l'a  choisie,  peut-être  parce  que  des  études  antérieures,  comme  il 
arrive  souvent,  l'y  avaient  amené,  au  moins  a-t-elle  l'avantage  d'être 
circonscrite  dans  des  limites  très  naturelles  et  bien  déterminées.  Le 
moyen  âge  proprement  dit,  celui  qui  va  du  ix«  siècle  au  xv^,  avait  eu 
ses  institutions  d'abord  essentiellement  locales,  variant  d'un  fief,  d'une 
seigneurie,  d'un  royaume  à  un  autre,  puis  ramenées  dès  le  xiii^  siècle  à 
un  commencement  d'uniformité  sous  l'influence  énergique  des  premiers 
Capétiens;  ces  institutions  ont  assez  généralement  trouvé,  dans  les 
régions  où  elles  ont  vécu,  leurs  historiens  plus  ou  moins  sagaces,  plus 
ou  moins  bien  renseignés;  faute  de  mieux  et  jusqu'à  plus  ample  infor- 
mation, il  faut  s'en  contenter.  Mais,  avec  la  guerre  de  Cent  ans  com- 
mence une  véritable  anarchie,  le  pouvoir  royal  et  les  seigneurs  féodaux 


BIBLIOGRAPHIE.  ^79 

se  montrent  également  incapables  d'assurer  la  défense  du  sol  national  ; 
les  villes,  abandonnées  à  elles-mêmes,  doivent  s'administrer,  pourvoir 
à  leur  sécurité,  à  la  subsistance  des  habitants,  en  un  mot,  à  tous  les 
besoins  d'une  communauté,  petite  ou  grande.  Sous  le  gouvernement  de 
Charles  VII,  plus  heureux  encore  qu'habile,  la  France  se  ressaisit,  elle 
se  délivre  de  l'oppression  anglaise,  mais  pour  tomber  sous  la  tutelle 
des  agents  royaux,  qui  deviendra  de  plus  en  plus  envahissante.  C'est 
cette  période,  marquée  à  chaque  instant  par  quelque  empiétement  des 
officiers  royaux  sur  les  libertés  locales,  que  M.  D.-F.  s'est  proposé 
d'étudier,  et  ce  sont  ces  empiétements  successifs  auxquels  il  nous  fait 
assister. 

Il  commence  par  déterminer  les  t  cadres  géographiques  des  institu- 
tions bailliagères,  »  cadres  aussi  peu  fixes  que  possible,  «  constamment 
modifiés,  comme  il  en  apporte  la  preuve,  selon  la  mesure  changeante 
des  forces  et  des  besoins  de  la  monarchie  ;  »  puis  vient  la  nomencla- 
ture de  ces  circonscriptions,  les  unes  au-dessus  des  bailliages  et  des 
sénéchaussées,  qu'on  appelle  gouvernements  et  dont  les  titulaires  fini- 
ront par  ne  posséder  en  réalité  que  l'autorité  militaire;  les  autres 
au-dessous  :  petits  bailliages,  petites  sénéchaussées,  vi-bailliages  (en 
Dauphiné),  châtellenie,  prévôtés,  vicomtes  (en  Normandie),  sergente- 
ries,  vigueries,  jugeries,  bailles,  mandements,  mairies,  terres  à  part  et 
simples  paroisses,  ces  dernières  formant,  à  la  base  des  précédentes 
circonscriptions,  un  élément  commun  à  toutes  et  comme  la  molécule 
ou  la  cellule  territoriale,  mais  toutes  perpétuellement  mouvantes  et 
changeantes,  «  naissant  ou  mourant,  s'agrandissant  ou  diminuant, 
disparaissant  pour  reparaître  et  ne  cessant  jamais  d'être  exposées  à  des 
transformations  perpétuelles.  »  Dans  ces  circonscriptions,  autour  des 
baillis  et  sénéchaux,  se  groupe  un  personnel  de  juges  mages,  de  lieute- 
nants clercs  ou  lais,  de  commissaires  ad  universitatem  causarum,  asses- 
seurs, lieutenants  criminels  ou  civils,  lieutenants  particuliers,  procu- 
reurs, avocats,  receveurs,  auxiliaires,  dont  la  présence  supplée  sur  tous 
les  points  de  la  circonscription  le  bailli  ou  le  sénéchal  absent,  et  dont 
le  savoir  remédie  à  son  ignorance.  Au-dessous  des  baillis  et  des  séné- 
chaux s'agite  une  foule  non  moindre  d'officiers,  prévôts,  vicomtes, 
viguiers,  bailes,  châtelains,  juges  ordinaires,  juges  d'appeaux,  maires, 
sergents,  notaires;  chaque  circonscription  a  les  siens,  relevant  tous 
de  la  couronne,  ayant  devant  eux  une  carrière,  où  les  attirent  les  abus 
mêmes  qui  y  foisonnent  :  la  vénalité,  le  cumul,  la  non-résidence.  Le 
fonctionnarisme  local  est  né  :  si  ses  abus  ne  deviennent  pas  trop 
criants,  c'est  qu'il  y  a,  à  côté  des  sénéchaux  et  des  baillis,  pour  les  assis- 
ter, un  conseil,  qui  réunit  tous  les  officiers  que  nous  venons  d'énumérer, 
et  aussi  les  nobles  et  les  gens  d'église,  les  sages  de  la  circonscrip- 
tion. Le  roi  avait  eu  de  bonne  heure  son  conseil,  d'abord  composé  de 
vassaux,  puis  d'officiers;  à  son  exemple,  les  seigneurs  féodaux  avaient 


'ISO  BIBLIOGRAPHIE. 

eu  le  leur,  formé  aussi  de  leurs  vassaux.  Les  représentants  du  pouvoir 
royal,  baillis  et  sénéchaux,  eurent  le  leur,  composé  des  officiers  de  leur 
circonscriptions.  Ce  conseil  étudiait  toutes  les  questions  soumises  au 
bailli  ou  au  sénéchal;  il  leur  donnait  une  solution,  que  celui-ci  eût  été 
incapable  de  trouver;  il  constituait  une  jurisprudence  administrative; 
il  empêchait  de  devenir  le  régime  du  bon  plaisir  ce  gouvernement 
local,  qui,  grâce  à  lui,  «  dépendait  bien  moins  de  la  volonté  d'un  seul 
que  des  lumières  et  de  l'action  d'une  assemblée;  par  le  bailli,  par  le 
sénéchal  ou  par  leur  conseil,  la  présence  du  roi  au  milieu  des  popula- 
tions n'était  pas  illusoire,  elle  était  réelle  ;  la  transmission,  la  publi- 
cité, l'exécution  des  volontés  royales  se  trouvaient  assurées  dans  les 
institutions,  sinon  toujours  dans  les  faits.  » 

Mais  l'administration,  comme  le  fait  remarquer  M.  D.-F.,  ne  sem- 
blait pas  au  roi  de  France  le  devoir  principal  dérivant  de  sa  souverai- 
neté. «  C'était  surtout  en  faisant  œuvre  de  justicier  universel  qu'il 
paraîtrait  l'intendant  de  Dieu  dans  le  royaume,  la  loi  vivante,  lex  ani- 
niata...,  celui  qu'on  ne  pouvait  contredire  sans  sacrilège,  car  il  était 
au-dessus  des  laïques,  non  mère  laicus,  pour  employer  les  expressions 
du  temps,  »  et  c'est  encore  par  ses  officiers  de  tous  degrés,  qui 
réunissent,  au  moins  en  principe,  les  pouvoirs  administratifs  et  judi- 
ciaires et  jugent  les  uns  en  premier  ressort  les  autres  en  appel,  que  le 
roi  remplit  à  l'égard  de  ses  sujets  son  rôle  de  justicier;  mais  les  juges 
sont  trop  nombreux,  trop  longs  les  délais  de  la  procédure,  trop  nom- 
breux les  degrés  d'appel  ;  la  multiplication  des  tribunaux  et  des  juges 
avait  eu  pour  but  d'accélérer  le  cours  de  la  justice,  elle  aboutit  à  le 
retarder. 

En  vertu  du  principe  mentionné  plus  haut,  et  qui  réunissait  tous  les 
pouvoirs  dans  les  mains  du  bailli  ou  du  sénéchal,  celui-ci  avait  été  à 
lorigine  homme  de  guerre  aussi  bien  que  juge  et  administrateur;  mais, 
dans  ce  domaine  comme  dans  les  autres,  le  roi  lui  avait  peu  à  peu 
retiré  telle  ou  telle  attribution  pour  les  confier  à  d'autres  officiers  direc- 
tement nommés  par  lui  et  placés  simplement  sous  la  surveillance  du 
bailli  ou  du  sénéchal  :  des  maîtres  des  œuvres,  chargés  de  la  construc- 
tion et  de  la  réparation  des  forteresses;  des  capitaines,  châtelains  et 
gouverneurs,  nommés  aussi  par  le  roi,  mais  payés  par  les  villes  et 
chargés  du  commandement  des  garnisons.  Ces  dernières  étaient  com- 
posées de  vieux  soldais,  usés  au  service  et  impropres  à  faire  campagne. 
La  seule  fonction  militaire  un  peu  importante  qui  eût  été  laissée  aux 
baillis  et  aux  sénéchaux  était  le  commandement  des  hommes  du  ban 
et  de  l'arrière-ban,  c'est-à-dire  de  ceux  qui  possédaient  un  fief  ou  un 
arrière-fief,  le  soin  d'établir  l'état  exact  des  fiefs  et  arrière-fiefs  ainsi 
redevables  du  service  militaire,  de  ceux  qui  les  possédaient  et  des 
hommes  qu'ils  devaient  fournir;  ils  avaient  à  passer  les  revues,  ou, 
comme  l'on  disait  alors,  à  recevoir  les  montres  de  ces  hommes,  pour 


BIBLIOGRAPHIE,  iSi 

s'assurer  de  leur  nombre  et  de  l'état  de  leur  armement;  en6n,  ils 
devaient  les  conduire  à  la  guerre,  mais  pour  une  durée,  limitée  d'abord 
à  quarante  jours,  et  qui  fut  portée  sous  François  I'"'  à  quatre-vingt-dix 
jours.  L'usage  fait  par  la  royauté  de  bandes  soldées,  des  francs- 
archers,  puis  des  compagnies  d'ordonnance,  en  restreignant  l'emploi 
des  hommes  du  ban  et  de  l'arrière-ban,  diminua  du  même  coup  les 
pouvoirs  militaires  des  baillis  et  des  sénéchaux,  qui  tendirent  de  plus 
en  plus  à  se  limiter  à  l'approvisionnement  et  à  la  police  des  troupes. 

Au  point  de  vue  des  finances,  le  royaume  était  partagé,  le  Dauphiné 
et  la  Provence  mis  à  part,  en  quatre  trésoreries  ou  généralités,  circons- 
criptions qui  ne  différaient  que  par  le  nom,  suivant  qu'il  s'agissait  de  reve- 
nus ordinaires,  c'est-à-dire  domaniaux,  ou  de  revenus  extraordinaires, 
aides,  gabelles,  tailles  ;  ces  quatre  circonscriptions  se  nommaient  Lan- 
guedoil-Guienne,  outre  et  sur  Seine,  Picardie,  Languedoc,  Norman- 
die ;  chacune  avait  à  sa  tète,  pour  les  revenus  du  domaine,  un  trésorier 
de  France;  pour  les  revenus  extraordinaires,  un  général  des  finances; 
les  limites  des  subdivisions  financières  de  la  trésorerie  ou  de  la  géné- 
ralité n'étaient  autres  presque  partout  que  celles  des  bailliages  ou  des 
sénéchaussées.  Le  domaine  était  qualifié  domaine  muable  ou  non 
muable,  suivant  qu'il  produisait  des  revenus  fixes,  tels  que  des  rede- 
vances en  argent  ou  en  nature,  ou  au  contraire  des  revenus  sujets  à 
variation,  comme  les  droits  de  greffe,  ceux  de  sceau,  ceux  qui  étaient 
affermés,  les  amendes,  les  confiscations,  les  frais  de  justice,  les  droits 
de  mutation,  de  franc-fief,  d'amortissement,  les  nouveaux  acquêts,  etc. 
Le  bailli  et  le  sénéchal  et  surtout  les  officiers  du  bailliage  n'interve- 
naient que  dans  la  détermination  des  droits  à  payer  et  dans  la  surveil- 
lance du  domaine,  dont  il  fallait  assurer  la  conservation.  Le  principal 
fonctionnaire  financier  dans  le  bailliage  ou  la  sénéchaussée  était  le 
receveur,  chargé  de  la  perception  des  revenus  et  du  payement  des 
dépenses;  il  devait  aussi,  au  commencement  de  chaque  année,  dresser, 
surtout  d'après  les  comptes  antérieurs,  un  état  approximatif  des 
recettes  et  des  dépenses  du  bailliage  ou  de  la  sénéchaussée,  et,  à  la  fin 
de  l'année,  l'état  au  vrai  de  ces  mêmes  recettes  et  dépenses;  il  devait 
encore  payer  sur  les  recettes  de  sa  circonscription  les  dépenses  locales 
du  domaine  :  fiefs  et  aumônes,  œuvres  et  réparations,  gages  d'officiers, 
frais  de  justice,  deniers  versés  au  trésor,  dons  et  récompenses,  voyages 
et  taxations,  deniers  rendus  et  non  reçus,  dépenses  communes. 

M.  D.-F.  consacre  dans  son  ouvrage  un  livre  particulier  au  Dauphiné 
et  à  la  Provence,  dont  les  institutions  bailliagères  présentaient  une  phy- 
sionomie particulière,  parce  que,  réunies  à  la  couronne  pendant  la 
période  même  qui  fait  l'objet  de  ce  livre,  elles  n'avaient  pas  eu  le 
temps  d'être  ramenées  au  type  uniforme  d'administration,  que  la 
royauté  avait  réussi  à  imposer  aux  autres  provinces. 


i82  BIBLIOGRAPHIE. 

M.  D.-F.  a  joint  à  son  livre  deux  cartes,  l'une  des  bailliages,  vi-bail- 
liages  et  sénéchaussées  du  royaume  à  la  fin  du  xv«  siècle;  l'autre  don- 
nant «  l'aire  géographique  des  baillis,  sénéchaux,  prévôts,  vicomtes, 
viguiers,  bailes,  juges  royaux  »  à  la  même  date;  de  plus,  un  index 
alphabétique  permet  de  retrouver  facilement  tous  les  renseignements 
dont  l'ouvrage  abonde.  On  comprend  donc  facilement  que  l'intérêt  en 
soit  très  grand  et  que  l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres  en 
ait  reconnu  le  mérite  éminentenlui  accordant  le  premier  prix  Gobert; 
cela  nous  dispense  d'en  faire  plus  longuement  l'éloge. 

J.  Yaesen. 


André  Lesort.  La  Succession  de  Charles  le  Téméraire  à  Cambrai 
(1477-1482).  Paris,  Alph.  Picard  et  fils,  ^1903.  In-8°,  Gl  pages  et 
pi.  (Extrait  des  Mémoires  de  la  Société  d'émulation  de  Cambrai, 

t.  LV.) 

En  ces  quelques  pages,  notre  confrère  relate  les  faits  qui  se  sont 
écoulés  à  Cambrai  après  la  mort  de  Charles  le  Téméraire.  L'importance 
de  cette  place,  point  stratégique  situé  entre  la  Picardie  et  le  Tournai- 
sis,  ne  pouvait  échapper  à  Louis  XI,  qui  désira  vivement  s'en  emparer. 
Sa  neutralité  avait  été  reconnue  et  garantie  par  divers  princes,  à  cer- 
taines conditions  :  il  fallait  de  toute  nécessité  la  violer  ;  le  roi  de 
France  commença  par  ordonner  à  la  cité  de  lui  prêter  pour  deux  ans 
une  somme  de  40,000  écus  d'or,  qu'elle  eut  grand'peine  à  réunir.  Le 
25  mai,  Louis  XI  y  faisait  son  entrée,  et  Louis  de  Maraffin  la  gou- 
verna par  son  ordre.  Malgré  des  lettres  patentes  où  semblait  être 
reconnue  la  neutralité,  le  gouverneur  fit  enlever  de  tous  les  monuments 
publics  les  armes  impériales,  qui  furent  remplacées  par  l'écu  fleurde- 
lisé et  les  armes  du  comté  de  Cambrésis;  puis,  sous  prétexte  de  com- 
plot ourdi  contre  sa  personne,  il  fit  incarcérer  ou  emmener  comme 
otages  plusieurs  notables,  tant  laïcs  qu'ecclésiastiques.  Les  exécutions 
sanglantes  suivirent  bientôt,  les  confiscations  se  multiplièrent,  les  for- 
tifications furent  doublées  et  l'échevinage  peuplé  d'hommes  à  la  dévo- 
tion du  gouverneur  royal.  Ainsi  Louis  XI  s'imposa  à  Cambrai  par  la 
terreur  et  la  cruauté. 

M.  Lesort  appuie  le  récit  de  ces  événements  et  de  ceux  qui  suivirent 
sur  les  documents  des  archives  communales,  sur  le  mémorial  inédit  de 
Philippe  Blocquiel,  abbé  de  Saint-Aubert,  et  sur  quelques  autres 
textes  retrouvés  par  lui  et  publiés  à  la  fin  de  sa  brochure.  Il  juge  et 
apprécie  comme  il  convient  les  actes  dont  il  s'est  fait  l'éditeur. 

H.  S. 


BIBLIOGRiPHIE.  ^  83 


René  PooPARDiN.  Cartulaire  de  Saint-Vincent  de  Laon  (Arch,  Vati- 
can.^ Mise.  Arm.,  XV,  i45J.  Analyse  et  inèces  inédites.  Paris, 
^902.  In-8°,  99  pages.  (Extrait  des  Mémoires  de  la  Société  de 
V Histoire  de  Paris  et  de  l'Ile-de-France,  t.  XXX.) 

Des  nombreux  cartulaires  de  l'abbaye  bénédictine  de  Saint-Vincent 
de  Laon  mentionnés  par  les  anciens  auteurs,  un  seul  nous  est  parvenu 
dans  son  intégrité.  Encore  a-t-il  depuis  longtemps  été  distrait  du 
fonds  auquel  il  appartenait,  pour  aller  enrichir  vers  la  fin  du  xvii«  siè- 
cle les  archives  vaticanes,  après  avoir  figuré  dans  la  bibliothèque  de 
Petau,  puis  dans  celle  de  la  reine  Christine  de  Suède. 

Successivement  signalé  et  étudié  dans  ces  dernières  années  par 
M.  de  Manteyer  et  par  M.  Luchaire,  ce  document,  —  dont  il  existe 
d'ailleurs  une  copie  presque  intégrale  dans  le  Monasticon  benediclinum, 
à  la  Bibliothèque  nationale,  —  vient  de  faire  l'objet  d'un  travail  défi- 
nitif de  M.  René  Poupardin. 

Cette  publication  est  précédée  d'une  brève  notice  résumant  avec  pré- 
cision les  principales  dates  de  l'histoire  de  l'abbaye,  ainsi  que  d'une 
description  de  ce  manuscrit  qui  date  du  xiv«  siècle.  M.  P.  en  a  très 
nettement  dégagé  le  caractère  en  faisant  remarquer  qu'il  renfermait 
plus  spécialement  des  pièces  ayant  trait  aux  possessions  situées  dans  le 
voisinage  direct  de  l'abbaye,  dans  le  dislrictus  Sancti  Vincentii.  Mais  il 
est  regrettable  que  l'auteur  n'ait  pas  cru  devoir  identifier  les  divers  car- 
tulaires de  Saint- Vincent.  Sans  chercher  à  résoudre  ici  les  difficultés 
que  présenterait  cette  question,  on  peut  cependant  indiquer  que 
chacun  de  ces  registres  parait  avoir  revêtu  plusieurs  appellations  diffé- 
rentes. Ainsi,  les  anciennes  dénominations  de  petit  cartulaire  et  de 
cartulaire  in-k"  recouvert  de  cuir  roux  semblent  bien  s'appliquer  indis- 
tinctement au  cartulaire  du  xn^  siècle,  dont  deux  feuillets  seulement 
ont  été  retrouvés  par  l'abbé  Desilve  (et  non  par  Devismes,  comme  l'in- 
dique M.  P.)  et  donnés  par  lui,  en  1877,  à  la  Bibliothèque  nationale. 
Cet  établissement  renferme  aussi  des  fragments  d'un  cartulaire  du 
xiv  siècle  (n.  a.  lat.  2314)  dont  les  feuillets  en  déficit  se  retrouvent 
dans  les  riches  collections  de  feu  sir  Thomas  Philipps  à  Cheltenham. 

Le  travail  de  M.  P.  comprend  non  seulement  l'analyse  de  tous  les 
actes  transcrits  dans  le  manuscrit  du  Vatican,  mais  aussi  la  publica- 
tion des  pièces  inédites,  au  nombre  desquelles  se  remarque  la  seule 
charte  de  l'infortuné  évêque  Gaudri  qui  se  soit  conservée.  Pour  celles 
de  ces  pièces  dont  les  originaux  subsistent,  les  textes  sont  donnés 
d'après  ces  originaux;  mais  l'auteur  a  pris  soin,  dans  ce  cas,  de  rele- 
ver en  note  les  variantes  du  cartulaire,  afin  de  faciliter  la  collation  des 
textes,  principal  objet,  à  vrai  dire,  du  travail  de  M.  P.  Toutefois,  l'on- 


]  84  BIBLIOGRAPHIE. 

ginal  de  la  charte  de  l'évêque  Roricon  (pièce  n"  III),  conservé  à  la  biblio- 
thèque de  Laon,  n'a  pas  été  connu  de  lui.  Il  en  est  de  même  de  l'accord 
conclu,  en  1290,  entre  Saint-Vincent  et  la  commune  (pièce  n"  XLVI)  : 
l'original  de  cet  acte  existe  aux  archives  de  la  ville. 

Les  noms  de  personnes  et  de  lieux  sont  identifiés  à  la  table  qui  ter- 
mine l'ouvrage.  Quelques  légères  erreurs  y  ont  échappé  à  l'attention  de 
l'auteur.  Ainsi,  la  localité  appelée  Luiliacum  ou  LuHli  dans  plusieurs 
actes  doit  être  identifiée  avec  Lœuilly,  faubourg  de  Laon,  et  non  pas 
avec  Leuilly-sous-Coucy.  De  même,  le  vocable  Ardon  ne  désigne  pas, 
dans  toutes  les  pièces  du  cartulaire  où  il  se.  rencontre,  la  rivière  de  ce 
nom,  mais,  le  plus  souvent,  un  autre  faubourg  de  la  ville,  traversé  par 
ce  cours  d'eau,  et  également  appelé  Ardon. 

Ces  quelques  erreurs  n'empêchent  point  le  travail  de  M.  P.  d'être 
rédigé  avec  extrêmement  de  soin  et  de  précision. 

Lucien  Broche. 

Abbé  V.  Caruière.  Bôle  et  taxes  des  fiefs  de  l'arrière-ban  du  bail- 
liage de  Provins,  en  1587,  avec  une  introduction  sur  le  rétablis- 
sement et  l'étendue  de  ce  bailliage  au  XV t  siècle.  Paris,  Picard, 
-1903.  In-8°,  62  pages.  (Extrait  revu  et  augmenté  du  Bulletin  de  la 
Conférence  d'histoire  et  d'archéologie  du  diocèse  de  Meaux, 
IIP  vol.,  11°  -1.) 

L'ouvrage  de  M.  l'abbé  Carrière  n'est  pas  une  simple  publication  de 
texte.  Ayant  trouvé  à  la  bibliothèque  de  Provins  un  rôle  des  fiefs  de  ce 
bailliage,  en  1587,  l'auteur  de  cette  brochure  a  pense  qu'il  y  avait  mieux 
à  faire  que  de  le  publier  même  avec  soin;  il  le  prit  comme  base  d'un 
excellent  travail  sur  cette  circonscription  administrative. 

Dans  une  préface  de  quatre  pages,  en  même  temps  qu'il  fait  con- 
naitre  où  se  trouve  le  manuscrit  qu'il  étudie  et  le  nom  de  son  auteur, 
il  donne  une  note  très  succincte,  mais  très  claire  sur  le  ban  et  l'arrière- 
ban  et  sur  les  obligations  qu'il  imposait  aux  propriétaires  féodaux. 
Après  cette  préface,  M.  l'abbé  Carrière  dresse  une  liste  des  officiers 
préposés  au  gouvernement  des  bailliages  de  Provins,  Meaux  et  Troyes 
jusqu'au  milieu  du  xvi«  siècle,  puis  une  liste  des  baillis  de  Provins, 
seulement  depuis  le  milieu  du  xvi'  siècle  jusqu'en  1789.  Cette  liste  est 
dressée  avec  soin  et  à  l'aide  de  nombreux  documents.  A  sa  suite,  on 
trouve  une  bonne  étude  sur  l'étendue  du  bailliage  de  Provins  au 
xvi"  siècle. 

Le  «  Rôle  et  taxes  des  fiefs  de  l'arrière-ban  »  forme  en  quelque  sorte 
la  seconde  partie  de  cet  ouvrage.  M.  Carrière  a  identifié,  avec  un  très 
grand  soin,  tous  les  noms  de  lieux,  qui  sont  au  nombre  de  plus  de  trois 
cents.  Aussi,  son  travail,  terminé  par  deux  tables,  l'une  des  noms  de 


BIBLIOGRAPHIE.  ^85 

personnes,  l'autre  des  noms  de  lieux,  sera-t-il  des  plus  utiles  à  consul- 
ter par  tous  les  érudits  qu'intéresse  l'histoire  de  la  Champagne. 

Jules   VlARD. 

Dictionnaire  topographique  du  département  de  la  Haute- Marne 
comprenant  les  noms  de  lieux  anciens  et  modernes,  rédigé  par 
Alphonse  Rosebot.  Paris,  Impr.  nat.,  -1903.  In-4°,  LIx-22^  pages. 

La  série  des  dictionnaires  topographiques  publiée  sous  les  auspices 
du  ministère  de  l'Instruction  publique  vient  encore  de  s'enrichir  d'un 
volume  consacré  à  la  Haute-Marne.  L'ensemble  de  cette  publication 
forme  un  instrument  de  travail  des  plus  précieux  pour  l'étude  géogra- 
phique de  l'ancienne  France,  et  il  serait  très  désirable  de  voir  les 
volumes  se  succéder  plus  rapidement. 

Celui  de  la  Haute-Marne,  fait  sur  le  plan  des  précédents,  comprend 
trois  parties  :  une  introduction,  qui  est  une  véritable  étude  de  géogra- 
phie historique  du  département,  le  dictionnaire  et,  enfin,  pour  terminer, 
une  table  des  formes  anciennes.  Dans  son  introduction,  M.  Roserot, 
après  avoir  expliqué  comment  il  comprend  son  travail  et  les  règles 
qu'il  a  suivies  pour  l'orthographe  des  noms  de  lieux,  retrace  l'histoire 
des  régions  comprises  dans  les  limites  du  département  de  la  Haute- 
Marne  pendant  les  périodes  gauloise  et  gallo-romaine,  franque  et  féo- 
dale; pendant  la  période  royale,  c'est-à-dire  à  partir  de  1285;  puis  pen- 
dant la  période  moderne,  c'est-à-dire  à  partir  de  1789.  Pendant  la 
période  royale,  il  étudie  successivement  le  domaine  royal,  les  circons- 
criptions militaires,  les  circonscriptions  judiciaires,  donnant  la  nomen- 
clature des  localités  comprises  dans  chacun  des  bailliages  de  Bourmont, 
de  Chaumont  et  de  Langres,  et  énumérant  les  villages  qui,  actuelle- 
ment compris  dans  le  département  de  la  Haute-Marne,  dépendaient  de 
bailliages  situés  hors  de  ses  limites.  H  fait  connaître  ensuite  les  cir- 
conscriptions financières  et  donne  également  la  nomenclature  de  tous 
les  lieux  du  département  compris  dans  les  élections  de  Chaumont,  de 
Joinville,  de  Langres,  de  Bar-sur-Aube,  de  Vitry-le-François,  dans 
les  intendances  de  Bourgogne,  de  Franche-Comté,  de  Lorraine  et  de 
Barrois.  Viennent  enfin  les  circonscriptions  ecclésiastiques  et  la  nomen- 
clature des  localités  comprises  dans  le  grand  archidiaconé  de  Langres, 
dans  les  archidiaconés  du  Dijonnais,  du  Tonnerrois,  du  Barrois,  du 
Lassois  ou  de  Châtillon-sur- Seine,  du  Bassigny  et  de  celles  du  dépar- 
tement qui  dépendaient  autrefois  de  l'archevêché  de  Besançon,  des  évé- 
chés  de  Châlons-sur-Marne,  de  Toul  et  de  Troyes.  Pour  la  période 
moderne,  après  avoir  esquissé  l'histoire  de  la  création  du  département, 
il  donne  la  liste  des  localités  comprises  dans  les  anciens  districts  de 
Bourbonne,  de  Bourmont,  de  Chaumont,  de  Joinville,  de  Langres,  de 
Saint-Dizier  et,  enfin,  dans  les  arrondissements  et  cantons  actuels. 


iS6  BIBLIOGRAPHIE. 

Une  liste  des  principales  sources  imprimées  et  manuscrites,  ovi  M.  Ro- 
serot  a  puisé  les  éléments  de  son  Dictionnaire,  termine  l'introduction. 
Dans  le  Dictionnaire,  on  trouvera  pour  chaque  localité  une  notice 
donnant  les  formes  anciennes,  puis  faisant  connaître  très  succincte- 
ment dans  quelle  subdivision  elle  se  trouvait  avant  1789,  sous  quel 
vocable  son  église  était  placée  et  de  qui  elle  dépendait.  Fait  avec  soin, 
par  un  érudit  qui  fut  longtemps  placé  à  la  tête  des  archives  de  ce  dépar- 
tement et  dont  les  travaux  sur  la  Champagne  sont  nombreux  et  fort 
appréciés,  ce  Dictionnaire  sera  souvent  d'un  grand  secours  aux  histo- 
riens qu'intéresse  le  passé  de  cette  région. 

J.   VlARD. 

Le  Régime  municipal  en  Berry,  des  origines  à  1789,  par  le  vicomte 
Henri  de  Mazières-Mauléon,  docteur  en  droit,  avocat  à  la  Cour 
d'appel  de  Paris.  Paris,  Arthur  Rousseau,  ^903.  In-8%  319  pages. 

Dans  ce  volume,  M.  de  Mazières  a  essayé  de  grouper  en  un  ordre 
méthodique  tout  ce  que  l'on  sait  actuellement  sur  les  institutions  muni- 
cipales du  Berry  avant  la  Révolution. 

Pour  prouver  l'utilité  d'une  pareille  monographie,  l'auteur  fait  tout 
d'abord  remarquer  très  justement,  mais  sous  une  forme  un  peu  pré- 
cieuse, que  le  pouvoir  municipal  est  né  spontanément,  «  de  façons  cent 
fois  diverses  »,  et  que  «  ses  modalités,  ballotées  pendant  des  siècles  au 
gré  des  tempêtes  locales,  ont  varié  à  l'infini  avant  de  se  cristalliser 
sous  la  forme  centralisatrice  »  (p.  2).  Puis  il  indique  que,  s'il  a  choisi 
spécialement  le  Berry,  c'est-à-dire  une  région  du  Centre,  c'est  parce 
qu'à  son  avis  «  l'on  s'est  trop  exclusivement  occupé  surtout  des  com- 
munes du  nord  de  la  France,  dont  l'histoire  a,  sur  les  autres  munici- 
palités, le  privilège  peu  enviable  d'avoir  été  la  plus  sanglante  »  (p.  3). 

M.  de  M.  a  soin  de  nous  dire  ce  qu'il  entend  par  Berry  (p.  3)  :  il  a 
pris  le  mot  dans  le  sens  le  plus  large  et  donne  à  ce  que  l'on  appelait  au 
moyen  âge  le  pagus  Bituricus  les  limites  du  diocèse  de  Bourges  sous 
l'ancien  Régime,  limites  qui  coïncidaient  à  peu  près  avec  celles  de  la 
«  cité  »  des  Bituriges,  la  civitas  Biturigum  Cuborum  de  l'empire 
romain.  Les  villes  et  villages,  dont  il  étudie  l'administration  munici- 
pale, se  trouvent  aujourd'hui  disséminés  dans  le  Cher  et  l'Indre,  dans 
le  sud-est  du  Loir-et-Cher,  dans  le  sud  du  Loiret,  dans  le  nord-ouest 
de  l'Allier  et  l'extrême  nord  de  la  Creuse. 

La  besogne  de  M.  de  M.  était  singulièrement  facilitée  par  le  cons- 
ciencieux travail  de  notre  confrère  de  l'École  des  chartes,  M.  l'abbé 
Maurice  Clément,  sur  les  Communautés  d'habitants  dans  la  province  de 
Berry  (Châteauroux,  1893). 

A  Bourges,  d'après  M.  de  M.,  le  régime  municipal  romain  se  serait 
perpétué  en  se  transformant.  Voilà  une  opinion  bien  hasardée  et  qui 


BIBLIOGRAPHIE.  ^ 87 

n'a  pas  le  mérite  de  l'originalité.  Il  est  vrai  qu'à  l'appui  de  cette  vieille 
thèse,  empruntée  à  Augustin  Thierry,  l'auteur  n'apporte  aucun  fait 
probant.  Il  se  borne  à  rappeler  que  les  formules  de  Marculfe  et  les  for- 
mules dites  de  Bourges  témoignent,  à  l'époque  mérovingienne,  de 
l'existence  des  curiales  et  d'un  defemor  civitatis.  Mais  ces  formules  juri- 
diques peuvent  très  bien  ne  plus  répondre  à  des  réalités  et  représenter 
un  état  de  choses  antérieur,  l'état  de  choses  tel  qu'il  était  avant  la 
décomposition  de  l'empire  :  «  Il  est  dangereux  »,  a  dit  M.  Paul  Viollet, 
«  de  conclure  de  la  persistance  des  mots  à  la  persistance  des  choses.  » 

Il  faudrait  d'abord  montrer,  pour  forcer  la  conviction,  comment  le 
régime  qui  s'appliquait  à  la  civitas  Biturigum,  c'est-à-dire  à  un  terri- 
toire plus  vaste  que  les  départements  actuels  du  Cher  et  de  l'Indre, 
s'était  restreint  peu  à  peu  à  l'administration  de  la  capitale,  Bourges 
(Avaricum],  et  de  sa  banlieue.  La  curia  gallo-romaine  avait  été,  dans 
le  principe,  plutôt  un  conseil  régional  qu'un  «  conseil  municipal  ».  Ce 
n'était  pas  du  tout  le  régime  communal  tel  que  nous  l'entendons  à 
présent. 

Faute  donc  de  textes  précis,  faute  aussi  de  saisir  l'évolution,  je  me 
refuse  à  admettre  à  Bourges  la  perpétuité  du  régime  municipal 
romain.  J'en  serai  quitte  pour  être  rangé  par  M.  de  M.  parmi  ces  gens 
«  trop  absolus  qui,  à  force  de  chercher  partout  des  preuves  inéluc- 
tables, finissent  par  ne  croire  à  rien  »  (p.  15).  M.  de  M.  n'explique  pas 
comment,  chez  les  Bituriges,  la  vie  administrative  de  la  civitas  entière 
a  fini  par  se  concentrer  dans  le  chef-lieu.  Je  ne  vois  pas  comment  la 
curia  romaine  et  les  curiales  se  sont  maintenus  du  vi^  au  xn«  siècle;  je 
ne  comprends  pas  comment  les  curiales  sont  devenus  les  boni  homines 
ou  probi  homines  de  la  charte  de  privilèges  octroyée  aux  habitants  de 
Bourges  par  Louis  VII  le  Jeune  (1144-1145)  et  de  la  charte  de  Phi- 
lippe II  Auguste  (1181).  La  théorie  de  la  tradition  romaine  est,  sans 
doute,  très  séduisante;  mais  je  dirai,  avec  mon  regretté  maître  Arthur 
Giry,  qu'à  toutes  les  comparaisons  qu'on  a  tentées  entre  le  régime 
municipal  romain  et  le  régime  municipal  du  moyen  âge,  «  il  manque, 
«  pour  être  fécondes,  les  faits,  les  textes,  les  constatations  qui  pour- 
«  raient  montrer  qu'un  lien  rattache  ces  institutions  de  l'antiquité  à 
«  celles  du  moyen  âge  et  prouver  qu'il  a  pu  survivre  quelque  chose  des 
«  premières.  Tant  qu'il  manquera  des  anneaux  à  la  chaîne,  on  pourra 
«  taxer  toutes  ces  analogies  de  ressemblances  fortuites,  sur  lesquelles 
«  il  serait  téméraire  d'asseoir  un  système  »  {les  Établissements  de  Rouen, 
t.  I,  p.  430). 

En  somme,  on  distingue  à  Bourges,  du  x«  siècle  au  xn«,  une  organi- 
sation féodale,  mais  il  n'y  a  pas  d'organisation  municipale. 

J'ai  bien  d'autres  critiques  de  détail  à  formuler  :  il  y  a  dans  ce 
volume  des  contradictions  choquantes;  ainsi,  à  la  p.  12,  M.  de  M.  sou- 
tient que  «  Bourges  a  toujours  été  libre  »;  à  la  p.  15,  l'auteur  nous 


-188  BIBLIOGRAPHIE. 

affirme  qu'ea  Berry,  pendant  la  première  partie  du  moyen  âge,  «  la 
condition  des  habitants  des  villes  et  la  condition  de  ceux  des  cam- 
pagnes étaient  identiques  :  presque  tous  serfs  ou  mainmortables  !  » 
C'était,  cependant,  l'heureux  temps  où,  d'après  M.  de  M.,  «  les  vilains 
ne  connaissaient  ni  le  cabaret  ni  les  élections  politiques  »  (p.  19).  Cette 
réflexion  ne  me  paraît  guère  à  sa  place  dans  un  ouvrage  qui  vise  à 
l'érudition,  pas  plus,  d'ailleurs,  que  cette  observation  :  «  Les  serfs 
étaient  assujettis  à  la  taille  serve  »  (p.  18);  le  contraire  serait  plutôt 
étonnant. 

La  charte  de  privilèges  de  Mennetou-sur-Cher  aurait  demandé  une 
élude  plus  minutieuse  et  plus  attentive  :  M.  de  M.  (p.  53)  n'a  pas 
remarqué  qu'elle  dérivait  de  la  charte  de  Romorantin  (1196),  laquelle 
dérive  elle-même  de  celle  de  Blois  (1196),  empruntée  à  celle  de  Lorris  en 
Gâtinais^.  Cette  propagation,  en  Berry,  de  la  fameuse  charte  de  Lorris 
par  l'intermédiaire  du  Blésois  et  de  la  Sologne  a  passé  inaperçue  aussi 
bien  à  La  Thaumassière  qu'à  M.  de  M.  C'est  là,  cependant,  un  fait 
important.  Il  n'est  pas  inutile  de  dire  ici  incidemment  que  le  texte  de 
la  charte  de  Mennetou-sur-Cher,  publié  au  xvii«  siècle  par  La  Thau- 
massière, est  très  mauvais  :  une  réédition  s'impose  de  ce  document  si 
curieux. 

Je  me  demande  sur  quoi  peut  être  basée  cette  singulière  hypothèse 
exprimée  par  M.  de  M.,  en  parlant  de  Selles-sur-Cher  (anciennement 
Celle  en  Berry)  :  «  Il  n'est  pas  impossible  que  Selles  ait  dû  sa  liberté 
à  la  corporation  des  marchands  de  l'eau  »  (p.  26)  ! 

A  propos  des  institutions  du  Bourg-de-Déols,  près  de  Châteauroux, 
la  traduction  que  fait  M.  de  M.  de  boni  viri  par  «  bons  hommes,  »  au 
lieu  de  «  notables  »,  prête  à  la  plaisanterie  (p.  70). 

M.  de  M.,  qui  a  eu  le  bonheur  de  retrouver  la  charte  originale  des 
franchises  de  Levroux,  accordée  en  1258  par  Jean  de  Chauvigny  (p.  71), 
en  a  publié,  à  la  fin  de  son  volume,  un  texte  très  défectueux,  si  défec- 
tueux qu'il  est  presque  incompréhensible. 

Dans  son  chapitre  sur  les  électeurs  (p.  94),  M.  de  M.  ne  montre  pas 
assez  clairement  que  les  assemblées  «  générales  »  ne  l'étaient  que  de 
nom;  que  les  petites  gens  en  étaient  exclues  et  que  c'était,  en  réalité, 
un  suffrage  très  restreint  qui  décidait. 

L'auteur  remarque  un  peu  plus  loin  (p.  103)  que  les  décisions  réu- 
nissent fréquemment  l'unanimité  des  votants.  Il  est  aisé  de  voir  que 
cette  unanimité  n'esi  le  plus  souvent  qu'une  formule  du  tabellion  chargé 
de  rédiger  le  procès-verbal. 

Il  m'est  impossible  d'admettre,  quoi  qu'en  dise  M.  de  M.  (p.  205), 
que  la  ville  de  Bourges  ait  battu  monnaie  sous  les  Carolingiens.  La 

1.  Voir  mon  Élude  sur  la  communauté  des  habitants  de  Blois  jusqu'au 
commencement  du  XVI'  siècle.  Paris,  A.  Picard,  1894,  p.  27  et  suiv. 


BIBLIOGRAPHIE.  ^  89 

légende  Biturices  civitas,  qu'on  trouve,  en  abrégé,  sur  les  deniers  et 
les  oboles,  signifie  simplement  «  frappé  dans  la  cité  de  Bourges  »  (civi- 
tas désigne  alors  une  ville  épiscopale)  et  n'indique  nullement  que  la 
fabrication  de  la  monnaie  soit  un  droit  municipal.  C'était  bien  le  roi 
des  Francs  qui  battait  monnaie  sous  la  surveillance  du  comte,  son 
délégué. 

A  la  p.  206,  je  lis  :  «  Bourges  eut  certainement  le  droit  de  sceau  ». 
Je  puis  affirmer  le  contraire;  jamais  Bourges  n'a  eu  de  sceau  au 
moyen  âge. 

L'ancienneté  des  armoiries  des  villes  de  Saint-Amand  (p.  206), 
Mehun-sur-Yèvre,  Dun-sur-Auron  et  Selles-sur-Gher  est  pure  fan- 
taisie. 

Est-il  logique  de  dire  (p.  219)  que  l'instruction  était  «  relativement  » 
développée  en  Berry  sous  l'ancien  Régime  parce  que  des  témoins 
signent  sur  les  registres  de  «  l'état  civil?  »  Non,  à  mon  avis,  cela  n'est 
pas  une  preuve, 

La  police  des  vignes  (p.  231),  d'après  la  charte  de  Bourges  de  1175,  n'a 
rien  de  municipal.  L'auteur  ignore  que  l'on  trouve  un  article  analogue 
dans  une  charte  de  Thibaud  V,  comte  de  Blois  (1164-1191)  ^. 

P.  232,  il  eût  été  bon  de  faire  remarquer  que  la  réglementation  du 
travail  n'était  établie  que  dans  l'intérêt  des  seigneurs  et  des  patrons,  et 
non  pas  des  salariés. 

P.  241,  le  passage  relatif  au  service  d'incendie  à  Bourges,  avant  l'or- 
ganisation des  pompiers,  est  trop  sommaire.  J'ai  montré  [Mémoires  de 
la  Société  des  Antiquaires  du  Centre,  1901,  25«  volume.  Bourges,  1902, 
p.  xxiv)  que  l'ordonnance  de  1693  n'était  pas  originale;  elle  fut 
empruntée  par  les  échevins  à  la  ville  de  Paris. 

La  conclusion  de  M.  de  M,  est  vague  :  a  En  somme  »,  dit-il,  «  quelques 
«  villes  de  Berry  avaient,  et  au  delà,  les  attributions  qui  leur  sont  confé- 
«  rées  par  la  loi  municipale  actuelle.  Dans  la  plupart  des  autres  localités, 
«  l'organisation  était  suffisante  pour  que  tout  fût  réglé  facilement  et  sans 
«  désordre.  La  liberté  politique,  au  sens  actuel  du  mot,  manquait,  mais 
«  y  en  a-t-il  besoin  pour  les  intérêts  locaux,  et  V administration  prudente 
«  des  échevins  d'autrefois  ne  valait-elle  pas  celle  des  maires  d'aujourd'hui?  » 
(p.  270). 

Gela  est  possible.  Mais  M.  de  M.  n'a  nullement  démontré  en  quoi 
cette  administration  des  échevins  était  prudente.  Sous  l'ancien  Régime, 
comme  aujourd'hui,  bien  des  villes  étaient  endettées. 

Ce  qui  est  choquant,  c'est  que,  quelles  que  soient  les  opinions  poli- 
tiques de  l'auteur,  il  n'y  ait  pas,  dans  ce  volume,  un  mot  de  mépris 
pour  le  pouvoir  central,  qui,  sous  Louis  XIV,  et  notamment  à  Bourges, 
viciait  constamment  les  élections  du  maire  et  des  échevins. 

1.  Cf.  J.  Soyer,  op.  cit.-,  p.  15. 


-190  BIBLIOGRiPHIE. 

Je  me  demande  si  sérieusement  M.  de  M.  \oudrait  en  revenir  au 
temps  où,  comme  à  Saint-Amand,  de  1771  à  1789,  le  duc  de  Chârost, 
qui  avait  acheté  les  offices  municipaux,  nommait  et  révoquait  à  ces 
fonctions  (p.  115)  ? 

Les  références  sont  souvent  inexactes  et  incomplètes;  c'est  à  croire 
que  M.  de  M.  n'a  pas  toujours  vu  par  lui-même  les  sources  qu'il  cite. 

En  résumé,  cette  étude  est  un  travail  non  pas  d'érudition,  mais  de 
vulgarisation.  L'on  n'y  trouve  aucun  fait  nouveau,  aucune  idée  neuve. 
C'est  le  fruit  non  point  de  recherches  originales,  mais  de  la  lecture  de 
nombreuses  monographies  sur  les  localités  du  Berry.  M.  de  M.  est  au 
courant  de  la  bibliographie  régionale;  mais  cela  ne  suffit  pas  pour  com- 
poser un  livre  scientifique.  Il  faut  encore,  après  avoir  eu  le  courage  de 
lire  ce  fatras  de  brochures,  produit  de  l'érudition  provinciale,  en  faire 
la  critique  rigoureuse,  distinguer  ce  qui  est  nul  de  ce  qui  est  le  résul- 
tat d'observations  suggérées  par  les  documents  originaux.  Une  étude  de 
bibliographie  critique  de  ce  genre  eut  dispensé  l'auteur  de  citer,  dans 
l'index  qui  termine  son  volume,  une  foule  d'ouvrages  dépourvus  de 
toute  valeur. 

Jacques  Soyer. 

Jacques  Soter.  Les  Actes  des  souverains,  antérieurs  au  XV^  siècle, 
conservés  dans  les  archives  départementales  du  Cher,  transcrits 
in  extenso^  avec  des  analyses  et  un  index  des  noms  propres.  \.  Fonds 
de  l'abbaye  de  Saint -Satur-sous-Sancerre  {ordre  de  Saint-Augus- 
tin, diocèse  de  Bourges).  Bourges,  Tardy-Pigelet,  -1903.  In-.S°, 
IV-H4  pages.  (Extrait  des  Mémoires  de  la  Société  des  Antiquaires 
du  Centre,  XX VP  volume.) 

—  Actes  inédits  au  nom  de  Jean  de  Luxembourg  et  de  Béatrice, 
roi  et  reine  de  Bohême  (1340  et  1342),  conservés  dans  les  archives 
départementales  du  Cher.  Paris,  Impr.  nat.,  ^903.  In-S^  7  pages. 
(Extrait  du  Bulletin  historique  et  philologique.,  1902.) 

—  Note  sur  une  inscription  de  lliôtel  Lallemant  à  Bourges 
(XVI'  siècle).  Bourges,  Tardy-Pigelet,  1903.  ln-8°,  4  pages. 
(Extrait  des  Mémoires  de  la  Société  des  Antiquaires  du  Centre., 
XXV?  volume.) 

—  Les  «  Fossata  Bomanorum  »  du  «  Castrum  Bituricense.  »  Bourges, 
Tardy-Pigelet,  1903.  In-S»,  8  pages.  (Extrait  des  Mémoires  de  la 
Société  des  Antiquaires  du  Centre,  XXVP  volume.) 

Ces  quatre  brochures,  que  M.  Soyer  a  consacrées  à  étudier  diffé- 
rentes questions  concernant  la  ville  de  Bourges  et  le  Berry  et  à  recueil- 
lir les  textes  les  plus  importants  qu'il  a  rencontrés  aux  archives  du 


BIBLIOGRAPHIE.  49^ 

département  du  Cher,  montrent  avec  quelle  activité  ce  jeune  archi- 
viste remplit  ses  fonctions. 

La  première,  qui  offre  le  plus  d'intérêt  pour  l'histoire  générale,  ren- 
ferme la  transcription,  d'après  les  originaux,  de  quarante-sept  actes 
(bulles  pontificales  et  chartes  royales)  s'échelonnant  entre  le  29  mai 
H07  et  le  mois  de  décembre  1361,  plus  l'analyse  de.  sept  actes  connus 
seulement  par  un  inventaire  rédigé  de  1686  à  1689,  Toutes  ces  pièces 
sont  tirées  du  fonds  de  l'abbaye  de  Saint-Satur-sous-Sancerre  et  offrent 
le  résultat  du  dépouillement  de  167  liasses  et  registres. 

Les  papes  représentés  dans  ce  recueil  sont  :  Pascal  II,  Innocent  II, 
Eugène  III,  Adrien  IV,  Alexandre  III,  Luce  III,  Urbain  III,  Géles- 
tin  III,  Innocent  III,  Grégoire  IX,  Innocent  IV,  Grégoire  X,  Jean  XXI. 
Les  rois  sont  :  Louis  VII  le  Jeune,  Philippe  II  Auguste,  saint  Louis, 
Philippe  III  le  Hardi,  Philippe  IV  le  Bel,  Philippe  V  le  Long,  Jean  II 
le  Bon. 

Parmi  ces  pièces,  plusieurs  sont  intéressantes  au  point  de  vue  de  la 
topographie  du  département  du  Cher,  et  leur  ensemble  forme  un  appoint 
important  pour  l'histoire  de  l'abbaye  de  Saint-Satur.  M.  Soyer  les  a 
publiées  avec  grand  soin;  elles  sont  précédées  d'une  analyse  détail- 
lée et  suivies  de  notes  qui  donnent  une  description  minutieuse  de 
la  pièce  et  fournissent  de  bonnes  indications  bibliographiques.  A  la 
fin  du  volume  se  trouve  une  table  des  noms  propres  très  complète  et 
une  bibliographie  des  travaux  relatifs  à  l'abbaye  des  chanoines  de  Saint- 
Satur.  Par  cette  publication,  M.  Soyer  donne  un  exemple  qu'il  serait 
désirable  de  voir  suivre  par  les  archivistes  départementaux.  Si  tous 
apportaient  le  même  zèle  à  faire  connaître  les  principaux  documents 
dont  la  garde  leur  est  confiée,  ils  rendraient  souvent  de  grands  services 
aux  historiens  et  aux  érudits. 

Dans  le  deuxième  opuscule,  M.  Soyer  publie  deux  actes  inédits  de 
Béatrice  de  Bourbon,  femme  de  Jean  de  Luxembourg,  roi  de  Bohême  ; 
tous  deux  sont  du  31  décembre  1342  et  se  rapportent  à  l'administration 
de  la  terre  de  Mehun-sur-Yèvre.  Le  premier  de  ces  actes  vidirae  une 
lettre  de  Jean  de  Luxembourg  lui-même,  par  laquelle,  étant  obligé  de 
quitter  la  France  pour  aller  gouverner  son  royaume,  il  charge  Béatrice 
d'administrer  cette  terre.  Ces  deux  pièces  peuvent  apporter  un  appoint 
à  l'intéressant  article  que  M.  de  Puymaigre  publia  au  mois  d'octobre 
1892,  dans  la  Revue  des  Questions  historiques,  sur  Jean  V Aveugle  en  France. 

Cet  article,  que  M.  Soyer  semble  ignorer,  pourra  lui  permettre  de 
rectifier  et  de  préciser  quelques  points  de  son  opuscule.  Ainsi,  c'est  au 
mois  de  décembre  1334  et  non  en  1332  que  la  seigneurie  de  Mehun- 
sur-Yèvre  fut  donnée  à  Jean  de  Luxembourg.  Enfin,  c'est  par  Bonne 
et  non  par  Marie  de  Luxembourg  que  cette  terre  passa  à  Jean  le  Bon. 

Les  troisième  et  quatrième  opuscules  se  rapportent  à  des  questions 
d'histoire  locale.  Dans  l'un,  l'auteur  propose  une  solution  pour  arrivera 


i92  BIBLIOGRAPHIE. 

donner  un  sens  intelligible  à  la  légende  placée  autour  du  médaillon 
sculpté  au  fronton  de  la  porte  de  l'escalier  de  l'hôtel  Lallemant  à 
Bourges.  Cette  solution  lui  fut  inspirée  par  l'exergue  d'une  médaille 
décrite  dans  le  catalogue  de  la  collection  Hoffmann.  Selon  M.  Soyer, 
cette  légende,  qui  accompagne  une  tête  représentant  évidemment  Paris, 
doit  ainsi  se  lire  :  Paris  ftliiis  Priami  Régis  Trojanorum  Magni.  Dans 
l'autre,  il  publie  un  acte  de  décembre  1262  qui  mentionne  un  lieu-dit 
appelé  les  Fossés  des  Romains  et  peut  servir  à  délimiter  ainsi  l'emplace- 
ment qu'occupait  le  camp  romain  du  Cliâteau-lez-Bourges.  Les  com- 
mentaires, qui  accompagnent  cette  pièce,  seront  utilement  consultés 
par  les  historiens  qu'intéressent  les  antiquités  gallo-romaines  de  notre 
pays. 

Jules  VlARD. 

Diplomatum  regmn  et  imperatormn  Germanix  tomi  III  pars  poste- 
rior.  Heinrici  II  et  Arduini  diplomata.  {Monumenta  Germanix 
historica.)  Hannover,  Hahn,  -1903.  In-4°,  xxx  pages,  page  ^•2^ 
à  853. 

Nous  avons  donné  précédemment'  un  compte-rendu  du  premier 
volume  du  recueil  des  actes  de  Henri  iï,  roi  de  Germanie  et  empe- 
reur, publié  par  la  Société  des  Monumenta  Germanise.  Un  deuxième 
volume  complète  cet  ouvrage.  Il  contient  :  un  avant-propos  du  profes- 
seur Bresslau;  une  introduction  sur  la  chancellerie  de  Henri  H;  une 
liste  des  diplômes  classés  par  destinataires,  et  qui  présente  en  même 
temps  le  tableau  des  archives  oîi  ils  sont  conservés,  avec  l'indication  de 
la  forme  sous  laquelle  ils  nous  sont  parvenus  ;  une  table  alphabétique 
des  noms  propres,  où  les  noms  de  lieu  sont  identifiés;  enfin  une  table 
alphabétique  des  mots  techniques.  Les  historiens  des  institutions  feront 
grand  cas  de  cette  dernière  table,  que  les  éditeurs  de  textes  négligent 
trop  souvent  de  dresser. 

L'auteur  de  l'introduction  y  a  groupé  tous  les  renseignements  que 
l'étude  des  diplômes  lui  a  permis  de  recueillir  sur  les  notaires  de  la 
chancellerie  de  Henri  II  ;  il  a  fixé  les  périodes  pendant  lesquelles  et  les 
pays  dans  lesquels  s'est  exercée  l'activité  de  chacun  d'eux. 

Henri  II  fut  couronné  roi  à  Mayence  le  6  ou  le  7  juin  1002.  Dans  les 
dernières  années  du  règne  d'Olton  III,  la  direction  nominale  de  la  chan- 
cellerie se  partageait  entre  l'archevêque  de  Mayence,  Willigis,  archi- 
chapelain  pour  l'Allemagne,  et  l'évêque  Pierre  de  Gôme,  archichape- 
lain  d'Italie.  Sous  leurs  ordres  était  placé  un  seul  chanceUer,  Héribert, 
archevêque  de  Cologne.  L'évêque  de  Gôme,  ayant  embrassé  le  parti 
d'Ardouin,  marquis  d'Ivrée,  qui,  dès  le  15  février  1002,  s'était  fait  cou- 

1.  Bibliothèque  de  l'École  des  chartes,  t.  LXIII  (1902),  p.  125. 


BIBLIOGRAPHIE.  ^  93 

ronner  à  Pavie,  ce  roi  le  mit  à  la  tète  de  sa  chancellerie.  Henri  II  n'eut 
donc  qu'un  archichancelier,  ou  plutôt  un  archichapelain,  Willigis,  au 
nom  de  qui  furent  reconnus  tous  les  diplômes,  qu'ils  fussent  relatifs  à 
l'Allemagne  ou  à  l'Italie.  Quant  au  chancelier,  l'archevêque  Héribert 
de  Cologne,  il  fut  mis  de  côté  et  sa  charge  donnée  à  Égilbert,  d'origine 
bavaroise,  et  qui  était  peut-être  de  la  maison  des  comtes  d'Ébersperg. 
La  formule  de  récognition  du  premier  diplôme  de  Henri  II  (10  juin 
1002)  est  la  suivante  :  «  Egilbertus  cancellarius  vice  Uuilligisi  archie- 
piscopi  recognovit.  »  A  partir  du  10  juillet  suivant,  le  titre  d'archicha- 
pelain  remplace  celui  d'archevêque.  Quant  aux  notaires^  quelques-uns 
de  ceux  d'Otton  III  restèrent  en  fonctions,  et  de  nouveaux  vinrent 
prendre  place  à  côté  d'eux.  Égilbert,  ayant  reçu  l'évêché  de  Freising, 
quitta  la  chancellerie;  son  nom  paraît  pour  la  dernière  fois  au  bas  d'un 
diplôme  du  5  mai  1005.  Son  successeur  fut  Brunon,  frère  de  l'empe- 
reur, dont  le  nom  est  inscrit,  pour  la  première  fois,  dans  la  souscrip- 
tion d'un  diplôme  du  31  mai  1005.  Il  paraît  avoir  renouvelé  le  person- 
nel des  notaires.  Entre  le  24  avril  et  le  28  mai  1006,  Brunon,  élevé  sur 
le  siège  épiscopal  d'Augsbourg,  céda  la  direction  de  la  chancellerie  à 
Éberard.  Mais,  entre  le  4  novembre  1008  et  le  12  mars  1009,  on  modifia 
l'organisation  de  la  chancellerie;  on  revint  à  la  dualité;  il  n'y  eut 
qu'un  archichancelier,  l'archichapelain  Willigis;  mais  il  y  eut  deux 
chanceliers,  l'un,  Gunther,  fils  du  margrave  qui  souscrivit  les  diplômes 
relatifs  à  l'Allemagne,  tandis  qu'on  ne  laissait  à  Éberard  que  l'expédi- 
tion des  actes  italiens.  Willigis  mourut  le  23  février  1011;  la  charge 
d'archichapelain  était  attachée  à  la  dignité  d'archevêque  de  Mayence; 
la  direction  nominale  de  la  chancellerie  passa  donc  à  son  successeur 
Erkenbald;  mais  son  nom  ne  fut  pas  inscrit  au  bas  des  diplômes  pour 
l'Italie.  Pour  ce  qui  regarde  ceux-ci,  à  partir  de  l'an  1012,  ils  ne  furent 
plus  souscrits  que  par  le  chancelier  Éberard,  sans  mention  de  l'archi- 
chapelain; et  même,  avant  février  1013,  Éberard  prit  le  titre  d'archi- 
chapelain, tandis  qu'un  certain  Henri  devenait  chancelier  pour  les 
affaires  d'Italie  :  «  Ileinricus  vice  Everardi  episcopi  et  archicapellani 
recognovit.  »  A  Henri  succéda,  en  1016,  un  chapelain  de  l'empereur, 
Piligrim,  et  à  ce  dernier,  devenu  archevêque  de  Cologne,  en  1021,  un 
certain  Dietrich;  puis  enfin,  entre  le  5  janvier  et  le  2  septembre  1023, 
Hugues,  qui  conserva  sa  charge  sous  Conrad  II. 

Pour  l'Allemagne,  Gunther,  qui  obtint  le  siège  archiépiscopal  de 
Salzbourg,  fut  remplacé  comme  chancelier  entre  le  3  janvier  et  le 
5  février  1024  par  Odalric,  qui  resta  en  charge  sous  Conrad  IL  A  ce 
moment  là,  l'archichapelain  était  Aribon,  successeur  d'ErkenbaUl  sur 
le  siège  de  Mayence. 

Si  tous  les  diplômes  ont  été  reconnus  par  les  chanceliers  royaux,  il 
s'en  faut  que  tous  aient  été  rédigés  et  écrits  par  des  notaires  royaux. 
^904  ^3 


194  BIBLIOGRAPHIE. 

Le  soin  de  les  faire  écrire  a  été  souvent  laissé  aux  destinataires  qui  y 
ont  employé  leurs  scribes  ;  mais  dans  ce  cas-là,  les  notaires  de  la  chan- 
cellerie royale  intervenaient  soit  pour  rédiger  la  minute,  soit  pour  ins- 
crire quelques-unes  des  formules  finales,  spécialement  le  monogramme. 
Il  y  a  cependant  quelques  actes  qui  ont  été  expédiés  en  dehors  de  toute 
participation  des  notaires  royaux. 

Le  formulaire  de  la  chancellerie  ne  subit  aucun  changement  notable 
d'Otton  III  à  Henri  II.  Cependant,  au  lieu  du  titre  imperator  augustus, 
on  rencontre  une  fois,  dans  la  suscription,  et  plusieurs  fois  dans  la 
souscription  :  semper  augustus.  Dans  la  formule  de  notification,  l'un 
des  notaires  place  le  mot  futuri  avant  présentes,  usage  qui  ne  prévalut 
que  dans  la  seconde  moitié  du  règne  de  Conrad  II.  Les  menaces 
d'amendes  pécuniaires  contre  les  infracteurs  de  l'acte  deviennent  de 
plus  en  plus  fréquentes.  Enfin,  l'inscription  de  noms  de  témoins  est 
tout  à  fait  exceptionnelle. 

La  formule  normale  de  la  date  est  celle-ci  :  «  Data  vi  id.  julii,  anno 
dominicae  incarnationis  Mil,  indictione  XV,  anno  vero  domni  Heinrici 
régis  I;  actum  Babenberc.  »  Souvent  Tindiction  précède  le  millésime. 
Il  arrive  aussi  que  le  quantième  du  mois  est  rejeté  après  l'année  de 
l'incarnation  et  l'indiclion  ;  les  mots  data  et  actum  sont  eux-mêmes 
déplacés.  Les  années  du  règne  sont  comptées  à  partir  du  6  ou  7  juin 
1002;  après  le  couronnement  de  Henri  comme  empereur,  à  Rome,  le 
14  février  1014,  on  introduisit  dans  la  date,  à  la  suite  de  l'année  du 
règne,  la  mention  de  l'année  de  l'empire  :  «  Imperii  ejus  primo.  »  L'an- 
née de  l'incarnation  commençait  au  25  décembre;  le  chiffre  de  l'indic- 
tion  était  changé  tantôt  avec  le  millésime,  tantôt  au  l^""  septembre.  Il 
est  notable  que,  même  dans  cette  chancellerie  bien  organisée,  les 
erreurs  dans  les  dates,  surtout  pour  ce  qui  concerne  l'indiction,  sont 
fréquentes. 

"Voici  encore  une  observation  remarquable  des  auteurs  du  recueil  : 
un  assez  grand  nombre  d'actes  ont  été  expédiés  sur  des  blancs-seings. 
On  a  fait  usage  à  la  chancellerie  de  Henri  II  de  feuilles  de  parchemin 
qui  portaient,  écrites  d'avance,  les  formules  finales  ou  une  partie  d'entre 
elles,  spécialement  le  monogramme,  ou  encore  une  partie  du  protocole 
initial  ou  même  du  texte  ;  d'autres  feuilles  étaient  livrées  au  scribe 
chargé  d'expédier  le  diplôme,  munies  du  sceau,  ou  au  moins  avec  l'in- 
cision destinée  à  recevoir  la  cire.  Au  dos  de  ces  blancs-seings,  le  notaire 
indiquait,  en  deux  ou  trois  mots,  l'objet  de  l'acte  à  dresser;  on  voit 
même,  par  ces  notes,  que  l'on  a  écrit  sur  des  parchemins  ainsi  préparés 
des  actes  auxquels  ils  n'avaient  pas  été  tout  d'abord  destinés.  Tels  sont 
les  principaux  faits  mis  en  lumière  par  l'auteur  de  l'introduction  au 
recueil  des  actes  de  Henri  II. 

M,  Prou. 


BIBLIOGRAPHIE.  493 

Die  deutschen  Lehnhucher.  Beitrag  zum  Registerwesen  und  LehU' 
redit  des  Mittelalters ^  von  Woldemar  Lippert.  Leipzig,  Druck 
und  Verlag  von  B.  G.  Teubner,  J903.  In-S»,  vii-4  84  pages. 

Le  développement  des  livres  d'hommages  en  Allemagne  n'est  pas 
antérieur  au  xiv^  siècle,  et  ils  sont  devenus  communs  au  xv^  siècle  : 
c'est  donc  entre  ces  points  extrêmes  que  se  classent  les  documents  les 
plus  anciens  étudiés  par  M.  Woldemar  Lippert'.  Il  avait  déjà  eu  l'oc- 
casion d'examiner  l'un  des  plus  anciens  registres  d'iiommages  de  l'Al- 
lemagne, lorsqu'il  comprit  la  nécessité  d'un  travail  non  limité  à  un 
texte;  de  là  son  présent  livre.  En  un  ordre  rigoureux,  l'auteur  traite 
d'abord  de  l'origine  des  registres  d'hommages,  puis  des  principes  qui 
ont  présidé  à  leur  établissement,  enfin  de  leur  plan,  et  il  termine  par 
un  relevé  alphabétique  et  bibliographique  des  livres  d'hommages  de 
l'Allemagne,  relevé  malheureusement  très  incomplet,  comme  il  le  con- 
fesse avec  sincérité.  Il  ne  faudrait  pas  demander  à  M.  Woldemar  Lip- 
pert une  étude  du  genre  de  celles  qui  ont  amené  notre  confrère 
M.  Guilhiermoz  à  publier  son  excellent  livre  :  Essai  sur  V origine  de  la 
noblesse  en  France.  M.  Lippert  a  eu  un  projet  beaucoup  plus  modeste  : 
il  a  successivement  dépouillé  les  recueils  d'hommages  et  en  a  extrait 
les  particularités  qu'il  jugeait  intéressantes  2.  A  la  vérité,  je  ne  pense 
pas  que  les  lecteurs  français,  familiers  avec  les  choses  du  Moyen  Age, 
tirent  grand'chose  de  ce  livre,  qui  se  recommande  cependant  par  une 
grande  conscience  et  un  soin  très  méritoire;  mais  je  n'y  ai  rien  trouvé 
qui  sollicitât  spécialement  l'attention.  Du  moins,  il  sera  impossible  de 
traiter  de  cette  matière  sans  parcourir  les  différentes  parties  du  livre 
de  M.  Woldemar  Lippert,  qui  met  à  la  disposition  du  public  les  menues 
observations  qu'il  a  faites.  Bref,  c'est  un  manuel  commode,  mais  qui 
n'a  pas  épuisé  la  matière,  et  l'auteur  n'a  pas  négligé  d'indiquer  que  le 
défaut  d'inventaires  pour  l'Allemagne  centrale  et  orientale  l'a  empêché 
de  faire  une  besogne  plus  complète.  Je  n'ai  pu,  pour  l'Allemagne,  — 
dont  il  étend  le  domaine  jusqu'à  la  Flandre  3,  au  comté  de  Bar,  au 
patriarchat  d'Aquilée,  etc.,  et  au  duché  de  Bourgogne,  suivant  une 
habitude  dont  les  Français  ne  doivent  pas  oublier  les  motifs,  —  vérifier 
l'exactitude  de  la  bibliographie.  Pour  la  France,  j'eusse  préféré  voir 
mentionner  dans  les  citations  la  réédition  donnée  par  M.  Longnon  du 
Polyptyque  d'Irminon  ''. 

H.  M. 

\.  En  tête  de  la  publication,  l'auteur  a  donné  la  liste  chronologique  des 
recueils  d'hommages  du  xiv"  siècle  qu'il  connaissait. 

2.  Le  lecteur  français  n'oubliera  pas  que  le  régime  des  fiefs  ne  prit  fin  en 
Saxe  que  par  une  déclaration  royale  du  22  mai  1872. 

3.  L'auteur  en  fait  un  duché  (p.  137). 

4.  J'ai  eu  la  satisfaction  de  constater  que  l'imprimeur  de  M.  Lippert  ignore 


^96  BIBLIOGRAPHIE. 

Alexander  Gartellieri.  Kaiser  Heinrich  VII.  Neue  Heidelberger 
Jahrbucher  ;  vol.  XII  :  Sonder  ah  druck.  Verlag  von  Gustav  Koes- 
ter  in  Heidelberg.  In-8°,  'IS  p. 

Ceci  n'est  pas  un  article  d'érudition,  mais  plutôt  un  article  fait  par 
un  érudit  que  nos  lecteurs  connaissent  bien.  En  treize  pages,  M.  A. 
Gartellieri  a  tracé  à  très  grands  traits  le  tableau  du  règne  de  l'empe- 
reur Henri  VII.  Qu"il  ait  jugé  avec  une  vive  sympathie  les  efforts  de 
l'empereur  pour  tirer  quelque  chose  de  la  vieille  machine  impériale, 
qu'il  ait  rappelé  avec  complaisance  les  qualités  privées  et  publiques  du 
comte  de  Luxemburg,  il  n'y  a  qu'à  le  louer  de  son  patriotisme  germa- 
nique qui  a  su  douer  son  portrait  d'Henri  VII  de  toutes  les  qualités 
imaginables.  Seulement,  plus  ce  tableau  est  séduisant,  plus  l'auteur 
nous  montre  que  l'Allemagne  avait  alors  affaire  à  un  homme  éminent, 
plus  on  est  convaincu  que  le  système  électoral  était  absurde,  et  M.  A. 
Gartellieri,  qui  n'ose,  en  bon  Allemand,  exécuter  une  vieille  institution 
germanique,  ne  peut  cependant  pas  s'empêcher  de  reconnaître  que  la 
politique  étrangère  allemande  subissait  des  à  coups,  conséquence  du 
passage  successif  de  la  couronne  aux  maisons  de  Saxe,  de  Franconie  ou 
de  Souabe  ;  alors  que  dans  le  même  temps  la  politique  étrangère  de  la 
France,  dirigée  de  père  en  bis  par  une  suite  de  onze  princes,  avait  une 
unité,  une  suite  si  régulière  que  les  effets  en  étaient  irrésistibles. 

Mais  si  M.  Gartellieri  est  persuadé  qu'Henri  VII  était  un  homme 
supérieur,  desservi  par  un  régime  inepte,  il  a  remarqué  que  Philippe 
le  Bel,  —  en  définitive  adversaire  né  de  l'institution  impériale,  dès  lors 
qu'il  ne  pouvait  en  faire  un  docile  instrument,  —  était  un  homme 
auquel  on  s'accordait  à  reconnaître  la  beauté  physique,  sans  qu'on 
ait  pu  décider  s'il  était  un  grand  homme  ou  s'il  a  seulement  laissé 
faire;  il  ajoute  enfin  que  jamais  ou  ne  pourra  déterminer  quelle  est  la 
part  de  ses  conseillers  dans  le  jeu  des  événements. 

En  sorte  que  j'ai  cru  dégager  le  fond  de  la  pensée  de  M.  Gartellieri, 
et  il  me  pardonnera  de  l'énoncer  privée  de  ses  développements  : 
Henri  VII  était  un  homme  supérieur,  muni  d'un  pitoyable  instrument 
de  gouvernement;  Philippe  le  Bel  était  un  esprit  dont  la  valeur  n'est 
pas  démontrée,  mais  excellemment  servi  par  les  institutions.  Or,  la 
conclusion  de  JM.  Gartellieri  lui  est  fournie  par  les  faits  :  Henri  VII  est 
mort  à  la  peine  sans  avoir  pu  faire  grand'chose,  Philippe  le  Bel  a  laissé 
la  France  plus  grande  qu'il  ne  l'avait  reçue.  Ge  qui  revient  à  dire  que 
les  nations  expient  les  régimes  politiques  qu'elles  se  donnent.  Je  soup- 
çonne que  M.  Gartellieri  a  voulu  donner  à  ses  compatriotes  une  leçon 
à  méditer.  H_  Moranvillé. 

assez  le  français  pour  avoir  imprimé  sans  surprise  «  pôté  »  pour  «  prévôté  » 
(p.  134). 


BIBLIOGRAPHIE.  197 


Documents  sur  V Escalade  de  Genève  tirés  des  archives  de  Simancas, 
Turiîi,  Milan^  Rome,  Paris  et  Londres^  1508-1603,  puljliés  par  la 
Société  d'histoire  et  d'archéologie  de  Genève.  Genève,  Georg,  4903. 
In-S",  xi-488  pages,  4  pi. 

Les  Défenseurs  de  Genève  à  l'Escalade,  par  Louis  Dufodr-Vernes, 
dans  les  Mémoires  et  documents  publiés  par  la  Société  d'histoire 
et  d'archéologie  de  Genève.  Nouvelle  série,  tome  VIII,  livr.  i. 
Genève,  ^902.  In-8°,  136  pages. 

L'Escalade  de  1602.  L'histoire  et  la  légende...,  par  Alain  de  Becde- 
LiÈVRE.  Paris,  Picard,  -1903.  In-^2,  172  pages,  \  pi. 

Les  Chansons  de  l'Escalade,  réimpression  textuelle  de  l'édition  de 
^1702.  Moutiers-Tarentaise,  F.  Ducloz,  -1903.  In-S",  48  pages,  grav. 

h'Escalade  de  Genève  n'est  pas  seulement  une  page  épique  de  l'his- 
toire genevoise;  c'est  aussi  le  dénouement  inattendu  de  longues  négo- 
ciations nourries  par  la  rivalité  de  la  France  et  de  l'Espagne  et  la  lutte 
de  la  Papauté  contre  la  Réforme.  Aussi  les  nombreux  travaux  suscités 
par  le  troisième  centenaire  de  cet  événement  intéressent-ils  l'histoire 
générale  à  la  fin  du  xvi«  siècle. 

Le  duc  de  Savoie  Charles-Emmanuel  I*""  était  hanté  par  l'idée  de 
ramener  sous  son  sceptre  les  Genevois  rebelles  qui  avaient  secoué  le 
joug  de  son  grand-père  en  1535.  Il  s'efforça  de  dissimuler  ses  revendi- 
cations sous  des  couleurs  religieuses,  comptant  sur  l'appui  du  pape 
dans  son  entreprise  «  contre  la  sentine  pestilentielle  de  l'hérésie  ». 
Devenu  gendre  de  Philippe  II,  le  jeune  prince  se  croyait  non  moins 
sur  des  sentiments  d'un  parent  dont  la  politique  n'était  pas  indifférente 
à  son  succès,  l'Espagne  désirant  conserver  la  liberté  des  communica- 
tions du  Milanais  en  Franche-Comté  par  la  Savoie. 

Genève,  à  son  tour,  s'était  créé  des  sympathies  en  adoptant  la 
Réforme;  mais  sa  grande  force  résidait  dans  sa  situation  stratégique. 
Elle  commandait  à  la  fois  le  passage  le  plus  commode  des  troupes 
suisses,  si  souvent  appelées  au  service  de  la  France,  et  la  route  de 
Franche-Comté.  La  France  avait  donc  double  intérêt  à  empêcher  la 
tentative  savoyarde. 

h'Escalade  de  Genève  avait  été  étudiée  jusqu'à  présent  surtout  d'après 
les  sources  genevoises'.  Les  travaux  de  MM.  Raulich  ^  et  de  Crue-^ 
avaient  montre  le  parti  que  l'on  pouvait  tirer  d'une  exploration  métho- 


1.  Fazy,  Hist.  de  Genève  à  l'époque  de  l'Escalade.  Genève,  1902. 

2.  Raiilich,  Storia  di  Carlo- Einanuele  II.  Milan,  1896-1902,  2  vol. 

3.  De  Crue,  Henri  IV  et  les  députés  de  Genève.  Genève,  1901. 


^98  BIBLIOGRAPHIE. 

dique  des  archives  étrangères,  dans  les  pays  intéressés  au  succès  ou  â 
l'échec  de  ce  siège.  La  Société  d'histoire  et  d'archéologie  de  Genève  a 
fait  poursuivre  des  recherches  de  ce  côté  pendant  trois  ans.  Le  char- 
trier  de  Simancas,  complètement  inexploré,  a  donné  des  résultats  très 
importants  recueillis  par  notre  confrère  M.  Schiff.  Les  archives  de 
Turin  et  du  Vatican,  malgré  les  travailleurs  qui  les  ont  fouillées,  ont 
fourni  aussi  une  précieuse  moisson  due  à  M.  Dunant.  M.  de  Grue  a 
étudié  les  dépôts  de  Paris  et  M.  Borgeaud  a  rapporté  de  Londres  des 
relations  inédites  du  siège.  Les  archives  privées  de  la  famille  Trivul- 
zio,  à  Milan,  ont  apporté  enfin,  grâce  à  M.  Motta,  une  contribution 
inattendue  :  la  correspondance  intime  du  duc  de  Savoie  avec  son  neveu, 
le  marquis  d'Est,  au  sujet  de  ses  entreprises. 

On  croyait  jusqu'à  présent  que  V Escalade  était  le  résultat  de  la  «  cons- 
piration romaine  et  espagnole  contre  l'Église  de  Dieu,  »  suivant  les 
correspondances  officielles  des  magistrats  genevois.  Les  documents  de 
Simancas  permettent  de  contester  ces  conclusions  en  dévoilant  l'atti- 
tude équivoque  du  roi  d'Espagne.  Sa  Majesté  Gatholique  paraissait 
favoriser  l'entreprise  savoyarde,  mais  elle  mettait  pour  prendre  l'often- 
sive  contre  Genève  des  conditions  irréalisables.  Une  relation  inédite  de 
Londres  nous  apprend  que  trois  capitaines  espagnols  furent  pendus  par 
ordre  du  duc  «  pour  n'avoir  pas  marché.  »  L'échec  de  l'Escalade  s'ex- 
plique plus  facilement  maintenant  par  la  mauvaise  volonté  ou  la  défec- 
tion des  troupes  espagnoles. 

L'abondance  des  documents  a  obligé  la  Société  d'histoire  de  Genève 
à  restreindre  sa  publication  à  la  période  qui  s'étend  entre  les  traités  de 
Vervins  et  de  Lyon  de  1598  à  1603.  Il  faut  espérer  qu'elle  pourra  pro- 
chainement nous  donner  la  période  antérieure,  celle  des  nombreuses 
tentatives  dirigées  par  Charles-Emmanuel  I",  prologue  nécessaire 
pour  comprendre  VEscalade.  Les  traductions,  les  notes,  les  tables, 
l'introduction  de  M.  "Victor  van  Berchem  donnent  à  cette  publication 
une  grande  valeur  critique.  Elle  restera  la  base  des  recherches  histo- 
riques sur  cet  événement  *  et  sur  la  politique  du  duc  de  Savoie  Charles- 
Emmanuel  !<"■  à  l'égard  de  Genève.  Les  historiens  de  Savoie  y  trouve- 
ront en  outre  une  ample  moisson,  surtout  tirée  des  archives  pontificales, 
très  précieuses  pour  l'étude  de  l'évangélisation  du  Chablais  à  l'époque 
de  saint  François  de  Sales. 

La  notice  de  M.  Dufour-Vernes  présente  un  intérêt  plus  local.  L'au- 
teur s'est  uniquement  préoccupé  d'élucider  la  biographie  des  citoyens 
genevois  qui  se  sont  illustrés  au  siège  de  leur  ville.  Son  étude  abonde 

1.  Il  est  question,  dans  une  lettre  de  Charles-Emmanuel  du  18  octobre  1598, 
du  Père  Galesio  Toccolante.  11  faut  lire  :  Père  Galesio,  zoccolante,  ce  mot  ayant 
la  signification  de  franciscain;  c'est  une  allusion  à  leur  chaussure,  en  forme  de 
socque. 


BIBLIOGRAPHIE.  499 

en  détails  curieux,  le  plus  souvent  inédits,  fruit  de  minutieuses 
recherches  dans  les  archives  d'État  qu'il  explore  depuis  vingt-cinq  ans. 
C'est  une  excellente  lecture  à  conseiller  pour  qui  veut  se  représenter 
les  mœurs  genevoises  à  cette  époque.  La  précision  et  le  choix  des  traits 
donnent  aux  personnages  évoqués  un  puissant  souffle  de  vie. 

La  version  catholique  du  siège  de  VEscalade  nous  est  racontée  par 
M.  A.  de  Becdelièvre  dans  un  opuscule  qui  ne  vise  point  à  l'érudition: 
c'est  surtout  une  œuvre  de  vulgarisation  écrite  avec  clarté,  non  sans 
agrément.  Les  chercheurs  y  trouveront  (p.  142  à  146)  une  note  très 
érudite  sur  le  père  Alexandre  Hume,  ce  jésuite  qui  encourageait, 
sous  les  remparts,  les  assaillants.  La  bibliographie  de  l'appendice  peut 
aussi  présenter  quelque  utilité. 

M.  Ducloz,  le  maître  imprimeur  de  Moutiers  en  Tarentaise,  a  publié 
de  son  côté  en  une  plaquette  très  artistique,  à  plusieurs  tirages  en  cou- 
leur, la  réimpression  d'une  édition  rarissime  des  Chansons  de  l'Escalade, 
éditées  à  Amsterdam  en  1702.  Une  intéressante  préface  de  M.  Eugène 
Ritter  accompagne  cette  réédition  que  tous  les  bibliophiles  voudront 

avoir. 

Max  Bruchet. 

G.    Romand.   Niccolo   Spinelli  da    Giovinazzo ,    cUplomaiico    ciel 
sec.  XVI .  Napoli,  4902.  In-8%  646  pages. 

Restituer  la  vie  d'un  diplom.ate  du  moyen  âge  avec  assez  de  détails 
pour  y  saisir,  avec  l'idée  directrice,  les  manifestations  variées  de  cette 
idée,  telle  est  l'œuvre  de  patience  et  de  sagacité  qu'a  poursuivie  et 
achevée  M.  R.,  professeur  d'histoire  à  l'Université  de  Pavie,  l'un  des 
plus  érudits  chercheurs  de  l'Italie  actuelle.  De  son  œuvre  sort  presque 
vivante  la  figure  de  Nicolas  Spinelli,  plus  connu  sous  le  nom  de 
Nicolas  de  Naples. 

Né  entre  1320  et  1325  d'une  famille  distinguée,  Spinelli  fit  à  Naples 
et  à  Padoue  de  brillantes  études  juridiques;  dès  1351,  il  professe 
dans  cette  dernière  ville,  puis  à  Bologne.  En  septembre  1355,  le  sei- 
gneur de  Bologne  l'envoie  en  mission  auprès  du  légat  Albornoz  :  c'est 
le  premier  pas  de  Spinelli  dans  la  carrière  diplomatique,  qu'il  embrasse 
définitivement  en  1360. 

Plusieurs  pages  seraient  nécessaires  si  l'on  voulait  suivre  Spinelli 
sur  les  scènes  diverses  où  s'exerça  son  activité.  Il  suffira  de  noter  ici 
quelques  faits  saillants  qui  montreront  l'importance  du  rôle  joué  par 
lui.  D'abord  au  service  de  l'Église,  il  devient  bientôt  l'agent  de  la  reine 
de  Naples  auprès  de  la  cour  d'Avignon,  et,  pendant  toute  une  période, 
«  personnifie  l'union  indissoluble  du  saint-siège  avec  la  monarchie 
sicilienne  »  (p.  157).  Plus  tard,  avec  l'aide  de  Grégoire  XI,  il  délivre 
des  Compagnies  le  comté   de   Provence,    dont  il  est  sénéchal   pour 


200  BIBLIOGRAPHIE. 

Jeanne;  son  gouvernement  laisse  en  cette  région  d'excellents  souvenirs 
(p.  170).  Capitaine  général  du  Piémont  pour  la  même  souveraine,  il  se 
montre  plein  d'humanité.  Entre  autres  pages  remarquables  doit  être 
signalé  un  exposé  de  la  situation  de  Florence  vis-à-vis  du  saint-siège, 
et  de  l'état  du  Patrimoine  aux  mains  d'officiers  français  en  4375  (p.  214- 
218).  A  Rome,  Spinelli  prépare  le  retour  de  Grégoire  XI,  qui  s'opère 
le  17  janvier  1377,  après  d'innombrables  difficultés. 

Dans  le  Grand  Schisme  d'Occident,  Nicolas  Spinelli  joue  un  rôle 
capital.  Membre  du  conseil  secret  d'Urbain  VI,  couronné  le  18  avril 
1378,  il  se  sépare  de  lui  au  mois  de  juillet  suivant  et  devient  l'ardent 
partisan  d'une  nouvelle  élection,  puis  du  nouvel  élu,  Clément  VII.  On 
ne  saurait  trop  apprécier  la  fine  analyse  du  rôle  de  Spinelli,  entraîné 
d'abord  par  l'opinion  des  cardinaux,  ses  amis  et  familiers,  servant 
bientôt  de  trait  d'union  entre  Jeanne  de  Naples  et  les  cardinaux,  qui 
gagnent  à  leur  cause  la  souveraine,  comme  ils  ont  convaincu  le  roi 
de  France.  Aux  cardinaux,  en  effet,  incombe  la  plus  grande  part  de 
responsabilité  dans  la  consommation  du  Grand  Schisme.  Charles  V, 
qui  n'avait  fait  aucune  objection  à  l'élection  d'Urbain  VI,  fut  convaincu 
par  eux  de  la  nullité  de  cette  élection  et,  par  suite,  de  la  validité  de 
celle  de  Clément  VIL  Cette  opinion,  Spinelli  la  défend  chaudement 
dans  une  circulaire  d'octobre  1378  (p.  313).  Dès  lors,  son  objectif  est  le 
triomphe  du  pape  d'Avignon,  fût-ce  par  la  force,  par  la  «  voie  de  fait.  » 
Très  probablement,  il  fut  l'auteur  de  la  bulle  de  Sperlonga  (p.  321),  qui 
constituait  à  Louis  !<='■  d'Anjou  un  royaume  en  plein  cœur  de  l'Italie. 
C'est  de  ce  prince  d'abord  que  Spinelli  seconde  l'action  en  faveur  de 
son  idéal  politique  et  religieux  en  Italie.  Puis,  après  son  installation  à 
la  cour  de  Jean-Galéas  Visconti  et  le  mariage  de  Valentine  avec  le  jeune 
duc  d'Orléans,  ce  dernier  devient  le  protagoniste  de  tous  ses  projets. 
M.  R.  a  tracé  un  magistral  tableau  de  la  soudaine  entrée  en  scène  du 
premier  duc  de  Milan.  Aussi  ardemment  dévoué  au  beau-père  qu'au 
gendre,  Spinelli  part  pour  Avignon  lorsqu'Armagnac  se  prépare  à  mar- 
cher contre  la  Lombardie.  Armagnac  reste  inébranlable;  mais  Bernar- 
don  de  la  Salle,  que  Nicolas  a  connu,  se  laisse  gagner  à  la  cause  mila- 
naise. 

Le  chapitre  x  est  consacré  aux  quatre  dernières  années  de  la  vie  de 
Spinelli;  il  intéresse  plus  particulièrement  la  France.  Le  vieux  diplo- 
mate (probablement  septuagénaire  à  cette  époque)  touche  à  la  réalisa- 
tion de  son  idéal  politique  et  religieux  :  la  sécularisation  des  Etats  de 
l'Église  sous  le  sceptre  du  duc  d'Orléans,  qui  commencera  par  conduire 
à  Rome  le  pape  d'Avignon.  M.  R.  donne  ici  avec  beaucoup  de  clarté 
les  résultats  des  dernières  recherches  faites  sur  cette  période  dans 
divers  travaux,  au  premier  rang  desquels  se  placent  les  siens  propres. 
Dans  les  négociations  pour  l'alliance  franco-milanaise  et  pour  la  cons- 
titution d'un  royaume  d'Adria,  Spinelli   lient  le  rôle  capital,  et  des 


BIBLIOGRAPHIE.  201 

mémoires  diplomatiques  du  plus  haut  intérêt  nous  sont  restés  de  lui. 
On  y  voit  avec  quelle  précision  les  éléments  de  succès  sont  pesés  et 
quelles  connaissances  profondes  le  guident  sur  le  terrain  où  il  évolue. 
Les  conditions  dans  lesquelles  échouèrent  ces  projets  commencent  à 
être  bien  éclaircies.  Ils  furent  le  dernier  effort  de  Spinelli,  qui  méritait 
mieux  que  de  mourir  sur  un  échec. 

D'une  lecture  facile  et  agréable,  l'important  travail  de  M.  R.  est 
fondé  sur  la  plus  abondante  documentation,  utilisée  avec  une  critique 
inattaquable.  Mais  pourquoi  cette  œuvre  si  riche  en  renseignements  de 
toute  espèce  n'est-elle  pas  mise  à  la  portée  des  chercheurs  pressés  par 
une  table  alphabétique?  Tout  le  monde  n'a  pas  le  loisir  de  lire  646  pages 
grand  in-octavo  pour  chercher  un  renseignement,  et  l'œuvre  de  M,  R. 
touche  par  trop  de  points  à  l'histoire  générale  pour  n'être  pas  bonne  à 

consulter. 

E.  Jarry. 

Notes  et  extraits  pour  servira  r  histoire  des  Croisades  au  XV^  siècle, 
publiés  par  N.  Jorga,  professeur  à  rUniversilé  de  Bucarest.  3«  sé- 
rie. Paris,  Ernest  Leroux,  -1902.  In-8»,  iv-395  pages.  (Extrait 
de  la  Revue  de  l'Orient  latin,  t.  VI  à  VJII.)  Prix  :  12  fr.  50. 

On  trouvera  dans  ce  recueil  une  série  d'analyses  et  de  courts  extraits 
de  documents  empruntés  presque  exclusivement  aux  archives  de  Gênes 
et  de  Venise.  Les  actes  publiés  récemment  par  Predelli  (Diplomatariiim 
veneio-levantinum)  sont  en  trop  petit  nombre  pour  empêcher  la  publi- 
cation de  Jorga  de  conserver  toute  sa  valeur.  Les  précédents  volumes 
s'arrêtaient  à  1435;  ce  dernier  comprend  les  années  1436  à  1453  et  se 
termine  par  l'indication  de  quelques  «  lamenti  »  sur  la  prise  de  Gons- 
tantinople  d'origine  variée  (slave,  arménienne,  italienne)  et  par  une 
table  générale,  commune  aux  trois  séries <. 

Le  soin  avec  lequel  ont  été  annotées  et  analysées  ces  pièces  en  fait 
un  ensemble  de  premier  ordre  pour  l'histoire  des  entreprises  imaginées 
au  XV8  siècle  pour  la  délivrance  de  la  Terre  sainte  et  contre  le  Turc, 
ainsi  que  sur  la  situation  politique  de  la  Méditerranée  à  cette  époque; 
et  quiconque  voudra  se  Uvrer  à  l'étude  de  cette  histoire  trouvera  là 
une  réunion  de  textes  heureusement  groupés.  On  apprendra  sans  doute 
avec  plaisir,  par  une  note  de  la  page  291,  que  M.  Jorga  prépare  une 
publication  ultérieure  qui  contiendra  les  pièces  relatives  à  la  guerre 
entre  les  chrétiens  et  les  musulmans  de  1453  à  1527.  Le  comte  Riant 

1.  Les  renvois  au  tome  II  s'appliquent  à  la  troisième  série;  il  y  a  sans  doute 
là  une  source  de  confusions  qui  auraient  pu  être  évitées.  —  Les  prénoms  ita- 
liens ont  été  traduits  en  français;  il  eût  été  préférable  de  leur  laisser  leur 
forme  originale. 


202  BIBLIOGRAPHIE. 

avait  recueilli  un  grand  nombre  d'imprimés  sur  la  matière;  M.  Jorga  y 
joindra  ainsi  une  ample  gerbe  de  documents  inédits. 

H.  S. 


Ernest  La\glois.  Table  des  noms  propres  de  toute  nature  compris 
dans  les  chansons  de  geste  imprimées.  Paris,  Bouillon,  -1904. 
In-S",  xx-674  pages. 

«  Relever  les  noms  propres  de  toute  nature  qui  figurent  dans  les 
chansons  de  geste  imprimées  antérieures  au  règne  de  Charles  V,  »  tel 
est  le  sujet  que  l'Académie  des  inscriptions  mettait  au  concours,  en 
1898,  pour  le  prix  ordinaire,  ou  prix  du  budget,  à  décerner  en  1901. 
Ce  programme  supposait  chez  les  concurrents,  en  même  temps  qu'une 
connaissance  approfondie  de  notre  ancienne  littérature  épique,  une 
grande  aptitude  aux  travaux  de  lexicographie.  M.  Langlois,  que  n'ef- 
fraye pas  la  rédaction  de  volumineux  index,  comme  le  prouvent  les 
tables,  rapidement  menées  à  bonne  fin,  des  Registres  de  Nicolas  IV,  ne 
se  laissa  pas  arrêter  par  les  difficultés  très  réelles  de  la  tâche  proposée. 
Ses  dépouillements,  dont  l'exactitude  a  été  assurée  par  un  contrôle 
perpétuel,  portèrent  sur  quatre-vingt  et  quelques  poèmes  plus  ou  moins 
longs  (on  trouvera  la  liste  de  ces  poèmes  et  des  éditions  utilisées  en 
tête  du  volume,  p.  ix-xvi);  il  ne  fut  tenu  aucun  compte  de  celles  des 
tables  déjà  existantes  qui  parurent  défectueuses;  les  autres  furent 
soigneusement  coilationnées.  Une  quantité  considérable  de  matériaux 
furent  ainsi  accumulés,  qu'il  fallut  ensuite,  et  c'était  là  le  plus  délicat, 
classer,  coordonner,  grouper;  il  importait,  en  effet,  de  réunir  sous  une 
même  rubrique  les  formes,  parfois  très  différentes,  d'un  même  nom 
[Hodon,  Hoedon,  Uedon),  et,  inversement,  de  procéder  à  des  distinc- 
tions qui  ne  se  laissaient  pas  du  premier  coup  apercevoir. 

C'est  le  résultat  de  ce  travail  méthodique  et  raisonné  qui  est  aujour- 
d'hui présenté  au  public,  après  avoir  été  couronné  par  l'Académie  qui 
l'avait  suscité.  On  accueillera  avec  reconnaissance  ce  vaste  répertoire, 
dont  l'utilité  n'est  pas  à  démontrer;  par  le  rapprochement  de  noms 
épars  dans  différents  poèmes,  il  permettra  d'établir  bien  des  identifica- 
tions nouvelles,  et  aussi  d'en  rectifier  beaucoup  d'autres,  précédemment 
proposées  ou  admises;  en  même  temps,  il  rendra  plus  facile  à  déter- 
miner la  filiation  de  certains  de  ces  poèmes.  Paraissant  à  une  époque 
où,  avec  plus  de  curiosité  et  de  succès  que  jamais,  la  critique  cherche 
à  dégager  les  éléments  historiques  de  nos  vieilles  épopées,  cette  riche 
nomenclature,  oiî  figurent  tant  de  noms  qui  appartiennent  à  la  fois  à  la 
légende  et  à  l'histoire,  vient  bien  à  son  heure. 

Un  livre  de  celte  nature  est-il  destiné  à  vieillir  aussi  vite  que  semble 
le  prévoir  l'auteur?  Je  ne  le  crois  pas.  Assurément,  de  nouveaux  textes 
pourront  être  publiés;  pour  plusieurs  des  poèmes  aujourd'hui  connus. 


BIBLIOGRAPHIE.  203 

de  nouvelles  éditions  pourront  être  données,  meilleures  que  celles  que 
nous  possédons;  sans  doute  aussi  bien  des  points  encore  obscurs  de 
l'onomastique  et  de  la  toponymie  de  nos  cbansons  de  geste  seront  tôt 
ou  tard  éclaircis;  néanmoins,  il  passera  bien  du  temps  avant  que  ce 
précieux  dictionnaire,  que  l'auteur  s'est  efforcé  de  rendre  aussi  com- 
plet et  d'ordonner  aussi  clairement  que  possible,  perde  rien  de  sa 

valeur. 

Lucien  Auvray. 

Camille  Liégeois.  Gilles  de  Chin.  L'histoire  et  la  légende  (Université 
de  Louvain.  Recueil  de  travaux  publiés  par  les  membres  des  con- 
férences d'histoire  et  de  philologie,  XI).  Louvain,  Peelers;  et 
Paris,  Fonteraoing,  ^903.  In-S",  xxiv-no  pages  et  trois  tableaux 
lithographies.  Prix  :  4  fr. 

Ce  travail  et  celui  de  M.  Bayot,  dont  je  parlerai  ensuite,  sont  dédiés 
à  MM.  Georges  Doutrepont  et  François  Béthune,  sous  la  direction  de 
qui  ils  ont  été  élaborés.  Ils  sont  les  meilleurs  témoignages  de  l'activité 
scientifique  entretenue  par  ces  deux  maîtres  distingués  à  la  «  conférence 
de  philologie  romane  »  qu'ils  ont  organisée  à  l'Université  de  Louvain. 
Un  poème  du  xm«  siècle,  d'environ  5,550  vers  octosyllabiques,  publié 
en  1847  par  le  baron  de  Reiffenberg,  dans  les  Monuments  pour  servir  à 
l'histoire  de  Namur,  de  Hainaut  et  de  Luxembourg  (Collection  de  chro- 
niques belges  inédites),  raconte  l'Histoire  de  Gilles  de  Chin.  Le  héros 
est  un  personnage  historique,  mais  les  exploits  que  le  trouvère  lui 
prête,  en  Palestine  surtout,  sont  pour  la  plupart  imaginaires.  Une 
Chronique  du  bon  chevalier  messire  Gilles  de  Chin,  en  prose,  du  milieu 
du  xv«  siècle,  publiée  en  1837,  par  R.  Ghalon,  pour  la  Société  des 
bibliophiles  de  Mons,  n'est  pas  autre  chose  que  le  poème  du  xni«  siècle, 
dérimé,  avec  l'addition  de  nouvelles  aventures  non  moins  fabuleuses  que 
les  premières.  Ces  fables  se  retrouvent  chez  tous  les  chroniqueurs  qui, 
depuis  le  xii«  siècle,  ont  parlé  de  Gilles  de  Chin.  A  la  fin  du  moyen 
âge,  la  légende  se  modifia.  Au  xvii«  siècle,  Gilles  de  Chin  est  honoré 
comme  un  héros,  presqu'un  saint,  qui  a  délivré  son  pays  d'un  monstre, 
et  une  procession  annuelle,  à  Wasmes,  rappelle  le  souvenir  de  ce  bien- 
fait; à  la  légende  ainsi  transformée  s'ajoutent  encore,  dans  la  suite,  des 
traits  empruntés  à  celle  de  saint  Georges,  si  populaire  à  Mons. 

Séparer  dans  ces  récits  la  partie  historique  de  la  partie  fabuleuse,  tel 
est  le  but  que  s'est  proposé  M.  Liégeois,  et  qu'il  a  su  atteindre.  Dans 
une  première  partie  de  son  livre,  intitulée  les  Sources  de  l'histoire  et  de 
la  légende,  il  a  classé,  dans  l'ordre  chronologique,  tous  les  textes  impor- 
tants relatifs  à  Gilles  de  Chin,  les  pièces  diplomatiques  d'abord,  les 
sources  littéraires  ensuite,  il  a  déterminé  leur  valeur  au  point  de  vue 
historique,  ainsi  que  les  rapports  qu'ils  ont  les  uns  avec  les  autres. 


204  BIBLIOGRAPHIE. 

Dans  la  seconde  partie,  l'Histoire  et  la  légende,  il  a  réuni  eu  une  con- 
clusion générale,  sous  une  forme  claire  et  précise,  toutes  les  conclu- 
sions partielles  des  chapitres  précédents. 

Pour  l'histoire,  il  est  acquis  que  Gilles,  fils  de  Gontier,  seigneur  de 
Chin,  naquit  à  la  fin  du  xi^  siècle  ou  dans  les  premières  années  du  xii«. 
Il  hérita  des  domaines  de  Chin,  de  Berlaymont  et  de  Wasmes.  Il  fut 
chambellan  à  titre  héréditaire  du  comte  de  Hainaut,  Baudouin  IV. 
Peut-être  fit-il  un  voyage  en  Terre  sainte.  Il  épousa,  vers  1130,  Ide  de 
Chièvres,  dont  il  n'eut  qu'une  fille,  Mathilde.  En  1136,  il  luttait,  avec 
Gérard  de  Saint-Aubert,  contre  l'évêque  de  Cambrai.  Il  mourut  en 
1137,  des  blessures  reçues  dans  un  tournoi.  Son  corps  fut  inhumé  dans 
l'abbaye  de  Saint-Ghislain,  à  laquelle  son  père  et  lui  avaient  donné 
leurs  possessions  de  Wasmes.  Le  surplus  des  récits  relatifs  à  Gilles  de 
Chin  peut  être  considéré  comme  légendaire. 

Deux  noms  d'auteurs  sont  donnés  dans  le  poème  sur  Gilles  de  Chin  : 

Voirs  est  que  Gantiers  li  Cordiers 

Traita  la  matière  premiers 

De  mon  signor  Gille  de  Cyn, 

Mais  il  n'en  fist  mie  la  /in 

De  lui  ne  de  lote  la  some  (v.  4904-9). 


Gantiers  de  Tornni  chi  define 
La  canchon,  qui  est  vraie  et  fine, 
C'onquez  n'i  ajousla  menchoigne, 
Bourde  ne  fable  ne  aloigne, 
La  u  il  le  peùst  oster. 
Por  ce  s'entremist  du  trouver 
Qu'il  voioil  faire  grani.  honnor 
Le  cors  du  millor  poigneor 
Qui  onquez  fusl  en  terre  mis, 
Au  jor  qu'il  fu  de  millor  pris. 
Gantiers  de  Tornay  por  ce  i)rie 
Chiaus  qui  le  canchon  ont  oie 
Qu'a  Dieu  proient  que  vrai  pardon 
Face  et  a  lui  et  a  Gillon, 
Et  tous  nous  mece  em  paradis, 
Aveuc  sez  anglez  beneys.  Amen. 


M.  Liégeois  ne  cite  que  les  trois  premiers  vers  du  passage  relatif  à 
Gautier  le  Cordier  et  les  deux  premiers  du  passage  relatif  à  Gautier  de 
Tournay.  C'est  en  altérer  le  sens.  Dans  la  première  citation,  le  4^  et  le 
5«  vers  restreignent  la  portée  des  précédents;  dans  la  seconde,  le  vers  : 


Por  ce  s'entremist  du  trover 


exclut  absolument  l'hypothèse,  à  laquelle  s'est  arrêté  un  instant  M.  Lié- 
geois, que  Gautier  de  Tournay  soit  un  simple  copiste. 


BIBLIOGRAPH[E.  205 

Quelle  part  faut-il  attribuer  à  chacun  de  ces  deux  Gautier  dans  la 
rédaction  du  poème?  M.  Grœber  suppose  que  le  premier  l'a  commencé 
et  que  le  second  l'a  continué,  après  1250  {Grundriss,  II,  763).  M.  Lié- 
geois croit  que  Gautier  le  Gordier  est  l'auteur  d'un  poème  perdu,  qui 
aurait  servi  de  base  à  celui  que  nous  possédons,  de  Gautier  de  Tour- 
nay;  il  croit  même  pouvoir  fixer  la  date  du  premier  poème  et  en  déter- 
miner le  contenu.  «  G'est  entre  1163  et  1175  que  Gautier  le  Gordier  a 
écrit  son  œuvre  »  (p.  54).  Mais  Gilles  de  Ghin  est  mort  jeune,  en  1137  : 
est-il  donc  raisonnable  de  supposer  qu'en  1163,  alors  que  beaucoup  de 
ceux  qui  l'ont  connu,  ennemis  ou  amis,  vivaient  encore,  un  rimeur  ait 
pu  raconter  son  voyage  en  Palestine,  qui  «  n'est  pas  authentique  » 
(p.  56),  et  lui  prêter  les  aventures  d'un  chevalier  de  la  Table  ronde? 
D'autre  part,  exclure  du  poème  de  Gautier  le  Gordier  tous  «  les  détails 
particuliers  »  à  Gilbert  de  Mons  et  à  Gautier  de  Tournay,  c'est  pré- 
tendre que  chacun  de  ces  deux  écrivains  a  pris  dans  le  poème  primitif 
tous  «  les  détails  »  qu'il  y  a  trouvés,  c'est,  par  conséquent,  étant  donné 
que  Gilbert  de  Mons  consacre  à  peine  «  quelques  lignes  »  à  Gilles  de 
Chin,  réduire  l'œuvre  de  Gautier  le  Gordier  à  des  proportions  excessi- 
vement exiguës;  et  c'est  enfin,  si  je  ne  me  trompe,  oublier  que  ces 
quelques  lignes  de  Gilbert  de  Mons  «  ne  constituent  dans  sa  chronique 
qu'une  courte  parenthèse  »  (p.  8). 

En  réalité,  Gautier  le  Gordier  et  Gautier  de  Tournay  ne  représentent 
qu'un  seul  personnage,  qui  a  écrit  le  poème  du  xni«  siècle,  à  l'excep- 
tion des  vers  4904-5i87,  qu'on  y  a  plus  tard  ajoutés.  Je  vais  essayer  de 
prouver  l'exactitude  de  ces  deux  assertions,  qui  n'ont  jamais  été  avan- 
cées :  d'abord  que  les  vers  4904-5487  sont  interpolés,  ensuite  que  Gau- 
tier le  Gordier  ne  doit  pas  être  distingué  de  Gautier  de  Tournay. 

Si  l'on  élimine  du  poème  les  vers  que  je  considère  comme  ajoutés 
ultérieurement,  on  sera  frappé  de  ce  fait  que,  aussitôt  Gilles  de  Ghin 
rentré  chez  son  père,  à  son  retour  de  la  Terre  sainte,  le  poète  cesse  de 
conter  ;  sa  tâche  est  terminée.  Pour  satisfaire  la  curiosité  du  lecteur, 
il  se  contente  désormais  de  lui  dire  très  sommairement  en  quelques 
vers,  souvent  en  quelques  mots,  ce  que  deviendra  plus  tard  son  héros. 
Gilles  prend  part  encore  à  deux  tournois  (dont  le  récit,  bien  que  très 
court,  semble  contenir,  au  moins  pour  le  premier,  des  allongements  de 
l'interpolateur);  il  entre  dans  la  «  maisnie  »  du  duc  de  Brabant  (la 
mention  du  second  tournoi  n'a  pas  d'autre  raison  d'être  que  d'amener 
ce  renseignement)  ;  il  apprend  qu'une  jeune  fille,  Domison  de  Ghièvres, 
est  éprise  de  lui,  il  va  la  voir,  la  demande  en  mariage  et  l'épouse  un 
mois  après  (40  vers  seulement  depuis  celui  qui  nous  révèle  l'existence 
de  la  jeune  fille  jusqu'à  celui  qui  clôt  le  repas  des  noces);  il  eut  des 
héritiers,  «  ce  dist  li  escris  »  (v.  5496);  il  languit  d'une  maladie 
dont  il  ne  se  guérit  jamais  (v.  5510-11)  ;  il  fut  tué,  racontent  ceux  qui 
sont  bien  renseignés,  d'un  coup  de  lance,  à  RoUecourt  (v.  5512-17);  on 


206  BIBLIOGRAPHIE. 

l'enterra  à  l'abbaye  de  Saint-Ghislain  (v.  5518-23),  en  faveur  de  laquelle 
le  poète,  en  terminant,  adresse  à  la  famille  du  héros  un  appel  de  fonds  : 

Encor  doivent  li  anchissor 

Le  liu  porter  plus  grant  honor, 

Car  li  raieudrez  d'iauz  y  habite, 

Et  s'est  li  sainz  de  grant  mérite  (v.  5524-27). 

Ce  résumé  de  chronique,  très  sec,  est  brusquement  interrompu  par 
un  épisode  fort  long,  minutieusement  raconté,  placé  au  milieu  d'un 
renseignement  incomplet,  qui  sera  repris  plus  tard,  enfin  introduit 
d'une  façon  en  apparence  absurde.  Nous  venons  d'apprendre  que  le 
duc  de  Brabant  s'est  attaché  Gilles  de  Ghin,  qu'il  l'a  emmené  à  Lou- 
vain  et  l'a  présenté  à  la  duchesse,  qui  lui  a  fait  un  accueil  charmant. 
C'est  entre  le  vers  4903,  qui  nous  donne  ce  détail,  et  le  vers  5488,  qui 
ajoute  que  Gilles  «  sejorna  tant  que  lui  plot  »  à  la  cour  de  Louvain, 
que  se  placent  les  vers  ajoutés.  Leur  auteur  n'a  d'ailleurs  pas  cherché 
à  dissimuler  son  interpolation,  et  ce  n'est  qu'en  ne  remarquant  pas 
cette  particularité  que  nous  trouvons  cette  addition  si  maladroitement 
intercalée.  Rien  ne  lui  eût  été  plus  facile  que  de  supprimer  dans  l'œuvre 
originale  la  partie  du  récit  qui  lui  a  paru  insufhsante  et  qu'il  s'est 
proposé  de  compléter  et  de  rectifier;  que  d'adopter  pour  ses  vers  la 
rime  du  poème  ;  eniin  que  de  ne  pas  annoncer  que  ses  propres  rensei- 
gnements ne  concordaient  pas  avec  ceux  de  Gautier  le  Cordier.  Gautier 
le  Cordier,  dit-il,  a  le  premier  parlé  de  Gilles  de  Chin,  c'est  vrai,  mais 
il  n'a  pas  dit  tout  ce  qu'on  pourrait  raconter  à  sa  louange  ;  voici  ce 
qu'il  en  est.  Écoutons  donc  ce  qu'il  en  est.  Gilles  de  Chin  n'est  pas  à 
Louvain,  mais  chez  lui,  à  Ghièvres;  il  fait  «  son  chief  laver  ». 

Ceie  qui  le  lavoit 
De  la  lessive  qu'ele  avoit 
L'en  avoit  bien  moitiét  lavé  (v.  4922-24), 

lorsqu'arrive  un  messager  du  comte  de  Hainaut,  lui  demandant  de  se 
rendre  à  la  frontière  du  Brabant,  que  le  comte  veut  envahir.  Gilles,  à 
cette  nouvelle, 

Ne  laissa  pas  laver  son  chief  (v.  4946). 
En  vain 

Sa  feme  estoit  molt  en  effroi, 

Quant  il  pas  laver  ne  se  lait  : 

«  Sire,  fait  ele,  c'est  molt  lait 

De  ce  que  n'estez  pas  lavés, 

Se  vous  trop  grant  besoing  n'avez. 

Bien  peiissiez  encore  atendre  »  (v.  4957-62). 

H  n'attend  pas  et  s'en  va  «  demi  lavés  »,  tombe  sur  les  Brabançons, 
et  seul,  en  présence  des  Hainuyers,  qui  n'osent  avancer,  malgré  les 


BIBLIOGRAPHIE.  207 

objurgations  de  leur  comte,  qui  n'en  fait  pas  plus  qu'eux,  il  met  les 
ennemis  en  déroute.  Le  duc  fait  la  paix  avec  le  comte  de  Hainaut, 
et  en  l'honneur  de  cette  réconciliation,  donne  à  Saint-Trond  un  grand 
tournoi,  où  Gilles  de  Chin  naturellement  renouvelle  ses  prouesses.  Le 
duc  de  Brabant,  émerveillé,  se  l'attache  et  l'emmène 

A  Louvain  veoir  la  ducoise, 

Que  il  a  trouvé  moult  cortoise. 

De  Gille  de  Cyn  fait  grant  feste, 

Car  ele  estoit  preus  et  honesle  (v.  5484-87). 

Ces  derniers  vers  de  l'interpolateur  nous  ramènent  exactement  au 
point  où  nous  étions  600  vers  plus  tôt,  lorsque,  dans  le  poème  primi- 
tif, le  duc  avait  déjà  conduit  Gilles  à  Louvain,  où 

La  ducoise  en  fist  molt  grant  fesle, 

Car  molt  estoit  i'rance  et  honeste  (v.  4902-3). 

Évidemment,  l'interpolateur  a  jugé  que  les  circonstances  qui  ont  mis 
Gilles  de  Chin  en  relations  avec  le  duc  de  Brabant  étaient  insuffisam- 
ment expliquées  ou  n'étaient  pas  conformes  à  la  tradition,  telle  qu'il  la 
connaissait  ;  il  a  voulu  remettre  les  choses  au  point.  Ce  qui  me  fait 
croire  que  l'épisode  du  combat  entre  les  Hainuyers  et  les  Brabançons 
n'a  pas  été  imaginé  par  lui,  c'est  la  scène  du  «  chief  demi  lavé  »,  qui 
me  parait  appartenir  à  la  légende. 

J'ai  déjà  signalé  des  contradictions  entre  les  données  du  texte  ajouté 
et  le  reste  du  poème;  en  voici  d'autres.  Avant  et  après  l'interpolation, 
la  résidence  de  Gilles  de  Chin  est  Berlaymont  (v.  4814,  5490),  pour 
l'interpolateur,  c'est  Ghièvres  (v.  4916,  5268).  Dans  la  lutte  contre  les 
Brabançons,  nous  sommes  obligés  d'oublier  que  Gilles  a  «  créante  » 
au  duc  de  Louvain  de  faire  partie  de  sa  «  maisnie  »  (v.  4886-88);  c'est 
en  voyant  le  chevalier  massacrer  ses  hommes  que  le  duc  admire  sa 
vaillance,  c'est  après  le  combat  qu'il  exprime  le  regret  de  ne  pas  le 
compter  parmi  ses  amis,  et  le  tournoi  de  Saint-Trond,  comme  précé- 
demment celui  de  Gérardsard,  parait  n'avoir  pas  d'autre  objet  que  d'of- 
frir au  duc  de  Brabant  l'occasion  de  s'attacher  Gilles  de  Chin  et  de  le 
conduire  à  Louvain.  A  ce  point  de  vue,  les  deux  tournois  font  double 
emploi;  aussi  le  rédacteur  du  roman  en  prose  a-t-il  supprimé  le  pre- 
mier. On  remarquera  aussi  que  Gérard  du  Castel,  le  «  compaignon  »  de 
Gilles  de  Chin,  ne  figure  pas  dans  l'interpolation. 

Il  me  serait  facile  de  noter  entre  les  vers  que  je  considère  comme 
interpolés  et  le  reste  du  poème  des  différences  de  style,  et  je  n'aurais 
pas  manqué  de  les  signaler,  si  un  autre  argument,  tiré  de  la  compa- 
raison des  rimes,  ne  m'avait  semblé  suffisant  pour  achever  de  rendre 
ma  thèse  évidente. 

La  rime  du  poème  est  très  simple;  pour  les  terminaisons  masculines, 


208  BIBLIOGRAPHIE. 

l'auteur  se  contente  de  faire  commencer  l'homophonie  à  la  voyelle 
accentuée;  il  va  de  soi  que,  si  une  rime  plus  riche  se  présente,  il  ne  la 
rejette  pas;  mais  il  ne  la  recherche  pas.  Qu'on  prenne,  par  exemple, 
les  dix  vers  qui  précèdent  immédiatement  l'interpolation,  on  y  consta- 
tera que  dans  trois  couples  sur  quatre  de  polysyllabes  masculins 
(valoir  :  avoir,  despendus  :  venus,  sénés  :  arrives,  emmena  :  fina),  la  con- 
sonne qui  précède  la  voyelle  accentuée  n'est  pas  la  même  pour  les 
deux  mots.  Au  contraire,  dans  les  584  vers  interpolés,  j'ai  trouvé  à 
peine  six  couples  de  polysyllabes  masculins  où  la  consonne  qui  précède 
la  voyelle  accentuée  ne  rime  pas;  escuier  :  destrier  (v.  4954-55),  autrui: 
anui  (v.  5110-11),  vestu  :  tenu  (v.  5330-31),  randon  :  tronçon  (v.  5396-97), 
avis  :  pa:is  (v.  5480-81),  metié  :  douté  (v.  5482-83)  '.  Il  est  donc  certain 
que  l'auteur  des  vers  4904-5487  ne  suivait  pas  le  même  système  de 
rimes  que  l'auteur  du  poème  ^.  C'est  une  preuve  nouvelle,  et  solide, 
qu'ils  sont  interpolés. 

C'est  donc  un  interpolateur  qui  nomme  Gautier  le  Cordier  comme 
l'auteur  du  poème  dans  lequel  il  introduit  une  rectification.  Dès  lors, 
ce  passage  ne  doit  plus  être  interprété  comme  s'il  était  de  Gautier  de 
Tournay  3.  Il  n'y  a  donc,  en  deBnitive,  aucune  raison  de  distinguer 
Gautier  le  Cordier  de  Gautier  de  Tournay,  pas  plus  qu'il  n'y  en  aurait 
de  distinguer,  par  exemple,  Adam  le  Bossu  d'Adam  d'Arras,  ou  Jean 
Chopinel  de  Jean  de  Meun. 

M.  Liégeois  annonce,  comme  devant  paraître  prochainement,  une 
Étude  sur  la  langue  du  poème  de  Gilles  de  Chin.  Je  l'engagerais  volon- 
tiers, avant  de  la  publier,  à  rechercher  si  l'interpolateur  n'a  pas  touché 
à  d'autres  parties  de  1  œuvre  de  Gautier.  Il  n'y  trouvera  certainement 
pas  des  additions  aussi  étendues  que  celle  que  je  viens  de  signaler, 
mais  je  crois  qu'il  y  reconnaîtra  çà  et  là  des  groupes  de  vers  qui  ne 
sont  pas  de  l'auteur. 

Les  rapprochements  entre  la  Chronique  du  bon  chevalier  messire  Gilles 
de  Chin,  le  Livre  des  Faits  de  Jacques  de  Lalaing  et  le  lioman  de  Gillion 
de  Trazegnies,  que  M.  Liégeois  attribue,  comme  M.  Bayot,  au  même 
prosateur,  sont  fort  intéressants,  sinon  tout  à  fait  concluants;  intéres- 

1.  Les  deux  derniers  exemples  môme  sont  très  douteux;  le  manuscrit,  qui 
coiilienl  de  nombreuses  fautes,  àde  doute,  que  l'éditeur  a  corrigé  en  le  douté; 
il  fallait  une  épithète  en  -e  se  rapportante  Giilon,  et  l'épithèle  qui  lui  est  cons- 
tamment appliquée  dans  ce  cas  est  le  séné.  A  l'exemple  précédent,  avis  peut 
être  remplacé  par  a  vis. 

2.  Dans  cet  examen  des  rimes  masculines,  je  n'ai  pas  tenu  compte  des  noms 
propres  ni  des  monosyllabes,  parce  que  les  uns  et  les  autres  faisaient  excep- 
tion pour  les  versiflcateurs  qui  s'astreignaient  à  la  rime  riche. 

3.  Les  vers  où  Gautier  de  Tournay  se  nomme  deux  fois  ne  sont  pas  en  rime 
riche;  c'est  donc  bien  l'auteur  lui-même  du  poème  qui  se  fait  connaître  là. 


BIBLIOGRAPHIE.  209 

santé  aussi,  et  plus  sûre,  l'explication  des  transformations  ultérieures 
de  la  légende  de  Gilles  de  Chin. 

Mes  remarques  sur  le  poème  de  Gautier  le  Gordier,  et  quelques 
réserves  que  j'aurais  pu  y  ajouter  sur  deux  ou  trois  points  de  moindre 
importance,  ne  m'empêchent  pas  de  louer,  non  seulement  l'aisance  et 
la  sûreté  avec  lesquelles  M.  Liégeois  se  promène  efpromène  ses  lec- 
teurs dans  le  dédale  de  récits  fort  enchevêtrés,  mais  encore,  et  davan- 
tage peut-être,  la  rigueur  de  sa  méthode,  et  sa  prudence,  qui  l'ont 
souvent  préservé  du  danger  qui  se  présentait  à  lui,  pour  ainsi  dire  à 
chaque  pas,  de  tomber  dans  des  explications  trop  subtiles,  de  vouloir 
trop  prouver.  C'est  un  bon  livre  qu'il  a  écrit,  et  très  utile. 

Ernest  Langlois. 


Alphonse  Bayot.  Le  Roman  de  Gillion  de  Trazegnies  (Université  de 
Louvain.  Recueil  de  travaux  publiés  par  les  membres  des  confé- 
rences d'hisloireetde  philologie,  XII).  Louvain,  Peeters;  et  Paris, 
FonLemolng,  ^903.  In-S",  xxi-203  pages.  Prix  :  4  fr. 

La  légende  du  mari  aux  deux  femmes,  qui  est  le  sujet  du  charmant 
lai  à'Éliduc,  de  Marie  de  France,  s'est  attachée  au  moyen  âge,  peut- 
être  au  xive  siècle,  à  un  seigneur  de  Trazegnies  (Hainaut),  et  plus 
tard,  au  xvi^  siècle,  à  un  comte  de  Gleichen  (Thuringe).  Sous  la  forme 
où  elle  s'est  localisée  en  Hainaut,  elle  est  racontée  dans  un  roman  en 
prose  du  milieu  du  xv^  siècle,  qui  a  été  publié  en  1839  par  B.  Wolf, 
sous  le  titre  d'Histoire  de  Gilion  de  Trasignijes  et  de  dame  Marie,  sa 
femme.  La  voici,  résumée  en  quelques  lignes.  Gillion  de  Trazegnies, 
marié  à  Marie  d'Ostrevant,  a  été  pris  par  les  infidèles  au  retour  d'un 
pèlerinage  en  Terre  sainte.  Esclave  du  soudan  d'Egypte,  puis  son  meil- 
leur guerrier,  il  lui  rend  de  tels  services  que  son  maître  lui  offre  la 
main  de  sa  fille.  Gillion,  qui  se  croit  veuf,  épouse  la  belle  princesse, 
que  l'amour  a  convertie  au  christianisme.  Mais  bientôt  il  apprend  que 
sa  première  femme  vit  encore;  il  quitte  aussitôt  l'Egypte  et  revient  en 
Hainaut,  accompagné  de  Gracienne,  la  seconde  épouse.  Marie,  recon- 
naissante à  sa  rivale  des  services  qu'elle  a  rendus  à  leur  mari,  veut  se 
sacrifier  à  elle  et  fait  voeu  de  prendre  le  voile  ;  Gracienne,  qui  ne  lui 
cède  pas  en  dévouement,  prend  la  même  résolution,  et  toutes  deux 
s'enferment  au  monastère  de  l'Olive;  le  mari  ne  peut  faire  moins 
qu'elles  et  se  retire  à  l'abbaye  de  Cambron.  Plus  tard,  ayant  été  appelé 
au  secours  de  son  beau-père,  le  soudan,  il  mourut  en  Egypte,  des  bles- 
sures reçues  dans  un  combat.  Son  cœur  fut  rapporté  au  monastère  de 
l'Olive  et  déposé  dans  le  tombeau  qu'il  y  avait  fait  élever  pour  lui  et 
ses  deux  femmes. 

Ce  roman  est  dédié  au  duc  de  Bourgogne,  Philippe  le  Bon.  L'auteur 
en  est  inconnu.  M.  Bayot  ne  doute  pas  qu'il  ne  soit  du  même  prosatenr 
^904  ^4 


2]0  BIBLIOGRAPHIE. 

que  la  Chronique  de  Gilles  de  Chin  et  le  Livre  des  Faits  de  Jacques  de 
Lalaing.  C'est  aussi  l'opinion  de  M.  Liégeois,  exprimée  dans  son  livre 
sur  Gilles  de  Chin.  Le  fait  est  possible,  probable  si  l'on  veut,  mais  ne 
ressort  pas  avec  évidence  du  long  chapitre  de  M.  Bayot  sur  la  «  stylis- 
tique »  de  ces  trois  compositions.  Les  arguments  sur  lesquels  M.  Bayot 
s'appuie  pour  reconstituer  le  poème  dont  le  roman  du  xv^  siècle  serait 
la  mise  en  prose,  et  surtout  pour  le  dater,  sont  encore  moins  probants  ^ . 
D'après  lui,  ce  poème,  ayant  pour  base  une  légende  populaire  qui  avait 
déjà  fait  de  Gillion  le  mari  aux  deux  femmes,  «  procédait  immédiate- 
ment du  lai  d'illiduc  »  et  contenait  des  emprunts  faits  à  d'autres 
lais  de  Marie  de  France,  à  celui  du  Fraisne,  à  celui  de  Milun.  Cette 
genèse  est  bien  compliquée  et  peu  vraisemblable  2.  Le  rapprochement 
de  la  légende  avec  un  drame  indien  du  vi^  siècle  de  notre  ère  est 
intéressant  (p.  102  et  suiv.),  mais  je  ne  vois  pas  qu'on  puisse  regarder 
l'auteur  de  ce  drame  «  comme  le  père  véritable  de  la  légende  euro- 
péenne du  mari  aux  deux  femmes,  et  croire  que  c'est  un  récit  basé  sur 
son  œuvre  qui  a  donné  naissance  à  cette  légende^.  » 

Qui  veut  prouver  trop  ne  prouve  rien.  M.  Bayot  a  oublié  ce  pro- 
verbe''. Néanmoins,  à  côté  des  pages  où  la  critique  a  franchi  les  bornes 
de  la  sagesse,  son  livre  en  contient  d'autres,  plus  nombreuses,  dont  la 
lecture  sera  très  profitable. 

Ernest  Langlois. 

1.  Lorsque  M.  Bayot  croit  que  le  nom  de  Babylone^  désignant  le  Caire, 
«  exclut  une  époque  antérieure  aux  expéditions  de  saint  Louis,  »  il  interprète 
mal  une  noie  de  G.  Paris,  à  laquelle  il  se  réfère.  G.  Paris  dit  que,  depuis  saint 
Louis,  «  Babyloue  signifie  le  Caire  »  (ce  qui,  d'ailleurs,  n'est  pas  toujours  vrai), 
mais  il  ne  prétend  pas  qu'avant  cette  époque  Babylone  n'ait  Jamais  désigné  la 
ville  égyptienne. 

2.  M.  Bayol  signale,  dans  Y  Histoire  de  Gillion  de  Trazegnies,  plusieurs  traits 
empruntés  aux  chansons  de  geste  ;  quelques-uns  sont  trop  vagues  ou  même 
purement  imaginaires  (tel  le  proverbe  :  la  force  paist  le  pré);  il  a  omis  le  plus 
évident,  les  noms  propres,  comme  Isoré  (et  non  Isore),  Fabur,  Mombrant, 
Amauri  le  traître,  etc. 

3.  M.  Bayot  croit  que  le  héros  de  la  légende,  dans  le  Hainaut,  est  Gilles,  sei- 
gneur de  Trazegnies,  de  1136  à  1168  environ,  enterré  à  Herlaimont  avec  sa 
femme  Domise.  Domise  est  le  nom  que  porte  dans  le  poème  la  femme  de  Gilles 
de  Chin,  appelée  Ide  dans  l'histoire.  Serait-ce  là  le  résultat  d'une  confusion 
entre  les  légendes  des  deux  personnages  du  même  nom,  du  même  pays,  de  la 
même  époque,  ayant  accompli  des  aventures  analogues  en  Orient,  l'un  seigneur 
de  Berlaimont,  l'autre  enterré  à  Herlaiynont? 

4.  Dans  les  rapprochements  entre  Éliduc  et  V Histoire  de  Gillion  de  Traze- 
gnies (p.  66-70),  dans  la  «  stylistique  »  comparée  des  trois  romans  attribués 
au  même  auteur  (p.  129-194),  la  qualité  des  arguments  est  trop  sacrifiée  à  la 
quantité.  Je  ne  vois  qu'une  trop  ingénieuse  subtilité  dans  la  mention  d'un 
cimier  d'Olhou  de  Trazegnies  «  consistant  en  deux  têtes  de  vieillards  barbus, 


BIBLIOGRAPHIE.  2U 

Ernest  Gossart.  Antoine  de  la  Sale.  Sa  vie  et  ses  œuvres.  2"  édition. 
Bruxelles,  chez  Lamertin,  -1902.  In-S",  47  pages. 

Joseph  NiivE.  Antoine  de  ta  Salle.  Sa  vie  et  ses  ouvrages,  d'après  des 
documents  inédits.  Suivi  du  Réconfort  de  #■"«  du  Fresne,  du 
Paradis  de  la  reine  Sibi/lle,  etc.,  et  de  fragments  et  documents 
inédits.  Paris,  chez  Champion,  et  Bruxelles,  chez  Falk  fils,  J903. 
In-^2,  291  pages. 

Si  nous  sommes  aujourd'hui  assez  bien  renseignés  sur  la  vie  et  les 
œuvres  d'Antoine  de  la  Sale,  nous  le  devons  surtout  aux  publications 
de  deux  savants  belges.  M.  Ernest  Gossart  eut  l'inspiration  de  lire,  à  la 
Bibliothèque  royale  de  Bruxelles,  deux  œuvres  manuscrites,  à  peu  près 
oubUées,  du  vieux  prosateur  :  le  Réconfort  à  Catherine  de  Neufville,  dont 
on  connaissait  à  peine  l'existence  par  une  note  de  Kervyn  de  Letten- 
hove,  et  la  Salle,  dont  Legrand  d'Aussy  avait  publié  une  notice  en  1799. 
Son  temps  ne  fut  pas  perdu;  il  y  trouva  sur  l'auteur  des  renseigne- 
ments qu'on  aurait  vainement  cherchés  ailleurs.  Il  put  alors  établir  sur 
des  bases  solides  une  biographie  d'Antoine  de  la  Sale;  il  y  ajouta  une 
analyse  du  Réconfort,  une  de  la  Salle  et  un  chapitre  dans  lequel,  par 
des  rapprochements  entre  certains  passages  de  la  Salle  et  des  Quinze 
Joies  de  mariage,  il  s'efforçait  d'appuyer  l'attribution  de  cette  dernière 
composition  à  Antoine.  Son  mémoire  parut,  en  1871,  dans  le  Dihlîo- 
phile  belge,  puis  à  part,  sous  le  titre  de  :  Antoine  de  la  Sale.  Sa  vie  et 
ses  œuvres  inédites  (35  pages  in-8",  sans  indication  de  lieu  ni  de  date). 
C'est  une  édition  nouvelle  de  cet  opuscule,  «  corrigée  et  augmentée  », 
que  je  mentionne  ici.  Malheureusement,  les  corrections  ne  suppriment 
ni  l'attribution  des  Quinze  Joies  ni  celle  des  Cent  Nouvelles  nouvelles  à 
Antoine  de  la  Sale.  Malgré  cette  double  erreur,  il  serait  injuste  d'ou- 
blier le  nom  de  M.  Gossart  dans  l'histoire  d'un  écrivain  qu'il  a  tant  con- 
tribué à  faire  connaître,  et  c'est  pourquoi  j'ai  tenu  à  signaler  sa  publi- 
cation avant  de  parler  de  celle  de  M.  Nève,  plus  importante. 

M.  Joseph  Nève  a  fait  paraître,  en  1881,  un  volume  intitulé  :  du 
Réconfort  de  M^^  du  Fresne.  Suivi  de  la  Journée  d'onneur  et  de  prouesse 
et  de  plusieurs  fragments  inédits,  par  Antoine  de  la  Sale  (Bruxelles, 
in-8o).  Cette  pubUcation,  faite  pour  la  Société  des  bibliophiles  de  Bel- 
gique, n'a  pas  été  mise  dans  le  commerce,  et  elle  a  subi  le  juste  châti- 
ment des  ouvrages  exclusivement  réservés  à  des  bibliophiles  :  elle  n'a 

couronnés  et  adossés,  qui  semblent  bien  représenter  les  nombreux  rois  maures 
abattus  par  Gillion  »  (p.  57),  et  dans  la  supposition  que  le  nom  de  Damise- 
Gerberge,  femme  d'un  Gilles  de  Trazegnies,  aurait  pu  se  déformer,  le  premier 
élément  en  Dame  Marie,  le  second  en  Gracyenne,  ce  qui  aurait  fait  croire  à 
l'existence  de  deux  femmes  représentées  par  ces  deux  noms  (p.  127). 


2i2  BIBLIOGRAPHIE. 

pas  eu  de  lecteurs,  et  c'est  grand  dommage,  pour  ceux,  notamment,  qui 
considèrent  Antoine  de  la  Sale  comme  l'auteur  des  Quinze  Joies  de 
mariage  et  des  Cent  Nouvelles  nouvelles.  Ces  deux  publications,  comme 
le  montre  justement  M.  Nève,  n'ont  rien  de  commun,  ni  par  le  style  ni 
par  l'esprit,  avec  la  Salade,  la  Salle,  les  Anciens  lournois,  le  Réconfort 
ou  même  le  Petit  Jehan  de  Saintré;  elles  sont  bien  supérieures,  la  pre- 
mière surtout,  au  talent  d'Antoine  de  la  Sale,  et  ne  peuvent  pas  être 
de  lui.  Antoine,  d'ailleurs,  n'omettait  jamais  de  signer  ses  ouvrages  et 
même  de  les  dater  du  lieu  et  de  l'année  où  il  les  terminait;  aucune  de 
ces  indications  n'accompagne  les  Quinze  Joies  ni  les  Cetit  Nouvelles.  Ces 
deux  petits  chefs-d'œuvre  sont,  d'ailleurs,  de  deux  époques  et  de  deux 
auteurs  différents,  puisque  le  premier  est  mentionné  dans  le  second 
parmi  des  «  histoires  anciennes  ».  Enfin,  contre  l'attribution  des  Quinze 
Joies  à  Antoine  de  la  Sale,  il  y  a  un  argument  tellement  péremptoire 
qu'il  ne  permet  aucune  discussion  sur  ce  point  :  l'auteur  des  Quinze 
Joies  est  un  clerc  ayant  fait  vœu  de  célibat;  c'est  lui-même  qui  nous 
l'apprend  dans  son  prologue;  Antoine  de  la  Sale,  au  contraire,  a  connu 
les  «  joies  »  du  mariage.  Tous  ces  arguments,  réunis  par  M.  Nève,  ne 
sont  pas  nouveaux  sans  doute;  mais  le  plus  décisif,  relativement  à  la 
paternité  des  Quinze  Joies,  ne  pouvait  être  produit  avant  que  le  mariage 
d'Antoine  ne  fût  connu.  Au  faisceau  de  preuves  assemblées  par 
M.  Nève,  ajoutons-en  une  :  si  les  Quinze  Joies  et  les  Cent  Nouvelles 
étaient  d'Antoine  de  la  Sale,  on  en  trouverait  des  copies  dans  la  biblio- 
thèque des  ducs  de  Bourgogne. 

Après  sa  première  publication,  M.  Nève  a  continué  ses  recherches 
sur  Antoine  de  la  Sale  et  sa  famille.  Notre  confrère  M.  Pierre  Cham- 
pion, qui  s'était  chargé  d'explorer  pour  lui  les  archives  d'Arles  et  de 
Marseille,  a  eu  la  main  particulièrement  heureuse.  C'est  donc  moins 
une  réédition  du  volume  précédent  qu'un  ouvrage  nouveau  que  je 
recommande  ici.  Quand  on  a  lu  ce  livre,  on  connaît  Antoine  de  la  Sale 
presque  autant  qu'on  peut  désirer  le  connaître.  Il  ne  nous  manque  plus 
guère  que  de  savoir  quand  il  est  mort,  où  et  comment  il  a  vécu  ses  der- 
nières années.  Il  vivait  encore  en  1461  ;  il  avait  alors  soixante-treize 
ans.  C'est  la  dernière  date  connue  de  sa  vie,  qui  ne  s'est  probablement 
pas  beaucoup  prolongée  au  delà. 

Outre  la  biographie  d'Antoine  de  la  Sale  et  une  judicieuse  étude  de 
ses  écrits,  le  volume  de  M.  Nève  contient  le  Réconfort  à  M^^  du  Fresne, 
le  récit  d'une  Excursion  aux  îles  Lipari  et  le  Paradis  de  la  reine  Sibylle, 
qui  sont  deux  extraits  de  la  Salade,  une  Lettre  d'Antoine  de  la  Sale  à  un 
nouveau  religieux,  des  extraits  de  la  Salle,  des  Pièces  justificatives,  un 
Index  des  noms  de  lieux  et  de  'personnes,  une  Table  des  matières,  laquelle 
est  trop  sommaire  et  rendrait  plus  de  services  si  elle  permettait  de 
retrouver  les  nombreux  renseignements  épars  dans  les  cent  premières 
pages  du  livre.  Ernest  Langlois. 


BIBLIOGRAPHIE.  2^ 3 

Une  énigme  d^ histoire  littéraire.  V auteur  des  XV  Joy es  de  mariage. 
Paris,  -1903  (sans  nom  d'auleur,  ni  d'éditeur,  ni  d'imprimeur). 
In-8°,  39  pages. 

Je  reproduis  ici  ua  logogriphe  qui,  dans  deux  manuscrits,  l'un  de 
1564,  l'autre  de  1580,  fait  suite  aux  Quinze  Joies  de  mariage;  plus  il  sera 
connu,  plus  il  y  a  de  chances  qu'on  le  déchiffre  un  jour;  ce  qui  est  fort 

à  désirer  : 

De  labelle  la  teste  oustez 
Trésvisteraent  devant  le  monde 
Et  samere  décapitez 
Tantost  et  après  ieseconde. 
Toutes  trois  a  messe  vendront, 
Sans  teste,  bien  chantée  et  dicte, 
Le  monde  avec  elles  tendront, 
Sur  deux  piez  qui  le  tout  acquite. 

En  ces  huyt  lignes,  trouverez  le  nom  de  celui  qui  a  dictes  les  XV  Joies  de 
mariage... 

André  Pottier,  qui,  le  premier,  a  publié  ces  lamentables  vers,  a 
trouvé,  en  décapitant  labelle,  samere  et  Ieseconde.,  le  nom  de  Lasale.  D'où 
l'attribution  de  l'ouvrage  à  l'auteur  du  Petit  Jehan  de  Saintrê.  Mais, 
pour  les  raisons  que  j'ai  énumérées  précédemment,  en  parlant  du  livre 
de  M.  Nève,  Antoine  de  la  Sale  n'est  certainement  pas  l'auteur  des 
Quinze  Joies.  Les  autres  solutions  qu'on  a  données  jadis  de  l'énigme  ne 
sont  pas  meilleures.  Il  faut  donc  en  trouver  une  nouvelle.  C'est  ce  qu'a 
tenté  l'auteur  anonyme  de  l'élégante  brochure  dont  j'ai  reproduit  le 
titre  en  tête  de  cette  notice. 

Que  savons-nous  de  certain  sur  l'auteur  des  Quinze  Joies  de  mariage  ? 
A  cette  question  préliminaire,  M.  X.  répond  :  «  C'était  un  moine  de 
Picardie,  qui  écrivait  peu  après  1368,  vers  1380  approximativement.  » 
Remarquons  d'abord  que,  si  cette  prémisse  peut  être  vraie,  elle  peut 
aussi  ne  pas  l'être.  L'auteur  des  Quinze  Joies  était  un  clerc  voué  au 
célibat;  c'est  tout  ce  qu'on  peut  inférer  avec  certitude  de  cette  phrase 
de  son  prologue  :  «  Considérant  le  fait  de  mariage,  oùjene  fusoncques, 
pour  ce  qu'il  a  pieu  a  Dieu  me  mettre  en  autre  servage,  hors  de  fran- 
chise, que  je  ne  puis  plus  recouvrer.  »  Dire  qu'il  était  «  cloîtré»,  c'est 
substituer  arbitrairement  une  affirmation  à  une  hypothèse.  Toutefois, 
si  l'on  constate  que,  dans  le  même  prologue,  la  jolie  image  du  poisson 
qui  cherche  l'entrée  de  la  nasse  est  traduite  du  Roman  de  la  Rose 
(éd.  Michel,  v.  14925-50),  il  paraîtra  vraisemblable  que  les  termes  de 
la  phrase  voisine,  que  je  viens  de  citer,  aient  été  inspirés  par  les 
expressions  dont  se  sert  Jean  de  Meun  pour  peindre  la  situation  de 

Il  bon 
Qui  s'en  entre  en  religion, 


2\A  BIBLIOGRAPHIE. 

et  qui  ne 

porra  recovrer 
La  franchise  qu'il  a  perdue  (v.  14915-22). 

Quelles  preuves  que  ce  clerc,  ce  moine  si  l'on  veut,  était  Picard  ? 
«  Les  mots  et  les  tournures  du  dialecte  picard  »  que  Leduchat  a  vus 
«  à  chaque  page  »  du  livre;  la  mention  d'une  «  bataille  de  Flandres  », 
d'une  robe  de  Malines,  d'un  archidiacre  de  Thérouanne,  d'un  dicton  où 
figure  «  Martin  de  Cambrai <  ».  Mais  Rabelais,  Tourangeau,  cite  le 
même  proverbe,  qui  était  vulgaire;  Matheolus,  l'archidiacre  de  Thé- 
rouanne,  était  connu  dans  toute  la  France,  et  hors  de  France,  au  xiv 
et  au  XV*  siècle,  et  son  traducteur  est  de  Resson  (Oise)  ;  il  n'était  pas 
plus  nécessaire  d'être  Picard  pour  parler  du  drap  de  Malines  ou  d'une 
ioataille  de  Flandres^,  et  quant  aux  tournures  et  aux  mots  picards,  M,  X. 
n'en  cite  pas  un  seul  exemple,  et  pour  cause  3. 

Pourquoi  la  date  «  peu  après  1368,  vers  1380  approximativement?  » 
Parce  que  les  Quinze  Joies  sont  citées  parmi  les  «  anciennes  histoires  » 
dans  les  Cent  Nouvelles  nouvelles;  parce  que  la  mention  d'une  bataille 
de  Flandres  peut  faire  allusion  à  celle  de  Gassel  (1326)  aussi  bien  qu'à 
celle  de  Rosebecque  (1382);  parce  que  l'expression  «  dauphin  de  Vien- 
nois »  sent  le  xiv«  siècle  et  pourrait  s'appliquer  au  futur  Charles  VI, 
baptisé  en  1368.  Je  n'insiste  ni  sur  le  manque  de  précision  du  premier 
argument  ni  sur  le  défaut  de  consistance  des  deux  autres -^  et  je  passe 
au  déchiffrement  de  l'énigme. 

En  décapitant  labelle,  samere,  leseconcle,  M.  X.  trouve  labe,  samer, 
lesecond.  Mais  quels  macrocéphales  !  Lesecond  serait  la  tête  de  e!  Samer 
est  un  village  du  Boulonnais  où  se  trouvait  l'abbaye  bénédictine  de 
Saint- Vulmer-au-Bois  :  donc  l'abbé  [de]  ^  Samer  est  l'auteur  des  Quinze 
Joies.  «  Du  même  coup  »,  s'écrie  M.  X.,  «  nous  expliquons  les  vers  5  et 

1.  Il  faudrait,  pour  compléter  cette  liste  des  noms  de  lieu  mentionnés  dans 
les  Quinze  Joies,  y  ajouter  celle  d'un  pèlerinage  à  Notre-Dame  de  Rocamadour 
(huitième  joie). 

2.  La  seule  conclusion,  relativement  à  la  patrie  de  l'auteur,  qu'on  puisse  tirer 
de  celle  mention  d'une  «  bataille  de  Flandres  »,  c'est  qu'il  n'était  pas  Flamand. 

3.  Dans  l'édition  princeps  des  Quinze  Joies,  réimprimée  par  M.  Hencken- 
kamp,  je  n'ai  pu  noter  ni  un  seul  mot  picard  ni  une  seule  tournure  picarde. 
Quant  aux  formes  dialectales  qu'on  rencontrerail  dans  certaines  copies,  comme 
on  peut  les  attribuer  à  des  scribes,  il  n'y  a  pas  à  en  tenir  compte. 

4.  Les  raisonnements  de  M.  X.  ne  sont  pas  suffisamment  serrés.  Il  admet  que 
le  mari,  qui  a  pris  part  à  la  bataille  de  Flandres,  est  «  un  homme  d'âge  moyen  ». 
Donnons-lui  quarante  ans.  Comment  un  homme  âgé  de  quarante  ans,  et  même 
de  soixante,  en  1380,  aurait-il  pu  se  battre  à  Cassel  en  1328?  En  fait,  les 
Quinze  joies  datent  probablement  du  règne  de  Charles  VI,  et  s'il  faut  identifier 
la  bataille,  Rosebecque  est  tout  indiqué. 

5.  Le  fdej  n'est  pas  fourni  par  le  logogriphe. 


BIBLIOGRAPHIE.  2i5 

6,  qui  embarrassaient  tant  M.  Pottier...  A  la  messe?  Mais  bien  entendu, 
puisque  c'est  l'abbé.  »  Pardon  !  L'abbé  de  Samer  représente  des  têtes 
sans  corps,  et  ce  sont,  au  contraire,  trois  corps  «  sans  teste  »  qui 
doivent  venir  à  la  messe,  c'est-à-dire,  après  la  décollation  telle  que 
l'opère  M.  X.,  le,  e,  e.  Singuliers  paroissiens!  Et  que  voit  M.  X.  dans 
les  deux  derniers  vers  de  l'énigme?  Que  l'abbé  de  Samer  s'appelait 
Pierre.  Pierre  est  un  mot  de  «  deux  pieds  »,  et  de  plus,  dans  le  Roman 
de  la  Rose,  Pierre  représente  le  chef  de  l'Église,  celui  qui  «  tient  le 
monde  »  dans  sa  main.  Donc,  en  définitive,  Pierre  II  (le  second),  abbé 
de  Samer,  mentionné  dans  la  Gallia  christiana  en  1377  et  1378,  est 
l'auteur  des  Quinze  Joies  de  mariage.  Tel  n'est  pas  mon  avis,  et  je  ne 
crois  pas  que,  dans  le  débat  sur  l'origine  de  cet  ouvrage,  l'abbé  de 
Saint-Vulmer  doive  trouver  un  second  champion. 

M.  X.  a  vu  d'ailleurs  trop  de  choses,  semble-t-il,  dans  le  logogriphe. 
Que  faut-il  y  chercher?  Le  «  nom  »  de  l'auteur  des  Quinze  Joies.  Dans 
beaucoup  d'  «  engiens  »  du  même  genre,  il  faut  aussi  chercher  le  «  sour- 
nom  »,  et  quelquefois  d'autres  renseignements.  Ici,  il  n'est  question 
que  du  «  nom  »,  c'est-à-dire  probablement  d'un  prénom.  L'absence  du 
«  sournom  »  pourrait  être  un  argument  en  faveur  de  l'état  monacal  du 
personnage. 

Et  si  quelque  CEdipe  trouve  le  nom  caché  dans  cette  énigme,  con- 

naîtra-t-on  certainement  celui  de  l'auteur  des  Quinze  Joies  ?  Les  vers  du 

logogriphe,  qui  se  trouve  pour  la  première  fois  dans  un  manuscrit  de 

1464  seulement,  sont  si  mauvais,  que  j'ai  peine  à  les  croire  de  l'auteur 

des  Quinze  Joies. 

Ernest  Langlois. 

P,-S.  —  Le  numéro  de  décembre  du  Literaturblatt  fur  germanische 
und  romanische  Philologie,  paru  après  que  ces  lignes  étaient  écrites, 
contient  un  compte-rendu  fait  par  M.  Wendelin  Foerster,  l'éminent 
romaniste  de  Bonn,  non  seulement  des  trois  ouvrages  dont  je  viens  de 
parler,  mais  encore  de  plusieurs  autres  publications  récentes  sur  le 
texte  des  Quinze  joies  de  mariage. 

Georges  Grente  (abbé).  Jean  Bertaut  (i552-i6H).  Paris,  Lecoffre, 
^903.  In-8°,  xv-438  pages  et  un  portrait. 

Jean  Bertaut,  qui  mourut  en  16H  évêque  de  Sées,  était  né  en  1552 
dans  la  paroisse  de  Donnay,  au  diocèse  de  Baveux.  Donner  les  dates 
extrêmes  de  son  existence,  c'est  non  seulement  le  situer  dans  la  litté- 
rature française,  c'est  déterminer  du  même  coup  sa  physionomie.  Né 
l'année  même  de  la  publication  des  Amours  de  Ronsard,  il  atteignit 
l'âge  d'homme  alors  que  le  chef  de  la  Pléiade  voyait  déjà  la  mode  le 
délaisser;  il  disparut  en  même  temps  que  la  poétique  de  son  maître 


2^6  BIBLIOGRAPHIE. 

s'écroulait  sous  les  coups  répétés  de  Malherbe.  Jean  Bertaut  représente 
donc  éminemment  la  transition  de  la  Renaissance  au  classicisme.  Il  en 
eut  lui-même  conscience. 

«  Le  goût  avait  changé;  le  tout  était  de  s'en  apercevoir  et  d'oser  le 
dire.  »  Bertaut  s'en  aperçut,  mais  il  n'eut  pas  le  courage  de  le  proclamer  ; 
il  se  contenta  d'en  tenir  compte  et  de  varier  sa  méthode.  Sans  lan- 
cer aucun  manifeste  intransigeant  ou  excommunicateur,  par  de  sages 
réformes  il  fraya  la  route  à  Malherbe  et  lui  rendit  la  tâche  plus  facile. 
«  En  respectant  l'ordre  dans  la  composition,  l'unité  de  ton  dans  la 
forme,  la  noblesse  et  la  clarté  dans  le  style,  la  modération  dans  le  choix 
du  vocabulaire,  il  façonna  le  goût  public.  »  Tel  fut  le  rôle,  effacé  par  la 
force  des  choses,  mais  essentiel  cependant,  que  joua  Bertaut.  M.  l'abbé 
Grente  l'a  nettement  fait  ressortir  par  une  étude  très  complète  et  très 
ordonnée  de  l'homme  et  de  l'écrivain.  Après  trois  chapitres  consacrés 
à  la  biographie  de  l'évéque  de  Sées,  la  seconde  partie  du  livre  nous 
fait  connaître  et  goûter  le  poète,  non  tant  le  poète  pétrarquiste  que  le 
poète  de  cour,  qui  sut  à  la  fois  rester  bon  courtisan  et  garder  la  fer- 
meté de  caractère  qui  sied  à  un  ecclésiastique;  non  tant  le  poète  épique 
et  le  «  poète  orateur  »  que  le  poète  lyrique  délicat  et  touchant.  Enfin, 
l'humaniste,  l'orateur  académique,  l'orateur  sacré,  l'écrivain  et  l'homme 
retiennent  encore  assez  longuement  l'abbé  Grente.  Pour  nous,  nous 
avons  éprouvé  un  réel  plaisir  à  relire  les  quelques  pages  où  le  disciple 
de  Joachim  du  Bellay,  le  précurseur  de  Racine,  a  si  bien  exprimé  la 
mélancolie  des  félicités  passées. 

Henri  Longnon. 

Victor  DE  SwARTE.  Descartes ^  directeur  spirituel.  Correspondance 
avec  la  lirincesse  Palatine  et  la  reine  Christine  de  Suède.  Paris, 
Félix  Alcan,  éditeur,  1904. 

M.  V.  de  Swarte  nous  avait  déjà  donné  de  savantes  études  se  rap- 
portant aux  financiers  et  aux  administrateurs  de  l'ancien  régime  (Samuel 
Bernard  et  Claude  Leblanc),  ainsi  qu'à  l'histoire  de  l'art  et  des  artistes 
(Rembrandt,  Frans  Hais,  Van  Dyck,  etc.).  Aujourd'hui,  il  nous  montre 
que  sa  compétence  n'est  pas  moins  grande  sur  des  sujets  de  philosophie 
transcendante  qu'en  matière  de  finances  et  d'histoire.  Sans  le  suivre 
sur  le  nouveau  terrain  qu'il  a  choisi  et  qui  n'est  pas  du  domaine  de 
cette  revue,  qu'on  nous  permette  de  dire  avec  quel  vif  plaisir  nous 
avons  lu,  grâce  à  la  précision  élégante  de  son  style,  le  résumé  de  la 
correspondance  du  grand  philosophe  avec  les  deux  illustres  et  malheu- 
reuses princesses,  qu'il  entretient  des  questions  les  plus  ardues  et  les 
plus  controversées  de  la  métaphysique  et  des  mathématiques,  telles  que 
l'union  de  l'âme  et  du  corps,  les  notions  primitives,  l'application  de 
l'algèbre  à  la  géométrie,  le  souverain  bien,  en  même  temps  que  des 


BIBLIOGRAPHIE.  217 

philosophes  de  l'antiquité,  Zenon  et  Sénèque,  et  aussi  de  Machiavel. 

M.  Boutroux  a  apprécié,  d'ailleurs,  dans  la  belle  préface  mise  en 
tête  de  l'ouvrage,  tout  le  mérite  de  l'œuvre  de  M.  de  Swarte  sur  ce 
point.  Il  a  fait  ressortir,  en  outre,  qu'elle  avait  révélé  un  côté  peu 
connu  du  caractère  de  Descartes,  côté  qui  justifie  le  titre  du  livre  et 
que,  si  on  nous  permet  l'expression,  nous  appellerions  le  côté  cœur. 
Nous  y  voyons,  en  effet,  l'auteur  du  Discours  sur  la  méthode  ne  pas  se 
contenter  d'exposer  à  la  princesse  Palatine  les  plus  graves  problèmes 
de  la  philosophie  et  des  mathématiques,  mais  lui  témoigner  une  sin- 
cère sympathie  au  milieu  des  adversités  qu'elle  éprouve  et  s'efforcer  de 
lui  donner  tout  le  réconfort  que  sa  nature  froide  et  son  esprit  abstrait 
étaient  capables  de  manifester. 

Certains  chapitres  sont,  en  quelque  sorte,  purement  historiques,  et 
parmi  ceux-ci  nous  signalerons  celui  consacré  à  la  dernière  phase  de 
la  vie  de  l'infortunée  sœur  du  roi  d'Angleterre  Charles  !«•■,  qui  devint, 
en  1667,  abbesse  d'Herford,  en  Westphalie,  où  elle  mourut  en  1680. 
C'est  une  étude  très  neuve,  très  documentée  de  l'abbatiat  d'Elisabeth. 
Là,  elle  exerçait,  sous  le  protectorat  des  électeurs  de  Brandebourg  et  de 
l'empereur,  un  véritable  gouvernement  civil,  troublé  souvent  par  les 
émeutes  de  la  vieille  cité  hanséatique. 

Dans  la  seconde  partie  du  livre,  M.  de  Swarte  nous  raconte  les  rela- 
tions de  Descartes  avec  la  reine  Christine  de  Suède,  et  il  débute  par  un 
portrait  de  celle-ci  tracé  de  main  de  maître,  que  nous  regrettons  de  ne 
pouvoir  reproduire  ici,  à  cause  de  son  étendue.  Puis  il  nous  résume, 
d'une  manière  à  la  fois  rapide  et  complète,  la  vie  et  les  dramatiques 
aventures  de  la  fille  de  Gustave-Adolphe,  non  seulement  d'après  les 
documents  et  les  mémoires  contemporains,  mais  aussi  d'après  les  appré- 
ciations des  historiens  modernes  de  cette  princesse.  Aussi,  ses  conclu- 
sions sur  les  causes  des  principaux  et  mémorables  événements  qui  ont 
marqué  le  règne  et  la  vie  de  Christine  de  Suède,  son  abdication,  son 
abjuration,  la  mort  de  Monaldesco,  etc.,  nous  semblent  devoir  rester 
définitives,  car  elles  sont  frappées  au  coin  de  la  meilleure  critique  his- 
torique. 

Huit  héliogravures  accompagnent  ce  livre.  Quatre  reproduisent  les 
portraits  de  Descartes,  d'après  Frans  Hais  (musée  du  Louvre);  de  la 
princesse  palatine  Elisabeth,  d'après  Gaspar  Barleus  (musée  d'Heidel- 
berg);  d'Anna  de  Schurmann,  d'après  Van  Ceulen  (musée  de  Lille);  de 
la  reine  Christine  de  Suède,  d'après  Sébastien  Bourdon  (musée  de  Ver- 
sailles) ;  une  vue  et  un  plan  d'Herford  ;  deux  lettres  autographes  iné- 
dites de  la  princesse  Elisabeth  au  savant  Golvius,  dont  les  originaux 
sont  déposés  aux  archives  de  l'Université  de  Leyde. 

Le  nouvel  ouvrage  de  M.  V.  de  Swarte  intéresse  donc  autant  l'his- 
toire générale  du  xvn«  siècle  que  celle  de  la  philosophie,  et  c'est  à  ce 


2i8  BIBLIOGRAPHIE. 

titre  que  nous  avons  cru  devoir  le  signaler  aux  lecteurs  de  la  Biblio- 
thèque de  l'École  des  chartes. 

Jules  FiNOT. 

Le  Frère  de  Pétrarque  et  le  Livre  du  Repos  des  religieux,  par  Henry 
CocHijs  (tome  IV  de  la  Bibliothèque  littéraire  de  la  Renaissance, 
dirigée  par  P.  de  Noihac  et  L.  Dorez).  Paris,  E.  Bouillon,  -1903. 
In--!  2,  255  pages. 

Les  fêtes  qui  se  préparent  en  Italie  pour  le  six-centième  anniversaire 
de  la  naissance  de  Pétrarque  témoignent  du  grand  nombre  d'admira- 
teurs qu'a  encore  le  célèbre  humaniste;  il  n'en  est  peut-être  pas  de  plus 
fervent  ni  de  mieux  informé  que  l'auteur  du  très  agréable  volume  dont 
je  viens  de  transcrire  le  titre. 

Pétrarque  avait  un  frère,  qui,  après  avoir  mené  à  ses  côtés  une  vie 
quelque  peu  dissipée,  s'enferma  dans  la  chartreuse  de  Montrieux,  en 
Provence,  y  déploya  plus  qu'une  vertu  ordinaire,  y  brava  héroïque- 
ment la  peste,  et,  de  près  ou  de  loin,  ne  cessa  d'exercer  sur  le  poète 
une  mystérieuse  et  touchante  influence.  C'est  donc  tout  un  côté  nou- 
veau de  la  figure  de  Pétrarque  qui  nous  apparaît,  un  côté  doux,  tendre 
et  beaucoup  plus  humble  que  celui  qui  nous  est  habituellement  pré- 
senté. A  vrai  dire,  le  mysticisme  de  l'auteur  du  Secretum,  du  De  Vita 
Solitaria,  du  De  Otio  ReUgiosorum,  son  amour  de  la  solitude,  son  goût 
pour  la  contemplation  méritaient  d'être  mis  pleinement  en  lumière  : 
pour  le  faire  avec  justesse,  il  fallait  l'érudition,  le  tact,  le  sentiment 
délicat  des  nuances  dont  a  fait  preuve  mainte  et  mainte  fois  M.  Henry 
Gochin. 

Aux  nombreux  renseignements  puisés  dans  la  Correspondance  et 
dans  les  traités  ascétiques  du  poète  sont  venus  s'ajouter  des  détails 
précieux  pour  l'histoire  de  Montrieux,  par  suite  pour  celle  des  deux 
frères,  que  l'auteur  a  su  découvrir  dans  des  documents  conservés 
actuellement  aux  archives  du  Var. 

N.  Valois. 

G. -Charles  Casati  de  Casatis.  Note  sur  les  deux  précurseurs  de  Vart 
français,  le  duc  de  Berry  et  le  roi  René.,  et  sur  un  monument  his- 
torique menacé  de  ruine.  Paris,  A.  Picard  el  fils,  -i904.  In-8", 
29  pages. 

Notre  confrère  M.  Casati  de  Casatis  développe  la  thèse  qu'entre 
1450  et  1550  il  y  a  eu  une  renaissance  française  précédant  la  renais- 
sance italienne.  11  croit  pouvoir  parler  d'an  millier  de  monuments  se 
rattachant  à  ce  mouvement  artistique  également  dégagé  du  gothique 
pur  et  de  toute  influence  italienne.  Un  des  premiers  précurseurs  de 


BIBLIOGRAPHIE.  2^9 

cette  renaissance  française  est,  d'après  lui,  le  duc  Jean  de  Berry, 
puis  le  roi  René,  et  il  nous  parle  de  quelques-unes  des  œuvres  de  ces 
deux  princes,  œuvres  non  seulement  commandées,  mais  inspirées 
par  eux.  Cette  thèse  est  à  rapprocher  des  théories  défendues  par  Louis 
Courajod.  Il  faudrait  quelque  travail  plus  étoffé  et  nourri  pour  mieux 
suivre  l'idée.  M.  Gasati  de  Gasatis  aura  eu  le  mérite  d'avoir  contribué 
à  appeler  l'attention  sur  elle. 

L.    D. 


H.-R.  d'Allemagne.  Sports  et  jeux  d'adresse.  Paris,  Hachette,  sans 
date  [^904].  Gr.  in-4°,  382  pages,  328  illustrations  dans  le  texte 
et  \  00  gravures  hors  texte,  dont  29  planches  coloriées  à  l'aquarelle. 

Notre  confrère  H.-R.  d'Allemagne  vient  d'ajouter  un  volume  à  la 
série  déjà  si  riche  de  ses  luxueuses  publications.  L'année  passée,  il  nous 
avait  donné  la  belle  Histoire  des  jouets  (Paris,  Hachette,  sans  date. 
Gr.  in-4°,  250  illustrations  dans  le  texte  et  100  gravures  hors  texte), 
pour  laquelle  ses  collections  personnelles  avaient  fourni  une  bonne  par- 
tie des  matériaux.  Le  volume  paru  cette  année  sur  les  Sports  et  jeux 
d'adresse,  édité  de  la  même  heureuse  façon,  en  est  comme  la  suite.  Les 
jeux  de  table  et  de  cartes,  que  M.  d'Allemagne  a  pris  aussi  comme 
objets  de  ses  recherches,  feront  sans  doute  la  matière  d'un  troisième 
volume. 

Sports  et  jeux  d'adresse  sont  répartis  en  six  chapitres  :  I.  Premiers 
jeux  de  l'enfance,  tels  que  cerceau,  bâtonnet,  échasses,  sabot,  toupie; 
—  II.  Jeux  à  courir,  où  il  est  parlé  de  la  course,  des  barres,  des  quatre- 
coins,  des  divers  cache-cache;  —  IH.  Jeux  d'adresse,  dont  les  plus 
importants  sont  l'arc,  les  bagues,  le  bilboquet,  le  tonneau,  le  bou- 
chon ;  —  IV.  Jeux  de  balle,  où  sont  décrits  les  jeux  de  ballon  et  de 
paume,  le  mail  et  ses  dérivés,  le  volant  et  les  grâces;  —  V.  Jeux  de 
boules,  comprenant  les  billes,  les  boules  proprement  dites,  le  billard,  les 
quilles  ;  —  VI.  Jeux  gtjmnastiques,  où  l'on  retrouvera,  outre  les  mul- 
tiples sauts  (cloche-pied,  saute-mouton,  cheval-fondu),  la  lutte,  la  danse, 
la  gymnastique,  l'escrime,  le  patinage. 

Pour  tous  ces  divertissements,  l'auteur  remonte  aux  origines  les  plus 
lointaines.  C'est  ainsi  qu'il  nous  apprend  que  le  cerf- volant  fut  inventé, 
et  militairement  utilisé,  par  un  général  chinois  qui  vivait  au  ni^  siècle 
avant  notre  ère  (p.  12).  Quant  aux  jeux  hérités  des  Grecs  ou  des 
Romains,  ils  sont  légion.  M.  d'Allemagne  a  non  seulement  indiqué  les 
textes,  mais  encore  reproduit  certains  des  plus  intéressants  monuments 
figurés  qui  s'y  rapportent.  Citons  le  rapprochement  qu'il  fait  de  vers 
de  Mireille  relatifs  au  jeu  du  «  saut  sur  l'outre  enflée  »  avec  Vascolias- 
mus  des  Grecs,  sorte  de  danse  à  cloche-pied  sur  une  outre  remplie  de 
vin  et  frottée  d'huile,  que  représente  une  pierre  gravée  antique  (p.  314). 


220  BIBLIOGRAPHIE. 

«  Les  joueurs  essayaient  de  se  maintenir  sur  un  seul  pied  au  centre  de 
ce  ballon  glissant  et  de  tenir  l'autre  jambe  élevée  en  l'air.  »  Le  jeu  pro- 
vençal n'est-il  pas  une  survivance  des  usages  helléniques  importés  par 
les  colons  ioniens? 

Une  charmante  peinture  d'Herculanum  (p.  22)  a  conservé  le  souve- 
nir du  jeu  du  pivot,  ancêtre  de  celui  du  chat  et  du  rat,  de  celui  de  la 
corde,  de  celui  de  l'anguille,  tous  divertissements  où  les  fautes  ont 
pour  sanction  des  volées  de  coups;  les  mouchoirs  roulés  de  nos  collé- 
giens n'y  sont  pas  moins  cuisants  que  les  lanières  des  enfants  romains. 
Une  autre  peinture  d'Herculanum  (p.  68)  est  consacrée  au  cache-cache, 
que  jouent  de  ravissants  petits  amours. 

L'encombrant  sabot  était  aussi  goûté  des  citoyens  romains  en  herbe 
qu'il  l'est  des  futurs  électeurs  parisiens.  Virgile,  Horace,  Pline  et  Perse 
en  parlent.  Ce  dernier  avoue  que  les  délices  de  ce  noble  jeu  lui  sem- 
blaient fort  supérieures  aux  âpres  satisfactions  de  l'étude  (p.  36).  En 
revanche,  la  toupie  n'est  qu'une  innovation  récente.  Il  paraît  qu'elle  est 
comme  la  preuve  matérielle  de  la  dégénérescence  de  la  race  liumaine. 
Tel  est,  du  moins,  l'avis  d'un  spécialiste  de  4837,  qui  l'estime  imaginée 
pour  éviter  aux  enfants  l'exercice  fatigant  du  sabot  et  qui  vitupère  en 
ces  termes  :  «  C'est  à  qui  inventera  le  moyen  de  leur  épargner  quelque 
fatigue,  à  qui  inspirera  à  la  jeunesse  le  plus  d'horreur  pour  le  travail  » 
(p.  41).  Les  craintes  de  ce  Gaton  des  jeux  enfantins  étaient  vaines;  en 
dépit  de  la  toupie,  le  sabot  a  gardé  les  préférences  de  la  jeunesse  pari- 
sienne. 

Aux  Thraces  revient  le  médiocre  honneur  d'un  jeu  prodigieusement 
barbare,  et  qui  n'a  point  fait  école,  celui  de  la  pendaison.  Ce  divertis- 
sement singulier  demandait  la  chaleur  communicative  des  banquets, 
car  des  gens  de  sang-froid  eussent  légitimement  hésité  à  y  prendre 
part.  Au  dessert,  et  les  convives  à  point,  le  sort  désignait  l'un  d'eux 
pour  courir  le  risque  d'être  pendu.  Le  misérable  était  guindé  sur  une 
pierre  et  le  nœud  coulant  d'une  bonne  corde  passé  à  son  cou.  On  lui 
mettait  en  main  un  couteau,  puis  on  faisait  trébucher  la  pierre.  Avait-il 
le  bras  assez  prompt  et  assez  sur  pour  trancher  la  corde,  tant  mieux 
pour  lui  ;  sinon,  il  était  bel  et  bien  étranglé,  au  grand  amusement  des 
commensaux,  qui  s'esclaffaient  en  criant  :  «  Il  a  perdu,  il  a  perdu  » 
(p.  368). 

Les  jeux  médiévaux  et  de  l'ancien  régime  sont  soigneusement  cata- 
logués et  décrits  par  M.  H.  d'Allemagne.  Je  signalerai  spécialement  ce 
qu'il  dit  de  l'arc  et  de  l'arbalète  (p.  76  et  suiv.),  pour  la  pratique  des- 
quels s'organisèrent  des  confréries,  florissantes  surtout  dans  le  nord  et 
dans  l'est,  où  certaines  se  sont  perpétuées  jusqu'à  nos  jours.  —  Le  cha- 
pitre relatif  au  jeu  de  paume  (p.  165  à  195)  est,  ainsi  qu'il  convient, 
longuement  développé.  La  paume  fut  très  en  honneur  en  France  durant 
les  derniers  siècles  de  la  monarchie.  Elle  était  pratiquée  avec  passion 


BIBLIOGRAPHIE.  22i 

par  les  classes  riches  et  faisait  vivre  tout  un  monde  de  professionnels, 
maîtres  paumiers,  valets  de  jeu  ou  nacquets,  tenanciers  de  salles  de 
jeu,  paumiers-raquettiers,  etc..  La  mode  en  étant  passée  peu  à  peu,  on 
sait  que  sa  réimportation  d'Angleterre  sous  le  nom  exotique  de  lawn- 
tennis  (paume  sur  pelouse)  lui  a  rendu  la  faveur  des  gens  bien  élevés. 
Cette  paume  anglaise  est,  d'ailleurs,  loin  de  valoir  notre  ancien  jeu 
français  de  longue  paume,  ainsi  qu'il  est  facile  de  s'en  rendre  compte 
au  Luxembourg,  où  les  deux  paumes  se  jouent  concurremment.  —  Le 
mail  et  la  crosse  (p.  196  et  suiv.)  ont  eu  la  même  fortune.  Après  des 
siècles  d'éclat,  ils  ont  subi  une  éclipse  à  peu  près  complète,  puis  sont 
revenus  en  honneur,  à  la  suite  d'un  stage  en  Angleterre,  sous  la  déno- 
mination de  croquet  et  sous  celle  de  polo. 

Toute  l'illustration  du  volume  est,  comme  dans  les  précédentes 
publications  de  M.  d'Allemagne,  extrêmement  riche  et  soignée.  A  titre 
de  meilleur  dans  l'excellent,  j'appellerai  l'attention  sur  les  séries  se 
rapportant  aux  boules,  au  billard  et  aux  quilles  (p.  240  à  298).  Il  y  a  là, 
en  particulier,  de  curieuses  reproductions  des  charges  d'un  imitateur  de 
Callot,  Van  Lochom,  ainsi  que  de  caricatures  françaises  et  anglaises. 
Sur  presque  chaque  article,  on  trouve  une,  sinon  plusieurs,  des  char- 
mantes compositions  dans  le  genre  antique  de  Cl.  Bouzonnet-Steila 
(xviie  siècle).  Les  recueils  plus  anciens,  tels  que  celui  d'Olaus  Magnus 
(xvi«  siècle),  et  les  séries  gravées  ou  lithographiées  du  xviiie  et  du 
xix»  siècle  ont  été,  de  même,  mis  largement  à  contribution.  Indiquons, 
entre  cent  autres  d'égal  intérêt  :  les  Jeux  d'enfants  de  P.  Breughel 
(frontispice)  ;  les  Quatre-Coins  et  le  Cache-Cache  de  Lancret  (p.  65  et 
71)  ;  la  Caricature  du  temps  de  Louis-Philippe  inspirée  du  jeu  de  bagues 
(p.  96;  manège  actionné  par  le  roi,  où  le  duc  d'Orléans,  juché  sur  un 
cheval  de  bois,  s'efforce  d'atteindre  un  des  anneaux  que  tiennent  les 
deux  princesses  avec  lesquelles  on  tentait  alors  de  le  marier)  ;  le  Jeu 
de  billard  de  Louis  XIV  (p.  265);  la  gravure  du  xvi^  siècle  de  la 
page  297;  les  deux  planches  relatives  au  saut,  d'après  Archange  Tuc- 
caro  (p.  303  et  305)  ;  les  caricatures  chorégraphiques  de  l'époque  révo- 
lutionnaire (p.  345);  les  lithographies  de  Marlet  (notamment  p.  4,  32, 

53,  349,  357). 

G.  Jacqueton. 


Eugène  Lelong.  Célestin  Port  (1828-1001).  Angers,  impr.-libr.  Ger- 
main et  G.  Grassin,  ^902.  In-8°,  ^28  pages,  avec  2  portraits. 
(Extrait  de  la  Revue  de  l'Anjou,  5^^  année.) 

L'archiviste  qui  fut  plus  de  quarante-sept  ans  à  la  tête  de  la  portion 
la  plus  considérable  des  archives  d'une  des  plus  illustres  provinces  de 
l'ancienne  France  et  qui  a  été  l'auteur  éminent  du  principal  ouvrage 
d'histoire  locale  qu'on  puisse  mettre  en  parallèle  avec  les  anciennes  his- 


222  BIBLIOGRAPHIE. 

toires  provinciales  composées  par  les  Bénédictins  d'autrefois,  —  le 
Dictionnaire  historique  de  Maine-et-Loire,  —  a  déjà  eu  deux  fois  son 
éloge  biographique  prononcé  à  l'Académie  des  inscriptions  par  M.  de 
Lasteyrie  et  M.  J.  Lair  (ces  deux  éloges  sont  reproduits  dans  les  années 
4901  et  1902  de  la  Dibl.  de  l'École  des  chartes).  Le  point  de  vue  auquel 
M.  Eugène  Lelong,  qui  fait  le  cours  sur  les  archives  à  l'École  des 
chartes,  s'est  placé,  en  reprenant  la  biographie  de  son  célèbre  compa- 
triote adoptif,  doit  être  signalé  particulièrement  à  tous  les  archivistes 
et  même  aux  bibliothécaires  de  nos  départements.  C'est  une  étude  de 
la  vie  entière,  depuis  la  jeunesse,  —  et  même  l'enfance,  —  jusqu'à  la 
lin  de  la  carrière,  d'un  archiviste  départemental  qui  est  véritablement 
le  modèle  à  offrir  à  tous  les  professionnels  de  notre  métier.  On  y  verra, 
dans  les  détails  les  plus  intéressants,  toujours  appuyés  sur  des  docu- 
ments imprimés  ou  même  manuscrits  et  inédits,  comment  peut  et  doit 
se  conduire  un  archiviste,  toujours  avec  tact  et  jugement,  en  presque 
toutes  les  circonstances  où  sa  carrière  le  destine  à  se  trouver  mêlé  : 
classement  et  inventaire  des  dépôts  d'archives  de  toute  nature  (Angers 
possédant  à  la  fois  des  archives  départementales,  communales  et  hos- 
pitalières); rapports,  négociations  ou  difficultés  de  divers  genres  avec 
les  administrations  locales,  les  inspecteurs  des  archives  et  aussi  les 
ministères  ;  travaux  d'histoire  locale  et  collaboration  aux  périodiques 
provinciaux;  travaux  sur  l'histoire  contemporaine  depuis  l'époque  de 
la  Révolution;  même  les  polémiques  ou  conflits  (rares  heureusement), 
d'ordre  administratif  ou  littéraire,  entre  confrères;  enfin,  jusqu'à  la 
façon  dont  un  archiviste  peut  arranger  sa  vie  privée  au  point  de  vue 
de  l'emploi  le  plus  judicieux  de  son  temps  et  de  ses  journées.  Tout  cela 
est  raconté  par  M.  Lelong  en  un  style  clair,  précis,  vif  et  spirituel,  qui 
rend  très  attrayante  la  lecture  de  cette  biographie. 

A  la  biographie  elle-même  (qui  occupe  quatre-vingt-quinze  pages,  avec 
beaucoup  de  notes),  M.  E.  Lelong  a  joint  une  bibliographie  (publiée 
une  première  fois  dans  la  Correspondance  historique  et  archéologique, 
année  1901)  de  tous  les  travaux  de  C.  Port,  qui  comprend  117  numéros, 
dans  l'ordre  chronologique,  de  1851  à  1903  (date  posthume  d'une  notice 
composée  avant  1901  et  publiée  dans  le  nouvel  État  général  par  fonds 
des  archives  départementales),  décrits  avec  une  rigueur  bibliographique 
absolue,  accompagnés,  —  exemple  qui  devrait  être  suivi  dans  toutes 
les  bibliographies  véritablement  dignes  de  ce  nom,  —  de  l'indication 
des  comptes-rendus  donnés  dans  les  revues  et  même  dans  les  journaux, 
et  enfin  suivis  d'un  petit  index  alphabétique  des  matières,  renvoyant 
aux  numéros  de  la  bibliographie. 

E. -Daniel  Grand. 


BIBLIOGRAPHIE.  223 

LIVRES    NOUVEAUX. 

SOMMAIRE  DES  MATIÈRES. 

GÉNÉRALITÉS,  221,  229,  335,  369. 

Sciences  auxiliaires.  —  Épigraphie,  105,  258,  372.  —  Paléographie, 
330,  336,  345.  —  Diplomatique,  309.—  Manuscrits,  10,  56,  61,  71,  102, 
124,  158,  266,  377.  —  Imprimés,  72,  244,  277.  —  Bibliographie,  199, 
201,217,  300,  359.  —  Bibliothèques,  180. 

Sources,  128,  179,  276,  366.  —  Légendes,  268.  —  Chroniques,  jour- 
naux, 121,  245,  350.— Correspondances,  99,  135,  211,  212,  249,  265.— 
Archives,  13,  86,  203,  272,  298,  357.  —  Cartulaires,  9,  33,  64,  77,  80,  95, 
97, 123, 197,  225,  228, 234, 288, 289, 339, 350,  355  ;  Chartes,  237,  255,  275, 
279,  282.  —  Regestes,  90,  261,  285,  293,  350,  354.  —  Livres  de  fiefs, 
pouillés,  etc.,  210,  215,  218,  219,  220.  —  Comptes,  16,  116,  283.  — 
Inventaires,  60,  101,  248,  283. 

Biographie,  généalogie,  138.  —  Alfred,  11;  Angleterre,  29,  324; 
Jeanne  d'Arc,  106;  Benoît  XII,  212;  Bérenger  de  Tours,  110;  s.  Ber- 
nard, 356;  Bessarion,  295;  Boniface  IX,  181  ;  Borcke,  321;  Catherine 
de  Médicis,  211  ;  Célestin  III,  279  ;  Charles  IX,  211  ;  Gharlemagne,  200, 
257,  282;  Clément  VI,  77  ;  Colomb,  5,  342;  s.  Golumban,  41,  45; 
Dante,  247,  274;  Del  Torso,  120;  E.  Deschamps,  168,  287;  Dioscore, 
343;  François  I",  211  ;  Frédéric  I^-",  223;  Frédéric  II,  131  ;  Frédéric 
de  Misnie,  210;  Frioul,  47;  Fugger,  318;  Galgano,  322;  Geoffroi  du 
Mans,  236;  Gérard  de  Bruges,  144;  s.  Gilbert,  148;  s.  Girard,  216; 
Grégoire  XI,  73  ;  Gueldre,  99  ;  Guillaume  de  Massouris,  350  ;  Guillaume 
de  Puylaurens,  350;  Guillaume  de  Saint-Didier,  115;  Gulite,  99; 
Henri  V  d'Angleterre,  70;  Hilduin,  222;  Hus,  127;  Innocent  III, 
350;  G.  Le  Meingre,  60;  Lévis,  176;  Louis  le  Pieux,  350;  Louis  XII, 
211;  Louis  d'Anjou,  248;  LuUe,  17;  s.  Martial,  52;  Merle  de  Beau- 
champs,  16;  Nicolas  I",  291;  Othon  IV  de  Bourgogne,  140; 
Parshall,  262  ;  Pascal  II,  249  ;  s.  Patrice,  323  ;  Pétrarque,  43,  79  ;  Phi- 
lippe le  Hardi,  283;  Pierre  Cardinal,  115;  Pisano,  53;  Pons  de  Cap- 
deuil,  115;  Roland,  160;  Rolin,  269;  Savonarole,  173,  311;  Scheven, 
354;  Sigismond  de  Bohême,  255;  Silaus,  301  ;  Syagrius,  84;  Thomas 
de  la  Marche,  48;  Toscanelli,  5;  Turold,  249;  Urbano  da  Cortoria, 
316;  s.  Wandrille,  37;  Weiditz,  296;  Jean  d'Yerrian,  235. 

Droit,  12,  24,  38,  58,  67,  82,  83,  111,  215,  231,  312,  329,  344. 

Géographie,  27. 

Histoire  économique,  moeurs,  20,  73,  74,  146,  177,  187,  196,  198. 


224  BIBLIOGRAPHIE. 

Institutions,  46,  88,  349. 

Médecine,  2,  47,  194,  353. 

Sciences,  enseignement,  66,  81,  85,  104,  185,  303,  310,  371. 

Langues  et  littératures.  —  Latin,  69,  96,  135,  164,  175.  —  Langues 
romanes  :  363;  français,  19,  31,  92,  182,  194,  199  bis,  232,  278,  320, 
346,  347,  348,  360;  italien,  7,  36,  75,  79,  151,  226,  227,  241,  247,  341  ; 
provençal,  213.  —  Langues  germaniques  :  allemand,  69,  159,  314,  375; 
anglais,"  161,  189,  214,  297,  340;  gothique,  250.  —  Langues  Scandi- 
naves, 119,  172,  183,  242,  254,  258,  317.  —  Langues  slaves,  26,  143. 

Religions.  —  Judaïsme,  246,  —  Christianisme,  157,  286;  papauté, 
116,  131,  154,  200;  ordres  religieux,  64,  93,  129,  146,  148,  163,  191; 
liturgie,  65,  132;  lipsanograpliie,  101,  139,162,233;  théologie,  110, 
164,  165,  351.  —  Hétérodoxie,  4,  44,  152. 

Archéologie,  14,  25,  28,  32,  50,  57,  65,  94,  100,  108,  109,  117,  118, 
142,  153,  156,  188,  206,  251,  253,  290  bis,  331,  334,  337,  352,  364.  — 
Architecture,  49,  76,  114,  141,  204,  205,  207,  208,  209,  224,  230,  233, 
290,  305,  307,  308,  367,  374.  —  Sculpture,  21,  22,  53,  87, 186,  192,  284, 
304,  306,  315.  —  Peinture,  55,  144,  267.  —  Gravure,  51.  —  Mobilier, 
60.  —  Poterie,  166.  —  Orfèvrerie,  248.  —  Gampanographie,  34.  — 
Reliure,  326.  —  Musique,  63,  113.  —  Jeux,  3.  —  Numismatique,  6,  15, 
54,70,  125,  130,  213  6î5,  361.  —  Sphragistique,  280.  —  Héraldique,  89, 
376. 

SOMMAIRE  GÉOGRAPHIQUE. 

Abingdon,  197;  Aix-la-Chapelle,  25,  361;  Alba,293;  Aldwych,  147; 
Allemagne,  28,  38,  157,  217,  245,  305,  366;  Amiens,  104,  108;  Angle- 
terre, 20,  54, 133,  270  ;  Aoste,  240  ;  Arezzo,  134  ;  Arrancy,  202  ;  Artois, 
50  ;  Ascliersleben,  57  ;  Aube,  14,  205,  206,  299  :  Autriche,  253,  327  ;  Avi- 
gnon, 73;  Badeleben,  292;  Bàle,  355;  Barrois,  344;  Bavière,  153; 
Beraun,  170;  Berne,  128;  Besançon,  139;  Bodenlauben,  39;  Bohême, 
40,  77;  Bologne,  367;  Bourgogne,  213  bis;  Brandebourg,  163;  Bres- 
lau,  61;  Brie-Gomte-Robert,  238  ;  Byzance,  149,  190,  328;  Gagliari, 
272  ;  Ganterbury,  180  ;  Garinthie,  179  ;  Champagne,  207  ;  Chartres,  209  ; 
Ghàtelneuf-en-Vennes,  103;  Chaumont-Porcien,  178;  Ghemeré,  23; 
Givitale,  329  ;  Gluny,  288;  Coblence,  13;  Gonstantinople,  18;  Goudray, 
23;  Dalmatie,  231  ;  Deux-Amants,  279;  Dnieper,  188;  Douvre,  180; 
Duren,  62;  Erkelenz,  290  bis;  Espagne,  54;  Évron,  208,  264  ;  Florence, 
134,  306  ;  Fountains  Abbey,  167  ;  France,  54,  88, 126,  239,  349  ;  Frauen- 
burg,  333  ;  Fribourg,  22;  Haute-Garonne,  298;  Geilenkirchen,  290  bis  ,• 
Gottorp,  308;  Grèce,  275;  Gueldre,  99;  Gùtersloh,  112;  Haguenau,  1  ; 
Heldburg,  364;  Hongrie,  8,  246;  léna,  228;  Ile-de-France,  359; 
Ingersheim  (Gross-  und  Klein-),  332;  Irlande,  184;  Italie,  32,  54; 
Jauer,   313;    Jougue,   141;   Juvigny,    107;    Lenhanée,    59;    Ligurie, 


BIBLIOGRAPHIE.  225 

123;  Lipan,  273;  Litomysl,  252;  Lorch,  21;  Lorraine,  344;  Louroux- 
Béconnais,  145;  Lucques,  90;  Lunigiane,  123  ;  Lusace,  80;  Lyon,  218; 
Mannheim,  256;  le  Mans,  74,  234,  236  ;  Marienburg,  15;  Maulbronn, 
307  ;  Metz,  266;  Montataire,  122;  Montpellier,  33;  Montreuil-sous-Bois, 
49;  Munich,  193;  Nages,  35;  Naumburg,  373;  Nogent-le-Rotrou,  76; 
Norvège,  97;  Nouvion,  259;  Nuremberg,  156,  284,  352;  Oldenbourg, 
276  ;  Oloron,  30  ;  Orvielo,  68  ;  Oxfordshire,  98  ;  Parchim,  370  ;  Parenzo, 
142;  Paris,  300,  359  ;  Paterno,  83  ;  Pays-Bas,  54,  357  ;  Perse,  155  ;  Picar- 
die, 50;  Piépape,  271  ;  Pinsk,  150;  Pologne,  185,  376;  Poméranie,  368; 
Porrois,  95;  Prague,  40;  Presbourg,  260  ;  Prusse,  15;  Quimperlé,  225  ; 
Randazzo,82;  Raulhac,281;  Rausse,  91;  Ravenne,  94;  Recklinghausen, 
294;  Rense,  169;  Roemhild,  364  ;  Roelteln,  171  ;  Romain-Môtier,  141  ; 
Rouergue,  52;  Saint-Benoît-sur-Loire,  289;  Saint-Claude,  282;  Saint- 
Denis  du  Maine,  23;  Saint-Jean-d'Angély,  9;  Saint-Néots,  11;  Saint- 
Ursanne,  41;  San  Gimignano,  137;  Sanzay,  230;  Scheyern,  87; 
Schoeneck,  365;  Schwarzbourg,  125;  Seine,  203  ;  Sens,  219;  Serbie, 
328,  362;  Séville,  136;  Sienne,  53,  137;  Spire,  319;  Stargard,  42; 
Suède,  24,  339;  Suisse,  224,  290;  Tarentaise,  263;  Toess,  338;  Tos- 
cane, 123,  130;  Toulouse,  100,  101,  358;  Tours,  220;  Troisvilles,  243 
Tulle,  78;  Turin,  162;  Turkestan,  302;  Ulm,  204;  Unterwalden,  109 
Vannes,  195;  Vendôme,  237;  Vienne,  285,  306 6w;  Westminster,  174 
Wettin,  280;  Workum,  325;  Ziirich,  187. 

1.  Adam  (A.).  Un  chapitre  rural  d'autrefois,  d'après  les  protocoles  du 
chapitre  du  Haut-Haguenau.  Rixheim;  Strasbourg,  F.  X.  Le  Roux  et 
Co.,  1903.  In-8o,  99  p.  (Extrait  de  la  Revue  catholique  d'Alsace.)  1  m.  40. 

2.  Alcoatin  (Ghristianus),  Toletanus.  Congrégation,  sive  Liber  de 
oculis.  Publié  d'après  les  manuscrits  des  bibliothèques  de  Metz  et  d'Er- 
furt,  avec  introduction  sur  l'histoire  des  oculistes  arabes,  par  le  doc- 
teur P.  Pansier.  Paris,  J.-B.  Baillière  et  fils,  1903.  In-8o,  p.  41-184. 
(GoUectio  ophtalmologica  veterum  auctorum,  fasc.  2.) 

3.  Allemagne  (Henry-René  d').  Sports  et  jeux  d'adresse.  Paris, 
Hachette  et  0^%  s.  d.  In-4o,  386  p.,  avec  328  ill.,  100  grav.,  29  pi. 

4.  Alphandéry  (P.).  Les  Idées  morales  chez  les  hétérodoxes  latins  au 
début  du  xiiie  siècle.  Paris,  Leroux,  1903.  In-8°,  xxxiv-206  p.  (Biblio- 
thèque de  l'École  des  hautes  études.  Sciences  religieuses,  VI,  1.) 

5.  Altolaguirre  Y  DuvALE  (A.  de).  Gristôbal  Golôn  y  Pablo  del  Pozzo 
Toscanelli;  estudio  critico  del  proyecto,  formulado  por  Toscanelli  y 
seguido  por  Golôn,  para  arribar  al  extremo  Oriente  de  Asia  navegando 
la  via  del  Oeste.  Madrid,  impr.  de  Administraciôn  militar,  1903.  In-fol., 
x-429  p.  16  p. 

6.  Ambrosoli  (Solone).   Manuale  di  numismatica.   3»  ediz.   rifatta. 

^904  VJ 


226  BIBLIOGRAPHIE. 

Milano,  U.  Hoepli,  1904.  In-16,  xvi-250  p.,  4  pi.  (Manuali  Hoepli.) 
1  1.  50. 

7.  Annaratone  (Dott.  Claudio).  Sturlî  danteschi.  Parte  I  (Allégorie 
neir  Inferno  dantesco).  Vigevaiio,  Unioae  tipografîca  vigevanese,  1903. 
In-8°,  1G3  p. 

8.  Apponyi  (Graf  Alex.).  Hungarica.  Ungara  betreff.  im  Auslande 
gedruckte  Bûcher  und  Flugschriften.  Mùnchen,  J.  Rosenthal,  1903. 
In-8»,  viii-488  et  423  p.  30  m. 

9.  Archives  historiques  de  la  Saintonge  et  de  l'Aunis.  XXXIII  : 
Gartulaire  de  Saint-Jean-d'Angély.  T.  II.  Saintes,  Fragnaud;  Paris, 
Picard,  1903.  In-S»,  cglii-472  p.  25  fr. 

10.  Aristophanis  coraoediae  undecim  cum  scholiis.  Codex  Raven- 
nas  137,  4,  A.  phototypice  éd.  Praefatus  est  J.  van  Leeuwen.  Leiden, 
A.  W.  Sijthoff,  1904.  In-fol.,  xxxvni  p.  et  192  phototypies.  (Codices  graeci 
et  latini  photographiée  depicti  duce  Biblioth.  Scatone  de  Vries.  IX.) 
225  m. 

H.  Asser's  Life  of  King  Alfred,  with  Annals  of  Saint  Neots,  erro- 
neously  ascribed  to  Asser.  Ed.  with  intro.  and  commentary,  by  Wil- 
liam Henry  Stevenson.  London,  Frowdes,  1904.  Gr.  in-S»,  518  p.  12  s. 

12.  At  (P.).  Histoire  du  droit  canon  gallican  (I,  De  l'organisation 
nationale  du  clergé  de  France;  II,  les  Remontrances  du  clergé  de 
France;  III,  Curiosités  liturgiques).  Paris,  A.  Savaète,  s.  d.  In-S», 
196  p.  (Collection  Arthur  Savaète,  n»  2.)  3  fr.  50. 

13.  AusFELD  (Eduard).  Uebersicht  iiber  die  Bestànde  des  k.  Staatsar- 
chivs  zu  Goblenz.  Leipzig,  S.  Hirzel,  1903.  In-S",  xii-227  p.  (Mitteilun- 
gen  der  k.  preussischen  Archivverwaltung.  6.)  8  m. 

14.  Babeau  (Albert).  Les  Études  archéologiques  dans  le  département 
de  l'Aube  depuis  cinquante  ans.  Caen,  Delesques,  1904.  In-S»,  15  p. 
(Extrait  du  Compte-rendu  du  soixante-neuvième  congrès  archéologique  de 
France,  tenu  en  1902  à  Troyes  et  Provins.) 

15.  Bahrfeldt  (Emil).  Die  Mùnzen-  und  Medaillen-Sammlung  in  der 
Marienburg.  Bearb.  unter  Mitwirkg.  von  Jaquet  und  Pfr.  Schwanat. 
II.  Bd.  :  Miinzen  und  Medaillen  der  Kônige  von  Preussen.  1.  Abth. 
die  Prov.  Preussen.  2.  Abth.  die  Prov.  Brandenbûrg.  Danzig;  Berlin, 
W.  H.  Kùhl,  1904.  In-4o,  vi-433  p.,  avec  pi.  36  m. 

16.  Balincourt  (E.  de).  Deux  livres  de  raison  du  xv^  siècle.  Les 
Merle  de  Beauchamps.  Nimes,  impr.  Chastanier,  1903.  In-8'',  82  p., 
avec  portr.  et  fig. 

17.  Barber  (W.  T.  A.).  Raymond  Lull,  the  lUuminated  doctor  :  a 


BIBLIOGRAPHIE.  227 

study  in  Mediseval  Missions.  London,  G.  H.  Kelly,  1903.  In-S",  184  p. 
2  s.  6. 

18.  Barth  (H.).  Constantinople.  Paris,  Laurens,  1903.  10-4",  184  p., 
avec  103  grav.  (Les  Villes  d'art  célèbres.) 

19.  Bartsch  (Karl.).  Ghrestomathie  de  l'ancien  français  (vm^-xv^  s.), 
accompagnée  d'une  grammaire  et  d'un  glossaire.  8<=éd.,  revue  et  corri- 
gée par  A.  Horning.  Leipzig,  F.  G.  W.  Vogel,  1904.  In-8°,  iv  p.  et 
744  p.  10  m. 

20.  Bateson  (Mary).  Mediœval  England  :  English  feudal  society  from 
the  Norman  conquest  to  the  middle  of  the  fourteenth  century.  New 
York,  Putnam,  1904.  In-12,  xxvii-448  p.  (Story  of  the  nations  ser.) 
1  s.  35. 

21.  Baumeister  (Joh.  Seb.).  Abbildung  der  Statuen  in  der  Woell- 
warthischen  Totenhalle  in  dem  Kloster  Lorch.  Ein  Beitrag  zur  Ge- 
schichte  der  Kunst  und  des  Geschmacks  im  14.,  15.  und  16.  Jahrh. 
Berlin,  E.  S.  Mittler  und  Sohn,  1903.  In-8'',  43  p.  et  fig.  3  m. 

22.  Baumgarten  (Fritz).  Der  Freiburger  Hochaltar,  kunstgeschicht- 
lich  gewiirdigt.  Strassburg,  J.  H.  E.  Heitz,  1904.  In-8'',  vi-72  p.,  avec 
pi.  (Studien  zur  deutschen  Kunstgeschicbte.  49.)  5  m. 

23.  Beauchesne  (de).  Le  Ghàteau  du  Goudray  et  les  Ghâtellenies  de 
Ghemeré  et  de  8aint-Denis-du-Maine.  Laval,  veuve  Goupil,  1903.  In-8°, 
334  p.,  avec  grav. 

24.  Beauchet  (Ludovic).  Histoire  de  la  propriété  foncière  en  Suède. 
Paris,  Larose,  1904.  In-8o,  xx-728  p.  (Études  d'ancien  droit  suédois,  I.) 
12  fr. 

25.  Beissel  (Steph.).  Kunstschàtze  des  Aachener  Kaiserdomes.  Werke 
derGoldschmiedekunst,  Elfenbeinschnitzerei  undTextilkunst.  M.-Glad- 
bach,  B.  Kuhlen,  1904.  In-fol.,  35  pi.,  11  p.  30  m. 

26.  BeLAvsKu  (E.).  Etimologiia  drevniago  cerkovno-slavianskago  i 
russkago  iazyka.  (Étymologie  du  slavon  d'Église  et  du  russe  anciens. 
6«  éd.)  Moscou,  V.  Dumnov,  1903.  In-8°,  212  p.  1  d. 

27.  Benjamin  (Des  R.)  von  Tudela  Reisebeschreibungen ,  nach 
Handschriften,  aus  dem  13.  und  14.  Jahrh.  stammend,  und  àltern 
Druckwerken  ediert  und  ûbers.,  m.  Anmerkgn.  und  Einleitg.  versehen 
von  L.  Griinhut  und  Mark.  N.  Adler.  II.  Tl.  Einleitung,  Uebersetzg, 
und  Register.  Jérusalem;  Frankfurt-a-M.,  J.  Kauffmann,  1903.  In-8o, 
iv-102  p.,  2  cartes.  2  m.  50. 

28.  Bergner  (Heinr.).  Kirchliche  Kunstaltertiimer  in  Deutschland. 
Leipzig,  Gh.  H.  Tauchnitz,  1903.  In-8°,  p.  1-112,  1  pi.,  avec  ill.  5  m. 


228  BIBLIOGRiPHIE. 

29.  Bell  (Arthur).  Lives  aad  Legends  of  English  Bishops  and  Kings, 
Mediœval  Monks,  Later  Saints.  London,  Bell,  1904.  In-8°,  392  p.  14  s. 

30.  Bergez  (Jean-Baptiste).  Histoire  de  la  fondation  du  Bager  d'Olo- 
ron  en  Béarn.  Extrait  des  archives  particulières  des  communes  d'Olo- 
ron,  d'Eysus  et  de  Lurbe.  Pau,  veuve  Ribaut,  1903.  In-S»,  93  p. 
(Extrait  du  Bulletin  de  la  Société  des  sciences,  lettres  et  arts  de  Pau, 
2«  série,  t.  XXXI.) 

31.  Béroul.  Le  Roman  de  Tristan,  poème  du  xii^  siècle  publié  par 
Ernest  Muret.  Paris,  Firmin-Didot  et  C'",  1903.  In-8°,  lxxx-265  p. 
(Société  des  anciens  textes  français.)  10  fr. 

32.  Bertaux  (Emile).  L'Art  dans  l'Italie  méridionale.  T.  I"  :  De  la 
fin  de  l'Empire  romain  à  la  conquête  de  Charles  d'Anjou.  Paris,  Fon- 
temoing,  1904.  In-8°,  xiv-841  p.,  avec  404  tig.,  38  pi.,  2  tableaux.  (École 
française  de  Rome.) 

33.  Berthelé  (Joseph).  Archives  de  la  ville  de  Montpellier.  Inven- 
taires et  documents.  T.  III,  fasc.  III,  IV  et  V.  Le  Gartulaire  montpei- 
liérain  des  rois  d'Aragon  et  des  rois  de  Majorque,  seigneurs  de  Mont- 
pellier, d'Aumelas,  etc.  Montpellier,  impr.  de  Serre  et  Roumégous, 
1904.  In-8o,  paginé  331-612,  16  pi. 

34.  Berthelé  (Joseph).  Enquêtes  campanaires.  Montpellier,  impr. 
Delord-Bœhm  et  Martial,  1903.  In-8o,  xyi-758  p.,  fig.  et  pi. 

35.  Berthelé  (Jos.).  Les  «  Samnagenses  »  et  l'oppidum  de  Nages 
(Gard),  à  propos  de  l'inscription  romaine  de  Montarnaud  (Hérault). 
Nogent-le-Rotrou,  impr.  Daupeley-Gouverneur;  Paris,  1904.  In-8o, 
54  p.  (Extrait  des  Mémoires  de  la  Société  nationale  des  Antiquaires  de 
France,  t.  LXII.) 

36.  Bertino  (Giovanni).  Spigolature  letterarie  :  appunti  di  critica. 
Sassari,  tip.  E.  Scanu,  1903.  In-S",  41  p. 

37.  Besse  (Dom).  Saint  Wandrille  (vi«-vn«'  siècles).  Paris,  Lecoffre, 
1904.  In-18  Jésus,  v-188  p.  (Les  Saints.)  2  fr. 

38.  Bezold  (Frdr.  yon).  Das  Bùndnisrecht  der  deutschen  Reichsfiir- 
sten  bis  zum  westfàlischen  Frieden.  Rektoratsrede.  Bonn,  Rôhrscheid 
und  Ebbecke,  1904.  In-8°,  39  p.  0  m.  80. 

39.  BiBRA  (Reinhard  von).  Bodenlauben  bei  Bad  Kissingen.  Geschichte 
der  Burg  und  des  Amtes.  Kissingen,.  F.  Weinberger,  1903.  In-12, 
vi-146  p.,  8  fig.,  1  pi.  1  m.  50. 

40.  BiNDER  (Simon).  Die  Hégémonie  der  Prager  im  Husitenkriege. 
2,  Tl.  Prag,  RohUcek  und  Sievers,  1903.  In-8o,  v-140  p.  (Prager  Stu- 
dien  aus  dem  Gebiete  der  Geschichtswissenschaft.  9.)  2  m. 

41.  BisPHAM  (Clarence  Wyatt).  Golumban,  saint,  monk,  and  missio- 


BIBLIOGRAPHIE.  229 

nary,  539-615,  A.  D.;  notes  concerning  his  life  and  times.  Limited  éd. 
New  York,  E.  S.  Gorham,  1903.  In-8%  63  p.  1  s.  50. 

42.  BoKHMER  (F.).  Beitràge  zur  Geschichte  der  Stadt  Stargard  in 
Pomm.  I.  Heft.  Stargard,  Weber,  1903.  In-8°,  vn-381  p.  1  m.  75. 

43.  BoLSi  (Domingo).  L'amor  patrio  in  Francesco  Petrarca  e  le  epis- 
tole  ad  Andréa  Dandolo,  doge  di  Venezia.  Arezzo,  tip.  Cristelli,  1903. 
In-8»,  28  p. 

44.  Bonet-Maury  (Gaston).  Les  Précurseurs  de  la  Réforme  et  de  la 
liberté  de  conscience  dans  les  pays  latins  du  xn«  au  xy«  siècle.  Paris, 
Fischbacher,  1904.  In-S»,  vin-268  p. 

45.  Bonet-Maury  (G.).  Saint  Colomban  et  la  fondation  des  monas- 
tères irlandais  en  Brie  au  vn^  siècle.  Nogent-le-Rotrou,  impr.  Daupe- 
ley-Gouverneur,  1903.  In-S»,  25  p.  (Extrait  de  la  Revue  historique, 
t.  LXXXIIL) 

46.  BoRRELLi  DE  Serres  (Coloncl).  Recherches  sur  divers  services 
publics  du  xiiT«  au  xvii«  siècle.  II  :  Notices  relatives  au  xiv^  siècle.  Paris, 
Alphonse  Picard  et  Gis,  1904.  In-8o,  557  p. 

47.  BoRTOLOTTi  (Stefano).  Medici  friulani  iilustri  dalsecolo  xiv  al  xix. 
Udine,  tip.  D.  Del  Bianco,  1903.  In-8°,  21  p. 

48.  BouDET  (Marcellin).  Nouveaux  documents  sur  Thomas  de  la 
Marche,  seigneur  de  Nonette  et  d'Auzon,  bâtard  de  France.  Paris, 
Bouillon,  1903.  In-S»,  20  p.  et  fac-similé.  (Extrait  du  Moyen  Age.) 

49.  BouiLLET  (A.).  L'Église  de  Montreuil-sous-Bois.  Gaen,  Delesques, 
1904.  In-8o,  25  p.  et  pi.  (Extrait  du  Bulletin  monumental.) 

50.  Boulanger  (G.).  Le  Mobilier  funéraire  gallo-romain  et  franc  en 
Picardie  et  en  Artois.  Fasc.  4.  Saint-Quentin,  Impr.  générale,  s.  d. 
Gr.  in-4»,  p.  97  à  148  et  pi.  31  à  40. 

51.  BouuGARD  (Gustave).  A  travers  cinq  siècles  de  gravures  (1350- 
1903).  Les  Estampes  célèbres,  rares  ou  curieuses.  Paris,  Rapilly,  9, 
quai  Malaquais,  1903.  Gr.  in-8°,  l-641  p.,  avec  grav. 

52.  Bourret.  Documents  sur  les  origines  chrétiennes  du  Rouergue. 
Saint  Martial.  Rodez,  impr.  Carrère,  1887-1902.  Gr.  in-4o  à  2  col., 
iv-478  p. 

53.  Bragh  (Alb.)  Nicola  und  Giovanni  Pisano  und  die  Plastik  des 
XIV.  Jahrh.  in  Siena.  Strassburg,  J.  H.  E.  Heitz,  1904.  Gr.  in-S", 
Yi-123  p.  (Zur  Kunstgeschichte  des  Auslandes.  16.)  8  m. 

54.  Brause-Mansfeld  (Aug.).  Feld-,  Noth-  und  Belagerungsmiinzea 
von  England,  Frankreich,  Holland,  Italien,  Spanien.  Berlin,  J.  A.  Star- 
gard, 1904.  In-fol.,  vni-81  p.,  avec  iU.  80  m. 

55.  Bredt  (E.  W.).  Katalog  der  mittelalterlichen  Miniaturen  des  ger- 


230  BIBLIOGRAPHIE. 

manischea  Nationalmiiseums.  Im  Auftrage  des  Direktoriums  verf. 
Nùrûberg,  Germanisches  Muséum,  1903.  Gr.  in-S",  150  p.,  avec  fig. 
et  16  pi.  5  m.  40. 

56.  Breviario  (II)  Grimani  délia  biblioteca  di  S.  Marco  in  Venezia. 
Riproduzione  fotograiica  compléta  publicata  da  Scato  de  Vries.  Prefa- 
zione  del  dr.  Sal.  Morpurgo.  I.  Leyde,  A.  W.  Sijthoff,  1904.  In-fol., 
8  ff.,  144  pi.  120  fl. 

57.  Brinkmann  (Adf.).  Beschreibende  Darstellung  der  àlteren  Bau- 
und  Kunstdenkmàler  der  Stadt  Aschersleben.  Halle,  0.  Hendel,  1904. 
In-S",  Yni-136  p.,  26  pi.  (Beschreibende  Darstellung  der  àlteren  Bau- 
und  Kunstdenkmàler  der  Prov.  Sachsen.  Hrsg.  von  der  histor.  Com- 
mission f.  die  Prov.  Sachsen  und  das  Herzogt.  Anhalt.  25.) 

58.  Brissaud  (J.).  Manuel  d'histoire  du  droit  français  (Sources  :  Droit 
public;  Droit  privé)  à  l'usage  des  étudiants  en  licence  et  en  doctorat. 
5«  fasc.  Paris,  Fontemoing,  1904.  In-8°,  p.  1001  à  1892. 

59.  Brisson  (Th. -P.)  et  Millard  (A.).  Histoire  de  Lenharrée.  Ghâ- 
lons-sur-Marne,  impr.  Martin  frères,  1904.  In-S",  xi-179  p.  et  grav. 

60.  Broche  (L.).  Inventaire  du  mobilier  du  palais  épiscopal  de  Laon 
au  décès  de  l'évêque  Geoffroy  Le  Meingre  (1370-1371).  Paris,  Impr. 
nationale,  1904.  In-8°,  7  p.  (Extrait  du  Bulletin  archéologique  (1903).) 

61.  Brockelmann  (G.).  Verzeichnis  der  arabischen,  persischen,  tiir- 
kischen  und  hebràischen  Handschriften  der  Stadtbibliothek  zu  Breslau. 
Breslau,  M,  und  H.  Marcus,  1903.  Gr.  in-8°,  v-53  p.  2  m. 

62.  Bruell  (Wilh.).  Ghronik  der  Stadt  Diiren.  2.  Aufl.,  m.  vielen 
Holzschn.  und  Zinkogr.  sowie  1  lith.  Stadtplan.  2.  Tl.  Die  kirchl. 
Geschichte.  Dùren,  L.  Vetter  und  Go.,  1904.  10-8°,  p.  151-258.  1  m.  50. 

63.  Buhle  (Edward).  Die  musikalischen  Instrumente  in  den  Minia- 
turen  des  friihen  Mittelalters.  Ein  Beitrag  zur  Geschichte  der  Musik- 
instrumente.  I.  Die  Blasinstrumente.  Leipzig,  Breitkopf  und  Hàrtel, 
1903.  In-8o,  ni-120  p.,  avec  fig.,  10  pi.  6  m. 

64.  BuUarium  Franciscanum  sive  romanorum  pontificum  constitu- 
tiones,  epistolae,  diplomata  tribus  ordinibus  Minorum,  Glarissarum, 
Poenitentium  a  seraphico  patriarcha  sancto  Francisco  institutis  ab 
eorum  originibus  ad  nostra  usque  tempora  concessa.  Tom.  VIL  a  Gonr. 
Eubel.  Romae;  Leipzig,  0.  Harrassowitz,  1904.  In-fol.,  Lvni-774  p. 
45  m. 

65.  Gabrol  (Dom  Fernand).  Dictionnaire  d'archéologie  chrétienne  et 
de  liturgie  publié  avec  le  concours  d'un  grand  nombre  de  collabora- 
teurs. Fasc.  3-4  :  Afrique-Alexandrie.  Paris,  Letouzey  et  Ané,  1904. 
Gr.  in-8°  à  2  col.,  col.  577  à  1184,  avec  grav.  Le  fasc.  :  5  fr. 


BIBLIOGRAPHIE.  234 

66.  Campagne  (Maurice).  De  l'emploi  des  cliiffres  dits  arabes  au 
moyen  âge.  Agen,  Impr.  moderne,  1904.  In-8o,  42  p.  et  4  pi. 

67.  Gantinian  (Gaston).  Du  mode  de  nomination  des  évêques  de 
France,  de  l'époque  mérovingienne  à  nos  jours.  Rouen,  impr.  Leprétre, 
1903.  In-8°,  xi-237  p. 

68.  Gardarelli  (Giuseppe).  Vita  orvietana  dal  1100  al  1430;  episodi 
medioevali  tratti  da  document!  storici  délia  città  di  Orvieto;  sonetti 
orvietani.  Firenze,  tip.  0.  Paggi,  1903.  In-8°,  06  p.  2  1. 

69.  Carmina  Burana.  Lateinische  und  deutsche  Liederund  Gedichte, 
e.  Handschrift  des  xni.  Jahrh.  aus  Benedictheuren  auf  der  k.  Biblio- 
thek  zu  Miinchen.  Hrsg.  v.  J.  A.  Schmeller,  4.  unverànd.  Aufl.  (Anas- 
tat.  Neudr.)  Breslau,  M.  und  H.  Marcus,  1904.  In-8°,  x-275  p.  6  m. 

70.  Gastellane  (de).  Les  Mansois  frappés  en  Normandie  par  Henri  V, 
roi  d'Angleterre.  Monnaies  inédites  de  la  collection  de  M.  le  chevalier 
d'Acbon.  Laval,  veuve  Goupil,  1903.  In-8o,  7  p.  (Extrait  de  la  Province 
du  Maine.) 

71.  Catalogus  codicum  astrologorum  graecorum.  IV.  Godices  Italicos 
praeter  Florentines,  Venetos,  Mediolanenses,  Romanos  descripserant 
Dominic.  Bassi,  Francise.  Gumont,  Aemygdius  Martini,  Alex.  Oli- 
vier!. Bruxelles,  H.  Lamertin,  1903.  ln-8%  vni-192  p.,  2  pi.  8  m. 

72.  Catalogue  général  des  livres  imprimés  de  la  Bibliothèque  natio- 
nale. Auteurs.  T.  XVI  :  Bonniar-Bouchy.  Paris,  Impr.  nationale, 
1903.  In-80  à  2  col.,  col.  1  à  1236.  (Ministère  de  l'instruction  publique 
et  des  beaux-arts.) 

73.  Chaillan.  Recherche  et  documents  inédits  sur  l'orphanotrophium 
du  pape  Grégoire  XI  à  Avignon.  Avignon,  Aubanel,  1904,  In-8°,  xxxii- 
96  p. 

74.  Ghambois  (Em. -Louis).  Notes  sur  les  corporations  mancelles 
d'arts  et  métiers,  leurs  armoiries  et  leurs  bannières.  Le  Mans,  impr. 
de  l'Institut  de  bibliographie  scientifique,  1904.  In-S»,  31  p.,  avec 
dessins. 

75.  Ghilovi  (Desiderio).  L'archivio  délia  letteratura  italiana  e  la 
Biblioteca  nazionale  centrale  di  Firenze.  Firenze,  R.  Bemporad  e 
figlio,  1903.  In-8°,  28  p.  1  1. 

76.  Glaireaux  (G.).  L'Ancienne  église  Notre-Dame-du-Marais,  à 
Nogent-le-Rotrou,  lecture  faite  à  la  réunion  générale  de  la  Société  per- 
cheronne d'histoire  et  d'archéologie,  à  l'hôtel  de  ville  de  Nogent-le- 
Rotrou,  le  5  octobre  1903.  Bellême,  impr.  Levayer,  1904.  In-8°,  24  p., 
avec  plan  et  grav. 

77.  Clementis  VI  (Acta),  Pontificis  romani,  1342-1352.  Opéra  Ladislai 


232  BIBLIOGRAPHIE. 

Klicman.  Prague,  F.  Rivnâc,  1903.  Gr.  in-S»,  xv-955  p.  (Monumenta 
vaticana  res  gestas  Bohemicas  illustrantia.  I.)  12  m. 

78.  Clément-Simon  (G.).  Recherches  de  l'histoire  civile  et  municipale 
de  Tulle  avant  l'érection  du  Consulat,  d'après  des  documents  inédits. 
T.  I".  Tulle,  impr.  Crauffon,  s.  d.  In-8°,  352  p.  et  plan.  (Extrait  du 
Bulletin  de  la  Société  des  Mires,  sciences  et  arts  de  la  Corrèze  (1896- 
1900).) 

79.  CocHiN  (Henry).  Le  Frère  de  Pétrarque  et  le  livre  du  a  Repos  des 
religieux.  »  Paris,  Bouillon,  1903.  In-16,  261  p.  (Bibliothèque  littéraire 
de  la  Renaissance,  t.  IV.) 

80.  Codex  diplomaticus  Lusatiae  superioris  II.  Gesammelt  und  hrsg. 
von  Rich.  Jecht.  IL  1429-1437.  4.  Gôrlitz,  H.  Tzschaschel,  1903.  In-8o, 
p.  531-745.  3  m.  60. 

81.  CoLONNA  (Aegidius  Romanus  de),  Johs.  Gerson's,  Dionys  des 
Kartâusers  und  Jak.  Sadolet's  pàdagogische  Schriften.  Uebers.  und  m. 
biograph.  Einleitgn.  underlâut.  Anmerkgn.  versehen  von.  Mich.  Kauf- 
mann,  J.  X.  Kunz,  Heinr.  Al.  Keiser  und  Karl  Alois  Kopp.  Freiburg- 
i.-B.,  Herder,  1904.  In-8o,  xiii-441  p.  (Bibliothek  der  katholischen 
Pàdagogik,  XV.)  6  m.  80. 

82.  Consuetudini  di  Randazzo,  pubblicate  per  cura  di  Vito  La  Man- 
tia.  Palermo,  tip.  A.  Giannitrapani,  1903.  In-8°,  31  p. 

83.  Consuetudini  di  Paternô,  pubblicate  per  cura  di  Vito  La  Mantia. 
Palermo,  tip.  A.  Giannitrapani,  1903.  In-8o,  xxxiii-32  p.,  4  pi. 

84.  CoviLLE  (A.).  Flavius  Afranius  Syagrius.  Lyon,  Rey,  1903.  In-8o, 
33  p.  (Mélanges  Ch.  Appleton.) 

85.  Crohns  (Hjalmar).  Die  Summa  Theologica  des  Antonin  von  Flo- 
renz  und  die  Schàtzung  des  Weibes  im  Ilexenhammer.  Helsingfors; 
Berlin,  A.  Duncker,  1903.  In-4o,  23  p.  (Extrait  de  Acla  societ.  scient, 
fennicae.)  2  m. 

86.  CuRzoN  (Henri  de).  Répertoire  numérique  des  archives  de  la 
maison  du  roi  (série  0<).  Paris,  Picard  et  fils,  1904.  In-4o  à  2  col., 
x-218  p.  (Ministère  de  l'instruction  publique  et  des  beau.x-arts.  Archives 
nationales.) 

87.  Damrigh  (Johs.).  Ein  Kûnstlerdreiblatt  des  xiii.  Jahrh.  aus  Klos- 
ter  Scheyern.  Strassburg,  J.  H.  E.  Heitz,  1904.  In-8»,  in^89  p.,  22  fig., 
11  pi.  (Studien  zur  deutschen  Kunstgeschichte.  52.)  6  m. 

88.  Daux  (Camille).  Le  Cens  pontifical  dansl'Éghse  de  France.  Paris, 
5,  rue  Saint-Simon,  1904.  In-8°,  71  p.  (Extrait  de  la  Revue  des  questions 
historiques.) 


BIBLIOGRAPHIE.  233 

89.  Davies  (A.  G.).  Art  of  Heraldry.  Encyclopsedia  of  Armory.  Lon- 
don,  Jack,  1904.  la-fol.,  512  planches.  147  s. 

90.  Degli  Azzi  Vitelleschi  (Giustiniano).  Regesti,  vol.  I.  Pergamene 
del  diplomatico,  1  :  790-1081  (R.  Archivio  di  stato  in  Lucca).  Lucca, 
tip.  A.  Marchi,  1903.  Ia-4o,  xxxvi-205  p. 

91.  Dengler  (B.).  Geschichte  einer  Dorfkirche.  Der  Kirchengemeinde 
Rausse,  Kreis  Neumarkt  in  Schlesien.  Buchdruckerei  der  Schreiber- 
hau-Diesdorfer  Rettungsanstalten,  1903.  In-8»,  vin-191  p.,  4  fig. 
1  m.  50. 

92.  Deschamps  (Œuvres  complètes  d'Eustache).  Publiées  d'après  le 
manuscrit  de  la  Bibliothèque  nationale,  par  Gaston  Raynaud.  T.  II. 
Paris,  Firmin-Didot  et  C'^,  1903.  In-S",  387  p.  (Société  des  anciens 
textes  français.) 

93.  Deslandres  (Paul).  L'Ordre  des  Trinitaires  pour  le  rachat  des 
captifs.  Toulouse,  Edouard  Privât;  Paris,  E.  Pion,  Nourrit  et  C^^, 
1903.  In-8»,  xxvn-444  et  514  p.,  pi. 

94.  DiEHL  (Charles).  Ravenne.  Paris,  Laurens,  1903.  In-4o,  143  p., 
avec  130  grav.  (Les  Villes  d'art  célèbres.) 

95.  Dion  (A.  de).  Cartulaire  de  l'abbaye  de  Porrois,  au  diocèse  de 
Paris,  plus  connue  sous  son  nom  mystique,  «  Port-Royal.  »  l*""  vol. 
(1204-1280).  Paris,  Picard  et  fils,  1903.  In-8<>,  xvi-339  p.  et  1  pi. 

96.  DiONYsii  Gartusiani  (D.)  Opéra  omnia  in  unum  corpus  digesta 
ad  fidem  editionum  Goloniensium  cura  et  labore  monachorum  sacri 
ordinis  Gartusiensis,  favente  Pont.  Max.  Leone  XIII.  Tom.  XXII- 
XXIII.  Tornaci;  Freiburg-i.-B.,  Herder,  1903-1904.  Gr.  in-8°,  616  et 
672  p.  12  m.  le  vol. 

97.  Diplomatarium  Norvegicum.  Oldbreve  til  Kundskab  om  Norges 
indre  og  ydre  Forhold,  Sprog,  Slsegter,  Saeder,  Lovgivning  og  Retter- 
gang  i  Middelalderen.  Syttende  Samling.  Romerske  oldbreve  udgivne 
af  Gustav  Storm  og  H.  I.  Huitfeldt-Kaas.  Andet  Hefte.  Kristiania, 
Jacob  Dybwad,  1904.  In-8<',  p.  241-480.  3  kr. 

98.  DiTCHFiELD  (P.  h.).  Memorials  of  old  Oxfordshire.  London, 
Bemrose,  1904.  In-8%  264  p.,  ill.  15  s. 

99.  DooRNiNGK  (P.  N.)  et  Molhuysen  (P.  G.).  Briefwisseling  der  her- 
togen  van  Gelre  en  van  Gulik,  1389-1393.  Haarlem,  Gebr.  van  Brede- 
rode,  1904.  In-8°,  xxii-121  p.  3  fl.  50. 

100.  Douais  (G.).  L'Art  à  Toulouse.  Matériaux  pour  servir  à  son  his- 
toire du  xv«  au  xviii«  siècle.  Paris,  Picard  et  fils,  1904.  In-8°,  214  p. 

101.  Douais  (G.).  Documents  sur  l'ancienne  province  de  Languedoc. 


234  BIBLIOGRAPHIE. 

T.  II.  Trésor  et  Reliques  de  Saint-Sernia  de  Toulouse.  I  :  les  Inven- 
taires (1246-1657).  Paris,  Picard  et  fils,  1904.  In-8»,  xl-513  p. 

102.  DousE  (T.  Le  W.).  Examination  of  an  old  Mss.  preserved  in  the 
Library  of  Duke  of  Northumberland.  London,  Taylor  and  Francis, 
1904.  In-8o.  2  s.  6  d. 

103.  Druot  (Herman).  Les  Fouilles  de  Ghâtelneuf-en-Vennes.  Besan- 
çon, impr.  Dodivers,  1903.  In-8°,  20  p.  et  pi.  (Extrait  des  Mémoires  de 
la  Société  d' émiiÀation  du  Doubs.) 

104.  DuBOURGuiER.  Grandes  Écoles  et  Gens  d'église  au  diocèse 
d'Amiens  sous  l'ancien  régime.  Paris,  Picard  et  fils,  1904.  In-8°,  840  p. 
et  plan.  5  fr. 

105.  DucHESNE  (L.).  Sur  une  inscription  damasienne.  Paris,  Fonte- 
moing,  1903.  In-8",  4  p.  (Extrait  des  Mélanges  Doissier.) 

106.  DuNAND  (Ph.-H.).  Études  critiques,  d'après  les  textes,  sur  l'his- 
toire de  Jeanne  d'Arc.  2"=  série  :  La  grandeur  patriotique,  intellec- 
tuelle, morale.  Paris,  Poussielgue,  1903.  In-S",  777  p. 

107.  DuNOYER  (Norbert).  Monographie  de  Juvigny.  Annecy,  impr. 
Niérat,  1903.  In-S»,  236  p. 

108.  Durand  (Georges).  Monographie  de  l'église  Notre-Dame,  cathé- 
drale d'Amiens.  T.  II  :  Mobilier  et  accessoires.  Paris,  Picard  et  fils, 
1903.  In-4o,  vni-664  p.  et  atlas  de  62  pi.  (Mémoires  de  la  Société  des 
Antiquaires  de  Picardie.) 

109.  Durrer  (Rob.).  Die  Kunst-  und  Architektur-Denkmaler  Unter- 
waldens.  Im  Auftrage  der  eidgenôss.  Landesmuseums-Kommission 
beschrieben.  17.  Bog.  Zurich,  Fàsi  und  Béer,  1904.  In-8°,  p.  257-272, 
avec  fig.  0  m.  25. 

110.  Ebersolt  (Jean).  Essai  sur  Bérenger  de  Tours  et  la  controverse 
sacramentaire  au  xi«  siècle.  Paris,  Leroux,  1903.  In-8°,  93  p.  (Extrait 
de  la  Revue  de  l'histoire  des  religions,  t.  XVIII.) 

111.  Egger  (Aug.).  Vermôgenshaftung  und  Hypothek  nach  frànki- 
schem  Recht.  Breslau,  M.  und  H.  Marcus,  1903.  In-S",  xxxviii-488  p. 
(Untersuchungen  zur  deutschen  Staats-  und  Rechtsgeschichte,  69. 
Heft.)  15  m. 

112.  EicKHOFF  (Herm.).  Geschichte  der  Stadt  und  Gemcinde  Giiters- 
loh.  Gûtersloh,  G.  Bertelsmann,  1904.  In-S»,  vin-325  p.,  avec  fig.  3  m. 

113.  Eitner  (Rob.).  Biographisch-bibliographisches  Quellen-Lexikon 
der  Musiker  und  Musikgelehrten  der  christlichon  Zeitrechnung  bis  zur 
Mitte  des  19.  Jahrh.  9  Bd.  Leipzig,  Breitkopf  und  Htirtel,  1903.  In-8», 
480  p.  10  m. 


BIBLIOGRAPHIE.  235 

114.  Enlart  (Camille).  Manuel  d'archéologie  française,  depuis  les 
temps  mérovingiens  jusqu'à  la  Renaissance.  Première  partie  :  Archi- 
tecture. II  :  Architecture  civile  et  militaire.  Paris,  Picard  et  hls,  1904. 
In-8»,  xv-857  p.,  avec  grav. 

115.  Fabre  (C).  Trois  troubadours  vellaves  :  Guillaume  de  Saint- 
Didier,  Pons  de  Capdeuil  et  Pierre  Cardinal,  conférence  faite  sous  les 
auspices  de  la  Société  des  amis  des  arts,  le  7  mars  1903.  Le  Puy,  impr. 
Marchessou,  1903.  In-8°,  49  p. 

116.  Fabre  (Paul).  Le  Liber  censuum  de  l'Église  romaine,  publié 
avec  une  préface  et  un  commentaire.  4^  fasc.  Paris,  Fontemoing, 
1903.  In-4o  à  2  col.,  p.  425  à  606.  (Bibliothèque  des  Écoles  françaises 
d'Athènes  et  de  Rome  (2«  série,  VI,  4).) 

116.  F/EH  (Adf.).  Geschichte  der  bildenden  Kûnste.  2.,  verb.  und 
erweit.  Aufl.  Freiburg-i.-B.,  Herder,  1903.  Gr.  in-8o,  xx-785  p.,  avec 
fig.  et  pi.  25  m. 

118.  Falke  (Heinr.),  Frauberger.  Deutsche  Schmelzarbeiten  des  Mit- 
telalters  und  andere  Kunstwerke  der  kunst-  historischen  Ausstellung 
zu  Dùsseldorf  1902.  Frankfurt-a.-M.,  J.  Baer  und  Co.  H.  Keller,  1904. 
In-fol.,  vu-151  p.,  avec  fig.  et  pi.  240  m. 

119.  Falk  (Hj.),  ToRP  (Alf.).  Etymologisk  ordbog  over  det  norske 
og  danske  sprog.  7.  Hefte.  II.  Kristiania,  H.  Aschehoug  og  Go.,  1904. 
In-S",  I,  96.  2  kr.  40. 

120.  Famiglia  (La)  Del  Torso  in  Friuii  durante  il  dominio  patriar- 
cale (sec.  XIII,  XIV  e  xv  fino  alF  anno  1420)  :  appunti  di  archivio,  di 
E.  D.  E.  Udine,  tip.  D.  Del  Bianco,  1903.  In-8°,  32  p.,  l  pi. 

121.  Fauquejibergue  (Journal  de  Clément  de),  greffier  du  Parlement 
de  Paris  (1417-1435).  Texte  complet,  publié  pour  la  Société  de  l'histoire 
de  France  par  Alexandre  Tuetey,  avec  la  collaboration  d'Henri  Lacaille. 
T.  I^--  :  1417-1420.  Paris,  Laurens,  1903.  In-8°,  397  p. 

122.  Fauré-Hérouart  (D.).  Histoire  de  Montataire,  depuis  son  origine 
jusqu'à  nos  jours.  Méricourt-l'Abbé,  impr.  Douchet,  1903.  In-18  Jésus, 
234  p.,  avec  grav. 

123.  Ferretto  (Arturo).  Codice  diplomatico  délie  relazioni  fra  la 
Liguriu,  la  Toscana  e  la  Lunigiana  ai  tempi  di  Dante  (1265-1321). 
Parte  II  (dal  1275  al  1281).  Genova,  tip.  L.  Sambolino  e  figlio,  1903. 
In-4o,  Gxv-501  p.  (Atti  délia  Società  ligure  di  storia  patria,  vol.  XXXI, 
fasc.  2.) 

124.  FiiNCK  (Frz.  Nik.).  Katalog  der  armenischen  Handschrifien  des 
Herrn  Adgar  Joannissiany  zu  TiÛis.  Leipzig;  Marburg,  N.  G.  Ehvert, 
1903.  In-S",  xxiii-260  p.  20  m. 


236  BIBLIOGRAPHIE. 

125.  Fischer  (Ernst).  Die  Mùnzea  des  Hauses  Schwarzburg.  Ein 
Beitrag  zur  Landesgeschichte  der  Fùrstentûmer  Schwarzburg-Sonders- 
hausen  uad  Schwarzburg-Rudolstadt.  Heidelberg,  C.  Winter,  1904. 
In-8o,  Lxiv-262  p.,  16  pi.  12  m. 

126.  Flach  (Jacques).  Les  Origines  de  l'ancienne  France  (x«et  xi^  s.). 
T.  III  :  la  Renaissance  de  l'État;  la  Royauté  et  le  Principat.  Paris, 
Larose,  1904.  In-8«,  viii-580  p.  10  fr. 

127.  Flajshans  (Vaclav).  C.  A.  Mistr  Jan  feceny  Hus  z  Husince. 
(Maître  Jean  Hus.)  Prague,  Jos.  R.  Vilimek,  1904.  In-8°,  xiv-488  p., 
fig.,  cartes,  plans.  8  k. 

128.  Fontes  rerum  Bernensium.  Berns  Geschichtsquellen.  8.  Bd., 
umfassend  d.  J.  1353  bis  1366.  Bern,  Stàmpfli  und  Co.,  1903.  Gr.  in-8°, 
xvi-880  p.  22  m.  40. 

129.  Fragmenta  minora  :  catalogus  sanctorum  fratrum  minorum, 
quem  scriptum  circa  1335  edidit  notisque  illustravit  fr.  Leonardus  Lem- 
mens.  Roma,  tip.  Sallustiana,  1903.  In-8°,  54  p. 

130.  Franco  (Augusto).  Appunti  di  numismatica  toscana  dei  secoli 
xni  e  XIV.  Firenze,  tip.  Bonducciana,  1903.  In-8%  11  p. 

131.  Frantz  (Th.).  Der  grosse  Kampfzwischen  Kaisertum  und  Papst- 
tum  zur  Zeit  des  Hohenstaufen  Friedrich  IL  Berlin,  C.  A.  Schwetschke 
und  Sohn,  1903.  In-8o,  viii-205  p.  4  m. 

132.  Franz  (Adolph).  Das  Ritualevon  St.  Florian  aus  dem  12.  Jahrh. 
Mit  Einleitung  und  Erlàuterungen  hrsg.  Freiburg-i.-B.,  Herder,  1904. 
In-fol.,  xu-207  p.,  5  pi.  8  m. 

133.  FuETER  (Eduard).  Religion  und  Kirche  inEngland  im  15.  Jahrh. 
Tùbingen,  J.  G.  B.  Mohr,  1904.  In-8»,  iii-78  p.  2  m. 

134.  Gadaleta  (Antonio).  L'acquisto  d'Arezzo  fatto  da'  Florentin!  nel 
1384.  Trani,  V.  Vecchi,  1903.  In-S",  64-xx  p. 

135.  Gaguini  (Roberti).  Epistole  et  orationes.  Texte  publié  sur  les 
éditions  originales  de  1498.  Précédé  d'une  notice  biographique  et  suivi 
de  pièces  diverses,  en  partie  inédites,  par  Louis  Thuasne.  Paris, 
Bouillon,  1903.  In-16,  411  et  598  p.  (Bibliothèque  littéraire  de  la 
Renaissance.) 

136.  Gallichan  (Walter  M.).  The  story  of  Seville,  with  three  chap- 
ters  on  the  artists  of  Seville,  by  G.  Gasquoine  Hartiey;  il.  by  Ellizabeth 
Hartley.  New  York,  Macmillan,  1903.  In-12,  xii-272  p.  (MediœVal 
towns  ser.)  2  s.  50. 

137.  Gardner  (Edmund  G.).  The  story  of  Siena  and  Sangimignano. 
New  York,  Macmillan,  1904.  In-12,  xii-391  p.,  ill.  1  d.  75. 

138.  Gauthier  (Jules).  Du  degré  de  confiance  que  méritent  les  généa- 


BIBLIOGRAPHIE.  237 

logies  historiques.  Besançon,  impr.  Dodivers,  s.  d.  lu-S»,  15  p.  et  fac- 
similé.  (Extrait  des  Mémoires  de  la  Société  d'émulation  du  Doubs,  7»  série, 
t.  VII,  1902.) 

139.  Gauthier  (Jules).  Le  Saint-Suaire  de  Besançon  et  ses  pèlerins. 
Besançon,  impr.  Dodivers,  s.  d.  In-S»,  22  p.,  2  pi.  (Extrait  des 
Mémoires  de  la  Société  d'émulation  du  Doubs,  7«  série,  t.- VII,  1902.) 

140.  Gauthier  (Jules).  Services  funèbres  du  comte  Othon  IV  de 
Bourgogne  célébrés  en  Franche-Comté  en  1303.  Paris,  Impr.  nationale, 
1904.  In-8o,  12  p.  (Extrait  du  Bulletin,  historique  et  philologique,  1903.) 

141.  Gauthier  (Jules).  Trois  églises  romanes  du  Jura  franco-suisse 
(Jougue,  Romain-Môtier,  Saint-Ursanne).  Besançon,  impr.  Dodivers, 
1903.  In-8°,  23  p.  et  3  pi.  (Extrait  des  Mémoires  de  la  Société  d'émulation 
du  Doubs  (7e  série,  t.  VII,  1902).) 

142.  Gayet  (Al).  L'Art  byzantin,  d'après  les  monuments  de  l'Italie, 
de  i'Istrie  et  de  la  Dalmatie,  relevés  et  dessinés  par  Charles  Errard.  IL 
Parenzo.  Paris,  May,  s.  d.  In-fol.,  54  p.  et  34  pi. 

143.  Gebauer  (Jan).  Slovnik  staro-cesky.  [Dictionnaire  de  l'ancienne 
langue  tchèque.]  I  :  A.-J.  Prague,  «  Unie,  »  1903.  Gr.  in-S",  xxix-674  p. 
36  k. 

144.  Gérard  David,  dit  Maître  Gérard  de  Bruges  (1450?-1523).  7  Lfg. 
Haarlem,  H.  Kleinmann  und  Co.,  1903.  Gr.  in-fol.,  6  feuillets,  6  pi. 
6  m. 

145.  Girard  de  Chateauvieux  (De).  Un  fief  presbytéral  en  Anjou. 
Le  Louroux-Béconnais  (1130-1794).  Angers,  Siraudeau,  1904.  Gr.  in-8°, 
249  p.,  avec  grav. 

146.  Glaser  (Friedrich).  Die  franziskanische  Bewegung.  Ein  Beitrag 
zur  Geschichte  sozialer  Reformideen  im  Mittelalter.  Stuttgart,  J.  G. 
Cotta  Nachf.,  1903.  In-S»,  x-166  p.  (Miinchener  volkswirtschaftliche 
Studien,  59.)  4  m. 

147.  Gordon  (C).  Old  Time  Aldwijch,  Kingsway,  and  Neighbourhood, 
London,  Unwin,  1903.  In-8°,  382  p.,  ill.,  cartes.  21  s. 

148.  Graham  (Rose).  S.  Gilbert  of  Sempringham  and  the  Gilbertines. 
History  of  the  only  English  Monastic  Order.  London,  E.  Stock,  1904. 
In-8<'.  5  s. 

149.  Grenier  (Pierre).  L'Empire  byzantin;  son  évolution  sociale  et 
politique.  T.  le"- (l'Être  social)  et  II  (l'Être  politique).  Paris,  Plon-Nour- 
rit  et  Cie,  1904.  In-16,  xxxii-344  p.  et  295  p. 

150.  Grusevsku  (Aleksandr).  Pinskoe  Polëse  XIV-XVI  vv.  (La  Polé- 
sie  de  Pinsk  du  xiv«au  xvi«  s.)  Kiev,  Impr.  de  l'Université,  1903.  In-8°, 
194  p. 


238  BIBLIOGRiPHIE. 

151.  GuARiGLiA  (Onorato).  Sulla  comedia  di  Dante  Alighieri  :  studî 
con  prefazione  di  Luigi  Morani.  Napoli,  G.  B,  Paravia  e  G.,  1903.  Iq-8», 
336  p.  et  24  pi.  3  1. 

152.  GuiRAUD  (Jean).  Le  «  Consolamentum  »  cathare.  Besançon, 
impr.  Jacquin;  Paris,  5,  rue  Saint-Simon,  1904.  ln-8°,  39  p.  (Extrait 
de  la  Revue  des  Questions  historiques.) 

153.  Hager  (Georg),  Riehl  (Berthold),  Bezold  (Gustav).  Die  Kunst- 
denkmale  des  Kônigr.  Bayern  vom  11.  bis  zum  Ende  des  18.  Jahrh. 
1.  Bd.  Reg.-Bez.  Oberbayern,  23.  Lfg.  Miinchen,  Vereinigte  Kunstan- 
stalten,  1903.  Gr.  in-8°,  p.  2298-2648,  avec  fig.  et  pi.  10  m. 

154.  Haller  (J.).  Papsttum  und  Kirchenreform.  Vier  Kapitel  zur 
Geschichte  des  ausgehenden  Mittelalters.  1.  Bd.  Berlin,  Weidmann, 

1903.  In-8o,  xx-556  p.  12  m. 

155.  Hajid  Ollah  Mostooufi  Qazvînî.  Tàrîkh  é  Gozîdè.  Les  Dynas- 
ties persanes  pendant  la  période  musulmane,  depuis  les  Saffârides 
jusques  et  y  compris  les  Mogols  de  la  Perse  en  1330  de  notre  ère. 
Texte  persan  complet,  imprimé  pour  la  première  fois,  et  traduction 
française  en  regard,  suivie  de  notes,  de  tableaux  dynastiques,  etc.,  par 
Jules  Gaulin.  T.  If^  Paris,  Maisonneuve  et  Guilmoto,  1903.  Gr.  in-8'', 
ix-629  p. 

156.  Hampe  (Th.).  Nûrnberger  Ratsverlàsse  iib.  Kunst  und  Kiinster 
im  Zeitalter  der  Spâtgotik  und  Renaissance  (1449)  1474-1618  (1633). 
L  Bd.  (1449)  1474-1570.  Wien,  K.  Graeser,  1904.  In-S»,  xxxiv-618  p. 
(Quellenschriften  f.  Kunstgeschichte  und  Kunsttechnik  des  Mittelal- 
ters und  der  Neuzeit.  Begriindet  von  Rud.  Eitelberger  von  Edelberg. 
XL)  18  m. 

157.  Hauck  (Alb.).  Kirchengeschichte  Deutschlands.  1.  Tl.  (Bis  zum 
Tode  des  Bonifatius.)  3.  und.  4.  (Doppel)  Aufl.  Leipzig,  J.  G.  Hinrichs, 

1904.  In-8o,  x-626  p.  12  m. 

158.  Heinemann  (Olto  von).  Die  Handschriften  der  herzogl.  Bibliothek 
zu  Wolfenbiittel,  beschrieben.  II,  5.  (Des  ganzen  Werkes  VIII.  Bd.) 
Wolfenbûttel,  J.  Zwissler,  1903.  Gr.  in-8^  v-328  p.,  4  facs.  20  m. 

159.  Held  (Karl.).  Das  Verbum  ohne  pronominales  Subjekt  in  der 
àlteren  deutschen  Sprache.  Berlin,  Mayer  und  Millier,  1903.  In-8°, 
xiii-164  p.  (Palaestra.  Untersuchungen  und  Texte  aus  der  deutschen 
und  engl.  Philologie,  XXXI.)  5  m. 

160.  Heldjiann  (Karl.).  Die  Rolandsbilder  Deutschlands  in  300jahri- 
ger  Forschung  und  nach  den  Quellen.  Beitràge  zur  Geschichte  der 
mittelalterl.  Spiele  und  Falschungen.  Halle,  M.  Niemeyer,  1904.  In-S", 
VII- 172  p.,  4  pi.  6  m. 

161.  Henk  (Otto).  Die  Frage  in  der  altenglischen  Dichtung.  Eine 


BIBLIOGRAPHIE.  239 

synlakt.  Studie.  Heidelberg,  G.  Wiater,  1904.  In-S»,  iv-110  p.  (Kieler 
Studien  zur  englischen  Philologie,  5.)  2  m.  80. 

162.  HERNâNDEz  ViLLAEScusA  (Modesto).  La  sâbana  santa  de  Turin; 
estudio  cientifico-hislôrico-critico.  Barcelona,  impr.  de  Henrich  y  Gom- 
pafiia,  1903.  In-S»,  315  p.,  avec  ill.  5  p. 

163.  Herrlich  (E.).  Die  Ballen  Brandenburg  des  Johanniter-Ordens 
von  ihrem  Entstehen  bis  zur  Gegenwart  und  in  ihren  jetzigen  Einrich- 
tungen  dargestellt.  4.  Aufl.  Nach  dem  Tode  des  Verf.  vervoUstandigt 
vom  Ordensbureau.  Berlin,  G.  Heymann,  1904.  In-fol.,  viii-260  p., 
4  pi.  10  m. 

164.  HiLARius  Pictaviensis.  De  Trinitate,  vol.  II  (Libri  V-VIII). 
Roma,  tip.  Forzani  e  G.,  1903.  In-8",  p.  219-457.  (Bibliotheca  sancto- 
rum  patrum  theologioe  tironibus  et  universo  clero  accomodata,  curante 
Josepho  Vizzini,  séries  V  (Scriptores  latini  postnicseni,  vol.  II.) 

165.  HiRscH  (Karl.).  Die  Ausbildung  der  konziliaren  Teorie  im 
XIV.  Jahrh.  Wien,  Mayer  und  Go.,  1903.  In-8o,  vii-90  p.  (Theologische 
Studien  der  Leo-Gesellschaft.  8.)  2  m.  40. 

166.  HoBsoN  (R.  L.).  Gatalogue  of  Gollection  of  English  Pottery  in 
Department  of  British  and  Mediaeval  Antiquities  of  British  Muséum. 
London,  Frowde,  1903.  In-4o,  25  s. 

167.  HoDGES  (G-.).  Fountains  Abbey  :  Story  of  a  Mediaeval  Monas- 
tery.  London,  J.  Murray,  1904.  In-S",  150  p.  10  s.  6  d. 

168.  HoEPFFNER  (Ernst).  Eustache  Deschamps.  Leben  und  Werke. 
Strassburg,  K.  J.  Trùbner,  1904.  In-8°,  vin-233  p.  5  m.  50. 

169.  HôHLBAUM  (Konst.).  Der  Kurverein  von  Rense  i.  J.  1338.  Berlin, 
Weidmann,  1903.  Gr.  in-4°,  84  p.  (Abhandlungen  der  kônigl.  Gesell- 
schaft  der  Wissenschaften  zu  Gôttmgen.  Philologisch-histor.  Klasse 
Neue  Folge.  VII.  3.)  5  m.  50. 

170.  HojKA  (Emanuel).  Méstskâ  radnice  v  kral.  méstë  Berounë. 
(L'hôtel  de  ville  de  Beraun,  1285  à  nos  jours.)  Beraun,  Wenzel  Antony, 

1903.  In-8°,  19  p. 

171.  HoLDERMANN  (Frdr.).  Aus  der  Geschichte  von  Roetteln.  Lorrach, 
G.  R.  Gutsch,  1903.  In-8«,  vm-183  p.,  6  pi.  2  m. 

172.  HoLST  (Glara).  Studier  over  middelnedertyske  laaneord  i  dansk 
i  det  14de  og  15de  aarhundrede.  Kristiana,  Grôndahl  och  Son,  1903. 
In-S»,  79  p.  1  kr. 

173.  Howard  (N.).  Savonarola  :  a  Gity's  Tragedy.  London,  Dent, 

1904.  In-4o,  148  p.  4  s.  6  d. 

174.  HuNT  (Violet  Brooke-).  Story  of  Westminster  Abbey.  Account 


240  BIBLIOGRAPHIE. 

of  that  ancient  foundation,  its  builders,  and  those  who  sleep  therein. 
London,  Nisbet,  1904.  Ia-8»,  370  p.  2  s.  6  d. 

175.  Hymni  inediti.  Liturgische  Hymnen  des  MittelaUers.  7.  Folge. 
Aus  Handschriften  und  Fruhdrucken  hrsg.  von  Guido  Maria  Dreves. 
Leipzig,  0.  R.  Reisland,  1903.  In-8°,  324  p.  (Analecta  hymnica  medii 
aevi.  XLllI.)  10  m. 

176.  Inventaire  liistorique  et  généalogique  des  documents  de  la 
branche  Lévis-Léran,  devenue  Lévis-Mirepoix,  précédé  d'une  notice 
sur  les  cinq  premiers  Lévis.  T.  l'^"  :  comprenant  les  première,  deuxième 
et  troisième  parties.  Toulouse,  Privât,  1903.  Iu-4o,  vin-488  p.  (Archives 
du  château  de  Léran.) 

177.  IvANOv  (K.  A.).  Srednevëkovaia  dorevnia  i  eia  obitateli.  (Le  vil- 
lage au  moyen  âge.)  2«e  izdanie.  Saint  Pétersbourg,  magasin  classique, 
1903.  ln-8°,  141  p.,  ill.  0  r.  75. 

178.  Jadart  (Henri).  Le  Bourg  et  l'ancienne  abbaye  de  Chaumont- 
Porcien  (Ardennes).  Notes  et  documents.  Reims,  Michaud,  1904.  In-S", 
55  p.  (Extrait  de  la  Revue  historique  ardennaise.) 

179.  Jaksch  (AugustvoN).  Die  Kârntner  Geschichtsquellen,  8H-1202. 
Klagenfurt,  F.  von  Kleinmayr,  1904.  Gr.  in-8'»,  lix-600  p.  (Monumenta 
historica  ducatus  Garinthiae,  3.)  30  m. 

180.  James  (Montagne  Rhodes).  The  ancient  libraries  of  Ganterbury 
and  Dover  :  the  catalogues  of  Ihe  libraries  of  Christ  church  Priory  and 
St.  Augustine's  Abbey  at  Ganterbury  and  of  St.  Martin's  Priory  at 
Dover;  now  first  coUected  and  published,  with  an  introd.  and  identi- 
fications of  the  extant  remains,  by  Montague  Rhodes  James.  New  York, 
Macmillan,  1904.  In-8°,  xcv-552  p.  6  s.  d. 

181.  Jansen  (Max).  Papst  Bonifatius  IX  (1389-1404)  und  seine  Bezie- 
hungen  zur  deutschen  Kirche.  Freiburg-i.-B.,  Herder,  1904.  In-8°, 
v-xi-214  p.  (Studien  und  Darstellungen  aus  dem  Gebiete  der  Geschichte. 
III,  3-4.)  3  m.  80. 

182.  Jarnik  (H.).  Studie  iiber  die  Komposition  der  Fierabrasdichtun- 
gen  (Fierabras,  Destruction  de  Rome).  Halle,  M.  Niemeyer,  1903. 
In-8»,  vni-113  p.  2  m.  80. 

183.  JoNssoN  (F.).  Det  norsk-islandske  Skjaldesprog  omtr.  800-1300. 
Udgivet  for  Samfund  til  Udgivelse  of  gammel  nordisk  Litteratur. 
Kobenhavn,  Gyldendal,  1904.  In-8»,  126  p.  3  kr.  50. 

184.  Joyce  (P.  W.).  A  social  history  of  ancient  Ireland,  treating  of 
the  government,  military  system  and  law,  religion,  learuing  and  art; 
trades,  industries,  and  commerce;  manners,  customs;  and  domestic 


BIBLIOGRAPHIE.  241 

life  of  the  ancient  Irish  people.  New  York,  Longmans,  Green  and  Go., 
1903.  In-80,  xxiii-634  p.  et  xi-651  p.  8  s. 

185.  Karbowiak  (  Antoni).  Dziegi  wychowania  i  szkôl  w  Polsce.  T.  II  : 
Wieki  srednie.  [Histoire  de  l'éducation  et  des  écoles  en  Pologne. 
Moyen  âge.]  2  :  1364-1432.  Saint-Pétersbourg,  K.  Gretidyszynski,  1904. 
In-80,  vin-490  p.  2  r.  70. 

186.  Kehrer  (Hugo).  Die  «  Heiligen  drei  Kônige  »  in  der  Légende 
und  in  der  deutschen  bildenden  Kunst  bis  Albrecht  Diirer.  Strassburg, 
J.  H.  E.  Heitz,  1904.  In-8°,  ix-132  p.,  avec  fig.  et  pi.  fStudien  zur 
deutschen  Kunstgeschichte.  53.)  8  m. 

187.  Keller-Escher  (G.).  Das  Steuerwesen  der  Stadt  Ziirich  im  xni., 
XIV.  und  XV.  Jahrh.  Ein  Beilrag  zur  mittelàlterl.  Wirtschaftsgescbichte 
Ziirichs.  Ziirich,  Fàsi  und  Béer,  1904.  In-S»,  85  p.  et  3  pi.  (Neujahrs- 
blatt  auf  d.  J.  1904.  Zum  Besten  des  Waisenhauses  in  Ziirich.  67.) 

188.  Khanenko  (B.  N.),  Khanenko  (V.  J.).  Drevnosti  pridnèprovia. 
(Antiquités  de  la  région  du  Dniepre.  Époque  slave,  vi^-xni''  s.)  Fasc.  V. 
Kiev,  impr.  de  J.  Kouljenk,  1903.  In-40,  70  p.,  40  pi. 

189.  Kluge  (Frdr.).  Mittelenglisches  Lesebuch.  Mit  Glossar  versehen 
von  Arth.  Kôlbing.  Halle,  M.  Niemeyer,  1904.  In-S»,  vni-219  p.  5  m. 

190.  KocH  (Paul).  Die  byzantinischen  Beamtentitel  von  400  bis  700. 
Jena  (G.  Neuenhahn),  1903.  In-8o,  128  p.  2  m.  40. 

191.  KocK  (Ernst  A.).  Die  Woifenbûtteler  mitlelniederdeutschen 
Versionen  der  Benediktinerregel.  Wolfenbiittel,  A.  Stichtenoth  Nachf., 
1903.  In-8%  iv-124  p.  2  m.  50. 

192.  KoEGHLiN  (Raymond).  La  Sculpture  du  xiv«  et  du  xv^  siècle  dans 
la  région  de  Troyes.  Gaen,  Delesques,  1904.  In-8o,  36  p.  et  pi.  (Extrait 
du  Compte-rendu  du  soixanle-neuvième  congrès  archéologique  de  France.) 

193.  Kronegg  (Ferd.).  Illustrierte  Geschichte  der  Stadt  Mlinchen. 
16.-30.  (Schluss-)  Lfg.  Miinchen,  M.  Kelierer,  1903.  In-4°,  n  p.  et  p.  241- 
496.  0  m.  60. 

194.  KuEHN  (Ose).  Medicinisches  aus  der  altfranzôsischen  Dichtung. 
Breslau ,  J.  U.  Kern,  1904.  In -8°,  vn-147  p.  (Abhandlungen  zur 
Geschichte  der  Medicin,  8.)  5  m. 

195.  Lallemand  (Alfred).  Les  Origines  historiques  de  la  ville  de 
Vannes,  de  ses  monuments,  de  ses  armoiries,  des  noms  de  ses  rues. 
2<=  édition.  Vannes,  impr.  Galles,  s.  d.  In-8o,  380  p. 

196.  Lallemand  (Léon).  Histoire  de  la  charité.  T.  II  :  les  Neuf  pre- 
miers siècles  de  l'ère  chrétienne.  Paris,  Picard  et  fils,  1903.  In-8», 
205  p. 

^904  46 


242  BIBLIOGRAPHIE. 

197.  Langer  (F.).  Zur  Frage  des  Abingdon  Chartulars.  Berlin,  Mayer 
und  Mùller,  1904.  In-8°,  vii-75  p.  1  m.  80. 

198.  Langlois  (Gh.-V.).  La  Société  française  au  xiii^  siècle,  d'après 
dix  romans  d'aventure.  Paris,  Hachette  et  C'«,  1904.  ln-16,  xxni-335  p. 
(Bibliothèque  variée.)  3  fr.  50. 

199.  Langlois  (Ch.-V.).  Manuel  de  bibliographie  historique.  2«  fasc. 
Paris,  Hachette  et  G^S  1904.  In-16,  p.  241-623.  6  fr. 

199  bis.  Langlois  (Ernest).  Table  des  noms  propres  de  toute  nature 
compris  dans  les  chansons  de  geste  imprimées.  Paris,  Bouillon,  1904. 
In-8°,  xx-674  p. 

200.  La  Servière  (J.  de).  Charlemagne  et  l'Église.  Paris,  Bloud  et  0*^, 
1904.  In-16,  64  p.  (Science  et  religion.  Études  pour  le  temps  présent.) 
0  fr.  60. 

201.  Lasteyrie  (Robert  de).  Bibliographie  des  travaux  historiques  et 
archéologiques  publiés  par  les  sociétés  savantes  de  la  France,  dressée 
sous  les  auspices  du  ministère  de  l'instruction  publique.  T.  IV,  3^  livr., 
nos  74687  à  80853.  Paris,  Leroux,  1903.  In-4o,  p.  401  à  592.  4  fr. 

202.  La  Tour  du. Pin-La  Charge  (De).  Notice  historique  sur  la  com- 
mune d'Arrancy,  au  pays  laonnais  (étude  sociale).  Laon,  impr.  du 
Journal  de  l'Aisne,  1904.  In-8o,  ii-59  p. 

203.  Lazard  (Lucien).  Répertoire  alphabétique  du  fonds  des  domaines 
des  archives  départementales  de  la  Seine,  l"""  partie  :  Série  des  dossiers. 
Paris,  Picard  et  fils,  1904.  Gr.  in-8°  à  2  col.,  xviii-256  p. 

204.  Lechleitner  (Fritz).  Bas  Ulmer  Miinster.  (Laubsàgevorlagen.) 
Mùnchen,  Mey  und  Wigmayer,  1903.  Gr.  in-fol,  30  pi.  4  m.  50. 

205.  Le  Glert  (Louis).  Les  Églises  romanes  de  l'Aube.  Gaen, 
Delesques,  1904.  In-8°,  17  p.  et  grav.  (Extrait  du  Compte-rendu  du 
soixante-neuvième  congrès  archéologique  de  France,  tenu  en  1902  à  Troyes 
et  Provins.) 

206.  Le  Clert  (Louis).  Les  Mottes  féodales  et  les  Mottes  gauloises 
dans  l'Aube.  Gaen,  Delesques,  1904.  In-8o,  18  p.  (Extrait  du  Compte- 
rendu  du  soixante-neuvième  congrès  archéologique  de  France,  tenu  en  1902 
à  Troyes  et  Provins.) 

207.  Lefèvre-Pontalis  (Eugène).  L'Architecture  gothique  dans  la 
Champagne  méridionale  au  xni«  et  au  xiv»  siècle.  Paris,  Picard  et  fils, 
Schmid,  1904.  In-8°,  81  p.,  avec  dessins  et  26  photographies.  (Extrait 
du  Compte-rendu  du  soixante-neuvième  congrès  archéologique  de  France.) 

208.  Lefèvre-Pontalis  (Eugène).  L'Église  abbatiale  d'Évron  (Mayenne). 
Mamers,  Fleury  et  Dangin,  1903.  In-8°,  44  p.  et  grav.  (Extrait  de  la 
Revue  historique  et  archéologique  du  Maine,  t.  LIV.) 


BIBL[OGRAPHIE.  243 

209.  Lefèvre-Pontalis  (Eugène).  Les  Puits  des  Saints-Forts  et  les 
cryptes  de  la  cathédrale  de  Chartres.  Caen,  Delesques,  1904.  In-8», 
24  p.  et  plan.  (Extrait  du  Bulletin  monumental.) 

210.  Lehnbuch  (Das)  Friedrichs  des  Strengen,  Markgrafen  von  Meis- 
sen  und  Landgrafen  von  Thùringen  1349-1350.  Hpsg.  von  Woldem. 
Lippert  und  Hans  Beschorner.  Leipzig,  B.  G.  Teubner,  1903.  In-S», 
CGLviu-642  p.,  9  pi.  (Schriften  der  kônigi.  sàchs.  Kommission  f. 
Geschichte.)  28  m. 

211.  Lesort.  Lettres  inédites  de  Louis  XII,  François  1*='",  Charles  IX 
et  Catherine  de  Médicis.  Paris,  Impr.  nationale,  1903.  In-S»,  8  p. 
(Extrait  du  Bulletin  historique  et  philologique,  1902.) 

212.  Lettres  communes  des  papes  d'Avignon  analysées,  d'après  les 
registres  du  Vatican,  par  les  chapelains  de  Saint-Louis-des-Français,  à 
Rome.  N°  2  bis  :  Benoît  XII  (1334-1342).  Lettres  communes  analysées, 
d'après  les  registres  dits  d'Avignon  et  du  Vatican,  par  J.-M.  Vidal. 
Paris,  Fontemoing,  1902-1903.  2  fasc.  in-4°.  le"-  fasc.  (feuilles  1  à  28), 
p.  1  à  222;  2«  fasc.  (feuilles  29  à  63),  p.  223  à  498.  (Bibhothèque  des 
Écoles  françaises  d'Athènes  et  de  Rome,  3<^  série,  tbis,  1,  2.) 

213.  Levy  (Emil).  Provenzalisches  Supplement-Wôrterbuch.  Berich- 
tigungen  und  Ergànzungen  zu  Raynouards  Lexique  roman.  16.  Heft. 
Leipzig,  O.  R.  Reisland,  1903.  In-8o,  p.  257-384.  4  m. 

213  bis.  Lex  (Léonce).  Documents  inédits  de  numismatique  bourgui- 
gnonne. Paris,  Impr.  nationale,  1904.  In-8",  16  p.  (Extrait  du  Bulletin 
archéologique,  1903.) 

214.  LiNDELÔF  (Uno).  Studien  zu  altenglischen  Psalterglossen.  Bonn, 
P.  Hanstein,  1904.  In-8%  iv-123  p.  (Bonner  Beitràge  zur  AngUstik, 
13.)  4  m. 

215.  Lippert  (Wold.).  Die  deutschen  Lehnbiicher.  Beitrag  zum  Regis- 
terwesenund  Lehnrechtdes  Mittelalters.  Leipzig,  B.  G.  Teubner,  1903. 
In-8»,  vii-184  p.  8  m. 

216.  LiTON.  Vie  de  saint  Girard,  apôtre  du  pays  de  Brossay.  Angers, 
Germain  et  Grassin,  1903.  In-8»,  103  p.  et  portr.  en  couleur. 

217.  LoEWE  (Vict.).  Biicherkunde  der  deutschen  Geschichte,  kriti- 
scher  Wegweiser  durch  die  neuere  deutsche  histor.  Litteratur.  Berlin, 
J.  Rade,  1903.  In-8°,  vii-120  p.  3  m. 

218.  LoNGNON  (Auguste).  Pouillés  de  la  province  de  Lyon.  Paris, 
C.  Klincksieck,  1904.  In-4o,  Lm-324  p.  (Recueil  des  historiens  de  la 
France.) 

219.  LoNGNON  (Auguste).   Pouillés  de  la  province  de  Sens.  Paris, 


244  BIBLIOGRAPHIE. 

C.  Klincksieck,  1904.  10-4°,  lxxxv-797  p.  (Recueil  des  historiens  de  la 
France.) 

220.  LoNGNON  (Auguste).  Fouillés  de  la  province  de  Tours.  Paris, 
G.  Klincksieck,  1903.  In-4o,  ci-607  p.  (Recueil  des  historiens  de  la 
France.) 

221.  LosERTH  (Joh.).  Geschichte  des  spàteren  Mittelalters  von  1197  bis 
1492.  Mijnchen,  R.  Oldenbourg,  1903.  In-8o,  xv-727  p.  (Handbuch  der 
mittelalterl.  und  neueren  Geschichte,  II.)  16  m.  50, 

222.  Lot  (Ferdinand).  De  quelques  personnages  du  ix*^  siècle  qui  ont 
porté  le  nom  de  Hilduin.  Paris,  Bouillon,  1903.  In-S",  34  p.  (Extrait  du 
Moyen  Age.) 

223.  Lucas  (Fritz).  Zwei  kritische  Untersuchungen  zur  Geschichte 
Friedrichs  I.  1.  Tl.  :  Friedrichs  I  ersler  Romzug  (1154-1155);  2.  Tl.  : 
Die  angebliche  Zusammenkunft  von  Parlenikirchen  (1176)  und  der 
Sturz  Heinrichs  des  Lôwen  (1180).  Berlin,  Mayer  und  Mûller,  1904. 
In-8o,  48  p.  1  m.  20. 

224.  LuTHMER  (Ferd.).  Romanische  Ornamente  und  Baudenkmâler  in 
Beispielen  aus  kirchlichen  und  profanen  Bauwerken  des  xi.  bis 
XIII.  Jahrh.  2  Ablh.  Ornamentale  Einzelheiten  aus  romanischen  Bau- 
werken der  Schweiz.  Frankfurt.-a.-M.,  H.  Keller,  1903.  Gr.  in-fol., 
2  p.,  30  pi.  30  m. 

225.  Maître  (Léon),  Berthou  (Paul  de).  Cartulaire  de  l'abbaye  de  Sainte- 
Croix  de  Quimperlé.  2«  édition,  revue,  corrigée  et  augmentée.  Paris, 
Champion,  1904.  In-8o,  xi-409  p.  (Bibliothèque  bretonne  armoricaine, 
fasc.  4.) 

226.  Manzoni  (Luigi).  Pubblicata  de  chanzone  popolare  del  sec.  xv. 
Perugia,  Unione  tipografica  cooperativa,  1903.  In-8°,  6  p. 

227.  Marcugci  (Alessandro).  Inferno,  canlo  xiii;  Piero  Délia  Yigna. 
Inferno,  canto  xxxiii;  Ugolino  Délia  Gherardesca.  Conferenze  lette  nel 
corso  popolare  di  letture  dantesche  per  il  vi  centenario  di  Dante  in 
Roma,  marzo-agosto  1900.  Roma,  tip.  Capitolina  D.  Battarelli,  1903. 
Inl6,  32  p. 

228.  Martin-  (J.  E.  A.).  Urkundenbuch  der  Stadt  Jena  und  ihrer 
geistlichen  Anstalten.  2.  Bd.  1406-1525.  Namens  des  Vereins  f.  thii- 
ring.  Geschichte  und  Altertumskunde  m.  Benutzung  des  Nachlasses 
hrsg.  von  Ernst  Devrient.  Jena,  G.  Fischer,  1903.  In-8»,  xliv-608  p. 
(Thiiringische  Geschichtsquellen.  Neue  Folge,  3.)  16  m. 

229.  Martroye  (F.).  L'Occident  à  l'époque  byzantine  :  Goths  et  Van- 
dales. Paris,  Hachette  et  G^^  1904.  In-8»,  xii-631  p.  7  fr.  50. 

230.  Massereau  (T.).  Le  Château  de  Sarzay  (Indre).  Gaen,  Delesques, 


BIBLIOGRAPHIE.  245 

1904.  In-S",  17  p.,  avec  plan  et  grav.  (Extrait  du  Bulletin  monumental, 
année  1903.) 

231.  MAYER(Ernst).  Die  dalniatisch-istrische  Munizipalverfassung  ira 
Mittelalter  iind  ilire  rômischen  Grundlagen.  Weimar,  H.  Bôhlau's 
Nachf.,  1903.  In-8°,  100  p.  (Extrait  de  Zeilschr.  cl.  Savigny  Stiftrj.  f. 
Rechtsgesch.)  2  m.  80. 

232.  Meinicke  (Max).  Das  Prâfix  re  im  Franzôsisclien.  Berlin,  Mayer 
und  Mûller,  1904.  In-S»,  viii-115  p.  2  m.  40. 

233.  Mély  (F.  de).  Exuviae  sacrae  Gonstantinopolitanae.  T.  III  :  la 
Croix  des  premiers  croisés;  la  sainte  lance;  la  sainte  couronne,  Paris, 
Leroux,  1904.  In-S»,  iii-444  p.,  avec  fig. 

234.  Menjot  d'Elbenne.  Gartulaire  du  chapitre  royal  de  Saint-Pierre- 
de-la-Cour,  au  Mans.  Le  Mans,  au  siège  de  la  Société,  maison  Scar- 
ron,  1904.  In-S",  291  p.,  avec  grav.  (Archives  historiques  du  Maine, 
IV,  !«••  fasc.) 

235.  Menjot  o'Elbenne.  Note  sur  la  famille  de  Jean  d'Yerrian,  évêque 
du  Mans  (1439-1448).  Laval,  impr.  Goupil,  s.  d.  In-8«,  3  p.,  avec 
1  grav. 

236.  Menjot  d'Elbenne.  Note  sur  les  premiers  vicomtes  du  Mans  ;  le 
vicomte  Geoffroy.  Laval,  impr.  Goupil,  s.  d.  In-8°,  5  p. 

237.  MÉTArs  (Gh.).  De  l'authenticité  des  chartes  de  fondations  et  bulles 
de  l'abbaye  de  la  Trinité  de  Vendôme.  Vannes,  impr.  Lafolye,  1904. 
In-8o,  37 'p- 

238.  Michel  (Edmond).  Histoire  de  la  ville  de  Brie-Gomte-Robert, 
des  origines  au  xv  siècle.  Paris,  Dujarric  et  G»*,  1902.  In-8°,  500  p., 
avec  grav.  12  fr. 

239.  MiLTOUN  (Frances).  The  cathedrals  of  northern  France;  with 
80  ill.,  plans  and  diagrams  by  Blanche  Me.  Manus.  Boston,  L.  G.  Page 
and  Go.,  1903.  In-8°,  400  p.,  d  cl.  1  s.  60. 

240.  Miscellaneavaldostana.  Pinerolo,  tip.  Ghiantore-Mascarelli,  1903. 
In-8»,  Lxxxiii-423  p.,  4  facs.  et  1  pi.  15  1. 

241.  MisGiATELLi  (Piej'o).  Il  cantico  di  Frate  Sole  :  discorso  tenuto  nel 
circolo  senese  Pro  Gultura  il  10  maggio  1903.  Roma,  Società  italiana 
catolica  di  cultura,  1903.  In-8»,  38  p. 

242.  MoGK  (Eug.).  Geschichte  der  norwegischislândischen  Literatur. 
2.  verb.  und  verm.  Aufl.  Strassburg,  K.  J.  Triibner,  1904.  In-8°,  viii- 
386  p.  (Sonderdr.  aus  der  2.  Aufl.  von  Paul's  «  Grundriss  d.  german. 
Philol.  »)  9  m. 

243.  MojiAL  (G.).  Monographie  communale  et  paroissiale  de  Trois- 
villes.  Gambrai,  impr.  d'Halluin-Carion,  1903.  In-80,  iv-292  p.  et  grav. 


246  BIBLIOGRAPHIE. 

244.  Monumentea  Germaniae  et  Italiae  typographica.  Deutsche  und 
italien.  Inkunabela  in  getreuen  Nachbildgn.  hrsg.  von  der  Direction 
der  Reiclisdruckerei.  Auswahl  und  Text  von  K.  Burger.  Berlin  ;  Leip- 
zig, 0.  Harrassowitz,  1904.  Gr.  in-8»,  25  pi.  20  m. 

245.  Monn.menta  Germaniae  historica  inde  ab  a.  Christi  D.  usque  ad 
a.  M.  D.  éd.  sociotas  aperiendis  fonlibus  rerum  Germanicarum  medii 
aevi.  Scriptorum  tomi_  XXXI  pars  n.  Hannover,  Hahn,  1903.  In-4'>, 
VIII  p.  et  p.  337-776,  10  pi.  15  m. 

246.  Monumenta  Hungariae  judaica.  Publicari  fecit  societas  littera- 
ria  hungarico-judaica.  T.  I  :  1092-1539.  Coopérante  Mauricio  Weiss 
studio  Arminii  Friss.  Budapest,  R.  Lampel,  1903.  In-8°,  xli-524  p. 
10  m. 

247.  MooRE  (E.).  Studies  in  Dante.  3rd  séries.  Miscellaneous  Essays. 
London,  Frowde,  1904.  In-S",  404  p.  10  s.  6  d. 

248.  MoRANViLLÉ  (Henri).  Inventaire  de  l'orfèvrerie  et  des  joyaux  de 
Louis  I",  duc  d'Anjou.  1"  fasc.  Paris,  Leroux,  1903.  In-8°,  144  p. 
(Ministère  de  l'instruction  publique.) 

249.  MoRiN  (Dom  G.).  Lettre  inédite  de  Pascal  II  notifiant  la  déposi- 
tion de  Turold,  évèque  de  Baveux,  puis  moine  du  Bec  (8  octobre  1104). 
Louvain,  bureaux  de  la  Revue  d'histoire  ecclésiastique,  1904.  In-8»,  8  p. 

250.  MiJHLAU  (Johs.).  Zur  Frage  nach  der  gotischen  Psalmeniiberse- 
tzung.  Kiel,  W.  G.  Mùlhau,  1904.  In-8°,  iv-58  p.  1  m. 

251.  Naval  (F.).  Elementos  de  arqueologia.  Santo-Domingo-de-la- 
Galzada,  impr.  de  José  Sâenz  Moneo,  1903.  In -8°,  xvii-560  p., 
501  grav.  6  p. 

252.  Nejedly  (Zdenëk).  Dëjiny  mësta  Litomysle  a  okoli.  [Histoire  de 
Litomysl.]  I  (do  r.  1421).  Litomysl,  J.  R.  Veselik,  1903.  In-8°,  xix- 
372  p.,^  ill.  5  k. 

253.  Neuwirth  (Jos.).  Gistercienserkunst  in  CEsterreich  wàhrend  des 
Mittelalters.  Wien,  Gerold  und  Co.,  1903.  In-8°,  35  p.  1  m. 

254.  NoREEN  (Adf.).  Altnordische  Grammatik,  I.  Altislàndische  und 
altnorweg.  Grammatik.  Unter  Berùcksicht.  des  Urnordischen.  3.  voU- 
stàndig  umgearb.  Aufl.  Halle,  M.  Niemeyer,  1903.  In-8°,  xv-419  p. 
(Sammlung  kurzer  Grammatiken  germanischer  Dialekte,  IV.)  8  m. 

255.  NovâcEK  (V.  T.).  Sigismundi  régis  Bohemiae  litterae  donationura 
regalium  (1421-1437).  Prague,  Fr.  Rivnàc,  1903.  Gr.  in-8°,  56  p.  0  k.  80. 

256.  Oeser  (Max).  Geschichte  der  Stadt  Mannheim.  Mit  90  Kunstbei- 
lagen,  Plânen  und  Text-IUustr.  Mannheim,  J.  Bensheimer,  1903.  In-8°, 
xii-676  p.  12  m.  50. 


BIBLIOGRAPHIE.  247 

257.  Ohr  (Wilh.).  Die  Kaiserkrônung  Karls  des  Grossen,  Eine  krit. 
Studie.  Tûbingen,  J.  G.  B.  Mohr,  1904.  lu-S",  xi-155  p.  3  ra.  60. 

258.  Olsen  (Magnus).  Treoldnorske  runeindskrifter.  Kristiania,  Jacob 
Dybwad,  1903.  In-8°,  30  p.  (Christiania  Videnskabs-Selskabs  Forhand- 
linger  for  1903,  Nr.  10.)  0  k.  50. 

259.  Orléans  (Jean  d').  Les  Anciens  lieux-dits  d-e  la  commune  du 
Nouvion-en-Thiérache.  Paris,  Dubois,  1903.  In-8<>,  93  p. 

260.  Ortvay  (Thdr.).  Geschichte  der  Stadt  Pressburg.  Hrsg.  durch 
die  Pressburger  erste  Sparkasse.  Deutsche  Ausg.  II.  Bd.  4.  Abtlg.  :  Das 
Familienleben  und  das  matérielle,  intellektuelle  und  religiôssittl.  Leben 
der  Bevôlkerg.  der  Stadt  in  der  Zeit  von  1300-1526.  Pressburg,  G.  Stamp- 
fel,  1903.  In-8^  xv-539  p.  5  m. 

261.  Papal  Register.  Papal  Letters.  Vol.  V  :  1396-1404.  London,Eyre 
and  Spottiswoode,  1904.  In-8°,  15  s. 

262.  Parshall  (Ja.  Glark).  The  history  of  the  Parshall  family,  from 
the  conquesl  of  England  by  William  of  Normandy,  A.  D.  1066,  to  the 
close  of  the  19th  century.  Syracuse,  New  York,  Ja.  G.  Parshall,  1903. 
In-8<',  iv-280  p.  6  s. 

263.  Pascalein  (E.).  Histoire  de  Tarentaise  jusqu'en  1792.  Moutiers, 
impr.  Gavin,  1903.  In-S",  334-iv  p.  3  fr.  50. 

264.  Passe  (Maurice).  Évron  (instruction  et  assistance;  le  monastère 
à  travers  les  âges;  l'église).  Laval,  veuve  Goupil,  1904.  In-16, 102  p.  et 
1  grav. 

265.  Paston  Letters,  A.  D.  1422-1509.  Ed.  with  notes  and  intro.  by 
James  Gardner.  London,  Ghatto  and  Windus,  1903.  6  vol.  in-8».J2  s.  6. 

266.  Paulus.  Supplément  au  Catalogue  des  manuscrits  de  la  biblio- 
thèque de  la  ville  de  Metz  (collection  Salis).  Besançon,  impr.  Jacquin, 
1904.  In-80,  16  p.  (Extrait  du  Bibliographe  moderne,  1903.) 

267.  Peintures  ecclésiastiques  du  moyen  âge  de  l'époque  d'art  de  Jean 
Van  Scorel  et  P.  Van  Oostzaanen,  1490-1560.  Accompagnées  de  notices 
du  chevalier  J.  Six.  ï.  I-III.  Haarlem,  H.  Kleinmann  et  Go.,  1904. 
In-fol.,  4  ff.,  15  pi.  3  fl.  60. 

268.  Peretts  (V.  N.).  Povést  trekh  koroliakh  volkhvakh  v  Zapadno- 
russkom  spiské  xv  véka.  [La  légende  des  trois  rois  mages  au  xv«  siècle 
dans  la  Russie  occidentale.]  Saint-Pétersbourg,  Académie  des  sciences, 
1903.  In-8o,  116  p.  (Pamialniki  drevneï  pismennosti  i  iskusstva,  150.) 

269.  Périer  (Arsène).  Un  chancelier  au  xv«  siècle  :  Nicolas  Rolin 
(1380-1461).  Paris,  Plon-Nourrit  et  G'^  1904.  In-8%  400  p.,  avec  portr. 
7  fr.  50. 

270.  PetrusevskiI  (Dmitriï).  Ocerki  iz  istorii  angliïskago  gosudarstva 


248  BIBLIOGRAPHIE. 

i  obscestva  v  srednë  vèka.  [Esquisses  de  l'histoire  politique  et  sociale 
de  l'Angleterre  au  moyen  âge.]  I.  Saint-Pétersbourg,  Brockhaus-Efron, 

1903.  In-8o,  268  p.  (Istoriia  Evropy  pod  red.  N.  I.  Karéeva  i  I.   V. 
Lucinskago.) 

271.  PiÉPAPE  (De).  Une  châtellenie  du  pays  de  Langres.  Les  anciens 
seigneurs  et  l'ancienne  seigneurie  de  «  Pieopape  »  (Piépape,  Haute- 
Marne),  étude  publiée  sous  les  auspices  de  la  Société  historique  et 
archéologique  de  Langres.  Paris,  Champion,  1903.  In-S",  211  p.  et  pi. 

272.  PiNNA  (Michèle).  Indice  dei  documenti  cagliaritani  del  r.  archi- 
vio  di  stato  dal  1323  al  1720.  Cagliari,  tip.  commerciale  di  Meloni  e 
Aitelli,  1903.  In-4o,  xv-223  p. 

273.  PiNSKER  (Cenèk).  Bitva  u  Lipan  rozbor  postupu  bitvy  30  kvètna 
1434.  [Suites  de  la  bataille  de  Lipan.]  Prague,  Fr.  Rivnâc,  1903. 
Gr.  in-8°,  40  p.  0  k.  60. 

274.  PiRANESi  (Giorgio).  Di  alcune  lapidi  dantesche  apposte  in  Firenze 
a  cura  del  comune.  Firenze,  F.  Lumachi,  1903.  In-8°,  vni-32  p. 

275.  Plan  eines  Corpus  der  griechischen  Urkunden  des  Mittelalters 
und  der  neueren  Zeit.  (Bestimmt  zur  Vorlage  bei  der  2.  allgemeinen 
Sitzung  der  Association  internationale  des  académies,  London,  1904.) 
Hrsg.  von  der  kônigl.  Akademie  der  Wissenschaften.  Mûnchen, 
G.  Franz,  1903.  In-4o,  124  p.  4  m. 

276.  Pleitner  (Emil).  Oldenburgisches  Quellenbuch.  Ein  Handbuch 
f.  Lehrer  und  Freunde  der  oldenburg.  Geschichte.  Oldenburg,  H.  Nonne, 

1904.  In-8o,  iv-111  p.  1  m.  50. 

277.  PoLAiN  (Louis).  Catalogue  de  la  bibliothèque  du  musée  Thomas- 
Dobrée.  T.  II  :  Imprimés  (l''^  partie).  Paris,  impr.  Dumoulin,  1903. 
In-S",  xi-614  p.  et  portr. 

278.  Pope  (Mildred  K.).  Étude  sur  la  langue  de  frère  Augier,  suivie 
d'un  glossaire  de  ses  poèmes.  Saint-Denis,  impr.  Bouillant,  1903.1n-4o, 
141  p. 

279.  PoRÉE.  Bulle  inédite  de  Célestin  III  en  faveur  du  prieuré  des 
Deux-Amants,  au  diocèse  de  Rouen  (31  janvier  1192).  Paris,  Impr. 
nationale  (s.  d.).  In-8°,  4  p.  (Extrait  du  Bulletin  historique  et  philologique, 
1902.) 

280.  Posse  (Otto).  Die  Siegel  des  Adels  der  Wettiner  Lande  bis  zum 
J.  1500.  I.  Bd.  Grafen  von  Kàfernburg-Schwarzburg.  —  Vôgte  von 
Weida,  Plauen  und  Géra.  —  Adel  Buchstabe  A.  Dresden,  Verlag  des 
ApoUo,  1903.  In-4°,  yii-65  p.,  50  pi.  20  m. 

281.  PouLHÈs  (Bernard).  Monographie  historique  de  l'ancien  Raulhac, 


BIBLIOGRAPHrE.  249 

depuis  ses  origines  jusqu'à  la  Révolution.   Aurillac,  Impr.  moderne, 
1903.  In-8o,  300  p. 

282.  PouPARDiN  (René).  Étude  sur  les  deux  diplômes  de  Gharlemagne 
pour  l'abbaye  de  Saint-Claude.  Paris,  Bouillon,  1903.  In-S»,  32  p. 
(Extrait  du  Moyen  Age.) 

283.  Prost  (Bernard).  Inventaires  mobiliers  et  extraits  des  comptes 
des  ducs  de  Bourgogne  de  la  maison  de  Valois  (1363-1477).  T.  I  :  Phi- 
lippe le  Hardi,  2«  fasc.  (1371-1376).  Paris,  Leroux,  1903.  In-8o,  p.  257- 
480.  (Ministère  de  l'instruction  publique.) 

284.  PuECKLER-LiMPURG  (Graf).  Die  Niirnberger  Bildnerkunst  um  die 
Wende  des  14.  und  15.  Jahrh.  Strassburg,  J.  H.  E.  Heitz,  1904.  In-8°, 
xi-180  p.,  avec  pi.  (Studien  zur  deutschen  Kunstgeschichte,  48.)  8  m. 

285.  Quellen  zur  Geschichte  der  Stadt  Wien.  Hrsg.  vom  Alterthums- 
Vereine  zu  Wien.  II.  Abth.  Regesten  aus  dem  Archive  der  Stadt  Wien. 
3.  Bd.  Verzeichnis  der  Orig.-Urkunden  des  stadt.  Archives,  1458-1493. 
Bearb.  von  Karl  Uhlirz.  Wien,  G.  Konegen,  1904.  In-4o,  vm-650  p. 
36  m. 

286.  Rastoul  (Amand).  L'Unité  religieuse  pendant  le  grand  schisme 
d'Occident  (1378-1417).  Paris,  Bloud  et  Ci%  1904.  In-16,  64  p.  (Science 
et  religion.  Études  pour  le  temps  présent.)  0  fr.  60. 

287.  Raynaud  (Gaston).  Eustache  Deschamps  :  sa  vie,  ses  œuvres, 
son  temps.  Étude  historique  et  littéraire  sur  la  seconde  moitié  du 
xive  siècle  (1346-1406).  Paris,  Firmin-Didot  et  0*%  1904.  In-8o,  353  p. 
(Publications  de  la  Société  des  anciens  textes  français.) 

288.  Recueil  des  chartes  de  l'abbaye  de  Cluny  formé  par  Auguste 
Bernard,  complété,  revisé  et  publié  par  Alexandre  Bruel.  T.  VI  (1211- 
1300).  Paris,  Leroux,  1903.  In-4%  xiv-962  p.  (Collection  de  documents 
inédits  sur  l'histoire  de  France,  publiés  par  les  soins  du  ministre  de 
l'Instruction  publique,  l"'*'  série  :  histoire  politique.) 

289.  Recueil  des  chartes  de  l'abbaye  de  Saint-Benoît-sur-Loire,  réu- 
nies et  publiées  par  MM.  Maurice  Prou  et  Alexandre  Vidier.  T.  I, 
2«  fasc.  Paris,  Picard  et  fils,  190i.  In-8°,  p.  209-400.  (Documents 
publiés  par  la  Société  historique  et  archéologique  du  Gàtinais,  V.) 

290.  Reinhart  (Emma).  Die  Cluniacenser  Architektur  in  der  Schweiz 
vom  X.  bis  xni.  Jahrh.  Mit  6  Grundrissen  im  Texte.  Zurich,  Schulthess 
und  Go.,  1904.  Li-8°,  106  p.  3  m. 

290  bis.  Renard  (Edm.).  Die  Kunstdenkmâler  der  Kreise  Erkelenz  und 
Geilenkirchen.  Diisseldorf,  L.  Schwann,  1904.  Gr.  in-8°,  vi-223  p.,  avec 
fig.  et  pi.  (Die  Kunstdenkmâler  der  Rheinprovinz,  VIII.)  4  m.  50. 

291.  RicHTEBiGH  (Joh.).  Papst  Nikolaus  I  (24.  IV.  858-13.  XI.  867). 


250  BIBLIOGRAPHIE. 

Eine   Monographie.    Bern,    Stàmpfli  und   Go.,  1903.   In-S",  200    p. 
5  m.  40. 

292.  RiEMER  (M.).  Geschichte  der  Kirchgemeinde  Badeleben  voq  der 
Grûndung  des  Ortes  bis  zur  Reformation.  Leipzig,  A.  Strauchi,  1903. 
In-S»,  59  p.  (Kirchengalerie  der  Prov.  Sachsen.  Sammlung  von  Ghro- 
niken  niedersàchs.  Kirciidôrfer.  I.  Die  Diocèse  Eisleben,  1.)  1  m.  50. 

293.  Rigestum  (II)  comunis  Albe,  pubblicato  da  Euclide  Milano,  con 
l'assistenza  e  le  cure  di  F.  Gabotto  e  F.  Eusebio.  I.  Pinerolo,  tip. 
Ghiantore-Mascarelli,  1903.  In-8o,  xxxii-381  p.  9  1. 

294.  RiTZ  (Ludolf).  Die  altère  Geschichte  des  Vestes  und  der  Stadt 
Recklinghausen.  Ein  Beitrag  zur  deutschen  Verfassungsgeschichte. 
Essen,  G.  D.  Baedeker,  1903.  In-S»,  yiii-184  p.  4  m.  50. 

295.  Rocholl(R.).  Bessarion.  Studie  zur  Geschichte  der  Renaissance, 
Leipzig,  A.  Deichert  Nachf.,  1904.  In-8°,  xu-239  p.  4  m. 

296.  RoTTiNGER  (Heinr.).  Hans  Weiditz,  der  Petrarkameister.  Strass- 
burg,  J.  H.  E.  Heitz,  1904.  In-8o,  xii-113  p.,  avec  pi.  et  6g.  (Studien 
zur  deutschen  Kunstgeschichte,  50.)  8  m. 

297.  Root  (Rob.  Kilburn).  The  legend  of  S'  Andrew;  from  the  okl 
Enghsh.  New  York,  H.  Holt  and  Go.,  1903.  In-8",  xni-58  p.  (Yale  stu- 
dios in  English,  n»  7.)  50  c. 

298.  Roques  (Charles).  Inventaire  sommaire  des  archives  départe- 
mentales antérieures  à  1790  (Haute-Garonne).  Archives  civiles  (série  B, 
nos  \  à  92 N.)  T.  I.  Toulouse,  Privât,  1903.  Gr.  in-4o  à  2  col.,  vm-565  p. 

299.  Roserot  (Alphonse).  Les  Abbayes  du  département  de  l'Aube 
(abbayes  de  Moutier-la-Celle,  de  Mores,  de  Nesle,  transférées  à  Vilie- 
nauxe,  de  Notre-Dame-des-Prés  et  du  Paraclet).  Additions  et  correc- 
tions à  la  a  Gallia  christiana,  »  t.  IV  et  XII  (4«  partie).  Paris,  Impr. 
nationale,  1904.  In-8°,  31  p.  (Extrait  du  Bulletin  historique  et  philolo- 
gique, 1903.) 

300.  Ruelle  (Gh. -Emile).  Essai  d'une  bibliographie  de  la  montagne 
Sainte-Geneviève  et  de  ses  abords  (V«  et  XIII»  arrondissements).  Tours, 
impr.  Arrault  et  G'<=,  1903.  In-S»  à  2  col.,  39  p.  (Extrait  du  Bulletin  du 
Comité  de  la  montagne  Sainte- Geneviève,  t.  III.) 

301.  Salvetti  (Raffaele).  Vita  di  S.  Silao,  vescovo  irlandese.  Lucca, 
tip.  Landi,  1903.  In-8°,  119  p. 

302.  SamoIlovic  (A.  N.).  Zapadnol  Turkestan  so  vremeni  zavoevaniia 
Arabami  po  Mongolskago  vladycestva.  [Le  Turkestan  occidental  sous 
la  domination  arabe  et  mongole.]  Saint-Pétersbourg,  impr.  Zolotukhin, 
1903.  In-8»,  144  p. 

303.  Sandys  (J.  Edwin).  A  history  of  classical  scholarship,  from  the 


BIBLIOGRAPHIE.  25^ 

sixth  century  B.  G.  to  the  end  of  the  middle  âges.  New  York,  Mac- 
raillaa,  1903.  In-12,  ix-67i  p.  3  s.  50. 

304.  Sauerlandt  (Max).  Ueber  die  Bildwerke  des  Giovanni  Pisano. 
Diisseldorf,  K.  R.  Langewiesche,  1904.  In-S",  vi-112  p.,  31  fig.  3  m.  60. 

305.  ScHAEFER  (G.).  Die  Holzarcliitektur  Deutschlands  vom  xiv.  bis 
XVIII.  Jahrh.  Hrsg.  vom  Verbande  deutscber  Architekten-  und  Ingé- 
nieur-Vereine  unddem  Gesammtvereine  der  deutschen  Geschichts-  und 
Alterthums- Vereine.  7  und  8.  Berlin,  E.  Wasmuth,  1903.  In-fol.,  vu  p., 
20  pi.  et  ill.  12  m. 

306.  ScHAEFFER  (Emii).  Das  Fiorentiner  Bildnis.  Mûnchen,  Verlags- 
anstalt  F.  Bruckmann,  1904.  In-S»,  237  p.,  avec  fig.  7  m. 

306  bis.  ScHiMMER  (Karl  Eduard).  Alt-  und  Neu-Wien.  Geschichts 
der  ôsterreich.  Kaiserstadt,  2.  Aufl.  Wien,  A.  Hartleben,  1904.  Ia-8<», 
vii-744  et  vi-688  p.  20  m. 

307.  ScHMiDT  (Paul).  Maulbronn.  Die  baugeschicbtliche  Entwicklung 
des  Klosters  im  12.  und  13.  Jahrh.  und  sein  Einfluss  auf  die  schwàb. 
und  frànk.  Architektur.  Strassburg,  J.  H.  E.  Heitz.  In-S»,  xv-128  p., 
11  pi.  (Studien  zur  deutschen  Kunstgeschichte,  47.)  8  m. 

308.  ScHMiDT  (Rob.).  Schloss  Gottorp,  ein  nordischer  Fiirstensitz.  Ein 
Beitrag  zur  Kunstgeschichte  Schleswig-Holsteins.  2.,  durch  Zusàtze 
venu.  Ausg.  Mit  vielen  Lith.  und  Lichtdr.  Heidelberg,  J.  H.  Eckardt, 

1903.  In-fol.,  VIII-8D  p.,  20  pi.  35  p. 

309.  Schmitz-Kallenberq  (Ludw.).  Practica  cancellariae  apostoiicae 
saeculi  xv.  exeuntis,  Ein  Handbuch  f.  den  Verkehr  m.  der  pàpstl. 
Kanzlei.  Miinster,  Coppenrath,  1904.  In-8°,  86  p.,  avec  fig.  10  m. 

310.  Schneider  (Arth.).  Die  Psychologie  Alberts  des  Grossen.  Nach 
den  Quellen  dargestellt.  1.  Tl.  Munster,  Aschendorff,  1903.  In-S",  xiv- 
292  p.  (Beitràge  zur  Geschichte  der  Philosophie  des  Mittelalters,  5.) 
7  m.  50. 

311.  Schnitzer  (Jos.).  Quellen  und  Forschungen  zur  Geschichte  Savo- 
narolas.  II.  Savonarola  und  die  Feuerprobe.  Miincben,  J.  J.  Lentner, 

1904.  In-8°,  viii-175  p.  (Verôffentlichungen   aus  dem  kirchenhistori- 
schen  Seminar  Mijnchen,  II,  3.)  3  m.  40. 

312.  ScHOLz  (Rich.).  Die  Publizistik  zur  Zeit  Philipps  des  Schonen 
und  Bonifaz  VIII.  Ein  Beitrag  zur  Geschichte  der  polit.  Anschauun- 
gen  des  Mittelalters.  Stuttgart,  F.  Enke,  1903.  In-8o,  xiv-528  p.  (Kir- 
chenrechtliche  Abhandlungen,  6-8.)  16  m. 

313.  Sciiônaich  (G.).  Die  alte  Fiirstentumshauptstadt  Jauer.  Bildcr 
und  Studien  zur  jauerschen  Stadtgeschichte.  Jauer,  0.  Hellmann,  1903. 
In-8°,  188  p.,  avec  fig.,  1  pi.  4  m. 


252  BIBLIOGRAPBIE. 

314.  ScHÔNBACH  (Ant.  E.).  SLudien  zur  G-eschichte  der  altdeutschen 
Predigt.  3.  Stûck  :  Das  Wirken  Bertholds  voa  Regensburg  gegen  die 
Ketzer.  Wien,  G.  Gerold's  Sohn,  1904.  In-8°,  151  p.  (Extrait  de  Sit- 
zungsberg.  d.  k.  Akad.  d.  Wiss.)  3  m.  30. 

315.  ScEUBRiNG  (Paul).  Das  italienische  Grabmal  der  Friiiirenaissance. 
Berlin,  O.  Baumgàrtel,  1904.  In-4o,  35  p.,  40  pi.,  50  ill.  18  m. 

316.  ScHUBRjNG  (Paul).  Urbano  da  Cortona.  Ein  Beitrag  zur  Kenntnis 
derSchule  Donatellos  und  der  Sieneser  Plastik  im  Quattrocento.  Nebst 
e.  Anh.  :  Andréa  Guardi.  Strassburg,  J.  H.  E.  Heitz,  1903.  Gr.  in-8°, 
92  p.,  30  fig.  (Zur  Kunstgeschichte  des  Auslandes,  15.)  6  m. 

317.  ScHUEGK  (Henrik).  Geschicbte  der  schwedischdânischen  Litera- 
tur.  2.  verb.  Aufl.  Strassburg,  K.  J.  Triibner,  1904.  In-8«,  m  p.  et 
p.  924-940.  (Extrait  de  Paul's  Grundr.  d.  german.  Philol.,  2.  Aufl.) 
0  m.  60. 

318.  ScHULTE  (Aloys).  Die  Fugger  in  Rom  1495-1523.  Mit  Studien  zur 
Geschicbte  des  kirchl.  Finanzwesens  jener  Zeit.  Leipzig,  Duncker  und 
Humblot,  1904.  In-8o,  xi-308  et  xi-247  p.  3  pi.  13  m. 

319.  ScHWARTZENBERGER  (Alb.).  Dcr  Dom  zu  Speyer,  das  Miinster  der 
frànkiscben  Kaiser.  Neustadt-a.-d.-H.,  L.  Witter,  1903.  In-8°,  xvi-422 
et  vni-479  p.,  2  pi.  15  m. 

320.  ScHULz  (Otto).  Die  Darstellung  psychologischer  Vorgànge  in  den 
Romanen  des  Kristian  von  Troyes.  Halle,  M.  Niemeyer,  1903.  In-8°, 
vi-xLix-156  p.  4  m. 

321.  Sello  (Geo).  Geschichtsquellen  des  burg-  und  scblossgesessenen 
Geschlechts  von  Borcke.  IL  Bd.  Bis  zum  Ausgang  des  15.  Jahrh.  Ber- 
lin, J.  A.  Stargardt,  1903.  Gr.  in- 8",  vn-92  p.  et  p.  419-585,  avec  fig.  et 
pi.  20  m. 

322.  Seniori-Costantini  (Giuseppe).  Vita  di  s.  Galgano.  Ghiusdino, 
compagnia  di  s.  Galgano.  Prato,  tip.  suce.  Vestri,  1903.  In-16,  xix- 
230  p.,  1  pi.  et  fig. 

323.  Shahan  (T.  Jos.).  Saint  Patrick  in  history.  New  York,  D.  Van 
Nostrand  Go.,  1904.  In-8°,  ii-64  p.  1  s. 

324.  Sharp  (R.  F.).  Dictionary  of  English  Authors,  biographical  and 
hibliographical.  Compendious  account  of  the  lives  and  writings  of 
800  British  and  American  Writers  from  1,400  to  présent  time.  Rev.  éd. 
London,  K.  Paul,  1904.  Gr.  in-8»,  366  p.  7  s.  6  d. 

325.  SiEMELiNK  (T.  H.).  Gescbiedenis  van  de  stad  Workum.  Wor- 
kum,  T.  Gaastra  Bz.,  1903.  In-8",  288  p.  2  fl. 

326.  SiMONi  (Pavel).  Opyt  sbornika  svédénii  knigoperepletnago  khu- 


BIBLIOGRAPHIE.  253 

dojestva  na  Rusi  s  xië"  po  xviii«  stolétie.  [Reliures  artistiques  en  Russie 
du  xi«  au  xYiii^  siècle.]  Saint-Pétersbourg,  Société  des  amis  des  vieux 
livres,  1903.  In-8°,  321  p.,  73  pi. 

327.  Srbik  (Heinr.  Ritter  von).  Die  Beziehungen  von  Staat  und  Kirche 
in  Œsterreich  wâhrend  des  Mittelalters.  Innsbruck,  Wagner,  1904. 
In-S",  xvi-531  p.  (Forschungen  zur  inneren  Geschich'te  OEsterreichs, 
1.)  6  m. 

328.  Stanojevic  (St.).  Vizantija  i  Srbi.  I  :  Balkansko  poiuostrovo  do 
VH  V.  [Byzantins  et  Serbes.  1  :  la  Péninsule  des  Balkans  au  vii«  siècle.] 
Novi-Sad,  Matica  Srbska,  1903.  In-S»,  242  p.  2  k.  50. 

329.  Statuti  dell'  Avvocato  di  Givitale,  pubblicati  e  illustrati  da  P.  S. 
Leicht  e  L.  Suttina.  Anni  1291  e  1292.  Gividale  del  Friuli,  tip.  G.  Ful- 
vio,  1903.  In-4o,  xn-14  p. 

330.  Steffens  (Frz.).  Lateinische  Palàographie.  II.  Entwicklung  der 
latein.  Schrift  von  der  Zeit  Karls  des  Grosseu  bis  zum  Ende  des 
xn.  Jahrh.  Freiburg  (Schweiz),  Universitàts-  Buchh.,  1904.  Gr.  in-fol., 
pi.  XXXVI-LXX.  14  m. 

331.  Segmann  (Hans).  Meisterwerke  der  Kunst  und  des  Kunstge- 
werbes  vom  Mittelalter  bis  zur  Zeit  des  Rococo.  1.  Lfg.  Lùbeck,  B.  Nôh- 
ring,  1904.  Gr.  in-fol.,  m  p.,  10  pi.  4  m. 

332.  Stein  (Rich.).  Geschichte  der  Ortschaften  Gross-  und  Kleinin- 
gersheim.  Stuttgart,  Hobbingund  Biichle,  1903.  In-8°,  vni-240  p.,  2  fig., 
4  pi.,  2  cartes.  3  m. 

333.  Steinet-Wischenbart  (Jos.).  Frauenburg  unter  der  Herrschaft 
der  Liechtensteine  und  Stubenberge  (1140-1166).  Feldbach  (Zellweg, 
Bez.  Sudenburg,  Steiermark,  Selbstverlag),  1903.  In-8o,  44  p.  1  m. 

334.  Stengel  (Walt.).  Formalikonographische  Détail-  Untersuchun- 
gen.  I.  Das  Taubensymbol  des  hl.  Geistes.  (Bewegungsdarstellung, 
Stilisierung,  Bildtemperament.)  Strassburg,  J.  H.  E.  Heitz,  1904. 
Gr.  in-8o,  32  p.,  4  pi.  (Zur  Kunstgeschichte  des  Auslandes,  18.)  2  m.  50. 

335.  Stone  (J.  M.).  Reforination  and  Renaissance  (circa  1377-1610). 
London,  Duckwortb,  1904.  In-S",  482  p.  16  s. 

336.  Studien  zur  Palaeographie  und  Papyruskunde,  hrsg.  von 
G.  Wessely,  III.  Leipzig,  E.  Avenarius,  1904.  In-4o,  iv-136  p.,  autogr. 
12  m. 

337.  Stueckelberg  (E.  A.).  Aus  der  christlichen  Alterthumskunde. 
8  Aufsàtze.  Zurich,  F.  Amberger,  1904.  In-S",  99  p.,  24  fig.,  1  pi.  4  m. 

338.  SuLZER  (Heinr.).  Das  Dominikanerinnerkloster  Tôss.  1.  Tl. 
Geschichte.  Zurich,  Fàsi  und  Béer,  1903.  In-4o,  42  p.,  avec  ill.  et  pi. 


234  BIBLIOGRAPHIE. 

(Mitteilungen  der  antiquari&chen  Gesellschaft  in  Zurich,  XXVI,  2.) 
3  m.  20. 

339.  Svenskt  Diplomatarium  frân  ocTa  med  âr  1401.  IV.  Supplément 
till  âren  l'iOl-1420,  ulg.  genom  Karl  Henrik  Karlsson.  1:a  hft.  Stock- 
holm, P.  A.  Norstedt  et  Sôner,  1904.  In-4o,  120  p.  4  kr. 

340.  Taill  of  Rauf  Goilyear  :  a  Scottish  metrical  romance  of  the 
fifteenth  century;  éd.,  with  introd.,  note?  and  glossarial  index,  by 
W.  Hand  Browne.  Baltimore,  Johns  Hopkins  Press,  1903.  In-S», 
n-163  p.  1  s. 

341.  Terrade  (Ém.).  Étude  comparée  sur  Dante  et  «  la  Divine  Comé- 
die. »  Conférences  faites  au  cercle  du  Luxembourg.  Paris,  V.  Pous- 
sielgue,  1904.  In-16,  vm-337  p. 

342.  Thatcher  (J.  Boyd).  Ghristopher  Columbus;  bis  life,  bis  work, 
bis  remains,  as  revealed  by  original  printed  and  manuscript  records, 
witb  an  Essay  on  Peter  Martyr  of  Angbera  and  Bartolome  de  las 
Casas,  tbe  first  historians  of  America,  v.  3.  New  York,  Putnam,  1904. 
In-4°,  vai-775  p.  9  s. 

343.  Théopiste  (Histoire  de  Dioscore,  patriarche  d'Alexandrie,  écrite 
par  son  disciple).  Publiée  et  traduite  par  F.  Nau.  Paris,  Leroux,  1903. 
In-S",  181  p.  (Extrait  des  numéros  du  Journal  asiatique  de  janvier- 
février  et  mars-avril  1903.) 

344.  Thiébault  (Lucien).  Le  Privilège  de  masculinité  et  le  droit  d'aî- 
nesse en  Lorraine  et  Barrois.  Paris,  Larose,  1904.  In-8°,  xix-253  p. 

345.  Thoyts  (E.  E.).  How  to  decipber  and  study  old  documents  : 
Guide  to  reading  ancient  Mss.  Intro  by  G.  Trice  Martin.  2nd.  éd.  Lon- 
don,  Stock,  1903.  In-8°,  166  p.  4  s.  6. 

346.  Trénel  (J.).  L'Ancien  Testament  et  la  langue  française  du  moyen 
âge  (vme-xv^  siècle).  Étude  sur  le  rôle  de  l'élément  biblique  dans  l'his- 
toire de  la  langue,  des  origines  à  la  fin  du  xv«  siècle.  Paris,  Cerf,  1904. 
In-8o,  vn-672  p.  10  fr. 

347.  ToBLER  (Adolf).  Bruchstiicke  altfranzôsiscber  Dichtung  aus  den 
in  der  Kubbet  in  Damaskus  gefundenen  Handschriften.  Berlin,  G.  Rei- 
mer,  1903.  In-8°,  17  p.  (Extrait  des  Sitzungsber.  d.  preuss.  Akad.  d. 
Wiss.)  1  m, 

348.  ToBLER  (Adolf).  Vom  franzôsischen  Versbau  alter  und  neuer 
Zeit.  Zusammenstellung  der  Aufangsgriinde.  4.  Aufl.  Leipzig,  S.  Hir- 
zel,  1903.  In-8o,  ix-174  p.  4  m. 

349.  Tranchant  (Charles).  Les  Assemblées  d'habitants  en  France  au 
commencement  du  xiv«  siècle,  d'après  des  documents  inédits,  publiés 


BIBLIOGRAPHIE.  255 

par  M.  G.  Picot,  sur  les  états  et  assemblées  réunis  au  temps  de  Phi- 
lippe le  Bel.  Rapport  présenté  au  Comité  des  travaux  historiques  et 
scientifiques  (section  des  sciences  économiques  et  sociales).  Paris,  Impr. 
nationale,  1903.  In-8°,  20  p.  (Extrait  du  Bulletin  des  sciences  économiques 
et  sociales  du  Comité  des  travaux  historiques  et  scientifiques,  année  1902. 
—  Ministère  de  l'instruction  publique  et  des  beaux-artS.) 

350.  Troisièmes  mélanges  d'histoire  du  moyen  âge,  publiés  sous  la 
direction  de  M.  le  professeur  Luchaire.  (I  :  A.  Luchaire,  les  Registres 
d'Innocent  III  et  les  Regesta  de  Potthast  ;  II  :  Beyssier,  Guillaume  de 
Puylaurens  et  sa  chronique;  III  :  L.  Halphen,  la  Pénitence  de  Louis  le 
Pieux  à  Saint-Médard  de  Soissons;  IV  :  J.  Cordey,  Guillaume  de  Mas- 
souris,  abbé  de  Saint-Denis,  1245-1254.)  Paris,  F.  Alcan,  1904.  In-8°, 
271  p.  (Bibliothèque  de  la  Faculté  des  lettres  de  l'Université  de  Paris, 
XVIII.)  8  fr.  50. 

351.  TuRMEL  (Joseph).  Histoire  de  la  théologie  positive,  depuis  l'ori- 
gine jusqu'au  concile  de  Trente.  Paris,  Beauchesne  et  Ci«,  1904.  In-S", 
xxvni-511  p.  (Bibliothèque  de  théologie  historique.) 

352.  Uhde-Bernays  (H.).  Niirnberg.  Mit  2  kolor.  Kunstbeilagen, 
10  VoUbildern  in  Tonàtzung  und  Buchschmuck  von  Albr.  Diirer.  Ber- 
lin, Bard,  Marquardt  und  Go.,  1903.  In-12,  79  p.  (Die  Kunst.  Samm- 
lung  illustr.  Monographien,  24.) 

353.  Unger  (Ludw.).  Das  Kinderbuch  des  Bartholomàus  Metlinger, 
1457-1476.  Ein  Beitrag  zur  Geschichte  der  Kinderheilkunde  im  Mittel- 
alter.  Wien,  F.  Deuticke,  1904.  In-8°,  45  p.  2  m. 

354.  Urkunden  und  Regesten  zur  Généalogie  derer  von  Scheven. 
I.  Heft.  Fur  den  Familienverband  zusammengestellt  und  erlâutert  von 
Cari  von  Scheven.  Berlin,  J.  A.  Stargardt,  1903.  In -8°,  v-85  p. 
1  carte.  6  m. 

355.  Urkundenbuch  der  Stadt  Basel.  Hrsg.  von  der  histor.  und  anti- 
quar.  Gesellschaft  zu  Basel.  9.  Bd.  I.  Tl.  Basel,  Helbing  und  Lichten- 
hahn,  1904.  In-4o,  200  p.  8  m. 

356.  Vacandard  (E.).  Saint  Bernard.  Paris,  Bloud  et  G'e,  1904.  In-16, 
x-305  p.  (La  Pensée  chrétienne,  texte  et  études.) 

357.  Verslagen  omtrent's  rijks  oude  archieven.  xxv.  1902.  's  Graven- 
hage,  Mart.  Nijhoff,  1904.  In-S»,  iv-443  p.  3  fl. 

358.  Vidal  (J.-M.).  Les  Origines  de  la  province  ecclésiastique  de 
Toulouse  (1295-1318).  Toulouse,  E.  Privât,  1903.  In-8o,  94  p.  (Extrait 
des  Annales  du  Midi,  t.  XV.) 

359.  ViDiER  (A.).  Bibliographie  de  l'histoire  de  Paris  et  de  l'Ile-de- 
France  pour  les  années  1901-1902.  Nogent-le-Rotrou,  impr.  Daupeley- 


256  BIBLIOGRAPHIE. 

Gouverneur,  1903.  In-S",  H5  p.  (Extrait  du   Bulletin  de  la  Société  de 
f Histoire  de  Paris  et  de  l'Ile-de-France,  t.  XXIX,  1902.) 

360.  Villon's  (Maistre  François)  Werke.  Mit  Einleitg.  und  Anmerkgn. 
lirsg.  von  Wolfg.  von  Wunbach.  Erlangen,  F.  Junge,  1903.  In-8°, 
186  p.  3  m. 

361.  VoGELGE.sANG  (Cari).  Zur  Geschichte  des  Aachener  Miinzwesens. 
Aachen,  Cremer,  1903.  In-S»,  78  p.  (Extrait  de  Aus  Aachens  Vor- 
zeit.)  2  m. 

362.  Vomovic  (Drago).  Istoriia  serbskago  naroda.  [Histoire  du  peuple 
serbe.]  Odessa,  impr.  Schultze,  1903.  In-8°,  234  p.,  carte  de  la  pénin- 
sule des  Balkans.  8  r.  50. 

363.  VoRETzscH  (Garl).  Die  Anfànge  der  romanischen  Philologie  an 
den  deutschen  Universitàten  und  ihre  Entwicklung  an  der  Universitàt 
Tiibingen.  Akademische  Antrittsrede.  Tiibingen,  H.  Laupp,  1904.  In-8°, 
III-32  p.  0  m.  75. 

364.  Voss  (G.).  Bau-  und  Kunst-  Denkmàler  Thùringens.  31.  Her- 
zogth.  Sachsen-Meiningen.  Amtsgerichtsbezz.  Heldburg  und  Rômhild. 
Jena,  G.  Fischer,  1904.  Gr.  in-8°,  xviii  p.  et  p.  249-479,  et  vu  p.,  avec 
fig.  et  pi.  7  m. 

365.  Wasghinski  (Emil).  Geschichte  der  Johanniter  Komturei  und 
Stadt  Schôneck  Westpr.,  m.  e.  Anh.  von  Urkunden.  Danzig,  F.  Brii- 
ning,  1904.  In-8°,  xxni-206  p.  3  m. 

366.  Wattenbach  (W.).  Deutschlands  Geschichtsquellen  im  Mittel- 
alter  bis  zur  Mitte  des  13.  Jahrh.  1.  Bd.  7.  von  Ernst  Diimmler 
umgearb.  Aufl.  Stuttgart,  J.  G.  Gotta  Nachf.,  1904.  In-S»,  xx-513  p. 
11  m. 

367.  Weber  (Ludw.).  San  Petronio  in  Bologaa.  Beitrâge  zur  Bauge- 
schichte.  Leipzig,  E.  A.  Seemann,  1904.  In-8o,  vin-96  p.,  4  pi.  (Bei- 
trâge zur  Kunstgeschichte,  XXIX.)  3  m. 

368.  Wehrmann  (Mart.).  Geschichte  von  Pommera.  1.  Bd.  Bis  zur 
Reformation  (1523).  Gotha,  F.  A.  Perthes,  1904.  ln-8°,  xn-258  p.  (All- 
gemeine  Staatengeschichle,  5.)  5  m. 

369.  Weiss  (Joh.  Bapt.).  "Weltgeschichte,  VI.  Von  Rudolf  von  Habs- 
burg  bis  Sigismund.  4.  und  5.  Aufl.,  bearb.  von  Ferd,  Vockenhuder. 
Graz,  Styria,  1904.  In-S»,  vin-872  p.  7  m. 

370.  Weltzien  (0.).  Zur  Geschichte  Parchims.  Streifzûge  durch 
7  Jahrhunderte.  Parchim,  H.  Wehdermann,  1903.  In-8°,  163  p.  1  m.  80. 

371.  Williams  (S.  G.).  The  history  of  media^val  éducation  :  an 
account  of  educational  opinion  and  practice  from   the  sixth   to  the 


BIBLIOGRAPHIE.  257 

fifteentli  centuries,  inclusive.  Syracuse,  New  York,  C.  W.  Bardeen, 
1903.  In-12,  vi-195  p.  1  sd.  12. 

372.  WiMMER  (L.  F.  A.).  De  danske  Runeminnesmaerker  undersôgte 
og  fortolkede  Afbildningerne  udforte  af  J.  Magnus  Petersen.  IV.  Binds 
1.  Afdeling.  Runeligsteneog  Mindesmœrker  knyttedetil  kirker.  Kœben- 
havn,  Gyldendal,  1904.  In-foi.,  218  p.  25  kr. 

373.  WisPEL  (Adf.).  Entwickelungsgeschichte  der  Stadt  Naumburg 
a.  S.,  nebst  e.  Anh.  Abriss  der  Geschichte  von  Frenburg  a.  U.,  Goseck, 
Schônburg,  Saaleck  und  Rudelsburg.  Naumburg,  A.  Schirmer,  1903. 
In-8o,  viii-120  p.  2  m. 

374.  WiTTiNG  (Fel.).  Westfranzôsische  Kuppelkirchen.  Strassburg, 
J.  H.  E.  Heitz,  1904.  Gr.  in-S",  40  p.,  9  fig.  (Zur  Kunstgescliichte  des 
Auslandes,  19.)  3  m. 

375.  Wolfram  v0x\  B]schenbagh,  hrsg.  von  Alb.  Leitzmann.  2.  Heft  : 
Parzival.  Buch  vu  bis  xi.  Halle,  M.  Niemeyer,  1903.  In-S»,  xi-194  p. 
(Altdeutsche  Texlbibliothek,  13.)  2  m. 

376.  Zernigki-Szel[Ga  (Eniilian  von).  Die  polnischen  Stammwappen, 
ihre  Geschichte  und  ihre  Sagen.  Mit  185  Wuppen  auf  16  (farb.)  Taf. 
Haraburg,  H.  Grand,  1904.  In-8°,  m- 185  p.  12  m. 

377.  ZoMARiDEs  (Eug.).  Die  Dumba'sche  Evangelien- Handschrift  vom 
J.  1226.  Leipzig,  Dôrltling  und  Franke,  1904.  In-S»,  28  p.,  2  pi.  2  m. 


^904  n 


GHRONIOUE  ET  MÉLANGES. 


—  Les  thèses  des  élèves  de  l'École  des  chartes  ont  été  soutenues  le 
25,  le  26  et  le  27  janvier  1904.  Voici  les  sujets  que  les  candidats  avaient 
traités  : 

Robert  Anghel  :  Barthélémy  de  Joux  et  l'évêché  de  Laon  (1113- 
1150). 

Maurice  de  Bengy-Puyvallée  :  Louis  de  Sancerre,  connétable  de 
France  (1340?-1403). 

André  Clerc  :  Recherches  sur  le  cardinal  de  Ghâtillon.  Première  par- 
tie (1517-1564).  —  Ce  candidat  a  été  autorisé  à  retirer  sa  thèse,  dont  il 
n'avait  pu  achever  la  rédaction. 

Georges  Crépy  :  Étude  historique  sur  le  collège  de  Boissy  de  l'Uni- 
versité de  Paris  (1358-1761). 

Henry  Débraye  :  La  Chancellerie  et  les  lettres  royaux  sous  le  règne 
de  Charles  VI  (1380-1422). 

Ernest  Delmas  :  Essai  sur  l'histoire  des  comtes  de  Rodez  au  xii^  et 
au  xm«  siècle  (1115-1304). 

Paul  DuGUEYT  :  Jacques  de  Molay,  dernier  grand  maître  de  l'ordre  des 
Templiers  (1244  ?-13  mars  1314). 

François  Emanuelli  :  Le  Parler  populaire  des  îles  anglo-normandes. 
Première  partie  :  Phonétique. 

Louis  Engerand  :  Essai  sur  l'ornementation  romane  dans  le  départe- 
ment du  Calvados. 

Louis  Halphen  :  Les  Transformations  politiques  du  comté  d'Anjou 
sous  les  premiers  Capétiens.  —  Le  Gouvernement  de  Foulques  Nerra 
(987-1040). 

Gabriel-L.  Henriot  :  La  Vie  et  les  légations  d'Hugues,  évéque  de  Die 
(1073-1082),  archevêque  de  Lyon  (1082-1106). 

Théodoric  Legrand  :  Essai  sur  Fontarabie  et  les  différends  de  cette 
ville  avec  le  Labourd,  du  xv^  au  xvin«  siècle. 

Henri  Longnon  :  Essai  sur  Pierre  de  Ronsard.  Ses  ancêtres;  sa 
jeunesse. 


CHRONIQUE   ET   MELANGES.  259 

Léopold  MicHELi  :  Les  Institutions  municipales  de  Genève  au 
xv«  siècle.  Essai  précédé  d'une  introduction  sur  l'établissement  de  la 
commune  dans  cette  ville. 

Jean  Mondain- Moinval  :  Les  Bâtiments  du  roi  sous  le  marquis  de 
Marigny,  directeur  et  ordonnateur  général  des  bâtiments,  jardins,  arts, 
Académie  et  manufactures  royales  de  1751  à  1773. 

Bernard  Monod  :  Étude  sur  les  relations  entre  le  saint  siège  et  le 
royaume  de  France  de  1099  à  1108  (Pascal  II  et  Philippe  I"). 

J.  Pandin  ue  Ldssaudière  :  Charles  de  Coueiz,  seigneur  de  Burie, 
capitaine  et  lieutenant  du  roi  en  Guyenne  en  l'absence  du  roi  de 
Navarre  (1491-1565). 

Edmond  Pélissier  :  Histoire  de  la  draperie  à  Castres  sous  l'ancien 
régime. 

Pierre  Pressag  :  La  Dignité  archiépiscopale  et  l'autorité  métropoli- 
taine dans  l'église  des  Gaules  et  dans  l'église  de  France,  du  iv«  siècle 
au  concile  de  Trente  (1563). 

—  Par  arrêté  en  date  du  8  février  1904,  ont  été  nommés  archivistes 
paléographes  dans  l'ordre  de  mérite  suivant  : 

MM.     1.  Halphen. 

2.  Crépy. 

3.  LONGNON. 

4.  Anchel. 

5.  MoNOD. 

6.  Emanuelli. 

7.  Débraye. 

8.  Bengy-Puyvallée. 

9.  Engerand. 

10.  Pélissier. 

11.  Pandin  de  Lussaudière. 

12.  Henriot. 

13.  Legrand. 

14.  Mondain-Monval. 

Sont  nommés  archivistes  paléographes  hors  rang  comme  appartenant 
à  des  promotions  antérieures  (ordre  alphabétique)  : 

MM.  Delmas. 

MiCHELI. 

Le  Conseil  a  signalé  à  l'attention  de  M.  le  ministre,  comme  particu- 
lièrement remarquables,  les  thèses  de  MM.  Halphen,  Longnon,  Monod. 


260  CHRONIQUE   ET   MELANGES. 


NECROLOGIE. 

Notre  confrère  M.  le  comte  René  de  Mas  Latrie,  chef  de  bureau 
honoraire  au  ministère  de  l'Instruction  publique,  chevalier  de  la  Légion 
d'honneur,  est  décédé  le  l^""  avril  1904,  dans  sa  soixantième  année. 

—  Notre  confrère  M.  Auguste  Molinier,  professeur  à  l'Écule  des  chartes, 
chevalier  de  la  Légion  d'honneur,  est  décédé  le  19  mai  1904,  à  i'àge  de 
cinquante-deux  ans.  Nous  reproduisons  les  discours  qui  ont  été  pro- 
noncés à  ses  funérailles,  le  21  de  ce  mois,  par  MM.  Paul  Meyer,  Jules 
Roy  et  A.  Vidier. 

DISCOURS    DE    M.    PAUL    MEYKR,    DIRECTEUR    DE    l'ÉCOLE    DES    CHARTES. 

«  Messieurs, 

«  Celui  qui  vous  parle  a  vu  disparaître  successivement  plusieurs  de 
ses  collègues  qu'il  avait  eus  pour  maîtres,  puis  d'autres  qui  étaient  ses 
contemporains,  aujourd'hui  entin  il  a  la  douleur  d'adresser  un  suprême 
adieu  à  un  collègue  qui  fut  son  élève.  Auguste  Molinier,  en  effet,  entra 
à  l'École  des  chartes  en  1869,  l'année  même  où  je  montai  pour  la  pre- 
mière fois  dans  la  chaire  que  j'occupe  encore.  Les  impressions  qu'on 
reçoit  dans  la  jeunesse  se  fixent  dans  la  mémoire  avec  une  ténacité 
particulière.  Je  vois  encore,  à  leurs  places  respectives,  les  jnunes  gens 
de  cette  promotion.  Tous  n'ont  pas  poursuivi  leurs  études  jusqu'au 
diplôme,  mais  plusieurs  ont  donné  des  preuves  éminenles  de  capacité 
et  nous  ont  fait  honneur.  L'un  des  plus  distingués,  l'un  de  ceux  qui, 
dès  la  première  année  d'études,  montrèrent  le  plus  d'aptitude  à  nos 
travaux,  la  curiosité  la  plus  éveillée,  le  goût  le  plus  marqué  pour  les 
recherches  originales,  était  Molinier.  Il  sortit  le  premier,  en  1873, 
d'une  promotion  où,  à  côté  de  lui,  se  trouvaient  des  élèves  entrés  un  an 
plus  tôt  à  l'École,  mais  dont  les  études  avaient  subi  une  interruption 
par  le  fait  de  la  guerre. 

«  Sa  thèse,  publiée  en  1874,  était  un  catalogue  raisonné,  précédé  d'une 
introduction  bien  conçue,  des  actes  de  Simon  et  d'Amauri  de  Montfort. 
Elle  détermina,  pour  un  temps,  la  direction  de  ses  études.  Vers  cette 
épO(jue,  un  libraire  de  Toulouse,  faisant  preuve  d'un  esprit  d'initiative 
dont  peu  de  libraires  parisiens  de  ce  temps  eussent  été  capables,  avait 
entrepris  une  nouvelle  édition,  sur  un  'plan  très  vaste,  de  ï Histoire 
générale  de  Languedoc  par  dom  Devic  et  dom  Vaissète.  Un  de  nos 
confrères,  qu'une  mort  prématurée  nous  enleva  vers  la  fin  de  l'an- 
née 1874,  Emile  Mabille,  dirigeait  en  fait,  sinon  en  titre,  cette  publica- 
tion. Peu  de  temps  après  sa  mort,  sentant  ses  forces  décliner,  il  s'était 
associé  Auguste  Molinier,  dont  la  collaboration  commença  avec   la 


CHRONIQUK    ET    MELANGES.  26-1 

seconde  partie  (parue  en  187'i)  du  tome  I'"'.  Après  le  décès  de  Mabille, 
son  jeune  auxiliaire  devint  le  principal  annotateur  de  l'ouvrage,  sans 
en  avoir  toutefois  la  direction.  La  préface  du  tome  II  (1876)  est  signée 
de  son  nom.  Ce  travail  épineux  de  revision  et  de  correction  occupa 
Molinier  pendant  de  longues  années.  Il  ne  consista  pas  seulement  en 
d'importantes  améliorations  apportées  aux  textes,  souvent  fautifs, 
publiés  par  les  Bénédictins  :  Molinier  inséra  de  nombreux  documents 
inédits  parmi  les  pièces  justificatives  de  la  première  édition;  il  mit  au 
bas  des  pages  une  infinité  de  menues  rectifications,  il  composa,  sous  le 
titre  modeste  de  notes,  de  longs  mémoires,  où  il  traita  des  sujets  que 
les  auteurs  de  V Histoire  de  Languedoc  avaient  traités  de  façon  insuffisante 
ou  même  complètement  négligés.  Certains  de  ces  excursus,  un  peu 
noyés  dans  un  immense  appareil  de  notes  et  d'appendices,  ont  l'am- 
pleur de  véritables  raém.oires.  Il  suffira  de  rappeler  l'Étude  sur  l'admi- 
nistration féodale  dans  le  Languedoc,  celle  aussi  qui  a  pour  objet  l'ad- 
ministration de  saint  Louis  et  de  son  frère  Alphonse  de  Poitiers  dans 
la  même  province  (t.  VII),  le  Mémoire  sur  la  géographie  historique  du 
Languedoc  (t.  XII).  Ce  sont  des  travaux  entièrement  de  première 
main,  auxquels  il  n'a  manqué,  pour  atteindre  cette  perfection  que  nous 
visons  toujours  et  à  laquelle  nous  arrivons  si  rarement,  que  d'avoir  été 
rédigés  plus  à  loisir.  Le  loisir,  hélas!  c'est  ce  qui  toujours  a  manqué  à 
Molinier,  si  grande  qu'ait  été  sa  puissance  de  travail.  Les  publications 
faites  par  l'État  peuvent  se  prolonger  pendant  un  nombre  d'années 
pour  ainsi  dire  indéfini.  Il  n'en  saurait  être  de  même  des  publications 
entreprises  par  des  particuliers,  où  le  capital  engagé  doit  être  rémunéré 
en  un  temps  déterminé.  Il  fallait  donc  aller  vite,  et,  dans  de  telles 
conditions,  certaines  imperfections,  certaines  lacunes  même,  faciles  à 
découvrir  une  fois  le  travail  fait  et  publié,  ne  sont  que  trop  excusables. 
Qui,  d'ailleurs,  aurait  pu  mieux  faire?  Et  puis,  il  faut  le  dire,  parce 
qu'il  n'y  a  là  rien  que  d'honorable  pour  notre  regretté  ami,  Molinier 
n'avait  aucune  fortune,  et  il  eut,  très  jeune,  des  charges  de  famille 
dont  il  ne  parlait  pas,  que  ses  plus  intimes  amis  soupçonnaient  à 
peine.  Peu  ambitieux,  étranger  à  toute  intrigue,  ce  n'est  qu'assez  tard 
qu'il  obtint  une  situation,  non  pas  brillante,  mais  suffisante.  Il  lui  fal- 
lut donc,  pour  vivre,  se  livrer,  pendant  des  années,  à  des  travaux 
d'ordre  secondaire  qui  absorbaient  une  partie  du  temps  qu'il  eut  voulu 
consacrer  à  l'étude.  Et  cependant,  tels  étaient  son  ardeur  au  travail, 
son  désir  de  se  perfectionner,  de  s'initier  à  des  méthodes  nouvelles, 
d'augmenter  la  somme  de  ses  connaissances,  qu'il  trouvait  le  temps,  à 
une  époque  où  il  n'était  plus  un  simple  étudiant,  de  développer  en  tous 
sens  son  instruction.  Il  appartenait  à  cette  génération  qui,  élevée  au 
milieu  de  nos  désastres,  avait  appris  à  prendre  la  vie  au  sérieux.  Il 
voyait  clairement  qu'une  des  causes  de  nos  malheurs  était  l'ignorance 
où  l'on  avait  été,  en  France,  des  progrès  de  tous  genres  réalisés  chez 


262  CHRONIQUE    ET   MELANGES. 

nos  voisins.  Au  moins  en  ce  qui  concerne  les  sciences  historiques,  il 
avait  voulu  s'élever  au  niveau  qui  avait  été  atteint  à  l'étranger  ;  au 
prix  de  quels  efforts!  ceux-là  seuls  qui  furent  les  témoins  de  sa  vie 
pourraient  le  dire. 

«  Avant  même  que  ses  travaux  relatifs  à  VHistoire  de  Languedoc 
eussent  pris  fin,  il  montra  en  des  genres  très  divers  une  variété  et  une 
profondeur  de  connaissances  qui  étonnent.  Surnuméraire  d'abord,  puis 
employé  rétribué  à  la  Mazarme,  il  s'appliqua  à  rédiger  le  catalogue  des 
manuscrits  de  cette  bibliothèque,  et  il  le  rédigea  de  la  façon  la  plus 
satisfaisante.  Ce  genre  de  travail  est  trop  peu  apprécié,  même  dans  le 
monde  des  érudits.  C'est  qu'il  y  a  peu  de  personnes  qui  sachent  se 
rendre  compte  de  ce  qu'il  faut  savoir  pour  mener  à  bien  la  description 
d'une  collection  de  manuscrits  oiï  abondent  les  ouvrages  anonymes, 
souvent  inédits  ou  même  tout  à  fait  inconnus,  où  les  textes  sont  par- 
fois incomplets,  et  d'autant  plus  difficiles  à  identifier.  Je  n'hésite  pas  à 
dire,  pour  avoir  pratiqué  beaucoup  de  catalogues,  que  celui  de  la 
Mazarine  est  l'un  des  plus  parfaits  que  je  connaisse,  et  j'ea  dirai 
autant  des  catalogues  moins  importants  qu'il  a  rédigés  pour  le  recueil 
général  des  catalogues  des  manuscrits  des  départements  publiés  sous 
les  auspices  du  ministère  de  l'Instruction  publique. 

«  Dans  une  œuvre  de  ce  genre,  on  peut  faire  preuve  d'érudition  et 
de  méthode;  il  n'y  a  guère  lieu  d'y  émettre  des  idées  personnelles. 
Molinier,  cependant,  était  riche  en  idées.  11  avait  réfléchi  sur  tous  les 
sujets  vers  lesquels  l'entraînait  sa  vaste  curiosité.  On  le  vit  bien  lors- 
qu'il publia  sur  Pascal,  notamment  sur  les  Provinciales,  des  travaux 
qui  font  époque.  Ce  fat  à  peu  près  sa  seule  excursion  dans  l'étude  de 
ce  qu'on  appelle  les  temps  modernes.  Mais  ceux  qui  ont  été  en  rapports 
journaliers  avec  lui  savent  combien  il  était  instruit  de  matières  variées 
sur  lesquelles  il  n'a  rien  écrit. 

«  Longtemps  avant  d'occuper  à  l'École  des  chartes  la  chaire  des 
Sources  de  l'Histoire  de  France,  il  avait  donné  mainte  preuve  de  son 
aptitude  à  publier  et  à  commenter  les  chroniques  du  moyen  âge.  Je 
rappelle  en  passant  l'édition,  qu'il  donna,  en  collaboration  avec  son 
frère  Emile,  de  la  Chronique  normande  (188-2)  et  celle  de  Suger  (1887), 
qui  est  ua  modèle.  Et,  quand,  en  1875,  le  comte  Riant  fonda  la 
Société  de  l'Orient  latin,  dont  il  fut  à  la  fois  le  créateur  et  le  principal 
ouvrier,  il  ne  trouva  pas  de  collaborateur  plus  actif  ni  mieux  préparé 
qu'Auguste  Molinier. 

«  Lorsque,  en  1893,  il  succéda,  dans  l'enseignement  des  Sources  de 
l'Histoire  de  France,  au  regretté  Siméon  Luce,  mort  lui  aussi  avant 
d'avoir  achevé  son  œuvre,  il  se  donna  pleinement  à  cet  enseignement 
qui  lui  plaisait,  et  pour  lequel  il  se  trouvait  avoir  amassé  tant  de 
matériaux,  sans  se  douter  qu'un  jour  il  aurait  à  les  utiliser  dans  un 
cours.  Il  y  apporta  la  conscience,  le  dévouement  au  devoir  profession- 


CHRONIQUE  ET  MELANGES,  263 

nel  qu'il  avait  mis  à  remplir  ses  fonctions  de  bibliothécaire.  Dès  lors 
ses  études  se  concentrèrent  plus  particulièrement  sur  l'Histoire  de 
France.  Tout  en  continuant  sa  collaboration  intermittente  au  Catalogue 
général  des  manuscrits  des  départements,  où  les  volumes  auxquels  il  a 
mis  la  main  se  reconnaissent  facilement,  tout  en  rédigeant  ses  chro- 
niques sur  les  livres  nouveaux  pour  la  Revue  historique  àe  M.  G.  Monod, 
il  entreprenait  des  travaux  de  longue  haleine  qui  avaient  pour  objet  la 
mise  au  jour  de  documents  inédits  de  notre  histoire.  De  1894  à  1902, 
il  publia,  en  deux  volumes,  la  Correspondance  administrative  d'Al- 
phonse de  Poitiers.  Vers  le  même  temps,  il  commençait,  avec  M.  Lon- 
gnon,  une  vaste  publication,  celle  des  Obituaires  de  la  France,  rangés 
par  diocèses.  Il  y  était  bien  préparé,  puisqu'il  avait  obtenu,  en  1887,  le 
prix  ordinaire  de  l'Académie  pour  un  mémoire  sur  ce  genre  de  docu- 
ments. Certes,  il  n'espérait  pas  voir  la  fin  de  la  Collection  des  obituaires, 
tant  la  matière  est  abondante.  Il  pouvait  du  moins  espérer  accomplir 
une  grande  partie  de  la  tâche.  Il  en  a  publié  le  premier  volume,  conte- 
nant plus  de  1300  pages  de  texte.  Le  second  tome  est  sous  presse. 

«  Molinier  était  de  ceux  qui  pensent  que  chaque  professeur  a  le 
devoir  de  contribuer  à  l'avancement  et  à  la  propagation  de  la  science 
qu'il  est  chargé  d'enseigner.  Il  ne  lui  suffit  pas  d'y  contribuer  par  des 
travaux  spéciaux  :  il  voulut  faire  pour  les  sources  de  l'Histoire  de 
France  un  manuel  qui  fût,  pour  notre  pays,  ce  qu'étaient  pour  l'Alle- 
magne les  Deulschlands  Geschichtsquellen  de  Wattenbach,  c'est-à-dire 
un  inventaire  critique,  classé  chronologiquement,  des  annales,  chro- 
niques, biographies  et  documents  divers  qui  sont  la  base  de  notre  his- 
toire. Ce  manuel,  développement  de  ses  leçons  de  l'École  des  chartes  et 
pourvu  d'une  bibliographie  abondante  qui  ne  saurait  prendre  place 
dans  un  cours,  il  en  a  publié  les  quatre  premiers  volumes  de  1902  à 
1904;  le  quatrième,  qui  s'arrête  à  l'année  1461,  vient  de  paraître.  Un 
cinquième,  entièrement  rédigé,  doit  conduire  l'exposé  jusqu'à  1494,  les 
autres  parties  du  Manuel  (jusqu'à  181.5)  étant  confiées  à  d'autres  érudits. 
Un  livre  pareil  se  juge  à  l'usage.  Ceux  qui  l'ont  pratiqué  l'ont  toujours 
trouvé  au  courant  des  dernières  recherches  et  en  ont  loué  la  commode 
ordonnance,  l'exposé  toujours  clair  et  précis,  les  vues  originales.  Cet 
ouvrage  sera  pendant  longtemps  le  livre  de  référence  des  historiens 
du  moyen  âge  français. 

«  Ceux  qui  ont  pénétré  dans  l'intimité  de  Molinier,  qui  ont  pu  appré- 
cier la  rectitude  de  son  jugement,  son  amour  de  la  vérité,  son  horreur 
de  l'injustice,  qui  ont  été  témoins  de  l'impatience  qu'excitaient  en  lui 
les  faux  raisonnements,  les  petites  habiletés  avec  lesquels  trop  souvent 
on  cherche  à  masquer  la  vérité  sans  aller  jusqu'à  la  fausser,  ne  s'éton- 
nèrent pas  de  le  voir  se  joindre  avec  décision  à  ceux,  en  petit  nombre, 
qui  firent,  il  y  a  quelques  années,  des  efforts,  maintenant  près  d'abou- 
tir, en  vue  d'obtenir  la  révision  du  jugement  qui  avait  condamné  le 


264  CHRONIQDE    ET   MELANGES. 

capitaine  Dreyfus  à  la  réclusion  perpétuelle.  Il  est  maintenant  aisé  de 
parler  avec  sang-froid  de  cette  douloureuse  affaire  qui  a  divisé,  pour 
un  temps,  la  France  en  deux  partis  opposés,  on  pourrait  dire  ennemis. 
Le  calme  a  succédé  à  une  agitation  d'autant  plus  violente  qu'elle  était 
factice.  Mais,  en  1898,  il  fallait  un  certain  courage  à  un  fonctionnaire 
non  inamovible  pour  oser  prendre  position  dans  les  rangs  du  parti 
numériquement  le  plus  faible 

Il  y  a  là  dans  l'histoire  de  sa  vie  un  bel  épisode  que  devait  rappeler 
celui  qui  a  été  le  témoin  de  ses  angoisses  et  de  ses  sentiments  de  révolte 
indignée. 

«  L'École  des  chartes  perd  en  Molinier  un  professeur  dévoué  qui 
exerçait  sur  ses  élèves  une  action  efficace,  non  pas  seulement  par  les 
qualités  techniques  de  son  enseignement,  mais  par  cette  incitation  à  la 
recherche  indépendante  qu'il  savait  éveiller  en  eux  et  dont  il  leur  don- 
nait l'exemple.  Je  n'ai  pas  besoin  de  dire  quelle  profonde  émotion  s'est 
emparée  de  ceux  qui  l'ont  connu  lorsqu'ils  ont  été  informés  de  la  mort 
si  subite  de  cet  homme  loyal,  généreux,  modeste  aussi,  car  il  faisait 
peu  de  cas  des  titres  et  il  reculait  sans  cesse  le  moment  où  il  devrait 
se  présenter  à  l'Institut,  où  cependant  il  avait  des  amis  dévoués.  Ceux-là 
même  qui  ne  l'ont  connu  que  par  ses  écrits  seront  douloureusement 
affectés  en  voyant  s'interrompre  brusquement  la  carrière  d'un  savant 
qui  était  en  progrès  constant  et  de  qui  on  pouvait  espérer  encore  de 
nombreuses  œuvres  pour  le  profit  de  la  science  et  pour  l'honneur 
du  pays.  » 

DISCOURS    DE    M.    JULES    ROY, 
PRÉSIDENT    DE    LA    SOCIÉTÉ    DE    l'ÉCOLE   DES    CHARTES. 

«  Messieurs, 
«  Au  nom  de  la  Société  des  anciens  élèves  de  l'École  des  chartes, 
j'apporte,  avec  un  dernier  adieu,  l'hommage  de  nos  regrets  unanimes 
à  l'excellent  confrère  qui  nous  a  été  si  soudainement  ravi,  au  collabo- 
rateur dévoué  qui  nous  a  donné  pendant  tant  d'années  sou  précieux 
concours,  à  l'ami  sûr  et  droit  auquel  resteront  indissolublement  atta- 
chés tous  ceux  qui  avaient  pénétré  dans  son  cœur  si  vaillant  et  si  bon. 
La  nouvelle  de  sa  mort  a  été  reçue  parmi  nous  avec  une  vraie  conster- 
nation, et  il  m'est  impossible  de  dire  toute  la  vivacité  et  toute  la  sin- 
cérité de  la  douleur  que  nous  avons  ressentie.  La  disparition  d'un 
homme  aussi  laborieux,  d'une  vigueur  d'esprit  aussi  intense,  de  quali- 
tés intellectuelles  et  morales  aussi  élevées,  creuse  un  vide  difficile  à 
combler  dans  la  variété  des  œuvres  auxquelles  il  prenait  part  et  dans 
les  relations  professionnelles  où  il  mettait  tant  de  franchise  et  de  sim- 


CHRONIQUE  ET  MELANGES.  265 

plicité.  M.  Paul  Meyer,  interprète  ému  et  éloquent  de  l'École  des 
chartes,  vous  a  dit  ce  que  cette  École  perd  en  lui  ;  notre  Société  n'est 
pas  moins  éprouvée,  et  si,  après  le  discours  rempli  de  faits  saillants 
que  vous  venez  d'entendre,  je  ne  puis  vous  dire  longuement  tous  les 
titres  qu'avait  Auguste  Molinier  à  son  estime,  je  veux  au  moins  vous 
dire  brièvement  comment  il  a  su  la  servir  et  l'honorer. 

«  Sorti  de  l'École  des  chartes  en  1873,  le  premier  d'une  promotion  déjà 
décimée  et  tout  récemment  éprouvée  par  la  mort  d'Ulysse  Robert,  il 
contracta  de  suite  avec  l'érudition  une  alliance  à  laquelle  il  a  voué  sa 
vie  et  à  laquelle  il  est  resté  fidèle  jusqu'à  son  dernier  jour.  Il  eut  de 
bonne  heure  l'ambition  de  marquer  sa  place  dans  cette  Bibliothèque  de 
l'École  des  chartes,  qui  est  si  bien  le  signe  et  l'honneur  de  notre  vie,  et, 
de  1880  à  1900,  il  est  peu  de  volumes  où  il  n'ait  pas  inséré  quelque 
mémoire  ou  quelque  article  de  critique.  Son  activité  et  son  zèle  ne 
pouvaient  manquer  d'attirer  l'attention  de  nos  confrères,  qui  le  nom- 
mèrent deux  fois  secrétaire  de  la  Société  et  qui  lui  ont  sans  cesse 
renouvelé  le  titre  de  membre  de  la  Commission  de  publication  des 
Mémoires  et  Documents.  C'est  un  de  nos  chers  disparus,  Arthur  Giry, 
qui  avait  donné  l'impulsion  à  cette  publication  qui  nous  fait  tant 
d'honneur;  c'est  Auguste  Molinier  qui  a  contribué  à  continuer  l'œuvre 
avec  la  même  intelligence  et  le  même  succès  ;  c'est  aux  soins  et  à  la 
méthode  de  ces  deux  savants  que  reviendra  le  mérite  originel  d'une 
collection  qui  a  déjà  conquis  sa  place  dans  l'estime  du  monde  de  l'éru- 
dition et  dont  la  renommée  ne  fera  que  s'accroître.  Bien  qu'étrangère 
à  notre  Société,  la  publication  de  la  Collection  de  Textes  pour  servir  à 
l'étude  et  à  l'enseignement  de  l'histoire  doit  être  mentionnée  parmi  les 
créations  où  s'est  également  fait  sentir  l'influence  de  nos  deux  con- 
frères, qui  ont  apporté  là  aussi  la  rigueur  de  leur  méthode,  et,  sans 
parti  pris  pour  ou  contre  n'importe  quel  auteur,  n'ont  admis  que  les 
textes  bien  établis  et  ont  rejeté  tous  ceux  qui,  par  défaut  de  composi- 
tion, ne  pouvaient  qu'être  nuisibles  aux  étudiants.  Combien  plus 
encore  Auguste  Molinier  a  mérité  de  nous  par  sa  collaboration  au 
Catalogue  général  des  manuscrits  des  bibliothèques  publiques!  Cette 
collection,  qui  est  publiée  aux  applaudissements  des  érudits  de  l'Europe 
entière,  lui  doit  plusieurs  volumes,  et  ici  il  n'a  pas  seulement  le 
mérite  d'avoir  exécuté  un  travail  des  plus  minutieux  qui  exige  une 
exactitude  parfaite  dans  tout  le  détail,  il  a  encore  celui  d'avoir  montré 
à  ceux  qui  se  plaignent  de  nous  sans  nous  connaître  ou  sans  se  rensei- 
gner, que  le  sentiment  du  devoir  professionnel  n'a  pas  cessé  un  seul 
jour  d'être  en  vigueur  à  l'École  des  chartes;  que,  si  son  enseignement 
fournit  d'illustres  savants,  il  forme  en  même  temps  des  archivistes  et 
des  bibliothécaires  du  plus  haut  mérite  qui  savent  inventorier  et 
mettre  à  la  disposition  du  public  toutes  nos  richesses  historiques  depuis 
les  temps  les  plus  reculés  jusqu'à  nos  jours.  Gomme  tant  d'autres, 


266  CHRONIQUE   ET   MELANGES. 

Auguste  Mûlinier  a  établi  une  fois  de  plus  ce  fait  par  ses  travaux,  et  il 
a  prouvé  une  fois  de  plus  que  l'École  des  chartes  est  toujours  restée 
fidèle  à  la  mission  qui  a  été  la  raison  de  son  origine  et  qui  doit  assurer 
sa  durée.  Personne  aussi  n'a  été  plus  jaloux  que  notre  confrère  de  la 
conservation  des  modestes  droits  que  plusieurs  lois,  décrets,  arrêtés, 
règlements  administratifs  ont  assurés  à  nos  élèves,  et  il  a  tenu  à  les 
défendre  à  ses  risques  et  périls  quand  il  les  a  vus  compromis  ou 
menacés.  Sa  part  d'action  dans  un  modeste  comité  de  défense  scienti- 
fique fait  autant  d'honneur  aux  idées  de  justice  qui  l'animaient  qu'à 
l'ardent  souci  qa'il  avait  des  intérêts  de  nos  jeunes  générations. 

«  A  ces  titres,  plus  que  suffisants  pour  justifier  notre  douleur, 
combien  j'aurais  à  ajouter  si  j'entrais  dans  le  détail  des  travaux 
d'Auguste  Molinier.  Il  est  mort  chargé  de  couronnes  !  Le  nombre  en 
est  grand,  et  cependant  il  ne  paraissait  pas  être  arrivé  au  terme  de  ses 
succès;  l'achèvement  de  l'Histoire  des  sources  de  l'histoire  de  France  lui 
réservait  vraisemblablement  de  nouvelles  et  de  plus  glorieuses  récom- 
penses. Jusqu'à  ce  jour,  il  avait  obtenu  deux  fois  le  second  prix  Gobert, 
deux  fois  le  prix  Brunet,  le  prix  du  budget,  une  médaille  au  concours 
des  Antiquités  nationales.  Au  prix  de  quel  labeur!  Il  s'était  attaché 
notamment  à  débrouiller  l'histoire  et  les  institutions  de  ce  Languedoc, 
qui  a  tenu  de  tout  temps  une  si  grande  place  dans  notre  vie  nationale,  et, 
pour  y  projeter  un  peu  de  lumière,  il  a  eu  à  mettre  en  ordre  ou  au  jour 
des  matériaux  infinis  et  à  réformer  bien  des  idées  fausses;  aussi,  la 
connaissance  des  institutions  du  midi  de  la  France  a  beaucoup  gagné  à 
ses  dissertations  sur  le  régime  féodal  primitif  et  sur  l'administration 
de  saint  Louis.  Sa  bibliographie  du  Languedoc,  œuvre  encore  inédite, 
a  été  signalée  par  l'Académie  des  inscriptions  comme  un  travail  égale- 
ment très  recommandable,  où  il  a  consigné  les  renseignements  les  plus 
précieux  en  écrivain  parfaitement  maître  de  son  sujet.  Sa  géographie 
historique  de  cette  même  province  a  nécessité  l'exam.en  de  milliers  de 
renseignements  épars,  contradictoires  ou  suspects,  pour  répandre 
quelque  lumière  sur  un  réseau  de  circonscriptions  administratives  qui 
ont  subi  de  nombreux  remaniements  depuis  l'époque  romaine  jus- 
qu'aux temps  modernes. 

«  Outre  ces  travaux  sur  le  Languedoc,  l'Académie  des  inscriptions  a 
récompensé  aussi  les  œuvres  suivantes  d'Auguste  Molinier  :  la  Chro- 
nique normande,  publiée  pour  la  Société  de  l'Histoire  de  France,  dont 
le  morceau  capital  est  un  sommaire  raisonné  qui  relève,  en  les  contrô- 
lant par  les  autres  témoignages,  tous  les  détails  historiques,  biogra- 
phiques ou  géographiques  mentionnés  par  le  chroniqueur  ;  un  mémoire 
sur  la  méthode  selon  laquelle  doit  être  étudié,  préparé  pour  l'impres- 
sion un  ancien  obituaire,  mémoire  qui  servira  de  règle  à  tous  ceux  qui 
auront  à  entreprendre  des  publications  d'obiluaires  ;  enfin,  le  premier 
fascicule  de  ['Histoire  des  sources  de  l'histoire  de  France,  qui  restera  un 


CHRONIQUE   ET   MÉLANGES.  267 

manuel  excellent  et  précieux  pour  tous  les  travailleurs  et  qui  à  lui  seul 
suffirait  à  honorer  un  nom  à  l'égal  des  meilleurs  auteurs  de  biblio- 
graphies. 

«  Nous  souhaitions  pour  Auguste  Molinier  la  récompense  suprême 
par  son  entrée  dans  celle  des  Académies  de  l'Institut  qui  le  connaissait 
tout  autant  par  ses  travaux  qu'elle  avait  couronnés  que  par  la  collabo- 
ration qu'il  lui  donnait  en  sa  qualité  d'auxiliaire.  La  mort  a  trompé 
nos  espérances;  mais  notre  Société  n'en  restera  pas  moins  fière  de  lui, 
honorée  par  son  œuvre,  désolée  de  l'avoir  vu  terrassé  sur  sa  tâche  ina- 
chevée. Elle  gardera  le  souvenir  de  son  érudition  vaste  et  solide,  de  son 
sens  critique  si  pénétrant,  de  sa  présence  d'esprit  et  de  l'équité  de  ses 
jugements  dans  la  discussion,  de  son  dévouement  toujours  prêt,  du 
sentiment  de  la  justice  et  de  l'amour  de  la  vérité  qui  ont  réglé  toutes 
ses  convictions  et  inspiré  tous  ses  travaux.  Elle  aimera  à  redire  son 
nom  parce  que  nul  n'a  travaillé  avec  plus  de  conscience  à  la  recherche 
du  vrai;  elle  conservera  sa  mémoire  avec  attendrissement  parce  que 
nul  n'était  plus  digne  de  trouver  un  peu  de  bonheur  dans  une  longue 
vie  et  de  nous  donner  une  nouvelle  moisson  dé  gloire  après  des  succès 
qui  nous  faisaient  déjà  tant  d'honneur!  » 


DISCOURS    DE    M.    A.    VIDIER 
AU     NOM     DES     ANCIENS     ÉLÈVES     DE     M.     MOLINIER. 

«  Au  nom  des  anciens  élèves  d'Auguste  Molinier,  j'apporte  ici  l'ex- 
pression de  la  douleur  que  nous  cause  sa  disparition  soudaine,  j'ap- 
porte aussi  le  témoignage  suprême  de  notre  reconnaissance. 

«  Pour  avoir  été  la  période  la  plus  courte  de  sa  vie  publique,  les  dix 
années  de  professorat  de  notre  regretté  maître  n'ont  cependant  pas  été 
les  moins  fécondes. 

«  Si  nous  n'avons  pas  connu  le  Molinier  de  VHistoire  de  Languedoc^ 
ni  celui  de  Y  Orient  latin;  si  nous  l'avons  à  peine  entrevu  dans 
l'achèvement  du  Catalogue  général  des  manuscrits,  par  contre,  nous 
l'avons  possédé  pendant  ce  lustre,  où,  doublant  les  étapes  de  son 
labeur  d'érudit,  il  donnait  successivement  deux  volumes  à' Alphonse  de 
Poitiers,  deux  volumes  d'obituaires,  quatre  fascicules  de  ses  Sources  de 
l'histoire  de  France  et  un  mémoire,  encore  inédit,  sur  Vincent  de 
Beauvais.  Et,  tandis  que  de  son  cabinet  de  travail  sortait  cette  abon- 
dante production,  il  prodiguait  dans  sa  chaire  de  l'École  des  chartes 
les  bienfaits  d'un  enseignement  dont  son  manuel  presque  achevé 
marque  bien  toute  la  haute  valeur  scientifique. 

c  Si,  de  l'aveu  de  tous,  cet  enseignement  fut  savant,  c'est  à  nous, 
ses  anciens  élèves,  qu'il  appartient  de  proclamer  combien  aussi  il  fut 
profitable. 


268  CHRONIQUE   ET   MÉLANGES. 

»  La  connaissance  approfondie  qu'Auguste  Molinier  avait  des  sources 
de  notre  histoire  nationale  lui  permettait  de  reconnaître,  entre  les 
écrits  les  plus  divers,  les  liens  de  parenté  qui  déterminent  leur  impor- 
tance historique;  la  finesse  de  son  esprit  lui  faisait  apercevoir  entre  les 
lignes  de  leurs  écrits  les  sentiments  et  les  passions  des  auteurs  dont  les 
historiens  ont  à  utiliser  les  relations  ;  sa  vaste  culture  intellectuelle, 
enfin,  lui  permettait  d'apprécier  la  juste  valeur  littéraire  des  œuvres 
historiques  qui  servaient  de  thèmes  à  ses  leçons. 

«  Et,  ainsi,  la  science  de  ce  maître  éminent,  servie  à  la  fois  par  une 
intelligence  d'une  extraordinaire  vivacité  et  par  un  grand  amour  des 
matières  sur  lesquelles  portait  son  enseignement,  transformait  en  un 
délicat  exposé  historique  et  littéraire  les  divers  articles  d'un  programme 
aux  apparences  les  plus  arides. 

«  Auguste  Molinier  nous  a  beaucoup  appris;  il  a  su,  par  la  façon 
dont  il  enseignait,  nous  procurer,  alors  même  quïl  s'agissait  de  prépa- 
rer des  examens,  un  très  vif  plaisir  à  apprendre.  Et  pourtant,  si  gran- 
dement que  nous  soyons  en  cela  ses  obligés,  ce  n'est  point  peut-être 
encore  pour  la  science  même  qu'il  nous  a  donnée  que  nous  lui  devons 
le  plus.  Ce  qui  assure  encore  mieux  à  sa  mémoire  toute  notre  recon- 
naissance, c'est  le  sentiment  que  nous  avons  de  l'action  profonde 
exercée  par  son  esprit,  aussi  sain  que  délicat,  sur  nos  jeunes  intelli- 
gences. C'est  lui  qui  nous  a  initiés  aux  recherches  scientifiques,  c'est 
lui  qui  nous  a  révélé,  au  premier  jour,  cette  solide  et  rigoureuse 
méthode  historique  à  laquelle  notre  École  doit,  depuis  trois  quarts  de 
siècle,  sa  réputation. 

«  Personne  mieux  que  Molinier,  personne  aussi  mieux  qu'un  autre  de 
nos  maîtres,  Arthur  Giry,  dont  le  nom  est  pour  nous  inséparable  de  celui 
de  l'hommeque  nous  pleurons  aujourd'hui,  personne  mieux  qu'eux  deux 
n'a  mieux  servi  la  cause  de  l'érudition  et  celle  de  l'École  des  chartes,  car 
tous  deux  ont  non  seulement  bien  enseigné,  mais  encore  tous  deux  ont 
formé  des  élèves.  Et,  quand  le  renouvellement  des  promotions  chan- 
geait leurs  auditeurs,  ils  faisaient  à  quelques-uns  de  ceux  qui  quittaient 
l'École  le  très  grand  honneur  de  devenir  leurs  amis.  Si  une  pareille 
faveur  procurait  à  ceux  qui  en  étaient  l'objet  une  joie  profonde  et  leur 
donnait  un  légitime  orgueil,  elle  leur  préparait  aussi,  hélas!  la  grande 
affliction  de  les  voir  l'un  et  l'autre  trop  tôt  et  soudainement  disparaître. 

0  La  désolation  où  nous  plonge  l'irréparable  malheur  qui  nous  réunit 
ici  ne  saurait  trouver  d'autre  dérivatif  que  l'ardent  souci  de  faire  hon- 
neur à  la  mémoire  d'un  maitre  regretté  et  de  nous  réclamer  toujours 
des  enseignements  de  sa  vie  toute  de  travail  et  de  sincérité.  Puisse 
l'expression  de  nos  sentiments  donner  à  sa  famille  si  cruellement 
frappée  l'assurance  qu'Auguste  Molinier  avait  su  inspirer  autour  de  lui 
de  réelles  affections  et  l'espoir  que  son  souvenir  ne  s'effacera  pas  dans 
la  mémoire  de  ceux  qui  ont  eu  le  bonheur  de  l'approcher  I  » 


CHRONIQUE   ET   MÉLANGES.  269 

—  La  Société  de  l'École  des  chartes  a  procédé  le  28  avril  au  renou- 
vellement de  son  bureau  et  de  ses  commissions  pour  l'année  1904-1905. 
Ont  été  élus  : 

Président  :  M.  Roy. 

Vice-président  :  M.  Valois. 

Secrétaire  :  M.  Mirot. 

Secrétaire-adjoint  :  M.  Serbat. 

Trésorier  :  M.  de  Germiny. 

Membres  de  la  Commission  de  publication  :  MM.  Delisle,  de  Lasteyrie, 
Omont. 

Membres  adjoints  de  la  Commission  de  publication  :  MM.  Ledos,  Tardif. 

Membres  de  la  Commission  de  comptabilité  :  MM.  de  Barthélémy, 
Bruel,  Lefèvre-Pontalis. 

Membres  de  la  Commission  de  la  collection  des  «  Mémoires  et  Docu- 
ments »  ;  MM.  Lot,  A.  Molinier,  Morel-Fatio,  Prou,  Valois. 

—  Par  décret  en  date  du  16  avril  1904,  notre  confrère  M.  Abel 
Lefranc  a  été  nommé  professeur  de  langue  et  de  littérature  françaises 
modernes  au  Collège  de  France. 

—  Notre  confrère  M.  G.  Martin  a  été  nommé  professeur  à  la  Faculté 
de  droit  de  Dijon. 

—  Par  décret  en  date  du  17  janvier  1904,  notre  confrère  M.  Camille 
Bloch  a  été  nommé  inspecteur  général  des  archives  et  des  bibliothèques. 

—  Par  arrêté  préfectoral  du  12  février  1904,  notre  confrère  M.  Jacques 
Soyer  a  été  nommé  archiviste  du  Loiret. 

—  Par  arrêté  préfectoral  du  29  février  1904,  notre  confrère  M.  Gan- 
dilhon  a  été  nommé  archiviste  du  Cher. 

—  Par  arrêté  préfectoral  en  date  du  30  mars  1904,  notre  confrère 
M.  Imbert  a  été  nommé  archiviste  de  Tarn-et-Garonne. 

—  Par  arrêté  du  maire  de  Rouen,  notre  confrère  M.  Joseph  Girard  a 
été  nommé  bibliothécaire-adjoint  de  la  ville  de  Rouen. 

—  Par  arrêté  préfectoral  du  13  novembre  1903,  nos  confrères 
MM.  François  Bruel  et  Etienne  Clouzot  ont  été  attachés  aux  travaux 
du  Catalogue  général  de  la  bibliothèque  de  la  ville  de  Paris  (hôtel 
Saint-Fargeau). 

—  Par  arrêté  préfectoral  du  7  décembre  1903,  M,  Marcel  Poëte  a  été 
nommé  conservateur-adjoint  de  la  même  bibliothèque. 

—  Par  arrêté  préfectoral,  notre  confrère  M.  Henri  Omont  a  été 
nommé  membre  du  Comité  des  travaux  historiques  de  la  ville  de 
Paris. 


270  CHRONIQUE    ET   MÉLANGES. 

—  Notre  confrère  M.  Henri  Bouchot  a  été  élu,  le  16  avril,  membre 
libre  de  l'Académie  des  beaux-arts. 

—  Nos  confrères  MM.  de  Lasteyrie,  Clédat  et  Meyer  ont  été  élus 
membres  du  Conseil  supérieur  de  l'Instruction  publique. 

—  Par  arrêtés  du  8  avril  1904,  ont  été  nommés  :  ofBciers  de  l'Ins- 
truction publique,  nos  confrères  MM.  Paul  Durrieu,  Bernard  de  Man- 
drot  et  J.  Vernier;  officiers  d'Académie,  nos  confrères  MM.  Dupont- 
Ferrier  et  Prinet. 

—  L'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres  a  décerné  le  premier 
prix  Gobert  à  notre  confrère  M.  Ferdinand  Lot,  pour  ses  Études  sur  le 
règne  de  Hugues  Capet,  et  le  second  prix  Gobert  à  notre  confrère 
M.  Alfred  Richard,  pour  les  deux  volumes  de  son  Histoire  des  comtes  de 
Poitou. 

—  Le  prix  de  La  Grange  a  été  décerné  par  l'Académie  des  inscriptions 
et  belles-lettres  à  notre  confrère  M.  Ernest  Langlois,  pour  son  édition 
des  Arts  de  seconde  rhétorique.  — La  même  Académie  a  décerné  un  prix 
de  la  fondation  Delalande-Guerineau  à  notre  confrère  M.  J.  Calmette, 
pour  son  livre  :  Louis  XI,  Jean  H  et  la  révolution  catalane;  —  un  prix 
de  la  fondation  Loubat  à  notre  confrère  M.  G.  Musset,  pour  la  partie 
américaine  de  son  édition  d'Alphonse  le  Saintongeais ;  —  un  prix  de  la 
fondation  Fould  à  notre  confrère  M.  Georges  Durand,  pour  le  tome  II 
de  sa  Monographie  de  la  cathédrale  d'Amiens. 

—  Au  concours  des  Antiquités  nationales,  nos  confrères  ont  obtenu 
les  récompenses  suivantes  :  l''"'  médaille,  M.  Bertrand  de  Broussillon, 
pour  son  Histoire  de  la  maison  de  Laval  et  son  Cartulaire  de  Saint- 
Aubin  d'Angers;  4'=  médaille,  M.  Henri  Stein,  pour  son  ouvrage  en  col- 
laboration avec  M.  Quesvers  :  Inscriptions  de  V ancien  diocèse  de  Sens. 

—  L'Académie  française  a  décerné  deux  prix  de  la  fondation  Thé- 
rouanne  à  nos  confrères  MM.  L.  Batiffol,  pour  son  volume  Autour  de 
Louis  XIll,  et  M.  Sepet,  pour  ses  trois  ouvrages  :  les  Préliminaires  de  la 
Révolution,  la  Chute  de  l'ancienne  France  et  Six  mois  d'histoire  révolu- 
tionnaire. 


L'ECOLE  DES  CHARTES  DEVANT  LE  SENAT. 

Au  cours  de  la  discussion,  devant  le  Sénat,  de  la  proposition  de  loi 
relative  à  l'enseignement  secondaire  privé,  un  groupe  de  sénateurs  a 
proposé,  sur  l'article  8  du  projet,  un  amendement  tendant  à  déclarer 
équivalente  au  grade  de  licencié,  exigé,  par  la  nouvelle  loi,  des  jirofes- 


CHRONIQUE  ET   MÉLANGES.  27^ 

seurs  de  l'enseignement  libre,  la  qualité  d'ancien  élève  des  grandes 
écoles  de  l'État.  Cet  amendement  a  été  rejeté  par  146  voix  contre  113. 

Par  contre,  la  Commission  a  accepté,  sur  l'article  25  du  projet,  une 
disposition  transitoire,  admettant  l'équivalence  pour  les  anciens  élèves 
des  Écoles  polytechnique,  des  Ponts  et  Chaussées,  des  Mines  et  Cen- 
trale qui  enseigneraient  au  moment  de  la  promulgation  de  la  loi.  Un 
sénateur,  M.  Bodinier,  a  demandé  que  l'École  des  chartes  fût  ajoutée  à 
ces  quatre  écoles. 

Cet  amendement  a  été  voté  par  le  Sénat  à  la  suite  d'un  échange 
d'observations  que  nous  reproduisons  : 

«  M.  LE  PRÉsmEiNT.  Je  mets  aux  voix  le  premier  paragraphe  de  l'ar- 
ticle 25,  avec  l'addition  proposée  par  M.  de  Blois,  addition  qu'acceptent 
le  gouvernement  et  la  Commission. 

«  Il  est  ainsi  conçu  : 

('  Les  chefs  d'établissements  secondaires  de  garçons  ou  de  filles  déjà 
«  existants  qui  auront,  au  moment  de  la  promulgation  de  la  présente 
«  loi,  plus  de  trois  ans  de  direction  et  plus  de  quarante  ans  d'âge  seront 
«  dispensés  de  la  production  du  diplôme  de  licencié  et  du  certificat 
«  d'aptitude  pédagogique.  » 

«  (Le  premier  paragraphe  de  l'article  25,  ainsi  modifié,  est  adopté.) 

«  M.  LE  PRÉSIDENT.  Nous  passous  au  deuxième  paragraphe,  dont  je 
donne  une  nouvelle  lecture  : 

«  Bénéficieront  de  la  même  dispense,  suivant  les  cours  dans  lesquels 
«  ils  enseignent,  les  professeurs  des  mêmes  établissements  qui  justi- 
«  fieront  de  plus  de  cinq  ans  d'enseignement  et  de  plus  de  quarante  ans 
«  d'âge,  et,  quels  que  soient  leur  âge  et  la  durée  de  leur  enseignement, 
«  les  professeurs  actuellement  en  fonctions  pourvus  du  diplôme  d'an- 
«  cien  élève  d'une  des  écoles  suivantes  :  École  polytechnique,  École  des 
«  Ponts  et  Chaussées,  École  des  Mines  de  Paris,  École  centrale.  » 

a  II  y  a,  sur  ce  paragraphe,  un  amendement  de  M..  Bodinier,  qui  est 
ainsi  conçu  : 

«  Ajouter  à  la  fin  du  dernier  paragraphe  les  mots  :  «  ...  École  des 
«  chartes.  » 

«  M.  LE  MINISTRE.  Nous  sommes  d'accord. 

«  M.  LE  PRÉSIDENT.  La  parols  est  à  M.  Bodinier. 

«  M.  Bodinier.  Messieurs,  je  demande  au  Sénat  la  permission  de  lui 
présenter  quelques  très  brèves  observations  à  l'appui  de  l'amendement 
que  j'ai  eu  l'honneur  de  déposer. 

«  Cet  amendement,  ainsi  que  vient  de  vous  le  dire  M.  le  président, 
tend  à  ajouter  à  l'énumération  des  grandes  écoles,  à  la  fin  du  dernier 
paragraphe  de  l'article  25,  les  mots  :  «  ...  École  des  chartes.  » 

«  L'École  des  chartes,  Messieurs,  est  à  la  fois  scientifique  et  pratique. 

«  L'enseignement  qu'on  y  reçoit  embrasse  toutes  les  éludes  relatives 
à  l'histoire  de  France  jusqu'à  la  fin  du  xvui^  siècle.  Cet  enseignement 


272  CHRONIQUE  ET  MELANGES. 

a  pour  but,  en  même  temps,  de  former  des  archivistes  et  des  l^ibliothé- 
caires.  C'est  ce  qui  explique  pourquoi,  depuis  1872,  le  nombre  annuel 
des  admissions  a  été  limité  à  vingt. 

«  Par  cette  limitation  même,  l'État  semblait  prendre  l'engagement 
moral  de  donner  des  situations,  dans  les  dépôts  publics,  aux  élèves 
sortant  de  l'École  des  chartes,  comme  il  en  assure  aux  élèves  sortant  de 
l'École  normale. 

«  Sous  le  précédent  ministère,  tous  les  postes  supérieurs  de  direc- 
teurs et  d'inspecteurs  généraux  des  archives  et  des  bibliothèques  qui 
sont  venus  à  vaquer,  —  et  il  en  a  vaqué  quatre  sur  neuf,  —  ont  été 
donnés  à  des  personnes  étrangères  à  la  carrière. 

«  En  dehors  de  ces  faits,  si  décourageants  pour  le  recrutement  futur 
de  l'École  des  chartes,  la  situation  présente  est  la  suivante  : 

«  Seize  élèves  ont  obtenu,  il  y  a  un  mois,  du  Conseil  de  perfection- 
nement de  l'École,  le  diplôme  d'archiviste  paléographe.  Une  quinzaine 
d'anciens  élèves  diplômés,  appartenant  à  des  promotions  antérieures, 
postulent  des  emplois,  soit  dans  les  bibliothèques,  soit  dans  les  archives. 

«  C'est  donc  une  trentaine  de  jeunes  gens  à  qui  l'administration  ne 
peut  donner  les  postes  auxquels  leur  diplôme  leur  donne  accès. 

«  Quelques-uns  de  ces  jeunes  gens,  en  attendant  des  places  d'archi- 
viste ou  de  bibliothécaire,  ont  accepté  des  positions  modestes  dans  l'en- 
seignement secondaire.  L'État,  qui  ne  leur  oiïre  rien  en  échange,  est-il 
en  droit  de  les  en  dépouiller?  Oui,  peut-être,  s'il  était  établi  qu'un 
ancien  élève  de  l'École  des  chartes  n'est  pas  en  état  de  professer  un 
cours  d'histoire  à  des  élèves  de  l'enseignement  secondaire. 

«  Mais  je  ne  crois  pas  qu'on  puisse  soutenir  une  pareille  assertion.  Il 
importe,  en  effet,  de  faire  remarquer  que  les  bacheliers  es  lettres,  can- 
didats à  l'École  des  chartes,  doivent,  entre  autres  épreuves,  faire  une 
version  latine  et  un  thème  latin  sans  dictionnaire,  une  composition  sur 
l'histoire  de  France  jusqu'en  1800  et  enfin  une  autre  composition  sur  la 
géographie. 

«  Ces  épreuves  sont  assez  sérieuses  pour  que  tous  les  ans,  —  et  cette 
année  encore,  —  des  candidats  licenciés  es  lettres  soient  refusés  à 
l'examen  d'entrée. 

«  En  second  lieu,  il  n'est  pas  exact  de  dire,  comme  on  l'a  prétendu, 
que  l'enseignement  de  l'École  des  chartes  porte  exclusivement  sur  l'his- 
toire du  moyen  âge. 

«  Si  certains  cours,  en  effet,  —  paléographie,  diplomatique,  langues 
romanes,  archéologie,  —  s'occupent  plus  particulièrement  de  cette 
période,  l'ensemble  de  l'enseignement,  notamment  le  cours  d'histoire 
des  institutions  politiques,  administratives  et  judiciaires  de  la  France, 
s'applique  à  l'histoire  de  France  jusqu'en  1789  et  même  jusqu'au 
Consulat. 

«  Depuis  une  vingtaine  d'années,  —  et  ici  je  pourrais  faire  un  appel 


CHRONIQUE    ET   MÉLANGES.  273 

au  témoignage  de  notre  vénéré  doyen  M.  Wallon,  —  sur  l'initiative 
d'un  de  nos  anciens  et  très  distingués  collègues  qui  était,  comme 
M.  Wallon  l'est  lui-même,  membre  du  Conseil  de  perfectionnement  de 
l'Ecole,  M.  de  Rozière,  le  cours  d'institutions  comprend  l'exposé  des 
institutions  de  la  période  révolutionnaire. 

«  Vous  voyez  que  les  études,  à  la  fois  variées  et  approfondies,  pour- 
suivies à  l'École  des  chartes  pendant  trois  ans  et  couronnées,  la  qua- 
trième année,  par  une  thèse  de  sortie,  équivalent,  —  et  bien  au  delà,  — 
au  bagage  d'un  licencié. 

«  Le  diplôme  d'archiviste  paléographe  est  en  quelque  sorte  un 
véritable  doctorat  d'histoire  de  France. 

«  J'espère  vous  avoir  prouvé  par  ces  courtes  observations  que  les 
anciens  élèves  de  l'École  des  chartes  sont  parfaitement  dignes  d'être 
assimilés,  dans  les  conditions  de  l'article  25,  aux  anciens  élèves  de  nos 
grandes  écoles  énumérées  dans  le  dernier  paragraphe  de  cet  article.  J'ai 
tout  lieu  d'espérer  que  l'honorable  rapporteur  et  M.  le  ministre  de 
l'Instruction  publique  ne  s'opposeront  pas  à  l'adoption  de  l'amendement 
que  j'ai  eu  l'honneur  de  présenter  et  que  je  recommande  à  la  bienveil- 
lance du  Sénat.  [Très  bien!  très  bien!  à  droite.) 

«  M.  Léonce  de  Sal,  membre  de  la  Commission.  La  Commission 
accepte  l'amendement  ;  elle  exprime  seulement  le  regret  que  les  obser- 
vations si  intéressantes  que  nous  venons  d'entendre  ne  lui  aient  pas  été 
soumises  quand  elle  délibérait. 

«  M.  LE  MINISTRE.  Le  gouvomement  accepte  également  l'amendement; 
j'ai  d'ailleurs  eu  déjà  l'honneur  d'en  informer  M.  Bodinier. 

«  M.  Wallon.  Je  demande  la  parole. 

«  M.  LE  PRÉSIDENT.  La  parole  est  à  M.  Wallon. 

«  M.  Wallon,  de  sa  place.  Je  tiens  simplement  à  dire  que,  s'il  est 
bien  rare  de  voir  des  licenciés  échouer  au  concours  d'entrée  à  l'École 
des  chartes,  il  est  certain  que  les  thèses  soutenues  à  la  fin  des  études 
valent  certainement  bien  les  épreuves  qu'ont  pu  subir  les  candidats  à 
plusieurs  sortes  de  licence  qui  remplacent  aujourd'hui  l'ancienne  et 
unique  licence  des  Facultés  des  lettres. 

«  M.  LE  PRÉSIDENT.  Je  mcts  aux  voix  le  deuxième  paragraphe  de  l'ar- 
ticle 25,  y  compris  l'amendement  de  M.  Bodinier,  accepté  par  le  gou- 
vernement et  par  la  Commission. 

«  (Le  deuxième  paragraphe  de  l'article  25  est  adopté.)  » 


L'ÉCOLE  DES  CHARTES  ET  LES  POUVOIRS  PUBLICS. 

Le  projet  de  budget  de  l'exercice  1904,  confié  par  la  Commission  du 
budget  à  M.  Simyan,  député  {Rapport  fait  au  nom  de  la  Commission  du 
i 904  1 8 


274  CHRONIQUE  ET  MELANGES. 

budget  chargée  d'examiner  le  projet  de  loi  portant  fixation  du  budget 
général  de  V exercice  190k.  Ministère  de  l'Instruction  publique  et  des 
Beaux-Arts.  Service  de  l'instruction  publique.  Paris,  impr.  Motteroz, 
1903,  in-4°  de  222  p.  —  N°  1202  des  publications  de  la  Chambre  des 
députés.  Huitième  législature.  Session  de  1903.  Annexe  au  procès-verbal 
de  la  séance  du  4  juillet  1903).,  contient  un  chapitre  important  sur 
«  l'École  nationale  des  chartes  »  (p.  53-56),  placée,  dans  la  section 
«  Nos  grandes  écoles  »  (p.  50),  immédiatement  après  l'École  normale 
supérieure  : 

«  Il  n'est  pas  une  institution  quelconque  dont  on  puisse  prétendre 
qu'elle  échappe  aux  lois  nécessaires  de  l'évolution. 

«  Certains  établissements  d'enseignement  supérieur  sont  précisément 
arrivés  à  une  période  de  transformation,  et  la  nécessité  de  les  réorga- 
niser résulte  à  la  fois  des  créations  nouvelles,  mieux  appropriées  à 
l'esprit  moderne,  et  des  conditions  économiques  et  sociales  de  l'époque 
contemporaine. 

a  L'École  nationale  des  chartes  ne  saurait  échapper  à  cette  loi,  et  sa 
réorganisation  devient  chaque  jour  plus  impérieuse,  dans  l'intérêt  des 
élèves  et  aussi  dans  l'intérêt  d'un  meilleur  fonctionnement  des  archives 
et  des  bibliothèques  françaises. 

«  L'École  des  chartes  doit  être  l'École  nationale  professionnelle  des 
archivistes  et  des  bibliothécaires  français. 

«  A  l'heure  actuelle,  les  élèves  de  l'École  des  chartes  peuvent  se 
répartir  en  trois  groupes  :  1°  ceux  qui  la  fréquentent  uniquement  pour 
acquérir,  sous  le  régime  de  la  funeste  loi  de  1889,  cette  dispense  mili- 
taire, dont  il  est  fantaisiste  de  prétendre  qu'elle  fut  jamais  favorable  à 
la  haute  culture  de  la  jeunesse;  2°  ceux  qui  se  destinent  à  l'enseigne- 
ment, secondaire  ou  supérieur  et  qui  entendent  compléter  par  les  cours 
de  cette  École  ceux  de  l'Université;  3°  enfin,  les  élèves  qui  songent  à 
embrasser  la  carrière  d'archiviste  ou  de  bibliothécaire,  si  tant  est  qu'on 
puisse,  sans  ironie,  parler  de  carrière  en  l'espèce. 

«  S'il  n'y  a  pas  lieu  de  se  préoccuper  de  l'avenir  des  élèves  des  deux 
premiers  groupes,  il  n'en  est  pas  de  même  des  autres,  dont  la  plupart 
paraissent  condamnés  à  végéter  dans  quelque  emploi,  maigrement 
rétribué,  d'archiviste  ou  de  bibliothécaire,  sans  espoir  d'augmentation 
sur  place  ni  même  d'avancement  par  des  changements  de  poste. 

«  Si  cette  regrettable  situation  était  la  conséquence  de  l'encombre- 
ment de  la  carrière  ou  de  l'insuffisance  irrémédiable  des  crédits  budgé- 
taires, on  ne  pourrait  guère  qu'en  plaindre  les  victimes;  encore  le  gou- 
vernement aurait-il,  dans  ce  cas,  le  devoir  de  réduire  le  nombre  des 
admissions  à  l'École  des  chartes  en  les  proportionnant  aux  vacances 
probables  d'emplois  ;  mais  telle  n'est  pas  la  vérité.  Cette  situation 
résulte  de  l'inorganisation  des  archives  et  des  bibliothèques  françaises, 
demeurées    trop    longtemps    étrangères    au    mouvement   scientifique 


CHRONIQUE    ET    MELAINGES.  275 

moderne  et  aux  besoins  nouveaux,  de  sorte  que  la  réorganisation  de 
l'Ecole  des  chartes  et  celle  des  arcliives  et  des  bibliothèques  sont  bien 
liées  l'une  à  l'autre  en  vertu  de  l'axiome  :  «  Tant  vaut  le  personnel, 
«  tant  vaut  l'institution.  » 

«  Voici  les  principes,  selon  nous,  qui  pourraient  présider  à  cette 
réforme  et  inspirer  le  gouvernement  républicain  :  ouvriers  d'archives 
et  de  bibliothèques,  les  archivistes  et  les  bibliothécaires  doivent  con- 
naître leur  métier,  ce  qui  exclut  les  incompétents;  ils  doivent  vivre  de 
l'exercice  de  leur  métier,  ce  qui  exclut  les  emplois  non  rétribués;  ils 
doivent  être  payés  en  raison  directe  de  leur  travail,  ce  qui  exige  l'ap- 
plication combinée  de  l'avancement  à  l'ancienneté  et  de  l'avancement 
au  choix,  de  l'avancement  sur  place  et  de  l'avancement  par  voie  de 
mutation;  enfin,  de  même  que  les  ouvriers  de  l'industrie  ne  toléreraient 
jamais  d'être  placés  sous  l'autorité  d'un  contremaître  incapable  de 
prendre  sa  place  à  l'établi  et  d'y  manier  l'outillage  du  métier,  de  même 
archivistes  et  bibliothécaires  ne  doivent  jamais  être  subordonnés  qu'à 
des  chefs  qui  soient  au  moins  leurs  égaux. 

«  La  réalisation  de  ce  programme  exige  la  constitution  d'un  corps 
d'archivistes  et  de  bibliothécaires  justifiant  des  aptitudes  et  des  con- 
naissances professionnelles  nécessaires  à  la  gestion  d'un  dépôt  d'ar- 
chives ou  à  celle  d'une  bibliothèque,  et  conséquemment  l'organisation 
d'une  École  nationale  professionnelle. 

«  C'est  à  ce  besoin  que  doit  répondre  l'Ecole  nationale  des  chartes. 
Cette  École,  où  les  cours  relatifs  à  l'administration  des  archives  et  des 
bibliothèques  ont  été  heureusement  réorganisés  et  développés  au  cours 
de  ces  dernières  années,  fournit  annuellement  des  archivistes  et  des 
bibliothécaires  capables  de  rendre  d'excellents  services;  mais  les  occa- 
sions de  les  employer  et  surtout  de  leur  confier  des  postes  en  rapport 
avec  leur  valeur  technique  sont  relativement  très  rares,  et  cela  en  rai- 
son même  de  l'inorganisation  des  archives  et  des  bibliothèques  fran- 
çaises. 

«  Ce  ne  sont  pas  les  emplois  d'archivistes  ou  de  bibliothécaires  qui 
font  défaut;  ce  qui  manque,  ce  sont  les  emplois  auxquels  les  archi- 
vistes et  les  bibliothécaires  diplômés  par  le  gouvernement  puissent 
être  nommés;  et,  chose  étrange,  absurdité  qui  n'a  que  trop  duré,  ce 
sont  précisément  les  archives  et  les  bibliothèques  de  l'État  dont  les 
règlements  actuels  interdisent  en  fait  l'accès  aux  anciens  élèves  de 
l'École  des  chartes. 

«  Si  l'École  des  chartes  peut  être  l'objet  de  critiques,  sévères  et  fon- 
dées, au  point  de  vue  de  l'organisation  de  la  carrière  d'archiviste  et  de 
bibliothécaire  et  des  débouchés  qu'elle  offre  à  ses  élèves,  il  est  juste  de 
reconnaître  qu'au  point  de  vue  scientifique,  elle  occupe  une  des  pre- 
mières places  parmi  nos  grands  établissements  d'enseignement  supé- 


276  CHRONIQUE   ET   ME'lANGES. 

rieur.  Ses  anciens  élèves  brillent  au  premier  rang  dans  les  diverses 
spécialités  auxquelles  chacun  d'eux  s'est  consacré,  et  c'est  la  méthode 
si  rigoureuse  et  si  féconde  de  l'École  des  chartes  que  doivent  suivre 
ceux  qui  s'adonnent  aux  études  historiques,  sous  peine  de  ne  produire 
que  des  travaux  médiocres. 

«  Il  n'est  pas  une  collection  de  publications  scientifiques  qui  ne 
compte  d'anciens  élèves  de  l'Ecole  des  chartes  parmi  ses  principaux 
collaborateurs.  Il  n'est  pas  une  branche  de  l'histoire,  de  l'archéologie, 
de  la  philologie  qu'ils  n'aient  explorée.  A  côté  d'illustres  savants 
comme  Gaston  Paris  et  Léopold  Delisle,  dont  la  renommée  est  univer- 
selle, combien  d'autres  noms,  moins  éclatants  sans  doute,  mais  qui 
suffiraient  à  honorer  un  pays!  C'est  Héron  de  Villefosse,  un  maître  de 
l'archéologie  classique;  c'est  Gourajod,  aventureux  peut-être,  mais  qui 
a  donné  une  si  vive  impulsion  à  l'étude  de  l'art;  c'est  Guiffrey,  le 
savant  directeur  des  Gobelins  ;  c'est  Enlart,  dont  le  Manuel  d'archéo- 
logie française  est  aussi  apprécié  à  l'étranger  qu'en  France  et  qui  a 
étudié,  avec  une  précision  scientifique  remarquable,  l'art  français  en 
Italie,  à  Chypre  et  jusqu'en  Suède;  c'est,  pour  l'histoire  du  moyen 
âge,  des  savants  comme  Himly,  comme  Luce,  dont  V Histoire  de  Dugiies- 
clin  est  un  livre  définitif;  c'est  Gh.-V.  Langlois,  l'éminent  directeur  de 
l'office  d'informations  pédagogiques,  à  la  fois  un  maître  dans  les  études 
historiques  et  un  initiateur  pour  les  méthodes  de  pédagogie,  un  des 
hommes  qui  font  le  plus  honneur  à  l'Université  de  Paris;  c'est,  pour 
la  période  d'histoire  moderne  et  contemporaine,  Camille  Bloch  et 
Flammermont,  Campardon  et  Funck-Brentano  ;  c'est  notre  ancien  col- 
lègue M.  Hanotaux,  qui  se  repose  des  travaux  accomplis  à  la  Chambre 
et  au  ministère  des  Affaires  étrangères  en  reprenant  son  Histoire  de 
Richelieu  et  en  composant  celle  de  Thiers  ;  c'est,  pour  la  diplomatique, 
un  esprit  de  la  valeur  de  Giry  ;  pour  la  numismatique,  Babelon  et 
de  Barthélémy;  c'est  d'Arbois  de  Jubainville,  le  premier  celtisant  de 
notre  époque;  c'est  Gustave  Fagniez,  historien  et  économiste,  qui  a 
mis  au  jour  des  documents  inestimables  sur  la  vie  économique  de  la 
France  pendant  le  moyen  âge  ;  c'est  Paul  Viollet  et  Adolphe  Tardif, 
dont  les  études  sur  le  droit  au  moyen  âge  sont  consultées  partout  ;  c'est 
Paul  Meyer,  le  maître  actuel  de  la  philologie  romane,  et  combien 
d'autres  dont  les  noms  mériteraient  d'être  cités  et  qui  explorent,  avec 
une  patiente  ténacité  et  une  méthode  impeccable,  le  vaste  champ  de 
l'érudition  et  de  l'histoire. 

«  La  France,  qu'on  représente  volontiers  comme  s'attardant  plutôt  à 
des  travaux  faciles  qu'aux  sévères  études  de  la  science  historique  et  de 
l'archéologie,  peut  montrer  avec  orgueil  cette  glorieuse  phalange  devant 
laquelle  s'inclinent  avec  respect  tous  les  savants  de  l'étranger.  » 

Le  même  rapport  sur  le  projet  de  budget  de  l'Instruction  publique 


CHRONIQUE    ET    Me'lAIVGES.  277 

de  1904  contient  encore  des  chapitres  importants  sur  la  Bibliothèque 
nationale,  les  Archives  nationales  et  les  archives  départementales. 


COMITÉ  DE  DÉFENSE  SCIENTIFIQUE. 

Les  revendications  du  Comité  de  défense  scientifique,  dont  nous  avons 
précédemment  publié  les  statuts  ^,  ont  commencé  à  trouver  un  écho 
auprès  des  pouvoirs  publics.  M.  Massé,  député,  les  a  exposées  dans  son 
Rapport  fait  au  nom  de  la  Commission  du  budget  chargée  d'examiner  le 
projet  de  loi  portant  fixation  du  budget  général  de  l'exercice  190k  (Minis- 
tère de  l'Instruction  publique  et  des  Beaux-Arts.  Service  des  Beaux-Arts), 
formant  le  No  1203  des  publications  officielles  de  la  Chambre  des  Dépu- 
tés. Huitième  législature.  Session  de  1903.  Annexe  au  procès-verbal  de  la 
séance  du  4  juillet  1903  (Paris,  impr.  Motteroz,  1903,  in-4o  de  380  p.). 
Le  chapitre  des  Musées  nationaux  se  termine  par  les  réflexions  sui- 
vantes, intitulées  :  Personnel  des  conservateurs  {p.  186-190)  et  qui 
traitent  également,  d'une  façon  collective,  tous  les  intérêts  scientifiques 
du  personnel  des  archives  et  des  bibliothèques  en  mentionnant,  à  un 
grand  nombre  de  reprises,  l'École  des  chartes  : 

«  Depuis  longtemps,  les  choix  faits  par  l'administration  comme  con- 
servateurs des  musées,  bibliothécaires  ou  archivistes  ont  donné  lieu  à 
de  nombreuses  critiques  qui  se  renouvellent  chaque  fois  qu'un  mouve- 
ment nouveau  a  lieu  dans  le  personnel  des  musées  nationaux.  Les 
anciens  élèves  de  l'École  des  chartes,  des  Écoles  d'Athènes,  de  Rome 
et  du  Louvre  se  sont  groupés  en  Comité  de  défense  scientifique,  et  l'une 
de  leurs  principales  revendications  a  trait  à  ces  nominations. 

«  Ils  ont  récemment  émis  le  vœu  :  1°  que  tous  les  musées  de  l'État 
soient  rattachés  à  la  direction  des  musées  nationaux  ;  2°  que  les  candi- 
dats à  des  fonctions  ou  emplois  ressortissant  aux  musées  nationaux 
justifient  de  l'un  des  titres  suivants  : 

«  Ancien  élève  de  l'École  française  de  Rome  ou  d'Athènes  ; 

«  Ancien  élève  de  l'Institut  français  du  Caire  ou  de  la  mission  fran- 
çaise d'Indo-Chine  ; 

«  Élève  diplômé  de  l'École  des  chartes,  de  l'École  des  hautes  études 
ou  de  l'École  du  Louvre  ; 

«  Titulaire  du  diplôme  supérieur  d'histoire  avec  la  mention  :  «  His- 
«  toire  de  l'art,  archéologie  ou  paléographie.  » 

«  Ils  demandent  que  les  titres  scientifiques  et  techniques  des  candi- 

1.  Bibliothèque  de  l'École  des  chartes,  t.  LXIV  (1903),  p.  217-220. 


278  CHRONIQUE   ET   MÉLANGES. 

dats  qui  ne  posséderaient  aucun  de  ces  titres  ou  diplômes  soient  sou- 
rais  par  le  ministre  à  l'examen  de  l'Académie  compétente;  qu'enfin, 
désormais,  l'avis  de  toute  vacance  ou  création  d'emploi  dans  les  musées 
nationaux  soit  inséré  au  Journal  officiel  et  qu'un  délai  de  vingt  jours 
soit  laissé  aux  candidats  pour  adresser  leur  demande  au  ministre. 

((  Ces  revendications  n'ont  rien  que  de  fort  légitime,  et  il  serait  dési- 
rable que  l'administration,  à  l'avenir,  en  tînt  le  plus  grand  compte  pos- 
sible. La  garde  de  nos  collections  publiques,  archives,  bibliothèques, 
musées,  doit  être  considérée  non  comme  offrant  des  sinécures  à  l'usage 
des  hommes  de  lettres,  mais  comme  des  fonctions  mettant  à  la  dispo- 
sition de  savants  éminents  de  véritables  laboratoires  pour  leurs 
recherches  historiques  et  archéologiques.  On  doit  exercer  ces  fonctions 
de  telle  sorte  qu'elles  puissent  fournir  le  maximum  de  rendement 
scientifique;  or,  tant  vaut  le  personnel,  tant  vaut  l'institution;  pour 
atteindre  ce  résultat,  il  faut  un  personnel  compétent. 

«  Les  archivistes,  bibHothécaires,  conservateurs  des  musées  doivent 
être  considérés  comme  des  ouvriers  d'archives,  de  bibliothèques  et  de 
musées;  ils  doivent  donc  savoir  leur  métier,  ils  doivent  être  payés  en 
raison  directe  de  leur  capacité  technique  et  professionnelle,  ce  qui 
revient  à  exclure  les  incompétents,  à  réduire  au  minimum  le  nombre 
des  agents  et  à  rétribuer  ceux-ci  au  maximum  pour  un  maximum  de 
travail. 

«  En  outre,  ceux  qui  commandent  à  ces  ouvriers  dans  les  archives, 
bibliothèques  ou  musées,  où  il  y  a  plusieurs  agents,  doivent  être  eux- 
mêmes  du  métier  et  ils  doivent  être  capables,  si  demain  les  circons- 
tances les  y  obligeaient,  de  prendre  la  place  de  leurs  employés  et  de 
faire  leur  besogne.  Ceci  exclut  des  postes  supérieurs  de  direction  les 
hommes  incompétents  que  le  gouvernement  appelle  trop  régulière- 
ment, comme  par  une  sorte  de  défi  au  bon  sens  et  à  la  probité  admi- 
nistrative, aux  emplois  supérieurs  dans  les  archives,  les  musées,  les 
bibliothèques.  Comment  le  gouvernement  de  la  République  ne  com- 
prend-il pas  que  la  faveur  et  le  népotisme  sont  un  mauvais  spectacle  à 
donner  à  une  démocratie?  Gomment  ne  comprend-il  pas  l'inconvénient 
poUtique  et  l'injustice  sociale  qu'il  y  a  à  ne  pas  permettre  à  un  homme 
qui  n'a  que  sa  valeur  personnelle  et  son  travail  de  se  faire  une  hono- 
rable situation  dans  les  archives,  les  bibliothèques,  les  musées,  où  il  ne 
semble  aujourd'hui  y  avoir  place  que  pour  ceux  qui  sont  bien  apparen- 
tés et  dont  tout  l'effort  intellectuel  s'est  appliqué  trop  souvent  à  multi- 
plier leurs  relations?  Il  ne  doit  désormais  pas  plus  être  impossible  à  un 
homme  issu  du  prolétariat  de  faire  son  chemin  dans  la  carrière  d'ar- 
chiviste, de  bibliothécaire  ou  de  conservateur  de  musée  qu'il  ne  l'est  de 
le  faire  dans  l'enseignement  à  ses  trois  degrés. 

«  Pour  former  les  archivistes,  les  bibliothécaires  et  les  conservateurs 


CHRONIQUE  ET  MELANGES.  279 

des  musées,  il  est  nécessaire  qu'ils  passent  par  l'une  ou  l'autre  des 
deux  écoles  qui  existent  déjà,  mais  qui  demandent  une  réorganisation 
pour  que  l'une,  l'École  nationale  des  chartes,  devienne  l'École  natio- 
nale des  archivistes  et  bibliothécaires  et  pour  faire  de  l'autre,  l'École 
du  Louvre,  ce  qu'en  voulaient  faire  ses  fondateurs,  Gambetta  et 
M.  Proust,  l'École  nationale  professionnelle  des 'conservateurs  de 
musées. 

«  Les  fonctions  de  conservateurs  des  musées  nationaux  exigent,  pour 
être  convenablement  remplies,  une  éducation  scientifique  très  solide,  la 
connaissance  des  instruments  du  travail  (livres,  manuscrits,  etc.)  et 
celle  de  quelques-unes  des  langues  européennes  dans  lesquelles  se 
publient  des  travaux  d'érudition.  Le  temps  n'est  plus  où  le  conserva- 
teur d'un  musée  était  surtout  chargé  d'en  faire  la  «  démonstration  » 
aux  grands  personnages  de  l'État  et  aux  jeunes  gens  du  monde.  Sa 
besogne  essentielle  comprend  l'acquisition  d'objets  nouveaux,  la  classi- 
fication et  l'inventaire  de  ceux  qui  constituent  le  musée.  Ce  sont  là, 
au  premier  chef,  des  travaux  d'érudition  oii  la  connaissance  de  l'ar- 
chéologie et  de  la  philologie  sont  non  moins  indispensables  que  le 
goiit. 

«  L'érudition  peut  être  acquise  ailleurs  que  dans  les  grandes  écoles 
de  l'État  ou  sur  les  bancs  de  l'Université;  mais  encore  faut-il  que  le 
postulant  à  une  place  de  conservateur  ait  donné  des  preuves  tangibles 
et  certaines  de  son  érudition. 

«  Les  Écoles  normale  supérieure,  des  chartes,  d'Athènes,  de  Rome, 
du  Caire,  d'Indo-Ghine  fournissent  chaque  année  des  jeunes  gens  qui 
possèdent,  dans  les  différentes  branches  du  savoir,  les  éléments  requis 
de  l'érudition.  Il  peut  se  trouver,  en  dehors  de  ces  écoles,  un  savant 
particulièrement  doué.  Qui  jugera  si  ses  travaux  personnels  sont  l'équi- 
valent des  diplômes  que  ses  concurrents  auront  obtenus?  Ce  ne  peut 
être  l'administration,  qui  n'est  pas  qualifiés  pour  cela.  Mais  il  y  a 
l'Académie  des  inscriptions,  qui  désigne  déjà  les  candidats  aux  chaires 
du  Gollège  de  France  et  de  l'École  des  langues  orientales.  Le  jour  où. 
une  situation  de  conservateur  ou  d'attaché  serait  vacante  dans  un 
musée  national,  il  serait  naturel  que  les  candidats  fissent  valoir  leurs 
titres  auprès  de  l'Académie  et  que  celle-ci,  —  sans  désigner  le  titulaire, 
—  procédât  à  un  classement  des  candidats  en  éliminant  purement  et 
simplement  ceux  qui  ne  sembleraient  pas  offrir  les  garanties  néces- 
saires d'érudition.  Le  ministre  pourrait  alors  choisir  sur  la  liste  trans- 
nàse  par  l'Académie,  sans  s'astreindre,  bien  entendu,  à  tenir  compte 
de  l'ordre  de  présentation.  De  toute  façon,  le  candidat  choisi  serait  un 
érudit  et  serait  digne  d'occuper  la  place  vacante. 

«  Cette  manière  de  procéder  aurait  encore  un  autre  avantage.  Un 
jeune  homme  peut   être   sorti  de  l'École  des  chartes  ou  de  l'École 


280  CHRO?ÎIQUE    ET   MELANGES. 

d'Athènes  sans  avoir  donné  des  preuves  d'initiative  et  d'activité  intel- 
lectuelle, sans  avoir  témoigné  qu'il  était  capable  de  servir  efficacement 
la  cause  de  la  science  et  de  l'art.  C'est  là  une  chose  dont  les  adminis- 
trations peuvent  difficilement  tenir  compte.  Elles  constatent  l'authen- 
ticité d'un  diplôme,  mais  elles  ne  jugent  pas  de  la  valeur  des  travaux 
publiés  par  un  candidat.  Avec  le  système  que  nous  indiquons,  au  con- 
traire, un  jeune  homme  sans  diplôme,  mais  plein  de  talent  et  d'acti- 
vité, serait  classé  sur  la  liste  académique,  tandis  qu'un  fruit  sec  des 
grandes  écoles  de  l'État  n'y  figurerait  pas.  Ce  système  aurait  donc 
l'avantage  de  mettre  en  évidence  l'activité  et  le  talent  et  d'exclure  les 
candidats,  même  diplômés,  qui  n'auraient  pas  fait  preuve,  par  leurs 
premiers  travaux,  des  qualités  nécessaires  à  un  conservateur  de  musée 
public. 

«  Quant  aux  hommes  de  lettres,  désormais  tenus  à  l'écart  d'emplois 
oîi  précisément  la  présence  de  leur  incompétence  assurait  l'inutilisation 
scientifique  du  dépôt  qui  leur  était  confié,  il  y  aurait  lieu  de  les  distin- 
guer en  deux  groupes  :  ceux  qui,  par  leur  situation  personnelle  et  la 
nature  productive  de  leurs  œuvres,  n'ont  nullement  besoin  de  l'aide  de 
l'État,  et  ceux  qui,  par  leur  situation  personnelle  et  surtout  par  le 
caractère  improductif  de  leurs  œuvres,  se  recommandent  très  légitime- 
ment à  la  sollicitude  des  pouvoirs  publics.  Déjà  le  ministère  de  l'Ins- 
truction publique  dispose  d'un  crédit  pour  leur  venir  en  aide;  rien  ne 
serait  plus  légitime  que  la  constitution  très  franche  et  très  loyale  de 
véritables  pensions  littéraires. 

«  Un  poète  de  grande  valeur,  un  écrivain  de  grand  talent  peuvent 
n'avoir  en  art,  en  archéologie  que  des  connaissances  très  rudimen- 
taires.  Placés  comme  conservateurs  à  la  tête  de  musées,  ils  ne  peuvent 
s'acquitter  de  leurs  fonctions  et  laissent  souvent  péricliter  les  collec- 
tions et  les  richesses  qui  leur  sont  confiées.  C'est  un  mauvais  calcul  et 
une  économie,  qui  en  réalité  n'en  est  pas  une,  que  de  placer  à  la  tête 
de  nos  musées  des  hommes  qui  n'y  sont  pas  préparés  par  des  études 
spéciales.  Outre,  en  effet,  que  ces  hommes  occupent  des  situations  qui 
reviennent  légitimement  à  d'autres,  il  ne  faut  pas  oublier  que,  de  par 
leurs  attributions,  ils  doivent  procéder  aux  achats  et  que  pour  cela  il 
faut  des  connaissances  tout  à  fait  spéciales,  qui  peuvent  se  trouver  en 
défaut  chez  ceux-là  même  qui  se  sont  toute  leur  vie  occupés  de  ques- 
tions d'art. 

«  Mais  les  conservateurs  des  musées  doivent  encore  dresser  les  cata- 
logues des  collections  dont  ils  ont  la  garde.  Comment  le  pourront-ils 
si  jamais  jusque-là  ils  ne  se  sont  occupés  d'archéologie?  Il  est  vraisem- 
blable qu'ils  négligeront  cette  partie  de  leurs  attributions  pour  le  plus 
grand  préjudice  de  tous  ceux  qui  fréquentent  nos  musées  et  qui  ont 
des  recherches  à  y  faire.  Peut-être  est-ce  là  la  cause  véritable  pour 


CHRONIQUE   ET   Me'lANGES.  28^ 

laquelle  les  catalogues  de  certains  musées  ne  sont  pas  à  jour  et  restent 
incomplets. 

«  Entin,  les  conservateurs  des  musées  doivent  entretenir  des  relations 
suivies  avec  leurs  collègues  de  l'étranger;  ils  doivent  les  recevoir  et  les 
guider  lorsqu'ils  viennent  en  France  visiter  nos  collections.  C'est  à  eux 
qu'il  appartient  de  leur  fournir  tous  les  renseignements  et  tous  les 
éclaircissements  dont  ils  peuvent  avoir  besoin.  Or,  les  conservateurs 
des  musées  étrangers  sont  tous  des  archéologues  et  des  savants  qui,  par 
leurs  travaux  personnels  et  leurs  publications,  se  sont  acquis  une  juste 
réputation.  N'est-il  pas  à  craindre  que  les  conservateurs  de  nos  musées 
ne  soient  pas  à  même  de  les  renseigner  exactement,  de  les  suivre  dans 
leurs  recherches  et  de  répondre  utilement  à  leurs  questions  ?  Et,  si  cela 
est,  qui  ne  voit  que  notre  pays  se  trouve  vis-à-vis  des  savants  étran- 
gers dans  une  situation  d'infériorité  évidente? 

«  Au  cours  de  cette  étude  rapide,  j'ai  été  amené  à  parler  des  archi- 
vistes et  des  bibliothécaires  en  même  temps  que  des  conservateurs  des 
musées  parce  que  la  situation  des  uns  et  des  autres  est  identique.  Ce 
que  le  Comité  de  défense  scientifique  réclame  pour  les  uns,  il  le  réclame 
également  pour  les  autres,  et  mon  collègue,  M.  Simyan,  rapporteur  du 
budget  de  l'Instruction  publique,  aura  certainement  à  traiter  la  même 
question  à  son  point  de  vue  spécial^.  » 


LA  SÉRIE  L  DES  ARCHIVES  DÉPARTEMENTALES. 

Le  ministre  de  l'Instruction  publique  et  des  beaux-arts,  à  la  date  du 
4  août  1903,  a  envoyé  aux  préfets  des  instructions  sur  la  publication 
d'un  état  sommaire  de  la  série  L  des  archives  départementales.  Nous 
en  reproduisons  le  texte  : 

La  circulaire  ministérielle  du  11  novembre  1874,  après  avoir  posé  les 
bases  du  classement  des  papiers  de  la  période  révolutionnaire  conservés 
dans  les  archives  départementales  (séries  L  et  Q),  avait,  comme  vous 
le  savez,  prescrit  d'en  dresser  un  état  sommaire.  Ces  instructions  ont 
reçu  leur  exécution  dans  la  plupart  des  départements,  et  les  répertoires 
des  séries  L  et  Q  rédigés  par  MM.  les  archivistes  n'ont  pas  été  sans 
influence  sur  le  développement  si  remarquable  que  les  études  relatives 
à  l'histoire  de  la  Révolution  française  ont  pris  depuis  ces  dernières 
années.  Dans  quelques  départements  même,  le  classement  des  archives 

1.  Voy.  ci-dessus,  p.  273  (passage  du  projet  de  budget  de  l'Instruction  publique 
relatif  à  l'École  des  chartes). 


282  CHRONIQUE  ET  MÉLANGES. 

révolutionnaires  a  été  pon?sé  assez  à  fond  pour  permettre  d'en  publier 
des  inventaires  détaillés.  Mais  c'est  là  le  très  petit  nombre,  et  partout 
ailleurs,  ou  à  peu  près,  les  états  des  séries  L  et  Q  dressés  en  exécution 
de  la  circulaire  de  1874  sont  demeurés  manuscrits;  ils  n'ont  pu  avoir 
par  suite  qu'une  utilité  locale,  c'est-à-dire  beaucoup  trop  restreinte,  eu 
égard  à  l'intérêt  des  documents  pour  l'histoire  générale  du  pays. 

Frappée  de  cet  inconvénient,  la  Commission  supérieure  des  archives 
vient  d'émettre  le  vœu  que  les  états  sommaires,  tout  au  moins  de  la 
série  L,  fassent  livrés  à  la  publicité.  Mais,  tout  en  souhaitant  que  ces 
états  fussent  assez  complets  pour  embrasser  toutes  les  divisions  du 
cadre  réglementaire  et  indiquer  aussi  aux  travailleurs  ce  qu'ils  ont 
chance  de  trouver  et  de  ne  pas  trouver  dans  la  série,  la  Commission 
s'est  bien  rendu  compte  que  l'organisation  des  archives  révolutionnaires, 
pour  de  multiples  raisons,  pouvait  n'être  pas  entièrement  achevée. 
Aussi  a-t-elle  déclaré  que  son  désir  serait  sutïisamment  réalisé  si 
MM.  les  archivistes  qui  ne  sont  pas  encore  à  même  de  fournir  un  état 
complet  de  la  série  L  se  bornaient  à  faire  connaître  à  quel  degré  d'avan- 
cement en  est  parvenu  le  classement. 

M'inspirant  du  vœu  de  la  Commission,  j'ai  fait  mettre  à  l'étude  un 
projet  de  publication  comprenant  l'ensemble  des  états  sommaires  de  la 
série  L  des  archives  départementales,  et,  comme  ce  projet  m'a  paru 
pouvoir  être  suivi  d'une  assez  prompte  exécution,  j'ai  décidé  que  le  tra- 
vail serait  immédiatement  entrepris,  d'après  les  données  suivantes  : 

Le  plan  de  la  circulaire  de  1874,  calqué  sur  les  cadres  mêmes  des 
circonscriptions  administratives  de  la  période  révolutionnaire,  ne  sau- 
rait être  changé  :  il  est  la  base  du  classement  de  la  série  L;  il  sera  celle 
de  l'état  sommaire  demandé.  Les  instructions  présentes,  tout  en  préci- 
sant ou  éclaircissant  quelques  points  particuliers  de  ce  classement, 
n'ont  donc  d'autre  but  que  d'en  assurer  une  application  uniforme  à 
l'ensemble  des  états,  en  vue  de  leur  impression  collective  dans  un  seul 
et  même  ouvrage,  qui  constituerait  comme  une  sorte  d'appendice  au 
récent  État  général  par  fonds  des  archives  départementales. 

On  s'abstiendra  de  tout  détail  anecdotique  ou  superflu  ;  mais,  pour  cha- 
cune des  grandes  divisions  de  la  série  (département,  districts,  cantons, 
fonds  divers)  et  pour  chacune  de  leurs  subdivisions,  on  mentionnera  avec 
toute  la  précision  désirable  les  dates  extrêmes  et  le  nombre  des  registres, 
et,  s'il  est  possible,  des  liasses.  Pour  une  période  aussi  courte,  des  dates 
d'années  seraient  le  plus  souvent  insullisantes;  aussi  conviendra-t-il  de 
dater  par  mois  et  jours  toutes  les  fois  qu'il  se  pourra.  Les  dates  seront 
celles  des  documents  eux-mêmes,  sans  qu'on  prenne  la  peine  de  rame- 
ner au  calendrier  grégorien  celles  de  l'ère  républicaine.  Si,  parmi  les 
diverses  séries  de  registres,  il  en  était  d'incomplètes,  on  noterait  les 
manquants  avec  la  date  initiale  et  la  date  linale  des  lacunes.  On  pourra 


CHRONIQUE    ET    Me'lANGES.  283 

toujours  dire  le  nombre  exact  des  registres  (ou  volumes),  parce  que  les 
registres  sont  des  articles  tout  faits,  qu'il  suffit  de  compter.  Il  sera 
moins  facile  d'évaluer  le  nombre  des  liasses,  sauf  dans  les  parties  orga- 
nisées. On  distinguera  donc  les  liasses  classées,  c'est-à-dire  celles  dont 
les  pièces  ont  été  examinées  une  à  une  et  rangées  méthodiquement,  de 
celles  dont  le  contenu  n'a  pas  encore  été  vérifié  ou  ne'l'a  été  qu'impar- 
faitement. 

Vous  appellerez  particulièrement  l'attention  de  M.  l'archiviste  sur 
les  actes  des  représentants  du  peuple  en  mission,  à  cause  de  leur  inté- 
rêt exceptionnel.  Toutes  les  fois  qu'ils  sont  constitués  par  un  ensemble 
de  liasses  ou  de  registres  distincts  (minutes  ou  transcriptions  d'arrêtés, 
proclamations,  ordres,  correspondances,  itinéraires,  comptes,  etc.),  ces 
documents  forment  un  petit  fonds  à  part,  —  les  archives  de  la  mission, 
—  dont  l'état  sommaire  doit  reproduire  toutes  les  indications  utiles 
(noms  des  commissaires,  nombre  et  dates  des  registres  ou  des  liasses, 
etc.).  Mais,  si  les  actes  émanés  des  représentants  n'existent  qu'à  l'état 
d'expéditions  dispersées  dans  les  diverses  divisions  de  la  série,  ils  y 
seront  maintenus,  conformément  au  principe  du  respect  des  fonds;  une 
note,  toutefois,  ferait  connaître  où  il  s'en  trouve. 

A  la  suite  des  registres  d'ordre  de  la  correspondance,  dans  chacune 
des  divisions,  M.  l'archiviste  énumérera  les  correspondances  générales, 
notamment  celles  des  directoires,  des  procureurs  généraux  syndics, 
des  procureurs  syndics,  des  agents  nationaux,  des  commissaires  du 
Directoire  exécutif,  etc.,  toujours  selon  les  mêmes  règles,  c'est-à- 
dire  en  indiquant  si  elles  sont  en  liasses  ou  en  registres,  le  nombre 
des  unes  ou  des  autres,  leurs  dates  initiales  et  finales  et,  s'il  y 
a  lieu,  leurs  lacunes.  Les  correspondances  par  matières  trouveront 
place  dans  l'une  ou  l'autre  des  subdivisions  des  Affaires  diverses  (sous- 
séries  M-Z). 

Il  faudra  séparer  bien  nettement  des  correspondances  générales  les 
rapports  périodiques  (comptes  décadaires,  mensuels,  trimestriels, 
annuels,  etc.),  exigés,  depuis  le  décret  du  14  frimaire  an  II,  des 
diverses  administrations  ou  autorités,  et  dont  il  existe  des  collections 
plus  ou  moins  intactes  dans  beaucoup  de  dépôts.  Ces  documents  appar- 
tiennent par  leur  nature  à  la  sous-série  M  (administration  générale),  où 
ils  occuperont  un  rang  à  part  entre  les  dossiers  des  Élections  et  ceux  de 
la  Police.  Mais  on  aura  soin  d'en  former,  dans  chacune  des  divisions 
qui  leur  sont  propres,  autant  de  groupes  qu'ils  auront  d'origines  et  de 
destinations  différentes. 

En  appliquant  aux  Affaires  diverses  du  département,  des  districts  et 
des  cantons,  le  cadre  de  classement  des  archives  des  préfectures 
(séries  M-Z),  la  circulaire  de  1874  n'a  pas  fait  de  cette  règle  une  pres- 
cription absolue;  elle  engage  seulement  à  s'y  conformer  autant  que 


284  CHRONIQUE   ET   Me'lANGES. 

possible.  Il  suit  de  là  que,  si  les  papiers  de  quelque  bureau  de  l'admi- 
nistration révolutionnaire  avaient  par  hasard  conservé  leur  classement 
primitif,  il  serait  préférable  de  respecter  ce  classement.  D'autre  part, 
l'ordre  dans  lequel  sont  distribués  les  papiers  des  préfectures  peut  ne 
pas  convenir  exactement  à  ceux  de  l'administration  départementale 
pendant  la  Révolution.  Ainsi,  les  Divisions  administratives,  qui  occupent 
aujourd'hui  un  rang  subsidiaire  dans  la  série  M,  semblent,  pour  l'époque 
révolutionnaire,  devoir  être  reportées  en  tête  de  la  série,  car  c'est  là 
qu'on  trouve  les  dossiers  relatifs  à  la  formation  même  du  département, 
des  districts  et  des  cantons.  Chaque  fois  qu'un  nom  de  lieu  sera  cité, 
s'il  a  été  changé  pendant  la  Révolution,  on  lui  donnera  son  nom  de 
l'époque  ;  on  rappellera  [entre  crochets]  son  nom  actuel  et  même  son 
nom  précédent,  s'ils  sont  différents  l'un  de  l'autre. 

Dans  la  plupart  des  archives  départementales,  les  papiers  des  districts 
existent  encore,  plus  ou  moins  complets.  11  n'en  est  pas  de  même  de 
ceux  des  municipalités  cantonales,  dont  beaucoup  sont  restés  dans  les 
anciens  chefs-lieux  de  ces  circonscriptions.  Lors  donc  que  M.  l'archi- 
viste en  sera  arrivé  à  la  troisième  division  du  cadre  de  la  série  L,  après 
avoir  énuméré  les  fonds  cantonaux  représentés  dans  son  dépôt,  il  aura 
soin  d'indiquer  aussi  ceux  que  l'on  pourrait  trouver  dans  quelque  mai- 
rie ou  ailleurs.  Il  va  de  soi  que  cette  observation  s'appliquerait,  le  cas 
échéant,  aux  papiers  des  districts,  des  comités  de  surveillance,  des 
sociétés  populaires  et  à  tous  autres  qui  manqueraient  dans  les  collec- 
tions départementales. 

Parmi  les  fonds  qui  peuvent  entrer  dans  la  quatrième  division,  la 
circulaire  de  1874  cite  ceux  des  sociétés  populaires  et  ceux  des  comités 
de  surveillance  (ou  autres  comités  révolutionnaires).  Les  comités  de 
surveillance  ayant  été  des  organes  officiels  du  gouvernement  révolu- 
tionnaire, leurs  papiers  doivent  prendre  rang  avant  ceux  des  sociétés 
populaires.  Ils  seront  classés  par  ordre  alphabétique  de  localités,  d'après 
les  mêmes  règles  que  les  autres  documents.  M.  l'archiviste  notera  avec 
soin  les  dates  de  leurs  premières  et  de  leurs  dernières  délibérations, 
afin  que  l'on  sache  quand  ils  ont  commencé  et  fini  de  manifester  leur 
existence.  Les  papiers  des  sociétés  populaires  et  autres  sociétés  poli- 
tiques du  même  genre  seront  mis  à  la  suite  de  ceux  des  comités  de  sur- 
veillance, classés  et  décrits  de  la  même  façon. 

Mais  les  archives  des  comités  de  surveillance  et  des  sociétés  popu- 
laires ne  sont  pas  seules  à  constituer  la  division  des  Fonds  divers.  11 
n'est  pas  rare,  en  effet,  que  les  papiers  des  tribunaux  qui  fonctionnèrent 
dans  les  départements  durant  la  période  révolutionnaire  soient  déposés 
à  la  préfecture.  C'est  ici  que  ces  fonds  trouveront  leur  place.  On  énu- 
mérera  d'abord  les  tribunaux  ordinaires  (civils,  criminels,  correction- 
nels, justices  de  paix,  etc.),  puis  les  tribunaux  spéciaux  ou  d'exception 


CHRONIQUE   ET   MELANGES.  285 

(conseils  de  guerre  et  commissions  militaires,  tribunaux  et  commis- 
sions révolutionnaires,  etc.)- 

Enfin,  on  rangera  dans  les  fonds  divers,  sous  le  titre  de  Mélanges,  tous 
les  documents  qui  n'appartiennent  à  aucune  catégorie  déterminée, 
comme  les  journaux,  les  brochures  politiques,  les  pamphlets,  les  dis- 
cours, les  opinions  et  autres  pièces  analogues  sans  caractère  officiel  et 
qui  ne  feraient  partie  d'aucun  dossier. 

Telles  sont,  M.  le  Préfet,  les  principales  observations  que  paraît 
comporter  l'application  des  règles  posées  par  la  circulaire  du  11  no- 
vembre 1874  à  la  publication  d'un  état  général  de  la  série  L.  Pour  les 
rendre  plus  sensibles  et  en  même  temps  pour  obtenir  la  cohésion  et 
l'unité  d'exécution  convenables,  j'ai  fait  dresser  le  tableau  ci-joint,  qui 
indique  l'ordre  et  la  disposition  même  suivant  lesquels  je  désire  que 
soit  rédigé  chacun  des  états  sommaires  dont  la  réunion  composera 
cette  publication.  Malgré  les  différences  que  peut  présenter  l'histoire  de 
la  Révolution  selon  les  régions,  les  institutions  et  les  administrations 
de  cette  période  sont  à  peu  près  les  mêmes  dans  tous  les  départements  ; 
il  y  a  donc  grand  avantage,  pour  en  faciliter  l'étude,  à  ce  que  les 
papiers  qu'elles  nous  ont  laissés  soient  distribués  partout  dans  le  même 
ordre. 

J'ai  dit  qu'en  désirant  la  publication  de  ces  états,  la  Commission 
supérieure  des  archives  ne  s'attendait  pas  à  les  trouver  définitifs  dans 
chaque  dépôt.  Je  ne  saurais  trop  insister  sur  ce  point  :  il  n'est  pas 
demandé  à  M.  l'archiviste  d'improviser  sur  le  papier  un  classement  de 
la  série  L  qui  ne  serait  pas  conforme  à  l'état  de  fait  des  documents.  Si, 
par  exemple,  dans  les  archives  de  votre  préfecture,  les  séries  modernes 
M  à  Z  renferment  encore  des  dossiers  d'affaires  de  la  période  intermé- 
diaire auxquelles  les  régimes  postérieurs  n'ont  eu  à  donner  aucune 
suite,  ces  dossiers  n'ayant  pas  été  incorporés  aux  sous-séries  corres- 
pondantes de  la  série  L,  on  ne  pourrait  avancer  que  celle-ci  est  classée. 
En  pareil  cas,  M.  l'archiviste  devrait  se  contenter  de  dire  si  cette  revi- 
sion des  séries  modernes  a  été  commencée  et  à  quel  point  elle  en  est 
arrivée  à  la  date  fixée  pour  la  remise  de  l'état  demandé. 

J'ai  reculé  cette  date  jusqu'au  1"  mai  1904,  afin  de  laisser  à  tous  le 
plus  de  temps  possible  pour  remplir  le  programme  tracé.  Définitif  ou 
provisoire,  l'état  sommaire  de  la  série  L  devra  donc  être  parvenu  à 
cette  époque  à  la  Direction  des  archives,  à  Paris,  60,  rue  des  Francs- 
Bourgeois. 

Ce  répertoire,  s'appliquantà  une  période  beaucoup  plus  restreinte  que 
l'État  général  par  fonds  des  archives  départementales,  tout  récemment 
paru,  sera,  je  n'en  doute  pas,  rédigé  avec  le  même  zèle  et  le  même  soin. 
Comme  l'État  général,  il  fera  honneur  à  MM.  les  archivistes  départe- 
mentaux et  attestera  une  fois  de  plus  les  précieux  services  rendus  par 
eux  à  notre  histoire  nationale. 


286 


CHRONIQUE    ET   MELANGES. 

ANNEXE. 


ÉTAT  SOMMAIRE  DE  LA  SERIE  L. 


FORME 

sous     LAQUELLE 

m 

NATURE    DES   DOCUMENTS. 

ils  sont  conservés 
(liasses,  registres, 

"rt    *S 

OBSERVATIONS. 

volumes,  cartes, 

a  ^ 

plans,    etc.). 

a 

1 

2 

3 

4 

1°   DÉPARTEMENT. 

Si  toutes  les  par- 

Lois et  décrets  imprimés'. 

ties  de  la  série  L  ne 

Registres   de    transcription 

sont    pas     entière- 

des lois  et  décrets  .... 

ment  classées,  c'est 

Délibération  du  conseil  du 

ici  qu'on  mention- 

département^  

nera,  en  regard  de 

Arrêtés  du   conseil  du  dé- 

chacune d'elles,  cel- 

partement ^ 

les  qui  ne  le  sont  pas. 

Pièces  à  l'appui  des  délibé- 

Celte   4'   colonne 

rations  et  arrêtés   .... 

est  également  réser- 

Délibérations du  directoire 

vée  aux  particula- 

du déparlement* 

rités  et   irrégulari- 

Arrêtés   du    directoire    du 

tés    de    classement 

département^ 

utiles  à  noter;    — 

Pièces  à  l'appui  des  délibé- 

aux    lacunes     des 

rations  et  arrêtés   .... 

collections;  —  aux 

Délibérations  de  l'adminis- 

papiers     conservés 

tration   centrale    du   dé- 

ailleurs qu'aux  ar- 

partement ^ 

chives  départemen- 

Arrêtés de  l'administration 

tales  (dans  les  gref- 

centrale     du      départe- 

fes, les  mairies,  les 

ment"    

bibliothèques      pu- 

1.  Dans  quelques  départements,  on  a  classé  par  erreur  avec  les  lois  et 

décrets  (actes  exclusifs  du  législateur  ou  du  gouvernement  et  obligatoires 

pour  tous)  les  pièces  analogues  aux  circulaires  actuelles  et  qui,  émanant 

d'administrations  particulières    et  ne   s'adressant   qu'aux    foncliunnaires, 

auraient  dû  être  réparties  dans   les  sous-séries  M — Z.  Celte  irrégularité, 

partout  où  elle  existe,  sera  signalée  dans  la  4»  colonne. 

2.  En  fonction  jusqu'au  décret  du   U  frimaire  an  II  et  depuis  le  décret 

du  28  germinal  an  III  jusqu'à  la  conslilulion  du  5  fructidor  an  III. 

3.  S'ils  sont  séparés  des  délibérations. 

4.  En  fonction  jusqu'à  la  constitution  de  l'an  III. 

6.  En  fonction  sous  le  régime  de  la  constitution  de  l'an  III  jusqu'à  celle 

de  l'an  VIII. 

7.  S'ils  sont  séparés  des  d 

élibérations. 

1 

CHRONIQUE    ET   MELiNGES. 


287 


NATURE  DES  DOCUMENTS. 


1 


Pièces  à  l'appui  des  délibé- 
rations et  arrêtés   .... 

Actes  des  représentants  du 
peuple  en  mission  '    .   .  . 

Registres  d'ordre  de  la  cor- 
respondance générale 2.  . 

Registres  de  correspondance 
générale  3 

M.  Personnel  et  admi- 
nistration géné- 
rale''  

N.  Administration  et 
comptabilité  dé- 
partementale   .  . 

0.  Administration  et 
comptabilitécom- 
munale 

P.  Finances  

R.  Guerre  et  affaires 
militaires  .  ■.  .  . 

S.  Travaux  publics  .  . 

T.  Instruction  publi- 
que, sciences  et 
arts 


FORME 

sous    LAQUELLE 

ils  sont  conservés 

(liasses,  reg'istres, 

volumes,    cartes, 

plans,  etc.). 


OBSERVATIONS. 


bliques);  —  aux 
dons  et  achats  ;  —  en 
un  mot  à  toute  in- 
dication qui,  n'a- 
yant point  de  place 
dans  les  autres  co- 
lonnes, est  cepen- 
dant digne  d'être 
signalée. 


1.  S'ils  constituent  un  ou  plusieurs  fonds  spéciaux.  Dans  le  cas  contraire, 
une  note  de  la  4"  colonne  apprendra  où  il  faut  aller  les  chercher. 

2  et  3.  On  distinguera  les  unes  des  autres  les  correspondances  géné- 
rales, notamment  celles  du  procureur  général  syndic,  du  commissaire  du 
Directoire  exécutif,  de  l'administration  départementale.  Quant  aux  cor- 
respondances par  matières,  leur  place  est  dans  les  sous-séries  M — Z.  Si 
toutefois  il  en  existait  ici,  il  faudrait  les  noter  dans  la  4'  colonne. 

4.  Sauf  le  cas  où  l'ordre  primitif  aurait  été  maintenu. 

5.  On  placera  en  tète  les  dossiers  relatifs  à  la  formation  du  département. 
Les  dossiers  des  élections  seront  rangés  par  ordre  chronologique  d'après 
la  nature  et  l'importance  décroissante  des  élections  (législatives,  départe- 
mentales, communales,  etc.).  Une  rubrique  «  Administration  générale  » 
introduite  entre  les  Élections  et  la  Police  générale  comprendra  les  rap- 
ports périodiques  (comptes  décadaires,  mensuels,  trimestriels,  annuels  et 


288 


CHRONIQUE    ET   MELANGES. 


NATURE   DES    DOCUMENTS. 


1 


U.  Justice^   .... 

V.  Cultes  3 

X.  Élablisseinenls 
de  bienfai- 
sance   

Y.  Établissernents 
de  répression. 

Z.  Affaires  ne  ren- 
trant pas  dans 
les  séries  pré- 
<  cédentes  .  .  . 

2°  Districts*. 
Registres   de  transcription 

des  lois  et  décrets  .... 
Délibérations  des  conseils 

des  districts 

Arrêtés    des    conseils    des 

districts  5  


FORME 

SODS     LAQUELLE 

ils  sont  conservés 

(liasses,  registres, 

volumes,    cartes, 

plans,   etc.). 

ï 


S    S 
Q  -S 


OBSERVATIONS. 


autres),  formant  des  groupes  distincts  selon  leurs  destinataires,  leurs  signa- 
taires et  leur  degré  de  périodicité.  Tout  classement  différent  serait  noté 
dans  la  4°  colonne. 

Si  par  suite  de  la  dilBculté  qu'il  peut  y  avoir  à  séparer  dans  les  papiers 
relatifs  aux  Émigrés  ce  qui  concerne  leurs  personnes  de  ce  qui  se  rap- 
porte à  leurs  biens,  on  les  a  tous  versés  sans  distinction  dans  la  série  Q; 
il  serait  indispensable  d'avertir  par  une  note  de  la  4°  colonne  qu'on  ne  trou- 
vera de  dossiers  d'émigrés  ni  dans  la  sous-série  M  (Police  générale)  ni 
dans  nulle  autre  partie  de  la  série  L. 

1.  Sauf  le  cas  où  l'ordre  primitif  aurait  été  maintenu. 

2.  La  sous-série  U  (Justice)  ne  doit  comprendre  que  les  papiers  de  l'ad- 
ministration départementale  relatifs  à  la  justice  et  non  les  archives  des 
tribunaux,  auxquelles  une  place  est  réservée  plus  loin,  dans  les  Fonds 
divers. 

3.  Parmi  les  cultes  non  catholiques,  on  rangera  ceux  de  la  Raison,  de 
l'Être  suprême  et  de  la  Théophilanthropie. 

4.  Les  districts,  institués  par  la  loi  du  22  décembre  1789,  subsistèrent 
jus(}u'à  la  constitution  de  l'an  III.  On  les  rangera  par  ordre  aljihabélique, 
chaque  district  constituant  un  fonds  distinct.  Leurs  papiers  seront  classés 
dans  le  même  ordre  et  d'après  les  mêmes  règles  que  ceux  du  département. 

5.  S'ils  sont  séparés  des  délibérations. 


CHRONIQUE    ET   MELANGES. 


289 


NATURE  DES  DOCUMENTS. 


1 

Pièces  à  l'appui  des  déli- 
bérations et  arrêtés  1   .  . 

Délibérations  des  direc- 
toires des  districts  .... 

Arrêtés  des  directoires  des 
districts  2 

Pièces  à  l'appui  des  délibé- 
rations et  arrêtés  3  .... 

Registres  d'ordre  de  la  cor- 
respondance générale.  .  . 

Registres  de  correspon- 
dance générale 

AlT.iires  diverses  (dans 
l'ordre  des  séries  M — Z)  ^. 
3°  Cantons». 

Registres  de  transcription 
des  lois  el  décrets  .  .  .  . 

Délibérations  des  munici- 
palités de  canton 

Registres  d'ordre  et  regis- 
tres de  correspondances. 

Aft'aires  diverses  (  dans 
l'ordre  des  séries  M — Z). 
4°  Fonds  divers. 

Comités  de  surveillance  et 
autres  comités  révolu- 
tionnaires*'  

Sociétés  populaires  (et  so- 
ciétés politiques  di- 
verses '') 

Tribunaux^ 

Mélanges 


FORME 

sous     LAQUELLE 

ils  sont  conservés 

(liasses,  registres, 

volumes,    cartes, 

plans,    etc.). 

2 


OBSERVATIONS. 


1.  S'il  y  a  lieu.  —  2.  S'ils  sont  séparés  des  délibérations.  — 3.  S'il  y  a  lieu. 

4.  On  classera  sous  la  rubrique  «  Administration  générale  »  de  la  sous- 
série  M,  el  de  la  môme  façon  qu'il  a  été  dit  précédemment,  les  comptes  déca- 
daires et  autres  rapports  périodiquesqui  appartiennent  aux  fonds  de  districts. 

5.  Il  s'agit  ici  des  municipalités  cantonales  instituées  par  la  constitution 
de  l'an  Ili  et  qui  durèrent  jusqu'à  celle  de  l'an  VIII.  On  les  rangera  par 
ordre  alphabétique,  chaque  canton  constituant  un  fonds  distinct. 

6  et  7.  Rangés  par  ordre  alphabétique,  chaque  comité,  chaque  société 
formant  un  fonds. 

8.  D'abord  les  tribunaux  ordinaires,  puis  les  tribunaux  d'exceptions  et 
extraordinaires. 

i 904  1 9 


290  CHRONIQUE  ET  MELANGES. 


PROJET  DE  RÉORGANISATION  DES  ARCHIVES  DE  FRANCE. 

Nous  reproduisons,  d'après  un  annexe  au  procès-verbal  de  la  séance 
de  la  Chambre  des  députés  du  8  février  IQO'i,  une  proposition  de  loi  por- 
tant réorganisation  générale  des  archives  de  France,  présentée  par 
MM.  Gabriel  Deville,  Barthou,  Clémentel,  Cruppi,  Jaurès,  Millerand, 
Symian,  députés,  et  renvoyée  à.  la  Commission  de  l'administration  géné- 
rale, départementale  et  communale  des  cultes  et  de  la  décentralisation. 

Exposé  des  motifs. 
Messieurs, 

La  proposition  que  nous  avons  l'honneur  de  déposer  sur  le  bureau  de 
la  Chambre  a  pour  objet  d'assurer  la  conservation  effective  des  archives 
françaises  et  leur  utilisation  scientiBque,  en  même  temps  que  d'amélio- 
rer sensiblement,  sans  augmentation  de  dépenses  et  par  une  simple 
formalité  d'écritures,  la  situation  administrative  d'un  corps  de  fonc- 
tionnaires qui  a  droit  à  la  sympathie  des  pouvoirs  publics;  cette  propo- 
sition, si  vous  vouliez  bien  l'adopter,  deviendrait  la  charte  constitu- 
tionnelle des  archives  de  France. 

Nous  prenons  ici  à  notre  compte  un  travail  qui  nous  a  été  soumis 
par  un  érudit  en  ces  matières,  M.  Goyecque,  sous-archiviste  de  la 
Seine. 

Définissons  d'abord  le  sens  exact  du  mot  archives.  Les  archives  sont 
les  anciens  papiers  des  bureaux  ;  ce  sont  les  documents  établis,  dans  un 
but  utilitaire  et  pratique,  par  les  services  publics,  mais  dont  l'origine 
est  assez  ancienne  pour  qu'ils  aient  cessé  d'offrir  une  utilité  quotidienne 
et  qu'on  ait  pu  les  éloigner  des  bureaux  qui  les  créèrent.  On  comprend 
de  suite  que  les  archives  sont  fatalement  destinées  à  subir  une  lente 
évolution,  qui  les  écarte  toujours  davantage  de  leur  condition  pre- 
mière; chaque  jour  qui  passe  diminue  leur  valeur  administrative,  mais 
accroît  en  même  temps  leur  importance  documentaire;  quand  le  temps 
a  fini  par  annuler  l'une,  il  a,  par  contre,  assuré  la  plénitude  de  l'autre; 
l'évolution  s'est  produite  entre  ces  deux  termes  extrêmes  :  administra- 
tion, histoire. 

Dans  l'état  actuel  des  choses,  les  archives,  en  France,  peuvent  se 
répartir  en  deux  groupes.  L'un  est  constitué  par  les  Archives  nationales 
et  les  archives  départementales,  services  dont  l'organisation,  pour  insuf- 
fisante qu'elle  soit,  a  pourtant  l'avantage  d'exister;  l'autre  groupe  est 
formé  par  les  services  publics  de  tout  genre,  administratifs,  financiers, 
judiciaires,  par  les  greffes  et  les  études  de  notaires,  sans  parler  des 
municipalités  ni  des  établissements  d'assistance;  ici,  sauf  pour  les 
archives  de  certaines  communes  et  de  certains  hôpitaux  ou  hospices, 


CHRONIQDE    ET    MELANGES.  291 

nous  constatons  une  absence  d'organisation  presque  générale  et  abso- 
lue. Quand  les  bureaux  commencent  à  s'encombrer,  on  fait  porter  aux 
archives  la  portion  la  plus  ancienne  des  dossiers  et  des  registres;  où  se 
trouve  le  local  affecté  à  cet  usage,  le  garçon  de  bureau  est  souvent  seul 
à  le  savoir;  c'est  un  sous-sol,  une  chambre  sous  les  toits,  une  cuisine 
abandonnée  ;  les  documents  y  sont  déposés  à  la  première  place  vide, 
sans  ordre,  comme  sans  étiquettes;  bientôt  ils  disparaissent  sous  une 
couche  de  poussière  qui  n'empêche  pas  la  vermine  de  vivre  à  leurs 
dépens  ;  on  s'imagine  aisément  ce  que  devient,  au  bout  d'un  demi- 
siècle,  un  pareil  dépôt  d'archives;  quel  qu'en  soit  le  but,  historique  ou 
administratif,  les  recherches  y  sont  presque  impossibles,  faute  de  clas- 
sement et  d'inventaire  ;  qu'un  déménagement  survienne,  ces  vieilles 
paperasses  encombrantes,  qui  malgré  tout  s'obstinent  à  ne  pas  dispa- 
raître, sont  l'objet  des  soins  les  plus  distraits. 

Mais  qu'un  jour  l'archiviste  départemental  se  présente,  qu'il  s'inquiète 
de  ces  documents,  qu'il  demande  et  parvienne  à  les  voir  et  que,  dési- 
reux d'en  assurer  à  la  fois  la  conservation  matérielle  et  l'utilisation 
administrative  et  scientifique,  il  en  sollicite  la  remise  au  dépôt  dépar- 
temental, aussitôt  on  témoigne  à  ces  archives  le  plus  vif  intérêt;  on  ne 
les  a  jamais  vues  ;  jamais  on  n'en  a  fait  usage,  d'autant  mieux  qu'on  en 
ignore  la  nature  et  qu'on  ne  pourrait  pas  toujours  les  lire;  qu'importe? 
On  soulève  des  objections,  on  multiplie  les  hypothèses,  on  invoque  la 
hiérarchie;  on  finit  même  par  découvrir  un  texte  qui  interdit  le  dessai- 
sissement; sans  doute,  à  les  laisser  en  place,  on  empêche  que  ces  docu- 
ments, faute  d'un  classement,  d'un  inventaire,  d'une  installation  maté- 
rielle appropriée,  ne  servent  jamais  à  personne  ni  à  rien;  il  est  certain 
que  leur  transfert  aux  archives  départementales  les  mettrait  à  l'abri  des 
multiples  accidents  auxquels  sont  exposées  d'antiques  paperasses  dont 
personne  ne  s'inquiète;  nul  ne  conteste  que  la  situation  actuelle  n'oblige 
les  historiens  à  renoncer  à  l'exploitation  d'une  mine  jusqu'ici  inexplo- 
rée; mais  un  fait  domine  tout;  il  y  a  un  texte  qui  ne  permet  pas  de 
donner  satisfaction  à  l'archiviste  départemental;  que  ce  texte,  loi, 
décret,  arrêté,  circulaire,  règlement,  soit  aujourd'hui  plus  que  sécu- 
laire, qu'il  ait  été  rédigé  à  une  époque  où  l'histoire  en  était  encore  à  la 
période  littéraire,  où  l'on  ne  soupçonnait  même  pas  qu'elle  put  être  un 
jour  transformée  par  la  documentation,  que  ce  texte  soit  l'œuvre  d'un 
fonctionnaire  incompétent  ou  ignare,  là  n'est  pas  la  question;  il  y  a  un 
texte;  or,  une  administration  qui  se  respecte  ne  change  pas  les  textes; 
même  elle  les  applique  en  raison  directe  de  leur...  caducité.  Et  puis,  en 
vérité,  à  quoi  toutes  ces  paperasses  peuvent-elles  bien  servir?  Cela,  de 
l'histoire?  Vous  plaisantez,  sans  doute;  quoi,  de  l'histoire,  ce  jugement, 
cette  apposition  de  scellés,  ce  testament,  cet  inventaire,  cette  vente,  ce 
marché,  cet  état  de  lieux,  ces  comptes,  ces  procès-verbaux,  ces  hypo- 
thèques, ces  registres  de  sacristie,  de  greffe  ou  de  notaire!  Première 


292  CHRONIQDE    ET    MÉLANGES. 

nouvelle;  honneur  à  nous,  commis  et  clercs;  nous  pensions  faire  des 
affaires  et  nous  faisons  de  l'histoire! 

Qu'on  ne  crie  pas  à  l'exagération;  il  n'est  pas  un  archiviste  qui,  au 
cours  de  sa  carrière,  ne  se  soit,  à  maintes  reprises,  trouvé  dans  cette 
situation;  la  chose  s'explique  très  aisément;  en  dehors  des  profession- 
nels, on  ne  sait,  en  France,  ni  ce  que  doivent  être  des  archives  ni  ce 
que  doivent  être  des  archivistes. 

Des  archives,  nous  en  avons  dit  assez  pour  montrer  l'opinion  qu'en 
a  le  monde  des  fonctionnaires,  des  greffiers  et  des  notaires,  et  derrière 
lui  le  monde  tout  court;  on  ne  saurait  pourtant  trop  insister  sur  ce 
point  essentiel,  et  nous  allons  encore  citer  le  fait  suivant  : 

Il  y  a  quelques  années,  des  archivistes  départementaux,  appréciant 
l'évolution  qu'avaient  subie  les  documents,  désormais  historiques,  de 
la  fin  de  l'ancien  régime  et  de  la  période  révolutionnaire,  sollicitèrent 
qu'on  leur  remît  les  vieilles  archives  détenues  par  les  services  de  l'en- 
registrement et  des  domaines.  L'homme  éminent  qu'était  et  qu'est  tou- 
jours le  directeur  général  de  cette  administration  fit  à  cette  demande  le 
meilleur  accueil;  il  la  transmit  pour  examen  à  un  fonctionnaire  de  la 
direction.  Celui-ci,  dépositaire  fidèle,  observateur  scrupuleux  du  rite 
administratif,  se  mit  à  l'étude  d'après  la  méthode  traditionnelle; 
enfermé  dans  son  cabinet,  sans  relations  avec  l'extérieur,  il  rechercha 
les  vieux  textes,  les  collectionna,  les  compara,  les  commenta,  puis  il 
rédigea  une  nouvelle  circulaire  qu'il  soumit  à  la  signature  du  direc- 
teur; au  bout  de  six  mois  d'un  laborieux  et  louable  effort,  il  n'y  avait 
rien  de  changé;  il  n'y  avait  qu'une  circulaire  de  plus. 

Théorie  et  incompétence  technique,  voilà  les  deux  mots  qui  caracté- 
risent la  méthode  partout  et  toujours  employée  en  France  dans  l'étude 
administrative  des  questions  d'archives. 

A  aucun  moment,  l'honorable  fonctionnaire  de  l'enregistrement  n'eut 
l'idée  de  franchir  le  kilomètre  qui  sépare  la  place  des  Pyramides  de  la 
rue  de  la  Banque  pour  se  rendre  compte  par  lui-même  et  de  ses  propres 
yeux  de  l'état  réel  des  archives  de  la  Direction  départementale;  il  n'eut 
pas  davantage  la  témérité  d'entreprendre,  dans  le  même  but,  le  voyage 
circulaire  Neuilly,  Courbevoie,  Saint-Denis,  Pantin,  Vincennes,  Cha- 
renton,  Villejuif  et  Sceaux;  la  curiosité  ne  lui  vint  pas  non  plus  de 
pousser  une  pointe  en  province  ;  ce  fut  très  regrettable  ;  il  eût  rapporté 
de  ces  excursions  d'utiles  enseignements  puisés  à  la  meilleure  source, 
la  réalité  et  la  pratique;  il  eût  vu  dans  quel  état  se  trouvaient  tous  ces 
vieux  documents,  et  les  receveurs  lui  auraient  prouvé  que  «  la  Cen- 
trale »  les  obligeait  bien  inutilement  à  s'en  encombrer,  à  telle  enseigne 
que,  si  certaines  circonstances  diminuaient  la  collection,  ou  se  gardait 
bien  de  contrarier  leur  action  bienfaisante;  une  visite,  en  passant,  dans 
quelques  archives  départementales  et  un  entretien  d'une  demi-heure 
avec  les  archivistes  auraient  parlait  son  instruction;  il  y  eût  gagné  de 


CHRONIQUE  ET  MELANGES.  293 

ne  pas  lancer  une  circulaire  parfaitement  inutile  ;  celle-ci  autorisait  la 
remise  au  dépôt  départemental,  —  car,  en  France,  il  faut  une  autorisa- 
tion pour  assurer  la  conservation  des  archives,  —  de  deux  groupes  de 
documents  ;  le  versement  de  l'un  était  autorisé  déjà  par  une  circulaire 
vieille  d'un  demi-siècle;  quant  à  l'autre,  il  avait  été  depuis  longtemps 
vendu  et  détruit  presque  partout. 

Les  archivistes  renouvelèrent  leurs  démarches;  on  mit  la  meilleure 
grâce  à  examiner  à  nouveau  la  question;  une  nouvelle  circulaire  vit  le 
jour;  l'usage  de  la  même  méthode  aboutit  presque  aux  mêmes  résul- 
tats ;  on  trouve  dans  cette  circulaire  la  nomenclature  de  tous  les  docu- 
ments pouvant  exister  dans  les  services  de  domaines,  d'enregistrement 
et  d'hypothèques,  et  la  destination  qu'il  convient  de  donner  à  chacun 
d'eux  :  suppression,  remise  aux  archives  départementales,  conserva- 
tion indéflnie  dans  les  services  administratifs;  il  est  juste  de  reconnaître 
que  cette  nouvelle  décision  permit  à  de  nombreuses  archives  du  temps 
de  Louis  XIV,  Louis  XV  et  Louis  XVI  de  prendre  le  chemin  du  dépôt 
départemental;  mais  on  ne  se  rendit  pas  compte,  —  erreur  bien 
humaine,  —  qu'un  siècle  déjà  s'était  écoulé  depuis  la  Révolution, 
qu'une  évolution  s'était  produite,  qui,  par  la  seule  action  du  temps, 
avait  à  la  fois  transformé  les  papiers  d'administration  en  documents 
d'histoire  et  livré  au  labeur  des  érudits  de  nouveaux  champs  d'exploi- 
tation; ainsi,  on  prescrivit  la  conservation  indéfinie,  sur  place,  —  deux 
termes  qui,  en  fait,  s'excluent,  —  dans  les  directions  et  dans  les 
recettes,  de  tous  les  documents  d'enregistrement  de  la  période  révolu- 
tionnaire, et,  pour  les  archives  domaniales,  celle  de  séries  capitales, 
comme  les  procès -verbaux  de  vente  des  biens  nationaux  et  les 
décomptes  d'acquéreurs. 

Nous  pourrions  faire  des  constatations  analogues  touchant  les  archives 
des  greffes  et  celles  des  notaires  <.  Mieux  vaut,  sans  insister  davantage, 

1.  En  ce  qui  concerne  particulièrement  les  vieilles  archives  notariales,  tout 
a  été  dit,  depuis  quarante  ans,  sur  leur  inutilité  pratique,  leur  valeur  documen- 
taire, leur  conservation  insuffisante,  leur  consultation  difficile,  l'absence  abso- 
lue de  lien  légal  entre  le  notariat  de  l'ancien  régime  et  celui  des  temps 
modernes,  la  facilité  de  respecter  tous  les  droits  et  tous  les  intérêts,  de  ména- 
ger tous  les  scrui.>ules,  voire  tous  les  préjugés,  les  garanties  offertes  par  les 
archives  départementales  pour  la  conservation  des  documents,  leur  classement, 
leur  inventaire  et  leur  communication;  on  ne  compte  plus  les  vœux  des 
sociétés  savantes  en  faveur  d'une  réforme  qui  a  déjà  fait,  dans  l'une  et  l'autre 
Chambre,  l'objet  de  plusieurs  propositions  de  loi,  restées  jusqu'ici  sans  effet. 
On  peut  consulter  sur  cette  question,  envisagée  au  point  de  vue  pratique  et 
législatif,  les  deux  études  de  M.  Coyecque  :  1°  les  Archives  notariales  dp  la 
Seine  à  l'hôtel  de  Lanzun,  dans  le  Bulletin  du  bibliophile  et  du  bibliothécaire 
de  1899;  2»  le  DépcH  central  des  vieilles  archives  notariales  de  la  Seine, 
réponse  à  la  chambre  des  notaires,  dans  la  Revue  des  bibliothèques  de  1901. 
Il  a  été  fait  de  ces  deux  articles  un  tirage  à  part. 


294  CHRONIQUE  ET  MELANGES. 

montrer  la  méthode  et  les  principes  qui  doivent  désormais,  en  France, 
au  xx«  siècle,  présider  à  la  gestion  des  archives. 

A  la  méthode  théorique  et  stérile  des  études  faites  à  huis  clos  par  les 
seuls  fonctionnaires  de  l'ordre  administratif,  il  faut  substituer  la 
méthode  expérimentale  et  féconde  des  examens  sur  place  effectués 
simultanément  par  les  représentants  de  l'administration  ou  du  service 
intéressé  et  par  les  archivistes;  en  cette  matière,  moins  qu'en  toute 
autre,  il  ne  faut  se  payer  de  mots;  c'est  la  réalité  tangible  qu'il  faut 
viser  et  atteindre. 

D'autre  part,  il  faut  renoncer  à  l'habitude  de  répartir  les  archives  en 
deux  compartiments  complètement  isolés,  archives  anciennes  ou  histo- 
riques, d'un  côté,  archives  modernes  ou  administratives,  de  l'autre;  en 
fait,  il  n'y  a  que  des  archives,  des  archives  tout  court,  des  archives  en 
incessant  travail  de  transformation  ;  les  archives  historiques  d'aujour- 
d'hui étaient  hier  archives  administratives;  les  archives  administratives 
d'aujourd'hui  seront  historiques  demain.  Gonséquemment,  il  faut,  con- 
trairement à  ce  qui  s'est  fait  jusqu'ici,  prendre  à  l'égard  des  archives 
administratives  les  mêmes  soins  dont  on  entoure  avec  raison  les 
anciennes;  on  sait  où  conduisent  les  errements  actuels;  quand,  au 
bout  d'un  siècle  ou  d'un  siècle  et  demi,  les  services  daignent  consentir 
à  remettre  leurs  vieux  documents  aux  archives  départementales,  les 
archivistes  se  trouvent  souvent  en  face  d'un  amas  de  dossiers  et  de 
registres  d'une  saleté  repoussante,  oîi  les  souris  et  les  vers  ont  paisible- 
ment poursuivi  leur  travail  destructeur,  dossiers  déficelés,  registres 
déreliés,  le  tout  sans  étiquette,  sans  classement,  sans  inventaire,  mais 
non  sans  lacunes. 

D'où  nous  concluons  que,  partout  où  il  y  a  des  archives,  quelles  que 
soient  ces  archives,  l'archiviste  doit  intervenir,  parce  que  toutes  les 
archives,  sans  exception,  exigent  les  mêmes  opérations  de  conservation 
matérielle,  d'étiquetage,  de  classement  et  d'inventaire,  opérations  qui, 
précisément,  distinguent  un  dépôt  d'archives  d'un  magasin  de  chif- 
fonnier. 

Mais  qu'est-ce  qu'un  archiviste? 

Nous  avons  plus  haut  distingué  les  Archives  nationales  et  départe- 
mentales des  archives  des  divers  services  publics;  la  même  distinction 
est  à  faire  en  ce  qui  concerne  les  archivistes. 

Voyons  d'abord  pour  les  archives  du  second  groupe.  Dans  la  plupart 
des  cas,  elles  se  conservent  toutes  seules  dans  les  taudis  où  on  les  a 
reléguées.  Pourtant,  surtout  à  Paris,  dans  un  certain  nombre  de  grandes 
administrations,  les  archives  sont  pourvues  d'un  personnel,  plus  ou 
moins  important,  placé  sous  les  ordres  d'un  archiviste.  Sauf  de  rares 
exceptions.,  qui  ne  suffisent  pas  à  infirmer  la  règle,  on  affecte  aux 
archives  les  fonctionnaires  et  agents  qu'on  ne  peut  plus  ou  qu'on  ne 
veut  plus  utiliser  dans  les  services  actifs;  l'intensité  des  facultés  Intel- 


CHRONIQUE  ET   ME'lANGES.  295 

lectuelles  n'est  pas  précisément  la  caractéristique  de  ces  faux  archi- 
vistes; quant  à  leur  compétence  technique,  elle  est  nulle;  aussi  le 
mieux  qui  puisse  arriver  est-il  que  ce  personnel  se  borne  à  jouir  paisi- 
blement de  la  demi-retraite  qui  lui  est  faite,  sans  se  mêler  de  travaux 
qui  lui  sont  étrangers  ;  à  former  de  plus  vastes  projets,  il  courrait  à 
d'amères  déceptions;  tel  cet  archiviste  qui  détruisait  les  documents 
utiles  et  conservait  religieusement  les  autres,  qui  faisait  construire  des 
meubles  si  pratiques  qu'il  fallait  bientôt  les  démolir  et  qui,  un  jour, 
voulant  prouver  un  savoir  que  de  mauvais  esprits  niaient,  imprima,  — 
aux  frais  de  son  administration,  —  un  catalogue  où  le  bagage  militaire 
de  Napoléon  I"  est  augmenté  de  la  victoire,  jusqu'alors  restée  inaper- 
çue, de  «  Tara  Eggmuth  ;  »  le  malheureux  n'avait  pas  su  lire  «  Tann, 
Eggmulh,  »  et  n'avait  sans  doute  jamais  entendu  parler  de  la  campagne 
des  Cinq  jours,  Thann,  Abensberg,  Landshut,  Eckmûhl  et  Ratisbonne! 
Tel  autre  croyait  faire  œuvre  méritoire,  —  en  tout  cas  très  originale,  — 
en  découpant  ses  vieilles  archives  au  ciseau,  dans  le  but  de  constituer 
une  collection  de  timbres  humides  et  d'en-têtes  de  papier  comme  il  n'en 
existait,  —  heureusement,  —  nulle  part  ailleurs  !  Quoi  de  plus  préten- 
tieux, de  plus  ignorant,  de  plus  grotesque  et  de  plus  méprisable  que 
ces  fonctionnaires  du  ministère  de  la  Marine  qu'il  y  a  trente  ans  envi- 
ron Jules  Flammermont  pourchassa  avec  tant  de  vigueur,  d'à-propos 
et  de  succès,  et  qu'il  débusqua  de  ces  archives  inestimables  dont  ils 
avaient  réglementairement  assuré  le  pillage  systématique?  Où  sont 
donc,  enfin,  à  l'heure  où  nous  écrivons  ces  lignes,  les  archives  sécu- 
laires du  premier  empire  colonial  français,  celui  que  nous  ont  fait 
perdre  les  folies  d'un  Louis  XV  et  d'un  Napoléon?  dans  cette  boîte 
d'allumettes  qui  a  nom  le  pavillon  de  Flore.  A  qui  y  sont-elles  confiées? 
aux  expéditionnaires  chargés  des  légalisations  ! 

Le  Parlement  estimera,  avec  nous,  que  de  pareilles  pratiques  doivent 
cesser;  les  affaires  administratives  aux  gens  des  bureaux;  les  archives 
aux  archivistes,  c'est-à-dire  aux  hommes  qui,  se  sentant  la  vocation 
des  hautes  études,  sont  allés  frapper  à  la  porte  de  l'École  nationale  des 
chartes,  ont  subi  avec  succès  les  divers  concours  et  examens  réglemen- 
taires, et  qui  ont  obtenu  le  diplôme  d'archiviste  paléographe,  dénomi- 
nation, au  surplus,  surannée,  à  laquelle  nous  proposons  de  substituer 
celle  d'archiviste  bibliothécaire  diplômé  du  gouvernement.  Depuis  plus 
de  cinquante  ans,  le  corps  des  archivistes  diplômés  a  fait  ses  preuves  ; 
c'est  lui  qui  constitue  exclusivement  le  personnel  des  Archives  natio- 
nales et  celui  des  archives  départementales;  c'est  à  lui  qu'on  doit  l'im- 
posante collection  d'inventaires  sommaires  des  archives  départemen- 
tales, communales  et  hospitalières,  qui  s'accroît  chaque  année,  de  même 
que  la  série  des  inventaires  du  palais  Soubise;  partout  où  les  archivistes 
paléographes,  les  archivistes  diplômés  du  gouvernement  ont  passé,  un 
labeur  énorme  a  été  fourni,  se  traduisant,  en  dernière  analyse,  par  la 


296  CHRONIQUE    ET    MELANGES. 

publication  de  catalogues  qui  permettent  à  chacun  d'apprécier  les  res- 
sources que  peut  lui  offrir  chaque  dépôt  de  documents;  partout,  au 
contraire,  où  l'on  a  maladroitement  tenu  ces  archivistes  à  l'écart,  nous 
constatons  le  désordre  matériel,  l'absence  de  classement  et  d'inven- 
taire, l'impossibilité  de  travailler  vite  et  avec  profit.  Nous  estimons 
qu'un  groupement  qui  peut  montrer  de  pareils  états  de  services  a  le 
droit  d'aller  la  tête  haute,  de  prétendre  à  la  justice  des  pouvoirs  publics 
et  à  la  gratitude  que  doit  un  gouvernement  démocratique  à  ceux  qui  le 
servent  avec  tant  de  science  et  de  dévouement. 

Aussi  bien  les  archives  sont-elles  appelées  à  occuper  une  place  sans 
cesse  plus  large,  à  jouer  un  rôle  toujours  plus  important  dans  la  pré- 
paration de  l'œuvre  scientifique;  tout  récemment,  un  érudit,  d'une 
grande  justesse  de  vues,  disait  d'elles,  dans  un  rapport  au  Comité  des 
travaux  historiques  :  «  C'est  le  laboratoire  du  sociologue,  »  et  il  mon- 
trait l'intérêt  supérieur  des  archives  modernes  sur  les  archives  du 
moyen  âge;  on  pourrait  étendre  cette  heureuse  formule  et  définir  les 
archives  le  laboratoire  des  historiens. 

Malheureusement,  on  peut  dire  de  ces  laboratoires,  au  double  point 
de  vue  des  collections  et  du  personnel,  qu'ils  sont  dans  une  situation 
analogue  à  celle  des  services  et  du  personnel  de  l'enseignement,  à  ses 
trois  degrés,  au  lendemain  de  l'effondrement  de  l'Empire,  et  qu'ils 
réclament  une  réorganisation  de  même  nature. 

C'est,  d'ailleurs,  ce  que  notre  honorable  collègue  M.  Sirayan  a  déjà 
indiqué,  en  termes  excellents,  dans  son  rapport  sur  le  budget  de  l'ins- 
truction publique,  et  nous  ne  croyons  pouvoir  mieux  faire  que  de 
reproduire  ici  les  idées  qu'il  a  émises  et  que  nous  partageons  sans 
réserve  : 

« 

«  L'École  nationale  des  chartes*. 
«  Les  Archives  nationales. 

«  Comme  les  bibliothécaires,  les  archivistes  rencontrent,  à  se  dépla- 
cer, les  plus  grandes  difficultés,  et  cela  uniquement  en  raison  du  régime 
des  retraites. 

«  Aux  termes  du  décret  du  14  mai  1887  sur  les  Archives  nationales, 
les  archivistes  départementaux  peuvent  être  appelés  à  un  emploi  des 
Archives  nationales  s'ils  comptent  au  moins  dix  ans  de  services  en 
qualité  d'archivistes  départementaux. 

a  Depuis  seize  ans,  il  n'a  été  fait  aucune  application  de  cette  stipula- 
tion du  décret  de  1887,  par  la  bonne  raison  qu'elle  est  pratiquement 
inapplicable,  non  seulement  parce  que  l'archiviste  départemental,  trans- 

1.  Cet  article  du  rapport  de  M.  Simyan  est  rei)rodiiil  plus  haut,  p.  273. 


CHRONIQUE  ET  MELANGES.  297 

féré  à  Paris,  perdrait  ses  droits  antérieurs,  mais  aussi  parce  qu'on  lése- 
rait sans  excuse  les  intérêts  des  autres  archivistes  des  Archives  natio- 
nales, en  ne  faisant  pas  profiter  de  la  vacance  les  archivistes  occupant 
un  emploi  inférieur  à  celui  dont  le  titulaire  a  disparu. 

a  On  peut  ainsi  constater  une  fois  de  plus,  en  cette  matière,  comme 
en  tant  d'autres,  l'inefticacité  des  demi-mesures.  On  comprend  très 
bien  quelle  a  été  la  préoccupation  très  louable  de  l'administration  :  elle 
a  voulu  diminuer  la  répulsion  des  archivistes  paléographes,  surtout  des 
meilleurs,  à  accepter  un  poste  en  province,  d'où  ils  savent  qu'ils  ne 
sortiront  plus  jamais  ;  elle  a  voulu  leur  donner  l'espoir  et  même  le  droit 
de  rentrer  à  Paris.  En  réalité,  rien  n'a  été  fait,  et,  si  l'on  veut  atteindre 
le  but  poursuivi,  il  convient  de  réorganiser  délibérément  le  service  des 
archives,  tant  nationales  que  départementales. 

«  Les  Archives  départementales.  —  Leur  organisation. 
«  I.  —  Situation  actuelle. 

«  Il  existe  auprès  de  chaque  préfecture  un  dépôt  d'archives,  dit 
archives  départementales,  qui  comprend  deux  catégories  de  docu- 
ments : 

«  1°  Les  archives,  antérieures  à  la  Révolution,  de  tous  les  corps, 
établissements  et  institutions,  civils  et  religieux,  qui  ont  été  supprimés 
en  1790;  ces  archives,  devenues  biens  nationaux,  au  même  titre  que 
tous  les  autres  biens,  meubles  et  immeubles,  des  corps  disparus,  cons- 
tituent une  propriété  de  l'État; 

«  2°  Les  archives  de  l'époque  révolutionnaire  et  de  la  période  moderne, 
archives  des  administrations  départementales  et  des  services  nationaux 
fonctionnant  dans  le  département.  La  propriété  de  ce  fonds  moderne 
se  partage,  par  espèces,  entre  le  département  et  l'État. 

«  A  la  tête  de  chaque  dépôt  d'archives  départementales  est  un  archi- 
viste. 

«  Dans  quelles  conditions  est-on  nommé  archiviste  départemental? 
Quel  avenir  est  réservé  à  l'archiviste?  Quelle  tâche  lui  incombe-t-il  de 
remplir? 

«  Telles  sont  les  premières  questions  à  élucider. 

«  L'archiviste  départemental  est  nommé  par  arrêté  préfectoral.  Le 
préfet  a  toute  latitude  pour  désigner  le  titulaire  de  l'emploi,  sous  la 
seule  condition  de  ne  fixer  son  choix  que  sur  un  candidat  pourvu  du 
diplôme  de  l'École  nationale  des  chartes.  Cette  obligation  absolue  est 
imposée  par  l'art.  45  de  la  loi  du  10  août  1871  sur  les  Conseils  géné- 
raux, et  cette  prescription  légale  n'est  que  la  reproduction  de  la  très 
sage  prescription  formulée  par  le  décret  du  4  février  1850. 

«  Il  est  naturellement  assez  rare  que  le  préfet  d'un  département, 
ayant  à  nommer  un  archiviste,  prenne  l'initiative  du  choix  du  nouveau 


298  CHRONIQUE  ET  MELANGES. 

titulaire.  Dans  la  majorité  des  cas,  il  notifie  la  vacance  au  ministre  de 
l'Instruction  publique,  c'est-à-dire,  en  fait,  au  Directeur  des  archives. 
Le  ministre  adresse  au  préfet  la  liste  des  archivistes  paléographes  qui 
ont  posé  leur  candidature;  ceux-ci  sont  présentés  suivant  leur  rang 
d'ancienneté  de  sortie  de  l'École  des  chartes,  mais  chacun  d'eux  est 
l'objet  d'un  rapport  propre  à  éclairer  le  préfet  sur  la  valeur  de  chaque 
candidat.  Sur  le  vu  de  cette  liste  et  de  ce  rapport,  le  préfet  désigne  le 
nouvel  archiviste. 

«  II.  —  Défauts  de  l'organisation  actuelle. 

a  En  droit,  l'archiviste  d'un  département  peut  poser  sa  candidature 
à  tout  autre  poste  d'archiviste  devenu  vacant,  soit  qu'il  désire  changer 
de  région,  soit  qu'il  ambitionne  une  situation  plus  avantageuse.  Mais, 
en  fait,  l'archiviste  départemental  est  presque  toujours  obligé  de  faire 
toute  sa  carrière  dans  le  même  poste.  C'est  la  conséquence  regrettable 
de  son  caractère  de  fonctionnaire  départemental,  tributaire  d'une  Caisse 
de  retraites  particulière.  Si,  à  la  rigueur,  un  jeune  archiviste,  comptant 
encore  peu  d'années  de  services,  jouissant  de  quelque  aisance,  ayant 
des  charges  de  famille  restreintes,  peut  faire  le  sacrifice  de  quelques 
années  de  versements,  il  n'en  va  pas  de  même  des  archivistes  qui  se 
trouvent  dans  d'autres  conditions;  et  ce  jeune  archiviste  lui-même  ne 
pourrait  renouveler  une  seconde  fois  l'abandon  de  ses  droits  acquis 
sans  compromettre  gravement  ses  intérêts.  Ajoutons  que  le  traitement 
maximum  de  l'archiviste,  réduit  à  n'espérer  le  plus  souvent  qu'un 
avancement  sur  place,  par  voie  de  promotions  dues  à  la  bienveillance 
du  préfet  et  du  Conseil  général,  est  forcément  proportionnel  à  l'impor- 
tance du  département  et  aux  ressources  de  son  budget.  Au  delà  d'un 
certain  chiffre,  toujours  peu  élevé,  du  reste,  la  valeur  personnelle  de 
l'archiviste,  son  labeur  administratif  et  ses  travaux  scientifiques  sont 
condamnés  à  ne  pas  recevoir  leur  légitime  et  nécessaire  récompense. 
Ainsi,  le  hasard  seul  des  vacances  préside,  en  règle  générale,  à  l'affec- 
tation de  début  du  jeune  archiviste,  envoyé  dans  le  nord  ou  dans  l'est, 
quand  ses  origines  ou  ses  travaux,  exécutés  ou  projetés,  l'indiquaient 
pour  un  poste  du  raidi  ou  de  l'ouest,  et  cette  affectation  est  presque 
toujours  définitive;  voilà  un  fonctionnaire  qui,  à  vingt-cinq  ans,  se  voit 
condamné  à  «  s'enraciner  »  pour  la  vie  à  Privas  ou  à  Mont-de-Marsan, 
et  qui,  dès  son  arrivée  dans  les  Landes  ou  l'Ardèche,  sait  exactement 
la  situation  dont  il  jouira  dans  quarante  ans,  quels  que  soient  son 
dévouement  et  ses  travaux!  Comment  attendre  de  l'effort,  de  l'entraî- 
nement, de  l'émulation  d'un  personnel  ainsi  traité,  ou,  pour  mieux 
dire,  ainsi  abandonné  ?  Il  faut  vraiment  aux  archivistes  départementaux 
le  goût  passionné  de  leur  profession  pour  leur  faire,  malgré  tout,  pro- 
duire le  travail  considérable  qu'atteste  notamment  l'imposante  coUec- 


CHRONIQUE    ET   ME'lANGES.  299 

tion  des  Inventaires  sommaires.  Il  n'en  est  pas  moins  vrai  que  cette 
situation  a  trop  duré.  Des  nombreuses  réformes  que  réclame  l'organi- 
sation si  arriérée  des  archives,  des  bibliothèques  et  des  musées,  celle 
des  archives  départementales  a  l'heureux  privilège  de  rallier  l'unani- 
mité des  avis,  à  la  fois  sur  le  principe  et  sur  l'application.  Aussi  bien 
ne  s'agit-il  pas  ici  seulement  des  intérêts  personnels,  d'ailleurs  fort 
respectables,  des  archivistes;  l'intérêt  même  du  service  est  enjeu. 

«  Identiques  en  principe,  les  archives  des  divers  départements  ont 
pourtant  une  physionomie  propre.  Les  différents  fonds  qui  les  consti- 
tuent varient  de  nature  et  d'importance  suivant  les  régions;  ici,  la  pre- 
mière place  revient  aux  archives  ecclésiastiques;  là,  ce  sont  les  archives 
civiles,  celles  de  l'intendance,  du  parlement,  des  élections  qui  sont 
nombreuses  et  importantes;  dans  tel  département,  les  archives  révolu- 
tionnaires et  celles  de  la  période  moderne  n'offrent  qu'un  mince  inté- 
rêt; dans  tel  autre,  elles  se  recommandent  tout  particulièrement  à  l'at- 
tention de  l'historien  et  de  l'administrateur.  N'est-il  pas  évident  qu'il 
importe  d'affecter  à  chacun  de  ces  services,  qui  a,  tout  au  moins 
momentanément,  une  physionomie  propre  et  des  besoins  particuliers, 
celui  des  archi-vistes  disponibles  que  l'administration  croit  le  mieux 
préparé  et  le  plus  capable?  Avec  l'organisation  actuelle,  de  pareilles 
désignations  sont  presque  toujours  impossibles. 

«  Il  est  d'autant  plus  regrettable  de  n'avoir  pas  depuis  longtemps 
modifié  cette  situation  absurde  que  la  solution  du  problème  saute  aux 
yeux  et  ne  soulève  aucune  difficulté  pratique;  tout  au  contraire,  peut- 
elle  se  réclamer  d'un  précédent,  la  «  nationalisation  »  du  personnel  de 
l'enseignement  primaire. 

«  III.  —  Réorganisation. 

«  Dans  l'état  actuel,  l'archiviste  est  placé,  au  point  de  vue  adminis- 
tratif, sous  l'autorité  du  préfet,  et,  au  point  de  vue  scientifique,  il  dépend 
du  ministre  de  l'Instruction  publique  ;  encore  est-il  bon  de  noter  qu'il 
relève  du  ministre  même  administrativement,  puisque,  dans  la  plupart 
des  cas,  c'est  sur  la  désignation  du  ministre  que  le  préfet  l'a  choisi  et 
nommé,  et  que  tous  les  règlements,  toutes  les  prescriptions,  toutes  les 
circulaires  concernant  les  travaux  à  effectuer  dans  les  archives  dépar- 
tementales émanent  de  l'autorité  ministérielle,  représentée,  en  l'espèce, 
par  le  Directeur  des  archives.  Dans  ces  conditions,  il  convient  de  rem- 
placer le  régime  hybride  d'aujourd'hui  par  une  organisation  à  la  fois 
plus  franche,  plus  démocratique  et  plus  féconde  :  l'archiviste  doit  cesser 
d'être  ce  fonctionnaire  singulier,  mi-départemental,  mi-national,  rele- 
vant nominalement  de  deux  autorités  complètement  différentes,  entre 
lesquelles  il  peut  se  ménager  une  indépendance  presque  absolue  et 
parfois  excessive,  et  dont  l'intervention,  quel  qu'en  soit  l'objet,  risque 


300  CHROiyiQUE    ET    MELANGES. 

de  rester  souvent  sans  sanction  effective.  Les  archives  départementales 
sont  en  majeure  partie  une  propriété  nationale;  l'archiviste,  comme 
l'instituteur,  doit  devenir  un  fonctionnaire  d'Etat. 

«  Les  archivistes  nationaux  seraient  désormais  soumis  à  la  nomina- 
tion du  ministre  de  l'Instruction  publique;  ils  seraient  payés  sur  le 
budget  de  ce  ministère. 

«  La  loi  de  finances  déclarerait  obligatoires  les  dépenses  prévues 
aux  budgets  départementaux  pour  le  traitement  des  archivistes;  elle 
ferait  état  des  crédits  portés  dans  un  chapitre  de  recettes  à  créer,  dont 
le  montant  s'élèverait  au  chiffre  total  des  crédits  inscrits  aux  quatre- 
vingt-six  budgets  départementaux.  A  cette  recette  d'ordre  correspon- 
drait une  dépense  d'ordre  s'élevant  exactement  au  même  chiffre. 
Toutefois,  les  crédits  seraient  préalablement  réduits  de  la  somme 
représentant  le  traitement  du  personnel  secondaire  d'employés  et  de 
garçons  de  bureau,  à  la  situation  départementale  desquels  il  ne  serait 
apporté  aucun  changement  et  qui  seraient  désormais  payés  sur  un 
autre  chapitre.  Il  est  bien  entendu  que  tous  les  droits  acquis  par  les 
archivistes  en  fonctions  seraient  intégralement  maintenus,  et  que  leur 
situation  au  point  de  vue  de  la  retraite  ne  pourrait  être  en  rien  modifiée. 
A  cet  égard,  deux  situations  paraissent  devoir  se  présenter.  Certains 
archivistes  demeureraient  tributaires  de  la  caisse  des  retraites  de  leur 
département;  l'État  verserait,  en  leur  nom,  à  cette  caisse,  le  montant 
réglementaire  des  retenues;  certains  autres  pourraient  demander  à 
devenir  tributaires  de  la  caisse  de  l'État,  qui,  dans  ce  cas,  devrait 
recouvrer  sur  la  caisse  départementale,  et,  au  besoin,  sur  l'intéressé,  le 
montant  des  versements  corrélatifs  à  la  durée  des  services  du  fonction- 
naire. Chaque  année,  le  gouvernement  ferait  connaître  au  préfet  le 
montant  des  crédits  nécessaires  pour  le  fonctionnement  des  archives. 

«  Telles  sont  les  grandes  lignes  du  projet  de  réorganisation  que  le 
gouvernement  pourrait,  si  le  Parlement  est  de  cet  avis,  mettre  immé- 
diatement à  l'étude.  » 

Le  Parlement  hésitera  d'autant  moins,  nous  l'espérons,  à  voter  cette 
réorganisation  qu'elle  ne  comporte  aucune  augmentation  de  dépense. 
Notre  projet  peut  se  résumer  en  ces  deux  termes  :  conservation  effective 
et  utilisation  scientifique  des  archives,  organisation  rationnelle  et  démo- 
cratique du  corps  des  archivistes. 

Nous  devons  ajouter  que,  respectueux  des  prérogatives  nécessaires  du 
Parlement,  nous  avons  laissé  de  côté  les  services  d'archives  de  l'une  et 
l'autre  Chambre;  nous  vous  demandons  pourtant  la  permission  d'appe- 
ler votre  attention  et  celle  des  bureaux  du  Sénat  et  de  la  Chambre  sur 
l'opportunité  que  présenterait,  à  notre  avis,  l'attribution  à  des  membres 
du  corps  national  des  archivistes  bibliothécaires  diplômés  du  gouver- 
nement de  la  moitié  des  emplois  dans  le  service  des  archives  des  deux 
assemblées. 


CHRONIQUE    ET   MELANGES.  .      301 

PROPOSITION  DE  LOI. 

Titre  premier. 
Constitution  des  archives. 

Art.  1".  —  Sont  annuellement  incorporées  aux  Archives  nationales 
les  archives,  comptant  au  moins  cinquante  ans  de  date,  de  tous  les  ser- 
vices et  administrations  de  l'État  fonctionnant  à  Paris. 

Art.  2.  —  Cette  incorporation  n'implique  pas  nécessairement  le  trans- 
fert des  documents  dans  les  bâtiments  des  Archives  nationales;  le 
ministre  de  l'Instruction  publique  pourra  autoriser  le  maintien  des 
archives  dans  les  bâtiments  des  services  et  administrations  intéressés  ; 
mais  l'incorporation  sera  réputée  réalisée  et  les  Archives  nationales 
prendront  ces  archives  en  charge;  en  outre,  l'organisation  matérielle  et 
administrative  des  archives  maintenues  sera  soumise  à  l'approbation 
du  ministre  de  l'Instruction  publique. 

Art.  3.  —  Sont  annuellement  incorporées  aux  archives  départemen- 
tales :  1"  les  archives,  comptant  au  moins  cinquante  ans  de  date,  des 
services  et  administrations  départementaux  et  celles  des  services  et 
administrations  nationaux  de  caractère  départemental;  2"  les  archives, 
comptant  au  moins  un  siècle  d'existence,  des  greffes;  3°  les  archives, 
comptant  au  moins  cent  cinquante  ans  d'existence,  des  études  des 
notaires. 

Art.  4.  —  Toutefois,  seront  incorporées,  dès  la  promulgation  de  la 
présente  loi,  les  archives  notariales  antérieures  à  1792. 

Art.  5.  —  L'incorporation  aux  archives  départementales  n'implique 
pas  nécessairement  le  transfert  des  documents  dans  les  bâtiments  des 
archives  départementales;  le  ministre  de  l'Instruction  publique  pourra 
autoriser  le  maintien  des  archives  dans  les  locaux  des  services,  admi- 
nistrations, greffes  et  études  intéressés;  mais  l'incorporation  sera  répu- 
tée réalisée  et  les  archives  départementales  prendront  ces  archives  en 
charge;  en  outre,  l'organisation  matérielle  et  administrative  des 
archives  maintenues  sera  soumise  à  l'approbation  du  ministre  de  l'Ins- 
truction publique. 

Art.  6.  —  Le  ministre  de  l'Instruction  publique  peut  autoriser  les 
services,  administrations,  greffiers  et  notaires  à  verser  aux  Archives 
nationales  et  départementales  des  documents  comptant  moins  d'exis- 
tence qu'il  n'a  été  fixé  aux  art.  1  et  3. 

Art.  7.  —  Le  ministre  de  l'Instruction  publique  peut  autoriser  les 
municipalités,  les  établissements  charitables  et  généralement  toutes 
institutions  ou  associations,  publiques  ou  privées,  à  déposer  aux  archives 
départementales  la  portion  de  leurs  archives  devenue  inutile  à  leur 
gestion  administrative. 


302  CHRONIQUE    ET   MÉLANGES. 

Art.  8.  —  Les  services,  administrations,  greffiers  et  notaires  ont  le 
droit  d'exiger  la  communication  avec  déplacement,  et  sans  frais,  dans 
leurs  bureaux,  greffes  et  études,  des  documents  faisant  partie  de  leurs 
archives  respectives;  l'incorporation  des  archives  des  greffes  et  des 
archives  notariales  laisse  intacts  les  droits  utiles  des  greffiers  et  des 
notaires. 

Art.  9.  —  Les  documents  faisant  partie  des  Archives  nationales  et 
des  archives  départementales  sont  communiqués  au  titre  scientifique. 
Il  n'est  perçu  aucun  droit,  sauf  les  droits  de  timbre  et  d'expédition,  si 
les  intéressés  requièrent  des  copies  authentiques;  ces  droits  sont  attri- 
bués, le  cas  échéant,  aux  greffiers  et  notaires  intéressés.  La  communi- 
cation a  lieu  sur  place.  Toutefois,  le  ministre  de  l'Instruction  pubhque 
peut  autoriser  le  déplacement  des  documents  et  leur  communication 
dans  un  autre  dépôt  d'archives  que  celui  où  ces  documents  sont  con- 
servés. 

Art.  10.  —  Aucune  suppression  de  documents,  parmi  ceux  qui  ne 
sont  pas  encore  incorporés  aux  Archives  nationales  et  départementales, 
ne  peut  être  effectuée  par  les  services  et  administrations  nationaux 
et  départementaux  sans  l'autorisation  du  ministre  de  l'Instruction 
publique. 

Titre  II. 

École  nationale  professionnelle  des  archivistes  bibliothécaires. 

Art.  11.  —  L'École  nationale  des  chartes  prend  le  titre  d'École  natio- 
nale professionnelle  des  archivistes  bibliothécaires. 

Art.  12.  —  Le  programme  des  cours  comprendra  toutes  les  matières 
dont  la  connaissance  est  nécessaire  à  la  gestion  des  archives  et  des 
bibliothèques. 

Art.  13.  —  Le  nombre  des  élèves  à  admettre,  chaque  année,  par 
voie  de  concours,  sera  fixé  d'après  le  nombre  présumé  des  vacances, 
majoré  d'un  tiers.  Les  élèves  devront  justifier,  à  leur  entrée,  du  diplôme 
de  licencié  es  lettres,  ou  acquérir  ce  diplôme  pendant  la  durée  de  leur 
séjour  à  l'école. 

Art.  14.  —  Les  élèves  diplômés  portent  le  titre  d'archivistes  biblio- 
thécaires diplômés  du  gouvernement. 

Art.  15.  —  Est  supprimé  le  diplôme  de  bibliothécaire  universitaire. 
Sont  toutefois  maintenus  les  droits  des  titulaires  de  ce  diplôme. 

Art.  16.  —  Les  archivistes  bibliothécaires  fournissent  exclusivement 
le  personnel  technique  des  Archives  nationales  et  départementales, 
celui  des  archives  des  services  et  administrations  visés  aux  art.  1  et  3 
de  la  présente  loi  et  celui  de  l'inspection  générale  des  archives  et  des 
bibliothèques.  Sont  maintenus  tous  les  droits  actuellement  attachés  au 
diplôme  d'archiviste  paléographe. 


CHEONIQDE    ET    MELANGES.  303 

Au  fur  et  à  mesure  des  extinctions,  les  archivistes  bibliotliécaires 
diplômés  seront  substitués  aux  droits  des  bibliothécaires  universitaires. 

Titre  III. 

Personnel  des  archives. 

Art.  17.  —  Le  personnel  des  Archives  nationales  et  départementales 
et  celui  des  archives  des  services  et  administrations  visés  aux  art.  1 
et  3  de  la  présente  loi  constituent  un  corps  unique,  dépendant  du 
ministère  de  l'Instruction  publique. 

Les  archivistes  des  Archives  nationales  et  des  archives  départemen- 
tales sont  nommés  par  le  ministre  de  l'Instruction  publique. 

Les  emplois  d'archivistes  aux  Archives  nationales  et  les  postes 
d'archivistes  départementaux  sont  répartis  en  une  série  unique  de 
neuf  classes. 

La  9e  classe  comprend  les  postes  et  emplois  d'un  traitement  inférieur 
à  3,000  francs; 

La  S**  classe  comprend  les  postes  et  emplois  d'un  traitement  inférieur 
à  4,000  francs; 

La  7®  classe  comprend  les  postes  et  emplois  d'un  traitement  inférieur 
à  5,000  francs; 

La  6*  classe  comprend  les  postes  et  emplois  d'un  traitement  inférieur 
à  6,000  francs; 

La  5«  classe  comprend  les  postes  et  emplois  d'un  traitement  inférieur 
à  7,000  francs; 

La  4®  classe  comprend  les  postes  et  emplois  d'un  traitement  inférieur 
à  8,0Û0  francs; 

La  3e  classe  comprend  les  postes  et  emplois  d'un  traitement  inférieur 
à  9,000  francs; 

La  2^  classe  comprend  les  postes  et  emplois  d'un  traitement  inférieur 
à  10,000  francs; 

La  l'e  classe  comprend  les  postes  et  emplois  d'un  traitement  de 
10,000  francs  et  au-dessus. 

D'autre  part  et  parallèlement,  une  classe  personnelle  est  attribuée  à 
chaque  membre  du  corps  des  archivistes. 

Les  archivistes  appartenant  à  la  9*=  classe  sont  appelés  à  remplir  leurs 
fonctions  aux  Archives  nationales,  pour  y  acquérir  les  connaissances 
pratiques  complémentaires  de  l'enseignement  théorique  de  l'école.  Les 
archivistes  de  9^  classe  doivent  être  détachés,  auprès  d'un  ou  plusieurs 
dépôts  départementaux,  en  une  ou  plusieurs  fois,  pendant  trois  mois 
au  moins  et  six  mois  au  plus. 

Lors  de  leur  passage  dans  la  8^  classe,  les  archivistes  seront,  au  fur 
et  à  mesure  des  vacances,  appelés  à  des  postes  d'archivistes  départe- 
mentaux. 


304  CHRONIQUE   ET   Me'lANGES. 

Ceux  (l'entre  eux  qui  refuseront  de  faire  du  service  départemental 
n'auront  droit  qu'à  la  moitié  des  vacances  survenant  dans  les  emplois 
des  5«,  4e  et  3«  classes  des  Archives  nationales  et  au  tiers  seulement 
des  vacances  dans  les  emplois  des  deux  premières  classes. 

Dans  l'année  qui  suivra  la  promulgation  de  la  présente  loi,  les 
archivistes  alors  en  fonctions  seront  répartis  dans  les  différentes 
classes  personnelles  auxquelles  leur  traitement  leur  donnera  droit.  De 
même,  tous  les  postes  et  emplois  seront  répartis  dans  les  classes  ci-des- 
sus indiquées. 

L'avancement  se  fait,  en  égale  proportion,  au  choix  et  à  l'ancienneté. 

Tout  archiviste  entrant  dans  le  corps  débute  par  la  dernière  classe. 
Toutefois,  les  archivistes  bibliothécaires  diplômés  provenant  d'un  ser- 
vice de  bibliothèque  prendront  rang,  dans  le  corps,  dans  la  classe  dont 
le  traitement  correspond  à  celui  qui  était  attribué  au  nouvel  archiviste 
dans  son  ancienne  fonction. 

Dans  l'intérêt  du  service,  un  archiviste  peut  être  appelé  dans  un 
poste  d'une  classe  supérieure  à  sa  classe  personnelle  ou  être  maintenu 
dans  un  poste  d'une  classe  inférieure  à  sa  classe  personnelle;  dans  tous 
les  cas,  il  reçoit  le  traitement  attribué  à  sa  classe  personnelle. 

Art.  18.  —  Les  archivistes  des  services  et  administrations  visés  aux 
art.  1  et  3  de  la  présente  loi  sont  recrutés  dans  le  corps  des  archivistes  ; 
ils  sont  nommés  par  les  ministres  intéressés,  sur  la  présentation  du 
ministre  de  l'Instruction  publique.  Ces  archivistes  ne  cessent  pas  d'ap- 
partenir au  corps  et  conservent  tous  leurs  droits  à  l'avancement. 

Art.  19.  —  Quand  des  vacances  se  produisent  dans  le  corps  des 
archivistes,  le  ministre  de  l'Instruction  publique  procède  au  mouve- 
ment administratif  provoqué  par  ces  vacances.  La  vacance  des  emplois 
qui  se  trouvent  sans  titulaire,  après  la  publication  de  ce  mouvement 
administratif,  est  annoncée  au  Journal  officiel;  un  délai  de  vingt  jours 
est  fixé  pour  l'introduction  des  candidatures. 

Titre  IV. 

Inspection  générale  des  archives  et  des  bibliothèques. 

Art.  20.  —  L'inspection  générale  des  services  d'archives  est  fusionnée 
avec  l'inspection  générale  des  services  de  bibliothèques.  Elle  est  assurée 
par  trois  fonctionnaires,  dénommés  inspecteurs  généraux  des  archives 
et  des  bibliothèques;  ils  sont  exclusivement  recrutés  parmi  les  archi- 
vistes bibliothécaires  diplômés  comptant  au  moins  dix  ans  de  services 
dans  les  archives  ou  les  bibliothèques. 

Titre  V. 
Direction  générale  des  archives  de  France. 
Art.  21.  —  Le  directeur  des  Archives  nationales  est  chargé  de  la 


CHROIVIQUE    ET    MELANGES.  305 

direction  générale  des  archives  de  France.  11  est  nommé  par  décret,  sur 
la  proposition  du  ministre  de  l'Instruction  publique.  Il  doit  remplir 
l'une  des  conditions  suivantes  :  l"  être  pourvu  du  diplôme  d'archiviste 
bibliothécaire  et  compter  au  moins  dix  ans  de  services  dans  les  archives 
ou  les  bibliothèques;  2°  appartenir  au  personnel  titulaire  de  l'enseigne- 
ment supérieur  et  compter  au  moins  dix  ans  de  services  dans  cet  ensei- 
gnement; 3»  être  porté  sur  une  liste  de  présentation  établie  par  l'Aca- 
démie des  inscriptions  et  celle  des  sciences  morales  et  politiques  réunies 
et  proposé  de  la  sorte  au  choix  du  ministre. 

Titre  VI. 
Budget  des  archives. 

Art.  22.  —  Les  dépenses  du  service  des  Archives  nationales  et  des 
archives  départementales  sont  inscrites  au  budget  du  ministère  de 
l'Instruction  publique  dans  six  chapitres  distincts  :  \°  Archives  natio- 
nales, personnel;  2°  Archives  nationales,  matériel;  3°  Archives  dépar- 
tementales, personnel;  4°  Archives  départementales,  matériel;  5°  Con- 
tribution de  l'État  dans  les  dépenses  des  archives  départementales; 
6°  Inspection  générale  des  archives  et  des  bibliothèques. 

Art.  23.  —  A  compter  du  premier  exercice  qui  suivra  la  promulga- 
tion de  la  présente  loi,  le  cliapitre  II  du  budget  de  chaque  département 
(archives  départementales)  comprendra  exclusivement  les  crédits  relatifs 
au  traitement  de  l'archiviste  ^et,  s'il  y  a  lieu,  des  archivistes  diplômés 
qui  lui  sont  adjoints)  et  les  crédits  divers  de  matériel. 

Chaque  année,  le  ministre  de  l'Instruction  publique  fait  connaître 
aux  préfets  le  montant  des  crédits  à  inscrire  au  chapitre  11  du  projet 
de  budget  de  leur  département. 

Cette  dépense  est  obligatoire.  Elle  est  versée  à  l'État. 

Art.  24.  —  La  première  loi  de  finances  qui  suivra  la  promulgation 
de  la  présente  loi  comportera  deux  chapitres  nouveaux  de  recettes  : 
Archives  départementales,  personnel;  Archives  départementales,  maté- 
riel. Leur  montant  sera  égal  à  celui  des  crédits  inscrits  au  chapitre  11 
de  chaque  département. 

Les  crédits  inscrits  aux  deux  chapitres  du  budget  du  ministère  de 
l'Instruction  publique  :  archives  départementales,  personnel;  archives 
départementales,  matériel,  s'élèveront  au  même  chiffre  que  les  deux 
chapitres  de  recettes  correspondant. 

Art.  25.  —  Dans  le  premier  budget  du  ministère  de  l'Instruction 
publique  qui  suivra  la  promulgation  de  la  présente  loi,  un  crédit  de 
principe  de  1,000  francs  sera  inscrit  au  chapitre  nouveau  :  contribution 
de  l'État  dans  les  dépenses  des  archives  départementales. 

1904  20 


306  CHRONIQUE    ET    MÉLANGES. 

Titre  VI. 
Mesures  diverses. 

Art.  26.  —  Les  dispositions  de  la  présente  loi  sont  applicables  au 
département  de  la  Seine  (préfecture  de  la  Seine  et  préfecture  de  police). 

Art.  27.  —  Au  point  de  vue  de  la  retraite,  les  fonctionnaires  dépar- 
tementaux en  exercice  lors  de  la  promulgation  de  la  présente  loi  pour- 
ront opter  entre  deux  systèmes  :  ils  pourront  rester  tributaires  de  la 
Caisse  de  retraites  départementale  ou  devenir  tributaires  de  la  Caisse 
de  retraites  de  l'État.  Dans  le  premier  cas,  l'État  versera,  en  leur  nom, 
à  la  caisse  intéressée,  les  sommes  dues;  dans  le  second  cas,  la  Caisse 
de  retraites  départementale  versera  à  celle  de  l'État  les  sommes  qu'elle 
a  reçues  des  fonctionnaires  intéressés;  ceux-ci  couvriront,  s'il  y  a  lieu, 
les  insuffisances  de  versements,  de  même  qu'il  leur  sera  tenu  compte, 
le  cas  échéant,  des  excédents. 

Art.  28.  —  Un  règlement  d'administration  publique,  rendu  en  Conseil 
d'État,  fixera  les  formes  d'application  de  la  présente  loi. 

Art.  29.  —  Sont  abrogées  toutes  dispositions  des  lois  antérieures 
contraires  à  la  présente  loi. 

—  Le  journal  le  Siècle  ayant  publié,  le  10  mars,  un  article  relatif  au 
projet  que  nous  venons  de  reproduire,  notre  confrère  M.  Paul  Meyer, 
directeur  de  l'École  des  chartes,  a  adressé  au  directeur  du  journal  la 
lettre  suivante,  qui  a  paru  dans  le  numéro  du  11  mars  : 

ï  Monsieur  le  directeur, 

«  Voulez-vous  me  permettre  de  vous  adresser  quelques  brèves  obser- 
vations au  sujet  de  l'article  publié  dans  votre  numéro  d'aujourd'hui 
(10  mars)  sur  le  projet  de  loi  portant  réorganisation  des  archives  de 
France  présenté  par  M.  G.  Deville  et  un  certain  nombre  de  ses  col- 
lègues? Je  lis  dans  cet  article  que  l'une  des  réformes  demandées  con- 
siste «  dans  une  refonte  complète  de  l'École  des  chartes  dont  la  réorga- 
«  nisation,  comme  l'a  si  bien  montré  M.  Simyan  dans  son  rapport  sur  le 
«  budget  de  l'Instruction  publique,  devient  chaque  jour  plus  impérieuse 
«  dans  l'intérêt  des  élèves  et  aussi  dans  l'intérêt  d'un  meilleur  fonction- 
«  nement  des  archives  et  des  bibliothèques  françaises.  L'École  des 
«  chartes  deviendrait  donc  l'École  nationale  professionnelle  des  archi- 
«  vistes  bibliothécaires.  » 

«  J'ai  lu  attentivement  le  projet  de  M.  Deville  et  le  rapport  de 
M.  Simyan  (1903),  et  j'avoue  que  je  n'ai  pas  réussi  à  découvrir  en  quoi 
pourrait  bien  consister  la  «  réorganisation  »  annoncée.  M.  Simyan  dit 
bien  qu'il  n'est  pas  une  institution  quelconque  «  dont  on  puisse  pré- 
«  tendre  qu'elle  échappe  aux  lois  nécessaires  de  l'évolution,  »  et  cet 


CHRONIQUE    ET    MELANGES.  307 

axiome,  que  personne  ne  contestera,  se  vérifie  à  l'école  en  question, 
dont  l'enseignement  a  subi  de  profondes  modifications,  à  plusieurs 
reprises,  depuis  sa  création  en  1821.  Mais  ni  M.  Simyan  ni  M.  Deville 
ne  disent  sur  quels  points  devrait  porter  la  réorganisation  qu'ils  ont  en 
vue,  quelles  modifications  devraient  être  apportées  à  l'organisation 
actuelle.  Bien  plus,  M.  Simyan  reconnaît  que  «  les  cours  relatifs  à 
«  l'administration  des  archives  et  des  bibliothèques  ont  été  heureuse- 
«  ment  réorganisés  et  développés  au  cours  de  ces  dernières  années.  » 
Alors,  qu'y  a-t-il  à  changer?  La  conclusion,  —  contre  laquelle  je  ne 
voudrais  pas  m'elever,  —  n'est  guère  en  rapport  avec  les  prémisses; 
elle  consiste  à  dire  que  les  archivistes  et  les  bibliothécaires  diplômés 
par  le  gouvernement  n'obtiennent  pas  les  emplois  auxquels  ils  ont 
droit.  «  Chose  étrange...,  ce  sont  précisément  les  archives  et  les  biblio- 
«  thèques  de  l'État  dont  les  règlements  actuels  interdisent  en  fait  l'accès 
«  aux  anciens  élèves  de  l'École  des  chartes.  »  Fort  bien!  mais,  s'il  en 
est  ainsi,  ce  sont  les  règlements  qu'il  faut  réformer,  et  non  l'École. 
L'organisation  d'une  école  et  l'emploi  qu'on  peut  faire  de  ses  élèves 
sont  choses  absolument  distinctes.  Il  y  a,  du  reste,  une  certaine  exa- 
gération à  dire  que  les  élèves  de  l'École  sont  exclus  des  archives  et  des 
bibliothèques  de  l'État.  En  réalité,  le  personnel  des  Archives  natio- 
nales, jusqu'aux  fonctions  de  directeur  exclusivement,  est  recruté  à 
l'École  des  chartes,  et  la  plupart  des  employés  de  la  Bibliothèque 
nationale  ont  la  même  origine. 

«  Je  n'en  suis  pas  moins  très  reconnaissant  à  MM.  Deville  et 
Simyan  de  l'intention  qu'ils  manifestent  d'ouvrir  de  plus  larges 
débouchés  à  nos  anciens  élèves.  J'ai  voulu  seulement  montrer  qu'il  n'y 
avait  aucune  connexion  entre  ce  résultat  très  désirable  et  une  réforme 
quelconque  de  l'École. 

«  Si  M.  Deville  n'indique  pas,  non  plus  que  M.  Simyan,  sur  quels 
points  devrait  porter  la  réforme,  il  y  a  cependant  un  article  dans  son 
projet  de  loi  dont  je  ne  puis  me  dispenser  de  dire  un  mot  :  c'est  l'ar- 
ticle 11  :  «  L'École  nationale  des  chartes  prend  le  titre  d'École  natio- 
«  nale  professionnelle  des  archivistes  bibliothécaires.  »  Je  crois  que  ce 
changement,  de  pure  forme,  est  inutile  et  par  conséquent  peu  dési- 
rable. «  École  des  chartes  »  est  le  titre  qui  a  été  adopté  lors  de  la 
création  de  l'École,  par  ordonnance  royale,  en  1821.  Je  conviens  qu'il 
ne  définit  pas  très  bien  une  École  où  il  existe  un  cours  d'archéologie  et 
oià  l'histoire  de  nos  institutions  est  poussée  jusqu'à  la  Constitution  de 
l'an  Vin.  Mais  des  objections  du  même  genre  pourraient  être  adres- 
sées aux  dénominations  données  à  bien  d'autres  écoles.  «  École  des 
chartes  »  est  un  titre  connu  depuis  plus  de  quatre-vingts  ans.  Il  y 
aurait  plus  d'inconvénients  que  d'avantages  à  le  changer.  D'autant  plus 
que  le  litre  proposé  :  «  École  nationale  professionnelle  des  archivistes 
«  bibliothécaires,  »  est  bien  long  et  parait  un  peu  étroit  pour  un  éta- 


308  CHRONIQUE    ET   MÉLANGES. 

blissement,  non  pas  seulement  professionnel,  mais  scientifique,  qui  ne 
forme  pas  seulement  des  bibliothécaires  et  des  archivistes,  mais  qui  a 
donné  à  la  France  des  professeurs  pour  tous  les  degrés  de  l'enseigne- 
ment et  des  fonctionnaires  d'ordres  divers. 

«  Veuillez  agréer,  Monsieur  le  Directeur,  l'expression  de  mes  senti- 
ments les  plus  distingués. 

«  Paul  Meyer, 

«  Membre  de  l'Institut, 
«  Directeur  de  l'École  des  chartes.  » 


PHOTOGRAPHIE  DES  MANUSCRITS  DES  BIBLIOTHÈQUES 
PUBLIQUES. 

Dans  la  séance  de  la  Chambre  des  députés  du  2  février  1904,  plu- 
sieurs dépuLés,  MM.  Paul  Constans  (Allier),  AUard,  Bouveri,  Chau- 
vière,  Jules  Coûtant  (Seine),  Victor  Dejeante,  Delory,  Jacques  Dufour, 
Meslier,  Piger,  Sembat,  Thivrier,  Edouard  Vaillant,  Waller,  ont  déposé 
une  proposition  de  loi  tendant  à  ouvrir  au  ministre  de  l'Instruction 
publique  et  des  Beaux- Arts  un  crédit  spécial  de  100,000  francs  pour 
permettre  à  l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres  de  faire  pho- 
tographier les  manuscrits  importants  déposés  dans  les  grands  musées 
nationaux. 

Nous  reproduisons  le  texte  de  cette  proposition,  qui  a  été  renvoyée  à 
la  Commission  du  budget  : 

Messieurs, 

Les  richesses  inestimables  conservées  dans  nos  musées,  des  trésors 
précieux  pour  l'histoire  et  la  science  sont  entièrement  exposés  à  dis- 
paraître par  suite  d'un  sinistre  toujours  possible. 

L'incendie  récent  de  la  Bibliothèque  royale  de  Turin  remet  une  fois 
de  plus  en  relief  la  nécessité  de  prendre  toutes  les  mesures  susceptibles 
de  diminuer  les  risques  de  destruction  définitive  qui  menace  sans  cesse 
tant  de  riches  monuments  de  notre  gloire  nationale. 

Sans  doute,  des  précautions  sont  minutieusement  prises  pour  éviter 
les  désastres  et  des  gardiens  vigilants  sont  continuellement  en  éveil  ; 
mais,  malgré  tout,  un  incendie  peut  se  déclarer  d'un  moment  à  l'autre. 

Il  importe  donc  que  nous  mettions  à  profit  les  moyens  capables  de 
préserver  d'une  ruine  complète  les  documents,  si  intéressants  pour  le 
présent,  que  nous  ont  transmis  les  générations  du  passé. 

La  photographie  nous  permet  de  créer  une  réserve  de  reproductions 
qui  rendrait  moins  fâcheuse  pour  nos  savants  la  perte  des  plus  impor- 
tants manuscrits  originaux  recueiUis  dans  nos  principales  bibliothèques. 


CHRONIQUE    ET   MELANGES.  309 

C'est  pour  assurer  ces  reproductions  rendues  faciles  par  les  progrès 
de  la  photographie  que  nous  vous  demandons  de  voter  la  proposition  de 
loi  suivante  : 

Art.  l^"".  —  Il  est  ouvert  au  ministre  de  l'Instruction  publique  et 
des  Beaux-Arts  un  crédit  spécial  de  cent  mille^  francs  (100,000  francs) 
affecté  à  la  reproduction  photographique  des  principaux  manuscrits 
conservés  dans  les  grands  musées  nationaux. 

Art.  2.  —  L'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres  est  chargée 
de  faire  exécuter  ces  reproductions  au  mieux  des  intérêts  de  l'art  et  de 
la  science. 


LISTE  DES  NONCES  ENVOYES  EN  FRANCE  DE  1524  A  1592. 

Il  n'existe  pas,  à  notre  connaissance,  de  liste  des  représentants  du 
Saint-Siège  en  France  à  l'époque  des  guerres  de  religion,  c'est-à-dire 
au  moment  oii  la  politique  romaine  a  eu  dans  notre  pays  une  action  si 
intéressante  et  encore  si  obscure  sur  beaucoup  de  points.  La  liste  sui- 
vante, due  aux  obligeantes  communications  de  l'abbé  Richard,  à  la 
lecture  des  travaux  méritoires  de  celui-ci  (Pierre  d'Épinac,  archevêque 
de  Lyon  (1573-1599)  (Paris-Lyon,  1901,  in-S»)  ;  Gallicans  et  ultramon- 
tains.  —  Un  épisode  de  la  politique  pontificale  en  France  après  le  concile  de 
Trente  (1580-1583),  dans  Annales*de  Sainl-Louis-des-Français,  1897, 
t.  II,  p.  399-486),  à  l'étude  rapide  du  fonds  des  Nunziature  di  Francia, 
aux  archives  du  Saint-Siège,  dont  la  publication,  sous  la  direction  de 
M.  Madelin,  ancien  membre  de  l'École  française  de  Rome,  vient  d'être 
entreprise  pour  les  Archives  ecclésiastiques  de  la  France,  à  celle  des 
Indices  (en  particulier  t.  G  de  V Indice  alfabelico  de  Garampi,  l'oid.,  164), 
enfin  au  dépouillement  d'une  partie  des  Miscellanea  (en  particulier 
Arm.  /),  aux  mêmes  archives,  si  riches  et  qui  ont  pourtant  échappé  à 
l'abbé  Richard,  pourra  rendre  provisoirement  quelques  services. 

Girolarao  Aleandro,  archevêque  de  Brindes,  oct.  1524-févr.  1525. 
Roberto  Acciajuoli,  ambassadeur  florentin,  juin  1526-mai  1527. 
Cardinal  Giovanni  Salviati,  légat  a  latere,  jusqu'en  août  1529. 

Cesare  Trivulzio,  évêque  de  Côme,  jusqu'à 
l'entrevue  de  Marseille,  oct.  1529-déc.  1533. 

Filippo  Strozzi,  gentilhomme  florentin,  jusqu'à  la  mort  de  Clé 

ment  VIL 

anv.  1535-avril  1537. 

usqu'en  juin  1537. 

uin  1537-déc.  1540. 

usqu'en  mai  1541. 

usqu'en  juin  1543. 


Rodolfo  Pio  da  Carpi,  évêque  de  Faenza, 
Cesare  de'  Nobili,  intérimaire, 
Filiberto  Ferrero,  évêque  d'Ivrée, 
Girolamo  Dandino,  év.  d'Imola,  intérimaire, 
Girolamo  Capodiferro,  cardinal-dataire, 


3^0 


CHRO?JIQUË    ET   MELANGES. 


Girolamo  Dandino,  intérimaire, 
Alessandro  Guidiccioni,  évêque  d'Ajaccio, 
Girolamo  Dandino,  évêque  d'Imola, 
Michèle  délia  Torre,  évêque  de  Ceneda, 
Antonio  Trivulzio,  évêque  de  Toulon, 
Prospero  Santa-Groce,  évêque  de  Ghisarao, 
Sebasliano  Gualtieri,  évêque  de  Viterbe, 
Cesare  Brancazzo,  protonotaire, 
Lorenzo  Lenti,  évêque  de  Fermo, 
Sebastiano  Gualtieri, 
Prospero  Santa-Groce, 
Francesco  Beltramini,  évêque  de  Terracine, 
Michèle  délia  Torre, 

Fabio-Mirto  Frangipani,  évêque  de  Gajazzo, 
Anton-Maria  Salviati,  évêque  in  partibus, 
Anselmo  Dandino,  protonotaire, 
Gian-Battista  Gastelli,  évêque  de  Rimini, 
Girolamo  Ragazzoni,  évêque  de  Bergame, 
Frangipani,  archevêque  de  Nazareth, 
Francesco  Morosini,  évêque  de  Brescia, 

cardinal-légat  a  latere, 
Enrico  Gaetano,  cardinal-légat  a  latere, 
Filippo  Seza,  évêque  de  Plaisance,._vice-légat 

auprès  de  la  Ligue,  après  le  départ  de  Gaetano, 

cardinal-légat  a  latere, 

La  nonciature  n'est  rétablie  qu'en  1598.  —  G 


jusqu'en  mai  1544. 
mai  1544-juill.  1546. 
juin.  1546-oct.  1547. 
oct.  1547-juill.  1550. 
juin.  1550-aoùt  1551. 
juin.  1552-mai  1554. 
mai  1554-oct.  1556. 
oct.  1556-juin.  1557. 
juin.  1557-juin  1560. 
juin  1560-oct.  1561. 
oct.  1561-oct.  1565. 
oct.  1565-avril  1566. 
avril  1566-aoùt  1568. 
aoùtl568-juill.  1572. 
juin.  1572-avril  1578. 
avril  1578-mai  1581. 
f  27  août  1583. 
nov.  1583-aoùt  1586. 
f  début  1587. 
mars  1587; 
15juill.l588-mail589. 
oct.  1589-sept.  1590. 


mai  1592-mars  1594. 
B. 


ROULEAU  MORTUAIRE  DE  L'ANNÉE  1231. 

La  bibnothèque  de  la  Société  archéologique  d'Eure-et-Loir  vient  de 
recueilUr  quelques  débris  du  rouleau  mortuaire  de  Gui,  abbé  de  Saint- 
Père  de  Ghartres,  décédé  en  1231.  Il  y  a  une  vingtaine  de  titres  qui  ont 
été  écrits,  de  décembre  1231  à  la  fin  de  juillet  1232,  dans  difiérentes 
églises  des  diocèses  de  Rouen,  du  Mans,  d'Orléans  et  de  Bourges. 
(Gommunication  de  M.  l'abbé  Langlois,  de  Chartres.) 


LETTRE  DE  SAINT  LOUIS  EXPÉDIÉE  PAR  GUILLAUME 
DE  CHARTRES. 

Le  volume  que  M.  F.  de  Mély  vient  de  faire  paraître,  sous  le  titre  de 
Exuviz  sacra;  Conslantinopolitanx  :  la  Croix  des  premiers  croisés,  —  la 


CHROMQUE    ET    MÉLANGES.  3^-1 

Sainte  lance,  —  la  Sainte  couronne*,  est  la  continuation  des  deux 
volumes  des  Exuviw  sacras  Constantinopolitanx  que  le  comte  Riant  a 
publiés  en  1877  et  en  1878.  Au  milieu  des  très  curieux  documents  ras- 
semblés par  M.  de  Mély,  je  trouve  (à  la  page  312)  le  fac-similé  d'une 
lettre  de  saint  Louis  dont  le  texte  avait  déjà  été  donné  par  le  comte 
Riant 2,  mais  avec  une  petite  imperfection,  que  le  fac-similé  de  M.  de 
Mély  nous  met  à  même  de  faire  disparaître.  La  lettre  est  conçue  dans 
les  termes  suivants  : 


Ludovicus,  Dci  gralia  Fi"a,ijcuruiii  l'ex,  dilccLo  cl  iidcii  suu  (Jui- 
doni,  episcopo  Glaromontensi,  saiutem  et  dileclionem. 

Preclaris  exenniis  vos  et  ecclesiam  veslram  decorare  volentes,  in 
cruce  aurea,  ornata  lapidibus,  bas  preciosas  reliquias,  videlicet  de 
cruce  Domini  portionem  unam,  de  corona  Domini  spinam  unam,  de 
sudario,  de  veste  purpurea,  de  pannis  infaiicie  Domini  Salvaloris,  de 
linlheo  quo  precincLus  fulL  in  Oena,  et  cum  istis  de  ossibus  béate 
Marie  Magdalene,  vobis  Lransmittimus,  cum  presentium  tesUmonio 
liUerarum,  vos  roganles  attente  ut  eas  reverenter  et  honorifice  con- 
servare  curetis,  et  pro  nobis  Altissimum  exorare,  et  orationeset  suf- 
fragia  in  plis  locis  procurare  devota. 

Actum  Parisius,  die  lune  post  nativitatem  Domini,  anno  ejusdem 
M.  GG.  sexagesimo  nono. 

Per  fratrem  G[uillelmum]  de  Carnoto. 

1.  Paris,  E.  Leroux,  1904,  in-8°. 

2.  T.  II,  p.  159. 


.,^, 


3^2  CBRONIQCE    ET    MELANGES. 

Les  mots  per  fratrem  Guillelmum  de  Carnoto  ont  été  tracés  sur  la 
languette  de  parchemin  qu'on  avait  découpée  au  bas  de  la  pièce  pour  y 
apposer  le  sceau  royal.  Ces  deux  mots  nous  apprennent  que  frère  Guil- 
laume de  Chartres  était  autorisé  par  saint  Louis  à  présenter  au  chan- 
celier des  lettres  écrites  au  nom  du  roi  et  à  les  lui  faire  sceller  du  sceau 
royal. 

Ce  frère  Guillaume  de  Chartres  est  incontestablement  le  dominicain 
qui  fut  attaché  à  la  personne  de  saint  Louis;  il  est  bien  connu  pour 
avoir  écrit  la  vie  de  ce  prince,  qui  devait  servir  de  complément  à  l'ou- 
vrage de  Geoffroi  de  Beaulieu.  Il  n'est  guère  douteux  que  ce  religieux 
ait  rédigé  lui-même  la  lettre  à  l'évêque  de  Glermont.  On  peut  aussi  lui 
attribuer  d'autres  lettres  dressées  sur  un  formulaire  analogue  et  rela- 
tives, comme  celle-ci,  à  l'envoi  de  rehques  d'épines  de  la  sainte  cou- 
ronne. 

Grâce  à  la  publication  de  M.  de  Mély,  nous  pouvons  donc  ajouter  un 
détail  à  ce  que  nous  savions  de  la  vie  de  Guillaume  de  Chartres.  Mais 
ce  qui  doit  encore  plus  nous  intéresser,  c'est  que  la  note  per  fratrem 
Goillelmum  de  Carnoto,  inscrite  au  bas  de  la  lettre,  nous  autorise  à 
modifier  les  idées  jusqu'ici  reçues  sur  un  point  de  diplomatique.  Giry, 
dans  son  Manuel  de  diplomatique  (p.  761),  a  résumé,  dans  une  phrase, 
les  observations  auxquelles  avait  donné  lieu  l'examen  des  signatures  et 
notes  diverses  écrites  au  bas  des  actes  royaux  de  la  dynastie  capé- 
tienne : 

«  C'est  à  partir  du  règne  de  Philippe  le  Bel  qu'apparaissent  au  bas 
«  des  actes  royaux,  sur  le  repli,  quand  il  y  en  a  un,  les  mentions 
«  accessoires.  » 

Maintenant,  il  est  évident  que  cet  usage  existait  déjà  à  la  fin  du 
règne  de  saint  Louis. 

Je  puis  d'ailleurs  citer  un  autre  exemple  du  même  usage,  apparte- 
nant au  règne  de  Philippe  le  Hardi. 

Il  existe  dans  les  archives  de  Chantilly'  l'original  d'une  charte  accor- 
dée, au  mois  de  septembre  1282,  par  Philippe  le  Hardi  à  Mathieu,  sire 
de  Montmorency;  sur  le  repli  de  l'acte,  le  notaire  a  ainsi  indiqué  les 
fonctionnaires  d'après  les  instructions  desquels  la  charte  était  expédiée  : 

PER  JOHANNEM    POUGIN,  —  ET  PREPOSITUM  PaRISIE.NSE.M. 

Les  lecteurs  de  la  Bibliothèque  de  l'École  des  chartes  sauront  gré  à 
M.  de  Mély  de  la  communication  du  cliché  sur  lequel  se  voit  très  net- 
tement notée  l'intervention  de  Guillaume  de  Chartres. 

L.  D. 

l.  Carton  BA.  3. 


CHRONIQUE    ET   MELANGES.  313 

—  Le  bon  à  tirer  de  ce  fascicule  était  remis  à  l'imprimeur  quand 
nous  avons  eu  la  douleur  de  nous  voir  enlevé  l'un  de  nos  plus  anciens 
confrères,  l'un  de  ceux  dont  les  travaux  ont  fait  le  plus  d'tionneur  à 
notre  École.  M.  Anatole  de  Barthélémy  est  décédé  à  Ville-d'Avray,  le 
27  juin  1904,  à  l'âge  de  quatre-vingt-trois  ans. 


MORT  DE  M.  ANATOLE  DE  BARTHELEMY. 

De  toutes  les  Compagnies  savantes  dont  M.  Anatole  de  Barthélémy 
faisait  partie,  la  Société  de  l'École  des  chartes  est  celle  qui  a  tenu  la 
plus  grande  place  dans  sa  vie.  Aux  obsèques,  qui  ont  eu  lieu  le  30  juin, 
les  services  qu'il  nous  a  rendus  pendant  sa  longue  carrière  et  les 
ineffables  rapports  qu'il  a  entretenus  avec  tous  les  membres  de  notre 
association,  vieux  et  jeunes,  auraient  été  rappelés  par  notre  président, 
si  notre  très  regrette  confrère  et  ami,  par  un  excès  de  modestie,  n'avait 
pas  interdit  que  des  discours  fussent  prononcés  dans  cette  triste  céré- 
monie. 

Les  présidents  de  plusieurs  autres  Sociétés  ou  Commissions  (Acadé- 
mie des  inscriptions.  Société  des  Antiquaires  de  France,  Société  de 
l'Histoire  de  France,  Section  d'histoire  du  Comité  des  travaux  histo- 
riques) ont  déjà  eu  l'occasion  de  rendre  hommage  à  la  mémoire  du  con- 
frère ou  collègue  qu'ils  ont  perdu.  Nous  insérons  ici  leurs  discours  : 

M.  GoLLiGNON.  (Séance  de  l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres, 
le  1"  juillet  1904.) 

«  Messieurs, 

«  Près  de  la  moitié  de  cette  année  s'était  écoulée  sans  que  nous  eus- 
sions un  deuil  à  déplorer.  Il  nous  était  permis  d'en  concevoir  d'heu- 
reuses espérances  quand  la  mort  est  venue  presque  soudainement 
frapper  dans  nos  rangs  et  nous  enlever  le  confrère  auquel  nous  rendions 
hier  les  derniers  devoirs.  Il  y  a  peu  de  temps,  Anatole  de  Barthélémy 
était  encore  parmi  nous.  Il  siégeait  naguère  à  la  Commission  des 
Antiquités  de  la  France,  et,  bien  qu'atteint  déjà  d'un  mal  qui  ne  devait 
pas  pardonner,  il  avait  conservé  l'aménité  souriante  qui  faisait  le 
charme  de  son  commerce.  A  le  voir  si  alerte  d'esprit,  on  pouvait  croire 
qu'il  nous  serait  rendu.  Il  a  succombé,  le  27  juin,  dans  sa  résidence 
d'été  de  Ville-d'Avray.  Notre  confrère  a  voulu  qu'aucun  discours  ne 
fût  prononcé  sur  sa  tombe;  mais  je  suis  assuré  d'être  l'interprète  des 
sentiments  de  l'Académie  en  exprimant  ici,  dans  ces  quelques  mots,  dont 
vous  excuserez  l'insuffisance,  les  profonds  regrets  qu'il  nous  laisse. 

«  M.  de  Barthélémy  appartenait  à  notre  Compagnie  depuis  1887. 
Ancien  élève  de  l'École  des  chartes,  de  la  promotion  de  1843,  il  était 


3^4  CHRONIQUE    ET    MÉLANGES. 

entré  dans  l'administration  en  qualité  de  secrétaire  général  de  la  pré- 
fecture des  Côtes-du-Nord,  puis  de  sous-préfet.  Mais  l'enseignement 
reçu  à  l'École  des  chartes  avait  éveillé  sa  véritable  vocation,  qui  était 
celle  d'un  historien  et  d'un  antiquaire.  Conduit  en  Bretagne  par  ses 
fonctions,  il  occupa  ses  loisirs  à  étudier  les  monuments,  l'histoire,  les 
légendes  religieuses  du  pays,  et  c'est  pendant  ce  séjour  qu'il  réunit  les 
éléments  d'un  important  travail  sur  les  Évêchés  de  Bretagne,  publié  avec 
le  concours  de  M.  Geslin  de  Bourgogne.  Quand  fut  créée  la  Commission 
de  topographie  des  Gaules,  il  y  trouva  sa  place,  en  devint  le  secrétaire 
et  prit  une  part  considérable  à  ses  travaux  à  côté  des  maîtres  de  l'ar- 
chéologie nationale,  les  Saulcy,  les  Longpérier,  les  Maury,  les  Robert, 
qu'il  ne  devait  pas  tarder  à  égaler.  Dès  ce  moment,  il  était  devenu  déjà 
ce  que  nous  l'avons  connu,  le  savant  le  plus  curieux  et  le  mieux 
informé  des  découvertes  archéologiques  faites  en  France  et  l'un  des 
promoteurs  les  plus  actifs  du  mouvement  de  recherches  qui  a  renou- 
velé l'étude  de  nos  antiquités  nationales.  L'époque  gauloise,  les  temps 
romains,  la  période  raéroviûgienne  lui  étaient  également  familiers.  Sa 
curiosité  s'attachait  à  tout  ce  qui  intéresse  le  passé  de  la  France,  et  il 
n'est  pas  jusqu'à  la  science  héraldique  oii  il  ne  fût  passé  maître.  Au 
fond  du  cœur,  il  gardait  une  prédilection  iutime  pour  sa  chère  province 
de  Champagne,  d'où  il  était  originaire,  et  qu'il  a  dotée  d'une  excellente 
revue,  la  Revue  de  Champagne,  dont  il  a  été  l'initiateur  et  le  soutien  le 
plus  dévoué. 

«  C'est  surtout  dans  le  domaine  de  la  numismatique  que  notre  con- 
frère s'était  acquis  la  plus  légitime  autorité.  En  1851  et  en  1854,  il  avait 
publié,  dans  la  collection  de  V Encyclopédie  Roret,  deux  manuels  de 
numismatique,  l'un  pour  l'antiquité  classique,  l'autre  pour  le  moyen 
âge  et  les  temps  modernes.  Ce  dernier  était  vraiment  une  œuvre  toute 
nouvelle,  car  c'était  la  première  fois  que  l'on  tentait  en  ces  matières,  et 
avec  un  plein  succès,  des  classements  généraux  et  méthodiques.  Est-il 
besoin  de  rappeler  que  ces  ouvrages  ont,  pendant  cinquante  ans,  servi 
à  l'éducation  de  tous  les  amateurs  de  monnaies  et  de  tous  les  débu- 
tants? A  côté  de  ces  ouvrages  généraux,  notre  confrère  a  publié,  sur  la 
numismatique,  une  longue  série  de  mémoires,  oij  il  a  donné  la  mesure 
de  ses  rares  qualités  critiques.  Ses  amis  pouvaient  trouver  sa  prudence 
excessive;  mais  elle  n'était  que  la  juste  et  légitime  défiance  des  hypo- 
thèses hasardeuses  auxquelles  notre  confrère  entendait  substituer  des 
notions  sûres  et  précises.  C'était  bien  là  le  caractère  distinctif  et  origi- 
nal de  son  tour  d'esprit.  Il  est  le  premier  qui  ait  engagé  dans  la  voie 
scientifique  l'étude  de  la  numismatique  gauloise  en  combattant  sans 
merci  les  interprétations  chimériques.  Sur  ce  terrain  d'élection  de  ses 
études  favorites,  il  a  vraiment  créé  la  science. 

«  Je  ne  saurais  rappeler  ici  tous  les  travaux  dans  lesquels  notre  con- 
frère s'est  prodigué.  Il  a  collaboré  assidûment  à  tous  les  recueils  d'éru- 


CHRONIQUE   ET   Ml^LANGES.  3ih 

dition  et  en  particulier  à  la  Revue  numismatique,  dont  il  était  le  direc- 
teur. Il  a  donné  de  nombreux  ouvrages  ou  mémoires,  parmi  lesquels  je 
citerai  :  les  Temps  antiques  de  la  Gaule;  les  Assemblées  nationales  dans 
les  Gaules  avant  et  après  la  conquête  romaine;  le  Temple  d'Auguste  et  la 
nationalité  gauloise;  les  Origines  de  la  maison  de  France.  Permettez-moi 
de  lui  emprunter  à  lui-même  la  définition  de  son- genre  d'activité. 
Répondant  aux  hommages  de  ses  confrères  de  la  Société  des  Anti- 
quaires de  France,  qui,  en  1900,  fêtaient  le  cinquante-huitième  anni- 
versaire de  son  élection,  il  disait  avec  une  spirituelle  modestie  :  «  J'ai 
«  brossé  et  déchiffré  un  grand  nombre  de  vieilles  monnaies;  j'ai  déroulé 
«  et  transcrit  une  foule  de  parchemins;  j'ai  recueilli  une  masse  de  notes 
«  dont  je  n'aurai  jamais  le  temps  de  me  servir,  mais  qui  peuvent  et 
«  pourront  être  utilisées  par  mes  amis  et  mes  confrères  plus  jeunes  que 
0  moi;  j'ai  publié  nombre  de  notices,  de  mémoires,  de  brochures  épar- 
«  pillées  partout,  mais  je  n'ai  pu  faire  ce  que  l'on  appelle  un  gros 
«  volume;  voilà  d'où  vient  la  confusion  dont  je  vous  ai  fait  l'aveu.  »  Il 
y  a  bien  des  manières  de  servir  la  science.  M.  de  Barthélémy  a  appli- 
qué la  sienne,  qui  n'était  pas  de  lui  consacrer  «  un  gros  volume,  »  mais 
de  se  donner  à  elle  tout  entier  dans  de  multiples  tâches.  11  a  souvent 
apporté  ici  même  de  ces  mémoires  érudits  et  originaux  où  il  excellait. 
Les  sociétés  savantes  dont  il  était  membre  n'avaient  pas  de  colla- 
borateurs plus  actifs.  Au  Comité  des  travaux  historiques,  à  la  Société 
des  Antiquaires  de  France,  à  la  Société  numismatique,  à  la  Société  de 
l'Histoire  de  France,  il  se  dépensait  sans  compter.  De  toutes  les  régions 
de  la  province,  on  faisait  appel  à  son  obligeance  inépuisable,  et  il  suf- 
fisait à  tout,  aidant  et  encourageant  les  jeunes  gens,  suscitant  les 
vocations,  ne  reculant  devant  aucune  de  ces  besognes  qui  paraissent 
ingrates  en  apparence,  mais  qui  donnent  à  ceux  qui  savent  les  accep- 
ter l'autorité  la  plus  enviable,  celle  que  confèrent  l'importance  et  la 
continuité  des  services  rendus  avec  le  dévouement  le  plus  désintéressé. 
«  Vous  me  pardonnerez  si  je  laisse  à  d'autres,  plus  compétents  que 
moi,  le  soin  de  rappeler,  comme  il  le  conviendrait,  l'œuvre  scientifique 
de  M.  de  Barthélémy.  Aussi  bien,  au  lendemain  de  ses  funérailles,  le 
souvenir  qui  s'impose  avec  le  plus  de  force  est  celui  de  ses  rares  quali- 
tés d'esprit  et  de  caractère.  Nous  regrettons  en  lui  le  confrère  dont  la 
parfaite  courtoisie,  la  distinction  aisée,  la  bonne  grâce  aiguisée  de 
finesse  attiraient  la  sympathie.  A  l'approcher  de  plus  près,  on  appre- 
nait bien  vite  que  ces  dehors  séduisants,  cet  enjouement  où  perçait 
parfois  la  pointe  de  l'esprit  gaulois,  recouvraient  un  fond  de  grande 
bonté  et  d'exquise  bienveillance.  Et  c'était  une  bonté  charmante,  car 
elle  était  à  la  fois  discrète,  active  et  spirituelle.  Sa  modestie  n'a  pas 
voulu  d'autre  hommage  que  le  deuil  de  ses  amis.  Il  me  sera  permis  de 
rendre  ici,  au  nom  de  ses  confrères,  un  hommage  d'affection  à  l'homme 
aimable  et  savant  dont  le  caractère  accompli  réunissait  les  qualités  les 


3i6  CeRONIQUE    ET   ME'lANGES. 

plus  solides  et  les  plus  attrayantes,  celles-là  même  qui  sont  comme 
l'apanage  de  ce  pays  de  France  à  l'histoire  duquel  il  avait  voué  toute 
sa  vie.  » 


M.  LE  COMTE  Paul  Durrieu.  (Séance  de  la  Société  nationale 
des  Antiquaires  de  France,  le  29  juin  1904.) 

«  La  mort  de  M.  Anatole  de  Barthélémy  laissera  de  profonds  et  una- 
nimes regrets  dans  tous  les  corps  auxquels  appartenait  notre,  éminent 
confrère,  à  l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres,  à  l'Ecole  des 
chartes,  qui  vénérait  en  lui  le  représentant  de  ses  anciens  âges,  à  la 
Société  de  secours  des  anciens  élèves  de  cette  École,  pour  qui  il  rem- 
plissait avec  le  zèle  le  plus  charitable  les  fonctions  de  trésorier,  au 
Comité  des  Travaux  historiques  et  scientifiques,  aux  divers  Conseils  de 
Sociétés  savantes  qui  s'honoraient  de  profiter  de  son  concours;  mais, 
nulle  part,  sa  perte  ne  sera  plus  douloureusement  ressentie  que  dans 
notre  Société  des  Antiquaires  de  France. 

«  M.  de  Barthélémy,  inscrit,  par  ordre  d'ancienneté,  le  premier  sur 
nos  listes,  depuis  plusieurs  années  déjà,  était  pour  nous  comme  une 
sorte  d'aïeul,  aussi  aimé  que  respecté,  dépositaire  de  nos  traditions  et 
en  qui  s'incarnaient  les  exemples  que  nous  avions  à  suivre. 

«  Par  un  privilège  unique  dans  nos  annales,  il  avait  atteint  et 
dépassé  le  terme  de  son  jubilé  de  diamants  à  l'égard  de  notre  Compa- 
gnie. Nous  avions  eu  la  joie  de  pouvoir  fêter  le  cinquantième,  puis  le 
soixantième  anniversaire  de  sa  première  élection  comme  membre  rési- 
dant, effectuée  le  9  mai  1842.  Toutes  les  distinctions  dont  nous  dispo- 
sons lui  avaient  été  successivement  conférées.  Président  pour  l'an- 
née 1867,  il  fut  élu,  en  dernier  lieu,  membre  honoraire  le  7  juin  1882. 

«  De  son  côté,  M.  de  Barthélémy  répondit  à  la  haute  estime  et  à 
l'affection  de  ses  confrères  par  le  dévouement  le  plus  absolu  à  la 
Société  des  Antiquaires.  Nos  Bulletins  conservent  les  preuves  de  tout 
ce  que  nous  avons  dû  à  son  inlassable  activité. 

«  Cette  activité  s'est  maintenue  sans  relâche  jusqu'au  dernier  jour. 
Pour  M.  de  Barthélémy,  l'élection  à  l'honorariat  ne  fut  nullement  le 
signal  du  repos.  En  dehors  de  ses  labeurs  personnels,  il  avait  assumé 
la  tâche,  importante  et  délicate,  de  diriger  la  publication  de  notre  série 
des  Mémoires,  et  la  mort  seule  a  pu  l'arracher  à  l'accomplissement  de 
cette  mission,  à  laquelle  il  apportait  tous  ses  soins. 

«  De  quelles  qualités  de  cœur,  de  quelle  exquise  finesse  d'esprit  s'ac- 
compagnaient chez  notre  vénéré  doyen  la  science  et  l'ardeur  au  tra- 
vail 1  Je  n'ai  pas  besoin  de  vous  le  dire.  A  nous  tous,  sans  exception, 
puisqu'il  nous  avait  tous  précédés,  il  avait  pu  souhaiter  la  bienvenue 
parmi  les  antiquaires  de  France.  Et  il  n'est  pas  un  de  nous  qui  ne  soit 
resté  sous  le  charme  de  son  accueil  si  courtois,  de  sa  grâce  parfaite,  de 


CHRONIQUE    ET    MELAIVGES.  3-17 

son  empressement  à  vous  rendre  service  ou  de  son  désir  de  vous  être 
agréable.  Il  n'était  pas  jusqu'à  la  distinction  de  toute  sa  personne,  jus- 
qu'au caractère  séduisant  de  ses  traits  qui  ne  contribuassent  à  inspirer 
irrésistiblement  la  considération  et  la  sympathie. 

«  M.  de  Barthélémy  était  resté  si  ferme  d'allures,  son  intelligence 
avait  si  bien  conservé  sa  netteté  et  sa  puissance  que  nous  étions  portés 
à  oublier  que,  dans  quelques  jours,  notre  doyen  allait  entrer  dans 
sa  quatre-vingt-quatrième  année.  L'annonce  de  sa  mort  nous  a  saisis 
comme  un  événement  imprévu.  Mais,  M.  de  Barthélémy,  lui,  ne  s'est 
pas  laissé  surprendre  par  le  trépas.  Chez  notre  cher  confrère,  le  chré- 
tien était  à  la  hauteur  de  l'érudit  et  du  parfait  galant  homme.  Il  a  pu 
s'endormir  avec  confiance  dans  le  sein  de  Dieu,  car  sa  conscience  lui 
rendait  témoignage  de  toute  une  vie  consacrée  uniquement  au  culte  de 
la  vérité,  au  dévouement  envers  les  autres  et  à  la  pratique  de  la 
charité. 

«  Sa  perte  fait  couler  bien  des  larmes  !  Je  suis  certain  de  répondre  à 
l'avance  à  votre  sentiment  en  vous  proposant  de  transmettre  à  M.'°^  de 
Barthélémy,  sa  veuve,  à  M.  le  comte  Jehan  de  Barthélémy,  son  fils, 
l'expression  de  notre  plus  profonde  condoléance.  La  Société  des  Anti- 
quaires de  France,  nous  leur  en  donnons  l'assurance,  n'oubliera  jamais 
qu'avec  M.  de  Barthélémy  a  disparu  un  de  ses  membres  qui  l'ont 
honorée  le  plus  grandement,  qui  l'ont  servie  le  mieux  par  son  zèle  et 
qui  ont  mérité  le  plus  justement  tout  notre  respect  et  tout  notre  atta- 
chement. » 

[Sur  la  proposition  du  président,  par  une  dérogation  expresse  aux 
traditions  constantes  de  la  Société  des  Antiquaires  et  pour  rendre  uu 
hommage  exceptionnel  à  la  mémoire  de  M.  de  Barthélémy,  la  séance 
est  levée  en  signe  de  deuil.] 


M.  H.  Omont.  (Séance  de  la  Société  de  l'histoire  de  France, 
le  5  juillet  1904.) 

«  Depuis  notre  dernière  réunion,  la  Société  a  fait  une  perte  particu- 
lièrement sensible  en  la  personne  d'un  confrère  qui  nous  laissera  à  tous 
d'unanimes  regrets. 

«  M.  Anatole  de  Barthélémy,  décédé  le  27  juin  dernier,  à  l'âge  de 
quatre-vingt-trois  ans,  dans  sa  maison  de  campagne  de  Ville-d'Avray, 
était  entré  dans  nos  rangs,  il  y  a  près  de  quarante  ans,  le  7  février 
1865  ;  membre  du  Conseil  en  1868,  président  de  la  Société  en  1882,  lors 
des  fêtes  de  notre  Cinquantenaire,  il  n'avait  cessé  depuis  lors  d'appar- 
tenir au  Comité  de  publication  et  de  nous  faire  profiter  de  ses  conseils 
et  de  sa  longue  expérience. 

«  Séduit  de  bonne  heure  par  l'attrait  des  études  historiques  etarchéo- 


3^8  CHRONIQUE    ET    MELANGES. 

logiques,  Anatole  de  Barthélémy,  qui  était  né  à  Reims  le  l^""  juillet 
1821,  suivit  les  cours  de  l'École  des  chartes,  dont  il  fut  nommé  élève 
pensionnaire  en  1842;  la  même  année,  il  devenait  membre  de  la 
Société  des  Antiquaires  de  France.  Il  aura  été  le  dernier  survivant  de 
ces  anciens  élèves  pensionnaires  nommés  sous  le  régime  de  l'Ordon- 
nance de  1829  et  assimilés  aux  archivistes  paléographes,  comme  il  était 
aussi  depuis  longtemps  le  doyen  respecté  de  la  Société  des  Antiquaires. 

((  Cependant,  quelqu'atlrait  qu'eussent  pour  lui  les  travaux  d'érudi- 
tion, il  ne  tarda  pas  à  accepter  des  fonctions  administratives,  qui  le 
retinrent  pendant  plusieurs  années  éloigné  de  Paris.  C'est  ainsi  qu'il 
fut  successivement  conseiller  de  préfecture  et  secrétaire  général  des 
Gôtes-du-Nord,  puis  sous-préfet  de  BelFort  et  enfin  de  Neufchàtel-en- 
Bray.  Ses  devoirs  administratifs  ne  Tahsorbèrent  pas  toutefois  au  point 
de  ne  lui  laisser  aucun  loisir.  11  semble  tout  au  contraire  que  son  pas- 
sage dans  la  carrière  préfectorale  ait  fourni  un  aliment  nouveau  à  ses 
goûts  pour  l'histoire  et  l'archéologie,  et,  si  la  Champagne  devait  garder 
jusqu'à  ses  derniers  jours  une  place  d'élection  dans  son  cœur,  la 
Bretagne,  témoin  de  ses  débuts  administratifs,  lui  devint  en  quelque 
sorte  une  seconde  province  natale. 

«  La  liste  est  longue  des  ouvrages,  des  brochures,  des  articles  épars 
dans  différentes  revues  qu'il  a  consacrés  à  l'histoire  de  Bretagne  et  en 
particulier  du  département  des  Côtes-du-Nord.  Il  suffira  de  rappeler 
devant  vous  les  principaux,  en  suivant  l'ordre  des  dates  de  leur  publi- 
cation :  Mélanges  historiques  et  archéologiques  sur  la  Bretagne  (1854- 
1858)  ;  Anciens  évêchés  de  Bretagne;  diocèse  de  Saint-Brieuc  (6  vol.,  1855- 
1879),  en  collaboration  avec  M.  Geslin  de  Bourgogne;  Études  sur  la 
Révolution  en  Bretagne,  principalement  dans  les  Côtes-du-Nord  (1858),  en 
collaboration  avec  le  même;  Choix  de  documents  inédits  sur  l'histoire  de 
la  Ligue  en  Bretagne  (1880),  etc. 

«  De  bonne  heure  aussi,  il  avait  été  préoccupé  partout  ce  qui  touche 
à  l'histoire  et  aux  origines  de  la  noblesse,  et  c'est  à  cet  ordre  d'études 
qu'on  doit  les  différentes  dissertations  qu'il  fit  successivement  paraître 
sur  V Aristocratie  au  IIX^  siècle  (1859)  ;  Recherches  sur  la  noblesse  mater- 
nelle (1861)  ;  De  la  qualification  de  chevalier  (1868)  ;  Étude  sur  les  lettres 
d'anoblissement  (1869)  ;  les  Origines  de  la  maison  de  France  (1873),  etc. 

«  Mais  c'est  comme  numismaliste  que  l'activité  scientifique  d'Ana- 
tole de  Barthélémy  aura  été  la  plus  féconde.  Dès  1848,  il  avait  publié 
un  Essai  sur  les  monnaies  des  ducs  de  Bourgogne;  en  1851  et  1853,  il  fai- 
sait paraître,  dans  la  collection  des  Manuels  Roret,  son  Nouveau  manuel 
de  numismatique  ancienne,  du  moyen  âge  et  moderne,  deux  petits 
volumes  qui,  pendant  plus  d'un  demi-siècle,  auront  été  dans  toutes  les 
mains,  guidé  des  milliers  de  débutants  et  beaucoup  plus  fait  que  de 
gros  ouvrages  pour  propager  et  développer  chez  nous  le  goût  de  cette 
science  auxiliaire  de  l'histoire.  Trop  nombreux,  pour  que  je  puisse  les 


CHRONIQUE   ET   MELANGES.  3^9 

énumérer  devant  vous,  sont  les  articles  sur  les  questions  numisma- 
tiques  les  plus  diverses  qu'il  a  donnés  à  la  Revue  archéologique,  à  la 
Revue  numismatique,  au  Bulletin  de  la  Société  des  Antiquaires,  etc.  Il 
suffira  de  vous  rappeler  seulement  les  instructions  qu'il  a  publiées,  en 
1891,  au  nom  du  Comité  des  travaux  historiques,  sur  la  Numismatique 
de  la  France  :  époques  gauloise,  gallo-'romaine  et  mérovingienne;  l'Essai 
sur  la  monnaie  parisis,  qu'il  a  donné  en  1875  aux  Mémoires  de  la 
Société  de  l'Histoire  de  Paris,  et  enfin  sa  Note  sur  l'origine  de  la  mon- 
naie tournois,  imprimée  en  1896  dans  les  Mémoires  de  l'Académie  des 
inscriptions. 

«  Les  différents  corps  savants,  Commissions  et  Sociétés,  auxquels 
notre  regretté  confrère  a  appartenu,  garderont  longtemps  le  souvenir  de 
sa  collaboration  active  et  féconde  :  l'Académie  des  inscriptions,  à 
laquelle  il  appartenait  depuis  1887  ;  le  Comité  des  travaux  historiques, 
dans  lequel  il  faisait  partie  des  trois  sections  d'histoire  et  philologie, 
d'archéologie  et  de  géographie  historique;  les  Sociétés  de  l'École  des 
chartes,  des  Antiquaires  de  France,  de  l'Histoire  de  Paris,  etc.,  qu'il 
avait  successivement  présidées  jadis. 

«  Après  cette  trop  rapide  revue  des  principales  œuvres  de  l'historien 
et  du  numismatiste,  il  resterait  à  vous  entretenir  encore  de  l'homme, 
accueillant,  simple  et  bon,  si  tous,  ou  presque  tous,  ici  nous  n'avions 
été  personnellement  à  même  d'apprécier  ses  rares  qualités  d'esprit  et  de 
cœur,  et  si  ce  n'était  aller  en  quelque  sorte  contre  les  volontés  dernières 
de  ce  galant  homme  et  de  cet  homme  de  bien,  dont  la  mémoire  nous 
restera  toujours  chère,  » 


M.  Léopold  Delisle.  (Séance  de  la  Section  d'histoire  du  Comité  des 
travaux  historiques,  5  juillet  1904.) 

«  J'accomplis  un  bien  triste  devoir  en  annonçant  aujourd'hui  la  mort 
d'un  de  nos  confrères  et  amis,  Anatole  de  Barthélémy,  décédé  à  Ville- 
d'Avray  le  27  juin,  à  l'âge  de  quatre-vingt-trois  ans.  C'était  l'un  des 
plus  anciens  membres  de  notre  Comité;  il  y  était  entré  en  1861,  et 
depuis  la  dernière  organisation  il  y  siégeait  dans  trois  sections  :  his- 
toire et  philologie,  archéologie  et  géographie  historique.  A  toutes  les 
trois,  il  a  rendu  de  signalés  services,  en  les  faisant  profiter  de  ses  con- 
naissances approfondies  sur  les  matières  les  plus  diverses  :  antiquités 
de  la  Gaule,  numismatique,  blason,  diplomatique,  institutions  du  moyen 
âge,  histoire  de  plusieurs  de  nos  provinces,  notamment  la  Bretagne  et 
la  Champagne.  En  dehors  d'œuvres  de  longue  haleine,  comme  ses 
recherches  sur  l'évêché  de  Saint-Brieuc,  c'est  par  centaines  qu'il  faut 
compter  les  mémoires  et  les  articles  plus  ou  moins  étendus  qu'il  a  dis- 
séminés dans  divers  recueils  de  Paris  et  de  la  province  et  qui  tous. 


320  CHRONIQUE    ET    MÉLANGES, 

sans  exception,  sont  marqués  au  coin  de  la  plus  saine  critique  et  d'une 
très  fine  sagacité. 

«  Les  abondants  matériaux  qu'il  a  patiemment  tirés  des  musées,  des 
bibliothèques  et  des  archives  l'ont  mis  à  même  de  traiter  avec  origina- 
lité des  questions  controversées  et  de  résoudre  des  problèmes  très  com- 
pliqués. La  part  qu'il  avait  prise  aux  travaux  de  la  Commission  de  la 
carte  des  Gaules,  et  en  particulier  à  la  classification  des  monnaies  gau- 
loises, lui  ouvrit  en  1887  les  portes  de  l'Académie  des  inscriptions  et 
belles-lettres.  L'énumération  des  services  qu'il  a  rendus  à  nos  études 
ne  serait  pas  ici  à  sa  place;  mais  ce  que  je  ne  saurais  passer  sous 
silence,  c'est  le  dévouement  et  la  bonne  grâce  qu'il  mettait  à  remplir 
toutes  les  tâches  dont  notre  Comité  le  chargeait;  il  y  a  eu  bien  peu  de 
séances  dans  lesquelles  il  ne  nous  ait  apporté  des  rapports  conscien- 
cieusement préparés  sur  des  documents  envoyés  par  nos  correspon- 
dants, sur  des  projets  de  publication,  sur  des  livres  soumis  à  notre 
examen.  11  connaissait  de  vieille  date  la  plupart  de  nos  grandes  sociétés 
historiques  et  archéologiques;  il  suivait  attentivement  leurs  travaux, 
s'intéressait  à  leurs  découvertes  et  se  faisait  un  plaisir  de  les  aider  de 
ses  conseils  et  de  son  expérience.  Sa  honte  et  son  obligeance  n'avaient 
pas  de  bornes.  Beaucoup  d'entre  nous  l'ont  maintes  fois  éprouvé.  La 
Section  d'histoire  et  de  philologie  du  Comité  des  travaux  historiques 
conservera  pieusement  le  souvenir  de  cet  aimable  et  excellent  collègue.  » 


ANTOINE  DE  LA  SALLE 

NOUVEAUX  DOCUMENTS  SUR  SA  VIE 

ET    SES 

RELATIONS  AVEC  LA  MAISON  D'ANJOU  ^ 


APPENDICES. 

I.    StIR    UiV    MANUSCRIT   AYANT   APPARTENU   A    AnTOINE    DE    LA   SaLLE. 

J'ai  signalé  ci-dessus  que  la  devise  et  le  nom  gravés  par  Antoine 
de  la  Salle,  sur  les  parois  de  la  grotte  de  la  reine  Sibylle,  se  retrou- 
vaient sur  un  volume  que  la  bibliothèque  de  Garpentras  possède 
aujourd'hui  sous  le  n**  38  de  ses  manuscrits.  Le  contenu  de  ce  livre, 
écrit  vers  le  milieu  du  xiv^  siècle^,  n'a  par  lui-même  rien  de  bien 
intéressant.  Ce  sont  deux  traités  bien  connus  de  Gassiodore,  publiés 
dans  ses  œuvres  :  les  Variarum  libri  duodecim  et  le  Tractatus  de 
Anima. 

Les  feuillets  de  garde  de  ce  manuscrit^  portent,  par  contre,  un 
certain  nombre  d'annotations  qui  sont  le  fait  des  divers  possesseurs 
et  donnent  en  partie  leurs  noms.  Ainsi,  en  regard  de  la  première 

1.  Voir  plus  haut,  p.  55. 

2.  El  non  au  xv%  comme  il  a  été  imprimé  par  erreur  dans  le  Catalogue  des 
manuscrits  de  cette  même  Bibliothèque. 

3.  Sans  compter  une  feuille  de  parchemin  jadis  collée  sur  le  plat  de  la 
reliure,  ce  manuscrit  possède  au  commencement  quatre  feuillets  de  garde  en 
papier  (seules  la  première  et  la  dernière  pages  sont  écrites);  à  la  fin,  égale- 
ment quatre  feuillets  en  papier.  Sur  ces  huit  dernières  pages,  la  1"  porte  des 
annotations,  devises,  signatures  ;  les  2°  et  3°,  des  notes  se  rapportant  au  Gas- 
siodore; les  4°  et  5»  sont  blanches;  les  6%  7'  et  8'  portent  encore  des  notes  et 
des  noms. 

^904  21 


322  ANTOINE   DE   LA    SALLE. 

page  du  Gassiodore,  Antoine  de  la  Salle,  d'une  belle  et  haute  écriture 
gothique,  dont  le  fac-similé  est  ci-contre,  a  porté  ces  mots  : 

ccx  {boucle) 

il  conuient 
la  sale. 

Les  caractères  «  ccx  »  et  la  boucle  dessinée  au-dessus  de  «  il  con- 
vient »,  se  trouvent  aussi  dans  le  manuscrit  de  Bruxelles  (n°  ^82^0- 
'IS),  qui  donne  le  récit  de  l'excursion  à  la  grotte  de  la  reine  Sibylle, 
mais  les  «  ce  »  sont  transformés  en  «  ee  »,  peut-être  par  une  erreur 
de  copiste.  Ils  me  font  tout  l'effet  d'être  un  rébus. 

Au-dessous  de  la  signature  de  La  Salle,  dans  le  manuscrit  de 
Garpentras,  une  main,  que  je  croirais  différente,  a  écrit  : 

K  (sic?)  son  vouloir 
Doubz  m'est  amer. 

Il  n'est  pas  utile  de  transcrire  ici  toutes  les  notes  des  anciens  pos- 
sesseurs; il  en  est  cependant  quelques-unes  qui  méritent  d'être 
relevées  :  telles,  au  premier  feuillet  de  garde  du  commencement,  les 
signatures  de  Nicolas  de  Lenoncourt,  qui  semblent  bien  être  du 
xiv^  siècle.  Dans  la  généalogie  de  la  famille  de  Lenoncourt,  un  seul 
Nicolas  est  signalé  pour  cette  époque;  par  malheur,  on  n'a  sur  lui 
que  peu  de  renseignements;  on  l'a  rencontré  seulement  en  -1344.  Il 
était  le  fils  de  Gérard  II  de  Nancy,  seigneur  de  Lenoncourt \  et  le 
frère  de  Thierry  II  de  Lenoncourt,  Sur  ce  même  feuillet,  on  lit 
encore,  en  caractères  grecs,  la  devise  Becordete,  d'un  possesseur 
dont  on  verra  le  nom  plus  loin-,  un  commencement  d'adresse  : 
tt  A  ma  très  onorea  dama  lia  reina  de  »,  écrite  au  début  du  xv^  siècle, 
enfin  un  rébus  :  «  Tout  est  :  n  :  V  :  »,  puis  un  fleuron,  le  tout 
au-dessus  d'un  vase  de  fleurs. 

A  la  fin  du  traité  De  anima  de  Gassiodore,  une  main  de  la  fin  du 
xrv«  siècle  a  écrit  après  des  louanges  à  la  Trinité  en  cinq  vers  latins 
rimes  : 

Vierges  doulce  et  plesant  et  de  très  bon  aire, 
Enseignés  moy  doulcement  seu  que  je  doy  faire 
Et  mon  povre  cuer  retrayre. 

1.  P.  Anselme,  Histoire  généalogique  de  la  maison  royale  de  France,  t.  II, 
p.  54  et  65;  La  Chenaye-Desbois  et  Badier,  Dictionnaire  de  la  noblesse,  t.  XI, 
col.  860. 


/ 


NOUVEAUX    DOCUMENTS    SDR    SA    VIE.  323 

Plus  tard,  peut-être  la  même  personne  a  inscrit  à  la  suite  : 

Et  mètre  (sic?)  dame  a  vos 
Et  a  votre  filh  tant  fayre 
Que  an  11  je  soy  tout  jorns. 

Le  feuillet  de  garde,  en  regard  de  la  dernière  page  du  manuscrit, 
présente  ces  vers  de  moralité  (début  du  xv*  siècle)  qui  convenaient 
bien  au  précepteur  du  duc  de  Gaiabre  : 

Parle  qui  veult  :  faites  votre  devoir 
Et  faites  bien,  sens  de  nulh  mesdire; 
Car  à  la  fin,  vous  affie  pour  voir, 
L'on  ne  pourra  sur  vous  aulcun  mal  dire. 

Et,  au  bas  de  la  page,  cette  flère  pensée  (milieu  du  xv^  siècle)  : 
a  Non  bene  pro  toto  libertas  venditur  auro.  » 

Outre  cela,  on  rencontre  quelques  signatures  :  «  Antonet  Ter- 
mentse,  «  après  «  Viva  lo  rey,  «  peut-être  le  même  qui  projetait 
l'adresse  à  la  reine  mentionnée  ci-dessus-,  puis  «  Pero  d'Ëygueras  », 
un  provençal,  qui  a  encore  écrit  :  «  Anno  Domini  miilesimo  GGGG 
sismo  [sic]  die  mensis  marii  [sic]  got  [sic]  ego  Petrus  de  Agueria.  » 
Ce  Pierre  d'Eyguières  n'est  pas  connu  par  ailleurs,  et  c'est  en  vain 
que  j'ai  essayé  de  Tidentifier.  Enfin,  un  possesseur  ultérieur,  qui  se 
piquait  de  savoir  le  grec  et  écrivait  des  phrases  latines  ou  françaises 
en  caractères  de  cette  langue,  a  porté  sa  devise  «  A  tout  »  et  sa  signa- 
ture a  Arnaut;  »  plus  loin  :  «  \.-q6ep  y.aatoBwpt...  Apva6§i  Ss  <sé]xQ.  » 

Les  deux  pages  suivantes  (2  et  3)  constituent  une  espèce  de  réper- 
toire pour  le  Gassiodore;  les  deux  autres  (4  et  5)  sont  blanches, 
comme  je  l'ai  déjà  indiqué-,  sur  une  sixième,  la  même  personne,  qui 
a  écrit  les  vers  signalés  à  la  fin  du  Gassiodore,  a  reporté  ceux-ci  : 

Avoir  d'autruy  null  n'enrechist; 

Doner  pour  Dieu  null  n'enprovist; 

Messe  oir  ne  destourbe  home; 

Mes  lavance  (sic  pour  l'avarice?)  c'est  la  some. 

Sur  le  recto  du  dernier  feuillet  sont  quelques  caractères  gothiques, 
sans  aucun  sens,  qui  peuvent  très  bien  être  de  la  main  d'Antoine  de 
la  Salle.  Au  verso  se  présentent  plusieurs  phrases  écrites,  soit  à  la 
fin  du  XIV*  siècle,  soit  plutôt  au  début  du  xv^  J'en  détache  celle-ci  : 

Ce  sont  amours  que  ne  me  leissent 
Une  suite  pleisance  avoir 
Et  que  me  font  pourter  le  noir 
Quant  lez  aultrez  sont  en  liesse. 


324  ANTOINE    DE    LA    SALLE. 

Au  bas  delà  page,  nouvelle  signature  du  xv^  siècle  :  «  Ita  est.  Arnau- 
dus  de  Villa  nova.  »  Rien  de  commun  avec  l'Arnaud  de  Villeneuve, 
médecin  du  pape  Clément  V;  il  n'est  pas  besoin  de  le  faire  remarquer. 

Somme  toute,  il  ne  serait  pas  très  facile  d'établir  Tordre  des  pos- 
sesseurs du  manuscrit  de  Garpenlras.  Il  semble  bien,  cependant, 
qu'un  des  premiers  est  le  Lorrain  Nicolas  de  Lenoncourt;  le  second 
pourrait  être  Antoinet  «  Termenlse  »  et  le  troisième  le  Provençal 
Pierre  d'Eyguières.  Ce  serait  de  celui-ci  ou  de  ses  héritiers  qu'An- 
toine de  la  Salle  l'aurait  obtenu. 

II.  Sdr  le  tableau  donné  par  Antoine  de  la  Salle 
A  l'église  de  Ligny-en-Barrois. 

Grâce  à  l'obligeance  de  M.  Léon-Germain  de  Maidy,  mon  confrère 
à  la  Société  française  d'archéologie,  j'ai  pu  avoir  sur  le  tableau  de 
Notre-Dame-des-Vertus,  donné  par  Antoine  de  la  Salle  à  l'église  de 
Ligny  le  2  février  -1459  (v.  st.)\  les  renseignements  qui  me  man- 
quaient lors  de  la  publication  de  la  première  partie  de  cet  article. 

Le  chanoine  Souhaut^  a  même  rapporté^  le  récit  qu'un  certain 
Melchior  [Destre?]  aurait  rédigé  à  ce  sujet  en  -I5SI.  Comme  ce  der- 
nier auteur  paraît  avoir  eu  sous  les  yeux  et  résumé  l'acte  authen- 
tique du  contrat  passé  en  cette  occasion  par  Antoine  de  la  Salle  et  sa 
femme  avec  le  chapitre  de  Ligny,  je  transcris  fidèlement  les  passages 
qui  intéressent  ici  : 

«  En  cette  église,  devant  le  grand  autel  a  la  main  senestre,  contre 
l'un  des  pilliers,  est  gardée  une  image  de  Notre-Dame  faitte  par 
Mgr  S.  Luc,  donnée  a  lad.  église  par  noble  et  honoré  escuyer 
Antoine  de  la  Sale  et  damoiselle  Lionne,  sa  femme,  étant  au  service 
du  très  redouté  seigneur  Louis  de  Luxembourg,  comte  de  Liney..., 
lad.  image  venue  aud.  Antoine  en  la  manière  qui  s'ensuit''... 

«  Or,  il  est  vray  que  l'an  -1435,  Alphonse  de  Castille,  roy  d'Ara- 

1.  Il  faut  donc  corriger  en  2  février  1460  (n.  st.). 

2.  Histoire  de  l'image  miraculeuse  de  Notre-Dame-des-Vertus,  honorée  en 
l'église  de  Ligny-en-Barrois  (Bar-le-Diic,  impr.  de  l'œuvre  de  Saint-Paul,  s.  d. 
[1901],  in-8"). 

3.  P.  19,  20,  28  à  31. 

4.  Je  supprime  le  passage  où  il  est  dit  que  le  pape  Urbain  IV  avait  donné 
ce  tableau  à  Charles  I"  d'Anjou,  qui  y  avait  fait  peindre  ses  armoiries,  et  que 
sa  descendante,  Jeanne  P%  l'avait  cédé  au  monastère  des  Chartreux,  fondé 
par  elle  en  l'Ile  de  Capri. 


NOUVEAUX   DOCUMENTS   SUR    SA    VIE.  325 

gon,  prétendant  avoir  droit  aud.  royaume  de  Sicille,  y  fit  grande 
guerre,  a  l'occasion  de  laquelle  noble  et  très  honoré  escuyer  Antoine 
de  la  Sale,  natif  du  comté  de  Provence  et  du  diocèse  d'Avignon,  pour 
lors  serviteur  et  ayant  gouvernement  de  Mgr  duc  de  Calabre,  fut 
envoyé  en  ambassade  a  Naples,  chef  lieu  dud.  royaume,  par  le  vieux 
roy  de  Sicille,  arriva  en  lad.  isle  de  Grappy.  Et  en  lad.  église  des 
Chartreux  luy  furent  par  le  prieur  dud.  lieu  montré  les  reliques 
d'iceluy  lieu  et  entre  les  autres  lad.  image  de  Notre-Dame.  Et  pour 
ce  que  lesd.  religieux  Chartreux  lors  avoient  fort  affaire  a  cause  de 
lad.  guerre  envers  led.  roy  René,  le  prieur  de  lad.  église  et  aussy  le 
couvent  d'icelle,  a  la  prière  et  requette  dud.  Antoine,  lui  donnèrent 
(jaçois  ce  que  non  pas  sans  grande  difficulté)  lad.  image,  afin  que, 
par  le  moyen  dud.  Antoine,  les  besoignes  et  affaires  de  lad.  religion 
fussent  aud.  seigneur  roy  René  mieux  recommandées;  laquelle 
image  Antoine  de  la  Sale  honorablement  fist  porter  en  sa  galère  et 
avec  icelle  retourna  devers  sond.  seigneur  roy,  qui  lors  estoit  de  par 
deçà,  comme  dict  est^ 

«  Lequel  Antoine  de  la  Sale,  depuis  estant  serviteur  de  notre  très 
redoubté  seigneur  et  patron  Mgr  Louis  de  Luxembourg,  comte  de 
Saint-Pol  et  de  Liney,  au  service  et  gouvernement  de  Nosseigneurs 
Jean,  Pierre  et  Antoine  de  Luxembourg,  enfans  de  notred.  seigneur 
comte,  libéralement  et  dévotement,  et  aussi  damoiselle  Lionne,  cel- 
lerière  de  la  duché  de  Bourbonnois,  sa  femme,  donnèrent,  en 
l'an  1459,  le  second  jour  de  février,  a  l'église  collégiale  de  céans, 
perpétuellement  et  a  toujours,  lad.  relique  et  image  de  Notre-Dame, 
dont  dessus  est  fait  mention,  afin  d'avoir  participation  en  tous  les 
biens  spirituels  qu'en  icelle  église  se  font  et  cy  après  ce  feront,  pro- 
mettant par  leur  foy  et  serment  non  jamais  venir,  ne  faire  ou  souf- 
frir au  contraire  dud.  don.  Laquelle  participation  des  biens  spirituels 
par  eux  désirée,  nous  doyen  et  chapitre  de  lad.  église  collégiale  de 
Liney,  en  temps  [sic]  qu'en  nous  est,  leur  donnons  et  octroyons, 
priant  N.-S.,  retributeur  de  tous  biens,  que  auxd.  Antoine  et 
Lionne,  sa  femme,  vueille  estre  misericorx.  Amen  2.  » 

1.  Le  chanoine  Souhaut  rapporte  (p.  29),  d'après  le  R.  P.  Chevreux  {Notice 
sur  Notre- Dame-des- Vertus  à  Ligny,  p.  30),  que  l'image  miraculeuse  apaisa 
une  tempête  qui  assaillit  la  galère  d'Antoine  de  la  Salle  pendant  son  retour.  La 
même  Vierge,  portée  en  procession,  aurait  fait  ensuite  cesser  une  trop  grande 
sécheresse  qui  désolait  la  Provence. 

2.  Le  chanoine  Souhaut  donne  ensuite  (p.  31  à  34),  au  moyen  de  notes  que 
lui  a  confiées  M.  Fourier  de  Bacourt,  une  biographie  assez  fautive  d'Antoine  de 
la  Salle. 


326  ANTOINE    DE   LA    SALLE. 

De  ce  récit,  il  ressort  clairement  : 

r  Que  Antoine  de  la  Salle,  originaire  du  comté  de  Provence  et  du 
diocèse  d'Avignon,  est  bien  né  entre  Tarascon  et  Saint-Remy,  dans 
les  domaines  cédés  à  son  père  Bernard  par  la  reine  Marie  de  Blois. 
Toute  cette  région  provençale  appartenait  en  efTet  à  l'ancien  diocèse 
dWvignon. 

2*'  Que  Lionne  de  la  Sellana  de  Brusa,  femme  du  littérateur,  vivait 
encore  à  cette  date  du  2  février  U60  (n.  st.)  et  qu'elle  occupait  une 
charge  auprès  du  duc  de  Bourbon. 

L'absence  de  toute  mention  relative  aux  enfants  des  donateurs  est, 
semble-t-il,  assez  caractéristique.  Si  Antoine  et  sa  femme  en  avaient 
eu,  n'auraient-ils  pas  stipulé  également  pour  eux  le  bénéfice  des 
prières  des  chanoines? 

Quant  au  tableau  lui-même,  il  a  disparu  depuis  longtemps.  La 
description  qui  en  a  été  faite  en  -IdS-I  ne  permet  pas  de  Fidentifier 
avec  celui  qui  est  vénéré  aujourd'hui  sous  le  même  litre  en  l'église 
paroissiale  de  Ligny.  Ce  dernier  est  d'ailleurs  d'une  facture  trop 
moderne  pour  remonter  même  au  xv^  siècle-,  selon  les  critiques  les 
plus  autorisés,  il  ne  peut  être  antérieur  au  premier  quart  du 
xvi^  et  il  ne  présente  aucun  caractère  italien  * . 


DOCUMENTS  RELATIFS  A  ANTOINE  DE  LA  SALLE. 

I. 

Ordonnance  du  sénéchal  de  Provence  pour  la  mise  à  exécution  des 
lettres  patentes  octroyées  à  Pise  par  le  roi  Louis  II  d'Anjou^  le 
7  août  140'J,  et  confirmant  à  Antoine  de  la  Salle  la  propriété  du 
Mas-Blanc  et  de  la  tour  de  Canillac,  dont  sa  mère  a  la  jouissance 
viagère  (30  septembre  -1409). 

(Archives  des  Bouches-du-Rhône,  B9,  fol.  161.) 

Littera  regia  cum  executoria  domini  Provincie  senescalli^  pro 

1.  Voir  à  ce  sujet  L.  Maxe-Werly,  Examen  archéologique  d'une  miniature 
exécutée  au  XVI"  siècle  et  du  tableau  représentant  Notre- Dame-des-Vertus 
de  Ligny-en-Barrois  (Bar-le-Duc,  impr.  Contanl-Laguerre,  1895,  ia-8°.  Extrait 
des  Mémoires  de  la  Société  des  lettres,  sciences  et  arts  de  Bar-le-Duc,  3°  série, 
t.  IV). 


NODVEACX    DOCUMENTS    SDR    SA    VIE.  327 

Antoneto  de  la  Sale,  cujusdam  donacionis  cujusdam  turris  de 
Canillat^  sistentis  in  territorio  ville  Sancii  Remigii,  et  cujusdam 
hereditatis  vocale  lo  Mas  Blanc,  site  in  territorio  Tharasconis, 
posita  in  presenti  archivio^  anno  Domini  M°  Illt  nono,  die  décima 
octobris. 

Petrus  Dacigne,  miles,  baronie  Grimaudi  et  vallis  Frayneli  domi- 
nus,  ac  regius  comilatuum  Provincie  et  Forcalquerii  senescallus, 
officialibus  curie  régie  ville  Tharasconis,  necnon  Sancii  Remigii, 
ceterisque  per  dictos  comitatus  constitutis...  salutem  et  dileccionem 
sinceram.  Quasdam  patentes  litteras  a  serenissimo  domino  nostro 
rege,  sue  raajestalis  secreto  sigillo  cera  rubea  sigillatas,  nos  récépissé 
noveritis,  continentes  per  omnia  hune  tenorem  : 

Ludovicus  secundus,  Dei  gracia  rex  Jérusalem  et  Sicihe,  ducatus 
Apulie  dux  Andegavie,  comitatuum  Provincie  et  Forcalquerii,  Geno- 
manie  et  Pedemontis  comes,  Antoneto  de  la  Sale,  scutifero,  fideli 
nostro  dilecto,  graciam  et  bonam  voluntatem.  Supplicacionibus  tuis 
factis  noviter  majestati  nostre  benignum,  actentis  serviciis  gratis  et 
acceptis  per  te  nobis  fîdeliter  prestitis,  queve  prestas  ad  presens  et 
speramus  te  de  bono  in  melius  continuacione  laudabili  in  antea 
prestiturum,  prebentes  assensum,  tibi,  in  aliquale  rependium  pre- 
miorum,  turrim  de  Ganillal,  sistentem  in  territorio  ville  nostre  Sancti 
Remigii,  necnon  quandam  hereditatem  vocatam  la  Mas  Blanc,  sisten- 
tentem  (sic)  in  territorio  ville  nostre  Tarasconis,  quas  tenuit,  dum  vixit, 
quondam  Bernardus  delà  Sale,  miles,  pater  tuus,  tenore  presencium, 
de  certa  nostra  sciencia,  confirmamus  ad  tenendum  per  te,  heredes 
et  successores  tuos,  post  obitum  matris  tue,  turrim  et  hereditatem 
predictas,  cum  juribus,  juridictionibus,  accionibus  et  pertinenciis 
suis  omnibus  ac  hiis  modo  et  forma  quibus  quondam  pater  tuus 
ipsas  tenebat  et  possidebat,  dum  vivebat,  de  eisdem  turri  et  heredi- 
late  ac  pertinenciis  earumdem  faciendi  et  disponendi,  post  obitum 
dicte  matris  tue,  tanquam  de  bonis  propriis  ad  tue  libitum  volunta- 
tis.  Ecce  namque  senescallo  necnon  officialibus  dictarum  villarum 
nostrarum  Tharasconis  et  Sancti  Remegii,  ceterisque  per  dictos 
comitatus  nostros  Provincie  et  Forcalquerii  ubilibet  constitutis  ad 
quos  spectat...  damus  per  présentes  expressius  in  mandatis  quati- 
nus...  contra  facere  vel  venire  nuliathenus  présumant,  quinymo  bac 
presenti  confirmatione  nostra  uti  et  gaudere  te  libère  permiltant... 

Datum  in  civitate  Pysarum,  per  virum  nobilem  et  egregium  Johan- 
nem  de  Ginouardis  de  Luca,  legum  doctorem,  magne  nostre  curie 
magistrum  racionalem,  locumtenentem  mandato  nostro,  officio  nunc 


328  ANTOINE   DE    LA    SALLE. 

vacante,  majoris  judicis  comitatuum  nostrorum  Provincie  et  Forcal- 
querii  predictorum,  consiliarium  et  fidelem  noslriim  dileclum,  die 
seplima  mensis  augusti,  secunde  indictionis,  anno  Domini  millesirao 
quadringentesimo  nono,  regnorum  vero  nostrorum  anno  vicesimo 
quinlo.  Per  regem,  domino  Joiianne  de  Tuce'  et  nobis  presentibus. 
Franchome. 

In  quarum  quidem  regiarum  litterarum  execucionem,  ad  quani 
procedere  reverenler  cupimus,  ul  debemus,  volumus  etvestrum  cui- 
libet  harum  série,  cum  deliberacione  regii  nobis  assislenlis  consilii, 
regia  auclorilate  qua  fungimur,  precipimus  et  mandamus  qualinus 
litteras  ipsas  réglas  et  omnia  et  singula  contenta  in  illis,  dum  locus 
afuerit,  exequamini  ac  leneatis  juxta  ipsarum  seriem  et  tenorem... 

Datum  in  villa  Brinonie,  per  nobilem  et  egregium  virura  dominum 
Poncium  Gayssii,  licenciatum  in  legibus,  magne  régie  curie  magi- 
strum  racionalem,  primarum  appellacionum  et  nullitatum  judicem, 
consiliarium  et  fidelem  regium,  mandato  noslro  locumlenenlem 
majoris  judicis  comitatuum  predictorum,  anno  Domino  raillesimo 
quadringentesimo  nono,  die  ultima  mensis  septembris,  secunde 
indiccionis. 

Per  dominum  senescallum  in  regio  consilio. 

P.  DE  ROSSETO^. 

II. 

Donation  par  la  reine  Yolande  d'Aragon,  veuve  de  Louis  11  d'An- 
jou^ à  Antoine  de  la  Salle,  d'une  maison  sise  à  Arles,  sous  la  rede- 
vance annuelle  d'un  chapeau  de  roses  (20  décembre  -14 18). 

(Archives  des  Bouches-du-Rhône,  B14,  fol.  239  v°  et  241.) 

Pro  nobili  Anthonio  de  la  Sale,  donatio  domus  Arelatensis. 

Yolans,  Dei  gratia  regina  Jherusalem  et  Sicilie,  ducatus  Apulie 
ducissaAndegavie,  comitatuum  Provincie,  Forcalquerii,  Genomanen- 
sis  ac  de  Pedemontis  [sic]  comitissa,  bajula,  tutrix,  administratrix  et 
gubernatrix  illustris  precarissimi  filii  nostri  Ludovic!,  primogeniti 
tercii,  eadem  gracia  dictorum  regnorum  régis,  ducatuum  duels  et 

1.  Ce  Jean  de  Tucé  avait  été  chargé  en  1413  de  reconduire  auprès  de  son 
père  Catherine  de  Bourgogne,  dont  le  mariage  avec  le  futur  Louis  III  était 
rompu  (Lecoy  de  la  Marche,  t.  1,  p.  27). 

2.  C'est  ce  Poncet  de  Roussel,  qui  fut  créancier  d'Antoine  de  la  Salle.  Voir 
ci-après  Documents  n"  IV  et  V. 


NOUVEAUX    DOCUMENTS    SDR   SA    VIE.  329 

comilis  comitatuum  prediclorum,  universis  présentes  litleras  inspe- 
cturis,  saiuLem.  Atlendenles  grala  et  accepta  fidelitatis  obsequia  per 
dilectum  et  fidelem  nostrum  nobilem  virum  Anthonium  de  la  Sale, 
sculiferum  scutiferie  dicti  filii  nostri,  révérende  memorie  serenis- 
simo  domino  et  conjugi  nostro  condam  regnoruni-  régi,  ducatuum 
duci  et  comitatuum  comiti  predictorum,  retroactis  temporibus  dévote 
prestita,  queve  nobis  assidue  prestare  non  desinit,  eidem  Anthonio 
pro  se  et  suis  heredibus  in  futurum  et  ab  eo  vel  ipsis  causam  haben- 
libus,  in  hujusmodi  suorum  serviciorum  aliquale  rependium,  quam- 
dam  domum  vel  ma[n]suram  ad  nos  seu  curiam  nostram  spectantem, 
sitam  in  civitate  nostra  Arelatensi,  contiguam  ab  una  parte  curie 
nostre  dicte  civitatis,  ab  alla  domui  cujusdam  nominati  Ricanet  et 
abutantem  vico  publico,  sicut  se  comportât  et  extendit  cum  suis  per- 
tinenciis  et  confrontacionibus  universis,  de  liberalitate  nostra  mera 
ac*  gracia  speciali  damus,  donamus  et  concedimus  per  présentes, 
investientes  ipsum  de  ipsa  domo  per  tradicionem  presencium,  ita 
quod  bujusmodi  domum  cum  suis  pertinenciis  predictis,  vigore  pre- 
sentis  nostre  donacionis  et  concessionis,  exolvendo  curie  nostre  pre- 
dicte  pro  censu,  servicio  et  omnibus  quibuscumque  anno  quolibet, 
prima  die  mensis  madii,  pileum  unum  rosarum^,  de  quo  censu  et 
servicio  volumus  et  ordinamus  hujusmodi  domum  erga  nos  et 
dictam  curiam  nostram  solum  onerari,  aliis  autem  personis  census 
et  onera  quibuscumque  erga  ipsum  dicta  domus  oneratur^,  idem 
Anthonius  et  imposterum  sui  heredes  seu  ab  eo  et  ipsis  causam 
habentes  tenere  et  possidere  ac  de  ea  uti,  gaudere  et  disponere  tam- 
quam  de  propria,  ipsam  vendendo,  alienando  et  pro  sue  voluntatis 
libito  transferendo,  possint  et  valeant  pacifiée  et  sine  impedimento. 
Quapropter,  omnibus  et  singulis  nostris  officialibus  in  dicta  nostra 
civitate  Arelatensi  et  alibi  in  patria  nostra  Provincie  constitutis, 
aliisque  quibuscumque  quorum  intererit,  dictarum  tenore  presen- 
cium, mandamus  quatinus  eumdem  Anthonium  ad  dicte  domus  pos- 
sessionem  adraictant  et  ipsam  intrare  et  adipisci  faciant,  ipsumque, 
suos  heredes  aut  ab  ipso  vel  ipsis  causam  in  futurum  habituros 

1.  Variante  tirée  de  la  copie  insérée  au  fol.  241  :  et. 

2.  Var.  :  pyleum  rossarum. 

3.  Cette  phrase  n^est  certainement  pas  complète  par  suite  d'un  oubli  du 
copiste.  Le  texte  du  fol.  241  donne  :  et  onera  quitus  erga  ipsis  dicta  domus 
oneratur.  Il  faudrait  peut-être  compléter  et  corriger  de  cette  façon  :  suivis 
autem  aliis  personis  censibus  et  oneribus  quibus  erga  ipsas  dicta  domus 
oneratur. 


330  ANTOINE    DE    LA    SALLE. 

hujusmodi  concessione  et  donacione  uti  et  gaudere  modo  et  forma 
predictis  permictant  sine  contradiccione  aut  impedimento.  In  quo- 
rum lestimonium  et  ut  robur  obtineant  plenarie  firmitatis,  presenti- 
bus  iitteris  sigillura  nostrum  duximus  apponendum. 

Datum  in  eastro  nostro  Andegavensi,  per  circunspectum  virum 
Johannem  Porcherii^  canonicum  Rolhomagensem,  consiliarium 
nostrum  fidelem  dilectum,  mandato  nostro  signantem  in  absencia 
raajoris  judicis  dictorum  comitatuum  nostrorum  Provincie  et  For- 
calquerii,  xii^  indicione,  die  xx^  mensis  decembris,  anno  Domini 
millesimo  quadringentesimo  decimo  octavo. 

Per  reginam,  presentibus  dominis  de  Montegaudio^  et  de  Beschina, 
judice  ordinario  Andegavensi,  nobis  et  aliis  de  consilio. 

Johannes  Michaelis. 
Registrata. 

m. 

Donation  par  Antoine  de  la  Salle,  à  Jean  Romée,  de  sa  maison 
d'Arles  (^6  mars  ^4^9). 

(Archives  des  Bouches-du-Rhône,  B  14,  fol.  240.) 

Pro  eodem  de  la  Sale. 

In  nomine  Domini,  amen.  Anno  ab  incarnacione  ejusdem  Domini 
millesimo  quadringentesimo  decimo  octavo  et  die  sexta  décima  men- 
sis marcii,  régnante  illustrissimo  principe  domino  nostro  domino 
Ludovico,  Dei  [gratia]  rege  regnorum  Jherusalem  et  Sicilie,  duca- 
lus  Apulie  duce  Andegavium  [sic],  comitatuum  Provincie  et 
Forcalquerii  comité  et  civitatis  Arelatensis  domino  existente,  nove- 
rint  universi  et  singuli,  présentes  pariter  et  futuri  quod  nobilis  vir 
Anthonius  de  la  Sala,  scutifer  scutiferie  dicli  domini  noslri  régis, 
sciens,  attendens  et  consideransquamplura  benefficia,  servicia  atque 
dona  sibi  facta  et  impensa  extitisse  per  nobilem  Johannem  Romey, 
de  Arelate,  et  quotidie  amplius  facere  et  impendere  non  cessât,  ex 

1.  Ce  Jean  Porcher  était  alors  maître  de^la  Chambre  aui  deniers  (cf.  Lecoy 
de  la  Marche,  l.  I,  p.  37). 

2.  Ce  seigneur  de  Monljoie  est  ou  Louis,  maréchal  de  l'Église  romaine,  nommé 
par  Clément  VII,  vice-roi  de  Sicile,  mort  à  .\vignon  en  1425,  ancien  compagnon 
d'armes  de  Bernard  de  la  Salle  et  capitaine  de  Louis  I"  d'Anjou  ;  ou  bien  son 
fils  Simon,  chambellan  du  roi  Louis  II.  Cf.  Labande  et  Requin,  Testament  du 
cardinal  Pierre  de  Foir,  loc.  cit.,  p.  294,  note  3. 


NOUVEAUX    DOCDMEIVTS    SDR    SA    VIE.  33^ 

quibus  meretur  reiribucionem  consequi  aliqualem,  et  ideo  sponte, 
bona  fîde,  ex  sua  mera  liberalilate  et  spontanea  voluntate,  non  ad 
hoc  Iractus,  inductus  vel  seductus  ab  aliquo,  ut  dicebat,  per  se  et 
suos  heredes  et  successores  imposterum  quoscumque,  in  presencia 
mei  notarii  et  testium  subscriptorum,  in  premium,  remuneracionem 
et  compensacionem  benefficiorum,  serviciorum  et  donorum  prerais- 
sorum,  dédit,  donavit  pure  et  liberaliter  cessit,  remissit  et  perpetuo 
penitus  desamparavit  donacione  pura,  libéra,  simpiici,  rata,  irrevoca- 
bili,  habita  inter  vives,  nuUo  casu  vel  tempore  nuUaque  ingratitudinis 
causa  [revocanda],  sednunc  per  imperpetuum  valitura,  vimqueinsi- 
nuate  donacionis  a  préside  obtinente,  jamdicto  nobili  Johanni  Romei, 
tamquam  beneraerito  et  condigno,  presenti,  stipulanti  et  solenniler 
recipienti,  pro  se  et  suis  heredibus  et  successoribus  quibuscumque,  ad 
suas  et  suorum  voluntates  oranimode  faciendas,  videlicel  quamdam 
domum  ac  mansionem  sive  casalia  et  curtem,  situata  infra  civitatem 
Arelalis,  juxta  curiam  regiam,  confrontantem  [sic]  ab  una  parte  cum 
palacio  dicte  régie  curie,  videlicet  focanea,  et  quamdam  domuncu- 
lam  [sic]  qua  inest  caméra  carcerarii,  et  ab  alla  parte  cum  hospicio 
nobilis  Honorali  Romey  quod  fuit  Ricani  de  Alvernico,  domicelli,  et 
ab  alla  parte  cum  hospicio  Guillelmi  Olivarii,  notarii,  et  ab  alia  parte 
cum  carreria  publica,  que  quidem  domus  sive  mansura,  cassalia  et 
curtis  ipsi  nobili  Antlionio  de  la  Sala  donata  et  collata  fuerunt  per 
serenissimam  pri[n]cipissam  dominam   nostram  dominam  Yolan- 
dem,  Dei  gracia  Jherusalem  et  Sicilie  reginam,  constantibus  inde 
suis  patentibus  litteris,  sigillo  suo  impendente  in  cera  rubea  sigilla- 
tis,  quarum  ténor  inferius  de  verbo  ad  verbum  inseritur,  et  ipsarum 
quidem  literarum  virtute  idem  nobilis  Anthonius  possessionem  rea- 
lem  et  corporalem  eorum  fuit  assequtus  et  auctoritate  judiciaria  in 
eisdem  inductus,  constante  publico  instrumento  inde  in  notam 
sumpto  per  magistrum  Anthonium  Benedicti,  publicum  nolarium 
Arelatis,  sub  anno  presenti  et  die  décima  octava  mensis  februarii; 
quam  quidem  donacionem  puram  et  liberam  fecit  et  concessit  dictus 
nobilis  Anthonius  per  se  et  suos  ut  supra,  de  domo  sive  mansura  et 
curte  et  cassalibus  predictis,  unacum  omnibus  suis  juribus  et  perti- 
nenciis,  introytibus  et  exitibus  quibuscumque,  illaque  cessit,  remisit^ 
gripuit'  et  perpetuo  penitus  desamparavit  eidem  nobili  Johanni 
Romey,  pro  se  et  suis  stipulanti  et  solenniter  [recipienti],  sicut 
supra,  modo  et  forma  [sicut]  in  predictis  reginalibus  literis  factum 

1.  Sic  pour  guirpivit. 


332  ANTOINE   DE    LA    SALLE. 

et  expressatum  [est]  et  salvo  et  reservato  curie  régie  censu,  servicio 
et  onere  anno  quolibet,  prima  die  mensis  madii,  piley  unius  rosa- 
rum,  de  quo  censu  et  servicio  prestando  ipse  nobilis  Johannes  sit 
oneratus  et  sui  heredes  et  successores  quicumque 

Ténor  vero  litterarum  reginalium,  de  quibus  supra  mencio  habe- 
tur,  sequitur  et  est  talis  :  Yolans,  Dei  gracia  regina  Jherusalem  et 
Sicilie...  (voir  ci-dessus,  Document  n°  II). 

De  quibus  omnibus  et  singulis  supradictis  peciit  dictus  nobilis 
Johannes  Romey  sibi  publicura  instrumentum  fieri  et  publica,  si 
necesse  fuerint,  instrumenta,  per  me  notarium  publicum  infrascri- 
ptum.  Acta  fuerunt  bec  omnia  Arelate,  in  hospicio  dicti  nobilis 
Romey,  presentibus  teslibus  discretis  viris  magislro  Thoma  Malas- 
ser  (?),  pargamenerio,  et  Petro  Vali,  lapicida,  civibus  et  habitatoribus 
Arelatis,  vocatis  ad  premissa,  et  meGuillelmo  Olivarii,  cive  Arelatis, 
notario  publico  in  eadem  civitate... 


IV. 


Mandement  de  Louis  III  d'' Anjou  au  sujet  de  la  remise  faite  par  lui 
à  Antoine  de  la  Salle  des  dettes  contractées  envers  Poncet  de 
Roussel  (27  octobre  -1432). 

(Archives  des  Bouches-du-Rhône,  BU,  fol.  104.) 

Ténor  aliarum  [litterarum]  super  cancellatione  dehiti  Pontii 
de  Bosseto. 

Ludovicus  tercius,  Dei  gracia  rex  Jérusalem  et  Sicilie...  guberna- 
tori  patrie  nosLre  Provincie,  magne  nostre  curie  magistris  rationali- 
bus,  thesaurariisque  patrie  nostre  Provincie,  ceterisque  aliis  nostris 
officialibus,  ad  quos  spectare  poterit,  presentibus  et  futuris,  fidelibus 
dilectis,  graciam  et  bonam  volantatem.  Cum  nos,  ad  humilis  facte 
nobis  supplicacionis  instanciam  pro  parte  viri  nobilis  Antoneti  de 
Sala,  consiliarii  et  fidelis  nostri  dilecli,  asserentis  coram  nobis  pre- 
textu  veri  et  puri  mutui  in  ducalorum  triginta  ex  una  parte  et  ab 
alia  parte  in  florenorum  viginti  quinque  somas  teneri  et  obligari 
quondam  dampnate  memorie  Ponceto  de  Rosseto,  cujus  bona  omnia 
curie  nostre,  sua  causante  rebellione,  confiscata  fuerunt  et  devoluta, 
somas  ipsas  uti  curie  nostre  légitime,  dictarum  rebellionis  et  confi- 
scacionis  vigore,  devolutas,  eidem  Antonetodederimus  et  concesseri- 
mus  ac  Ipsum  de  ipsis  quictum  fecerimus,  prout  damus,  concedimus 


NOUVEAUX   DOCUMENTS    SUR   SA    VIE.  333 

el  quictamus  per  présentes,  volumus  et  vobis  precipiendo  manda- 
mus,  quatinus  hujusmodi  concessionis  et  quictationis  forma  per  vos 
diiigenter  actenta,  illam  eidem  Anloneto  ad  unguem  observetis  et 
faciatis  quantum  in  vobis  fuerit  tenaciter  observari,  ipsum  Antone- 
tum  seu  ejus  heredes  et  successores  dictorum  triginta  ducatorum  et 
florenorum  viginti  quinque  pretextu  nullatenus  moleslando,  inquie- 
tando  seu  turbando,  sed  concessione  et  quictacione  nostra  gaudere 
permictendo,  presentibus  débite  inspectis  remanentibus  présentant!. 

Datum  in  nostra  civitate  Gusencie  per  manus  nostri  predicti  Ludo- 
vici  régis,  die  vicesimo  septimo  mensis  octobris,  xi  indicionis,  anno 
DominiM°GGGGXXXIP°. 

Per  regem  in  suo  consilio. 

R.  DE  Castillione.  Gratis. 

Registrata.  Jac[obus]. 


Mandement  du  lieutenant  général  du  roi  Louis  III  en  Provence^ 
pour  l'enregistrement  et  Vexécution^  après  les  délais  réglemen- 
taires, des  lettres  patentes  du  ^7  octobre  4432  concédant  à  Antoine 
de  la  Salle  la  possession  viagère  du  château  de  Séderon  et  lui 
remettant  les  dettes  qu'il  avait  contractées  envers  Poncet  de 
Roussel  (4  avril  ^1434). 

(Archives  des  Bouches-du-Rhône,  Bll,  fol.  103.) 

Bertrandus  de  Bellavalle,  dominus  de  Precigneyo  ^  dominii  regii 
comitatuum  Provincie  et  Forcalquerii  terrarumque  illis  adjacencium 
gubernatoris  ex  ordinatione  regia  generalis  locumtenens,  nobilibus 
et  egreglis  viris  magne  régie  curie  magistris  ralionalibus  Aquis  resi- 
dentibus,  fidelibus  regiis  et  nobis  carissimis,  salutem.  Pro  parte 
nobilis  domicelli  Antoneti  de  Sala,  consiliarii  et  fidelis  regii,  fuit  hodie 
coram  nobis  et  regio  nobis  assistent!  consilio  reverenter  expositum 
quod  recusastis  archivare  seu  archivari  et  exequi  facere  duas  litteras 
per  regiam  majestatem  sibi  concessas,  continentes  videlicet  unam 
continentem  assignacionem  et  concessionem  castri  regii  Sedaroni  ad 
ejusvitam,  et  aliam  continentem  cancelacionem  et  abolicionem  certe 

1.  Bertrand  de  Beauvau,  sire  de  Précigny,  qui  fut  plus  tard  président  du 
Conseil  ordinaire  institué  en  la  ville  d'Angers  par  le  roi  René  en  1453  (Lecoy 
de  la  Marche,  t.  I,  p.  442).  Il  était  fils  de  Jean  III  de  Beauvau  et  de  Jeanne 
de  Tigny,  et  mourut,  en  1474,  sénéchal  d'Anjou.  Son  troisième  tîls,  Jean,  fut 
évèque  d'Angers  en  1447  et  chancelier  du  roi  de  Sicile. 


334  ANTOINE    DE    LA    SALLE. 

obligationis  triginfa  ducatorum  et  florenorum  viginti  quinque,  in 
quibus  lenebalur  PonceLo  de  RosseLo,  dum  vivebaL,  prout  in  liLleris 
eisdem  lacius  continelur,  datas  Guseneie  die  vicesimo  seplimo  men- 
sis  oclobris  proxime  preleriti,  asserentes  per  regiam  majeslatem 
alias  veULum  fuisse  per  ejus  edicLum  ne  liltere  alique  archiventur 
seu  exequanlur  per  vos  nisi  infra  nii°''  menses  a  die  earum  date  vobis 
presentate  fuerint,  hiimiii  propterea  supplicacione  subjuncla  ut 
vobis  super  dicLo  edicto  dispensantes  mandare  dignaremur,  quatinus 
litteras  ipsas  exequeremini  et  archivaretis,  dicto  lapsu  quadrumestri 
non  obslante,  cujus  supplicationi,  ut  sequitur,  annuentes,  considé- 
rantes ipsum  supplicanlem  verisimiliter  ignorase  [sic]  dictum  edictum 
et  quod  per  modicum  dictum  quadrumestre  tempus  transire  pretermi- 
sit,  actendentes  eciam  quod  circa  négocia  regia  indefesse,  suis  pro- 
priis  negociis  omissis,  prompto  affectu  vacare  consuevit,  ex  aliisque 
certis  causis  persuasi,  volumus  et  vobis  tenore  presencium,  aucto- 
ritale  regia  qua  fungimur,  denostra  oerta  scienciaet  cum  regii  nobis 
assislentis  consilii  deliberacione,  precipiendo  mandamus  quatinus 
prefatas  litteras  exequendo,  formarn  annexarum  noslrarum  eisdem 
alligatarum  archivelis  et  exequemini,  dicto  edicto  super  quo,  vigore 
nobis  atribute  potestalis,  quatinus  opus  est,  pro  bac  vice  dispensa- 
mus,  in  aliquo  non  obstanle,  decernenles,  auctoritate  et  cum  delibe- 
ratione  quibus  supra,  dictas  litteras  tantum  vigorem,  effectum  et 
efflcaciam  obtinere  ac  si  fuissent  archivate  et  exécute  infra  dictum 
quadrumestre  tempus. 

Datum  Aquis  per  magnificum  militera  Jordanum  Bricii,  juris 
utriusque  professorem  eximium,  ...  anno  Domini  M°  GGGG  XXXIII, 
die  quarta  mensis  aprilis,  xi™*^  indictionis. 

Per  dictum  dominum  locumtenentem  generalem  in  regio  sibi  assi- 

stenti  consilio. 

De  Castillione. 

S[olidi]  II.,  quia  eciam  de  presenti  servit  curie. 

Registrata.  Matheus. 

VI. 

Traité  conclu  par  Berthold  de  Baschi  et  Antoine  de  la  Salle,  avec 
le  cardinal  Pierre  de  Faix,  pour  la  reddition  du  château  de  Vai- 
son  (6  juillet  -1433). 

(Étude  de  M*  Antiq,  à  Avignon  :  Étendues  de  Pierre  de  Blengeriis,  1433,  fol.  111.) 

In  nomine  Domini,  amen.  Anno  a  nativitate  ejusdem  raillesimo 


NOUVEAUX    DOCUMENTS    SUR    SA    VIE.  335 

quadringentesimo  tricesimo  tercio,  indictione  undecima  cum  eodem 

anno  more  Romane  curie  sumpta,  et  die  sexta  mensis  julii,  pontifi- 

catus  sanctissimi  in  Ghristo  palris  et  domini  nostri  domini  Eugenii, 

divina  providentia  pape  quart!,  anno  tercio,  universis  et  singulis 

tam  presentibus  quam  futuris  iiquidum  reserelur  apertumque  fiât 

quod  in  loco  sive  bastita  de  Fargiis,  olim  Jacobi  de  Dinocio%  quam 

de  présent!  inhabitat  dominus  cardinalis  infrascriptus,  in  territorio 

Avinionis  constituta,  et  in  aula  magna  superiori,  in  presencia  mei 

notarii  publici  ac  testium  infrascriptorum  ad  hec  specialiter  vocalo- 

rum  et  rogatorum,  personaliter  constltuti  reverendissimusin  Ghristo 

pater  et  dominus  Petrus,  miseratione  divina  episcopus  Albanensis, 

sancte  Romane  ecclesie  cardinalis,  de  Fuxo  vulgariter  nuncupatus^, 

in  civitate  Avinionensi  et  coraitatu  Venayssini  cum  plene  legationis 

officio  pro  prefato  domino  nostro  papa  et  sancta  Romana  ecclesia 

vicarius  generalis,  nomine  suo  proprio  et  privato  ac  ut  vicarius  ante- 

dictus,  ex  una,  et  nobiles  Bernardus  Ricii,  Bertoldus  de  Basquio  et 

Anthonius  de  Salia,  tam  nominibus  eorum  propriis  et  privatis  quam 

nomine  nobilis  viri  et  egregii  domini  Luquini  Ricii,  militis,  fratris 

dicti  Bernardi,  per  quem  promiserunt  de  rata  habendo  omnia  et  sin- 

gula  contenta  in  capitulis  infra  seriatim  specifficata,  si  et  quathinus 

opus  fuerit,  sub  obligatione  omnium  bonorum  ipsorum,  mobilium 

et  inmobilium,  presencium  et  futurorum,  ex  altéra,  partibus,  gratis 

et  sponte,  bona  fide  plenita  [sic?],  omnibusque  vi,  dolo  et  fraude 

cessantibus,  per  se  et  suos  quos  supra,  de  et  super  restitutione  castri 

et  fortalicii  Vasionensis,  quod  de  présent!  tenet  dictus  dominus 

Luquinus,   eidem   domino  vicario,  nomine  prefat!   domini  nostri 

pape,  per  eumdem  fienda ac  nonnullis  matrariciis,  artilhariis,  bonisque 

existentibus  in  dicto  Castro  dicti  domini  Luquini,  quam  nonnullis 

expensis  ac  reparationibus  per  eumdem  dominum  Luquinum  in 

eodem  expositis,  eciamque  stipendiis  certorum  quos  ipse  tenuit  in 

eodem  castro,  tempore  guerre  vigentis  presentialiter,  tandem  conve- 

nerunt,  transegerunt,  pepigerunt  modo  et  formis  contentis  in  certis 

capitulis  descriptis  in  quodam  papiri  folio  michi  notario  exhibito 

ibidem  per  dictas  partes,  quorum  ténor  sequitur  et  est  lalis. 

Dieux  avant  e  la  benoyta  Vierge  Marie.  Ce  sont  les  chapitres  et 

1.  Marchand  florentin  habitant  alors  Avignon.  Cf.  acte  du  22  décembre  1433, 
dans  le  registre  d'où  est  tiré  le  présent  traité,  fol.  116  v°. 

2.  Pierre  de  Foix,  né  en  138G,  légat  d'Avignon  de  1433  à  1464,  mort  cette 
année  à  Avignon  le  13  décembre. 


336  ANTOINE    DE    LA    SALLE. 

conventions  prins  e  conclus  entre  le  révérend  Père  en  Dieu  et  nostre 
très  redoubté  seigneur  monseigneur  le  cardenal  de  Foix,  vicaire  pour 
nostre  saint  Père  le  pape,  d'une  part,  et  les  nobles  escuiers  Bertoldo 
de  Basqui  e  Anthoine  de  la  Sale,  de  l'autre  part,  ou  nom  de  messire 
Luquin  Ris,  chevalier  et  cappitaine  de  Vayson,  etc. 

Et  primo,  ont  appoincté  et  conclus  lesditz  seigneurs  et  gentilz 
hommes  que  ledit  messire  Luquin  doive  rendre  et  restituer  le  chastel 
de  Vayson  franchement  e  quictemenl,  de  cy  au  premier  jour  d'aoust 
prouchaynement  venent,  a  nostredit  seigneur  le  vicaire  ou  a  son 
commis  sur  ce,  pour  e  ou  nom  de  nostredit  seigneur  saint  Père  le 
pape  et  de  saincte  glise.  Et  pour  cecy  fayre  et  acomplir  ledit  messire 
Luquin  bailera  hostages  pour  luy  aux  mains  de  mosseigneur  le  pre- 
vost  Bernard  ou  Mathieu  Ris,  frères,  et  durant  cedit  terme  ledit  mes- 
sire Luquin  pourra  avoir  pour  son  argent  de  char  fresche  ung  quar- 
tier de  mouton  tous  les  jours. 

Item,  ont  conclus  et  appoinctié  que  le  dessusdit  seigneur  payera 
ou  fera  payer  audit  messire  Luquin,  tant  pour  les  reparacions  faites 
comme  pour  les  gaiges  des  gens  qu'il  a  tenuz  a  ceste  guerre  et 
d'aucune  reste  d'argent  qui  lui  estoient  tenuz  du  temps  passé,  c'est 
assavoir  sept  cens  florins  de  ceste  monnoyc  courrant,  payés  a  troys 
termes  par  la  maniera  qui  s'ensuit.  Et  premier,  avant  qu'il  rende 
ladicte  place,  deux  cens  trente  troys  florins  et  quatre  gros.  Et  par 
tout  cest  présent  moys  de  juiUet  semblablement,  qui  est  la  secunde 
paye,  ri'^xxxm  florins  iiii  gros.  Et  par  tout  le  moys  d'aoust  prou- 
chenemenl  venant  la  tierce  et  derraine  paye,  ii'^xxxiii  florins 
un  gros. 

Item,  ont  appoinctié  que  ledit  messire  le  vicaire  assigne  audit  mes- 
sire Luquin  pour  sondit  payement  le  payages  et  toutes  le  aultres 
rentes  et  emolumens  quelz  qu'ilz  soient  delz  (sic,  pour  deubz?)  des 
chasteaulx  de  Lapalu\  de  Saincte  Sicile^,  de  la  Val  de  Royere^  et  de 
Malausanne''',  et  oultre  se,  nostredit  seigneur  le  vicayre  doyt  donner 
bons  et  sufficians  plaiges. 

Item  plus,  ont  appoincté  que  tous  le  vivres  et  aultres  monicions  et 
raaynaiges  d'ostel  que  abillement  ledit  messire  Luquin  ne  porroit 
porter,  se  doivent  estimer  per  doux  hommes  commis  et  semblable- 

1.  Lapalud,  Vaucluse,  arr.  d'Orange,  cant.  de  Bollène. 

2.  Sainte-Cécile,  Vaucluse,  arr.  d'Orange,  cant.  de  Bollène. 

3.  Ce  nom  de  lieu  n'est  plus  connu  et  je  n'ai  pu  réussir  à  l'identifier. 

4.  Malaucèae,  Vaucluse,  arr.  d'Orange,  ch.-l.  de  canl. 


NOUVEAUX    DOCUMEiNTS    SUR   SA   VIE.  337 

ment  aucunas  terres  et  possessions  semées  et  laborées,  lesquelz 
estimes  seront  audit  messire  Luquin  avant  qu'il  livre  ledit  chastel  de 
Vayson. 

Item  plus,  ont  appoincté  que  ledit  messire  Luquin  puisse  trayre 
et  fayre  porter  ou  lui  plaira  tous  ses  autres  mobles  et  bians,  quelz 
qu'ilz  soient,  sauvement  et  sûrement. 

Item  plus,  que  toutes  les  choses  et  biens  quelz  qu'ilz  soient,  que 
ledit  messire  Luquin  et  madame  sa  femme  e  tous  lesaultres  qui  sont 
dedans  le  chastel  en  sa  compagnie,  ont  tant  en  la  cité  d'Avignon 
comme  en  la  terre  de  Venisse  et  es  aultres  terres  de  glise,  soient  et 
puissent  estre  a  eulx  frans  et  aseurés  et  d'iceulx  biens  puissent  fayre 
et  user  a  leurs  franches  libertez,  comme  ilz  faisoient  et  povoient  fere 
devant  ceste  guerre. 

Item,  que  ledit  mosseigneur  le  vicaire  fait  remission  especiale  et 
générale  tant  audit  messire  Luquin  commeaceulxque  presentament 
sont  dedans  ledit  chastel  et  dehors  a  ses  gaiges. 

Item,  que  ledit  messire  Luquin  ara  les  bonnes  grâces  de  nostre 
dessusdit  seigneur  le  vicaire  et  de  noz  très  redoubtez  seigneurs  les 
comtes  de  Foix^  et  de  Gomminge^,  ses  frères. 

Et  sic  finis  dictorum  capitulorum. 

Quas  quidem  conventiones,  pactaque  et  capitula  supradicta  supra- 
nominate  parles  et  utraque  earum,  anledictis  nominibus,  promise- 
runt  sibi  ipsis  vicissim,  mutuo  et  ad  invicem  una  pars  alteri  et  e 
contra,  sub  yppotheca  et  obligalione  expressis  omnium  et  singulo- 
rum  bonorum  suorum,  mobilium  et  immobilium,  presencium  et 
futurorura,  necnon  sub  relTectione  et  omnimoda  restituUone  omnium 
et  singularum  expensarum,  dampnorumque  et  interesse  propterea 
flendorum,  paciendorum  et  subslinendorum,  in  judicio  et  extra  ac 
alias  quomodolibet,  se  non  fecisse  nec  dixisse  in  preteritum,  facere- 
que  nec  dicere  in  futurum  aliquid  quominus  predicta  capitula  ac 
omniaetsingula  in  presenti  instrumento  contenta  minorem  obtineant 
perpetui  roboris  firmitatem,  sed  semper  et  omni  tempore  ea  omnia 
rata,  grala  et  firma  habere  perpetuo  et  tenere,  contraque  minime 
facere,  dicere,  opponere  nec  venire  de  jure  nec  de  facto.  Et  sic  jura- 
verunt  partes  ambe  contrahentes  et  utraque  earum  dictis  nominibus, 

1.  Jean  III  de  Grailly,  comte  de  Foix  depuis  1412,  décédé  le  4  mai  1436. 

2.  Mathieu  de  Grailly,  devenu  comte  de  Comminges  par  son  mariage  (15  juil- 
let 1419)  avec  sa  cousine,  Marguerite,  comtesse  de  Comininges,  mort  à  la  fia 
de  l'année  1453. 

^904  22 


338  ANTOIDfE   DE    LA    SALLE. 

videlicet  ipse  dominus  cardinalis  manu  sua  dexlra  posila  super  pec- 
tus,  more  prelalorum,  alleri  vero  ad  et  super  sancta  Dei  euvangelia, 
manibus  ipsorum  corporaliter  sponte  tactis  scripluris.  Sub  cujus 
juramenti  virtute  renunciaverunt  in  premissis  omnibus  et  singulis 
juris  et  facli  ignorancie,  exceptionique  rei  non  sic  geste  et  non  sic 
celebrati  contractus  et  aliter  fuisse  scriptumquam  diclum  et  e  contra 
dolique,  mali,  fraudis  et  lesionis,  et  juribus  dicentibus  transactionem 
nisi  de  re  dubia  vel  obstinea  fieri  non  debere  et  generalem  renuncia- 
tionem  non  valere  nisi  precesserit  specialis,  et  demum  omnibus  et 
singulis  exceplionibus^  probationibus,  defTentionibus  et  allegalioni- 
bus  juris  divini,  canonici,  civilis  et  humani,  etc. 

Acta  fuerunt  bec  omnia  ubi  supra  proxime,  presentibus  nobilibus 
et  potentibus  militibus  dominis  Tanguino  de  Castello,  preposito 
Parisiense^;  Johanne  Louveti,  dicto  Président;  domino  Mirandoli^; 
Fulcone  de  Agunto^,  domino  de  Missone'',  domicello,  et  domino 
Johanni  de  Puteo^,  preposito  ecclesiarum  Carpentoractensis  et 
Dignensis  ac  thesaurario  comilatus  Venaissini,  testibus  ad  premissa 
\ocatis  specialiter  et  rogatis.  Et  me,  dicto  et  infrascripto  Petro  de 
Blengeriis,  notario  publico,  qui  de  predictis  notam  recepi,  etc.. 

Statim  ibidem  et  incontinenti,  sine  aiiquo  temporis  intervallo,  pre- 
nominatus  dominus  Johannes  de  Puteo,  in  cujus  presencia  premissa 
omnia  et  singula  recitata  et  explicata  fuerunt,  gratis  et  sponte,  bona 
fide,  sine  dolo  et  fraude  aliquibus,  ad  instanciam  et  requisitionem 
prefati  domini  vicarii  presentis,  intercessit  seque  fîdejussorem  ut  et 
tanquam  principalem  solutorem  ac  actensorem    et    corapletorem 


1.  Tanneguy  du  Châtel,  nommé  prévôt  de  Paris  en  1414,  après  la  campagne 
faite  aux  côtés  de  Louis  II  d'Anjou  en  Italie.  On  connaît  le  rôle  brillant  qu'il 
joua  dans  le  parti  des  Armagnacs  comme  défenseur  du  dauphin,  le  futur 
Charles  VII.  Eloigné  de  la  cour  de  France  en  14-25,  il  avait  eu  la  charge  de 
sénéchal  de  Beaucaire.  En  1446,  il  devint  grand-sénéchal  de  Provence. 

2.  Un  acte  fut  passé  par  le  même  notaire  dans  la  maison  d'habitation  de  ce 
personnage  à  Avignon,  le  22  décembre  1433  :  Étendues  de  Pierre  de  Blengeriis, 
1433,  fol.  118.  —  «  Mirandoli  »  est  peut-être  Mérindol,  Vaucluse,  arr.  d'Api, 
cant.  de  Cadenet. 

3.  Foulques  ou  Faulquet  d'Agoult,  baron  de  Mison  et  de  la  Tour-d'Aigues, 
chambellan  du  roi  René  et  viguier  de  Marseille  en  1443  et  1472,  fils  de  Ray- 
mond d'Agoull,  partisan  des  Angevins  eu  Provence,  et  de  Louise  de  Glandevès. 
Il  mourut  dans  un  âge  extrêmement  avancé  en  1492.  Cf.  Pithon-Curt,  Histoire 
de  la  noblesse  du  comté  Veiiaissin,  t.  IV,  p.  112. 

4.  Mison,  Basses-Alpes,  arr.  et  cant.  de  Sisteron. 

5.  Jean  Dupuy.  Voir  ci-dessus. 


NOUVEAUX   DOCUMENTS   SUa   SA   VIE.  339 

omnium  el  singulorum  contentorum  in  dicLis  capitulis  et  per  eumdem 
dominum  cardinalem  dictis  nominibus  observari  premissorum  et 
conventorum,  pênes  eumdem  dominum  Luquinum  absenlem  ac  me 
notarium  publicum  supra  et  infra  scriptum  et  ut  communera  et 
publicara  personam  presentem,  slipulantem  et  recipientem  prodicto 
domino  Luquino  absente  et  suis,  constituit  et  pro  hiis  omnibus  et 
singulis  sic  per  eumdem  dominum  fidejussorem  ut  et  tanquam  prin- 
cipalem  actendendis,  complendis,  dandis,  solvendis  et  inviolabiliter 
observandis,  seipsum  et  omnia  ipsius  et  suorum  bona,  res  et  jura, 
mobilia  et  immobilia,  presencia  et  futura,  michi  notario  presenti  et 
ut  supra  stipulant!  et  recipienli,  obligavit  et  yppothecavit,  ipsaque 
bona  et  seipsum  ac  suos  submisit  alque  subposuit  juridictionibus, 
cohertionibus,  viribus  et  censure  dominorum  curiarum  camere  apos- 
tolice  domini  nostri  pape,  etc.. 

Acta  fuerunt  bec  omnia  ubi  supra  proxime,  presentibus  dictis 
testibus  ad  bec  vocatis  specialiter  et  rogatis. 


VII. 


Mandement  du  roi  René  'pour  V enregistrement  après  les  délais  régle- 
mentaires des  lettres  patentes  par  lesquelles.^  le  16  décembre  pré- 
cédent, il  avait  accordé  à  Antoine  de  la  Salle.,  à  sa  femme  et  au 
premier  fils  qu'il  aurait,  la  jouissance  du  château  de  Séderon 
[ie  septembre  1437). 

(Archives  des  Bouches-du-Rhône,  Bll,  fol.  165  v°.) 

Renatus,  Dei  gratia  Jherusalem  et  Sicilie...  nobilibus  viris  archi- 
variis  nostri  Aquensis  archivi  et  cuilibet  ipsorum,  fidelibus  nostris, 
gratiam  et  bonam  voluntatem.  Humilibus  suppiicationibus  nobiiis  et 
egregii  viri  Anthoneti  de  Sala,  scutiferi  scutiferie  nostre,  consiliarii 
et  fidelis  nostri  dilecti,  bénigne,  ut  subsequilur,  annuentes,  informât! 
quidem  de  interventujustorum  et  legitimorum  impedimentorum  ipsius 
Anthoneti,  nostris  et  illustris  primogeniti  nostri  ducis  Galabrie  con- 
tinue vacando  servitiis,  sicut  et  vacat  etiam  de  presenti,  quibus  obslan- 
tibus  litteras  nostras  presentibus  sub  parvo  signeto,  quo  nostrum 
in  Provincia  residens  consilium  utitur,  alligatas,  dicto  Anthonio  de 
et  super  Castro  et  loco  Sadaroni,  bajulie  Sistarici,  nostri  Forchal- 
querii  comitatus  predicti,  concessas,  datas  apud  Insulam  juxta  Flan- 
driam,  die  xvi  mensis  decembris  proxime  lapsi,  non  valuit,  juxta 


340  ANTOINE    DE    LA    SALLE. 

édita  super  hoc  statuLa  infra  tempus  expressatum  in  illis,  in  regi- 
stris  et  quaternionibusdicti  noslri  archivi  facere  regestrari,  volumus 
et  vobis  tenore  presentium,  cum  dicli  nostri  consilii  deliberalione, 
Anliioneto  ipsi  nuUum  propter  retardalionem  registracionis  hujus- 
modi  prejudicium  allatum  esse  usque  nunc  de  speciali  gratia  decer- 
nentes,  expresse  precipimus  et  mandamus,  quatinus  litteras  ipsas 
presentibus  annexatas,  quamquam  infra  terapus  debitum  in  diclis 
statulis  preflxum  non  fuerint,  ut  prefertur,  registrate,  super  quo  bac 
vice  graciose  dispensainus,  in  dicti  arcbivi  registris  et  quaternionibus, 
ipsarum  auctoritate  presentium,  registretis,  memorato  Anthoneto 
perinde  ac  si  secundum  hujusmodi  edictoruni  continentiam  débita 
registratio  facta  foret,  efficaciter  valituras,  presentibus  infra  trime- 
stris  temporis  spatium  a  die  date  earum  computandum  débite  execu- 
lis,  et  ulterius  ad  effectum  registrandum  non  duraturis,  unacum 
alligatis  litteris  remanentibus  presentanti. 

Datum  Aquis  per  magnificum  militem  juris  utriusque  professo- 
rem,  Jordanum  Bricii,  dominum  de  Vellaucio\  magne  nostre  curie 
magistrum  racionalem,  consiliarium  et  fidelem  nostrum  dilectum, 
majoremque  et  secundarum  appellacionum  judicem  dictorum  Pro- 
vincie  et  Forcalquerii  comitatuum,  die  xvi  mensis  septembris, 
XV  indictionis,  anno  Domini  M IIIP  XXXVII,  regnorum  vero  nostro- 
rum  anno  tercio. 

Per  regem,  ad  prefati  sui  consilii  deliberationem. 

ftllCHAEL. 

Gratis.  Registrata. 

Matheds. 

VIII. 

Testament  d'Antoine  de  la  Salle,  rédigé  avant  son  départ  pour  l'Ita- 
lie avec  le  roi  Bené  (30  mars  -1438). 

(Archives  des  Bouches-du-Rbùne,  fonds  de  l'étude  Verdillon,  protocole  de  Jean 
d'Escalis,  1438-1455,  fol.  2.  —  Indiqué  :  Bibliothèque  de  Carpentras, 
ms.  1853  (anc.  Peiresc  LXXII,  t.  I),  fol.  93  v».) 

Texte  provençal.  Texte  latin  notarié. 

Au  non  de  Dieu,  amen,  etc.  Anno  Domini  millesimo  qua- 
M"*  iiij=  xxxviij,  die  penultima  dringentesimo  tricesimo  octavo, 
marcii  circa  vesperos.  die  penultima  mensis  marcii  post 

1.  V'elaux,  Bouches-du-Rhône,  arr.  d'Aix,  cant.  de  Berre. 


NOUVEAUX    DOCUMENTS    SUR   SA    VIE. 


34  f 


Memoria  de  rentencion  que 
yeu,  AiiLhoni  de  la  Sala,  senhor 
de  Sadaron,  ay  per  ordonnar 
mon  présent  testament. 


vesperos,  notum  sit,  etc...\ 
quod  cum  nil  morte  certius  sit 
nilque  incertius  ejus  hora,  ad 
CLijus  morlis  terminum,  etc.. 

Idcirco,  ego,  Anthonius  de 
Sala,  dominus  Sadaroni  et  scu- 
tifTer  domlni  nostri  régis  Renati, 
sanus  mente  et  corpore  per  Dei 
graciam,  ac  in  mea  sana  et  Ar- 
ma existens  memoria,  rationa- 
bili  et  discreta,  disponens  me 
transferre  usque  partes  Neapolis 
cum  dicto  domino  nostro  rege 
Renato,  suoque  primogenito  do- 
mino de  Galabria,  ac  cum  stolio 
galearum  armatarum^,  dubitans 
casus  mortis  evenire,  de  bonisque 
cunctis  meis  et  juribus  taliter 
disponere  et  etiam  ordinare,  ne 
ulla  inter  succedentes  meos,  oc- 
casione  seu  causa  bonorum  meo- 
rum  quorumqunque  [sic]^  lis 
seu  questio  oriatur,  ideo  facio, 
condo  et  ordino  meum  ulti- 
mum  testamentum  nuncupati- 
vum,  meamque  ultimam  voUun- 
tatem  ac  dispositionem  finalem 
omnium  bonorum  meorum  tam 
mobilium  quam  immobilium  ... 
in  modum  qui  sequitur  infra  : 

In  primis,  tanquam  verus 
christianus,  recomendo  animam 
meam  Altissimo,  omnium  crea- 
tori.  Domino  nostro  Jesu  Ghristo 
et  gloriose  ac  intemerate  Marie 
Virgini,  matri  sue,  et  toti  curie 
superne. 

Item,  volo  corpus  meum  se- 


1.  J'ai  cru  devoir  supprimer  les  formules  habituelles. 

2.  Le  départ  de  Marseille  eut  lieu,  comme  il  est  dit  plus  haut,  le  \1  avril 
suivant. 


3'r2 


ANTOINE    DE    LA    SALLE. 


Et  premier,  yeu  ordonne  que 
Lot..J  del  péage  de  Sadaron  o 
d'altras  causas  s...  a  pagar  lolz 
mes  deupLes,  segon  l'escrich  de 
ma  propria  man,  signât  de  mon 
sang  manual,  local  yeu  laisse  a 
Paullo  de  Lain,  mon  luoclenent 
en  aqueslas  parlidas  et  procura- 
dor  gênerai  en  totz  mos  affaires. 
Et  pagat  tôt  que  sia,  la  resta  yeu 
ordonne  en  catre  partidas  :  la 
primiera  a  faire  ung  espital  o  lo 
sementery  a  la  gleisa  de  Nostra 
Donna  l'Annonciada  de  Sadaron, 
segont  sara  plus  necessary,  per 
Pordenansa  de  mos  heretiers  et 
executors.  —  Item,  la  seconda 
part  sara  converlida  per  ajudar  a 
maridar  quatre  filhas  orphelinas 
venent  istar  a  Sadaron  et  non 
altrament.  —  Item,  la  tersa 
part  si  fondara  una  bassa  messa, 
si  tant  es  que  bastc,  et  ung  can- 
tar  lo  jorn  que  yeu  saria  tres- 
passat  d'aquest  mont;  et  si  non 
bastava,  fossa  vendu  de  mos  al- 


pelliri  ecclesiastice  sépulture,  si 
me  mori  contingat  in  presenti 
patria  Provincie,  volo  sepelliri  ad 
voluntatem  heredum  seu  gadia- 
torum  meorum;  exequias  etiam 
volo  fieri  ad  ipsorum  dispositio- 
nem. 

Item,  lego  pro  sainte  anime 
mee,    meorumque    redemptione 
peceaminum  et  pro  solvendis  de- 
bitis  meis  secundum   scriptum 
manu   propria  scriptum   signa- 
tumque    meo    proprio    signeto, 
quod    reliqui    nobili    Paulo    de 
Layn,  locumtenenti  meo  et  pro- 
curatori  generali   in  hiis  parti- 
bus  Provincie  et  Forcalquerii  ac 
comictatu  Venayssini,    videiicet 
omnes  peccunias  proventuras  ex 
pedagio  Sadaroni   et  aliis  meis 
causis,   de    quibus    volo    atque 
jubeo  exsolvi   ipsa  mea  débita 
omnia  in  ipso  scripto  contenta; 
et  ipsis  debitis  omnibus  solutis, 
residuum  sive  resta  que  prove- 
niet  ex  ipsis  pedagio  et  aliis  cau- 
sis sive  rébus  meis,  volo  et  or- 
dino  dividi  in  quatuor  partibus  : 
prima  parte  ad   faciendum   seu 
fieri  fiendum  quoddam  hospitaie 
sive  simiterium  in  ecclesia  Nostre 
Domine  Nunciate  dicti  loci  Sada- 
roni, secundum  ordinationem  he- 
redum et  gadiatorum  meorum. 
—  Item,   secunda  pars  debeat 
dividi    et    distribui    pauperibus 
filiabus    orphaneilis     pro    ipsis 
marilandis  in   loco  Sadaroni  et 
non  alibi  et  ibi  mancionem  ea- 
rum  fiendis.  —  Item,  de  tercia 


1.  Lacune  dans  l'original. 


NOUVEAUX   DOCUMENTS    SDR   SA    VIE. 


343 


très  bens  inmovables  tant  que 
bastessa  aysso  sollamenl.  — 
Item,  la  carta  part  per  las  des- 
pensas de  mes  executors;  et  si 
non  baslassa,  fosson  vendulz  de 
mos  bens  dessusdich[s],  tant  que 
faria  raestier. 


Item,  l'ostal  que  yeu  ay  fach 
fayre  al  borg  del  dich  luoc  de  Sa- 
daron  et  tolz  mos  altres  bens 
movables,  coma  libres,  arnes, 
lieh,  cubertas,  vaixellad'eslanch, 
auballestas,  bonbardas,  caissas, 
panes  et  altras  causas  caynas 
que  sian,  d^aco  sia  fach  très 
parLidas,  dont  l'una  sara  de 
Adam  de  Monstruel,  forrier  de 
monsenlîor  de  Gallabre,  la  se- 
conda sara  dudictPaullo  de  Lain 
et  la  Lierse  de  Gaston  MaisLre, 
d^Arle,  mos  ansians  servidors. 


vero  parte,  voloatquejubeocele- 
brari  unam  parvam  missam  bas- 
sam  in  dicta  ecclesia  Béate  Marie 
Sadaroni  pro  anima  mea  meo- 
rumque  redempLione  peccami- 
num,  omni  die,  si  possibile  sit, 
necnon  et  quoddam  cantare  di- 
cendum  et  celebrandum  in  cras- 
tinum  mei  obitus.  —  Item,  et 
reliqua  quarta  parte  {sic)  distri- 
buatur  executoribus  meis  sub- 
scriptis  pro  eorum  expensis  fien- 
dis  per  eos  in  exequendo  [contenta] 
in  presenti  meo  testamento.  Et 
si  dicte  peccunie  proventure  ex 
dicto  pedagio  et  aliis  meis  ob- 
ventionibus  non  suppeterent  ad 
predicta  fleri  ordinata  fienda, 
volo  quod  vendantur  de  bonis 
meis  immobilibus  usque  quod 
predicta  legala  et  ordinata  per 
me  compléta  fierint  et  deducta 
exequtioni. 

Item,  volo  et  ordino  ego  di- 
ctus  testator,  de  certa  meascien- 
tia,  quod  hospitium,  quod  ego 
testator  predictus  fieri  feci  in 
burgo  dicti  loci  Sadaroni,  et  om- 
nia  alia  bona  mobilia,  sicuti 
libri,  arnesium,  leclum,  cubertas 
lecti,  stagnum,  albalhistas,  bon- 
bardas, capsias,  panesia  et  con- 
similia  quecunque,  de  predictis 
omnibus  fiant  et  fieri  debeant  très 
partes,  quas  lego  et  dari  volo, 
videlicet  unam  partem  Adan  [sic] 
de  Monstruel,  furyrerio  domini 
de  Galabria,  secundam  partem 
dicto  Paulo  de  Lain  et  terliam 
partem  Gastoni  Maystre,  de  Are- 
late,  meis  servitoribus  antiquis, 


344 


ANTOINE    DE    LA    SALLE. 


Et  des  aultres  biens  inmo- 
vables,  comme  le  Mas  Blanc,  la 
tor  de  Ganilhac,  cartes,  instru- 
mens,  privilleges,  actions,  deptes 
et  qualque  altre  drech  que  sien 
a  my  apartenens,  yen  donne  et 
fauc  heretiers  la  noble  et  egregie 
dama  Madama  Guiote  Flamenge, 
dama  de  Sant  George,  comma 
ma  plus  prochaine  parente,  et  le 
noble  et  egreg  homme  Anlhoni 
Allamand,  senhordeSantGeorge, 
son  maryt,  et  al  plus  vivent 
d'els,  et  après  a  leurs  susseceurs 
dessendus  de  leurs  cors  ensem- 
ble, et  par  deffault  d'els,  jeu 
ordonne  que  la  mitât  venga  a 
raessire  Bertrand  de  Bayon,  sa 
vida  durant,  et  après  a  l'un  de 
SOS  iij.  enfans,  so  es  assaber 
Johan,  Annete  et  Honorât,  des- 
sendus d'eu  a  cosina  lor  mayre; 
et  Paultrat  mitât  venga  a  mes- 
sire  Anthoni  de  Bonilz,  mon  co- 
sin,  et  a  sos  suss[ess]urs  dessen- 
sus  d'el,  et  que  l'una  partida 
sussede  a  l'altra  per  falta  d'ere- 
tiers. 


quibus  et  eorum  cuilibet  lego 
unam  partem  et  dari  volo  pro 
serviciis  per  eos  et  eorum  utrum- 
que  impensis  fideliter  et  legaliter 
et  que  impendere  non  desinunt 
omni  die. 

In  omnibus  aliis  bonis  meis, 
mobilibus  et  inmobilibus,  sicuti 
Lamebladis  (!!  sic),  curtem  [sic] 
de  Ganilhac,  instrumentis,  privi- 
legiis,  juribus,  actionibus  et  ra- 
tionibus  et  debitorum  nominibus 
quibuscunque,  quecunque,  qua- 
liacunque  et  quantacunque  sint 

vel  fuerint facio,  insti- 

tuo  et  ordino  ego  dictus  testator, 
de  certa  mea  scientia,  heredes 
meos  universales  et  insolidum, 
videlicet  egregios  et  nobiles  do- 
minam  Guiotam  Flamenge,  do- 
minam  de  Sancto  Georgio,  et 
dominum  ejus  virum,  et  eorum 
alterum  et  eorum  liberos  natos  et 
nascituros  ex  eorum  raatrimo- 
nio  sive  corpore;  et  si  dicti  he- 
redes mei  supranominati  décé- 
dèrent seu  mori  contingeret 
quandocunque  sine  proie  légiti- 
ma ex  eorum  corporibus  et  ex 
ipso  legitimo  matrimonio  pro- 
creanda,  quod  Dominus  advertat  ! 
substituo  eisdem  seu  ipsorum 
altero  dominum  Bertrandum  de 
Bayssono  (52c),  jurisperitum,  pro 
medietate,  quamdiu  vivet  in  hu- 
manis,  et  ipso  vita  finito,  deve- 
niat  sive  perveniat  Johann i, 
Annete  et  Honorato,  fratribus, 
filiis  suis  genitis  ex  consobrina 
mea,  uxore  dicti  domini  Ber- 
trandi;  et  pro  reliqua  medietate 


NOUVEAUX  DOCUMENTS  SUR  SA  VIE.  345 

dominum  Anthonium  de  Bonilis, 
consobrinum  meum,  et  sucs  libè- 
res natos  et  nascituros.  Et  si 
unus  ipsorum  dominorum,  vide- 
licet  dominus  Bertraridus  de 
Bayssono  aut  Anthonius  de  Boni- 
lis,  decederet  sine  liberis  ex  eo- 
rura  corporibus  procreatis,  seu 
dictiliberi  dictidomini  Bertrandi, 
substitue  liberos  dicti  domini 
Anthonii  et  eorum  heredes. 
Los  executors  ^  ....  de  Sant         Gadiators   (sic)    et  exequtors 

d'Arle,  etmessire (sic)  hujus  testamenli  facio  domi- 

Loys eydeSantRo nos    Anthonium    Hermentarii^, 

Nicolaum  de  Sancto  Martine^, 
Johannem  Bartholome,  de  Aquis, 
magistrum  Lu[dovicum]  de  Vi... 
(?),  Sancti  Romei,  et  magistrum 
Bertrandum  Massoti,  Buxi"*,  et 
eorum  utrumque. 

Hoc  autem Cassans 

Et  vos  viros et  te  nota- 

rium 

Actum  Massilie,  in  aula  do- 
mus  heredum  nobilis  Garoli 
Spieffami^;  présentes,  Balthe- 
sar  Gerenta,   dominus  Montis- 

1.  Lacune  dans  l'original. 

2.  Antoine  Hermentaire,  Hermentère  ou  Hermentier,  appartenant  à  une 
famille  marseillaise,  était,  en  1427,  maître  d'hôtel  de  Louis  III  d'Anjou  et  en 
1436  viguier  de  Marseille  ;  il  devint  plus  tard  seigneur  d'Orgon.  Sa  fille  Cathe- 
rine épousa,  cette  année  1438,  Honoré  de  Pontevès,  vicomte  de  Bargème.  Il 
eut  une  petite-fille,  qui  porta  le  même  prénom  que  la  femme  d'Antoine  de  la 
Salle,  Lionne  de  Pontevès  ;  elle  épousa  Jean  d'Astoaud,  seigneur  de  Murs,  en 
1497.  Cf.  Bibl.  de  Carpentras,  mss.  830  et  1853,  fol.  81  et  82;  Artefeuil,  t.  II, 
p.  226;  Généalogie  historique  de  la  maison  de  Sabran- Pontevès,  p.  41  et  42. 

3.  Nicolas  de  Saint-Martin,  Arlésien  qui  devint  coseigneur  de  Maillane  ;  pos- 
sesseur de  biens  en  Provence  en  1444,  1450,  1452,  1453  (Bibl.  d'Avignon, 
ms.  3681,  fol.  9  et  suiv.). 

4.  Buis-les-Baronnies,  Drôme,  arr.  de  Nyons,  ch.-l.  de  cant. 

5.  La  femme  d'Antoine  Hermentaire  appartenait  à  cette  famille  et  s'appelait 
Agnès  Spifame. 


346  ANTOINE   DE   LA   SALLE. 

clari  ^  ;  Petrus  Saure,  mercator  ; 
Anthonius  I^urdi ,  Anlhonius 
Paieti,  raagister  Bernardus  Tur- 
relli,  Jacobus  Gaprerii,  magisler 
Petrus  Gatini,  manescallus  de 
Ais2. 


IX. 

Donation  par  le  roi  René  à  Antoine  de  la  Salle  de  la  propriété  de 
la  seigneurie  de  Séderon  (20  janvier  ^439). 

(Archives  des  Bouches-du-Rhône,  Bll,  fol.  308  v°.) 

Pro  nobili  Anthoneto  de  la  Sala  donalio  castri  Sadaroni  ad  vitam 

tantmn^. 

Anno  incarnationis  Domini  millesimo  quadringenlesimo  Iricesimo 
nono,  die  sexta  mensis  maii,  constilutus  in  regio  Aquensi  archive 
nobilis  Paulus  de  Lain,  procurator  et  procuratorio  nomine  nobilis 
Anthoneti  de  la  Sala,  scutifferi  regii,  quasdam  regias  litteras, 
magno  sigillo  inpendenti  munitas,  archivariis  regiis  reaiiter  presen- 
tavit,  quarum  litterarum  ténor  sequitur  et  est  talis. 

Ténor  litterarmn. 

Renatus,  Dei  gratia  Jherusalem  et  Sicilie  rex...  Debetur  obsequiis 
gratitudo,  et  naturalis  obligationis  instinctu  rependiura  illis  quoque 
hoc  decet  adesse  prestantius  ubi  majora  precesserunt  mérita  et  fru- 
etuosiora  extilisse  servitia  comprobantur.  Gonsideramus  igitur  illos 
potioribus  beneficiis  efferendos  quos  erga  predecessores  nostros 
majoris  devotionis  operibus  comperimus  claruisse  et  se  nobis  gratio- 
res  per  obsequii  promptioris  exhibitionem  laudabilem  reddidisse. 
Sane  olim  clare  memorie  serenissimus  princeps  et  dominas  germa- 
nus  noster  reverendissimus  dominus  Ludovicus  tertius,  Jherusalem 

1.  Balthasar  de  Gérente,  seigneur  de  Monclar,  Gémenos,  Senas  et  Salonet, 
maître  d'hôtel  du  roi  René  (8  juillet  1437),  mari  de  Delphine  de  Pontevès.  Son 
fils  Guigonel  fut  chambellan  du  roi  René;  son  petit-fils  Jean,  après  avoir  été 
chancelier  de  Provence  en  1479,  devint  grand-sénéchal  sous  Louis  XI. 

2.  Je  dois  la  transcription  de  ces  deux  textes  à  l'obligeance  de  M.  Raimbault, 
sous-archiviste  du  département  des  Bouches-du-Rhône,  que  je  suis  heureux  de 
remercier  ici  de  son  extrême  amabilité. 

3.  Ce  titre  est  fautif;  le  scribe  a  lu  trop  rapidement  l'acte  pour  se  rendre 
compte  que  ce  n'est  plus  la  jouissance  viagère  qui  est  ici  concédée. 


NOUVEAUX   DOCUMENTS   SUR  SA   VIE.  347 

et  Sicilie  rex,  etc.,  dum  viveret,  actendens  mérita  grata  sincère  devo- 
tionis  et  fidei  viri  magnifici  Anthonii  de  la  Sala,  etc.,  consiliarii  et 
fidelis  nostri  dilecti,  eidem  Anthonio,  ad  vitam  suam  tantura,  ca- 
strum  Sadaroni,  scitum  et  positum  in  prefato  nostro  comitatu  Forcal- 
querii,  cum  hominibus,  vassallis,  vassallorumqtre  redditibus,  juri- 
bus,  pedagiis,  proventibus,  emoiumentis,  prosignis,  jurisdictionibus 
et  pertinentiis  suis  omnibus  dédit,  tradidit  et  gratiose  concessit, 
sicut  in  quibusdam  regiis  litteris  fraternis  eidem  Anthonio  proinde 
concessis  et  factis  plenius  et  seriosius  hec  et  alla  continentur.  Nos 
vero,  liberalitatem  dicti  condam  domini  régis  Ludovici,  fratris  no- 
stri reverendissimi,  erga  dictum  Anthonium  oslensam  multipliciter 
comendantes  et  ipsius  in  hac  parte  sequi  vestigia  cupientes,  nec 
minus  in  nostre  mentis  examine  deducenles  fervorem  sincère  fidei  et 
illibate  devotionis  constantiam  dicti  Anthonii,  tam  erga  clare  memo- 
rie  serenissimum  principem  et  dominum  genitorem  nostrum  reve- 
rendissimum  dominum  Ludovicum  secundum,  Jherusalem  et  Sicilie 
regem,  etc.,  et  prefatum  dominum  regem  Ludovicum  tertium,  fra- 
trem  nostrum  reverendum,  quam  etiam  erga  nostram  magestatem 
laudabiliter  comprobatam,  grata  quoque,  fructuosa,  accepta  et  digna 
memoratu  servitia  per  eum  prefatis  predecessoribus  nostris  et  subse- 
quenler  nobis  laboriose,  die  noctuque  et  in  acceptabili  tempore  pre- 
stita  et  impensa  fideliter  et  constanter,  in  quorum  servitiorum  pre- 
statione  Antonius  ipse  quicquid  scivit  et  potuit,  pro  statu  dictorum 
predecessorum  nostrorum  et  nostro,  facere  non  obmisit,  personam 
suam  periculis  formidandis  exponens,  sumptibus  non  parcens  mul- 
tiplicibusque  laboribus  et  expensis  quos  et  quas  pro  honore  et  statu 
ipsorum  predecessorum  nostrorum  et  nostro  cum  indefexa  promptitu- 
dine  supportavit,  queve  prestat  ad  presens,  vacando  die  noctuque, 
cum  solicitudine  et  diligentia  speciali,  circa  gubernationem  persone 
illustris  filil  nostri  primogeniti  prediiectissimi,  Johannis,  ducis 
Galabrie,  etc.,  et  prestare  poterit  de  bono  in  melius  continuatione 
laudabili  in  futurum,  ex  quibus  ipsum  Anthonium  munificeprosequi 
astringimur  et  tenemur  et  eum  ampliori  nostra  gratia  et  remunera- 
tione  dignum  et  benemeritum  reputamus,  que  quidem  servitia  et 
mérita  ipsius  Anthonii  non  fuerunt  a  nostra  delenda  memoria,  sed 
illa  debemus  habere  continue  menti  fixa,  et  merito  nos  exitant  ad 
ejus  prosequtionem  munificam  et  uberem  gratitudinem  per  nos  erga 
eum  per  consequens  exercendam,  ac  volentes  cum  dicto  Anthonio 
super  concessione  dicti  castri  agere  gratiose,  tam  propter  exigentiam 
suorum  servitiorum  et  meritorum  predictorum,  quam  in  recompen- 


348  iNTOINE   DE   LA   SALLE. 

sationem  ducatorum  triginta  sex  milium  debilorum  condam  viro 
magnifico  et  strenuo  armorum  capitaiieo  Bernardo  de  la  Sala,  geiii- 
tori  dicli  Anthonii,  per  clare  memorie  serenissimum  et  illustrissi- 
mum  principem  et  dominum  avum  nostrum  reverendissimum, 
dorainum  Ludovicum  primum  Jherusalem  et  Sicilie  regem,  etc.,  et 
per  eumdem  condam  Bernardum  eidem  condam  domino  régi  Ludo- 
vico  primo  in  suo  felici  adventu  ad  hoc  regnum  nostrum  Sicilie 
mutuatorum,  sicut  per  scripturas  et  litteras  suas  regias,  magno  pen- 
denti  sigillo  munitas,  inde  factas,  clare  patuit,  jamdicto  Anthonio  et 
suis  heredibus  et  successoribus  universalibus  et  particularibus  qui- 
buscumque  imperpetuum,  jamdictum  castrum  Sadaroni,  ut  supra 
situm  et  positum,  cum  fortellitio,  hominibus,  vassallis,  vassallo- 
rumque  reddilibus,  feudis,  subfeudatariis,  mero  et  mixto  imperio  ac 
gladii  poteslate,  domibus,  possessionibus,  vineis,  olivetis,  jardenis, 
terris  cuitis  et  incultis,  montibus,  planis,  siivis,  nemoribus,  pascuis, 
arboribus,  molendinis,  furnis,  baccinderiis ,  aquis,  aquarumque 
decursibus,  prosignis,  emolumentis,  pedagiis,  herbagiis,  jurilms, 
jurisdictionibus,  censibus,  laudimiis  et  tresenis,  cnm  juriiras  reten- 
tionis  et  prelationis,  obventionibus,  redditibus  et  proventibus,  actio- 
nibus,  rationibus  et  pertinentiis  omnibus  et  singulis  ad  dictum  ca- 
strum Sadaroni,  tam  de  jure  quam  de  consuetudine,  spectantibus  et 
pertinenlibus  quovis  modo,  de  novo,  tanquam  rem  nostram  pro- 
priam,  damus,  donamus,  tradimus  et  ex  causa  donationis,  proprii 
nostri  motus  instinctu,  tenore  presentis  nostri  privilegii  et  de  certa 
nostra  sciencia,  concedimus  graciose,  cedentes,  transferentes  et  diri- 
vantes  in  eumdem  Anthonium  et  dictos  suos  heredes  et  successores 
ejusdem,  presentis  nostri  privilegii  tenore  et  dicta  sciencia  certa  no- 
stra, omne  jus  omnemque  actionem  realem  et  personalem  nobis 
et  nostre  curie  ac  heredibus  et  successoribus  nostris  competens  et 
competentem,  competiturum  et  competituram,  quomodocumque  et 
qualitercumque,  in  et  super  dicto  castro  et  juribus  suis  predictis, 
nichil  juris  vel  actionis  quoad  utile  dominium  in  illis  nobis  et  dicte 
nostre  curie  seu  heredibus  et  successoribus  nostris  predictis  retinen- 
tes  seu  quomodolibet  reservantes,  cum  dictum  castrum  cum  juri- 
bus suis  predictis  eidem  Anthonio  et  dictis  suis  heredibus  et  succes- 
soribus concesserimus  et  donaverimus  ex  causis  premissis  superius 
prenarratis,  dantes  et  concedentes  per  presens  nostrum  privilegium 
eidem  Anthonio  et  dictis  suis  heredibus  et  successoribus  licentiam, 
auctoritatem  et  plenariam  poteslatem  quod  possint  et  valeant  libère 
et  sine  contradictione  aliqua  dictum  castrum  Sadaroni  tenere  et  pos- 


IVOUVEAUX    DOCUMENTS    SDR   SA    VIE.  349 

sidere,  vendere,  alienare,  obligare,  hypothecare  seu  legare  et  relin- 
quere  in  vita  vel  in  morte,  ac  facere  et  disponere  pro  eorum  lil^ito 
voluntatis... 

Datum  in  Castro  novo  Capuane  N^eapolis  per  manus  nostri  predicti 
régis  Renati,  anno  Uomini  miilesimo  quadringentesimo  tricesimo 
nono,  die  vicesimo  mensis  januarii,  secunde  indictionis,  regnorum 
nostrorutn  anno  un*". 

Vitalis  de  Gabannis',  locuratenens  prolhonolarii. 

De  mandato  regio,  domino  Guillelmo  de  Montefer- 
rato^,  domino  Octivo,  cancellarioregni  Sicilie^;  domino 
Georgio  de  Alamania,  comité  Pulcini'';  Ludovico, 
domino  de  Bellavalle^;  Henrico,  bastardo  de  Barrii;  J  presentibus. 
domino  Guidone  Daucigny;  domino  Vitali  de  Gaban- 
nis; Petro,  domino  de  Ghampagnia;  Johanne  Gossa  et 
aliis  dominis  de  consilio, 

BoLLUMBRELLUS, 

Registrata  in  cancellaria,  pênes  cancellarium. 


Extrait  de  Vacte  de  vente  de  Séderon  par  Antoine  de  la  Salle  à 
Pierre  de  Mévouillon  :  consentement  donné  par  sa  femme,  Lionne 
de  la  Sellana  de  Brusa,  et  renonciation  à  ses  droits  (20  octobre 
U39). 

(Archives  des  Bouches-du-Rhône,  B  12,  fol.  3.) 

Insuper  nobilis  et  egregia  domicella  domina  Lyon  de  la  Sellana  de 
Brusa,  uxor  dicti  domini  Anthoneti  [de  la  Sala],  presens  coram  nobis, 
certiorata  et  in  formata  prius  per  nos  notarium  et  testes  de  vendicione 
dicti  castri  [de  Sadarone]  facta  per  dictum  Anthonium,  virum  ipsius 
domine  Lyon,  et  omnibus  et  singulis  supradictis  et  ipsum  castrum 
fuisse  pro  suis  dotibus  et  earum  augraentoypotecatum  etobligatum, 
infrascripto  die,  coram  nobis,  cum  auctoritate  dicti  domini  Antho- 

1.  Ce  Vital  de  Cabanes,  d'une  famille  provençale  bien  connue,  fut  grand  jus- 
ticier du  royaume  de  Sicile. 

2.  Guillaume  Paléologue,  qui  devint  marquis  de  Montferrat  après  la  mort 
(1464)  de  son  frère  Jean  IV. 

3.  C'est  Olhon  Garracioio,  chancelier  du  royaume  de  Sicile. 

4.  Georges  d'Allemagne,  comte  de  Pulcino,  membre  d'une  famille  provençale. 

5.  Louis  de  Beauvau,  seigneur  de  Champigné,  qui  devint  sénéchal  d'Anjou  et 
de  Provence,  ambassadeur  du  roi  René,  etc.,  et  mourut  en  1472. 


350  ANTOINE    DE    LA    SALLE. 

neti,  viri  ipsius,  presentis  et  ad  omnia  et  singula  supradicla  suum 
assensum  et  aucloritatem  prestantis,  dicte  vendicioni  concensit  et 
ejus  concessum,  voluntatem  et  auctoritatem  in  predictis  et  quolibet 
premissorum  pariLer  prestitit,  ipsamque  vendicionem  et  omnia  et 
singula  supradicta  et  eciam  infrascripla  raliflcavit,  confirmavit,  emo- 
logavit  et  acaptavit,  ac  ratificat...  Et  nichilominus  dictus  dominas 
Anthonetus,  venditor,  et  prefata  domina  Lyon,  ipsaque  domina 
Lyon  juravit  se  esse  majorem  annorum  quindecim,  pro  predictis 
omnibus  et  eorum  singulis  observandis... 

Acta  fuerunt  bec  in  domibus  habilacionum  ipsiusdomini  Antoneti 
venditoris,  sitis  in  platea  Gapuane  civilatis  Neapolis,  justa  vias  publi- 
cas  a  duabus  partibus  et  alios  confines...  presentibus...  dominis 
Vitale  de  Gabannis,  Johanne  le  Gilleur,  utriusque  juris  doctoribus; 
K.arolodeGastilione%  domino  de  Albanea;  domino  Johanne  de  Roge- 
rio,  priore  dicti  loci  de  Sadarono;  domino  Ghristoforo,  diclo  Volum- 
brella,  regio  secretario;  Francisco  Tressepmanas,  de  Aquis;  Ermano 
de  Vianna,  magistro  in  artibus,  regio  sirurgico,  et  Johanne  de  Gon- 
stancio,  voierio(?),  testibus...  Et  ego,  Anthonius  Falconis  de  Neapoli 
publicus...  notarius  et  scriba... 

XL 

Abandon  par  le  roi  Bené  en  faveur  d'Antoine  de  la  Salle  de 
700  florins  de  droits  de  lods  et  trézain  pour  ses  ventes  et  acquisi- 
tions d'immeubles  en  Provence,  plus  de  tous  les  droits  dus  au 
trésor  royal  à  l'occasion  de  la  vente  de  Séderon  (22  novembre 
^439). 

(Archives  des  Bouches-du-Rhône,  B  12,  fol.  79.) 

Pro  Anthonio  de  Sala,  donaiio  laudimiorum  et  trezenorum  pro  bonis 
acquirendis  usque  summam  VIP  florenorum. 

Anno  Domini  millesimo  quadringentesimo  quadragesimo,  die 
vicesima  octava  mensis  novembris,  vir  nobilis  Isnardus  Peytavini, 
in  regio  Aquensi  archivo  personaliter  constitutus,  quasdam  réglas  et 
reginales  litteras  in  pargameno  descriptas. ..  presentans,  illas...  in 
presenti  registro  inseri  et  registrari  débite  requisivit... 

1.  Charles  de  Castillon,  seigneur  d'Aubagne,  Eyrague,  Cassis,  etc.,  fils  de 
Luc,  fut  conseiller  des  rois  Louis  III  et  René,  maître  rational  à  la  Chambre  des 
comptes  d'Aix,  chevalier  de  l'ordre  du  Croissant,  etc.  Il  mourut  au  mois  de 
janvier  1461. 


NOUVEAUX    DOCUMENTS   SUR   SA   VIE.  35^ 


Ténor  litterarum  ifsarum. 


Renatus,  Dei  gratia  Jherusalem  et  Sicilie  rex...  spectabili  et 
magnifico  milili  Tangredo  de  Castro,  preposito  Parisiens),  locurate- 
nenli  noslro  generali  in  comilatibus  nostris  Provincieet  Forcalquerii 
et  terris  eis  adjacentibus  noviter  ordinato,  ac  noslro  sibi  assistenti 
consilio...  graliam  et  bonam  volantatem.  Scire  vos  volumus  quod 
nos,  considérantes  grata,  utilia,  frucluosa  et  accepta  servicia  per 
nobilem  et  egregium  virum  Antonium  de  Sala,  consiliarium  et  fide- 
lem  nostrum  diiectum,  ac  gubernatorem  persone  iliustris  et  predi- 
leclissimi  nati  noslri  primogeniti  Johannis,  ducis  Galabrie,  mages- 
tati  nosLre  die  nocluque  prestita  et  impensa  fideliter  et  constanter,  in 
quorum  prestalione  Antonius  ipse  subire  sue  persone  pericula, 
sumplus,  labores  et  tedia  non  exxavit  [sic] ,  queve  preslat  ad  presens  et 
prestare  poterit  de  bono  in  melius  conlinuatione  laudabili  in  futu- 
rum,  ex  quibus  ipsum  Antonium  munifice  prosequi  et  tractare 
merito  astringimur  et  tenemur  et  ad  prosequendum  cum  dignis 
retribucionibus  racionabiliter  obligamur,  ut  proinde  sibi  pro  nunc 
provideamus  de  aliquo  rependiograciarum,jamdicto  Antonio,  pro  se 
suisque  heredibus  et  successoribus,  summam  florenorum  septingen- 
torum,  monete  patrie  nostreProvincie,  noslram  curiam  contingentera 
pro  juribus  laudimiorum  et  trezenorum  nobis  et  nomine  curie  debi- 
lis  pro  quibusdara  bonis  per  ipsum  Antonium  ex  nunc  in  antea  ven- 
dendis,  emendis  et  acquirendis  quocumque  et  qualilercumque  in 
comilatibus  Provincie  et  Forcalquerii  et  terris  eis  adjacentibus, 
damus,  donamus,  tradimus,  remictimus,  relapsamus  et  concedimus, 
tenore  presencium,  de  certa  nostra  sciencia,  propriique  noslri  motus 
inslinclu,  liberalilate  mera  et  gracia  speciali,  ila  tamen  quod  diclus 
Antonius  teneatur  et  debeat  singulis  vicibus  vendicionis,  erapcionis 
et  acquisicionis  diclorum  bonorum  per  eum  faciende,  intimare  dicto 
locumtenenti  noslro  generali  et  consilio  noslro  sibi  assistenti,  parti- 
culariter  et  distincte,  ut  de  preraissis  habere  valeant  conscienciam  et 
noticiam  specialem,  pro  caulela  curie  noslre  et  ex  hac  ipsa  curia 
nostra  nequeal  defraudari.  El  amplius,  ad  majoris  gracie  cumulum, 
prefalo  Anlonio  diclisque  suis  heredibus  et  successoribus  omne  jus 
laudimiorum  et  trezenorum  nobis  et  noslre  curie  debitum  pro  vendi- 
cione  casLri  Sadaroni  per  ipsum  Antonium  noviter  facta  viro  magni- 
fico Petro  de  Medulione,  cambellano,  consiliario  et  fideli  noslro 
dileclo,  ad  quamcumque  peccunie  summam  jus  dictorum  laudimiorum 
et  trezenorum  ascendat,  earumdem  tenore  presencium  et  de  dicta 


352  ANTOINE    DE    LA    SALLE. 

sciencia  noslra  certa,  remiclimus,  donamus  et  perpetuo  relaxamus, 
el  volumus  quod  ipse  Anlonius,  diclique  sui  heredes  et  successores 
ad  solucionem  dicti  juris  laudimiorum  et  trezenorum  per  eos  nobis 
et  dicte  nostre  curie  debiti  pro  vendicione  dicti  castri  Sadaroni  facta 
dicto  Petro  de  Medulione,  ut  est  dictura,  nuUo  unquam  tempore 
teneantur  neque  ad  id  compeili  vel  astringi  possent  in  eorum  perso- 
nis,  rébus  atque  bonis.  Quapropter,  vobis  supranominatis  officia- 
riis... 

Datum  in  castro  nostro  Gapuane  Neapolis,  per  manus  nostri  pre- 
dicti  régis  Renati,  anno  Domini  M"IIIPXXXIX,  die  xxri  mensis 
novembris,  tercie  indictionis,  regnorum  nostrorum  anno  quinto. 

Vitalis,  locumtenens  prothonotarii. 

De  mandate  regio,  in  presencia  dictorum  de  consilio... 

BOLUMBELLCS. 

Gratis. 

XII. 

Mandement  d'Isabelle  de  Lorraine^  reine  de  Sicile,  pour  le  paiement 
des  mille  florins  de  dot  assignés  par  le  roi  René  à  Lionne  de  la 
Sellana  de  Brusa,  suivant  une  convention  passée  avec  son  mari, 
Antoine  de  la  Salle  (5  août  -1441). 

(Archives  des  Bouches-du-Rhône,  B12,  fol.  154  v°.) 

Pro  nobili  Antonio  de  la  Sala  et  ejus  consorti  provisio  originalis 
super  modum  solucionis  dolis  ipsorum. 

Anno  Domini  M°1III'XLI,  die  tercia  octobris,  ad  requisicionem 
supplicem  magistri  Michaelis  Matharoni,  procuratorio  nomine  nobi- 
lis  Antonii  de  la  Sala  et  ejus  consortis,  quedam  patentes  litere  origi- 
nales... in  présent!  regestro  unacum  annexa  thesaurarii  archivate 
extiterunt,  velut  ecce. 

Ténor  ipsarum  liiterarum  reginalium. 

Ysabel,  Dei  gratia  Jherusalem  et  Sicllie  regina...  thesaurariis 
generalibus  Provincie,  necnon  ciavariis  curiarum  regiarum  de  Forcal- 
querio,  Sistarici...  presentibuset  futuris  et  eorum  cuilibet,  gratiam  et 
bonam  voluotatem.  Oum  pro  solucione  et  satisfacione  mille  floreno- 
rum  monete  Provincie  in  dotem  constitutorum  et  assignatorum  per 
metuendissimum  dominum  meum  regem  nobili  domicelle  Lione, 


NOUVEAUX    DOCUMEIVTS   SUR    SA   VIE.  353 

uxori  magnifici  Anthonii  de  Sala,  consiliarii  regii  atque  nostri 
dilecti,  habendorum  quidem  et  percipiendorum  super  juribus  laudi- 
miorum  et  trezenorum  ac  super  juribus  relencionum  nostre  curie 
competentibus  in  dictis  vicaria  Forcalquerii  ac  bajuliis  Sistarici,  Mo- 
steriarum,  Digne,  Gastellane,  Gollismarcii,  Guiiletmi  et  Sancti  Pauli 
Vencesii ^ appunctatum  fuerit  internes  et  dictum  Anthonetum  de  la 
Sala,  presentibus  et  consencientibus  magistris  racionalibus  magne 
régie  curie,  ut  actentis  oneribus  occurentibus  curie  régie  pro- 
pinque,  opus  est  ut  de  parte  dictorum  proventuum,  tam  pro  ga- 
giis  magistrorum  racionalium  exsolvendis,  quam  pro  aliis  negociis 
regiis  succurratur  et  subveniatur,  dictus  Antlionius  seu  ipsa  nobilis 
Liona  dicta  jura  uno  anno  integraliter  recipiat  per  manus  vestras, 
incipiendo  die  prima  mensis  novembris  proxime  futuri,  anno  fînito 
et  complète  jura  ipsa  pro  ipsis  gagiis  magistrorum  racionalium  et 
aliis  oneribus  more  cédant  per  alium  annum  inde  sequentem,  et 
ipso  anno  revoluto  dictus  Anthonius  seu  dicta  uxor  ejus  dicta  jura 
iterum  habeat  alterius  anni,  donec  eidem  Lione  de  dicta  summa 
mille  florenorum  fuerit  integraliter  persolutum  et  satisfactum.  Igitur 
in  executionem  dicti  appunclamenti,  volumus  et  vobis  tenore  presen- 
cium,  cum  deliberacione  regii  nobis  assistentis  consilii,  precipimus  et 
mandamus  quatinus  prefatis  Anthonio  et  Lione,  seu  ejus  [sic]  legitirao 
procuratori,  peccunias  dictorum  juriura  que  proveniunt  a  die  prima 
maii  proxime  preterili  nunc  usque,  et  que  provenient  exinde  usque 
primam  diem  maii  proxime  futuri,  sive  infra  unum  annum  flnien- 
dum  prima  maii  venientis  quo  computabitur  millesimo  quadringen- 
tesimo  quadragesimo  secundo,  proveniendorum,  alternis  annis, 
quousque  de  dicta  summa  mille  florenorum  in  dotem  pro  dote  [sic] 
constituta  et  assignata  eisdem  fuerit  integraliter  satisfactum  et  exso- 
lutum,  tradatis  et  exsolvatis,  vestrumque  quilibet^  prout  ad  eum 
spectabit,  tradat  et  exsolvat  intègre  et  sine  diminucione  et  contradi- 
cione  quibuscumque... 

Datum  in  Castro  nostro  Tharasconis,  per  magnificum  virum  Jero- 
nimum  de  Mirabollis,  de  Neapoli,  juris  utriusque  professorem, 
curie  camere  summarie  regni  Sicilie  presidentem,  majoremque  et 
secundarum  appellacionum  et  nullitatum  comitatuum  Provincie  et 

1.  La  viguerie  de  Forcalquier  et  les  baylies  de  Sisleron,  Moustiers,  Digne, 
Gastellane,  Colmars,  Guillaumes  et  Saint-Paul-de-Vence  étaient  des  circonscrip- 
tions administratives  du  nord  et  de  l'est  de  la  Provence.  Situées  dans  les 
Alpes,  c'étaient  certainement  les  plus  pauvres. 

4904  23 


354  ANTOINE  DE  LA  SALLE.  NOUVEAUX  DOCUMENTS  SUR  SA  VIE. 

Forcalquerii  predictorum  judicem,  consiliarium  regium  atque  nos- 
trum  dilectum,  die  quinta  mensis  augusti,  anno  Domini  millesimo 
quadriiigentesimo  quadragesirao  primo. 
Per  reginam,  domino  senescallo  Provincie,  domino  Valllscluse... 

Gratis  Regislrata. 

Matheuse 

1.  Les  lettres  annexes  de  Pierre  «  de  Trognono  »,  trésorier  général  des  com- 
tés de  Provence  et  Forcalquier,  adressées  aux  clavaires  des  cours  royales  de 
Forcalquier,  Sisteron,  Moustiers,  Digne,  Castellaue,  Colmars,  etc.,  sont  du 
4  septembre  1441. 


NOTICE 


SUR 


DEUX  MANUSCRITS  CAROLINGIENS  A  MINIATURES 
EXÉCUTÉS  A  L'ABBAYE  DE  FULDA. 


En  1892,  M.  Schlosser  a  fait  paraître  un  mémoire  fort  inté- 
ressant sur  un  manuscrit  de  la  Bibliothèque  impériale  de  Vienne 
(n°  652)  contenant  le  Liber  de  laudibus  sanctœ  Crucis  du 
fameux  Raban  Maur,  abbé  de  Fulda,  puis  archevêque  de 
Majence,  et  dont  les  miniatures  sont  de  même  style  qu'un  autre 
exemplaire  conservé  à  la  bibliothèque  du  Vatican  (Cod.  Reg.  124)  ^ . 
L'auteur  allemand  a  étudié  minutieusement  l'ouvrage  ainsi  que 
les  miniatures  et  les  figures  qui  l'accompagnent. 

Suivant  Mabillon,  Raban  Maur  naquit  en  776.  D'après  une 
pièce  de  vers  d'Alcuin  intitulée  :  Intercessio  Albani  pro 
Mauro^,  il  fut  envoyé  à  Saint-Martin  de  Tours  avec  son  ami 
Hatto,  par  l'abbé  de  Fulda,  Ratgar,  tout  au  commencement  du 
ix"  siècle,  au  temps  où  Alcuin  était  encore  à  la  tête  de  ce  monas- 
tère. Il  avait  trente  ans  lorsqu'il  termina  à  Fulda  l'ouvrage  qu'il 
avait  déjà  commencé  à  Tours.  Le  Liber  de  Cruce  était  donc 
achevé  en  806. 

Raban  Maur  en  envoya  un  exemplaire  à  son  ami  et  collabora- 
teur Hatto,  son  successeur  à  la  dignité  abbatiale,  puis  au  pape 
Grégoire  IV,  auquel  l'œuvre  est  dédiée,  au  comte  Eberhard, 
margrave  de  Frioul,  à  l'archevêque  de  Mayence,  Otgar,  et  aux 

1.  Eine  Fulder  Miniaturhandschrift  des  k.  k.  Hofbibliothek,  dans  Jahrbuch 
der  kunsthistorischen  Sammlungen  des  allerhôchsten  Kaiserhauses,  1.  XIII 
(1892),  p.  1-36. 

2.  Elle  figure  dans  le  manuscrit  de  Vienne.  Cf.  DUmmler,  Mon.  Germ.,  Poet. 
lat.,  t.  II,  p.  159-160. 


356  NOTICE 

moines  de  Saint-Denise  L'abbaye  de  Saint-Martin  de  Tours  avait 
dû  vraisemblablement  en  recevoir  aussi  une  copie. 

M.  P.  Clémen,  un  peu  avant  la  publication  de  M.  de  Schlosser, 
avait  étudié  l'école  de  miniature  de  Fulda  et  y  avait  rattaché,  à 
juste  titre,  les  deux  volumes  de  Vienne  et  du  Vatican ^  Dans  son 
travail,  il  a  donné  une  liste  des  exemplaires  du  Liber  de  Cruce, 
dont  il  connaissait  l'existence  et  qu'il  a  qualifiés  de  copies  pos- 
térieures. Or,  dans  cette  liste,  il  y  en  a  deux  qu'il  faut  mettre  à 
part,  car  ils  sont  absolument  de  la  même  époque  et  peut-être 
même  de  la  même  main  que  ceux  dont  nous  venons  de  parler. 
L'un  est  conservé  à  la  bibliothèque  d'Amiens  (n"  223),  l'autre  à 
la  Bibliothèque  nationale  (lat.  2423)3. 

Avant  de  décrire  ces  deux  manuscrits,  il  est  peut-être  bon 
d'indiquer  en  quelques  mots  en  quoi  consiste  le  Liber  de  laudi- 
bus  sanctœ  Crucis.  Comme  le  titre  l'annonce,  c'est  une  glori- 
fication de  la  croix.  L'ouvrage  est  écrit  en  vers  hexamètres  et 
en  prose.  Les  pages  qui  contiennent  les  vers  offrent  en  même 
temps  des  figures,  le  plus  souvent  géométriques,  ou  une  minia- 
ture, combinées  avec  le  texte  de  telle  façon  que  les  lettres  com- 
prises dans  une  partie  quelconque  d'une  de  ces  figures  ou  de  ces 
miniatures  forment  des  mots  ou  même  des  vers  en  rapport  avec 
le  sujet.  On  en  verra  quelques  exemples  plus  loin.  M.  de  Schlosser 

1.  Cf.  la  dédicace  de  Raban  Maur  aux  moines  de  Saint-Denis  en  tête  du  nis. 
lat.  2421  de  la  Bibliothèque  nationale.  Ce  manuscrit  n'est  i)as  un  original  du 
ix°  siècle,  comme  l'a  cru  Diinunler,  op.  cit.,  p.  157;  c'est  une  copie  de  la  fin 
du  x°  siècle  ou  du  commencement  du  xi=. 

2.  Studien  zur  Geschichle  der  KaroUngischen  Kunsl  I,  dans  Repertorimn 
fur  Kunstwissenschaft,  t.  XIII  (1890),  p.  134  et  suiv. 

3.  On  a  fait  des  copies  sur  les  originaux  envoyés  de  Fulda  dès  la  fin  du 
ix-^  siècle.  On  peut  citer  de  cette  époque  le  ms.  911  de  la  Bibliothèque  impé- 
riale de  Vienne  et  le  ms.  597  de  la  bibliothèque  de  Lyon.  Ce  dernier  volume, 
qui  est  incomplet,  a  été  exécuté  à  Saint-Martin  de  Tours  très  probablement, 
car  il  renferme  la  semi-onciale  si  caractéristique,  comme  me  l'a  affirmé  très 
obligeamment  M.  Cantinelli,  conservateur  de  la  bibliothèque.  J'ai  dit  plus 
haut  que  l'abbaye  de  Saint-Martin  avait  dû  recevoir,  selon  toute  vraisemblance, 
un  exemplaire  de  l'ouvrage.  On  trouve  des  copiés  du  x°  siècle  à  la  bibliothèque 
d'Orléans  (n°  14.5),  à  la  Bibliothèque  nationale  (lat.  2421  et  2422).  Le  ms. 
lat.  2422  a  appartenu  à  l'abbaye  de  Saint-Denis  et  a  été  copié  sur  l'exemplaire 
que  Raban  Maur  lui  envoya.  On  peut  encore  mentionner  un  manuscrit  du 
x=  siècle  à  Cambridge  (Trinily  Collège  379),  dont  les  miniatures  sont  l'œuvre 
d'un  Anglo-Saxon,  Eadwine  (cité  par  Sauerland  et  Haseloff,  Der  Psaller 
Erzbischof  Egbevls  von  Trier,  Codex  Gerlrudianus,  in  Cividale...  Trier,  1901, 
in-4",  p.  128). 


SUR   DEUX    MANUSCRITS   CAROLINGIEIVS   A    MINIATURES.  357 

a  bien  fait  ressortir  l'intérêt  de  l'œuvre  de  Raban  Maur  pour  les 
explications  mystiques  et  le  symbolisme  des  nombres.  Le  texte 
en  prose,  qui  fait  face  aux  vers  hexamètres,  est  destiné  à  en  don- 
ner une  interprétation  détaillée. 

L'auteur  s'est  visiblement  inspiré  du  panégyrique  de  Constan- 
tin, de  Publilius  Optatianus  Porphirius,  et  de  certains  poèmes  de 
Fortunat  du  vi''  siècle.  Alcuin  composa,  lui  aussi,  deux  poèmes 
sur  la  croix  et  conseilla  vivement  à  Raban  Maur  d'écrire  son 
ouvrage  * . 

Revenons  maintenant  aux  manuscrits  d'Amiens  et  de  la 
Bibliothèque  nationale.  La  description  se  bornera  presque 
exclusivement  aux  miniatures.  Pour  les  figures  et  les  questions  de 
symbolisme,  il  suffit  de  se  reporter  au  travail  de  M.  de  Schlosser. 

Le  manuscrit  223  de  la  bibliothèque  d'Amiens  a  appartenu  à 
l'abbaye  de  Corbie^.  Il  mesure  405  millimètres  sur  330.  En  tète 
(fol.  2  v°)  se  trouve  la  miniature  de  dédicace  au  pape  Gré- 
goire IV  (pi.  I).  Elle  est  assez  curieuse.  Sous  un  portique  à  trois 
arcades  nous  voyons,  au  centre,  le  pape  assis  sur  un  siège  à 
coussin,  portant  le  pallium,  vêtu  d'une  aube  bleu  pâle,  d'une 
dalmatique  jaune  et  d'une  chasuble  violette.  Il  lève  la  main 
droite  pour  prendre  le  volume  que  lui  tend  Raban  Maur.  Ce 
dernier  est  représenté  à  droite,  debout,  avec  un  froc  marron. 
A  gauche  est  un  diacre  portant  une  aube  blanche  et  une  dalma- 
tique de  même  couleur,  ornée  de  claves  rouges.  Le  fond  de  la 
miniature  est  bleu  et  légèrement  rouge.  Le  sol  est  parsemé  de 
fleurs. 

Dans  l'encadrement,  on  a  inscrit  les  vers  suivants  : 

Pontificera  summum,  salvator  Ghriste,  tuere 
Et  salvum  nobis  pastorem  in  saecula  serva, 
Presul  ut  eximius  sit  rite  Gregorius  almse 
Ecclesiae  custos  doctorque  fidelis  in  aula. 

1.  Cf.  Schlosser,  p.  1-5. 

2.  M.  Delisle  a  publié  plusieurs  catalogues  de  la  bibliothèque  de  Corbie  dans 
ses  Recherches  sur  l'ancienne  bibliothèque  de  Corbie  {Bibl.  de  l'École  des 
chartes,  5°  série,  t.  I,  1860).  L'un  d'eux,  qui  date  du  xn=  siècle,  contenu  dans 
le  ms.  1865  de  sir  Thomas  Phillipps  (aujourd'hui  à  Berlin,  cod.  Phillipps  195), 
donne  la  mention  Rabbanus  in  laude  Sancte  Crucis.  C'est  bien  vraisemblable- 
ment l'exemplaire  dout  nous  parlons.  Voir  aussi  Delisle,  Cabinet  des  mss., 
t.  II,  p.  432. 


358  NOTICE 

Ces  vers  sont  reproduits  au-dessus  de  la  miniature  en  cursive 
du  xiv*^  siècle. 

D'après  une  lettre  de  Raban  Maur  à  Éberhard,  margrave  de 
Frioul,  on  sait  que  l'auteur  fit  porter  son  ouvrage  à  Grégoire  IV 
par  deux  prêtres  allant  à  Rome,  nommés  Ascrih  et  Hrudpert.  Ce 
voyage  a  eu  lieu  en  844  ;  or,  les  envoyés  ne  purent  offrir  le 
manuscrit  à  son  destinataire,  qui  venait  de  mourir.  Ils  le  don- 
nèrent alors  à  son  successeur,  Sergius*. 

L'exemplaire  de  la  bibliothèque  de  Vienne  contient  deux 
miniatures  de  dédicace.  La  première  ^  montre  Otgar,  archevêque 
de  Mayence,  assis,  ayant  un  livre  dans  la  main  gauche  et  bénis- 
sant de  la  droite  Raban  Maur.  Celui-ci,  tenant  son  livre  des 
deux  mains,  est  présenté  par  Alcuin,  qui  passe  le  bras  droit  sur 
son  épaule.  Au-dessus  de  la  tête  de  ces  personnages  on  a  mis 
les  mots  :  Episcopus  Maguntinus,  Rabanus  tnonachus,  Albi- 
71US  abbas. 

La  seconde  miniature  de  dédicace  se  rapproche  beaucoup  de 
celle  du  manuscrit  de  Corbie^.  Le  pape  prend  le  volume  des 
mains  de  Raban  Maur.  Il  est  accompagné  de  deux  diacres  au  lieu 
d'un.  Dans  l'encadrement,  on  lit  les  quatre  vers  que  nous  avons 
donnés  plus  haut. 

Le  manuscrit  du  Vatican  offre  lui  aussi  deux  miniatures  de 
dédicace.  La  première^  est  différente  de  celle  de  Vienne.  On  y 
voit  saint  Martin,  le  saint  de  Tours,  sous  la  protection  duquel 
l'œuvre  a  été  faite,  tenant  un  livre  et  bénissant  Raban  Maur  et 
Alcuin,  qui  sont  dans  la  même  attitude  que  précédemment.  Les 
trois  personnages  sont  désignés  par  les  mots  :  Ses  Martinus, 
Ma,urus,  Albinus,  en  capitales. 

La  seconde  miniature-^  représente  le  pape  assis,  tourné  vers 
Raban  Maur,  qui  offre  son  livre.  Deux  diacres  sont  derrière  lui  ; 
le  plus  près  tient  un  volume  de  la  main  gauche  et  le  manipule  de 
la  droite.  Dans  l'encadrement,  les  vers  que  nous  avons  déjà  cités. 

Grâce  aux  reproductions  données  par  M.  de  Schlosser,  il  est  facile 
de  se  rendre  compte  que  la  miniature  du  manuscrit  de  Corbie  est 

1.  Cf.  Annales  Fuldenses,  a.  844;  éd.  Pertz,  Mon.  Germ.  hist.,  Script.,  t.  I, 
p.  364. 

2.  Schlosser,  fig.  7. 

3.  Schlosser,  fig.  8. 

4.  Schlosser,  fig.  39;  Sauerland  et  Haseloff,  op.  cit.,  pi.  62,  a"  1. 

5.  Schlosser,  fig.  40;  Sauerland  et  Haseloff,  op.  cit.,  pi.  62,  n°  2. 


RABAN     MAUR     OFFRE     AU     PAPE 

SON    LIBER   DE   CRUCE. 

Ms.  d'Amiens  (IX^  siècle). 


Pliotolypie  Berlhauil,  Paris 


■ 

■ 

1 

1 

■ 

(    x,^ 

1 

sj    / 

^^B 1 

M   P     « 

^ 

1 

'  ,  ' 

^^H I 

«MO 

R 

r 

A 

^S  ^ 

AXA 

•; 

T 

m 

^eSm  " 

.«  k.'    1 

A 

v; 

s 

kH  '' 

r  i    «. 

A 

K. 

f 

p.^p 

0    K    i 

« 

\j 

f. 

»  "a  s 

VJ    K    C. 

N 

0 

M 

L'EMPEREUR     LOUIS    LE    PIEUX. 

Liber  de  Cnicc  de  Raban  Maur. 

Ms.  d'Amiens  (IX^  siècle). 


SDR    DEDX    MANUSCRITS    CAROLIIVGIENS   A    MINIATURES.  359 

tout  à  fait  de  même  style.  Les  figures,  les  attitudes,  tout  dénote 
une  même  origine.  La  ressemblance  semble  encore  plus  frappante 
pour  les  autres  peintures  que  nous  allons  décrire. 

Au  fol.  3  Y°  du  manuscrit  d'Amiens  se  trouve  une  miniature 
représentant  Louis  le  Pieux  en  guerrier  *,  comme  l'indique  le  texte 
(pi.  II).  Le  souverain  est  debout,  un  casque  jaune  sur  la  tête,  avec 
un  nimbe  vert  foncé.  Il  est  vêtu  d'un  manteau  bleu  attaché  à 
l'épaule  et  porte  une  cuirasse  marron,  une  tunique  rose,  des 
chausses  rouges  et  des  bottes  jaunes.  Il  appuie  la  main  gauche 
sur  un  bouclier  rouge,  garni  d'un  umbo  bleu.  De  la  droite,  il 
tient  une  longue  croix  rouge. 

Dans  le  nimbe  on  lit  : 

Tu  Hludovicum, 
Christe,  corona. 

Dans  la  croix  : 

In  cruce,  Ghrisle,  tua  Victoria  vera  salusque 
Omnia  rite  régis. 

Dans  le  bouclier  : 

Nam  scutum  fidei  depellit  tela  nefanda, 
Protegit  Augustum  clara  Iropsea  parans  -, 

Devotum  pectus  divino  munere  fretum 
lUsesum  semper  castra  inimica  ferat. 

Les  lettres  qui  bordent  à  l'intérieur  le  corps  du  personnage 
donnent  quinze  vers  qui  commencent  ainsi  : 

Hiesu  Christe,  tuum  vertice  signum 
Augusto  galeam  conférât  almam, 
Invictam  et  faciat  optima  dextram 
Virtus,  lesu,  tua  detque  triumphum 


Au  fol.  6  v%  image  du  Christ 2.  Celui-ci  a  la  chevelure  noire, 
la  barbe  verte,  un  nimbe  jaune  crucifère  ;  la  croix  du  nimbe  est 
rouge.  Il  a  simplement  un  linge  rouge  autour  des  reins. 

Dans  la  chevelure  nous  lisons  : 


Iste  est  rex  justitise. 


1.  Cf.  Schlosser,  fig.  9. 

2.  Cf.  Schlosser,  pi.  1. 


360  NOTICE 

Dans  le  nimbe  : 

Rex  regum  et  dominus  dominorum. 

Dans  le  linge  : 

Veste  fidem  parva  hic  tegitur,  qui  conlinet  astra 
Atque  solum  palmo  claudit  ubique  suo. 

Les  lettres  qui  bordent  à  l'intérieur  le  corps  du  Christ  donnent 
les  vers  qui  suivent  : 

Dextra  Dei  summi  cuncta  ereavit,  Hiesus 
Ghristus  laxabit  e  sanguine  débita  mundo, 
In  cruce  sic  positus  desolvens  vincla  lyranni. 
iËternus  Dominus  deduxit  ad  astra  beatos 
Atque  salutiferam  dederat  Deus  arce  coronam. 

Enfin,  dans  la  croix  du  nimbe,  nous  voyons  les  trois  lettres 
symboliques  AMfl. 

Au  fol.  9  v°,  les  séraphins  et  les  chérubins*.  La  page  est  divi- 
sée par  une  croix  bleue  en  quatre  compartiments.  A  la  partie 
supérieure,  deux  séraphins  avec  trois  paires  d'ailes  rouges  ; 
au-dessous,  deux  chérubins  à  la  chevelure  noire,  vêtus  d'une 
robe  marron  clair,  munis  d'une  paire  d'ailes  et  ouvrant  les  bras. 

Dans  la  croix  : 

En  arx  aima  crucis;  en  fabrica  sancla  salutis; 
En  thronus  hic  régis,  haec  conciliatio  mundi. 

Dans  le  corps  des  séraphins  : 

Signa  crucis  Christi  ast  séraphin  cœlestia  monstrant, 
Pennarum  atque  sila  hœc  cuncta  sacrala  probant. 

Nam  liaec  socia  exultant  celebrando  hac  laude  Supernum 
Gonclamantque  tribus  sceptra  Sabaoth  vicibus. 

Dans  le  corps  des  chérubins  : 

Hinc  signant  chérubin  hsee  labbara  sancta  triumphum 

Distensisque  alis  brachia  tensa  notant, 
Quse  latere  assistunt  arcse  et  sacra  opercula  condunt 

Factaque  propitia  officio  ipsa  probant. 

1.  Cf.  Schlosser,  fig.  12. 


SUIl   DEUX   MiNDSCRITS   CAROLINGIENS   A   MINIATDRES.  3(i^ 

Fol.  20  v",  l'agneau  de  Dieu  entouré  des  quatre  animaux 
évangéliques*. 

L'agneau  a  le  corps  rose,  une  couronne  blanche,  un  nimbe 
bleu  avec  croix  rouge.  Les  animaux  évangéliques  ont  le  corps 
marron.  Ils  ont  tous  les  quatre  une  banderolle  sur  laquelle  sont 
les  premiers  mots  de  chaque  évangile. 

Dans  le  corps  de  l'agneau  on  lit  : 

Ecce  agnus  Dei,  qui  tollit  peccata  mundi. 

Dans  la  couronne  et  la  tête  : 

Septem  spiritus  Dei. 

La  croix  du  nimbe  renferme  le  mot  grec  Toaluioç), 
Dans  le  corps  de  l'ange  : 

Matthaeus  hune  hominem  signavit  in  ordine  stirpis. 

Dans  l'aigle  : 

Allivolans  aquila  et  verbum  hausit  in  arce  Johannes. 

Dans  le  lion  : 

Marcus  regem  signât. 


Dans  le  bœuf 


Dat  Lucas  pontiflcem. 


Fol.  33  v°,  un  moine  à  genoux  devant  la  croix,  vêtu  d'un  froc 
marron  2.  Le  titre  indique  :  <'  De  adoratione  crucis  ab  opifice.  » 
C'est  donc  Raban  Maur.  Nous  lisons  dans  le  texte  en  prose  : 

«  Imago  vero  mea,  quam  subter  crucem  genua  flectentem  et 
orantem  depinxeram,  Asclepiadeo  métro  conscripta  est,  priorem 
versum  tenens  hexametrum  heroicum,  secundum  hemistichium 
heroici,  ita  »  : 

Rabanum  memet  clemens  rogo,  GhrisLe,  tuere 
0  pie  judicio. 

Telles  sont  les  miniatures  que  renferme  l'exemplaire  de  la 
bibliothèque  d'Amiens.  Quant  aux  pages  où  les  lettres  se  com- 
binent avec  des  figures  le  plus  souvent  géométriques,  où  l'auteur  a 

1.  Cf.  Schlosser,  fig.  13. 

2.  Cf.  Schlosser,  (ig.  46. 


362  NOTICE 

donné  à  des  nombres  un  symbolisme  parfois  exagéré,  quelques 
exemples  suffiront. 

Voici  les  titres  de  quelques  figures  : 

«  De  quatuor  virtutibus  principalibus,  quomodo  ad  crucem 
pertineant  et  quod  omnium  virtutum  fructus  per  ipsam  nobis  col- 
lati  sunt  »  (fig.  17  de  Schlosser). 

«  De  quatuor  eleraentis,  de  quatuor  vicissitudinibus  tempo- 
rum,  de  quatuor  plagis  mundi  et  de  quatuor  quadrantibus  natu- 
ralis  diei,  quomodo  omnia  in  cruce  ordinentur  et  ipsa  sanctificen- 
tur  »  (fig.  18  de  Scblosser) . 

«  De  numéro  septuagenario  et  sacramentis  ejus,  quomodo 
cruci  conveniant  »  (fig.  21  de  Schlosser).  Le  nombre  70  symbo- 
lise la  captivité  de  Babylone,  la  vie  humaine,  les  70  vieillards, 
etc.. 

«  De  quinquagenario  numéro  et  sacramento  in  eo  manifesto  » 
(fig.  29  de  Schlosser) .  Le  nombre  50  sj-mbolise  la  fuite  en  Egypte, 
la  Pentecôte,  la  loi  donnée  sur  le  mont  Sinaï,  etc.. 


Le  manuscrit  latin  2423  de  la  Bibliothèque  nationale  mesure 
410  millimètres  sur  320.  Il  ne  renferme  aucune  miniature  de 
dédicace.  A  trois  pages,  il  porte  une  inscription  du  ix"  siècle, 
prouvant  qu'il  a  appartenu  à  saint  Raoul,  archevêque  de 
Bourges,  de  840  à  866,  et  que  ce  prélat  l'a  donné  à  Saint-Sul- 
pice  de  Bourges  ^  Comment  saint  Raoul  s'était-il  procuré  le 
volume?  Selon  Trithème,  ce  dernier  assista  en  848  au  concile  de 
Mayence,  que  Raban  Maur  avait  réuni  pour  juger  Godescalc 
Mabillon  met  en  doute  cette  affirmation'.  Toutefois,  si  le  fait  est 
vrai,  est-ce  une  coïncidence  ou  saint  Raoul  s'est-il  fait  promettre 
ou  donner  un  exemplaire  par  Raban  Maur  lors  de  son  séjour  à 
Mayence?  Il  est  pour  ainsi  dire  impossible  de  se  prononcer"^. 


1.  Fol.  2  v°  :  «  Rodulfus  archiepiscopus  dédit  Deo  hune  librum  et  Sanclo 
Sulpicio  ;  »  fol.  5  v°  et  8  v°  :  «  Hic  est  liber  Rodulli,  archiepiscopi  BiUirigea- 
sis  ecclesiœ,  quein  dedil  Deo  et  sancto  Sulpicio.  » 

2.  Eist.  lut.,  t.  V  (1840),  p.  321  et  322,  et  Acta  SS.,  1"  éd.,  jun.  IV,  p.  120; 
2«  éd.,  jun.  V,  p.  104. 

3.  M.  Delisle,  Cabinet  des  mss.,  t.  II,  p.  508,  a  publié  une  liste  de  volumes 
ayant  appartenu  à  Saint-Sulpice  de  Bourges,  liste  qu'il  avait  recueillie  sur  un 
des  feuillets  à  moitié  brûlés  du  cartulaire  de  Saint-Sulpice;  le  Liber  de  Cruce 
n'y  figure  pas. 


SHR    DEVX    MArvnSCRITS    CAROLfNr.IfiNS    A    MTNIATORES.  3^3 

Les  miniatares  du  manuscrit  2423  sont  tout  à  fait  semblables 
à  celles  des  trois  volumes  de  Vienne,  du  Vatican  et  d'Amiens. 
Les  couleurs  sont  presque  toujours  les  mêmes.  Il  est  difficile  de 
voir  des  peintures  se  ressembler  davantage. 

Le  fait  que  nous  avons  trouvé  quatre  exemplaires  absolument 
identiques  (sauf  pour  les  miniatures  de  dédicace  bien  entendu) 
n'est  pas  de  nature  à  nous  étonner.  L'ouvrage  de  Raban  Maur 
eut  une  réputation  assez  considérable*.  Les  grandes  abbayes, 
telles  que  Gorbie,  Saint-Denis,  Saint-Martin  de  Tours,  voulurent 
se  le  procurer,  et  on  exécuta  à  Fulda  une  série  de  copies  qu'on 
envoya  un  peu  partout,  par  exemple  en  Angleterre  2.  Le  manus- 
crit de  Corbie  est  assez  intéressant  par  la  miniature  de  dédicace 
qu'il  renferme  et  qui  devait  probablement  manquer  dans  la 
plupart  des  exemplaires.  Peut-être  avait-on  voulu  honorer  tout 
particulièrement  le  riche  monastère  de  Picardie. 

A.   BOINET. 

1.  Cf.  Vita  Rabani  a  Rudotpho  presbfjtero,  dans  Brower,  AntiquUales  Ful- 
denses,  t.  I,  p.  250,  et  Annales  Fuldenses,  dans  Pertz,  M071.  Germ.  hist., 
Script.,  t.  I,  p.  364.  Cf.  aussi  Schlosser,  p.  24-30,  et  la  liste  donnée  par  Clemen, 
op.  cit.,  p.  128-129. 

2.  Nous  avons  dit  précédemment  qu'il  existe  au  Trinity  Collège  de  Cambridge 
un  exemplaire  copié  par  un  Anglo-Saxon  du  nom  d'Eadwine. 


DIPLOMES  CAROLINGIENS 

BULLE  DU  PAPE  BENOIT  VIII 

SUR  PAPYRUS 
ET  AUTRES  DOCUMENTS 

CONCERNANT  LES  ABBAYES  d'aMER  ET  DE  CAMPRODON,  EN  CATALOGNE. 

(843-J0i7.) 


Les  collections  de  la  Bibliothèque  nationale  se  sont  récemment 
enrichies  d'une  série  de  documents  anciens,  remontant  aux  ix%  x^  et 
xi^  siècles,  la  plupart  concernant  les  abbayes  d'Amer  et  de  Gampro- 
don,  en  Catalogne,  et  qui  ont  reçu  les  n°'  2579  et  2580  des  nouvelles 
acquisitions  du  fonds  latin.  Afin  de  permettre  d'apprécier  l'intérêt  à 
la  fois  historique  et  paléographique  de  ce  recueil  de  pièces,  il  suffira 
de  dire  qu'on  y  compte  deux  diplômes  originaux  de  Charles  le 
Chauve,  un  autre,  également  original,  de  Charles  le  Simple,  une 
copie  ancienne  d'un  diplôme  de  Louis  d'Outre-Mer,  une  grande  bulle 
sur  papyrus  du  pape  Benoit  VIII,  sans  parler  de  plusieurs  actes  ori- 
ginaux, revêtus  des  signatures  d'évêques  et  de  grands  personnages 
espagnols,  du  x''  siècle. 

L'abbaye  de  Sainte-Marie  d'Amer  \  l'un  des  plus  anciens  monas- 
tères de  la  Catalogne,  fondée  sans  doute  par  Louis  le  Débonnaire^, 

1.  Amer  est  aujourd'hui  une  petite  ville  de  la  province  de  Gerona,  située 
sur  la  rivière  d'Ameria,  qui  lui  a  donné  son  nom  et  vient  se  jeter  près  de  là, 
dans  le  Ter,  à  dix  kilomètres  à  l'ouest  de  Gerona.  —  Sur  l'ancienne  abbaye 
d'Amer,  il  faut  consulter  YEspaha  sagrada,  t.  XLIII  (1819),  p.  358-360; 
t.  XLV  (1832),  p.  lGl-170;  Villanueva,  Viage  lUerario  a  las  Iglesias  de  Espaha, 
t.  XIV  (1850),  p.  216-233. 

2.  Une  légende  accueillie  au  xiv"  siècle,  avec  l'office  de  Charleraagne,  dans 
le  Bréviaire  de  Gerona,  en  faisait  remonter  l'origine  à  ce  prince  (Villanueva, 


DIPLÔMES   CAROLINGIENS.  365 

fut  placée  d"'abord,  aux  ix*  et  x^  siècles,  sous  le  vocable  de  saint 
Emeterio  et  saint  Ginés,  ainsi  qu'en  témoignent  les  trois  diplômes 
publiés  plus  loin  et  qui  sont  à  peu  près  les  seuls  monuments  rela- 
tifs à  rhistoire  des  premiers  temps  de  cette  abbaye  qui  subsistent 
aujourd'hui.  Les  deux  premiers  de  ces  diplômes,  émanés  de  Charles 
le  Chauve,  furent  concédés,  l'un,  en  843  ou  844,  à  la  demande  de 
l'abbé  Wilera,  successeur  de  Déodat,  premier  abbé  du  monastère,  et 
qui  avait  obtenu  un  privilège  semblable  de  Louis  le  Débonnaire  par 
l'intercession  du  marquis  Gauzselmus,  ou  Gaucelinus,  frère  de  Ber- 
nard, comte  de  Barcelone-,  le  second,  délivré  en  860  à  la  requête  de 
Théodose,  successeur  de  Wilera  et  troisième  abbé  d'x\mer,  est  en 
quelque  sorte  la  répétition  du  premier,  dont  il  reproduit  presque 
mot  pour  mot  les  termes.  Enfin,  le  troisième  diplôme,  concédé  par 
Charles  le  Simple  et  daté  de  922,  est  aussi  une  confirmation  générale 
des  deux  précédents,  donnée  à  la  requête  de  Guiguo,  évêque  de 
Gerona,  alors  que  Guinade  était  abbé  d'Amer. 

La  fondation  de  l'abbaye  de  Saint-Pierre  de  Garaprodon<  remonte 
sans  doute  aux  premières  années  du  x®  siècle.  Dès  le  début  de  ce 
siècle,  il  y  avait  en  effet  en  ce  même  lieu  une  église  placée  sous  le 
vocable  de  saint  Pierre,  ainsi  qu'en  témoigne  Pacte  de  consécration 
daté  de  904  et  publié  plus  loin.  Le  monastère  fut  construit  ou  agrandi 
vers  930,  avec  l'assentiment  de  Gothmar,  évêque  de  Gerona,  par 
Guifredo,  comte  de  Besaiû,  qui,  en  932,  obtint  de  Louis  d'Outre- 
Mer  un  diplôme  pour  en  confirmer  rétablissement^.  En  -lon,  une 

Viage  literario,  XIV,  268-269)  :  «  Lectio  VIII.  Tune  sanctus  Karolus  dévoie 
consurgens  ivit  versus  vallern  Hostalesii  ;  et,  egressus  de  loco  qui  dicitur  Sent 
Madir,  exivit  obviam  Sarracenis,  de  quibus  oblinuit  victoriain  et  honorem.  Et 
propter  boc  ibidem  constituit  monasterium  raonachorum,  coustrueudo  altaie 
majus  sub  invocatione  Virginis  gloriosae  ;  sed  quia  locus  ille  Sarracenis  fuit 
amarus,  ideo  Sancta  Maria  de  Amer  ex  tune  fuit  ab  incolis  nominatus.  » 

1.  Caraprodon,  ou  Campredon,  est  aujourd'hui  une  petite  ville  de  la  province 
de  Gerona,  située  à  huit  kilomètres  au  nord-ouesl  de  cette  dernière  ville,  au 
pied  des  Pyrénées,  dans  la  vallée  de  Llanars  et  au  confluent  des  rivières  de 
Ter  et  de  Riutorl.  —  Sur  l'ancienne  abbaye  de  Camprodon,  il  faut  consulter 
ÏEspana  sagrada,  t.  XLIII  (1819),  p.  355-358,  et  Vilianueva,  Viage  literario, 
t.  XV  (1851),  p.  108-123. 

2.  On  trouve  dans  le  même  recueil  de  pièces,  au  fol.  18  du  ms.  2579  des 
nouvelles  acquisitions  du  fonds  latin,  un  autre  acte  original,  concernant 
Camprodon,  revêtu  des  signatures  de  plusieurs  évêques  et  abbés  espagnols  du 
xii°  siècle.  C'est  l'autorisation,  concédée  par  le  roi  D.  Pedre  II  d'Aragon,  en 
1196,  d'établir  une  ville  forte,  au  lieu  dit  Podium  reliquiarum,  pour  servir 
d'asile,  en  temps  de  guerre,  aux  habitants  de  la  ville  qui  s'était  formée  autour 
de  l'abbaye  de  Camprodon  : 


366  DIPLÔMES    CAROLINGIENS,    ETC., 

nouvelle  confirmation  des  privilèges  de  l'abbaye  fut  accordée  par  le 

«  Ea  que  pro  bono  et  ulili  fiunt  proposito,  solidiori  auctoritate  sunt  autenti- 
canda.  Igitur  in  nomine  Domini  et  ejusdem  d[i]viaa  clementia  sit  notum  cunc- 
tis  presentibus  et  futuris,  quod  ego  Petrus,  Dei  gratia,  rex  Aragon,  et  cornes 
Barchinon.,  inspecta  et  cognita  utilitate  et  causa  terre  mee  deffensionis,  et 
quia  pre video  et  preconsidero  posse  et  debere  fieri  de  jure  et  ratione,  libenti 
animo  et  spontanea  volunlate,  et  cum  hac  presenti  scriptura  perpetuo  vaiitura, 
concedo,  laudo  atque  dono  tibi  Bernardo,  abbati  de  Campo  rotundo  et  loti 
conventui  ejusdem  loci,  presenti  atque  futuro,  liberam  et  plenam  licentiam  et 
potestatem  transfferendi  et  transmutandi  villam  de  Campo  rotundo,  cum 
hominibus  et  feminis,  in  fortiori  et  securiori  loco,  videlicet  in  eo  loco  qui  nun- 
cupatur  et  apellalur  Podium  reliquiarum,  quandocumque  tibi  placuerit;  et 
liceat  tibi  et  successoribus  luis  hedificare  et  coustruere  in  podio  illo  pro  secu- 
rilate  omnium  ibi  habitantium  forciam  seu  munitionem  qualem  volueris  aut 
potueris,  sine  alicujus  persone  obstaculo  et  impedimenlo,  ita  tamen  quod  ab 
ipsa  forcia,  que  ibi  a  te  vel  a  tuis  successoribus  facta  fuerit  et  constructa,  ira- 
tus  sive  paccatus  mihi  et  meis  quandocumque  et  quocienscumque  per  me,  vel 
per  certum  nuncium  meum,  vel  per  sigillum  tibi  vel  tuis  requisita  fuerit  tra- 
datur  plena  potestas.  Concedo  aulem  et  laudo  atque  confirme  omnibus  homini- 
bus qui  modo  et  in  antea  in  ipso  loco  habitaverint  eandem  libertalem  et  fran- 
quitatern  atque  consuetudines  quas  habebant  et  possidebant  in  priori  villa,  et 
liceat  eis  habere  et  celebrare  mercatum  singulis  ebdomadis  ii''  feria  ibi,  sicut 

habere  et  celebrare  solebant  in  prima  vill[a] nos  ejusd...  [co]ntinen- 

tur  in  inslrumento  concesso  et  auctorizato  prefixo  monaslerio  a  domino  comité 

Barchinon cui mercatum  nisi  prefixum,  quod  ego  aucto- 

rizo.  Sint  autem  salvi  et  securi  sub  custodia eundo  et  re[deundo]  .  .  . 

quod  venerint  ad  predi[ctum]  mercatum  cum  universis  rébus  suis  et  alios 
omnes  qui  in  dicta  villa  permanserint,  et  nullus  ausu  temerario  p[resum]at  in 
aliquo  predictos  homines  seu  res  eorura  aggravare,  inquietare  seu  molestare  ; 
quoniam  qui  fecerit,  iram  et  indignationem  meam  incurret,  et  etiam  pro  tanta 
presumplione,  excepta  dati  dampni  restitutione,  in  pena  c.  marcharum  con- 
dempnabitur.  Laudo  etiam  el  confirmo  tibi  predicto  abbati  et  luis  omnibus 
successoribus  illud  instrumentum,  quod  dominus  Ildfefonsus]  pater  meus  piis- 
sime  recordationis  fecit  et  concessit  tibi  et  predicto  monasterio.  Datum 
Gerunde,  raense  februarii,  per  manum  Johannis  Beraxensis,  domini  régis  nota- 
rii,  et  mandato  ejus  scripta  sub  anno  Domini  M"  C"  XC°  VI°. 

«  Signum  -j-  Pétri  régis  Aragon,  et  comitis  Barchinon. 

«  -{-  Petrus  Ausonensis  sacrista. 

«  Baimundus  abbas  Rivipollensis  f  ;  salvo  jure  Rlvipollensis  ecclesie;  in 
omnibus. 

«  Sigfnum  Guillelmi  de  Cardona.  Sigfnum  Raimundi  Gaucerandi.  Sigfnum 
Guilleimi  de  Granata.  Sig^-num  Eximiui  de  Lusia.  Sigfnum  Michaelis  de  Lusia. 

«  [Monogramme)  publicus  scriptor  Bisilluni. 

«  Raimundus  abbas  Balneolensis  -{-. 

a  Sig-j-num  Guillelmi  Durforlis. 

a  f  Guillelmi  Elenensis  episcopi. 

«  Sigfnum  Guillelmi  de  Pinu. 

«  *  Guillelmi  de  Ortafano,  Elenensis  archidiaconi. 


d'amer  et  camprodo!V.  367 

pape  Benoit  VIII,  duquel  émane  la  grande  bulle  sur  papyrus  publiée 
également  plus  loin  et  qui  vient  porter  à  neuf  le  nombre  des  bulles, 
ou  fragments  de  bulles,  sur  papyrus,  aujourd'hui  existant  en 
France*  : 

^ .  Bulle  d'Adrien  I",  vers  788.  Reg&sta,  n"  2462. 

2.  ~  de  Benoit  III,  7  octobre  855.  —  n°  2663. 

3.  —  de  Nicolas  PS  28  avril  863.  —  n°  2718. 

4.  —  de  Jean  VIII,  15  octobre  876.  —  n°  3052. 

5.  —  de  Formose,  ^  5  octobre  893.  —  n°  3497. 
*.  —  d'Agapet  II,  décembre  951.  —  n"  3656 2. 

6.  —  de  Jean  XV,  26  mai  995.  —  n°  3858. 

7.  —  de  Silvestre  II,  23  novembre  999.  —  n°  3906. 

8.  —  de  Serge  IV,  novembre  lO^i.  —  n°  3976. 

9.  —  de  Benoît  VIII,  8  janvier -ion.  —  n"  4019. 

Il  reste  à  dire  quelques  mots,  pour  en  terminer  avec  ce  recueil,  de 
quatre  autres  documents  originaux  publiés  également  ici,  dont  trois 
sont  relatifs  à  la  même  abbaye  de  Gamprodon,  un  quatrième  à  l'ab- 
baye d'Amer,  et  qui  peuvent  tous  à  bon  droit  être  cités  au  nombre 
des  plus  anciens  monuments  de  la  paléographie  et  de  la  diploma- 
tique espagnoles. 

«  -j-  Gillelmi  abbatis  sancti  Laurentii. 

«  Gaufredus  Gerundensis  e[cclesie] electus  in eclesia 

subscribo; 

«  Signum  *Johannis  Beraxensis  domini  régis  notarii. 

«  E[go] [Bis]ull[unensis]...  » 

Plusieurs  mots  dans  le  milieu  de  cet  acte  et  quelques  parties  des  signatures 
mises  au  bas  ont  été  rongés  par  un  rat.  Les  signatures  imprimées  en  italiques 
paraissent  autographes. 

On  peut  aussi  mentionner  une  autre  pièce,  qui  précède  immédiatement 
celle-ci  dans  le  ms.  nouv.  acq.  lat.  2579,  fol.  17.  C'est  un  long  rouleau  de 
parchemin,  sur  lequel  sont  transcrites  les  plaintes  adressées  par  l'abbé  de 
Camprodon  au  roi  d'Aragon  contre  les  déprédations  et  les  rapines  des  gens  de 
Besalû  et  qui  débute  ainsi  :  «  Hii  sunt  clamores  quos  abbas  Campirotundi  et 
omnis  conventus  ejusdem  ecclesie  fatiunt  domino  Deo  et  domino  régi  Aragonie 
de  Petro  Pontii  de  Bisilluno  et  de  hominibus  ville  Bisilluni...  » 

1.  Voir  le  Rapport  de  M.  Delisle  sur  une  communication  de  M.  Brutails, 
dans  le  Bulletin  historique  et  philologique  du  Comité  des  travaux  historiques, 
1885,  p.  158-159,  et  un  article  de  M.  H.  Bressiau,  dans  les  MUtheilungen  des 
Instituts  fur  œsterreichische  Geschichtforschung,  t.  IX  (1888),  p.  5  et  6. 

2.  L'original  de  la  bulle  d'Agapet  a  péri,  en  1871,  dans  l'incendie  de  la 
bibliothèque  du  Louvre. 


368  DIPLÔMES    CAROLINGIENS,    ETC., 

La  première  de  ces  pièces  est  l'acte  de  consécration  de  l'église  de 
Saint-Pierre  de  Camprodon,  en  904,  par  Tévêque  de  Gerona,  Servus 
Dei;  la  seconde  est  Tacte  de  donation,  en  940,  à  l'abbaye  d'Amer, 
par  un  personnage  du  nom  d'Angaricus  et  par  sa  femme,  Placida,  d'une 
vigne  située  près  de  Gérone;  le  troisième  est  Pacte  de  nomination  par 
Soniefredo,  comte  de  Besalû,  et  de  confirmation  par  Arnoul,  évêque 
de  Gerona,  en  962,  de  Teuderico  comme  successeur  du  premier  abbé 
de  Camprodon,  Leufredo,  qui  avait  quitté  l'abbaye  et  était,  depuis 
sept  ans,  parti  en  pèlerinage  aux  lieux  saints;  la  quatrième,  enfin, 
est  le  testament,  daté  de  l'an  992,  d'un  prêtre  du  nom  de  Deila,  qui 
lègue  tous  ses  biens  meubles  et  immeubles,  situés  dans  le  comté  de 
Besalû,  tant  à  l'abbaye  de  Camprodon  qu'à  différentes  autres  églises 
et  à  ses  propres  parents. 

H.  Omont. 


I-II. 

Diplômes  de  Charles  le  Chauve  en  faveur  de  l'abbaye 

d'Amer  ^ 

I.  IL 

(14  mai  843  ou  844.)  (19  novembre  860.) 

fin  nomine  sanctae  et  indi-  y  In  nomine  sanctae  et  in- 
viduae  Trinitatis.  Karolus  gra-     dividuae    ïrinitatis.    Karolus 

1.  Bibl.  nat.,  ms.  nouv.  acq.  lat.  2579,  fol.  1  et  2.  Originaux  sur  parchemin, 
mesurant,  l'un  44  centimètres  de  haut  sur  74  de  large  et  l'autre  47  centimètres 
sur  62.  Le  texte  du  premier  de  ces  diplômes  a  été  imprimé  par  J.  de  la  Canal, 
dans  VEspana  sugrada,  t.  XLV  (1832),  p.  320-321,  sans  mention  d'origine; 
puis  par  Viilanueva,  Viage  literario,  t.  XIV  (1850),  p.  305-307,  «  ex  autogr.  in 
arch.  monast.  Ameren.  ». 

Au  dos  de  ce  même  diplôme,  on  lit,  en  écriture  du  xi'  ou  xii°  siècle,  la  cote 
suivante  :  «  Preceptum  primuw  de  Karolo  rege,  filio  Ludovici  »  ;  puis  cette 
seconde  cote,  en  écriture  du  xiv°  siècle:  a  Originale  primi  privilegii  Karoli  »; 
et  enfin  cette  troisième  cote,  en  écriture  du  xvii^  ou  xviii'  siècle  :  «  6.  Primer 
précepte  salvaguarda  de  Karlos  Calvo  »,  avec  le  "  n"  60  ». 

Le  texte  du  second  diplôme  de  Charles  le  Chauve  a  été  publié  par  Baluze, 
CapUiilaria  regum  Francorum  (1677),  t.  II,  Append.,  col.  1480-1481,  «  ex 
archivo  S.  Mariœ  de  Amer  »;  reproduit  par  D,  Bouquet,  Recueil  des  histo- 
riens, t.  VIII  (1752),  p.  561-562,  et  enfin  par  J.  de  la  Canal,  dans  VEspana 
sagrada,  t.  XLV  (1832),  p.  322-324,  «  ex  aulhent.  »;  cf.  Bohmer,  Regesta 
(1833),  n"  1687. 

Au  dos  de  ce  second  diplôme,  on  lit,  en  écriture  du  xi°  ou  xii^  siècle,  la  cote 


D  AMER    ET   CAMPRODON. 


369 


tia  Bei''  rex.  Si  erga  loca  divi- 
nis  cultibus  niancipata  propter 
amorem  Dei  eorumque  in  eis- 
dem  locis  sibi  famulantibus  bé- 
néficia oportunalargimur,  prae- 
mium  apud  Domiuum  aeternae 
remunerationis  rependi  non  dif- 
fldimus.  Idcirco  notum  sit*  om- 
nibus sanc^ae  Dei  ~  ecclesiae 
fidelibus  et  no^^ris  praesenti- 
biis  atque  futuris,  quia  quidam 
religiosus  vir  Vuilera,  abba 
monasterii  quod  est  situm  in 
pago  Gerondense,  constructum 
scilicet  sub  honore  sanc^i  Eme- 
terii  sanctique  Genesii,  ad  uos- 
tram  accedens  serenitatem,  ob- 
tulit  praecellentiae  no^^rae 
quondam  domni  et  genitoris 
nostri  gloriose  memoriae  au- 
gusti  Hludouuici  auctoritatem, 
praedecessori  siquidem  suo  ve- 
nerabili  abbati  Deodato  fac- 
iam,^'m  qua  continebatur  qua- 
liter  idem  domnus  et  genitor 
noster ,  per  intercessionem 
Gauzselmi  quondam  marchio- 
nis,  eum  et  monachos  suos  pre- 
dictumque  monasterium,  cum 
omnibus  rébus  sibi  pertinenti- 


gratia  Dei  rex.  Si  erga  loca 
divinis  cultibus  mancipata 
propter  amorem  Dei  eorumque 
in  ejusdem  locis  sibi  famulan- 
tibus bénéficia  oportuna  largi- 
mur,  praemium  apud  Domm^m 
aeternae  remuneration[is]  ~  re- 
pendi non  diffidimus.  Idcirco 
notum  sit  omnibus  sanctae  Dei 
eccle^fae  fidelibus  et  no^^ris 
praesentibus  atqwe  futuris, 
quia  quidam  religiosus  vir 
Theodosius ,  abba  monasterii 
quod  est  situm  in  pago  Geron- 
dense, constructum  scilicet  sub 
honore  sanc^i  Emeterii  sanc^i- 
que  Genesii,  ad  no5^ram  acce- 
dens serenitatem,  obtulit  pre- 
cellentiae  no5^rae  quandam 
domni  ac  genitoris  no5^ri  glo- 
riosae  memoriae  augusti  Hlu- 
douuici auctoritatem,  praede- 
cessori siquidem  suo  venera- 
bili  abbati  ^Deodato  factam,  in 
qua  continebatur  qualiter  idem 
domnus  et  genitor  noster,  per 
intercessionem  Gauzselmi  quon- 
dam marchionis,  eum  et  mo- 
nachos suos  praedictumque 
monasterium,    cum    omnibus 


suivante  :  «  Preceptus  tercius  de  Karolo  rege  »  ;  puis  cette  seconde  cote,  en 
écriture  du  xiV  siècle  :  «  Originale.  Tercium  privilegiu?n  Karoli  »  -,  et  enfin 
cette  troisième  cote,  en  écriture  du  xvii"  ou  du  xviii*  siècle  :  «  3.  Tercer  pré- 
cepte o  salvaguarda  de  Karlos  Calvo  »,  avec  le  «  n°  55  ».  —  Il  existe  à 
Gerona,  dans  l'Archivio  de  la  delegacion  de  Hacienda,  fonds  d'Amer,  une  copie 
ancienne  de  celle  même  pièce,  sur  parchemin,  qui  peut  remonter  au  x'  ou 
XI»  siècle,  et  est  analogue  à  la  copie  du  diplôme  de  Louis  d'Outre-Mer  impri- 
mée plus  loin. 
La  première  ligne  de  chaque  diplôme  est  en  caractères  allongés. 

a.  Di  a  été  ajouté  en  minuscules  au-dessus  de  la  ligne  et  de  première  main. 

b.  SU  a  été  ajouté  de  même. 

I 904  24 


370 


DIPLOMES   CAROLINGIENS,    ETC., 


bus,  sub  suae  immunitatis  tui- 
tione  defensionisque  munimine 
clementer  susceperit.  Petiit  ita- 
que  reverentiam  no^^ram  idem 
Vuilera  abba,  ut,  eandera  domni 
et  genitoris  nostri  rénovantes 
praeceptionem ,  eum  mona- 
chosqwe  ^  suos  una  cum  praes- 
cripto  monasterio,  et  cellis  sibi 
pertinentibi^s  aliisque  omnibus 
rébus  similiter  sub  nosirsie  im- 
munitatis defensione  recipere 
plenissime  dignaremur.  Cujus 
inquam  petitionibifs  libenter  ad- 
quievimus,  et  ita  illi  conces- 
sisse  omnibus  notum  esse  vo- 
Imjius.  Quaproptereundem  ab- 
batem  cum  monachis  sui[s, 
i]dem«  monasterium  cum  omni- 
bus rébus  sibi  pertinentibus  ac 
cellis  sibi  subjectis,  ^  quarum 
altéra  dicitur  domw^'^  sanc^ae 
Mariae,  sita  secus  fluvium 
Amera,  altéra  vero  domus  scili- 
cet  sita  super  iiuvium  Sterriam, 
nec  non  etiam  cellulas  duas,  in 
pago  Inporitanense  sitas,  ex 
quibws  una  appellatur  Colum- 
barius,  sita  super  fluvium  Ta- 
ceram,  altéra  quippe  dicitur 
Garcer,  sitam  juxta  maris 
magni  littora,  cum  orani  earum 
omniuwi  rerum  integritate  sub 
nostro  mundeburdo,*^  sicut  dic- 
tum  est,  atque  defensione  inte- 
gerrime  contra  omnium  inquie- 


rebus  sibi  pertinentibus,  sub 
suae  inmunitatis  tuitione  de- 
fensionisque munimine  clemen- 
ter susceperit.  Petiit  ïiaque 
reverentiam  no5^ram  idem 
Theodosius  abba,  ut,  eandem 
domni  et  genitoris  nostri  ré- 
novantes pr«eceptioneru,  ^eu/« 
monachosqwe  suos  una  cum 
praescripto  monasterio,  et  cel- 
lis sibi  pertinentibus  aliisqwe 
omnibus  rébus  simzKter  sub 
no5^rae  inmunitatis  defensione 
recipere  plenissime  dignare- 
mur. Cujus  inquam  pelitioni- 
bus  libenter  adquievimus,  et 
ita  illi  coucessisse  notum  esse 
omnibus  volumus.  Quapropter 
eundewi  abbatem  cum  mona- 
chis suis,  idem  monasteriuwi 
cum  omnibus  rébus  sibi  perti- 
nentibws,  ac  cellis  sibi  subjec- 
tis, quarum  altéra  dicitwr^  do- 
mus sanctae  Mariae  sita  secus 
ûuvmm  Amera,  altéra  vero 
domus  scilicet  sita  super  flu- 
vium Sterriaw^,  nec  non  etiam 
cellulas  duas  in  pago  Inpori- 
tanense sitas,  ex  quibws  una 
appellatur  Coluwibariu5,  sita 
super  fluviuwi  Tacerawz,  altéra 
quippe  dicitur  Carcer,  sita 
juxta  maris  magni  litora,  at- 
que  eccle.S2;am  in  honore  sanc- 
^ae  Mariae  semper  virginis  et 
sanc^i  Mathei  et  sanc^i  Johan- 


a.  On  a  suppléé  ici,  et  aux  lignes  4  et  10,  entre  crochets,  des  mots,  ou  par- 
lies  de  mots,  disparus  dans  les  trous  formés  par  des  plis  du  parchemin. 

b.  Domus  a  été  ajouté  comme  plus  haut. 


d'amer   et   CAMPRODOIV. 


371 


tudines  hominum  constituen- 
tes,  praecipimus  atqwe  jubemns 
ut  nullus  judex  publicus,  vel 
quislibetex  judiciaria  potestate, 
inecclesias,  aut  loca,  vel  agros 
seu  reliquas  possessiones  sepe- 
dicti  monasterii  et  cellularum 
sibi  subjectarum,  ad  causas  ju- 
diciario  more  audiendas,  vel 
freda  exigenda,  vel  para  tas 
^  faciendas,  aut  uUas  redibitio- 
nes  aut  fldejussores  tollendos, 
vel  illorum  homines  distringen- 
dos,  aut  inlicitas  occansiones 
requirendas  ingredi  audeat, 
nec  ea  quae  supra  memorata 
sunt  exigere  praesumat,  sed 
cum  cellis  supra  meraoratis  et 
villaribws  aliisqwe  omnibus  ré- 
bus pr<zenominato  monasterio 
pertinentibws,  in  quibuscun- 
que  consistant  locis  sive  pagis, 
necnon  etiam  cum  omnibus 
^possessionibi^s  quas  juste  ratio- 
nabiliterque  praesenti  tempore 
possidere  dinoscitur,  simul  cura 
bis  quas  divina  pietas  eidem 
sacratissimo  loco  per  suos 
quosqwe  fidèles  augere  volue- 
rit.  Liceat  memorato  abbati 
suisqwe  successoribus  et  mo- 
nachis  in  sepedicto  loco  degen- 
tibus  quiète  vivere  et  possidere, 
easderaque  res  cum  omni  secu- 
ritate  sine  cujuspiam  ^  contra- 
dictione  et  minoratione  tenere 
et  possidere,  eorumqwe  pro  uti- 
litatibus  racionabiliter  con- 
cambiare,  et  pro  nobis  conjuge 
proleque  no^^ra,  seu  stabilitate 


nis,constructam  in  pago  Ge- 
rondense,  sitam  ^in  loco  qui  di- 
citur  Vallis  Anglensis,  ipsas 
salas  seu  et  palatiolu»^  qwod 
vocatur  MerLac,  cum  omnibus 
adpenditiis  suis,  nec  non  et  in 
alio  loco  qui  vocatur  Ausor,  et 
ex  ipsa  silva  quantum  in  eo- 
rum  usus  extirpare  commodxim 
duxerint,  cum  omni  earum 
omnimn  rerum  integritate  sub 
no5^ro  mundeburdo,  sicut  dic- 
tum  est,  atque  defensione  inte- 
gerrime  contra  omnium  inquie- 
tudines  hominur/i  ''  constituen- 
tes,  praecipimus  aique  jube- 
mus,  ut  nullus  judex  publicus, 
vel  quislibet  ex  judiciaria  po- 
testate in  ecclems,  aut  loca, 
vel  agros,  seu  reliquas  posses- 
siones sepedicti  monasterii  et 
cellularuw?  sibi  subjectarum, 
ad  causas  judiciario  more  au- 
diendas, vel  freda  exigenda, 
vel  paratas  faciendas,  aut  ullas 
redibitiones  aut  fldeijussores 
tollendos,  vel  illorum  ^homines 
distringendos,  aut  inlicitas  oc- 
casiones  requirendas  ingredi 
audeat,  sed  ueque  viaticum  ne- 
que  portaticum,  neque  saluta- 
ticuwi,  neqwe  pasquarium,  ne- 
que  toloneum,  aut  ullum  inli- 
citum  debitum,  nec  ea  quae 
supra  memorata  sunt,  exigere 
praesumat,  sed  cum  cellis  su- 
pra memoratis  et  villaribus 
aliisque  omnibus  rébus  prae- 
nominato  monasterio  pertinen- 
tibus  in  quibuscumqwe  ^consis- 


372 


DIPLOMES   CiROLINGIENS,    ETC. 


totius  regni  no^^ri,  una  eu  m 
monachis  inibi  Domino  mili- 
ta ntibws,  diviiiam  misericor- 
diam  jugiter  exorare.  Et  quan- 
documqMe  divina  vocatione 
memoratus  abba  aut  successo- 
res  sui  ab  hac  luce  ^"raigrave- 
rint,  quamdiu  inter  se  taies  in- 
venire  potuerint,  qui  eos  secun- 
dum  regulam  sanc^i  Benedicti 
regere  et  gubernare  valeant, 
licentiam  habeant  ex  semet 
ipsis  abbates  [eligere],  qui  eis, 
ut  praedixinm^,  merito  vitae 
et  S6«nc^itatis  preesse  et  pro- 
desse  possint.  Et,  ut  haec  nos- 
trae  conflrmationis  auctoritas 
perpetuam  obtineatfirmitatem, 
[manu  propria]  "firmavimus  et 
anuli  no5^ri  inpressione  adsi- 
gnari  jussimus. 

^'Signum  {monogramme) 
Karoli  gloriosissimi  régis. 

•\-  Archarius  ^Yaeshiieï\  ad 
vicem  Hludouuici  recognovit 
et  s[ubscripsit].  {Ruche.) 
{Sceau  enlevé.) 

^^Data  II.  \àus  maif,  an- 
no  IIII.,  indictione  vu.",  rég- 
nante domno  nos^ro  Karoïo 
glorississimo  rege. 

Actum  'rhol[osla'^  civitate, 
in  Dei  nomine  féliciter.  Amen. 
Amen  {répété  en  notes  tiro- 
niennes) . 


tant  locis,  sive  pagis,  necnon 
etiam  cum  omnibus  possessio- 
nibus,  quç  juste  [rationabjili- 
terque  praesenti  tempore  pos- 
sidere  dinoscitwr,  simul  cum 
his  quas  divina  pietas  eidem 
sacratissimo  loco  p[er  se  suos- 
que  fidèles]  augere  voluerit. 
Liceat  memorato  'abbati  suis- 
que  successoribus  et  monachis 
in  sepedicto  loco  degentibits, 
quiète  vivere  et  possidere  eas- 
demque  res  cum  omni  securi- 
tate,  sine  ^°cujuspiam  contra- 
dictione  et  minoratione,  tenere 
et  possidere,  eorn7nque  pro  uti- 
litatibus  rationabiliterconcam- 
biare,  vel  veiidere,  et  pro  no- 
bis,  conjuge  proleqwe  no5^ra, 
seu  stabilitate  totius  regni  nos- 
tn,  una  cum  monachis  inibi 
dommo  militantibus  divinam 
misericordiam  jugiter  exorare. 
Et  quandocuwzqwe  divina  vo- 
catione memoratus  abba  aut 
successores  sui  ab  hac  luce 
"migraverint,  quamdiu  inter 
se  taies  invenire  potuerint,  qui 
eos  secu7idum  regulam  sancti 
Benedicti  regere  et  gubernare 
valeant,  licentiam  habeant  ex 
semetipsis  abbates  eligere,  qui 
eis,  ut  pra(?diximM5,  merito  vi- 
tae et  sanc^itatis  ]^raeesse  et 
prodesse  possi[n]t.  Et,  ut  haec 


a.  Il  faudrait  anno  IV,  ind.  VI  pour  l'année  843,  au  mois  de  mai,  l'indic- 
tioii  VII  commençant  au  1°'  septembre  843. 

b.  Le  texte  du  diplôme  porte  très  nettement  Thola,  sans  aucune  marque 
d'abréviation;  mais  il  est  de  toute  évidence  qu'il  faut  restituer  Tholosa. 


d'amer  et  camprodon.  373 

no,s^rae  confirmationis  auctori- 
tas  pe>'petuam  obtineat  firrai- 
tatem,  manu  propria  subter 
*2eam  firmavimus  et  anulli  nos- 
tri  inpressione  adsignari  jussi- 
mus. 

*^Signum  {monogramme) 
Karoli  gloriosissimi  régis. 

j-  Gauzlenus  notariit^  ad  vi- 
cem  Hludouuici  recognovit. 
{Ruche.)  {Sceau  enlevé.) 

Unruocus  cornes  ambas- 
ciavit^'^. 

^^Data  xrn.  kalendas  de- 
ce7nhris,  indictione  viii.,  an- 
no  XXI. ,  régnante  Karolo  glo- 
ri[osi]ssimo  rege. 

Actum  in  Pontione  palatio 
regio,  in  Dei  nomine  féliciter. 
AMHN. 

m. 

Diplôme  de  Charles  le  Simple  en  faveur  de  l'abbaye 
d'Amer  ^ 

(5  juin  922.) 

f  In  nomine  sancte  et  individue  Trinitatatis.  Karolus,  divina 
propitiante  clementia,  rex  Francorum.  Regalis  mes  est  ^fidèles 

a.  Ces  trois  mots  ont  été  tracés  en  notes  tironiennes  :  Un-ru-o-cus  cornes 
am-ba-sci-a-vit.  Ce  personnage  doit  sans  doute  être  identifié  avec  Hunrok,  ou 
Henri  II,  tils  et  successeur  d'Éberhard,  duc  de  Frioul  (868-874). 

1.  Bibl.  nat.,  ms.  nouv.  acq.  lat.  2579,  fol.  3.  —  Original  sur  parchemin, 
mesurant  54  centimètres  de  large  sur  45  de  haut.  Le  texte  de  ce  diplôme  a  été 
imprimé  par  J.  de  la  Canal,  dans  VEspana  sagrada,  t.  XLV  (1832),  p.  324-325, 
sans  mention  d'origine. 

Au  dos  du  diplônne,  on  lit,  en  écriture  du  xi«  ou  xii^  siècle,  la  cote  sui- 
vante :  «  Preceptum  secwnd^m  Karoli  »,  par  suite  d'une  confusion  avec  Charles 
le  Chauve-,  puis  cette  seconde  cote  en  écriture  du  xiv°  siècle  :  «  Originale  est. 


37i  DIPLOMES   CAROLINGIENS,    ETC., 

suos  donis  multiplicibus  honorare.  Idcirco  noverit  omnium  sanc- 
te  Dei  ecclesio  fldelium  presentium  sive  futurorura  industria, 
quoniam  ^accedens  ante  presentiam  no^^ram  venerabilis  presul 
Gerundensis  ecciesi(^,  Guigo  noraine,  expetiit  a  no5^ra  mansue- 
tudine  ut  Melihiis  ^suis  quasdaîu  res,  quibus  p^^oprio  jure  utun- 
tur,  precepto  nostro  conflrmaremus.  Cujus  petitionem  bénigne 
suscipientes,  conce^dimus  quibusdam  fidelibus  suis  quasdam  res 
sitas  in  comitatu  Gerundense,  monasterium  scilicet  sanc^i 
Hemeterii  sanctique  Genesii  cum  omnibus  ad  eos  iperiihieniihus, 
cellas  etiam  duas  sanctç  Mariç  et  sanctï  Vincentii,  vel  sanct'i 
Johannis,  cum  omnibus  sub  integritate  ad  eas  pertinentibw*, 
alias  etiam  cellas  duas  sitas  in  comitatu  ^Puritanense,  ex  quibz<5 
una  apellatur  Columbarura,  sita  sup6?r  fluvium  Tether,  altéra 
dicitwr  Carcer,  sita  juxta  mare,  cum  omnibus  ad  se  jure  pertinen- 
tibus,  et  cellam  sanc^i  Andreç  ^sitam  super  fluvium  Esterriam, 
et  locum  qui  dicitur  Ausor,  cum  omnibus  ad  se  pertinentibus, 
Merlac  cum  omnibi«5  ad  se  pertinentibus.  Precipimus  etiam 
atqwe  jubemus,  ut  nullus  ^judex  publicw^  aut  judiciaria  potestas 
in  predicto  monasterio  vel  cellis,  seu  locis  sibi  subjectis  potes- 
tatem  habeat  aut  violentiam  aliqitam  exerceat,  seà  Guinade 
abba,  *''et  sui  successores  et  monachi  inibi  degentes  quiète  vivere 
et  possidere  predictas  res  cum  omni  securitate  valeant,  et  pro 
nobis  seu  pro  regni  no5^ri  statu  divinam  misericordiam  ^'valeant 
exorare.  Et  ut  hec  no^^re  auctoritatis  confirma  tio  perpetuç  obti- 
neat  firmitatis  vigorem,  manu  propria  subter  flrmavimi^^  *^et 
annuli  no^^ri  impressione  jussimus  sigillari. 

^^Signum  Karoli  {monogramme)  régis  gloriosissimi. 

*^f  Agano  notarius,  ad  vicem  Rotgeri  arch[e])iscop[  summiqi^e 
cancellarii,  recognovil  et  s[ubscripsit].  {Ruche.)  {Sceau  enlevé.) 

i^Data  nonas  junii,  indictione  x.,  anno  tricesimo  régnante 
domno  no^^ro  Karolo,  redintegrante  xxv.,  largiore  vero  heredi- 
tate  indepta  xi.  Actum  Turno^  féliciter.  Amen  {en  notes  tiro- 
niennes) . 

Secundum  privilegiiim  Karoli  »;  et  enfin  cette  troisième  cote,  en  écriture  du 
xvii^  ou  xviii"  siècle  :  «  2.  Segon  précepte  o  salvaguarda  de  Karlos  Calvo  », 
avec  le  «  n°  56  ».  —  La  première  ligne  est  en  caractères  allongés. 

1.  Cf.  P.  de  Marca,  Marca  Impanica,  p.  375,  et  trois  autres  diplômes  de 
Charles  le  Simple  pour  l'église  de  Gerona  et  l'église  de  Narbonne,  n""^  ix, 
Lxxxviii  et  Lxxxix  de  D.  Bouquet,  Recueil  des  historiens,  t.  IX,  p.  475,  555 
et  556. 


d'amer   et   CiMPRODON.  375 


IV. 


Diplôme  de  Louis  d'Odtre-Mer  en  faveur  de  l'abbaye 

DE     CaMPRODON^ 

(3  février  952.) 

In  nomine  sanc^e  et  individus (i)  Trinitatis.  Leudovicus,  divina 
miserante  clementia,  Francorum  rex.  Si  locis  s<2nc^orum  divino 
cultui  mandatis  servorumque(2)  necessitatibus  opem  '^conferi- 
mus,  regiraen  pro  certo  exercemus,  aemolumentum  atqwe  ad 
çterne  beatitudinis  gloHara  facilius  pervenire  confidimus.  Igitur 

1.  Bibl.  nat.,  ms.  nouv.  acq.  lat.  2579,  fol.  4.  —  Copie  ancienne,  du 
xi°  siècle,  sur  parchemin,  mesurant  64  centimètres  de  large  sur  41  de  haut.  Le 
texte  de  ce  diplôme  a  été  imprimé  par  Baluze  dans  la  Marca  hispanica  (1688), 
col.  862-863  ;  reproduit  dans  D.  Bouquet,  Recueil  des  historiens,  t.  IX  (1757), 
col.  608-609,  «  ex  archivis  hujus  monast.  »;  puis  par  Pujades,  Crônica  uni- 
versal  de  la  Cataluha,  t.  VII  (1831),  p.  92-93,  et  enlin  par  Viilanueva,  Viage 
literario,  t.  XV  (1851),  p.  276-278,  «  ex  translat.  in  arch.  S.  Pétri  Catnpirotundi  ». 

Au  dos  du  diplôme,  on  lit,  en  écriture  du  xi"  ou  xii=  siècle,  la  cote  suivante  : 
«  Regale  preceptura  petitionibws  Guifredi  comitis  hujws  loci  fundatoris  edi- 
tum  »;  et  une  autre  cote  du  xvii»  ou  xviii"  siècle  :  «  C.  235  ».—  La  première 
ligne  de  ce  diplôme  est  en  caractères  allongés,  avec  une  transcription  ancienne 
au-dessus. 

Une  copie  sur  papier  du  diplôme  original,  faite  au  xviii"  siècle,  forme  les 
fol.  5  et  6  du  ms.  nouv.  acq.  lat.  2579;  en  voici  le  litre  et,  plus  bas,  l'indica- 
tion des  variantes  qu'elle  présente  avec  le  texte  de  la  copie  ancienne  publié 
ci-dessus  : 

«  C.  235.  —  TrasUat  del  privilegi  del  christianissim  Luis,  rey  de  França,  e 
en  que  confirma  la  fundacio  del  illustrissim  y  religiosissim  monastir  de 
S.  Pero  de  Camprodo,  de  la  orde  de  nostre  Pare  sant  Benêt,  fundat,  per  lo 
serenissim  Vuifredo,  compte  de  Cerdanya,  y  totas  las  rendas,  possessions  y 
senyorias  que  li  dona  quant  lo  funda  y  edilica  ;  lo  original  del  quai  esta  en  lo 
archiv  de  dit  monastir,  escrit  en  lletra  gothiga  difficultos  de  lleger.  » 

Variantes  de  la  copie  auec  l'original.  —  (1)  Sanctaî  et  individu».  —  (2)  man- 
cipatis  servorumque  Dei.  —  (3)  agnoscat,  corr.  dignoscat.  —  (4)  quoniam, 
corr.  quam.  —  (5)  adiens.  —  (6)  quemdam.  —  (7)  commutuaverat.  —  (8)  qua- 
tenus.  —  (9)  Vuifredi.  —  (10)  monasleriolum.  —  (1 1)  Christophori.  —  (12)  Fran- 
corum. —  (13)  alodes.  —  (14)  quœ  {corr.  cum  pace)  orania.  —  (15)  judiciaria, 
corr.  judicialia.  —  (16)  ad,  corr.  aut.  —  (17)  modo,  corr.  more.  —  (18)  fidei 
jussores.  —  (19)  audeant.  —  (20)  prœsumat.  —  (21)  consistant.  —  (22)  exorare 
misericordiam,  corr.  in  ecclesiam.  —  (23)  insigniri,  corr.  insignili.  —  (24)  suit  : 
Signum  Ludovici  [monogramme]  gloriosissimi  régis.  —  Locus  {cercle)  annuli.  — 
Ordilo  notarius,  ad  vicem  Artaldi  archiepiscopi,  relegit  et  subscripsit.  Aclum,  etc. 


370  DIPLOMES    CAROLIiVGIE^JS,    ETC., 

omnium  sanciQ  Dei  çccle^zç  fldelium,  tam  presencium  quam  et 
futurorum,  agnoscat(^)  soller^cia,  qMom'am(^)  nostram  audiens(^) 
prçsentiam  Wlfredus  cornes  rettulit  nobis  qualiter  quendam(^) 
locellum  in  honore  sancti  Pétri,  situm  in  pago  Bisullunense,  ob 
Dei  ejusdemqi^e  principis  apostolorwm  amorem  suç  heredita^tis 
rebws,  aput  Gothmarum,  Gerundensis  Qcclesi^  prçsulem,  cum 
consensu  tam  clericorum  quam  laicorura  prçdicte  sedis  regulari- 
ter  firmiterqwe  corautaveratC^),  ut  moris  est,  dea  scilicet 
ratione,  ut  inibi  régula  beati  Benedicti  ^cum  abbate  proprio 
exerceretur,  Unde  nos^rae  altitudinis  munificentiam  satis  reve- 
renter  expetiit,  quatinus(^)  prçdictum  cçnobium  no^^rae  ditioni 
omnino  vendicantes,  cum  omnibw5  juste  sibi  ^ertïneutihus  uos- 
trae  regalitatis  prçcepto  ^cowflrmare  dignaremur.  Cujus  prçdicti 
comitis  Wlfredi(^)  pçtitionibws  libenter  suscipientes  prçdictum 
monasterii  jusC''),  cum  abbate  Laufredo,  et  raonachis  ac  omni- 
bus rehus  sçu  villarib^^,  videlicet  çcclesiam  in  honore  sancti 
Christoîon{^^)  in  viPla  que  dicitwr  Crescenturi,  et  silvam  quç 
eidem  monasterio  adjacet,  cum  terris,  molendinis  et  pratis;  et 
in  alio  loco  xilhm  que  vocatwr  Pugna  Franchorioîi(*'),  cu«^ 
finibM5  ac  terminis,  sive  aulodes(i-^),  quos  prçdictus  comes 
Wïîredus  eidem  monas^terio  per  carta  contulit,  scilicet  in  comi- 
tatibus  Bisullune?îse  et  in  valle  Asperi;  aulodesC^)  qnoque  quos 
genitrix  prçfati  comitis  prelibato  monasterio  in  pagis  scilicet 
Bisullunense  hac  in  Yalle  confluente  dédit,  aulodes(^^)  çtiam 
omnes  quos  prçno^minatMS  abbas  Laufredw^  ad  predictum 
locum  tradidit,  cum  pace  omma('^)  supradicta,  cum  omnium 
rerum  integritate,  sub  n05^ra  defïensione,  sicw^  dictum  ^st, 
integerrime  contra  omnium  inquietudines  hominum,  regia  aucto- 
ritate  p/'ecipimi«6'  atque  jubemws,  "ut  nullus  judex  publicus,  vel 
q?^elibet  judicialia(''')  potestas,  in  çcclesias  aut  loca  sepedicti 
monasterii,  aut(^'^)  causas  judiciario  more ('")  audiendas,  velfreda 
exigenda,  vel  paratas  faciendas,  aut  ullas redhibitiones  aut  fidei- 
jussores(^^)  "tollendos,  vel  illorum  distringendos  homines,  aut 
illicitas  occasiones  requirendas,  ingredi  audeat(^^),  sed  neque 
viaticum,  neqwe  portaticum,  neqwe  silvaticum,  neqz^e  pascua- 
rium,  neqwe  theloneu;n  aut  ullum  illicitu;;i  debitum  exigere 
prçssummat(^°),  *'sed  cu?72  supra  memoratis  rehus  omnibw^  p^-'ç- 
dicto  monasterio  pertinentibw^,  in  quibw^  quoqwe  con'sistunt("'i) 
locis,  qiioà  has  juste  ad  prçsens  possidere  videtwr,  simul  cum 
bis  quas  divina  pietas  eidem  loco  per  su  os  quosqwe  fidèles  augere 


d'amer  et  camprodov.  -        377 

voluerit,  li'^ceat  memorato  abbati  suisqwe  successoribws  régula- 
rités viventibM5,  et  monachis  inibi  secundum  regulam  sancti 
Benedicti  degentibw^,  quiète  vivere  easdemque  res  cum  omni 
securitate  et  minoratione  possidere,  et  pro  nobis  proleqwe  no5^ra 
seu  stabili*'*tate  totius  regni  no5^ri  secure  divinam  valeant  exo- 
rare  ïnisericorài8Lm[^-).  Et  quando  meraoratus  abba  àe  ac  luce 
migraverit,  licentiam  habean^  ex  semet  ipsis,  si  dignus  inveniri 
poterit,  omni  tempore  abbatem  eligere.  ^^Et  ut  bçc  auctoritatis 
confirmatio  perpetuo  firmitatis  obtineat  vigorem,  manus  no^^ra 
eam- subterfirmantes,  anulo  no^^ro  insignili  (^^^  decrevimus(^'^). 

Artum  Reme  civitate,  m.  nonas  febrwarii,  inditione  vi°, 
anno  XVI°  régnante  Ludovico  glorioso  rege. 

V. 

Bulle  du  pape  Benoît  VIII  en  faveur  de  l'abbaye 
DE   Camprodon*. 

(8  janvier  1017.) 

:^  BENEDICTUS  EFiscopuS,  SERYUS  SERVORUm  Del, 
^dilecto    in    Dommo    Bonifilio,    religioso   abbati   venerabilis 

1.  Bibl.  nat.,  ms.  nouv.  acq.  lat.  2580.  —  Original,  sur  papyrus,  comptant 
soixante-tlouze  lignes  d'écriture  et  mesurant  l^GG  de  haut  sur  40  centimètres 
de  large.  Le  texte  de  cette  bulle  a  été  imprimé  dans  P.  de  Marca,  Marca  his- 
panica  (1688),  col.  1002-1004;  puis  reproduit  par  Cocquelines,  Bullarum... 
amplissima  collectio  (1739),  t.  I,  p.  325,  et  par  Migne,  Patrol.  lat., 
t.  CXXXIX,  col.  1613-1616;  cf.  Jatfé-Wattenbach,  Eegesta,  n-  4019  (3068). 

Une  copie  ancienne  de  cette  bulle,  faite  sur  parchemin,  au  xi°  ou  xii'  siècle, 
et  qui  mesure  665  millimètres  sur  205,  est  conservée  dans  le  ms.  nouv.  acq. 
lat.  2579,  fol.  15.  On  lit,  au  dos,  la  cote  et  le  titre  suivants,  en  écriture  du 
xvii^  ou  xviii'  siècle  :  «  C.  497.  —  Confirmatio  del  papa  Benêt  de  totas  las 
rendes  de  lo  m"  de  S'  Père  de  Camprodon.  Es  lo  original  ».  Cette  copie  permet 
de  restituer  le  Bene  valete  et  la  seconde  date  de  la  bulle,  qui  ont  disparu  de 
l'original  en  papyrus,  avec  lequel  elle  ()résente  les  quelques  variantes,  la  plupart 
orthographiques,  qui  suivent  :  ligne  3,  Besuldinense.  —  4,  benediccio.  — 
5,  tocius.  —  7,  conpa-ssione.  —  8-9,  adjacenciis.  —  10,  capudaquis.  —  14  et  15, 
primiciis.  —  17  et  18,  adjacenciis.  —  18,  uallestir.  —  20,  adjacenciis-bela.  — 
22,  adjacenciis  {bis)  que  e.  —  23  et  24,  palacio.  —  23,  qui  d.  —  24,  capuda- 
quis et  suos  d.  —  25,  Et  in  Gisano  ipso  manso-adjacenciis  {bis).  —  26,  oliva- 
rios.  —  27,  adjacenciis.  —  Et  in  p.  s.  Matheo  {transposé).  —  28,  primiciis- 
adjacenciis  [bis,  et  partout  dans  la  suite).  —  31,  primiciis.  —  33  et  35, 
Rusiliouense.  —  37-38,  Et  in  c.  Petrelatcnsi  {transposé).  —  37,  ipsos  masos- 


378  DIPLOMES   CAROLINGIEiVS,    ETC., 

monasterio  sanct'i  Pétri  Campirotundi ,  quod  est  situm  in 
^coraitatu  Bisuldinense,  in  valle  Landarense  inter  duo  flumina, 
tibi  tecumque  manentibw^  et  per  te  tuis  illorumque  succes- 
sohihus  salus  et  pax  et  apo^^olica  benedictio  quoad  mundus 
perraanet.  Amen.  Cum  constet  Dominum  nostnim  hono- 
rera sanct^  ^universalis  (^cclesiç  incessanter  a  propagatori- 
hus  béate  fidei  augmentare,  necesse  est  accipientibw^  ab  illo 
totius  jura  ^regiminis  ei  concedere  censura  justi  moderaminis 
fîrmam  liberalitatem  malorwnque  procul  ab  ea  pellere  perva- 
sionem.  "Quocirca  quoniam  convenit  apo^^olicç  pietati  benigna 
petentibi(5  succurrere  co^npassione,  ideo  nos  tuis  justis,  etenim 
sic  sunt  ^a  nobis  adjudicati  nam  juste  fiunt,  annuentes  precibus 
omnes  proprietates  sive  possessiones  ipsius  loci  fines  \e\  limites 
cum  adja^centiis  precipuorwm  predior^«»^  cum  omnibus  çccle- 
5iis,  parroechiis,  villis,  fundes,  ca.sa\ihus,  casis,  terris,  vineis, 
campis,  pratis,  pascuis,  ^"silvis,  garriciis,  areis,  torculariis,  aquis, 
aquaruwi  ductibi^s,  viis,  molendinis  cum  suis  caputaqwzs  et  suis 
piscatoriis,  ^'cultumet  incultuwiet  quecimique  beatus  a^^ostohis 
Petrus  ex  collationibMS  fidelium  in  cenobio  Car>^pi  Rotundi  reti- 
nere  videtur,  nosiro  ^-a^ostolico  confirmami^s  privilegio.  Con- 
cedimus  itaqite  predicto  monasterio  alode»2  qiiod  iu  circuitu  ejiis 
abetur  \e\  abere  dinoscitur^  ^^pis^ationes  qnoque  aquarum  Teç- 
zer  de  septem  casas  usque  ad  ipsos  Kalkers  et  in  rivo  torto  de 
Mullione  usque  in  Tezer.  "Parrosechia  autem  de  ipsa  valle,  eccle- 
siam  sancio  Marie  cuw?  decirais  atqite  primitiis  et  oblationibus 
fidelium  absqite  tributo.  ^^Parroa3chia  autem  sanc^i  Cristofori 
Crescenturi  cum  ipso  alode  et  cum  ipso  cimiterio,  eu»?,  decimis 
et  primitiis,  et  oblationes  fide"^lium  ahsque  tributo.  Alodem 
qwod  âicitur  in  Landars,  et  alodem  de  Fresscanet,  et  alode;?i 
de  Paradella,  et  de  Rescac,  et  in  Villa^'longa,  et  in  Castellars, 
cum  terminis  et  adjacentiis.  Alode>}2  que  dicunt  Pugna  Francor, 
et  alodem  que  dicitur  Grado,  et  alodem*^  qui  est  in  Bolosso,  et 

Olives.  —  39,  mansos-Wifredus.  —  41,  Serdania.  —  43,  primiciis.  —  44,  obla- 
ciones.  —  47,  cum  ejus  decimis  et  primiciis  el  oblaciones.  —  49,  ad  sancti 
Pétri  cenobii  Campi  rotundi-pertinencia  a.  firmanlur  illi  a  nobis.  —  51,  pec- 
cunie.  —  52,  licenciam.  —  54,  excomunicari,  —  55,  penitencia.  —  55  et  56, 
licenciam.  —  57,  princebs.  —  58,  coenobio.  —  59,  pertinenciis-obtesfacione. 
—  Gl,  nec  t.  —  62,  factoque.  —  64,  porcio.  —  65,  ut  diximus,  nisi  p.-male- 
diccionis.  —  66,  benediccione.  —  67,  porcio-diTs.  ihs.  xps.  —  69,  exigera.  — 
70,  malediccionibns.  —  72,  in  die. 


D'iMER    ET    CAMPRODON.  379 

alodem  qui  est  in  Arza,  cum  terrainis  et  adjacentiis  suis,  et  alodem 
que  àicituv  Beget,  cum  ipsa  massana  '^et  alodem  que  dicunt 
Allestir,  et  alodem  que  dicunt  Albet  cum  ipsa  aqua,  et  cum  ipso 
bosco,  et  alode?72  que  dicunt  Oliba,  et  Malo^^pertuso  cum  termi- 
nis  et  adjacentiis  illorwm.  Et  alodewi  que  dicunt  Genebrel,  et 
Aqua  bella,  et  Prunarias,  et  Nabinarios,  21  et  alodem  que 
dicunt  Carrsera,  cmn  terminis  et  adjacentiis  illorwm,  et  alodem 
que  est  in  parroçchia  de  Tortelliano  et  -in  parrosechia  de  Agela- 
ger,  cum  terminis  et  adjacentiis  suis.  Et  alodem  qui  est  in  par- 
roçchia  de  Monte  acuto,  id  est  ^spalatio,  cum  ipso  bosco  et 
Molino  Betere.  Et  alodem  que  dicunt  Artikes  cum  ipso  bosco  et 
in  Capriol,  et  in  Mauro  et  in  24palatio  ipsos  molendinis  et  in 
Molino  vetere,  et  in  Vuado  malo  cmn  suo  caputaqwzs  et  suo 
decursos  et  suos  superpositos.  -5  Et  in  Gis[an]o  ipso  maso 
cum  terminis  et  adjacentiis  suis,  et  in  Boscols  ipsum  alodem 
cum  terminis  et  adjacentiis  suis.  Et  in  par^^rosechia  sanc^i  Feli- 
cis  in  Lutuno  ipsa  villa  cum  ipso  alode  de  Luders  et  de  Selvatella 
cum  ipso  bosco  et  cum  ipsos  olibarios,  cum  ^^terminis  et  adja- 
centiis illor?^m.  Et  in  parroaîcbia  sanc^i  Mathei  alodem  qui  est 
in  villa  Damires  et  in  stella  cum  terminis  ^«et  adjacentiis  illoru?n, 
et  ipsa  villa  de  Romaniano  cum  e]us  alode,  et  cum  ipsa  çccle^ea 
cum  decimis  et  primitiis,  et  oblationes  ^afideliura  cum  terminis  et 
adjacentiis  illorwm  absqwe  tributo.  Et  in  Pontons  ipswm  alodem 
cum  terminis  et  adjacentiis  illorwwi,  ^''et  in  Parietes  ipsum  alo- 
dem cum  terminis  et  adjacentiis  illorum.  Et  in  'èancto.  Eularia 
ipsos  masos  cum  e]us  alodes,  cum  terminis  et  adjacen-^Hiis  illo- 
Yum,  et  in  valle  Biania  ipsos  solarios  cum  e]us  çccle^/a,  et  cum 
decimis  et  primitiis,  et  cum  e]us  cimiterio,  et  oblationes  fide- 
lium32  absqwé»  tributo.  Et  in  Cubilisico  vel  in  valle  Biania  ipsos 
masos  cum  e]us  alodem,  cum  terminis  et  adjacentiis  illorwm. 
Et  in  Bago  vel  33in  serra  ipsos  masos  cum  q]us  alode  et  cum 
e]us  decimis.  Et  in  comitatu  Rosolionense,  vel  in  valle  Asperi, 
idem  in  Palazdano  ipsos  ^^masos  cum  e]us  alode,  cum  termi- 
nis et  adjacentiis  illorwm.  Et  in  Miralias  ipsa  villa  cum  e]us 
alode  et  cum  ipsos  boscos,  cum  terminis  ^^et  adjacentiis  illorwm, 
et  ipsa  villa  de  Avellanetello,  cum  e]us  alode  et  cum  e]us  deci- 
mis. Et  in  comitatu  Rosolionense,  vel  in  villa  s^Malleolas,  ipsos 
masos  cum  eJM5  alode,  cum  terminis  vel  adjacentiis  \\\ovu7n. 
Et  in  villa  Torrilias  ipsas  salinas,  c\xm  ipsas  vineas,  ^'et  cum 
e]us  alode  cum  terminis  et  adjacentiis  illorwm.  Et  in  comitatu 


380  DIPLOMES   CAROLIÎVGIEIYS,    ETC., 

Petrelatensi  ipso  masos  de  Villa  Sacar  et  in  Olibes  ipsos 
ma^^sos  cum  eorun^  alodes,  et  in  Terrers  ipsas  vineas  cum 
terminis  et  adjacentiis  illorum.  Et  in  comitatu  Gerundense  ipsos 
masos^^  de  Flossano  cum  ejus  alode,  cum  terminis  et  adjacen- 
tiis illontm.  Et  in  comitatu  Bergadanensi  ipsos  maso[s]  quos 
dédit  ^°Vuifredu s  cornes,  etalium  quos  dédit  Oliba  cornes  et  alium 
quos  dédit  Bonifilius,  qui  fuit  quoàdam.  làetn  in  Cospo,  et  in 
Ardariz  et  in  Gardi^'lans  cum  eorwm  alodes,  cum  terminis  et 
adjacentiis  illorwm.  Et  in  comitatu  Sserdania,  velin  villa  Allone, 
vel  in  Volpellago,  ^^vel  in  Ezer  ipsos  masos  cum  eorum  alo- 
des et  cum  e^iis  furnos,  cum  terminis  et  adjacentiis  iWorutn .  Et 
in  comitatu  Rosolianense,  '^^vel  in  valle  confluente,  ipsa  villa  de 
Pino  cum  ipsa  ecclesia,  et  cum  e^us  alode,  et  cum  eJM5  cimite- 
rio,  et  cum  decimis  et  primitiis,  et  ^^oblationes  fidelium  cum  ter- 
minis et  adjacentiis  illorwm.  Et  in  villa  Saorra,  et  in  villa  Fol- 
lano,  et  in  villa  Vernet,  et  in  villa  ^^Vhitesano,  et  in  Askarone, 
et  in  Purcinianos,  et  in  Evulo,  et  in  Marignanos,  et  in  Campes- 
tres,  ipsos  masos  cum  eovum  alodes ,  et  ^*^cum  eorwm  vineas 
cum  terminis  et  adjacentiis  illorum.  Et  in  Massanetto  ipsa  villa 
de  Rovoeros,  et. ipsa  villa  de  Mala  conjuncta,  ^'^et  cum  ipsas 
casas  de  Lavajol,  et  in  villare  Bellone,  et  ipsa  villa  de  Olibeta, 
cum  eji<5  çcclesisi  cum  decimis  et  pn'mitiis  et  oblationes  ^^fide- 
lium  cum  eorum  alodes,  et  in  Tapies  cum  ipsos  boscos,  cum  ter- 
minis et  adjacentiis  illori^n.  Hçc  igitur  quecumque  diximw^ 
*^ve\  que  non  dixirai<5  predia  adqwz'sita  \e\  adqta'renda  ad  sancti 
Pétri  a^postoli  cenobium  Campi  rotundi  situm  pertinentia  aucto- 
ritate  illi  ûvmaniu/'  a  n[obis]  ^"apo^^olica.  Statuimws  auiem  ut, 
quando  abbas  ipsiu^  mona^^erii  obierit,  neque  a  regibw^,  neque 
a  comitibM5,  neque  a  qualicumqwe  persona  pro  cupi^^ditatis 
pecuniç  causa,  neque  pro  qualicumqwe  favoris  inanis  glorz'a 
ibidem  constituantur  abbates  ;  sed  a  cunctis  ibi  degentibw^  servis 
Dei  '-'-secundum  Deum  juxta  Benedicti  patris  regulam  eligantur 
abbates.  Damus  quoqt^e  licentia'/?^  ipsius  loci  abb«ti,  ubicu^iqwe 
vel  a  qualibe^^^cumqwe  voluerit  episcojJits  suosclericosordinandi, 
a  qualicumqwe  sede  ei  placuerit  crisma?n  accipiendi,  et  ut  a  nullo 
eipiscopo,  necab  illo  ''Hn  cujus  situai  est  mona^^erzum  episcopio, 
nec  ab  alio  possit  excommunicari  aliqua  ad  eundem  mon«5^ermm 
pertinens  çccle^za.  Statuimif5  eViam  ^■'ut  quis  pçnitentia  a  limi- 
nihus  exclusus  qcciesiç,  quandiu  ibi  steterit,  habeat  licentiawi 
introeundei  et  omne  divinum  officium  audiendi.  ^^Concedimws 


d'amer  et  camprodon.  38^ 

quoque  abbrtti  vel  monachis  et  omnïhus  clericis  ad  monaste- 
rmm  pertinentibws  licentiam,  nisi  voluerint  spontanée,  yel 
rogati,  "ad  sinodum  non  eundi.  Gonfirmamus  ig'iiur  et  stabilimws 
araodo  ut  nullus  rex,  nuUus  princeps,  nullus  marchio,  ^^nullus 
cornes,  nullus  judex,  nullus  e^iscopu^,  neqwe  ulla  magna  parva- 
qwe  persona  aliquaw  vim  vel  invasionem  in  eodem  cenobio  aut 
^^in  suis  pertinentiis  facere  présumât.  Pro  quo  et  sub  divini  judi- 
cii  obtestatione  et  anathematis  interdictis  promulgantes  de^^^cer- 
niraM.9  ut  nullus  umquam  nostvovum  successorwm  Pontiflcum 
neqwe  aliqua  magna,  sicut  diximws,  parvaqwe  persona  audeat, 
\el  présumât  con^tra  hoc  wostrum  apo^^olicum  privilegium  in 
diWquihus  agere  injuste,  neqwe  qî^î's  illum  frangere  temptet.  Si 
qwz's  autem,  qwod  non  crediraws,  neqwe  ti^^mens  Dewm  et  nos- 
tvum  parvipendens  privilegium,  qwod  concedimw^,  verbo  factove 
disrumpere  te?;iptaverit,  hune,  qia'sqiws  ille  fuerit,  *^^de  parte  Dei 
omnipo^en^is  sanc^iqwe  e']us  apo5^oli  Pétri  et  xvostvB.,  qui  e^us 
fungimur  vice,  perpetuis,  nisi  resipuerit,  anathematis  vinculis 
obligamtt^;  ^^sitqî^e  portio  e]us  infern^s,  hereditas  illius  diabo- 
lus,  pars  et  consolatio  eius  ubi  nunquay^i  letitia»*  sed  semper  est 
fletus,  ^^veniatqwe,  nisi,  ut  dixinms,  pçnituerit,  super  illum 
quicquià  maledictionis  excogitari  vel  dici  potesl.  Si  qms  autewi 
hujus  sanc^i  cçno%ii  adjutor  existens  illum  in  quo  potuerit  ele- 
gerit  et  amaverit,  hic  Dei  omnipo^e^î^is  interventu  apo^^olico 
repletus  benedictione  ^'crescere  se  gaudeat  in  virtutew  de  vir- 
tute,  sitqwô  portio  e'^us  paradisus,  hereditas  illius  Dominus 
Chrû^MS,  pars  et  consolatio  ejws  ^^ubi  sewiper  gaudium  et  dolor 
est  nullus.  Interdicimus  etiam  universis  generis  potestatibws,  ut 
nuUi  liceat  ex  jam  dicto  mona^^erz'o  ^^accipere  pascuarios  vel 
exhigere  traginas  aut  distringere  placitos  ullius  hominis  ad 
mona,s^erùim  pertinentis,  cujuscumqwe  ^°sit  culpe,  si  supradic- 
tis  maledictionibw5  non  vult  subjacere,  quas  Deus  omnipo^ens 
et  ab  adjutoribi(5  hujus  no5^ri  privilegii  semper  averta[t],  '''^et 
super  disru?72pere  cupientibw^  severus  inducat. 

Scriptum  per  manus  Benedicti  regionarii  notarii  et  scnniarii 
sanct^  Rom«n§  '^çccle^iç  in  mense  januario,  indictione  quinta 
décimal 

BENE  :  VALETE  [  ;  SS. 

1.  La  bulle  originale  sur  papyrus  se  termine  ici;  le  Bene  Valete  et  la  date 
qui  suivent  ont  été  empruntés  à  la  copie  sur  parchemin.  Il  reste  cependant 


382  DIPLÔMES   CAROLINGIENS,    ETC., 

-}-  Datwm  VI.  iàus  ianuarii  per  manus  Bosoni,  Domzni  gratia 
epwcopy  et  uibliothecarii  sanc^e  apos^olicesedis,  anno  Deo  pro- 
picio  pontificatM5  dompni  nosiri  Benedicti  s«nc^issimi  octavi 
p«pff  anno  V%  ...  domni  Heinrici  imi^eratons,  Augusti  anno 
tercio,  màictione  suprascripia  xv*,  mensejam  dicto  januario 
[die  oc]  ta  va.  Bernardw^  cornes  Bisuldunensis .  f 

VI. 

Donation  a  l'occasion  de  la  consécration  de  l'église  de 
Camprodon  par  Servtjs  Dei,  évèqde  de  Gerona'. 

(27  novembre  904.) 

In  no[mine  Domini  Deieterni,  sub  anno]  Incarnationis  Dommi 
nosiri  Jhesn  Chm^i  DCCGGIIII.,  indiccione  vu.,  ipsum  die 
V.  kalendas  decem[bris,  anno]  V.  régnante  Karulo  rege,  filio 
Leudevici,  ve[niens  vir  reverentissiraus  Servus  Dei,  sedis  Gerun-] 
densis,  gr[aHia  Dei,  episcopus,  ad  conse]crandam  ecclesiara, 
que  [est  sita  in  pag]o  Besuldunense,  in  honore  sanc^i  Pétri  in 
locum  que  dicitur  Ca[mporotu]ndo.  Donanw^  ad  eamdem  ecde- 
siam  in  [die  de]dicationis  sue  Sunia[rius  vir  religiosus  la]icus 
necnon  e^  Bonnesindus  '^[presbiter  ca]rapos  duos  :  unum  ad  Pino- 
s[am,  et  alterum  i]n  villare  [Pl]aciti,  qui  sunt  [modi]atas  un.  et 
dimid[ia.  Do]namus  nos  supradicti  istos  campos  prenominatos  ad 
ip[sam  ecclesiam  sancti  Pétri]  pro  remediu^n  animaru?}^  ^no5^ra- 
rum  ab  odierno  die  e^  tempore  ;  [per  hanc  scripturara  donationis] 

au-dessous  de  la  dernière  ligne  un  espace  blanc  de  12  centimètres  de  haut, 
dans  le  bas  duquel,  à  l'extrémité  droite,  on  lit  encore,  en  écriture  postérieure, 
les  mots  «  anno  quarto  ».  —  Le  papyrus  a  été,  au  xviii'  siècle,  assez  grossiè- 
rement endossé  de  papier  écrit;  c'est  ce  qui,  cependant,  en  a  assuré  la  con- 
servation dans  l'état  très  satisfaisant  où  il  se  trouve  actuellement. 

1.  Bibl.  nat.,  ms.  nouv.  acq.  lai.  2579,  fol.  7.  —  Original,  sur  parchemin, 
mesurant  24  centimètres  de  haut  sur  53  de  large.  Le  texte  de  celte  pièce  a 
été  publié  par  Vilianueva,  Viage  literario,  t.  XV  (1851),  p.  275-276,  «  ex 
autogr.  in  arch.  monast.  S.  Pétri  Campirotundi  ». 

Au  dos  de  l'original,  on  lit,  en  écriture  du  xi'  ou  xii"  siècle  :  «  Kar/a  dona- 
tzonis  quam  fecit  Servus  Dei,  Gerundensis  epJ5co/>MS  ad  domum  sa/ic/i  Pétri 
in  dedicatmne  illius  ecclesie  »  ;  et  une  cote  du  xviii*  siècle  :  «  G.  531  ».  —  Il 
y  a  une  copie  de  cet  acte,  faite  au  xvm"  siècle,  sur  papier,  aux  fol.  8  et  9  du 
même  manuscrit. 


:y\       ^  «M.;    y-  '  .'/ni.;,  • 


U 


o     t- 

a.      — 


OC 


ce 


D'iMER    ET    CAMPRODOÎV.  383 

nostve  ]3redicta  ecclesia  tradim[us  et  con]cedimM5  ab  omni  inte- 
gritate,  ita  ut  inceps  ibidem  sub[jaceat  manjcipata,  ut  nullus 
umquam  ^temporibw^,  nec  cornes,  nec  vices  [cornes,  nec  vicarius, 
nec  certa]  ulla  secularïs  potestas  christiana  obsequium  vel 
régule  obtinere  pleriter  Dec  auxiliante  in  omn'ihus  denfendere 
futu^ris  temporibus.  Et  ego  domnus  S[ervus  Dei  episcopus]  dono 
ad  dom[um  s«nc^i]  Pétri  apostoli  parrochia  villa  que  vocanif 
Tabulato,  e^  villa  Pungawi  Fra[n]corMm,  et  vil[la  Majgriano,  et 
villa  Frexane^to,  e^  Porrarias,  e^  Segorilias,  et  Graxanturri  et 
Paratella.  Dono  ego  j[am  dictus]  Servus  Dei  episcopus  de  istas 
villas  superius  nominatas  a  donium  [sanc^i  Pétri]  apo^^oli  déci- 
mas et  primi^tias,  sicui  cannonus  docen^.  E^  de  ipsa  ecclesia 
domum  sanc^i  Pétri  apostoli  per  singulos  annos  censu  exinde 
exeat  a  domu^ii  sanctas  Mariœ,  matris  domini  nostrl  Jhesu. 
Chrz5^i,  que  est  [fundata]  infra  muros  Jerunde  ^civitatis  \el  ad 
e]us  e^piscopum,  sicut  cannones  docen^.  Siquidem  nos  supra- 
scripti  aut  uUus  homo,  quod  contra  banc  donationem  [a  nobis 
factam  ad  inru]mpendum  venerit,  *"aut  nos  venerimus,  aut  ullus 
episcopus,  aut  posteritas  no^^ra  inférant  seu  [inferara],  aut  par- 
iihus  e]usdem  ecciesidà  sancti  Pétri  apo^^oli  auri  [libras]  im. 
cowiponere  fatiat,  '^et  insuper  ista  donatio  in  om?2ibus  obtineat 
roborem. 

Facta  do[nati]o  ipsa  die  v.  kalendas  decembrii  anno  V. 
régnante  Karu[lo rege],  filio  Leudevici.  ^^[Ego  Bonesindus]  p-eshi- 
ter,  qui  banc  donatione[m]  feci.  SigfSuniarius,  qui  banc  [donatio- 
nem  feci.]  ^^y  Servus  Dei  humilis  episcopus  sss.  Modicus  Georgius 
sacerdos  indignus  et  abba  exiguus,  presens,  assistens  sss.  Uundis- 
clus  pre^bzYer  ss.  [Ego  f  Ingil]bertussss.  ^^f  Servus  Dei  archile- 
vita  ss.  Undila  pre^bf^er  sss.  [Ego  f  Orti]ndus  pre^k'^er  sss. 
^^Sigf  Undilus.  Sigf  Genesius.  Sigf  Aungarius.  Sigf  Justinia- 
nus.  Sigf  Eldouinus.  Sigf  Viristrimirus.  ^^Sigf  Joannes.  Sigf 
Quitirandus.  f  Savegildus.  Vilelmus  sss.  Ansulfus  sf  ."S.  Elde- 
fredus  pre^kïer,  qui  banc  donatione[m]  scripsi  et  ss. ,  sub  die 
et  anno  quod  supra. 


384  DIPLÔMES   CAROLINGIEyS,    ETC., 


VII. 


Donation  d'une  vigne  par  Angaricds  et  Placida 
A  l'abbaye  d'Amer  ^ 

(7  mai  940.) 

In  nomine  Domim,  ego  Angaricus  et  uxori  me  Placida 
donatores  sin;imus  tibi  cnntnm  plantarios,  qui  nobis  advenit  de 
excopa'-racione  et  ipso  planlario,  in  comitato  Gerundense,  in 
valle  Anglese,  in  terminio  Serralta,  in  [ipsaj  isola,  e^  afrowtat  ipso 
plantario  Me  parte  orientis  in  terra  Faraldo  vel  in  ipso  tor. .  .ce,  et 
abet  dextros  xxxiiii.,  e^  de  meriedie  afrontat  in  plantario  Anga- 
rico  vel  eredes  suos  et  abet  Mextros  xvii.,  et  de  ociduo  afrowtat 
in  plantario  Angarico  vel  eredes  suos  et  abet  dextros  xxxvi.,  et 
de  arci  afrontat  in  terra  Faraldo  vel  eredes  ^suos  et  abet  dex- 
tros XII.  Quantum  infra  istas  un.  afrontaciones  includunt,  sic 
dono  tibi  ipso  plantario  ab  omni  integrietate,  una  cum  exio  *^vel 
regresio  earum;  quem  vero  ipso  plantario  de  no^^ro  jure  in  ve^^re 
tradimus  dominio  potestatem  abere,  vindere,  donare  si  tu  cornu - 
tare,  sed  exinde  "lacère  volueris,  libéra  in  Dei  nomme  abeatis 
potestate^z  ex  presenti  die  et  iem^us.  Quod  si  nos  Angaricus  e^ 
uxori  sue  Placida  au^  ullus  omo  ^qui  contra  hanc  ista  scrip- 
tura  ad  inrumpendujn  venerit  in  sera  vel  in  sera  tibi  ipsa  vinea 
quantu?^^  ad  eiem^us  et  meliorata  fuerit  duplo  ^tibi  perpetim  abi- 
tura,  e^  in  antea  ista  carta  firmis  permaneat  omnique  tempore. 

Facta  carta  donacionis  v.  nonas  madii  l'^anno  III.  régnante 
Leudovico  rege,  fllio  Carlone. 

Sigynuju  Angaricus.  Sigf  num  Placida,  qui  banc  ista  carta 
iifecit  et  testes  firmare  rogavit.  Sigf num  Marontes.  Sigfnum 
Quimasa.  Sigf nu^w  Egofredus.  Sig-j-nu^n  ^^Ademares.  Sigfnum 
Dura  viles. 

13-}-  Giscafredus  pre^bzter,  qui  hune  ista  carta  scripsit  sub  die 
et  sss.  anno  quod  supra. 

1.  Bibl.  nat.,  ms.  nouv.  acq.  lat.  2579,  fol.  10.  —  Original,  sur  parchemin, 
mesurant  145  millimètres  de  haut  sur  30  centimètres  de  large.  Ancienne  cote 
au  dos  «  Serra  alta.  —  An.  plantarii  [ireshiten  terra  in  Serra  alla  in  Isola  ». 


d'amer  et  CAMPRonoN.  383 

VIII. 
Nomination    de    Teuderigo,    abbé    de    Camprodon,    par 

SONIEFREDO,     COMTE    DE    BeSALU,     ET    ArNOUL,     ÉVÊQUE    DE 

Gerona^. 

(29  juin  962.) 

Post  Do;mni  no.s^ri  Jhesu.  Chm^i  ascensionem  sancta  mater 
Ecdesisi  per  quadrifida  climata  cosmi  per  predicacionem  beato- 
rum  apo5^oIorum  seu  ceierorum  ^sanctovum  dilata  ta  fuit  ac 
decorata.  Impedientibus  vero  dehinc  peccatis  fidelium,  procella 
persecutionis  ineadera  çcclma  seviente,  nutu  divino  beati  mar- 
tires  adepti  sunt  ^coronam  martirii.  Denique  per  specubus  et 
latibula  latitantes,  vix  conventiculas  vel  conciliabula,  pagano- 
vum  insistente  persecutione,  celebrare  audebant;  ob  hid  vero 
ceperunt  ■'dextrui  ecclesie  Chn's^i  et  in  ipsis  specubus  a  Ghm^i 
cultoribw^  celebrare  chrz^^ianitatis  misteria.  Cessante  deniqwe, 
Chr^s^o  favente,  persecutionis  procella,  a  quibusdam  regibus  seu 
principibus,  qui  jam  çffecti  ^'fuerant  membra  ejusdem  çccWze, 
passim  ubiqi^e,  veluti  quedam  ramuscula,  çdifitia  eccle^zarum 
ceperunt  exurgere  ac  puUulare,  monasteria  vero  ad  serviendum 
Oïvisto  Dommo  devotissime  construe'^re  ab  ipsis  proceribus  vel 
ab  ipsis  presulibus.  Denique  exempla  eovum  secutus  n05^ris 
temporibus,  inclitus  cornes  Vuifredus  expetivit  a  domno  Goth- 
maro,  Gerundensis  çcclesze  e^iscopo,  ut  commutaret  "^ei  eccle- 
siam  beati  Pétri  principis  a^ostolonim,  que  sita  est  in  territorio 
Bisuldunensi,  in  locum  quae  olim  a  prioribus  vocabulura  inditum 
fuit  Campus  Rotundus,  quatinus  illic  monasterium  de^beret  ac 
posset  construere,  sicuti  et  fecit,  dans  videlicet  pro  ipsa  ^cclesia. 
alodes  proprios,   quos  habebat  idem  comes  in  pago  Besuldu- 

1.  Bibl.  nat.,  ms.  nouv.  acq.  lat.  2570,  fol.  U.  -  Original,  sur  parclieniin, 
mesurant  51  centimètres  de  haut  sur  56  de  large.  Le  texte  de  cet  acte  a  été 
publié  dans  P.  de  Marca,  Marca  hispanica  (1688),  col.  881-883;  reproduit  par 
Merino,  dans  ÏEspaila  sagrada,  t.  XLIII  (1819),  p.  404-406,  et  par  Pujades, 
Crônica  universal  de  la  Cataluna,  t.  VII  (1831),  p.  95-96.  —  La  première 
ligne  est  tracée  en  caractères  allongés. 

Au  dos  de  l'original,  on  lit,  en  écriture  du  xi"  ou  xii°  siècle  :  «  liaria 
dompni  Wifredi  comitis,  qui  locum  hlum  hsedilicavit  »  ;  et  une  cote  du 
xvm°  siècle  :  «  G.  487  ».  —  Il  y  a  une  copie  de  cette  pièce,  faite  au  xvin°  siècle, 
sur  papier,  aux  fol.  12  et  13  du  même  manuscrit. 

-1904  25 


386  DIPLÔMES   CAROLINGIENS,    ETC. 

nense,  in  Manivulo  et  in  Figarias,  et  solzdos  mille;  ea  videlicet 
conditionne  ut  ipsi  alodes  perenniter  pro  jam  supra  dicta  ecclf'^za 
in  Gerundensaem  eccle^zam  flrmiter  permanerent  et  inconvulsi. 
Comutatione  vero  cum  omnium  clericorum  assensu  peracta 
aique  '''firmata,  una  cum  consilio  fra^rum  suorum,  scilicet 
domni  Soniefredi  et  domni  Olibani  comitibws,  necnon  et  domni 
Miloni  itidem  katr'i  suo  lévite,  perrexit  idem  cornes  Vuifredus 
Franciç  ^'ante  domnum  Ludovicum  iraperatorem  et  ipsam 
ecclesiam  beati  Pétri  archiclavigeri  contulit  regiœ  dignitati. 
Post  haec  vero,  per  preceptum  imperialem,  accepta  potestatis 
licentia,  '-'licenter  eundem  cenobium  çdificavit,  sine  ullius  inter- 
dictione,  ac  conventiculam  monachorum  Chvisto  Domino  ibidem 
servientium  adgregavit,  et  cum  suggestione  iWoriwi  abbatewi 
nomine  ^'^Leufredum  ibidem  elegit,  et  domno  Gothmaro  supra- 
dicto  e])iscopo  expetiit  ordinandum.  Ordinatus  antem,  pauco 
ibidem  tempore  moratus,  elegit  propter  vite  çterne  premium 
"peregrinationis  subire  exilium.  Interea  dum  ejus  a  monacbis 
prestolabatur  redditum,  contigit  ut  hisdem  inclitus  comes  Vuifre- 
dus migraretur  a  secido.  Accipiente  vero  ^Mominatura  illius  îra- 
tre  suo  domno  Soniefredo,  venerunt  ipsi  monacbi  ante  ejus  pre- 
sentiam,  poposcentes  sibi  ordinare  abbatem,  cum  jam  septewi  et 
eo  amplius  annos  prestolassent  adven'"tum  suprataxati  abbatis. 
At  ille,  una  cum  consilio  domni  Arnulphi,  epz'^copi  Gerundensis 
ecciesie,  et  cum  voluntate  omnium  monacliortf;;^,  atqweaclama- 
tione  fideliura  religiosoritm,  tam  cle'''ricori«}z  quam  laicorum, 
constituit  ibi  abbatem  nomine  Teudericum,  cum  ordinatione 
supradicti  pontiflcis.  Qui  videlicet  isdem  Teudericus  ab  ipsis 
cunabulis  sacris  litteris  est  '^ruditus,  et  in  disciplina  monastica 
enutritus,  Dei  timoré  repletus  alque  a  mortalibus  vitiis  omnimo- 
dis  extraneus.  Ordinatur  a.u.ieni,  faventibus  a.[qite  consentienti- 
hiis  cunctis  pariterqwe  ''■'orantibus,  ut  simul  pastor  cum  grege  et 
grex  cum  pastoread  sup(?rnse  vocationis  bravium,  Chn'5^0  auxi- 
liante,  valeant  po'venire. 

Exarata"  est  autem  haec  sceda  m.  kalendas  julii,  -«imperante 
Lotario  rege,  anno  VIII.  principatus  ejusdem. 

21^  Arnulfus  sa?2c^ae  sedis  Jerundensis  ecclesiB.e  einscopiis 
sss.  Andréas  sacer[dos]  et  monacus  sss.  Ferrocintus  sacer[dos]  et 
monrtchifs  sss.   ^^Adericus  sacer[dos]  et  monachus  sss.   SSS. 

a.  Exarala,  coirerlion  ancienne  de  Exorata. 


d'amer  et  camprodon.  387 

Mesindus  T^reshiter  et  monachus.  Sss.  Undisclus  levita  et  mona- 
cliMs.  Sss.  Frovigius  levita  et  monachus.  -^Adrovario  levita  et 
monachus  sss.  S[ig]f  nwm  Bulgarani  monachi.  Adalbertus  suh- 
àiaconus  et  monachus  sss.  Ramio  mo7iachus  sss.  Ameliiis 
monachus  sss.  ^'^Argemirus  monachus  sss.  La nguardus  levita  et 
monachussss.  Amalrycus  motiachussss.  2^S[ig]fnwm  Galindoni 
monachi.  Seniofredw^  monacus  ss.  Suniarius  sacer[dos]  et  mona- 
chus sss.  Durandus  monachus.  Fra?2cimirus  mo7iachus.  Oliba 
monachus.  Durandws  monachus.  ^^Soniefredus  cornes  sss.  Oliba 
cornes  sss.  Miro  levita  sss.  ^■^''S[ïg]i'ïium  Leopardus-*.  Sss.  Tas- 
sius  sss.  Sss.  Ormemirus  s.  ^^Vuadamirus  *  presbzYer,  qui  hanc 
electionem  ycI  adclamacionem  scripsi,  cura  litteris  rasis  vel 
superpositis  in  linea  viif ,  et  sss.  sub  die  annoque  préfixe. 

IX. 

Testament  du  prêtre  Deila  en  faveur  de  l'abbaye 
DE  Camprodon,  etg.^. 

(15  août  992.) 

Dum  salvator  nostev  summawi  pietatem  humanum  genus  de 
potestate  diaboli  eripuit,  animaw?  meam  et  ipsa  morte  perpétua 
damnaverit,  mirum  quomodo  ho'rao  miserabilisqwe  tanta  pura 
libertate  meruit  habere  se  ipsam  meam  doctrinam  vel  ultroneus 
diaboli  subdidit  et  morti  iterwm  contraitwr.  Sed  illut  nobes  ^glori- 
flcandum  et  ad[m]iranduwi  est,  quia  que  possit  se  redimere  ad 
morte  prima,  iteruwi  misericordite?'  relaxando  peccata  redimat 
a  morte  secunda..  Haec  ergo  Deila  peccator  -"et  infelix  T^reshiter,  et 
sum  sicut  pulvis  et  cinis,  cogito  facinorw»2  meorum,  et  est  sicw^ 
stellas  caeli  et  innumerabilis  sicit^  arena  maris.  Fro  hac  igitz<r 
cogitacione  facinorwwi  meovmn  preci^pio  \ohis  ego  qui  supr« 
scripti<5  Deila  ipreshiter,  precor  vos  tutores  mei  advocati  vel 
helemosinarii,  id  est  domnus  Hysarnw^,  et  Sendredus,  et  Segofre- 

1.  a  la  ligne  8,  en  effet,  les  mots  alodem  proprium  quem  ont  été  corrigés 
en  alodes  proprios  quos  et,  plus  loin,  ont  été  ajoutés  au-dessus  de  la  ligne  : 
et  soUdos  mille. 

2.  Bibl.  nat.,  ms.  nouv.  acq.  lat.  2579,  fol.  14.  —  Expédition  originale,  sur 
parchemin,  mesurant  35  centimètres  de  haut  sur  57  de  large.  —  Au  dos, 
ancienne  cote,  du  xvii»  ou  xviii'  siècle  :  «  M.  66  ». 


388  DIPLÔMES   CAROUNGIEIVS,    ETC. 

dus  i^reshiter,  et  Maiolo  ^et  Wifredo,  ortor  vobis  nimiuî?z  ut  sitis 
mei  tu  tores,  advocati  et  helemosinarii,  ut  post  obitum  meum 
potestate?n  abeatis  omnibus  rébus  meis  distribuere  in  sanc^is 
Dei  baseli'[cis  cjçnobii,  in  sacerdotibus,  in  pauperibus  sive  in 
helemosinis  çrogandis.  In  primis  donare  faciatis  alaudem  meum 
de  Beiedu,  quod  mihi  senior  meus  dédit  Miro  e])iscopus,  ubi 
cor^[pus  meu]m  requiescit,  ad  domum  sancte  Marie  Ripullensis 
propter  remedium  anime  mçç  et  anima  sua,  in  taie  pactu^n  vel 
placitum,  ut  a  Wifredi  nepoto  meo  karta  faciatis,  ut  dùm  vivit 
^[habjeat  et  possideat  ille  et  posterita  iWoruni,  et  serviciu'/)2. 
faciat  ad  àomum  sancte  Marie  cenobii  imaw?  .i.  de  olio  per  sin- 
gulos  annos  et  nullum  alium  servicium  non  faciat,  nec  ille  nec 
posterita  [Woriun.  *"Et  ipsas  meas  vineas  que  sunt  in  co?nraitato 
Bisullunense,  in  locum  que  vocant  Barba tusa,  vd  in  Torteliano, 
in  locum  que  vocant  ad  ipsa  Kanale,  donare  faciatis  per  scrip- 
tuvam  firmissimawz  ad  *'cenobiu;n  sanc^i  Pétri  de  Campo 
Retundo;  et  ad  cenobio  sanc^i  Pétri  et  sancti  Primi,  qui  sunt 
justa  Castro  Bisulluno,  donare  faciatis  ipsa  vinea  qui  est  in  Tor- 
teliano, in  \ocum  que  dicunt  ad  ipsas  ^-Umbellas  ;  e[t]  ad  sanc- 
ium  Raphaeluw?,  qui  est  in  baselica  sancti  Vincencii,  donare 
faciatis  ipsas  meas  vineas  qui  sunt  in  Torteliano,  sive  in  locuni 
que  dicunt  Calpomiro;  et  ad  cenobio  sancti  Mikaelis  ^Me 
Gu[x]ano  donare  faciatis  pecias  [et]  de  terra  que  ego  abeo  in 
co>>îmitato  Cerdaniense,  in  \ocum  que  dicunt  Reixano  sive 
Assurribus,  que  illas  mihi  dédit  îratev  Miro;  et  ad  sancio. 
Ma^^ria  Lilitense  donare  faciatis  peciam  de  terra  qui  est  in  Sarga 
et  Biblioteiga  .i.  et  peripsu?)i  signum  solidatas  .xx'';  et  a  Ber- 
nardo  filiolo  meo,  filio  Hysarno,  donare  faciatis  alau'^de^i  meum 
que  ego  abeo  in  Villa  curba,  qui  mihi  advenit  per  parentorwwi 
[meorum]  racione,  exceptit^  ipsa  terra  que  mihi  dédit  îratev  meus 
Reimundus,  et  ipsa  terra  donare  faciatis  ad  Sigofredo  ^''nepoto 
meo,  et  ipsuw^-  meum  antifanarium;  et  aliuwi  meum  alaudem  que 
ego  [.  .  .  .]ania,  vel  in  villa  que  dicunt  Keixas,  donare  faciatis 
Aesteleua  sorore  mea  et  ad  Sendredo,  et  ad  ^'Sigofredo  pr<?5bi- 
^ero  et  illis  donare  faciant  ad  domwn  sancti  Laurencii  [....] 
vel  in  Bagazano  solidatas  .x.;  et  ipsas  vineas,  que  çgo  abeo  in 
Aragunede  vel  in  Ariga  donare  i-^faciatis  ad  Steleua  sorore  mea, 
ut,  dum  illa  vivit,  teneat  et  possideat,  et  post  obitu^n  suu«2. 
remaneant  a  Giscafredo  [n]epoto  meo,  et  per  singulos  annos 
donare  faciant  a  sancta  *^Maria  Ripullo  quarta  .i.  de  vino;  et 


d'amer  et  OAiMrfiODON.  389 

ipsa  mea  terra,  que  abeo  in  Torteliano  et  ipsas  meas  vineas,  qui 
sunt  in  Keirigo,  donare  faciatis  ad  Sesenanda  nepota  raea  et  ad 
2^fîlios  suos;  et  ad  Alberzo  clerico  nepoto  meo  equa  .i.  et  vaca  .r.; 
et  Giscafredo  (ratre  suo  ipsum  rae^m  psalterium  et  vaca  .i.;  et  a 
Sigofredo  ])reshitevo  nepoto  meo  equa  .i.  et  vaca  .i.;  et  a 
Ma^'iolo  similiter,  et  a  cenobii  sanc^i  Johannis  solidatas  .xii.  ;  et  a 
sanct'i  Stephani  bandiolas  solidatas  .xii.;  et  a  sancta.  Maria  aru- 
las  similiter,  et  a  sanc^i  Laurencii  super  bebita  ^'lito  .i.;  et  a 
dorano  Hysarno  donare  faciatis  caballo  .i.  et  ipsos  meos  urlen- 
gos  ;  et  ad  seniori  meo  Bernardo  comité  solidos  quaranta  ;  et 
ad  Ardemanno  nepoto  ^^meo  equa  .i.  et  vaca  i.;  et  ad  Steleua 
sorore  mea  lito  ,i.  et  oves  meas,  que  ego  abeo  in  mansione  sua, 
et  pulina  .i.  et  vaca  .i.;  et  a  Longovardo  nepoto  meo  pulina  .i. 
et  vaca  .i.;  ^^et  per  ipsa  absolucione  ad  uuuȕ  e^iscopum 
segello  .1.  de  auro;  et  a  sanc^i  Pétri  Roraa  ipsum  meum  enapum 
de  argento  et  solidos  .xx";  et  ad  cenobio  sancfi  Pétri  et  sancti 
Primi  Bisullu-^no  lito  .i.,  et  ipsas  tunas  et  ipsas  tinas,  que  ego 
abeo  in  Bisulluno  et  ubi  corpus  meum  requiescit,  donare  faciatis 
misale  .i.  et  leccionario  .i.,  caballo  .i.  cum  sella  et  freno,  ^^et 
asino  .i.  cum  sua  salma,  et  ipsas  bulzaset  ipso  stralgo,  et  tapido 
.1.  et  coto  .1.,  tacado  et  plumaco  .i.;  et  ipsu»i  meum  panem  et 
vinum,  aut  boves,  aut  oves,  aut  vacas,  ^'^aut  equas,  aut  porcos, 
aut  drapos,  aut  utensilia  domus,  aut  aurum  vel  argentum  et 
om7imm  meum  aliiun  avère,  ubicumqwe  invenire  potueritis, 
donare  faciatis  in  ^^sacerdotis  obtimis,  pro  trentanariis  vel  in  ele- 
mosinis  erogandis,  et  ad  ipsos  meos  servientes,  ubique  non  abeo 
bene  factuwz,  date  illis  de  ipsuwi  avère,  ut  ab  odierno  ^adie  et 
tempora  in  Dei  nomine  istius  testame>2ti  firmam  abeat  potesta- 
tem  usqwe  dum  alium  faciaw?. 

Factu^îi  testamentuwi  xviii.  kalendarmu  septeraber  anno  .V. 
régnante  Ugo^^ne  rege. 

^*Deila  sâcer dos  sss.,  qui  istum  testamentuw  fieri  jussit  et 
fîrmare  rogavit. 

Signfu^i  Amilio.  Signf  uwi  Edo.  Langovardus  preshyter  sss. 
3'^Signf  u«z  Sendredo.  Signf  u»^  Maiolo.  Signf  uw  Wifredo. 

^^Sss.  Oliba  presb^i^er,  qui  hinm  testamentuî?i  scripxit  et  sss., 
die  et  anno  quoà  supra.  Segofredus  sacer[dos]  sss. 


PHILIPPE-AUGUSTE 


ET 


RAOUL  D'ARGENCES 

ABBÉ  DE  FÉGAMP. 


Mon  confrère  et  ami  M.  Henry  Omont  a  bien  voulu  me  com- 
muniquer la  photographie  d'une  petite  charte  de  Philippe- Auguste 
conservée  en  original  à  Fécamp  dans  le  musée  de  la  distillerie  de 
la  Bénédictine.  L'écriture  très  fine,  disposée  sur  cinq  lignes,  est 
d'une  remarquable  élégance.  Le  sceau  qui  avait  été  appliqué  sur 
une  simple  queue  a  disparu. 

La  pièce  n'est  pas  seulement  curieuse  par  l'exiguïté  de  ses 
dimensions  :  132  millimètres  sur  48.  Elle  renferme  plus  d'un  ren- 
seignement intéressant.  Je  commence  par  en  donner  le  texte  : 

Philippus,  Del  gralia  Francorum  rex.  Noverint  univers!  ad  quos 
liLlere  présentes  pcrvenerint  quod  ||  dilectus  noster  abbas  Fiscani 
persolvil  Johanni  de  Roborelo  quingentas  marchas  argenll  !|  quas 
debebat  pro  lensamento  el  fralrl  Garino  trecenlas  librasparisiensium 
quas  eidem  abbatl  accoHmodavimus  pro  emptione  de  Buissiaco. 
AcLum  apud  Gaillarl,  anno  Domini  M°GG°  quarto,  raense  ||  martio. 

La  combinaison  de  cette  charte  avec  quatre  autres  pièces  de  la 
même  époque  nous  révélera  les  détails  d'un  petit  épisode  d'his- 
toire rurale  auquel  Philippe-Auguste  se  trouva  mêlé  et  qui  eut 
pour  théâtre  un  village  du  Mantois,  —  Boissi-Mauvoisin,  aujour- 
d'hui commune  de  l'arrondissement  de  Mantes.  La  seigneurie  de 
Boissi  appartenait  au  prieuré  de  Saint-Georges  de  Mantes,  dépen- 
dance de  l'abbaye  de  Fécamp. 


l'HILIPPE-ADGUSTE   ET   RAOUL    d'aHGENCES.  391 

Voici  la  teneur  des  quatre  chartes  : 

I. 

Reverendissimo  domino  suo  Philippo,  Dei  gralia  régi  Francorum 
illuslrissimo,  Henricus,  humilis  abbas  Fiscannensis,  totusque  con- 
ventus,  salutem  et  sincère  dileclionis  affectum.  Excellentie  veslre 
viilam  noslram  de  Boisseio  et  homines  nostros  et  quicquid  ibi  habe- 
mus  et  habere  debemus  custodienda  committimus,  rogantes  atten- 
tius  sublimitatem  vestram  ut,  per  quattuor  modios  avene,  quos 
homines  ejusdem  ville  vobis  annuatim  apud  Medunlam  solvent, 
salvo  redditu  et  jure  nostro  in  omnibus,  eos  ab  injuriis  et  vexatio- 
nibus  aliorum  et  res  nostras  ad  eandem  viliam  pertinentes  protegatis 
et  dispersas  revocelis.  Bene  semper  valeat  dominus  dominus  nos- 
ter  rex. 

(Original  au  Trésor  des  chartes,  J2n,  a°  4.  Analysé  dans  Laijelles 
du  Trésor  des  chartes,  t.  I,  p.  149,  n°  351.) 

II. 

Noverint  universi  quod  ego  Guillelmus  Robes,  tune  temporis  pre- 
positus  de  Boisseio,  et  omnes  alii  bomines  ejusdem  ville,  tenemur 
solvere  absque  aliqua  reclamatione  per  singulos  annos,  festo  sancti 
Remigii,  domino  R.  abbali  Fiscannensi  vel  cui  nos  assignaverit, 
quaterviginti  libras  parisiensium  perannorum  undecimcurriculura, 
et  duodecimo  anno  sequenti  viginii  libras  ejusdem  monele,  termino 
incipiente  anno  Domini  M°  GG"  quinto,  exceptis  reddilibus  illis  quos 
tenemur  reddere  feodaliter  ecclesie  Sancti  Georgii  de  Medonta.  Et 
sciendum  quod  dominus  abbas  R.  Fiscannensis  fecit  nobis  commo- 
dari  pcccuniam  istam  per  homines  suos  de  Villari  Sancti  Pauli', 
quibus  invadiavit  pro  nobis  usque  ad  sex  annos  manerium  suum  de 
Villari  Sancti  Pauli,  ea  videlicet  intenlione  ut  nos  eriperet  de  manu 
et  subjectione  Guidonis  Mali  Vicini  et  fratrum  suorum  et  omnium 
heredum  suorum.  Quod  quidem  in  presentia  karissimi  nostri  Phi- 
lippi  régis  Francie  factum  est  et  firmatum  apud  Gysorz,  sicut  carte 
predicli  régis  Pbilippi-  et  Guidonis  Mali  Vicini  testantur  et  confir- 

1.  Villers-Saint-Paul,  Oise,  cant.  de  Creil. 

2.  Celle  charle  de  Piiilippe-Auguste  ne  paraît  pas  devoir  être  confondue  avec 
celle  qui  est  publiée  un  peu  plus  loin  et  qui  doit  avoir  été  rédigée  au  mois  de 
janvier,  en  même  temps  que  la  charle  de  l'abbé  de  Fécamp,  n°  III. 


392  l'IIILirPE-AUGUSTE 

mant.  Etquoniam  quod  pro  bono  pacis  et  perpétua  exemplione  nos- 
tra  et  heredum  nostrorum  faclum  est,  dignum  duximus  confirmari 
et  inviolabiliter  observari,  a  Nicholao  Galo,  tune  ballivo  régis  et  ad 
ipsum  legato,  omnes  et  singuli  diligenter  impetravimus,  ut  per  lil- 
teras,  sigilli  sui  caractère  signatas,  hujus  conventionis  nostre  invio- 
labiliter observande  lestis  efficeretur.  Pena  autem  predicte  conven- 
tionis noslre  assensu  nostro  et  petitione  nostra,  talis  statuta  est, 
ut,  nisi  die  statuto  Beati  Remigii  predicta  pecunia  totaUter  solvere- 
tur,  nos  in  misericordiam  decem  liijrarum  incideremus  versus  domi- 
num  abbatem,  et  ipse  per  quemlibet  baliivorum  suorum  ad  averia 
nostra  libère  posset  recurrere.  Actum  anno  gratic  M°GG°  quarto, 
apud  Meduntam,  mense  decembris. 

(Carlulaire  de  Tabbaye  de  Fécainp,  à  la  bibliollièque  de  Rouen, 
fol.  14.  Publié  dans  mes  Études  sur  la  condition  de  la  classe 
agricole  en  Normandie,  p.  134,  noie.) 

III. 

Universis  etc.  Radulfus,  divina  permissione  humilis  abbas  Sancte 
Trinitatis  Fiscannensis,  et  totus  ejusdem  ecclesie  conventus,  in  vero 
salutari  salutcm...  Nos,  pro  tensamenlo  ville  nostre  de  Buxeio,  et 
omnium  ad  eamdem  pcrtinencium,  que  sunt  ecclesie  Beati  Georgii 
de  Medonta,  que  quidem  membrum  est  ecclesie  Fiscannensis, 
domino  nostro  Philippo,  illustri  Francorum  régi,  et  beredibus  suis 
in  perpetuum  damus  très  modios  avene  ad  mensuram  Medunte, 
quos  homines  nostri  de  Buxeio,  singulis  annis,  proxima  dominica 
post  festum  Omnium  Sanctorum,  apud  Meduntam,  ad  opus  domini 
régis  reddere  debent.  Istum  autem  redditum...  neque  dominus  rex 
neque  heredes  sui  aliquo  modo  unquam  dare  poterunt  vel  de  manu 
sua  removere...  Actum  est  autem  hoc  anno  gracie  millesimo  ducen- 
tesimo  quarto,  mense  januario,  apud  Fiscannum,  teste  universitate 
capituli  nostri. 

(Original  au  Trésor  des  chartes,  J211,  n"  1.  Analysé  dans  Layettes 
du  Trésor  des  chartes,  t.  I,  p.  281,  n"  744.) 

IV. 

In  nomine  sancte  et  individue  Trinitatis,  Amen.  Philippus,  Dei 
gratia  rex  Francorum,  salutcm.  Novcrint  universi,  présentes  pariter 
et  futuri,  quod  Guido  Malevicinus,  coram  multiS;  apud  Gisortium, 


ET  RAOUL  d'aRGENCES,  ABBÉ  DE  FE'cAMP.  393 

in  presenlia  noslra  conslitulus,  Saiicle  Trinilati  Fiscanni  et  ecclesie 
Beali  Georgii  de  MedonLa,  que  membrum  est  monasLerii  Fiscannen- 
sis,  in  perpetuuni  quitavil  omnia  que  reclamabat  et  reclamare  pole- 
rat,  juste  vel  injuste,  sive  in  redditibus,  sive  in  toltis,  sive  quocum- 
que  alio  modo,  in  villa  et  in  hominibus  de  Buxeio  et  ejusdem  ville 
pertinentiis,  sciiicet  de  terra  de  Monte  Ursonis,  et  in  masura  que 
fuit  Hugonis  dapiferi,  et  in  terra  que  fuit  cullura  de  Ghantecoc  cum 
pertinentiis  suis,  et  in  omnibus  aliis  que  ibi  pertinent  ad  dictam 
ecclesiam  Beati  Georgii,  ita  quod  nec  ipse  née  heredes  neque  fratres 
ipsius  neque  aliquis  ex  eis  in  omnibus  supradictis  aliquid  de  cetero 
possent  reclamare.  Quicquid  etiam  de  rébus  predictis  fratribus  suis 
vel  aliis  idem  Guido  dederat,  eisdem  monachis  reddidit  intègre,  et 
eis  tenetur  facere  omnino  quilari  et  ab  omnibus  liberari.  Propter  hoc 
autem  Radulfus,  abbas  Fiscanni,  et  monachi  dederunt  eidem  Gui- 
doni  trecentas  libras  parisiensium,  et  ipse  Guido  nos  rogavit  ut,  si 
contingeret  ipsum  vel  heredes  vel  fratres  vel  aliquem  ex  eis  contra 
hoc  ire,  nos  ad  ea  tenenda  ipsos  incontinenti  compelleremus  et  fîrmi- 
ter  teneri  faceremus.  Ut  autem  predicta  villa  de  Buxeio  et  homines 
in  eadem  villa  manentes,  cum  omnibus  rébus  suis,  sint  de  cetero  in 
nostra  custodia  et  in  nostro  lensamento,  homines  illi,  dominica 
proxima  post  feslum  Omnium  Sanctorum,  apud  Medonlam  mandato 
nostro  singulis  annis  reddent  ad  opus  nostrum  1res  modios  avene, 
ad  mensuram  Medonte,  ita  quod  neque  nos  neque  heredes  nostri 
hune  redditum  unquam  possimus  alii  dare  nec  de  manu  regia 
removere.  Quod  ut  perpetuum  robur  obtineat,  sigilli  nostri  auctori- 
tate  et  regii  nominis  karactere  inferiusannotatopresentempaginam, 
ad  petitionem  ejusdem  Guidonis,  confirmamus.  Actum  Parisius, 
anno  Domini  M°GG''  quarto,  regni  nostri  annovicesimo  sexto,  astan- 
tibus  in  palatio  nostro  quorum  nomina  supposita  sunt  et  signa  : 
dapifero  nuUo,  signum  Guidonis  buticularii,  signum  Mathei  came- 
rarii  et  raultorum  aliorum'. 

(Cartulaire  de  l'abbaye  de  Fécamp,  à  la  bibliothèque  de  Rouen, 
foi.  19  v°.  Publié  dans  le  Cartulaire  normand  de  Philippe- 
Auguste,  p.  286,  n°  1078.) 

Dégageons  maintenant  les  traits  essentiels  indiqués  dans  ces 
chartes. 


1.  Ces  derniers  mots  remplacent  les  dernières  lignes  de  la  charte,  que  le 
rédacteur  du  cartulaire  a  laissées  de  côté. 


394  rflILIPPE-AUGCSTE 

Henri  de  Sulli,  abbé  de  Fécamp,  qui  mourut  en  1188,  vou- 
lant, peu  de  temps  avant  sa  mort,  mettre  les  habitants  de  Boissi 
à  l'abri  des  violences  de  seigneurs  voisins,  demanda  à  Philippe- 
Auguste  de  prendre  ce  domaine  sous  sa  protection,  moyennant 
une  redevance  annuelle  de  quatre  muids  d'avoine. 

La  protection  du  roi  n'empêcha  pas  le  seigneur  de  Rosni,  Gui 
Mauvoisin,  de  tourmenter  les  hommes  de  Boissi.  Le  successeur 
de  Henri  de  Sulli,  Raoul  d'Argences,  qui  s'était  rallié,  l'un  des 
premiers  prélats  de  la  Normandie,  au  gouvernement  de  Philippe- 
Auguste,  usa  de  son  crédit  auprès  de  ce  prince  pour  assurer  à 
ses  vassaux  de  Boissi  plus  de  sécurité  que  par  le  passé.  Il  réussit 
à  obtenir  l'intervention  de  Philippe-Auguste.  Il  fallait,  avant 
tout,  payer  une  assez  forte  somme  d'argent  à  Gui  Mauvoisin,  pour 
le  décider  à  l'abandon  de  prétentions  plus  ou  moins  mal  fondées. 
L'abbé  trouva  le  moyen  de  faire  prêter  aux  hommes  de  Boissi  une 
somme  de  900  livres  parisis,  remboursable  en  onze  annuités,  et, 
pour  rendre  la  propriété  de  l'abbaye  moins  précaire,  il  y  ajouta 
une  somme  de  300  livres,  dont  le  roi  voulut  bien  lui  faire  l'avance. 
Moyennant  cette  forte  indemnité,  Gui  Mauvoisin  renonça  de  la 
façon  la  plus  absolue  à  ses  prétentions  sur  le  domaine  et  les 
hommes  de  Boissi.  L'abandon  fut  ratifié  par  le  roi  dans  une 
assemblée  solennelle,  tenue  à  Gisors  au  mois  de  décembre  1204. 

Les  conventions  furent,  au  mois  de  janvier  1205  (nouveau 
style),  l'objet  de  deux  chartes,  émanées  l'une  de  l'abbé  de  Fécamp, 
l'autre  du  roi.  L'obligation  imposée  aux  hommes  de  Boissi  d'ac- 
quitter à  la  recette  de  Mantes,  comme  droit  de  tencement,  une 
redevance  annuelle  de  trois  muids  d'avoine  est  consignée  dans 
les  deux  chartes  ;  celle  du  roi  mentionne  lé  paiement  de  la  somme 
de  300  livres  fait  par  l'abbé  à  Gui  Mauvoisin. 

L'affaire  fut  définitivement  réglée  au  mois  de  mars  1205. 
A  cette  date,  Philippe-Auguste  se  trouvant  au  Château-Gaillard 
déclara  que  l'abbé  de  Fécamp  venait  d'acquitter  une  double  dette  : 
il  avait  payé  500  marcs  d'argent  à  Jean  de  Rouvrai  et  300  livres 
parisis  au  frère  Guérin.  Jean  de  Rouvrai  était  alors  châtelain 
d'Arqués  et  bailli  de  Caux'  :  les  500  marcs  qu'il  encaisse  étaient 
la  somme  due  au  roi  pour  avoir  pris  sous  sa  protection  le  domaine 

1.  On  trouvera  quelques  détails  sur  Jean  de  Rouvrai  dans  la  Chronologie 
des  baillis  et  sénéchaux  royaux,  en  Icte  du  tome  XXIV  du  Recueil  des  histo- 
riens de  la  France. 


ET   RAOUL    d'aRGENCES,    ABBÉ   DE    FECAMP.  393 

de  Boissi  ;  les  300  livres  que  toucha  frère  Guérin  étaient  le  rem- 
boursement de  la  somme  que  le  roi  avait  prêtée  à  l'abbé  pour 
racheter  ce  que  Gui  Mauvoisin  pouvait  posséder  à  Boissi.  Ce 
frère  Guérin  était  un  des  plus  intimes  conseillers  du  roi  ;  c'est  lui 
qui  devint  plus  tard  évêque  de  Senlis  ;  il  figure  nombre  de  fois 
sous  la  dénomination  de  frater  Garinus  dans  le  compte  de  l'an- 
née 1202  publié  par  Brussel  à  la  fin  du  Nouvel  examen  de 
r usage  des  fiefs.  Il  remplit  les  fonctions  de  chancelier  à  partir 
de  la  fin  de  l'année  1201 .  Telle  est  l'analyse  du  dossier  de  l'affaire 
de  Boissi-Mau voisin.  J'ai  tenu  à  former  ce  dossier  parce  qu'il 
me  fournissait  l'occasion  de  rectifier  une  erreur  contenue  dans  le 
Catalogue  des  actes  de  Philippe- Auguste.  Sous  le  n°  914  de  ce 
Catalogue  figure  la  charte  dont  M.  Omont  m'a  fait  connaître 
l'original  ;  mais  elle  y  est  enregistrée  d'après  la  copie  fautive  que 
Dom  Lenoir  avait  envoyée  au  Cabinet  des  chartes  et  qui  est  à  la 
Bibliothèque  nationale  dans  le  volume  107  de  la  collection  Moreau, 
au  fol.  12.  Le  copiste  employé  par  le  laborieux  bénédictin,  habi- 
tuellement si  soigneux,  a  été  trompé  par  une  salissure  qui  a 
obscurci  le  milieu  de  la  troisième  ligne  de  l'original.  Au  lieu  de 
fri  Gar.,  il  y  a  vu  Johi  Gar.,  leçon  qui  ne  permettait  pas  de 
soupçonner  l'intervention  du  frère  Guérin,  le  ministre  de  Phi- 
lippe-Auguste. 

La  réapparition  du  mot  fratri  a  fait  évanouir  toutes  les  diffi- 
cultés de  l'interprétation. 

Après  l'arrangement  des  affaires  de  Boissi-Mauvoisin,  l'abbé 
Raoul  d'Argences  continua  à  entretenir  de  bons  rapports  avec 
Philippe-Auguste,  comme  l'attestent  deux  chartes  royales,  l'une 
du  mois  de  décembre  1207  pour  le  maintien  de  l'abbaye  dans  tous 
ses  droits  et  franchises*,  l'autre  de  l'année  1211,  portant  conces- 
sion du  plait  de  l'épée  dans  toutes  les  terres  de  l'abbaye  ~. 

Raoul  d'Argences,  tout  en  profitant  de  la  bienveillance  de  Phi- 
lippe-Auguste, fut  assez  habile  pour  se  ménager  les  bonnes  grâces 
de  Jean  Sans-Terre,  qui  avait  eu  l'occasion  de  le  connaître  pen- 
dant qu'il  résidait  en  Normandie  et  qu'il  gouvernait  cette  pro- 
vince. 

Le  7  juin  1200,  Raoul  d'Argences  avait  été  pris  pour  témoin 

1.  Catalogue  des  actes  de  Philippe-Auguste,  n-  1067. 

2.  Ibid.,  11°  1280. 


396  PHILIPPE-AUGDSTE 

d'une  charte  royale  expédiée  à  Argentan  ^  Des  lettres  de  protec- 
tion lui  avaient  été  délivrées  le  27  juillet  1202,  et  l'original  s'en 
trouve  aujourd'hui  à  la  distillerie  de  Fécamp,  dans  la  même  liasse 
que  la  charte  de  Philippe-Auguste  publiée  un  peu  plus  haut. 
Cette  pièce,  élégamment  et  finement  écrite  sur  une  petite  bande 
de  parchemin,  large  de  142  millimètres  et  haute  de  43,  est  assez 
courte  pour  trouver  place  ici  : 

Johannes,  Dei  gracia  rex  Anglie,  dominus  Hibernie,  dux  Norman- 
nie,  Aquitanie  et  cornes  Andegavie,  omnibus  castellanis  et  bailUvis 
suis  II  Normaunie,  salutem.  Mandamus  vobis  quod  manuteneatis  et 
defendatis  omnes  terras,  homines,  res,  redditus  et  possessiones 
dilecti  nostri  ||  abbatis  Fiscannensis,  nec  inferatis  ei  nec  ab  aliquo 
inferri  permittatis  molestiam  aut  gravamen,  et  si  quis  ei  in  aliquo 
fo||risfecerit,  id  ei  sine  dilacione  faciatis  emendari.  Teste  me  ipso 
apud  Rothomagum,  xxvii  die  julii-. 

Le  27  mai  1203,  le  roi  le  chargea  de  faire  payer  à  un  certain 
«  Sturgo  de  Remberges  »  une  rente  de  100  livres  assignée  sur  la 
vicomte  de  Fécamp  ^. 

Vers  la  même  époque,  Jean  Sans-Terre  voulut  lui  faire  tenir 
une  lettre  qui  devait  avoir  un  caractère  confidentiel,  puisque  le 
messager,  l'archidiacre  de  Wells,  devait  la  rapporter  en  Angle- 
terre s'il  n'avait  pu  la  remettre  au  destinataire^. 

Immédiatement  après  la  conquête  de  Philippe-Auguste,  l'ab- 
baye de  Fécamp  fut  comprise  dans  les  mesures  dirigées  contre 
les  établissements  religieux  de  la  Normandie  qui  avaient  reçu 
des  dotations  en  Angleterre.  Le  30  septembre  et  le  2  octobre 
1204,  la  chancellerie  royale  expédia  des  lettres  prescrivant  la 

1.  RotuU  chariarum,  p.  70. 

2.  Cette  lettre  est  simplement  indiquée  dans  les  Rotuli  liUerarum  paten- 
tium,  p.  15,  col.  2,  par  ces  mots  :  «  Abbas  de  Fiscampo  liabet  litteras  régis 
patentes  de  simpiici  protectione.  »  Elle  est  comprise  dans  le  rôle  des  lettres  de 
la  quatrième  année  du  règne. 

3.  Ibid.,  p.  30,  col.  1. 

4.  «  De  iin  paribus  litterarurn  factarum  pro  interdicto  relaxando...  duo  paria 
detulit  archidiaconus  Wellensis  Rothomagum,  quorum  alterum  débet  liberari 
domino  Norwicensi  et  allerum  abbati  de  Fiscampo,  si  res  pro  voto  processerit; 
sin  autem  debent  reporlari  ad  dominum  regem  »  {Rotuli  liUerarum  paienlium, 
p.  42,  col.  1). 


ET   RAOUL   d'ARGENCES,    ARBE    DE   FÉCAMP.  397 

saisie  des  biens  de  l'abbaye  de  Fécamp'.  Mais,  peu  de  jours  après, 
ordre  fut  donné  au  vicomte  de  Sussex  de  laisser  en  paix  les  terres 
de  l'abbaye  de  Fécamp  jusqu'à  la  décision  qui  devait  être  prise 
ultérieurement  à  ce  sujet,  après  avis  de  l'archevêque  de  Cantor- 
béry  et  d'autres  conseillers  de  la  couronne^. 

En  1205,  1207, 1209  et  1213,  Raoul  d'Argences  fut  de  la  part 
de  Jean  Sans-Terre  l'objet  d'attentions  gracieuses.  Le  13  décembre 
1205,  il  en  reçut  un  sauf-conduit,  valable  jusqu'à  Pâques  1206, 
pour  aller  en  Angleterre  avec  ses  gens^.  Il  obtint  uù  second  sauf- 
conduit,  valable  du  10  juin  au  15  août  1207^.  Deux  ans  plus 
tard,  il  fut  autorisé  à  envoyer  en  Angleterre,  du  24  mars  au 
l"""  août  1209,  une  nef  chargée  de  vin^  En  décembre  1213,  Jean 
Sans-Terre  le  prit  sous  sa  protection  pendant  la  durée  du  séjour 
qu'il  devait  faire  en  Angleterre^ 

Les  auteurs  de  la  Gallia  christiana  placent  au  6  septembre 
1219  la  date  de  la  mort  de  Raoul  d'Argences. 

L.  Delisle. 


1.  RotuU  lUterarum  clausarum,  p.  9,  col.  2,  et  p.  10,  col.  1. 

2.  Ibid.,  p.  11,  coi.  2. 

3.  Rotuli  liUeraritm  patentium,  p.  5G,  col.  2. 

4.  Ibid.,  p.  73,  col.  1. 

5.  Ibid.,  p.  90,  col.  1. 

6.  Ibid.,  p.  106,  col.  2. 


BIBLIOGRAPHIE. 


Paul  VioLLET.  Histoire  des  institutions  politiques  et  administratives 
de  la  France,  t.  III  et  dernier.  Période  française.  Moyen  âge  (suite 
et  fin).  Paris,  Larose,  ^903.  In-S",  601  pages. 

Le  nouveau  volume  de  M.  V.  a  les  qualités  de  ses  devanciers  :  excel- 
lente bibliographie  à  la  fin  de  chaque  chapitre,  bonne  table  alphabé- 
tique des  matières,  et  surtout  une  profonde  érudition,  une  exposition 
pleine  de  charme,  d'imprévu,  d'idées  neuves,  de  justes  comparaisons, 
—  même  quand  elles  étonnent,  —  quantité  de  vues  ingénieuses  et  de 
rapprochements  utiles  avec  ce  qui  se  passait  alors  dans  les  pays  voisins. 

De  chaque  sujet,  —  communes,  corporations,  etc.,  —  le  savant  pro- 
fesseur donne  un  résumé  très  complet  et  très  clair,  d'après  tous  les 
textes  connus  et  tous  les  travaux  antérieurs,  en  y  joignant  ses 
recherches  et  ses  idées  personnelles.  Ses  études,  ses  interprétations 
le  plus  souvent  justifiées  contribuent  à  étendre  nos  connaissances. 
C'est  ainsi  qu'en  peu  de  lignes  il  explique  nettement  les  projets 
formés  depuis  13-21  pour  l'unification  des  monnaies,  des  poids  et  des 
mesures.  Les  récits  des  explosions  de  colère  du  peuple,  de  ses  soulève- 
ments de  1355  à  1358  et  en  1413,  des  événements  dans  lesquels  se 
manifesta  le  rôle  politique  de  l'Université  de  Paris  sont  pleins  de  vie. 
Et  cela  ne  l'empêche  pas  de  rétablir  les  faits,  par  exemple  quand  il 
maintient,  à  l'encontre  des  érudits  comme  de  Saulcy,  Piton,  1  epitbète 
de  faux-monnayeur  à  Philippe  le  Bel. 

Est-ce  à  dire  qu'une  critique  minutieuse  ne  relèverait  pas  quelques 
négligences,  quelques  opinions  hasardées? 

Non;  et  pour  montrer  avec  quelle  attention  j'ai  lu  ce  bon  livre,  je  me 
permettrai  de  n'admettre  qu'en  partie  ce  que  M.  V.  dit  (p.  319)  de  l'in- 
duit des  nominations  des  membres  du  parlement  et  de  leur  élection 
(p.  320,  322);  à  propos  de  l'élection,  notamment,  il  faut  distinguer 
les  époques  et  môme  les  divers  règnes.  Le  Jean  Pastourel  mentionné 
p.  367  est  le  célèbre  avocat  qui  devint  avocat  du  roi,  maître  des 
Requêtes  de  l'hôtel,  président  de  la  chambre  des  Comptes  et  mourut 
en  1395  religieux  de  l'abbaye  de  Saint- Victor  à  Paris,  comme  l'a  établi 
M.  Delachenal.  Le  personnage  appelé  «  un  certain  Yves  Derian  » 
(p.  367)  a  joué  un  rôle  :  Charles  V  l'envoya  en  mission  spéciale  à  la 


BIBLIOGRAPHIE.  399 

cour  d'Avignon  (iVToranvillé,  Extraits  des  Journaux  du  Trésor,  dans 
Bibliothèque  de  l'École  des  chartes,  1888,  p.  214,  n»  240)  et  à  la  cour  de 
Gastille  (L.  Delisle,  Mandements  de  Charles  V,  n°  1473). 

Bien  avant  l'ordonnance  du  23  décembre  1454  (p.  370),  le  roi  était 
représenté  à  la  chambre  des  Comptes  par  un  procureur  royal,  ainsi  en 
1396  par  Robert  Garlier  (Arch.  nat.,  X1a4784,  fol.  147).  A  la  chambre 
du  Trésor,  il  y  eut  aussi  un  procureur  du  roi,  un  procureur  général; 
M.  Tuetey  a  cité  Pierre  Gousinot  comme  ayant  succédé,  le  8  novembre 
1417,  dans  ces  fonctions  à  Guillaume  de  Vaux,  nommé  lui-même  le 
8  décembre  1413  (voy.  Testaments  enregistrés  au  Parlement  de  Paris, 
p.  346,  n»  XLII  du  tirage  à  f)art).  Je  rencontre  encore,  mais  plus  tard 
(5  janvier  1492),  Me  Hugues  Maillart,  «  substitut  du  procureur  général 
en  la  chambre  du  Trésor  »  (X^a  8321,  fol.  269). 

J'allais  fermer  à  regret  cet  excellent  volume  en  songeant  qu'il  serait 
le  dernier  quand  heureusement  je  lus  que,  toujours  infatigable,  le  savant 
auteur  préparait  un  ouvrage  sur  l'époque  moderne;  je  fis  alors  des  vœux 
pour  que  ce  régal  promis  ne  fût  pas  retardé,  et  je  suis  sûr  de  ne  pas 
rencontrer  un  seul  contradicteur. 

F.  AnBERT. 

E.  Glasson.  Histoire  du  droit  et  des  instilutiona  de  la  France^  t.  VIII. 
Époque  monarchique.  Les  Sources  du  droit.  Condition  des  per- 
sonnes. Famille.  Paris,  F.  Pichon,  -1903.  In-8°,  lv-546  pages. 

L'éminent  doyen  de  la  Faculté  de  droit  de  Paris  aura  bientôt  terminé 
sa  grande  histoire  du  droit  et  des  institutions  de  la  France.  Le  t.  VIII 
commence  en  effet  la  dernière  époque,  celle  qui  aboutit  à  la  Révolu- 
tion. La  bibliographie  est  suffisante;  mais  des  auteurs  médiocres,  et 
même  mauvais,  auraient  pu  être  écartés,  d'autres  sont  cités  d'une  façon 
trop  vague. 

Que  veut  dire,  p.  xxvt,  «  Merlet  (René),  Collection  des  textes  pour  ser- 
vir à  l'enseignement  de  l'histoire??  »  P.  xxxi,  T.  de  L.  (pour  Tamizey  de 
Larroque);  p.  44,  note  :  la  citation  d'une  lettre  de  Pasquier  à  l'avocat 
Robert  est  incomplète,  il  eût  fallu  au  moins  dire  1.  xix  des  lettres 
d'Etienne  Pasquier,  lettre  15.  Je  ne  m'arrête  pas  aux  fautes  d'impri- 
merie :  Lalarme  et  Donache  pour  Lalanne  et  Douarche;  mais  la  confu- 
sion des  œuvres  de  MM.  Adolphe,  Jules  et  Joseph  Tardif  eût  pu  être 
évitée  :  l'article  sur  la  Practica  forensis  de  Masuer  est  de  Adolphe  et 
l'article  Un  mémoire  de  Guillaume  du  Breuil  est  de  M.  Joseph  Tardif. 

Saint-Simon  n'est  cité  que  d'après  l'ancienne  édition;  le  Catalogue 
des  actes  de  François  I",  si  utile  pour  la  date  des  actes  royaux  et  des 
institutions,  n'a  pas  été  mis  à  contribution. 

Reproche  plus  grave,  les  auteurs  cités  dans  la  bibliographie  ne  sont 
plus  mentionnés  quand  M.  G.  étudie  les  questions  qu'ils  ont  approfon- 


400  BIBLIOGRAPHIE. 

dies;  il  en  résulte  que  Argou,  Denisart,  Ferrière,  Serres  et  le  recueil 
d'Isambert  paraissent  avoir  été  seuls  consultés,  et  cela  serait  bien 
insuffisant. 

Des  auteurs  suspects  à  divers  titres  :  Mornay,  Pierre  de  l'Estoile, 
par  exemple,  ont  un  crédit  exagéré  auprès  du  savant  professeur,  alors 
que  d'autres  historiens  ou  chroniqueurs  contemporains,  plus  autorisés, 
ne  sont  même  pas  indiqués. 

A  une  époque  plus  rapprochée,  le  choix  presque  exclusif  de  d'Argen- 
son  est  regrettable. 

La  documentation  trop  pauvre  et  trop  exclusive  dans  le  corps  de 
l'ouvrage  ôte  donc  de  l'autorité  au  grand  travail  de  M.  G. 

Une  simple  observation  au  sujet  des  sources  :  c'est  une  erreur  de 
croire  que  jusqu'à  Charles  VII  «  les  ordonnances  royales  avaient  peu 
compté  parmi  les  sources  du  droit.  »  Les  ordonnances  de  saint  Louis, 
de  Philippe  le  Bel,  de  Philippe  V  et  de  leurs  successeurs  sont  des 
documents  de  premier  ordre,  et,  dans  bien  des  cas,  les  sources  princi- 
pales pour  l'histoire  de  nos  institutions.  Les  ordonnances,  si  justement 
fameuses,  de  la  fin  du  xv^  et  du  xvi^  siècle,  n'ont  pas  eu  plus  d'impor- 
tance, et,  souvent,  elles  n'ont  fait  que  reproduire  les  dispositions  des 
ordonnances  antérieures.  Avec  Louis  XIV,  les  ordonnances  deviennent 
de  véritables  codes,  et  on  ne  saurait  trop  louer  M.  G.  de  la  légitime 
admiration  qu'il  leur  témoigne.  Il  étudie  longuement  (p.  175  à  207)  ces 
actes  législatifs,  «  considérés  dans  toute  l'Europe  comme  de  véritables 
chefs-d'œuvre,  »  rédigés  sous  la  direction  de  Colbert,  mais  dus  à  l'ini- 
tiative du  grand  roi  qui  suivit  de  près  les  travaux  de  la  commission 
«  avec  un  tact  et  une  bienveillance  extraordinaires...,  provoquant  les 
contradictions  pour  en  faire  sortir  la  solution  exacte.  »  Cet  énorme  et 
magnifique  travail  fut  terminé  en  quinze  ans  et  son  influence  dure 
encore.  En  effet,  comme  le  dit  M.  G.,  le  Consulat  nous  a  donne  le 
Code  civil,  —  qui  a  beaucoup  emprunté  aux  ordonnances  des  xvn«  et 
xvine  siècles,  —  mais  les  autres  codes  n'ont  ni  la  même  valeur  ni  le 
même  mérite.  «  Le  Code  de  procédure  n'est  qu'une  nouvelle  édition  un 
peu  améliorée  de  l'ordonnance  de  1667,  —  le  Code  de  commerce  s'est 
souvent  borné  à  reproduire  les  dispositions  de  l'ordonnance  de  1673, 
—  qui  fut  le  premier  Code  de  commerce  européen,  etc.;  en  réalité,  nos 
premiers  codes,  à  l'exception  du  Code  civil,  datent  du  règne  de 
Louis  XIV.  »  Pendant  le  règne  de  Louis  XV,  d'Aguesseau  continua  le 
travail  d'unification  et  de  codification  par  les  ordonnances  de  1731  sur 
les  donations,  de  1735  sur  les  testaments  et  de  1737  sur  les  substitu- 
tions, mais,  malgré  les  efforts  de  Dumoulin  et  de  Pothier,  la  nation 
n'était  pas  encore  préparée  à  recevoir  un  Code  civil  uniforme. 

L'œuvre  législative  de  Louis  XVI  «  fut  vraiment  considérable,  et  son 
activité  législative  s'est  exercée  sur  toutes  les  branches  du  droit,  »  puis 
elle  se  perdit  dans  la  Révolution  qui  en  tira  profit  sans  le  dire. 


BIBLIOGRAPHIE.  ^01 

Sur  les  coutumes,  leur  rédaction,  leurs  caractères,  les  conflits  qu'elles 
suscitèrent,  leur  répartition  géographique,  nous  trouvons  d'amples  ren- 
seignements. La  rédaction  des  coutumes  témoigne  «  d'un  effort  légis- 
latif et  juridique,  peut-être  unique  dans  l'histoire,  et  auprès  duquel  le 
travail  de  compilation  des  commissaires  de  Justinien  n'est  qu'une 
œuvre  d'enfant.  »  Voilà  de  ces  vérités  qu'il  est  bon" de  répéter  à  notre 
époque  où  il  est  de  mode  de  dénigrer  ou  d'ignorer  les  meilleures  œuvres 
de  la  royauté. 

Passant  au  droit  romain,  M.  G.  reconnaît  que  l'étude  n'en  a  jamais 
été  abandonnée  en  France  et  que  son  enseignement  dans  les  Universi- 
tés a  jeté  un  certain  éclat  au  moyen  âge. 

On  pourrait  signaler  quelques  lapsus  :  Jean  le  Bon  pour  Philippe  le 
Bon,  le  style  de  du  Breuil  qualifié  de  recueil  d'actes  législatifs;  des 
explications  incomplètes  sur  les  lettres  patentes,  alors  qu'il  eût  été 
facile  de  se  renseigner  dans  le  Marine!,  de  diplomatique  de  Giry;  l'as- 
sertion risquée  d'après  laquelle  la  Réforme  aurait  la  première  parlé  des 
droits  de  la  nation,  tandis  que,  sans  remonter  aux  Pères  de  l'Eglise,  les 
papes  du  moyen  âge,  les  docteurs  scolastiques  comme  saint  Thomas 
d'Aquin,  en  avaient  parlé  avec  tant  de  hardiesse.  On  sait  d'ailleurs  le 
mépris  de  Luther  pour  le  peuple  et  comment  il  excitait  les  grands  à 
l'asservir  et  à  le  mater. 

L'inconvénient  d'avoir  étudié  dans  ce  volume  une  période  trop  longue 
et  d'aspect  trop  varié  (1422  à  1789!)  se  manifeste  davantage  dans  la 
partie  consacrée  à  la  condition  des  personnes  (clercs,  nobles  et  rotu- 
riers, bourgeois  et  serfs,  étrangers;  majeurs  et  mineurs;  incapables  et 
bâtards;  morts  civils  et  infâmes;  protestants  et  juifs),  à  celle  de  la 
femme,  à  la  famille  (fiançailles,  mariage,  puissance  paternelle,  garde 
noble  et  bourgeoise,  tutelle)  et  au  domicile.  Il  a  fallu  aller  à  vol  d'oi- 
seau, sans  approfondir. 

L'idée  que  M.  G.  nous  donne  de  la  fin  du  xviii«  siècle  manque 
d'exactitude,  parce  qu'il  ne  s'en  rapporte  qu'à  d'Argenson;  il  aurait 
fallu  contrôler  par  les  témoignages  des  contemporains,  par  des  pièces 
d'archives;  le  tableau  de  la  misère  du  paysan  est  trop  poussé  au  noir; 
on  a  fait  justice  de  ces  exagérations. 

De  peur  de  paraître  trop  favorable  aux  catholiques,  d'être  taxé  d'in- 
tolérance, —  alors  qu'il  ne  serait  qu'impartial,  —  M.  G.,  quand  il  traite 
des  guerres  de  religion,  se  borne  à  opposer  aux  violences  des  catho- 
liques envers  les  protestants  les  cruautés  des  protestants  anglais  à 
l'égard  des  catholiques.  Il  eût  pu  dire  que  les  catholiques  français  n'ont 
usé  que  de  représailles  et  que  les  protestants  français,  comme  ceux 
d'Angleterre  et  d'Allemagne,  ont  commencé.  Quand  aurons-nous  un 
Janssen  pour  faire  l'histoire  de  la  Réforme  en  France!  Que  signifie 
cette  phrase  que  «  les  dispositions  du  concile  de  Trente  étaient  parti- 
culièrement dirigées  contre  les  protestants,  »  et  qu'alors  le  roi  ne  devait 
^904  2G 


402  BIBLIOGRAPHIE. 

pas  les  admettre?  Le  roi  catholique  d'un  pays  où  l'énorme  majorité 
était  catholique  devait  donc  se  mettre,  lui  et  son  peuple,  sous  le  joug 
d'une  petite  minorité  de  huguenots  !  Aussi  bien,  le  savant  auteur  a-t-il 
lu  les  actes  du  concile  de  Trente?  Enfin  les  considérations  sur  la  révo- 
cation de  l'Édit  de  Nantes  gagneraient  à  s'appuyer  sur  d'autres  témoi- 
gnages que  celui  de  Spanheim,  que  sa  religion  et  sa  nationalité  rendent 
très  suspect.  M.  G-.  est  mieux  inspiré  quand  il  constate  que,  malgré 
cette  révocation,  —  dont  il  exagère  beaucoup  les  conséquences,  —  les 
protestants  restèrent  nombreux,  et  que,  sans  parler  de  l'Alsace,  où 
leur  culte  fut  toujours  respecté,  dans  plusieurs  régions  leur  situation 
demeura  tolérable,  que  le  régent  leur  laissa  quelque  liberté  et  que 
beaucoup  qui  avaient  émigré  rentrèrent  en  France.  Cette  révocation 
est  certainement  blâmable,  mais  l'impartialité  oblige  à  dire  que  la  tolé- 
rance pratiquée  jusque-là  par  le  gouvernement  à  l'égard  des  protestants 
aurait  bien  dû  décider  les  états  protestants  à  l'imiter  et  que  leur 
farouche  intolérance  n'a  pas  été  sans  influer  sur  la  décision  de 
Louis  XIV. 

Au  sujet  des  Juifs,  il  est  piquant  de  voir  l'économiste  Montchrétien 
se  plaindre  déjà  qu'ils  envahissaient  la  France;  d'ailleurs,  tout  ce  que 
dit  l'auteur  est  intéressant. 

Notons,  à  propos  du  mariage,  que  les  rédacteurs  du  Code  civil  ont 
emprunté  la  théorie  du  mariage  envisagé  comme  contrat  purement 
civil  aux  protestants  qui  refusaient  naturellement  d'y  voir  un  sacre- 
ment; ils  leur  ont  aussi  emprunté  le  divorce,  que  l'Église  a  toujours 
repoussé  (p.  425,  426,  491). 

A  la  fin  de  ce  grand  ouvrage,  une  table  alphabétique  sera  nécessaire 
pour  que  lecteurs  et  travailleurs  puissent  se  reconnaître  dans  ces  gros 
volumes  pleins  de  faits  et  d'idées  où  les  divisions  et  subdivisions  sont 
trop  rares. 

Les  critiques  que  j'ai  cru  devoir  formuler  prouvent  surtout  l'impor- 
tance et  l'influence  que  j'attribue  à  l'œuvre  vraiment  considérable  de 
M.  G.;  puisse-t-il  la  mener  bientôt  à  bonne  fin. 

F.   AUBERT. 

Andréa  Galante.  La  condizione  giuridica  délie  cose  sacre.  Parle 
prima.  Torino,  Unione  tipografico-editrice,  ^903.  In-8°,  160  pages. 
Prix  :  4  lires. 

M.  A.  Galante,  de  l'Université  d'Innsbruck,  déjà  connu  par  de  bons 
travaux,  étudie  d'abord  son  sujet  dans  le  droit  romain  classique  et 
déclare  la  plus  probable  la  théorie  qui  considérait  les  temples  comme 
personnes  juridiques;  il  est  ensuite  amené  à  examiner  la  condition 
juridique  des  lieux  et  des  choses  sacrés  appartenant  aux  chrétiens, 
d'après  la  législation  impériale,  jusqu'à  la  fin  du  règne  de  Théodose  II 


BrBLIOGRAPniE.  ^03 

(ch.  Il),  puis  jusqu'à  l'époque  de  Justinien  (ch.  m).  Il  parle  brièvement 
des  premiers  temps  du  christianisme,  mais  toujours  en  s'appuyant  sur 
les  documents  et  sur  les  meilleurs  ouvrages.  Aussi  bien  sa  bibliographie 
est  satisfaisante,  les  travaux  des  bons  historiens  ou  archéologues 
anglais,  allemands,  italiens  et  français  sont  mis  à  contribution. 

Une  question  se  posa  quand  le  cuite  chrétien  fut  devenu  le  culte  officiel  : 
que  ferait-on  des  res  sacrx  de  l'autre  culte?  Le  principe  qui  finit  par  pré- 
valoir fut  que  l'État  pouvait  en  disposer,  puisque  ce  culte  n'était  plus 
reconnu  officiellement,  mais  on  l'observa  plus  ou  moins  rigoureuse- 
ment, suivant  les  circonstances.  L'action  de  l'État  s'étendait  jusqu'aux 
édifices  de  pure  dévotion  et  de  propriété  privée;  enfin  l'État  s'arrogeait 
le  droit  de  changer  la  destination  des  édifices  religieux  des  dissidents. 

L'invasion  des  barbares  entraîna  des  modifications  dans  la  législa- 
tion. En  Espagne  (ch.  iv),  les  synodes  d'Agde  (506),  de  Lérida  (524),  les 
conciles  nationaux  de  Tolède  (589,  597)  firent  de  nombreux  règlements, 
surtout  pour  les  édifices  fondés  par  les  particuliers;  la  tendance  domi- 
nante fut  de  les  maintenir  sous  la  dépendance  de  l'évêque  diocésain. 
Le  synode  de  Saragosse  (592)  régla  la  question  de  la  reconsécration  des 
églises  ariennes  lorsque  les  Wisigoths  se  convertirent  au  catholicisme. 
Avant  eux,  les  Suèves,  établis  en  Galice,  avaient,  avec  leur  roi  Théo- 
demir,  abjuré  l'arianisme,  et  leur  concile  national  de  Braga  (572)  avait 
déjà  examiné  la  question. 

Mêmes  faits  se  produisirent  en  Gaule  (ch.  iv)  chez  les  Burgondes;  là 
aussi  s'agita  la  question  de  savoir  si  les  édifices  religieux  ariens  pou- 
vaient servir  au  culte  catholique,  quand  leurs  fondateurs  ou  leurs  pos- 
sesseurs s'étaient  convertis.  Le  grand  archevêque  de  Vienne,  saint  Avit, 
voulait  qu'on  abandonnât  ces  édifices,  que  les  vases  sacrés  qui  avaient 
servi  aux  Ariens  fussent  refondus,  et  son  avis  l'emporta  au  concile 
d'Épaone  (517),  le  dernier  synode  national  des  Burgondes. 

Au  contraire,  dans  les  états  de  Glovis,  le  concile  d'Orléans  (511)  avait 
admis  que  les  églises  des  Ariens  pouvaient,  après  une  nouvelle  consé- 
cration, être  utilisées  pour  le  culte  catholique.  On  voit  qu'il  n'y  avait 
pas  unanimité  sur  ce  point  intéressant.  Cette  unanimité  se  retrouva 
pour  donner  en  Gaule  l'autorité  à  l'évêque  diocésain  sur  les  églises  et 
sur  les  oratoires  ruraux.  Seul  il  eut  le  droit  de  consacrer  les  églises  et 
les  autels  du  diocèse,  et  cette  consécration  conférait  le  privilège  du 
droit  d'asile. 

Le  savant  professeur  consacre  son  dernier  chapitre  à  l'Italie  depuis 
le  pape  Gélase  jusqu'à  la  chute  de  la  domination  lombarde. 

Ce  travail  demandait  des  connaissances  juridiques,  liturgiques  et 
archéologiques,  M.  G.  les  possède;  son  exposé  semblera  peut-être  un 
peu  sec,  mais  il  est  clair,  précis. 

P.  104,  M.  G.  a  tort  de  citer  le  prétendu  diplôme  de  Ghildebert  I«'" 
en  faveur  de  Saint-Germain-des-Prés  (558);  à  défaut  de  Quicherat, 


404  BIBLIOGRAPHIE. 

Giry  l'aurait  renseigné.  Cette  critique  est  la  plus  importante  qu'on 
puisse  adresser  à  l'auteur,  souhaitons  qu'il  mène  à  bonne  fln  et  promp- 
tement  cette  intéressante  étude. 

F.   AuBERT. 


La  Chronique  de  Gislehert  de  Mons,  nouvelle  édition  publiée  par 
Léon  Vanderki.vdere,...  [Commission  roijale  d' histoire.  Recueil  de 
textes  pour  servir  à  V étude  de  V histoire  de  Belgique.)  Bruxelles, 
Riessling,  -1904.  In-S%  li-432  pages,  25  tableaux  et  une  carte. 

La  chronique  de  Gilbert'  de  Mons  est  une  des  sources  les  plus  abon- 
dantes en  renseignements  sur  l'histoire  du  Hainaut  au  xu"  siècle.  L'au- 
teur fut  notaire,  puis  chancelier  des  comtes,  et,  de  1175  à  l'an  1200 
environ,  il  suivit  presque  toujours  la  cour  de  Hainaut.  Vivant  dans  le 
siècle  et  au  milieu  des  affaires,  il  était  donc  admirablement  placé  pour 
prendre  ses  informations  et  noter  jusqu'aux  moindres  événements.  Tou- 
tefois, le  critique  peut  se  demander  si  sa  situation,  si  la  faveur  dont  il 
jouissait  n'ont  pu  lui  enlever  quelque  peu  de  son  indépendance.  Or,  le 
fait  est  que  Fr.  Wachter-  et  K.  Iluygens^  ont  relevé  dans  son  œuvre 
des  versions  tendancieuses,  des  silences  significatifs.  Faut-il  en  conclure 
que  la  chronique  entière  n'est  qu'âne  apologie  des  comtes  de  Hainaut 
et  qu'elle  ne  mérite  aucune  conhance?  C'est  aller  bien  loin.  M.  Van- 
dcrkindere  a  très  bien  montré  dans  son  introduction  que  le  lecteur, 
une  fois  prévenu  des  réserves  à  faire,  peut  généralement  se  fier  aux 
dires  de  Gilbert  :  son  information  est  sûre,  son  récit  exact,  et  les 
chiffres  qu'il  donne  quand  il  évalue  l'importance  d'une  armée  sont 
toujours  très  vraisemblables. 

W.  Arndt  avait  donné  de  cette  chronique  une  édition-''  qui  paraissait 
déOnitive,  car  on  y  trouvait  un  texte  suffisamment  établi.  Malheureu- 
sement, les  identifications  étaient  bien  souvent  erronées,  et  la  table, 
fondue  avec  celles  des  autres  chroniques  contenues  dans  le  volume, 
était  d'un  maniement  peu  commode.  C'est  pourquoi  la  Commission 
royale  d'histoire  de  Belgique  jugea  utile  de  publier  de  nouveau  un  texte 
si  intéressant.  M.  Vanderkindere,  à  qui  fut  confié  le  travail,  a  très  bien 

1.  Selon  l'usage  généralement  admis,  la  graphie  moderne  nous  semble  devoir 
être  préférée  à  la  traduction  littérale  de  la  forme  latine  Gisleherlus.  —  Nous 
relevons  de  même  à  la  table  (p.  363)  une  forme  Égide,  traduction  A'Egidius, 
qui  nous  paraît  encore  moins  justifiée  que  Gislebert. 

2.  Der  Einfluss  der  nationalen  und  klerikalen  Steliung  Gisleberl's  von 
Mons  auf  aeitie  GeschichtscJireibiing.  Halle,  1879,  in-8°. 

3.  Sur  la  valeur  historique  de  la  chronique  de  Gislebert  de  Mons...  {Revue 
de  l'Instruction  publique  en  Belgique,  1889,  p.  SOI).  Gand,  1889,  in-8°, 

4.  Mon.  Germ.  hist.,  Script.,  t.  XXI,  p.  490. 


BIBLIOGRAPHIE.  /»05 

mis  en  valeur  la  chronique.  Elle  est  maintenant  facile  à  consulter, 
grâce  à  une  table  de  près  de  quatre-vingts  pages,  qui  permet  de  se 
reporter  à  la  ligne  même  où  le  mot  est  employé.  Des  notes  nombreuses, 
d'une  élégante  concision,  renseignent  sur  les  personnages  et  les  événe- 
ments auxquels  il  est  fait  allusion.  Enfin,  une  vingtaine  de  tableaux 
généalogiques  nous  aident  à  démêler  les  lignées  de  la  famille  de  Hai- 
naut  et  des  maisons  qui  lui  étaient  apparentées.  Par  excès  de  scrupule, 
M.  Vanderkindere  a  cru  devoir  dresser  un  glossaire  et  une  bibliogra- 
phie des  livres  qu'il  a  consultés <.  Une  carte  du  Hainaut  et  des  pays 
circonvoisins,  très  simple  et  cependant  très  complète,  termine  le 
volume. 

Grâce  à  cette  édition,  la  chronique  de  Gilbert  de  Mous  rendra  les 
plus  grands  services  à  tous  ceux  qui  auront  à  faire  l'histoire  du  nord  de 
la  France  au  xn»  siècle. 

Henri  Lem.\ître. 

Mémoires  de  Philippe  de  Commines,  nouvelle  édition  publiée  avec 
introduction  et  des  notes  d'après  un  manuscrit  inédit  et  complet 
ayant  appartenu  à  Anne  de  Polignac,  comtesse  de  la  Rochefou- 
cauld, nièce  de  l'auteur,  par  B.  de  Manûiiot.  Paris,  A.  Picard  et 
rUs,  ^90^-'l903.  2  vol.  in-S",  473  et  cxl-483  pages,  avec  une 
carte. 

Je  ne  crois  pas  me  tromper  en  affirmant  que  la  présente  édition  que 
M.  B.  de  Mandrot,  après  tant  d'autres,  nous  donne  de  Commines  sera 
l'édition  définitive  de  cet  autour.  Et  d'abord  le  manuscrit  utilisé  par 
lui  est  le  plus  complet  que  nous  connaissions,  puisque  seul  il  renferme, 
outre  le  récit  du  règne  de  Louis  XI,  celui  de  l'expédition  de 
Charles  VIII  en  Italie,  qui  manque  dans  les  autres.  Il  est  aussi  l'un 
des  plus  anciens,  et,  pour  ainsi  dire,  contemporain  de  l'auteur,  puis- 
qu'il a  été  écrit  aux  environs  de  1530;  enfin,  il  a  appartenu  à  une 
nièce  de  Commines,  Jeanne  de  Polignac,  fille  de  Jeanne  de  Chambes, 
cette  dernière  sœur  d'Hélène  de  Chambes,  la  propre  femme  du  chroni- 
queur; il  présente  donc  les  meilleures  garanties  d'authenticité. 

1.  Les  listes  de  «  agnomiiia,  castellani,  civitates,  »  etc.,  qui  figurent  au  glos- 
saire, ne  semblent  pas  être  d'une  bien  grande  utilité;  en  outre,  il  n'était  guère 
besoin  de  relever  les  explications  de  termes  données  dans  les  notes.  L'excellent 
ouvrage  de  M.  Pirenne  dispensait  d'une  bibliographie,  et  il  aurait  suffi  de  men- 
tionner dans  la  préface  les  quelques  compléments  que  M.  Vanderkindere  y 
apportait;  en  tout  cas,  les  Acta  Sanctorum,  le  P.  Anselme,  etc.,  sont  d'un 
usage  si  courant  qu'il  n'était  guère  besoin  de  les  mentionner,  et  des  traités 
comme  ['Histoire  du  Bréviaire  de  Mgr  Batidol  louchent  de  si  loin  la  matière 
de  la  chronique,  c'est-à-dire  l'histoire  du  Hainaut  au  xii''  siècle,  qu'ils  auraient 
pu  être  omis  sans  inconvénient. 


406  BIBLIOGRAPHIE. 

En  second  lieu,  la  critique  et  l'annotation  du  texte  sont  aussi  soi- 
gnées qu'il  était  permis  de  l'attendre  de  l'auteur  de  tant  de  travaux 
distingués  sur  cette  période  de  notre  histoire  :  éditions,  comme  celle  de 
Jean  de  Roye,  enfin  identifié,  après  quatre  siècles  de  confusion,  en  ce 
qui  le  concerne;  monographies,  comme  celles  que  M.  de  Mandrot  a 
écrites  sur  les  Relations  de  Charles  Vil  et  de  Louis  XI  avec  les  Suisses, 
sur  Ymbert  de  Batarnay,  sur  Jean  et  Jacques  d'Armagnac.  Aucun  auteur 
ne  méritait  assurément  mieux  que  Commines  un  éditeur  aussi  bien 
informé,  car  nul  mieux  que  M.  de  Mandrot  ne  pouvait  faire  /essortir 
la  rare  sagacité  avec  laquelle  Commines  raconte  et  apprécie  les  événe- 
ments. J'en  ai  fait  pour  mon  compte  bien  souvent  l'expérience.  Tel 
fait,  sur  lequel  ses  contemporains  nous  ont  laissé  dans  leurs  récits  des 
obscurités  et  des  lacunes,  devient  clair  et  complet  sous  la  plume  de  ce 
spectateur  intelligent,  qui  a  vu  tout  ce  qu'il  y  avait  à  voir  et  qui  n'en 
omet  rien  de  ce  qui  peut  nous  intéresser  et  nous  instruire.  Dans  les 
nombreuses  notes  de  la  présente  édition,  mais  surtout  dans  la  substan- 
tielle introduction  dont  il  l'a  fait  précéder,  M.  de  Mandrot  ne  manque 
pas  de  mettre  en  relief  cette  qualité  éminente  et  caractéristique  de  son 
auteur.  «  Commines,  dit-il,  après  avoir  signalé  pourtant  dans  son  livre 
un  certain  nombre  d'erreurs  et  de  défaillances  de  mémoire  vraiment 
étranges  et  presque  inexplicables,  mais  après  l'avoir  aussi  habilement 
défendu  contre  certaines  critiques  modernes,  Commines  est  assurément 
un  guide  qu'il  faut  surveiller,  mais  c'est  encore  de  tous  les  contempo- 
rains, Chastellain  non  excepté,  celui  qui  nous  fait  le  mieux  connaître 
cette  époque  et  découvre  le  plus  complètement  les  dessous  de  cette  his- 
toire; celui  enGn  qui  l'a  jugée  du  point  de  vue  le  plus  élevé  et  le  plus 
philosophique.  » 

Ajoutons  que,  pour  tirer  de  la  lecture  de  Commines  tous  les  fruits 
qu'elle  est  capable  de  donner,  on  ne  saurait  prendre  aujourd'hui  de 
meilleur  guide  que  M.  de  Mandrot.  Texte  aussi  amélioré  que  possible, 
nous  l'avons  dit,  notes  substantielles  et  précises  sur  les  événements  et 
sur  les  hommes,  enGn  biographie  de  l'auteur  où  sont  recueillis  et  inter- 
prétés avec  inflniment  de  sagacité  tous  les  renseignements  qu'il  nous  a 
lui-même  laissés,  et  tous  ceux  que  son  précédent  éditeur,  M"«  Dupont, 
avait  si  patiemment  recueillis  et  auxquels  M.  de  Mandrot,  après 
M.  Kervyn  de  Lettenhove,  ne  pouvait  presque  rien  ajouter;  voilà  assez 
de  mérites  réunis,  je  crois,  pour  justifier  l'épithète  de  définitive  que 
nous  donnions  en  commençant  à  cette  édition. 

M.  de  Mandrot  arrive  à  fixer  très  probablement  d'une  manière  défi- 
nitive aussi  la  date  restée  jusqu'ici  assez  flottante  de  la  composition  des 
Mémoires.  Il  pense,  et  donne  les  raisons  les  plus  sérieuses  à  l'appui  de 
son  opinion,  que  la  partie  relative  à  I^ouis  XI  a  dû  être  rédigée  entre 
1490  et  1491,  celle  qui  concerne  Charles  VIII  entre  1497  et  1498;  que 
le  manuscrit  original  aujourd'hui  perdu  était  probablement  très  mal 


BIBLIOGRAPHIE.  407 

écrit,  ce  qui  explique  et  les  obscurités  qui  ont  été  reprochées  à  l'auteur, 
et  les  trois  mille  variantes  comptées  par  l'éditeur  Lenglet-Dufresnoy, 
qui  ne  disposait  pourtant  que  de  trois  manuscrits  au  lieu  des  six  aujour- 
d'hui connus. 

Ces  manuscrits,  outre  celui  d'Anne  de  Polignac,  sont  : 

lo  Celui  qu'a  utilisé  M.  Chantelauze  en  1881,  lequel  a  appartenu  à 
Diane  de  Poitiers,  puis  aux  Montmorency-Luxembourg;  ce  texte,  assez 
voisin  de  celui  de  l'édition  de  M.  de  Mandrot,  est  probablement  aussi 
le  plus  voisin  du  texte  original. 

2°  Le  manuscrit  légué  à  la  bibliothèque  de  Nantes  par  M.  Th.  Dobrée. 
Son  propriétaire,  au  xvii^  siècle,  avait  été,  après  le  chancelier  Seguier, 
H.-C.  de  Coislin,  évêque  de  Metz,  petit-tils  de  celui-ci,  qui  le  laissa  à 
l'abbaye  de  Saint-Germain-des-Prés.  Il  avait  appartenu  en  premier  lieu 
à  Jean  d'Albret,  s"-  d'Orval,  comte  de  Nevers,  d'Eu  et  de  Rethel,  mort  le 
10  mai  1524,  et  avait  par  conséquent  été  copié  avant  cette  dernière  date. 

3"  Le  manuscrit  de  M.  le  comte  Arthur  de  Vogué,  daté  de  1520  (et 
qui  ne  comprend  que  l'histoire  de  Louis  XI),  suffisamment  correct, 
mais  sans  variantes  notables,  porte  les  armes  de  Christophe  de  Roche- 
chouart,  seigneur  de  Chandenier,  mort  en  1549,  et  de  sa  première 
femme,  Suzanne  de  Blaisy,  morte  le  25  novembre  1524. 

M.  de  Mandrot  ne  peut  que  mentionner  un  manuscrit  aujourd'hui 
perdu,  que  Denis  Sauvage,  l'éditeur  de  1582,  dénomma  constamment 
son  «  exemplaire  vieil  à  la  main,  »  et  qui,  sur  son  premier  feuillet, 
aurait  été  noté  comme  «  copié  sur  le  vray  original  de  l'autheur.  » 

Les  autres  manuscrits,  qui  sont  les  manuscrits  français  10156  et  3879 
de  la  Bibliothèque  nationale,  plus  modernes  que  les  précédents,  n'offrent 
aucun  intérêt  particulier. 

M.  de  Mandrot  nous  dit  un  mot  des  éditions  de  Commines,  dont  la 
première  date  de  1524;  il  ne  pouvait  nous  en  donner  la  liste  complète, 
et  il  se  contente  de  renvoyer  à  l'article  de  M.  van  der  Haeghen,  dans 
la  Ribliotlieca  belgica;  celui-ci  ne  compte  pas  moins  de  123  éditions  de 
notre  auteur.  Il  était  vraiment  bien  superflu  de  refaire  après  lui  pareille 
nomenclature,  et  M.  de  Mandrot  a  fait  œuvre  plus  utile,  en  nous  don- 
nant, sous  la  forme  qu'il  a  choisie,  cette  nouvelle  édition.  Nous  ne 
nous  attarderons  pas  à  en  énumérer  les  mérites,  que  nous  croyons  avoir 

suffisamment  mis  en  relief  au  cours  de  cette  analyse. 

J.  Vaesen. 

Manuel  de  paléographie.  Recueil  de  fac-similés  d'écritures  du  V^  au 
XVll^  siècle  (manuscrits  latins,  français  et  provençaux),  accom- 
pagnés de  transcriplions,  par  Maurice  Prou.  Paris,  Alphonse 
Picard  et  fils,  J904,  In-4%  8  pages,  50  planches  avec  transcrip- 
tions. 
Notre  confrère  M.  Prou  poursuit  l'œuvre  utile  qu'il  a  entreprise  de 


40S  BICLIOGRAI'HIE. 

vulgariser  l'enseignement  de  la  paléographie  et  d'en  faciliter  l'étude  â 
ceux  qui  ne  peuvent  suivre  des  cours  spéciaux.  Aux  trois  recueils  de 
fac-similés  déjà  publiés  par  lui  et  dont  nous  avons  mentionné  le  der- 
nier ici  même  (t.  LVII,  p.  119),  voici  que  s'en  ajoute  un  nouveau, 
beaucoup  plus  complet  à  tous  égards,  puisque,  tandis  que  les  anciens 
recueils  contenaient  une  douzaine  de  planches  chacun,  celui-ci  n'en 
offre  pas  moins  de  cinquante  échelonnées  du  v«  au  xvii''  siècle. 

Nous  ne  saurions  mieux  expliquer  l'objet  que  s'est  proposé  M.  Prou 
qu'en  citant  quelques  lignes  de  son  avant-propos.  Après  avoir  rappelé 
que  généralement  les  recueils  de  ce  genre  sont  à  la  fois  tiop  chers  et 
pas  suffisamment  adaptés  aux  besoins  de  tous,  il  ajoute  :  «  Nous  avons 
voulu  mettre  un  instrument  d'étude  entre  les  mains  de  ceux  qui,  loin 
d'un  centre  universitaire,  désirent  cependant  s'initier  à  la  paléographie 
et  se  mettre  en  état  de  lire  des  livres  manuscrits  ou  des  documents 
d'archives.  C'est  pourquoi  nous  nous  sommes  efforcé  de  faire  un  choix 
de  types  d'écritures  du  moyen  âge  que  les  historiens  et  les  philologues 
sont  susceptibles  de  rencontrer  le  plus  fréquemment  au  cours  de  leurs 
recherches.  Et,  afin  de  donner  en  un  petit  nombre  de  planches  un 
ensemble  de  documents  dont  la  suite  ne  comportât  pas  trop  de  lacunes, 
nous  nous  en  sommes  tenu  aux  manuscrits  d'origine  française,  excep- 
tion faite  de  deux  manuscrits  très  anciens,  l'un  d'écriture  capitale, 
l'autre  d'écriture  onciale.  Il  importait,  en  effet,  si  l'on  voulait  que 
l'étudiant  pût  s'exercer  au  déchiffrement  des  manuscrits  et  tout  ensemble 
prendre  une  idée  du  développement  de  l'écriture  au  moyen  âge,  qu'il 
eût  sous  les  yeux  des  exemples  de  livres  écrits  à  la  fin  des  temps 
antiques.  Or,  pour  le  v«  et  le  vi«  siècle,  nous  n'avons  pas  de  manus- 
crits qu'on  puisse  affirmer  avoir  été  faits  en  Gaule...  Désirant  être 
utiles  à  ceux  qui  recherchent  et  recueillent  des  documents  historiques, 
il  ne  convenait  pas  d'insister  sur  l'écriture  du  haut  moyen  âge,  car  les 
manuscrits  de  cette  époque  sont  ou  assez  rares  ou  déjà  publiés.  En 
second  lieu,  il  était  inutile  de  faire  une  place  trop  large  à  la  période 
du  ix«  au  xi^  siècle  pendant  laquelle  l'écriture  ne  s'est  pas  modifiée 
dans  ses  traits  essentiels.  Enfiu,  il  nous  a  paru  bon  de  grouper  pour 
un  même  temps  plusieurs  modèles  d'écritures  qui  fissent  saisir  les 
habitudes  diverses  de  scribes  contemporains,  mais  appartenant  à  des 
chancelleries  ou  à  des  écoles  différentes.  » 

Telles  sont  les  idées  qui  ont  présidé  à  l'économie  du  recueil  que 
nous  présente  M.  Prou.  Les  documents  reproduits  ici  sont,  comme 
l'indique  l'auteur,  extrêmement  variés  :  manuscrits  littéraires,  livres 
d'église,  authentiques  de  reliques,  chartes  de  chancelleries  royales, 
ecclésiastiques  ou  seigneuriales,  enquêtes,  notes  brèves  de  notaire, 
registres  du  Trésor,  registres  de  comptes,  plumitif  du  Parlement,  etc. 
Les  transcriptions  sont  précédées  de  notices  indiquant  l'âge,  la  prove- 
nance, la  nature  de  la  pièce  reproduite,  les  éditions  qui  eu  ont  pu  être 


BIBLIOGRAPHIE.  ^509 

faites;  des  notes  très  sobres  identifient  des  personnages  ou  des  lieux, 
relèvent  les  erreurs  du  scribe,  etc. 

Ce  recueil,  d'un  caractère  tout  pratique,  nous  paraît  appelé  à  rendre 
(le  véritables  services  à  une  époque  où  l'on  se  préoccupe  plus  que 
jamais  de  favoriser  en  province  le  mouvement  des  étades  historiques  et 
philologiques.  M.  Prou  s'est  acquis,  en  le  composant,  de  nouveaux 
titres  à  la  reconnaissance  de  tous  et  MM.  Picard  ont  droit  aussi  à  nos 
remerciements  pour  s'être  associés  à  cette  œuvre  et  avoir  mis  ce  recueil 
à  la  portée  d'un  grand  nombre  d'hommes  d'étude  par  la  modicité 
du  prix. 

E.-G.  Ledos. 


Jean  Gautier.  Nos  bibliothèques  publiques,  leur  situation  légale; 
avec  appendice  contenant  les  décrets,  arrêtés  et  circulaires  relatifs 
aux  bibliothèques  publiques  parus  dans  ces  vingt  dernières  années, 
T  éd.  revue  et  corrigée.  Paris,  Chevalier  et  Rivière,  -1903.  In-8", 
x-^8^  pages. 

Malgré  la  généralité  du  titre,  ce  livre  est  loin  de  donner  un  tableau 
complet  de  la  législation  des  bibliothèques  publiques  en  France.  L'au- 
teur a  volontairement  laissé  de  côté  (ou  n'a  touché  qu'incidemment) 
les  règlements  relatifs  au  recrutement  du  personnel  qui  administre  ces 
bibliothèques  et  à  l'organisation  des  services  qui  en  rendent  les  richesses 
accessibles  au  public.  L'objet  de  son  travail  est  seulement  de  détermi- 
ner quelle  est,  dans  la  législation  actuelle,  la  condition  juridique  des 
collections  (livres,  manuscrits,  estampes,  etc.)  qu'elles  renferment. 

Les  bibliothèques  publiques  dont  s'occupe  M.  G.  sont  celles  que 
l'État  ou  les  communes  entretiennent  pour  l'usage  de  tous^.  Dans  les 
premières,  les  livres  sont  incontestablement  propriété  de  l'État  ;  dans 
les  secondes,  sont-ils,  au  même  titre,  propriété  de  la  commune?  Entre 
les  mains  de  l'État  et  des  communes,  ces  livres  sont-ils  soumis  au 
régime  ordinaire  des  biens  du  domaine  privé  ou  bien  aux  règles  spé- 
ciales qui  protègent  le  domaine  public?  Quels  sont  les  avantages  et 
surtout  les  responsabilités  qui  résultent  pour  l'État  et  pour  les  com- 
munes des  droits  qui  leur  appartiennent  sur  les  collections  publiques  ? 

1.  A  dire  vrai,  il  existe,  indépendamment  des  bibliothèques  de  l'État  et  des 
bibliotlièques  communales,  quelques  bibliothèques  de  sociétés  ou  de  corpora- 
tions (jui,  malgré  leur  origine  privée,  sont  ouvertes  à  tous  les  travailleurs,  et 
(jui,  en  ce  sens,  sont  publiques  :  telles  sont  les  bibliothèques  des  diverses 
Chambres  de  commerce,  la  bibliothèque  de  la  Société  du  Protestantisme  fran- 
çais, celle  du  Musée  social.  Mais  il  est  bien  clair  que,  malgré  cette  circons- 
tance, leurs  livres  restent  soumis  aux  règles  ordinaires  de  la  propriété  privée. 


/HO  BIBLIOGRAPHIE. 

Ces  questions,  dont  l'intérêt  pratique  s'accroit  à  mesure  que  les  biblio- 
thèques publiques  prennent  plus  d'importance,  ne  sont  pas  résolues 
dans  la  législation  française  par  des  textes  précis,  sauf  quelques  cas 
spéciaux  réglés  par  de  récents  décrets.  Le  plus  souvent  il  faut  chercher 
les  éléments  d'une  solution  dans  les  principes  généraux  du  droit  admi- 
nistratif, sur  l'application  desquels  les  jurisconsultes  sont  loin  d'être 
d'accord,  ou  dans  les  précédents  d'une  jurisprudence  dont  les  décisions 
sont  imparfaitement  motivées.  Aussi  est-il  assez  difficile  de  construire 
avec  ces  matériaux  un  système  solide  et  bien  cohérent.  On  l'a  plusieurs 
fois  tenté '  ;  M.  G.,  bien  préparé  par  ses  études  juridiques  et  ses  occu- 
pations professionnelles,  a  repris  la  question  en  s'aidant  des  travaux  de 
ses  devanciers  et  de  quelques  documents  nouveaux;  il  me  semble 
l'avoir  élucidée,  en  quelques  points,  mieux  qu'on  ne  l'avait  fait  avant 
lui. 

Dans  la  première  partie  de  son  travail  [Propriété  des  bibliothèques 
publiques)^  je  signalerai  le  chapitre  consacré  aux  droits  respectifs  de 
l'État  et  de  la  commune  sur  les  collections  des  bibliothèques  publiques 
communales.  Les  phases  diverses  de  la  formation  de  ces  dépôts,  depuis 
les  décrets  de  l'époque  révolutionnaire  jusqu'aux  mesures  récemment 
prises  par  le  ministère  de  l'Iostruction  publique,  y  sont  retracées  à 
l'aide  de  documents  précis,  principalement  tirés  de  rapports  olhciels  et 
de  documents  d'archives.  Cet  exposé  historique  justifie  pleinement  la 
distinction  établie  par  le  décret  du  !«■•  juillet  1897  entre  les  livres  du 
fonds  communal  (provenant  d'achats  ou  de  dons  privés),  dont  la  pro- 
priété appartient  à  la  commune,  et  les  livres  du  fonds  d' État  (provenant 
des  dépôts  littéraires  de  la  Révolution  ou  de  concessions  ministérielles), 
dont  la  commune  n'a  que  la  garde  et  la  jouissance,  l'État  restant  pro- 
priétaire et  pouvant  en  cas  d'abus  retirer  la  jouissance. 

La  deuxième  T^artie  [Domanialité  des  bibliothèques  publiques)  est  prin- 
cipalement consacrée  à  la  question  de  savoir  si  les  livres  de  ces  dépôts 
font  partie  du  domaine  public  ou  bien  du  domaine  privé  de  l'État  et 
des  communes  à  qui  ils  appartiennent.  Entre  les  interprètes  du  droit 
civil  et  du  droit  administratif  français,  il  existe  encore  sur  ce  point, 
après  un  demi-siècle  de  discussions,  de  graves  divergences,  comme  on 
peut  le  voir  par  l'analyse  très  documentée  que  M.  G.  donne  des  trois 
principales  théories  en  présence.  Au  contraire,  les  tribunaux  sont 
aujourd'hui  à  peu  près  unanimes,  dans  leurs  décisions,  pour  ranger 
les  livres  des  bibliothèques  publiques  dans  le  domaine  public  national 
ou  communal  :  la  nécessité  évidente  de  protéger  ces  collections  par  la 

1.  Voy.  la  bibliographie  dans  l'article  «  Bibliothèque  »  rédigé  par  notre 
confrère  M.  E.  Lelong  pour  le  Répertoire  général  alphabétique  du  droit  fran- 
çais. Paris,' Larose,  1886  et  années  suivantes,  in-4°,  t.  VIL 


BIBLIOGRAPHIE.  AU 

double  garantie  de  l'inaliénabilité  et  de  l'imprescriptibilité  semble  avoir 
Hxé  définitivement  en  ce  sens  la  jurisprudence.  Seulement  ses  décisions 
ne  sont  pas  toujours  appuyées  sur  les  mêmes  principes  juridiques  et 
par  suite  peuvent  avoir  une  portée  plus  ou  moins  étendue.  Assez  souvent 
elles  admettent  en  principe  qu'il  suffit,  pour  qu'un  bien  meuble  ou 
immeuble  entre  dans  le  domaine  public,  qu'il  soit  affecté  à  un  service 
d'ordre  public,  confié  à  des  fonctionnaires  de  l'État  ou  de  la  commune. 
M.  G.,  adoptant  les  idées  soutenues  avec  beaucoup  de  force  par  les 
professeurs  Barckhausen  et  Saleilles,  exige  quelque  cbose  de  plus  :  à 
savoir  que  le  bien  soit  affecté  à  Vusage  direct  et  immédiat  du  public, 
suivant  les  termes  d'un  arrêt  de  la  Cour  de  Lyon  du  10  juillet  1894, 
confirmé  par  la  Cour  de  cassation  le  17  juin  1896.  La  simple  affectation 
d'une  chose  à  un  service  public  laisse,  en  effet,  subsister  entre  les  mains 
de  l'État  ou  de  la  commune  les  éléments  essentiels  de  la  propriété  pri- 
vée, tels  qu'ils  sont  définis  par  l'art.  544  du  Gode  civil;  seule,  l'affecta- 
tion à  un  usage  collectif  met  la  chose  hors  du  commerce,  la  rend 
insusceptible  de  propriété  privée  et  justifie  la  domanialité  publique. 

Il  en  résulte,  au  point  de  vue  particulier  des  bibliothèques,  qu'il  ne 
suffit  pas,  pour  qu'une  collection  de  livres  appartenant  à  l'État  ou  à 
une  commune  soit  considérée  comme  faisant  partie  du  domaine  public, 
qu'elle  ait  été  constituée  pour  l'usage  d'un  groupe  de  fonctionnaires 
(bibliothèques  du  Conseil  d'État,  de  la  Cour  de  cassation,  des  diffé- 
rents ministères),  ou  d'un  corps  électif  (bibliothèques  du  Sénat,  de  la 
Chambre  des  députés).  Il  faut  que,  par  sa  destination,  elle  soit  vérita- 
blement publique,  au  sens  usuel  du  mot,  c'est-à-dire  ouverte  à  tous, 
sous  la  réserve,  bien  entendu,  des  conditions  d'âge  et  d'autorisation, 
commandées  par  l'intérêt  général.  En  réalité,  c'est  alors  seulement  que 
se  fait  sentir,  contre  les  abus  éventuels  de  jouissance,  le  besoin  d'une 
garantie  exceptionnelle.  Or,  les  bibliothèques  qui  présentent  ce  carac- 
tère public  sont,  d'une  part,  toutes  les  bibliothèques  communales,  sans 
exception;  d'autre  part,  un  petit  nombre  seulement  d'établissements 
nationaux  :  les  quatre  grandes  bibliothèques  parisiennes  (Nationale, 
Arsenal,  Mazarine,  Sainte-Geneviève),  les  bibliothèques  du  Muséum, 
du  Conservatoire  des  arts  et  métiers,  du  Conservatoire  de  musique, 
celles  des  palais  nationaux  (Pau,  Fontainebleau)  et  la  Bibliothèque- 
Musée  d'Alger.  A  cette  liste,  M.  G.  ajoute,  avec  raison,  les  biblio- 
thèques universitaires  de  Paris  et  de  province,  qui,  malgré  leur  desti- 
nation spéciale,  n'en  sont  pas  moins  affectées  à  l'usage  public,  puisque, 
pour  y  avoir  accès,  il  suffit  de  se  faire  immatriculer,  moyennant  le  ver- 
sement d'un  droit  fixe  de  trente  francs,  dans  l'une  des  Facultés  dont  la 
réunion  constitue  l'Université.  Pour  être  logique,  il  aurait  dû  également 
y  joindre  la  bibliothèque  de  l'École  des  beaux-arts  et  celle  du  Musée 
pédagogique,  qui,  en  fait,  sont  ouvertes  au  public  studieux  plus  largement 


J',\2  BIBLIOGRAPHIE. 

encore  que  les  bibliothèques  universitaires.  D'ailleurs,  si  la  théorie  qui 
fait  dépendre  la  domanialité  publique  d'une  bibliothèque  de  son  affecta- 
tion à  l'usage  de  tous  est  celle  qui  paraît  avoir  le  fondement  juridique 
le  plus  solide,  il  faut  reconnaître  que,  dans  l'application,  elle  laisse 
subsister  encore  des  incertitudes  et  des  difficultés.  Le  point  délicat 
pour  les  tribunaux  est  de  déterminer,  dans  chaque  espèce,  si  cette 
affectation  à  l'usage  de  tous  existe  ou  non.  Il  y  a  des  bibliothèques  de 
l'État  qui,  en  principe,  ne  sont  destinées  qu'à  l'usage  d'un  petit  nombre 
de  fonctionnaires  ou  aux  membres  d'une  compagnie  savante,  et  qui, 
en  fait,  moyennant  une  autorisation  qu'il  est  facile  d'obtenir,  sont 
accessibles  à  tout  travailleur  sérieux  <.  La  libéralité  avec  laquelle  elles 
sont  ouvertes  sera-t-elle  interprétée  comme  une  affectation  tacite  à 
l'usage  public,  ou  bien  une  déclaration  expresse,  insérée  dans  un 
règlement  officiel,  sera-t-elle  nécessaire?  Sur  ces  points  de  fait,  la 
jurisprudence  peut  varier. 

La  question  de  la  domanialité  des  bibliothèques  publiques  a  été  ren- 
due encore  plus  complexe  par  quelques  auteurs,  qui  ont  tenté  d'appli- 
quer aux  collections  littéraires  et  scientifiques  les  dispositions  de  la  loi 
du  30  mars  1887  relatives  à  la  Conservation  des  moniiinetits  et  des  objets 
d'art  ayant  un  intérêt  historique  et  artistique.  A  mon  sens,  M.  G.  a  rai- 
son d'écarter  de  la  discussion  cette  loi,  qui  est  tout  à  fait  étrangère 
aux  collections  affectées  à  l'usage  public;  elle  ne  vise,  en  fait  d'objets 
mobiliers,  «  dont  la  conservation  présente,  au  point  de  vue  de  l'art  ou 
de  l'histoire,  un  intérêt  national,  »  que  ceux  du  domaine  p?'ù'(;  de  l'Etat, 
des  départements,  des  communes,  des  fabriques  ou  autres  établisse- 
ments publics;  par  la  mesure  du  classement  administratif, elle  crée  des 
garanties  nouvelles  pour  des  biens  qui  étaient  soumis  antérieurement 
au  régime  ordinaire  des  biens  privés;  mais  elle  est  sans  application 
aux  collections  des  bibliothèques  pubUques  déjà  protégées  par  les 
garanties  exceptionnelles  de  la  domanialité  publique. 

La  troisième  partie  du  livre  de  M.  G.,  détaillant  les  différents  droits 
qui  appartiennent  à  l'État  et  aux  communes  sur  les  collections  des 
bibliothèques  publiques,  est  moins  bien  composée  que  les  deux  pre- 
mières et  aurait  pu  recevoir  sur  plusieurs  points  de  plus  amples  déve- 
loppements. Je  signalerai  cependant  une  bonne  discussion  du  décret  du 
20  février  1809  relatif  à  la  publication  des  manuscrits  des  bibliothèques 
publiques  et  des  autres  dépôts  de  l'État,  et  un  judicieux  commentaire 
du  récent  décret  du  1"  juillet  1897  relatif  aux  bibliothèques  publiques 
des  villes. 

Ch.   MORTET. 

1.  Telles  sont,  à  Paris,  la  bibliothèque  de  l'Inslllut,  celle  de  l'Académie  de 
médecine. 


BIBLIOGRAPHIE.  A\3 

Emile  Bertacx.  L'Art  dans  V Italie  méridionale.  Tome  I  :  De  la  fin 
de  l'Empire  romain  à  la  conquête  de  Charles  d'Anjou.  Paris, 
Albert  Fontemoing,  ^904.  Grand  111-4". 

Si  l'histoire  de  l'art  italien  est  depuis  de  longues  années  l'objet  d'une 
étude  attentive,  si  les  critiques  et  les  érudits  ont  décrit,  comparé  et 
classé  la  plupart  des  œuvres  de  pointure,  d'architecture,  de  sculpture 
et  de  gravure  que  renferme  la  péninsule,  si  la  simple  énumération  de 
ces  travaux  publiés  au  cours  du  xix^  siècle  seulement  formerait  un 
volume  compact,  il  s'en  faut  de  beaucoup  que  toutes  les  régions  de 
l'Italie  aient  été  à  ce  point  de  vue  également  bien  partagées.  Tandis 
que  la  Lombardie,  le  Piémont,  la  Vénétie,  la  Toscane,  l'Ombrie,  les 
Marches,  les  États  romains  et  la  Sicile  même  ont  dès  longtemps  attiré 
les  archéologues,  les  historiens  de  l'art  et  les  simples  amateurs,  tout 
l'ancien  royaume  de  Naples  est  demeuré  comme  une  terre  inconnue  et 
fermée.  Le  pays  qu'ont  occupé  successivement  ou  simultanément  tant 
de  races  diverses,  où  Byzantins,  Lombards,  Arabes,  Normands,  Alle- 
mands, Français  et  Espagnols  se  sont  installés  et  mêlés,  oii  des  dynas- 
ties étrangères  ont  toujours  dominé,  o\x  a  régné  enfin  jusqu'en  1860  une 
branche  de  la  famille  de  Bourbon,  un  instant  supplantée  par  Joseph 
Bonaparte  et  Murât,  ce  pays,  disons-nous,  n'a  été  qu'imparfaitement 
exploré  et  les  richesses  artistiques  qu'il  contient  n'ont  pas  été  appré- 
ciées à  leur  juste  valeur.  A  l'heure  actuelle  encore,  plus  de  quarante 
ans  après  la  réunion  des  provinces  méridionales  au  royaume  d'Italie, 
alors  que  des  lignes  de  chemin  de  fer  conduisent  à  Otrante,  à  Galli- 
poli,  à  Tarente  et  à  Reggio  de  Galabre  et  que  le  brigandage  légendaire 
n'est  plus  qu'un  souvenir,  peu  de  touristes  dépassent  Naples  et  ses 
environs.  Cependant,  en  raison  même  des  civilisations  diverses  qui  se 
sont  implantées  et  développées  sur  son  sol,  l'Italie  du  Sud  offrait  un 
champ  particulièrement  riche  en  observations  intéressantes  sur  les  arts 
en  général  et  sur  l'influence  artistique  exercée  en  ce  pays  par  les  con- 
quérants venus  du  Nord,  de  l'Orient  et  de.  l'Occident.  Par  suite,  on 
comprend  aisément  qu'un  sujet  tel  que  VArt  dans  l'Italie  méridionale 
ait  tenté  M.  Bertaux;  mais,  d'autre  part,  si  l'on  réfléchit  aux  difQcul- 
tés  de  tout  genre  que  présentait  l'accomplissement  de  cette  tâche,  il 
faudra  le  féliciter  avant  toutes  choses  d'avoir  osé  entreprendre  l'œuvre; 
quand  on  a  lu  son  livre,  on  est  heureux  de  constater  que  ses  efforts  ont 
été  couronnés  de  succès  et  que,  grâce  à  lui,  la  connaissance  de  l'art  et 
de  l'archéologie  d'une  partie  considérable  de  la  péninsule  italique  est 
maintenant  complète.  Les  prédécesseurs  de  M.  Bertaux  avaient,  comme 
François  Lenormant,  tracé  de  simples  esquisses,  pris  des  croquis  au 
cours  d'un  voyage,  fait  des  rapprochements  souvent  plus  ingénieux 
que  bien  fondés,  d'autres,  comme  IIuillard-Bréhollcs  et  Baltard,  avaient 


444  BIBLIOGRAPHIE. 

rassemblé  des  textes  et  dessiné  les  édifices  hâtis  par  Frédéric  II;  seul, 
l'Allemand  Schulz  avait  étudié  méthodiquement  et  reproduit  les  monu- 
ments antérieurs  au  xvi^  siècle,  mais  il  n'avait  pu  utiliser  lui-même 
les  matériaux  qu'il  avait  patiemment  amassés,  et  son  livre,  publié 
après  sa  mort,  n'est  guère  qu'un  répertoire  chronologique  des  œuvres 
d'art  de  chaque  ville.  Il  restait  donc  encore  beaucoup  à  faire  après  lui, 
en  complétant  ses  indications  et  en  tenant  compte  des  travaux  publiés 
depuis  son  époque  par  les  érudits  des  provinces  méridionales  de  l'Italie. 
C'est  à  coordonner  toutes  ces  études,  à  les  reviser  par  un  examen  per- 
sonnel sur  place  et  par  des  recherches  dans  les  archives  aujourd'hui 
largement  ouvertes  que  M.  Bertaux  s'est  appliqué.  Le  premier  volume 
qu'il  a  fait  paraître  embrasse  toute  la  période  comprise  entre  la  chute 
de  l'Empire  romain  et  la  conquête  de  Charles  d'Anjou. 

L'auteur  prend  soin  d'abord  de  justifier  les  limites  qu'il  s'est  tracées; 
une  intéressante  introduction  de  topographie  historique  nous  montre 
que  les  frontières  politiques  de  l'ancien  royaume  de  Naples  répondent 
exactement  aux  frontières  naturelles  d'une  région  tout  à  fait  distincte 
des  autres  parties  de  l'Italie  par  la  nature  et  les  productions  de  son  sol, 
par  son  ciel  même  qui  annonce  les  pays  du  Levant.  Cette  moitié  de  la 
péninsule  fut,  jusqu'en  1860,  entièrement  séparée  de  l'autre  et  sous- 
traite en  quelque  sorte  au  système  des  États  occidentaux.  Tournée 
vers  l'Orient,  elle  resta  longtemps  une  province  byzantine,  ses  navi- 
gateurs et  ses  marchands  ne  cessèrent  d'être  en  relations  avec  les 
Grecs  et  les  Musulmans;  toutes  les  dynasties  étrangères  qui  y  domi- 
nèrent furent  fascinées  par  le  mirage  des  entreprises  orientales  ; 
Charles  VIII  ne  croyait-il  pas  encore,  à  la  fin  du  xv«  siècle,  que  son 
voyage  de  Naples  était  une  première  étape  vers  Constantinople  et  Jéru- 
salem? 

Il  est  donc  légitime  d'étudier  à  part  les  monuments  de  l'Italie  méri- 
dionale et  tous  les  vestiges  du  passé  qu'on  y  rencontre  encore.  M.  Ber- 
taux ne  se  borne  pas  à  examiner  les  édifices  grandioses,  tels  que  les 
cathédrales  et  les  châteaux,  son  attention  se  porte  également  sur  la 
sculpture  décorative,  sur  le  mobilier  des  églises,  sur  les  mosaïques  et 
les  peintures  qui,  souvent  bien  effacées,  n'en  constituent  pas  moins 
des  témoignages  précieux  pour  l'historien  de  l'art,  enfin  sur  les  minia- 
tures qui  ornent  les  manuscrits  et  les  livres  liturgiques. 

Les  premiers  monuments  qui,  dans  l'ordre  chronologique,  s'offrent 
à  l'étude  sont  les  restes  à  peine  visibles  aujourd'hui  des  peintures  qui 
décoraient  les  catacombes  de  Naples  et  les  mosaïques  du  v^  siècle 
existant  encore  dans  cette  ville  au  baptistère  de  l'évéque  Soter;  à  côté 
d'éléments  qui  appartiennent  à  l'art  gréco-romain,  on  y  reconnaît  déjà 
des  influences  orientales  bien  caractérisées.  Plus  tard,  la  conquête 
byzantine  est  complète  et  l'art  de  Constantinople  règne  sur  toute  l'Ita- 
lie sans  que  les  traditions  locales  soient  cependant  tout  à  fait  oubliées. 


BIBLIOGRAPHIE.  4i5 

Cet  amalgame  si  curieux  de  styles  se  retrouve  dans  une  série  de  scènes 
qui  couvrent  les  murailles  d'une  petite  chapelle  souterraine,  seul 
débris  d'un  grand  monastère  bénédictin  fondé  au  ix*'  siècle  aux  sources 
du  Volturne.  La  Galabre,  l'Apulie,  la  Basilicaie,  plus  étroitement  rat- 
tachées à  l'empire  de  Byzance,  furent  occupées  par  de  véritables  colo- 
nies de  moines  basiliens  qui  exercèrent  depuis  le  x«  jusqu'au  xni«  siècle 
une  influence  considérable  ;  les  fresques  retrouvées  dans  les  oratoires 
de  ces  régions  sont  des  œuvres  purement  orientales.  Au  Mont-Gassin, 
dans  le  petit  État  monastique  qui  s'étendait  autour  de  la  montagne  de 
Saint-Benoît,  les  traditions  latines  demeurèrent  vivaces,  et,  si  les 
maîtres  appelés  par  l'abbé  Desiderius  vinrent  de  Gonstantinople  et 
apportèrent  la  science  et  la  finesse  d'une  technique  habile,  les  ateliers 
bénédictins  produisirent  des  œuvres  où  se  combinèrent  heureusement 
les  éléments  de  l'Orient  et  de  l'Occident.  L'influence  française  dans 
l'architecture  et  la  sculpture  se  manifesta  après  la  conquête  normande, 
bien  qu'elle  n'en  fût  pas  une  conséquence  directe,  et  un  seul  édifice, 
Saint-Nicolas  de  Bari,  peut  passer  pour  une  imitation  des  églises  de 
Normandie.  Mais  d'autres  monuments  religieux,  comme  la  Sainte- 
Trinité  de  Venosa,  ont  leur  prototype  au  sud  de  la  Loire  et  appar- 
tiennent à  la  famille  des  églises  bourguignonnes,  dont  la  mère  fut  l'ab- 
batiale de  Gluny;  dans  les  Abbruzzes,  à  Santa-Maria  d'Arbona,  on 
rencontre  une  église  cistercienne.  L'art  bourguignon  revint  encore  aux 
rivages  de  la  mer  Adriatique  en  passant  par  l'Orient  latin,  comme  le 
prouve  le  saint  sépulcre  de  Barletta.  Enfin,  au  temps  de  Frédéric  II, 
l'architecture  française  est  en  quelque  sorte  l'art  officiel  :  le  style 
champenois  et  bourguignon  est  employé  non  plus  dans  les  édifices 
religieux,  mais  dans  les  châteaux  que  fait  élever  l'empereur  à  Gastel- 
del-Monte  et  à  Lagopesole,  sans  que  nous  puissions  savoir  à  quels 
artistes  on  doit  ces  œuvres  magnifiques.  L'Orient  musulman  fournit 
aussi  sa  part  en  apportant  le  décor  géométrique  et  polygonal  qu'on  voit 
aux  ambons  et  aux  chaires.  Mais  les  artistes  de  l'Italie  méridionale  ne 
se  bornèrent  pas  à  copier  ou  à  imiter  :  à  partir  du  xi<=  siècle,  des  écoles 
originales  se  formèrent  aussi  bien  en  Gampanie  qu'en  Apulie  dans  les 
cités  maritimes  que  le  commerce  enrichissait.  En  Fouille  surtout,  où 
l'on  trouvait  une  bonne  pierre  à  bâtir,  des  cathédrales  surgirent,  dont 
les  plans  et  la  décoration,  d'origine  septentrionale  ou  orientale,  furent 
modifiés  par  des  inventions  locales.  Une  des  parties  les  plus  intéres- 
santes du  livre  de  M.  Bertaux  est  consacrée  aux  monuments  élevés 
par  Frédéric  II  et  à  l'impulsion  que  ce  prince  donna  à  un  mouvement 
de  renaissance  qui  ne  lui  survécut  pas.  Enfin,  des  rapprochements 
ingénieux  entre  la  porte  principale  de  Gastel-del-Monte  et  certains 
détails  de  la  chaire  du  baptistère  de  Pise  ont  permis  à  M.  Bertaux  de 
confirmer  l'origine  apulienne  de  Nicola  Pisano,  un  artiste  unique  qui 
lia  eu  en  Toscane  que  des  élèves  médiocres  et  point  de  continuateurs. 


416  BIBLIOGRiPHIE. 

Nous  n'avons  pu  donner  qu'un  faible  aperçu  de  ce  que  contient  le 
premier  volume  de  l'ouvrage  que  M.  Bertaux  consacre  à  l'art  dans 
l'Italie  méridionale.  Il  est  superflu  de  rendre  hommage  aux  mérites 
universellement  reconnus  d'une  information  complète,  d'une  érudition 
jamais  en  défaut,  d'une  recherche  patiente  de  monuments  épars  dans 
une  région  très  étendue  et  où  les  explorations  offrent  encore  souvent 
de  grandes  difficultés.  Des  qualités  plus  rares  sont  l'art  de  la  composi- 
tion, la  clarté  et  l'élégance  de  l'exposition  ;  c'est  parce  qu'il  les  possède 
au  plus  haut  degré  que  M.  Bertaux  se  place  tout  à  fait  hors  de  pair. 
Certes,  il  connaît  le  prix  qu'il  faut  attacher  aux  détails  dans  un  travail 
de  ce  genre,  et  cependant  il  ne  fatigue  point  son  lecteur  avec  des  minu- 
ties ;  il  ne  perd  jamais  de  vue  l'ensemble  de  son  sujet  et  sait  résumer 
à  propos  et  de  la  manière  la  plus  frappante  les  idées  et  les  conclusions 
que  suggèrent  l'examen  approfondi  et  la  comparaison  intelligente  des 
monuments.  Espérons  que  M.  Bertaux  pourra  donner  bientôt  la  suite 
de  l'ouvrage  qu'il  a  entrepris;  tous  ceux  qui  ont  lu  son  premier  volume 
souhaitent  être  guidés  par  lui  dans  la  connaissance  et  l'étude  des 
œuvres  d'art  que  l'Italie  méridionale  a  produites  sous  la  dynastie 
angevine. 

Il  convient,  en  terminant,  de  signaler  les  nombreuses  et  intéressantes 
reproductions  qui  illustrent  le  texte  et  en  facilitent  la  complète  intelli- 
gence ;  elles  ont  été  exécutées  d'après  les  photographies  et  les  dessins 
de  l'auteur.  Il  serait  injuste  enfin  de  ne  point  faire  une  part  d'éloges  à 
M.  Albert  Fontemoing  pour  le  soin  qu'il  a  donné  à  une  publication 
artistique  qui  fait  tant  d'honneur  à  la  science  et  au  goût  français. 

Georges  Daumet. 

Abbé  P.  FÉRET.  La  Faculté  de  théologie  de  Paris  et  ses  docteurs  les 
plus  célèbres.  Époque  moderne.  Tome  III  :  XVIP  siècle.  Phases 
historiques.  Paris,  A.  Picard  et  fils,  1904.  In-S",  vi-520  pages. 

L'histoire  de  la  Faculté  de  théologie  de  Paris  semble  toucher  à  sa 
fin,  M.  l'abbé  Féret  ayant  entamé  avec  ce  volume  le  xvii^  siècle. 

On  sait  toute  l'étendue  du  travail  si  consciencieux  de  M.  l'abbé  F.,  à 
qui  il  n'a  pas  fallu  moins  de  quatre  volumes  pour  faire  l'histoire  de  la 
Faculté  durant  la  période  du  moyen  âge  ;  l'époque  moderne  lui  a  déjà 
fourni  la  matière  d'un  troisième  tome,  qui  n'otfre  pas  moins  de  sujets 
intéressants  que  ceux  qui  l'ont  précédé. 

A  ne  considérer  que  les  titres  de  certains  chapitres  de  ce  nouveau 
volume  où  se  trouvent  mis  en  vedette  des  mots  d'allure  plutôt  belli- 
queuse, tels  que  :  conflit,  querelle,  lutte  mémorable,  armées  en  obser- 
vation (il  s'agit  de  l'Université  et  des  Jésuites),  escarmouche,  combats 
d'avant-postes,  etc.,  ce  livre,  pourtant  bien  pacifique,  pourrait  évoquer 
aux  yeux  d'un  lecteur  non  prévenu  des  scènes  de  carnage;  il  n'en  est 


BIBLIOORAPnrE.  M7 

rien  fort  heureusement  et  toutes  ces  hostilités,  toutes  ces  disputes, 
sonores  par  le  titre,  assez  vaines  souvent,  se  terminent  courtoisement, 
qu'il  s'agisse  des  Barnabites  et  des  Oratoriens,  de  l'Université  et  des 
Jésuites,  de  ces  Jésuites  qui,  à  peine  fondés,  suscitèrent  tant  de  pas- 
sions en  des  sens  divers,  passions  jamais  apaisées. 

Mais  ce  travail,  si  appréciable  à  beaucoup  d'égards,  ne  contient  pas 
que  des  histoires  de  rivalités  mesquines,  on  y  lira  avec  intérêt  de  longs 
chapitres  sur  des  sujets  tels  que  le  jansénisme,  par  exemple,  le  galli- 
canisme et  d'autres  encore,  qui  méritent  d'être  étudiés. 

La  Maison  de  Laval  (^  020-4  605),  étude  historique  accompagnée  du 
Cartulaire  de  Laval  et  de  Vitré,  par  le  comte  Bertrand  de  Brods- 
siLLox,  illustré  de  nombreux  sceaux  et  monuments  funéraires,  par 
Paul  de  Farcy.  Paris,  A.  Picard,  4  898-4  903.  In-8°.  Tome  II,  les 
Montmorency-  Laval  (4  264-4442),  404  p.;  t.  III,  les  M  ont  fort- Laval 
(4  412-4504),  392  p.;  t.  IV,  les  Mont  fort-Laval  et  leurs  cadets  (4  504- 
4  605),  44  7  p.;  t.  V,  Nouvelles  recherches.  Table  des  noms,  par 
Eugène  Vallée,  308  p. 

M.  Bertrand  de  Broussillon  vient  de  terminer  sa  vaste  et  savante 
étude  sur  la  Maison  de  Laval.  Il  a  été  ici  même  rendu  compte  du  tome  I; 
quatre  volumes  se  sont  ajoutés  à  intervalles  assez  rapprochés  et 
forment  un  monument  historique  des  plus  considérables,  comprenant 
de  substantielles  et  concises  notices  sur  tous  les  membres  de  cette 
famille  aux  branches  nombreuses,  un  cartulaire  de  3,410  pièces, 
publiées  ou  analysées,  la  reproduction  des  sceaux  et  armoiries,  des 
pierres  tombales,  des  portraits  tirés  des  vitraux,  des  miniatures,  des 
diverses  collections,  toute  l'iconographie  que  l'auteur  a  pu  retrouver. 

Le  tome  II,  les  Montmorency-Laval,  s'ouvre  avec  Guy  VII,  fils 
d'Emma,  la  descendante  de  la  première  lignée  des  seigneurs  de  Laval, 
et  de  Mathieu  II  de  Montmorency,  marié  à  Philippe,  fille  d'André  III 
de  Vitré,  qui  fut  tué  aux  côtés  de  saint  Louis  en  Egypte.  Il  se  ferme 
avec  Anne,  la  dernière  héritière  des  Laval -Montmorency,  fille  de 
Guy  XII,  et  de  Jeanne  de  Laval-Châtillon,  mariée  à  Jean  de  Montfort, 
qui,  selon  l'usage  adopté  par  les  seigneurs  de  Laval,  prend  le  nom 
de  Guy  XIII  et  devient  la  tige  de  la  troisième  branche  des  Montfort- 
Laval. 

Le  tome  III  (1412-1501)  est  consacré  à  cette  branche  et  se  termine 
avec  Guy  XV,  époux  de  Catherine,  fille  de  Jean  II  d'Alençon,  de 
fâcheuse  mémoire,  et  mort  sans  enfants  le  28  janvier  1501.  Alors  com- 
mence la  branche  des  Laval-Rieux. 

Elle  occupe  le  tome  IV  (1501-1605).  L'héritage  des  Laval,  diminué  du 
fief  de  Gavre  en  Flandre,  apporté  jadis  à  Guy  IX  par  sa  femme 
Béatrix  de  Gavre,  dont  la  mémoire  est  encore  populaire  à  Laval  (c'est 
4904  27 


4^8  BIBLIOGRAPHIE. 

à  elle  que  remonte  l'industrie  si  prospère  jusqu'au  commencement  du 
xix«  siècle  des  toiles  lavalloises),  échut  à  Nicolas,  neveu  de  Guy  XV, 
qui  prit  le  nom  de  Guy  XVI;  celui-ci  épouse  successivement  Charlotte 
d'Aragon,  princesse  de  Tarente,  Anne  de  Montmorency,  sœur  du  con- 
nétable, et  Antoinette  de  Daillon.  Son  fils  Claude  lui  succède  sous  le 
nom  de  Guy  XVII  et  meurt  jeune  et  sans  postérité  en  1547;  il  avait 
épousé  Claude  de  Foix,  des  Foix-Lautrec,  dont  M.  de  B,  publie  de 
curieuses  lettres  adressées  à  l'évêque  de  Couserans.  L'héritage  de  Laval 
est  recueilli  par  Renée  de  Rieux,  sa  nièce,  fille  de  Catherine,  l'aînée 
des  filles  de  Guy  XVI,  et  de  Claude  de  Rieux,  maréchal  de  France. 
Renée  de  Rieux  devint  Guyonne  de  Laval,  et  son  mari,  Louis  de  Saint- 
Maure,  marquis  de  Nesle,  Guy  XVIII;  Guyonne  se  fit  protestante  et 
favorisa  à  Vitré  le  développement  de  la  Réforme.  Ce  ménage,  misé- 
rable par  bien  des  côtés,  ne  laisse  pas  d'enfants,  et  Laval  passe  à 
Guy  XIX,  neveu  de  Guyonne,  fils  de  Claude  de  Rieux  et  de  François 
d'Andelot;  attaché,  comme  son  père,  au  parti  protestant,  il  épouse 
Anne  d'Alégre  et  meurt  en  1586,  âgé  de  trente  ans,  laissant  un  fils  au 
berceau,  qui  fut  Guy  XX;  et  ce  fut  ce  fils  des  Coligny,  qui,  en  1605, 
se  convertit  au  catholicisme;  M.  de  B.  donne  de  très  intéressantes 
lettres  écrites  au  sujet  de  cet  événement  qui  ne  laissa  pas  de  faire 
grand  bruit.  Quelques  mois  plus  tard,  Guy  XX  tombait  sur  les  bords 
du  Danube  en  combattant  avec  les  Hongrois  contre  les  Musulmans. 
Avec  lui  finissait  glorieusement  la  vieille  maison  de  Laval. 

L'héritage  de  Guy  XX  fut  alors  recueilli  par  Henri  de  la  TrémoïUe, 
«  son  cousin  au  quatrième  degré,  dont  les  droits  puisaient  leur  origine 
dans  la  représentation  de  son  arrière-grand'mère,  Anne  de  Laval,  sœur 
cadette  de  Catherine,  arrière-grand'mère  de  Guy  XX.  »  Les  La  Tré- 
moïUe restèrent  seigneurs  de  Laval  jusqu'à  la  Révolution;  mais  il  n'y 
eut  plus  de  Guy  de  Laval;  le  titre  de  comte  de  Laval  figura  seulement 
parmi  ceux  que  portait  la  maison  de  la  TrémoïUe. 

Les  Laval  n'ont  peut-être  pas  donné  de  ces  personnages  que 
leur  génie  ou  les  circonstances  appellent  à  une  grande  célébrité, 
mais  ils  ont  tenu  un  rang  des  plus  honorables  dans  la  féodalité  par 
leurs  alliances  et  par  leurs  services.  Guy  VU  guerroie  en  Sicile  avec 
Charles  d'Anjou;  Guy  VIII  en  Gascogne  contre  les  Anglais;  Guy  IX 
prend  part  aux  expéditions  de  Flandre;  Guy  X,  gendre  d'Arthur  II 
de  Bretagne,  est  tué  à  la  Roche-Derrien,  laissant  sa  fille  Béatrix, 
mariée  à  Olivier  de  Clisson;  Guy  XII  épouse  la  veuve  de  Du  Guesclin 
et  soutient  le  parti  du  duc  Jean  IV;  Guy  XIII  meurt  à  Rhodes  en 
croisade;  Guy  XIV  et  son  frère,  André  de  Lohéac,  sont  aux  côtés  de 
Jeanne  d'Arc  :  André  devient  maréchal  de  France,  un  autre  frère, 
Louis  de  Laval-Chàtillon,  gouverneur  de  Dauphiné,  une  sœur  épouse 
Louis  de  Bourbon,  comte  de  Vendôme;  Guy  est  successivement  marié 
à  Isabelle,  fille  de  Jean  V,  duc  de  Bretagne,  et  à  Françoise  de  Dinan, 


BIP.LIOGRAPniE.  A\0 

la  jeune  veuve  de  Gilles  de  Bretagne;  sa  fille  Jeanne  épouse  le  roi 
René  d'Anjou,  son  fils  Pierre  est  archevêque  de  Reims;  Guy  XV  favo- 
rise les  arts  à  Laval;  Guy  XVI  épouse  Charlotte  d'Aragon,  fille  du  roi 
de  Naples  Frédéric  III  et  petite-fille  de  Charles  VII.  Bien  d'autres 
pourraient  être  cités. 

Il  existe  quelque  difficulté  sur  la  chronologie  des  seigneurs  de  Laval 
antérieurs  à  Guy  V,  due  à  la  rareté  et  au  laconisme  des  documents 
authentiques.  Guido  lavallensis  dominus  quintus  a  incité  les  auteurs  de 
VArt  de  vérifier  les  dates  à  placer  en  tête  de  la  liste  des  seigneurs  de 
Laval  un  Guy  I",  sur  lequel  on  ne  possède  aucun  document  certain; 
MM.  de  Broussillon  et  Angot  rejettent  ce  Guy  I^""  et  traduisent  par  Guy, 
cinquième  seigneur  de  Laval,  encore  qu'il  ait  porté  le  titre  de  Guy  V 
(un  Hamon  figure  parmi  ses  prédécesseurs  authentiques).  Quant  à  Guy 
(1020-1065  environ),  le  premier  seigneur  dont  l'existence  soit  ahsolu- 
ment  certaine,  Guido  de  Danazeio  ou  Davazeio,  M.  de  B.  y  voit  un  Guy 
de  Denazé  et  l'abbé  Angot  un  Guy  d'Avessé^,  j'avoue  partager  cette 
dernière  opinion  et  à  cause  de  la  concordance  des  noms  de  ses  fils  et 
parce  que  Denazé,  dans  le  Craonnais,  n'a  jamais  eu  aucun  rapport  avec 
la  terre  de  Laval,  tandis  qu'Avessé,  comme  Anvers,  a  appartenu  aux 
Laval  jusqu'au  xvi«  siècle. 

Chaque  seigneur  de  Laval  est  l'objet  d'une  biographie  substantielle, 
très  étudiée,  rédigée  avec  une  extrême  netteté,  comportant  des  détails 
généalogiques  très  précis  et  la  description  des  sceaux  et  des  armoiries. 
Chacune  de  ces  biographies  est  suivie  de  la  partie  du  cartulaire  qui  s'y 
rapporte.  Ce  cartulaire  forme  un  immense  répertoire  où  l'auteur,  avec 
la  plus  patiente  érudition,  a  fait  entrer  tout  ce  qui  de  près  ou  même  de 
loin  touche  à  la  maison  de  Laval;  près  de  3,500  pièces,  la  plupart  iné- 
dites, sont  ainsi  reproduites  ou  analysées.  Beaucoup  de  ces  documents 
sont  d'une  réelle  importance  pour  l'histoire  générale,  pour  l'histoire  de 
Bretagne  et  de  Laval,  pour  les  mœurs,  les  coutumes,  l'industrie  et  le 
commerce  des  toiles  de  Laval  et  de  Vitré,  pour  l'armement  et  le  mobi- 
lier, pour  le  blason  et  la  généalogie  des  familles  alliées  aux  Laval,  les 
contrats  de  mariages,  les  procédures,  les  lettres  missives  (curieuses 
lettres  de  Louise  de  Laval,  dame  de  Penthièvre,  à  Louis  XI,  de  Louise 
de  Laval-Châtillon  à  Charles  VIII,  le  pressant  d'épouser  Anne  de  Bre- 
tagne, pour  ne  citer  que  celles-ci),  etc.  Il  serait  difficile  et  d'ailleurs 
inutile  de  prétendre  faire  ici  un  choix  parmi  tant  de  pièces  intéres- 
santes à  divers  points  de  vue. 

Le  tome  V  contient  un  supplément  au  cartulaire  et  une  bonne  table 
des  noms  dressée  par  M.  Eugène  Vallée,  elle  occupe  275  pages  du 
volume  et  facilite  fort  heureusement  les  recherches. 

1.  Dictionnaire  historique  de  la  Mayenne,  II,  576,  et  Bulletin  de  la  Com- 
mission historique  de  la  Mayenne,  1903. 


420  BIBLIOGRAPHIE. 

Elle  est  précédée  d'une  liste  de  corrections  que  l'on  ne  s'étonne  pas 
de  rencontrer  dans  un  livre  de  consciencieuse  érudition.  Quelques 
chartes  présentent  en  effet  çà  et  là  quelques  inadvertances  de  copies; 
tels  sont  les  n^^  1G,  17,  18  [menmm  monasterii  au  lieu  de  Majus  Monas- 
terium),  27,  28,  48  (ten\-s  pour  feiHie).,  105  (offeret  pour  ejiciet,  dona- 
tione  pour  dominatione),  474,  962,  dont  l'original  est  aux  archives  de  la 
Mayenne  {Tayet  pour  vayer,  cornaiges  pour  cohuaiges).  Mais  ce  sont 
petites  taches  quand  il  s'agit  de  la  reproduction  parfois  difficile  d'une 
si  grande  quantité  de  textes. 

L'élude  des  blasons  est  particulièrement  à  signaler;  il  convient  de 
donner  une  mention  toute  spéciale  à  l'étude  très  neuve  de  l'origine  du 
blason  des  Montmorency- Laval  (II,  7),  et,  à  propos  du  blason  des 
Beaumont,  à  la  dissertation  sur  Isabelle  de  Beaumont,  première  femme 
de  Guy  VIII.  Tout  ce  que  l'on  peut  connaître  des  armoiries  des 
diverses  branches  de  la  maison  de  Laval  a  été  relevé  avec  soin  ;  les 
sceaux,  jetons,  armes  tirées  des  monuments  ont  été  dessinés  avec  une 
extrême  exactitude  par  M.  Paul  de  Farcy.  A  cela  il  faut  ajouter  la 
reproduction  des  pierres  tombales,  des  figures  rencontrées  dans  les 
manuscrits  et  une  belle  série  de  portraits  empruntés  pour  une  grande 
partie  au  recueil  de  dessins  originaux  du  musée  Condé  à  Chantilly;  et 
cette  série  est  telle  que  l'auteur  peut  dire  «  qu'il  n'est  peut-être  pas 
d'autre  famille  en  France  pour  laquelle  il  soit  possible  de  réunir  pour 
la  période  du  x\i^  siècle  un  contingent  de  portraits  aussi  élevé.  »  Ainsi, 
les  monuments  figurés  s'ajoutent  aux  documents  écrits  et  complètent 
cet  ensemble  qui  établit  de  façon  aussi  intéressante  qu'érudite  la  Mai- 
son de  Laval  antérieure  aux  La  Trémoïlle.  Ce  vaste  ouvrage  fait  hon- 
neur au  savoir  et  à  la  patience  de  M.  de  Broussillon,  il  sera  consulté 
toujours  avec  fruit  et  peut-être  parfois  avec  quelque  gratitude  pour 

l'auteur. 

J.-M.  Richard. 


F.  UzoREAU.  Andegaviana  [V^  et  2«  séries).  Angers,  J.  Siraudeau  ; 
Paris,  A.  Picard  et  fils,  ^904.  In-8°,  508  et  569  pages. 

—  Ancienne  Académie.   Séance  d'inauguration  [i"'  juillet  UiSG). 
Angers,  Germain  et  G.  Grassin,  ^903.  In-8%  48  pages. 

— -  Tableau  de  la  province  d'Anjou  [4762-4766).  Angers,  J.  Sirau- 
deau, ^90^.  In-8°,  ne  pages. 

—  État  du  département  de  Maine-et-Loire  en  Vannée  1800.  Rapports 
du  préfet.  Angers,  Germain  et  G.  Grassin,  -1900.  In-8°,  24  pages. 

—  Les  premières  applications  du  Concordat  dans  le  diocèse  d'An- 
gers [1801-180S].  Angers,  J.  Siraudeau,  ^90^.  In-8°,  ^07  pages. 

M.  l'abbé  Uzureau,  directeur  de  VAnjou  historique,  a  déjà  été  loué 


BIBLIOGRAPHIE.  42^ 

ici  même  du  zèle  qu'il  apporte  à  étudier  l'histoire  de  son  pays  et  à 
publier  le  résultat  de  ses  recherches  et  de  ses  travaux.  Le  recueil  qu'il 
a  intitulé  Andegaviana  contient  une  multitude  de  petits  articles  sans 
lien  les  uns  avec  les  autres,  le  plus  souvent  faits  d'après  des  publica- 
tions récentes;  ils  ne  sont  pas  assez  importants  pour  former  des  bro- 
chures distinctes  et  ils  ont  été  recueillis  un  peu  pêle-mêle.  Il  y  a  de 
tout  dans  ces  volumes,  mais  tout  concerne  l'Anjou  et  son  histoire  :  notes 
sur  la  noblesse  et  les  familles  importantes,  fêtes  religieuses  ou  révolu- 
tionnaires, conciles,  histoire  littéraire,  débuts  de  l'imprimerie  à  Angers, 
clergé  sous  l'ancien  régime  et  dans  les  temps  modernes,  collèges,  hôpi- 
taux, congrégations  religieuses,  couvents  et  prieurés,  événements  mili- 
taires, voyages  de  souverains,  prospectus  de  journaux,  extraits  des 
anciennes  feuilles  angevines,  tableaux  des  mouvements  de  population, 
faits  divers,  prolégomènes  de  la  Révolution,  assemblées  provinciales, 
élections,  cahiers  de  paroisses  et  de  sénéchaussées,  ventes  et  acquisi- 
tions de  biens  nationaux,  liste  des  représentants  de  Maine-et-Loire 
depuis  1789,  guerres  vendéennes,  listes  et  biographies  des  victimes  de 
la  Terreur,  fonctionnaires  de  la  Révolution,  formation  du  départe- 
ment, organisation  de  la  bibliothèque  publique  d'Angers,  état  des 
principaux  fonds  des  archives  départementales,  notices  sur  les  socié- 
tés savantes,  etc.  Ce  n'est  là  qu'un  faible  aperçu  des  principales 
matières  traitées  dans  cet  ouvrage,  dans  lequel  il  ne  faut  pas  toujours 
chercher,  sauf  pour  l'époque  de  la  Révolution  et  les  temps  suivants 
(la  seconde  série  y  est  plus  spécialement  consacrée),  une  érudition 
bien  profonde.  Dirai-je  toute  ma  pensée  à  ce  propos?  Le  recueil  de 
M.  l'abbé  Uzureau  me  paraît  trop  décousu;  cette  variété  voulue  des 
articles  finit  par  fatiguer,  d'autant  plus  que  beaucoup  ne  font  qu'efQeu- 
rer  les  sujets  traités  ou  résumer  des  livres  et  mémoires  récents.  A  mon 
avis,  il  serait  préférable  de  s'étendre  et  d'approfondir  davantage. 

La  brochure  sur  la  séance  d'inauguration  de  l'ancienne  Académie 
d'Angers  complète  les  documents  que  le  même  auteur  avait  déjà  publiés 
sur  la  fondation,  la  composition  et  les  travaux  de  cette  société  savante. 
Ici  sont  imprimés  les  discours  prononcés  en  cette  circonstance  solen- 
nelle de  l'inauguration  et  les  statuts  de  l'Académie.  Mais  je  ferai  encore 
la  même  observation  que  précédemment.  Il  aurait  été  désirable  que  les 
quatre  ou  cinq  brochures  éditées  par  M.  Uzureau  sur  l'ancienne  Aca- 
démie d'Angers,  et  les  notes  données  dans  la  seconde  série  des  Ande- 
gaviana, fussent  fondues  en  une  seule  histoire  complète.  L'auteur  y 
aurait  gagné  et  le  public  n'aurait  eu  qu'un  volume,  où  il  aurait  trouvé 
tout  ce  qu'il  aurait  désiré. 

Le  Tableau  de  la  province  d'Anjou,  de  1762  à  1766,  est  extrait  du 
Tableau  de  la  généralité  de  Tours,  que  les  intendants  Lescalopier  et 
Montpipeau  firent  rédiger  pour  répondre  aux  demandes  de  renseigne- 
ments des  contrôleurs  généraux.  La  partie  concernant  laTouraine  avait 


422  BIBLIOGRAPHIE. 

déjà  été  publiée;  il  ne  reste  plus  maintenant  d'inédit  que  ce  qui  con- 
cerne le  Maine.  Ce  rapport  semble  bien  reproduire  la  physionomie 
exacte  de  ce  qu'était  l'Anjou  à  la  veille  de  la  Révolution,  avec  sa  popu- 
lation, son  clergé,  ses  couvents,  ses  hôpitaux,  ses  institutions  civiles, 
militaires  et  judiciaires,  son  commerce,  son  agriculture  et  son  indus- 
trie, sa  richesse  et  sa  pauvreté,  les  charges  qui  pesaient  sur  le  pays  et 
les  impôts  qu'il  avait  à  payer,  etc.  C'est  donc  un  document  du  plus 
haut  intérêt,  et  M.  l'abbé  Uzureau  a  eu  raison  de  nous  le  faire  con- 
naître. 

Il  était  également  intéressant  de  voir  dans  quel  état  se  trouvait  le 
déparlement  de  Maine-et-Loire  après  la  Révolution.  Le  préfet  Pierre 
Montault  des  Isles  venait  à  peine  d'être  installé  (29  mars  1900)  que  son 
gouvernement  lui  demandait  des  rapports  sur  la  situation  de  sa  cir- 
conscription. Il  dut  parcourir  le  pays  dont  l'administration  lui  était 
confiée  et  eut  à  consigner  le  résultat  de  son  enquête.  Hélas!  dans 
quelle  affreuse  misère  le  département  se  trouvait,  on  en  a  une  idée 
quand  le  préfet  écrit  :  «  Je  me  suis  promené  pendant  dix  jours  au 
milieu  de  ruines  et  de  décombres  et  je  ne  suis  pas  encore  revenu  de 
l'impression  douloureuse  que  m'a  causée  l'aspect  aûligeant  de  tant  de 
désastres.  »  L'arrondissement  de  Beaupréau  surtout  avait  souffert  des 
guerres  civiles,  mais,  ailleurs,  la  tranquillité  n'était  pas  revenue  entière- 
ment, et  l'on  avait  encore  à  déplorer  des  scènes  de  brigandage. 

La  publication  de  M.  l'abbé  Uzureau  sur  les  premières  applications 
du  Concordat  dans  le  diocèse  d'Angers  a  pour  objet  d'exposer  comment 
ce  malheureux  pays  se  réorganisa  au  point  de  vue  religieux.  Le  culte 
catholique  était  d'ailleurs  en  pleine  rénovation  lorsque  le  Concordat 
fut  promulgué.  L'évêque  qui  fut  désigné  par  le  premier  consul  pour  venir 
occuper  le  siège  d'Angers  était  le  frère  du  préfet  du  département, 
Charles  Montault  des  Isles;  c'était  l'ancien  évêque  constitutionnel  de 
la  Vienne,  mais  il  avait,  un  des  premiers,  fait  sa  soumission  au  pape. 
Son  zèle  môme  fut  trouvé  tellement  excessif  par  le  clergé  constitu- 
tionnel de  son  nouveau  diocèse  que  toutes  les  difficultés  vinrent  de  la 
résistance  qu'il  rencontra  dans  ce  milieu.  C'est  un  fait  extrêmement 
curieux.  Le  nouvel  évêque  parait  avoir  été  un  sage  administrateur  et 
avoir  compris  les  exigences  de  la  situation.  Les  nombreux  documents 
que  M.  l'abbé  Uzureau  a  publiés  sont  les  meilleurs  témoignages  de  son 
activité  pour  la  réorganisation  de  son  diocèse  et  la  pacification  des 
esprits.  A  la  fin  de  son  excellente  brochure,  l'éditeur  donne  la  liste  de 
tous  les  prêtres  qui  formaient  le  clergé  angevin  en  1802;  il  y  indique 
succinctement  ce  qu'ils  sont  devenus  et  la  date  de  leur  mort. 

L.-II.  Labande. 


BIBLIOGIUPHIE.  423 

Recueil  des  documents  concernant  le  Poitou,  contenus  dans  les 
registres  de  la  chancellerie  de  France,  publ.  par  P.  Gcérl\.  T.  IX  : 
-1447- U 56.  Poitiers,  -1903.  In-S".  [Archives  historiques  du  Poi- 
tou, t.  XXXII.) 

Dans  l'introduction  de  son  nouveau  volume,  M.  Guérin  continue  à 
étudier  l'histoire  politique  du  Poitou  sous  Charles  VII;  il  avait  mené 
son  exposé  jusqu'en  l'année  1440  dans  l'Introduction  du  tome  précé- 
dent, il  la  conduit  maintenant  jusqu'en  l'année  1455.  De  1441  à  1455, 
l'ordre  se  rétablit  peu  à  peu  dans  l'ouest,  il  est  pourtant  troublé  encore, 
de  temps  en  temps,  par  d'audacieux  bandits,  qui  ont  peine  à  s'imaginer 
que  le  beau  temps  des  Écorcheurs  soit  fini^.  Du  reste,  l'impunité  est 
assurée,  par  des  lettres  d'abolition,  à  presque  tous  les  coupables.  Le  roi  et 
ses  conseillers  ont  hâte  de  passer  l'éponge.  Ils  espèrent,  non  sans  raison, 
que  la  réforme  militaire  (dont  M.  Guérin  étudie  l'exécution  dans  la  région 
poitevine)  va  inaugurer  une  ère  de  relative  tranquillité  et  d'administra- 
tion régulière.  Ce  n'est  pas  à  dire  que  tous  les  abus  cessent  comme  par 
enchantement.  La  discipline  des  nouvelles  troupes  n'est  point  parfaite. 
De  même,  si  le  roi  poursuit  les  prévaricateurs,  il  donne   lui-même 

1.  Cf.  l'invraiseinblable  aventure  de  Geoffroi  ie  Ferron,  trésorier  général  de 
France,  emprisonné  arbitrairement  par  François  de  Monlcatin  en  1444.  —  Je 
suis  obligé  de  détromper  M.  Guérin,  qui  m'allribue  la  découverte  de  documents 
nouveaux  relatifs  à  François  de  Montcatin.  Je  compte,  en  effet,  comme  je  l'ai 
annoncé,  publier  la  biographie  de  ce  bandit,  mais  je  n'ai  réuni  jusqu'ici,  comme 
sources,  que  le  procès  de  Gilles  de  Rais,  pour  la  première  partie  de  son  exis- 
tence, et,  pour  la  seconde,  les  arrêts  inédits  du  Parlement  signalés  par 
M.  Guérin  lui-même.  Mon  seul  mérite,  d'ailleurs  léger,  est  d'avoir  montré  {Uist. 
de  France,  publiée  sous  la  direction  de  M.  Lavisse,  t.  IV,  2°  partie,  p.  185, 
note)  que  le  François  de  Montcatin,  dont  M.  Guérin  avait  parlé  en  son  t.  VIII, 
devait  être  identifié  avec  Francesco  Prelati,  complice  de  Gilles  de  Rais.  —  Il 
me  sera  permis  de  regretter  que  notre  confrère  M.  Funck-Brentano  n'ait  tenu 
aucun  compte  de  celte  identification  dans  la  biographie  de  Gilles  de  Rais,  qu'il 
a  publiée  tout  récemment  (dans  :  les  Brigands.  Paris,  190i).  Il  y  déclare  qu'on 
ne  sait  pas  ce  qu'est  devenu  Francesco  Prelati  après  la  condamnation  de  Gilles 
de  Rais,  et  il  accepte,  sur  ce  point  comme  sur  les  autres,  les  conclusions  du 
«  savant  ouvrage  de  l'abbé  Bossard  »  sur  le  a  Barbe-Bleue  »  de  Tifl'auges.  En 
réalité,  le  livre  de  l'abbé  Bossard  est  au-dessous  du  médiocre,  et  il  n'est  utile 
que  par  l'appendice  dû  à  M.  de  Maulde  et  contenant,  presque  in  extenso,  les 
pièces  du  procès.  Il  est  étrange  que  l'abbé  Bossard,  composant  une  thèse  de 
doctorat  sur  une  atfaire  criminelle,  n'ait  pas  songé  à  dépouiller  les  registres 
du  Parlement.  Il  est  encore  plus  regrettable  que  cet  auteur  et  M.  Funck- 
Brenlano  à  sa  suite  aient  soutenu,  contrairement  à  l'opinion  des  folk-lorisles 
les  plus  émiaenls  (notamment  de  Gaston  Paris)  et  contrairement  à  l'évidence 
même,  que  «  l'histoire  de  Gilles  de  Rais  est  l'origine  du  conte  de  Barbe- 
Bleue.  » 


424  BIBLIOGRAPHIE. 

l'exemple  de  la  désobéissance  aux  ordonnances  fondamentales  en  dis- 
tribuant de  nombreuses  terres  de  la  couronne.  L'introduction  de 
M.  Guérin  se  termine  par  un  tableau  des  aliénations  du  domaine  royal 
en  Poitou  pendant  le  règne  de  Charles  VII. 

Ces  pages  préliminaires,  écrites  par  le  savant  éditeur,  n'intéressent 
que  l'histoire  politique,  et,  par  suite,  ne  dispensent  nullement  de  lire 
les  documents  publiés  à  la  suite,  qui  sont  importants  surtout  pour  l'his- 
toire sociale.  Ce  sont  des  lettres  d'anoblissement,  de  légitimation,  de 
naturalisation,  etc.,  et  principalement  des  lettres  de  rémission,  qui 
ajoutent  de  nouveaux  détails,  tragiques  ou  grotesques,  à  ce  que  nous 
savons  des  mœurs,  fort  peu  évangéliques,  de  ce  sanglant  et  voluptueux 
xv^  siècle.  Les  lettres  de  pardon  octroyées  par  Charles  VII  amnistient 
les  brigandages  et  les  violences  de  gens  de  guerre'  et  aussi  les 
meurtres  commis  par  les  habitants  qui,  exaspérés,  ont  uni  par  s'armer 
contre  les  Ecorcheurs-.  Elles  amnistient  des  séquestrations  d'héri- 
tières^,  des  assassinats  commis  au  sein  des  familles,  par  un  frère  sur 
un  frère,  par  un  père  sur  son  fils,  pour  des  questions  d'intérêt^,  des 
brutalités  et  des  blessures  mortelles,  à  la  suite  de  querelles  qui  ont 
souvent  les  plus  futiles  motifs^.  Les  femmes  ont  presque  toujours  un 
rôle  dans  ces  risques,  et,  parfois,  c'est  le  rôle  principaK'.  Enfin,  la 
«  mauvaise  vie  et  gouvernement  »  de  certains  prêtres  provoque  de  ter- 
ribles vengeances  conjugales  ou  familiales'^.  A  SouUans,  le  prieur- 
curé  Jean  Lorson  est  si  détesté  de  ses  paroissiens  que  plusieurs  d'entre 
eux  s'unissent  par  conjuration  et  le  font  périr^. 

M.  Guérin  a  accompagné  ces  documents,  selon  son  habitude,  de 


1.  N°»  1137,  1143,  1146,  1147,  1165,  1193,  1202,  etc. 

2.  N"'  1145,  1258.  —  Une  lettre  de  rémission  de  1440  (n"  1174)  i)rouve  qu'à 
cette  époque  encore  la  haine  des  gens  d'armes  subsiste  parmi  les  paysans.  — 
Le  n*  1141  est  une  preuve  de  plus  de  la  difïïcullé  qu'éprouvaient  les  gens 
d'armes  à  être  accueillis  et  hébergés  dans  les  villes  et  villages  fortifiés,  les 
habitants  considérant  leur  arrivée  comme  aussi  périlleuse  que  celle  des 
ennemis. 

3.  N°  1136.  Cf.  le  n»  1233. 

4.  N"  1186,  1194, 1244,  1249,  1261.  —  Femmes  tuées  par  leurs  maris  :  n"  1151, 
1177. 

5.  Les  lettres  de  rémission  s'appliquant  à  ces  cas  sont  les  plus  nombreuses 
du  recueil.  Par  exemple  (n"  1182),  l'écuyer  Jean  de  la  Roche  lue  un  enfant  de 
douze  ans,  parce  que  celui-ci  faisait  paître  des  bestiaux  sur  ses  terres.  —  Jeux 
et  plaisanteries  amenant  des  accidents  mortels  :  n°'  1142,  1157,  1176,  1257, 
1264. 

6.  N"  1229. 

7.  N-  1164,  1240,  1247.  —  Cf.  n»  1219. 

8.  N-  1208. 


BIBLIOGRAPHIE.  425 

copieuses  notes  biographiques,  qui  feront  de  son  monumental  recueil 
un  répertoire  à  tous  égards  très  précieux. 

Gh.  Petit-Dutaillis. 


Histoire  de  la  principauté  souveraine  de  Boisbelle-Henrichemont, 
par  Hippolyte  BoYER.  Paris,  Picard;  Bourges,  A.  Auxenfans,  ^904. 
In-8°,  540  pages.  (Extrait  des  Mémoires  de  la  Société  historique 
du  Cher.) 

Sous  ce  titre,  M.  Boyer  a  entrepris  de  nous  retracer  les  péripéties 
par  lesquelles  a  successivement  passé  la  terre  de  Boisbelle-Henriche- 
mont. 

Le  pays  ainsi  désigné  se  composait  autrefois  de  trois  groupements  : 
le  Fief-Pot,  ancien  morceau  de  la  seigneurie  de  Menetou,  dont  il  fut 
détaché  en  1615;  Achères,  ermitage  du  ix*  siècle,  devenu  plus  tard 
prieuré  de  l'abbaye  de  Saint-Sulpice  de  Bourges,  dont  il  dépendit  jus- 
qu'au xvni«  siècle;  enfin,  Boisbelle,  le  membre  do  beaucoup  le  plus 
important. 

Boisbelle,  dont  les  origines  demeurent  obscures,  se  trouvait  aux  xii^ 
et  xnje  siècles  l'apanage  des  Sarlon  et  des  Sully,  familles  puissantes 
du  Berry,  à  qui  elle  dut  de  conserver  son  indépendance  et  de  ne  pas 
être  absorbée  dans  le  domaine  d'un  plus  grand  seigneur.  Grâce,  en 
effet,  à  l'intervention  du  dernier  survivant  des  Sully,  Marie  de  Sully, 
qui  avait  failli  un  moment  devenir  la  femme  de  Charles  de  Berry, 
Boisbelle  se  vit  reconnaître  sa  franchise. 

Marie  de  Sully  ayant  épousé  en  secondes  noces  Gharles  l^"  d'Al- 
bret,  Boisbelle  fut  gouvernée  pendant  un  siècle  par  une  famille  d'ori- 
gine méridionale  qui,  comme  la  précédente,  défendit  énergiquement 
ses  droits. 

Des  d'Albret,  cette  principauté  passa,  au  début  du  xvi«  siècle,  aux 
Glèves,  puis,  en  1560,  aux  Gonzague. 

Sous  les  Glèves,  comme  sous  les  Gonzague,  elle  continua  à  jouer 
un  rôle  obscur.  Il  nous  faut  arriver  au  début  du  xvn«  siècle  pour  la 
voir  prendre  une  situation  importante. 

En  1605,  en  effet,  Gharles  de  Gonzague  l'ayant  aliénée  à  Maximilien 
de  Béthune,  duc  de  Sully,  ce  fut  pour  elle  un  coup  de  fortune.  Sully, 
qui  rêvait  de  se  créer  une  sorte  de  petit  royaume,  non  seulement  fit 
confirmer  les  antiques  privilèges  de  Boisbelle,  mais  résolut  de  se  créer 
une  capitale,  et,  dans  ce  but,  fit  élever  à  quelques  pas  de  Boisbelle  une 
nouvelle  ville  :  ce  fut  Henrichemont  [Henrici  mons).  En  même  temps, 
pour  assurer  l'avenir  de  la  petite  principauté,  Sully  stipulait,  en  1609, 
que  ses  terres  devraient  toujours  échoir  d'aînés  en  aînés  en  ligne 
directe,  et,  à  défaut  de  cette  branche,  en  ligne  collatérale,  et  que  ses 
héritiers  porteraient  tous  le  nom  de  Maximilien  de  Béthune. 


426  BIBLIOGRAPHIE. 

La  mort  de  Sully  arrêta  malheureusement  l'essor  de  Boisbelle.  Les 
descendants  de  l'illustre  ministre  d'Henri  IV  ne  se  préoccupèrent  d'elle 
en  effet  que  pour  en  tirer  des  revenus,  et  c'est  dans  ce  but  qu'en  1681 
les  divers  offices  de  la  principauté,  d'abord  séparés,  furent  affermés 
en  bloc  à  un  certain  Thomas  de  Boischantel,  fonctionnaire  malhonnête 
qui  s'enrichit  par  un  commerce  frauduleux  du  sel. 

C'est  ainsi  encore  qu'en  17371a  comtesse  d'Orval,  tutrice  de  Maximi- 
lien- Antoine-Armand  de  Béthune,  aliéna  au  sieur  Dumont,  avocat  au 
Parlement,  les  offices  déjà  cédés  à  titre  héréditaire  aux  Boischantel. 

C'est  ainsi  enfin  que  le  24  septembre  1766,  au  mépris  de  tous  les 
engagements  contractés  par  ses  ancêtres,  le  duc  de  Béthune  vendit  au 
roi  sa  principauté. 

Naturellement,  la  ville  d'Henricheraont  ne  gagna  pas  au  marché. 
Exempte  auparavant  d'impôts,  elle  fut  obligée  de  subir  désormais  la 
loi  commune. 

En  1776,  elle  fut  comprise  dans  l'apanage  du  comte  d'Artois,  trans- 
formation encore  préjudiciable  pour  elle,  car  elle  y  perdit  son  titre  de 
souveraineté,  qu'elle  dut  échanger  contre  celui  de  chàtellenie. 

Elle  n'oubliait  pas  cependant  son  antique  splendeur.  Aussi,  en  1789, 
lors  de  l'assemblée  des  bailliages  tenue  à  Bourges,  elle  refusa  de  con- 
courir à  l'impôt,  et,  quelque  temps  après,  elle  demeura  inconsolable 
de  s'être  vu  préférer  Aubigny  comme  chef-lieu  de  district. 

On  s'explique  fort  bien  l'orgueil  de  cette  petite  communauté  quand 
on  connaît  en  détail  ses  anciens  privilèges,  qui  étaient  considérables  : 
moins  le  pouvoir  de  déclarer  la  guerre,  Boisbelle  possédait  les  droits  de 
créer  des  officiers,  de  légiférer,  de  juger  sans  appel,  de  battre  monnaie 
et  de  ne  point  payer  d'impôts.  En  somme,  Boisbelle  jouissait  de  presque 
tous  les  avantages  de  la  souveraineté,  cas  des  plus  rares  en  France 
depuis  la  constitution  de  la  féodalité. 

Aussi,  on  comprend  que  M.  Boyer  ait  insisté  dans  tout  le  cours  de 
son  travail  et  même  dans  un  chapitre  spécial  sur  la  situation  anormale 
de  ce  petit  coin  de  terre. 

Il  me  semble  toutefois  que  ce  n'était  pas  le  seul  côté  intéressant  de 
l'histoire  d'Henrichemont  et  que  M.  Boyer  eût  pu,  par  exemple,  consa- 
crer quelques  pages  aux  questions  économiques. 

Pourquoi  en  effet,  à  l'aide  des  minutes  notariales  conservées  en 
grand  nombre  dans  l'étude  de  M.  Decencières  et  des  registres  d'aveux 
et  de  dénombrements  renfermés  dans  la  série  G  des  archives  du  Cher, 
n'a-t-il  pas  essayé  de  déterminer  les  caractères  de  la  propriété  dans  la 
région  d'Henrichemont,  c'est-à-dire  l'étendue  des  parcelles  de  terre  et 
leur  répartition  entre  les  tenanciers?  Pourquoi  n'a-t-il  rien  dit  des  cul- 
tures et  ne  nous  a-t-il  pas,  par  exemple,  donné  un  relevé  des  prix  de 
l'arpent  de  vigne  depuis  le  xvii«  siècle  jusqu'à  la  Révolution? 

A  l'aide  encore  de  ces  minutes  de  notaires,  M.  Boyer  eût  pu  nous 


BIBLIOGRAPHIE.  427 

donner  sur  l'industrie  de  la  poterie,  des  cuirs  et  de  la  verrerie  des  ren- 
seignements plus  complets  que  ceux  qu'il  a  publiés  à  la  fin  de  son  pre- 
mier chapitre. 

Je  regrette  encore  que  M.  Boyer  ne  se  soit  pas  occupé  du  mouvement 
démographique,  travail  qu'il  était  d'autant  plus  facile  de  mener  à  bonne 
fin  qu'Henrichemont  possède,  à  partir  de  1601,  une  série  presque  com- 
plète de  registres  paroissiaux. 

Pourquoi  M.  Boyer  n'a-t-il  pas  essayé  non  plus  de  déterminer  la 
valeur  des  mesures  de  grains  dont  il  parle  si  longuement  à  la  p.  505? 

C'étaient  là,  à  mon  avis,  des  questions  aussi  intéressantes  que  la  des- 
cription par  trop  minutieuse  donnée  par  lui  des  terres  composant  le  Fief- 
Pot  ou  des  limites  de  Boisbelle,  description  qui,  dans  tous  les  cas,  eût 
gagné  en  clarté  s'il  eût  pris  soin  d'y  joindre  une  carte. 

Je  ne  m'explique  pas  non  plus  pourquoi  M.  Boyer  a  interrompu  son 
travail  à  l'année  1794.  Il  eût  fallu  ou  s'arrêter  à  1789  ou  pousser  jus- 
qu'à l'an  VIII. 

Deux  détails  :  M.  Boyer  s'est  montré  parfois  trop  concis  dans  ses 
références  <;  en  second  lieu,  il  eût  dû  se  dispenser  de  renvoyer  le  lec- 
teur à  des  pièces  justificatives  qu'il  n'a  pas  publiées 2. 

Mais  j'aurais  tort  de  critiquer  plus  longuement  un  travail  que  l'au- 
teur n'a  pu  lui-même  terminer.  Nul  doute  en  effet  que,  s'il  eût  vécu,  il 
n'eût  prévenu  les  critiques  que  nous  lui  adressons.  Sa  monographie, 
d'ailleurs,  n'en  reste  pas  moins  une  excellente  contribution  à  l'histoire 
du  Berry,  et  il  est  à  souhaiter  que  les  autres  cantons  du  Cher  en  pos- 
sèdent bientôt  une  semblable. 

A.  Gandilhon. 

D'  L.  DE  RiBiER.  Charlus-Champagnac  et  ses  seigneurs.  Paris,  Cham- 
pion, 1902.  In-S»,  IV-302-XV  pages,  portr.,  pi.  et  fig. 

Charlus-Champagnac  est  un  château,  en  ruines  aujourd'hui,  dans  la 
commune  de  Bassignac  (Cantal).  C'était,  au  moyen  âge,  le  chef-lieu 
d'une  chàtellenie  qui  fut  érigée  en  baronnie  au  xV  siècle  et  en  comté 
en  1586. 

Sur  l'histoire  la  plus  ancienne  de  cette  chàtellenie,  M.  de  Ribier  n'a 
trouvé  que  peu  de  renseignements.  Il  démontre  que  les  personnages 
qui,  depuis  Guillaume  de  Charlus  en  1220,  ont  porté  ce  nom  n'étaient 
pas  les  propriétaires  du  château.  Il  appartenait  dès  lors  aux  vicomtes 
de  Ventadour.  Charlus-Champagnac  appartint  ensuite  aux  Roger- 
Beaufort-Turenne  de  1351  à  1445,  à  une  seconde  maison  de  Ventadour 

1.  Que  désigne,  par  exemple,  la  noie  (1)  de  la  p.  323,  voy.  le  cahier  de  notes 
d'Armenant,  p.  6,  ou  la  note  (2)  de  la  p.  326,  Mém.  Dumoni,  p.  33. 

2.  Exemples  p.  283,  n.  3;  p.  336,  n.  1, 


428  BIBLIOGRAPHIE. 

jusqu'en  1500,  à  la  maison  de  Lévis  jusqu'en  1734,  à  la  maison  de 
La  Croix  de  Gastries  jusqu'en  1783,  enfin  aux  Pestel-Caissac,  derniers 
possesseurs. 

Sur  chacune  de  ces  familles,  M.  de  Ribier  a  groupé  des  notes  inté- 
ressantes puisées  souvent  dans  des  documents  inédits.  L'identification 
des  localités  a  été  faite  avec  soin.  C'est,  en  somme,  une  bonne  étude 
d'histoire  locale.  En  dehors  des  documents  conservés  dans  les  archives 
publiques,  M.  de  Ribier  en  a  publié  de  très  intéressants  appartenant  à 
des  collections  particulières.  Il  serait  à  désirer  que  ces  collections, 
encore  nombreuses  en  Auvergne,  trouvent,  pour  les  faire  connaître  au 
public,  des  érudits  zélés  comme  M.  le  D""  de  Ribier. 

G.    ROUGHON. 


Baron  du  Rodre.  Inventaire  analytique  des  titres  et  documents  ori- 
ginaux tirés  des  archives  du  château  de  Barbegal.  Paris,  H.  Cham- 
pion, -1903.  In-4%  xiv-536  pages. 

Le  volumineux  ouvrage  que  le  baron  du  Roure  a  l'amabilité  d'offrir 
aux  amateurs  de  l'histoire  de  Provence  ne  peut  que  rendre  de  grands 
services.  Livrer  ainsi  au  public  l'essence  des  documents  qu'une 
recherche  intelligente  et  laborieuse  a  accumulés  dans  une  collection 
particulière,  c'est  faire  œuvre  tout  à  fait  méritoire.  Aussi  doit-on  sou- 
haiter que  l'exemple  désintéressé  donné  par  l'auteur  du  présent  inven- 
taire soit  suivi. 

Ce  n'est  pas  ici  qu'il  faut  insister  pour  montrer  l'intérêt  qui  s'at- 
tache à  un  recueil  d'analyses  de  2,500  documents  ou  dossiers  compris 
entre  le  début  du  xiii^  et  le  premier  tiers  du  xix"  siècle.  Les  titres  de 
Barbegal  sont  surtout  relatifs  aux  familles;  c'est  surtout  le  point  de 
vue  généalogique  qui  a  séduit  le  collectionneur.  Mais  leur  abondance 
est  telle  qu'il  est  peu  d'anciennes  maisons  provençales  qui  ne  soient  au 
moins  mentionnées  dans  ce  volume.  Quelques-unes  même  y  trouve- 
ront d'importants  dossiers,  jusqu'à  des  livres  de  raison,  qui  sont  de 
tout  premier  ordre.  Je  citerai,  par  exemple,  le  livre  de  raison  des  Borel, 
qui  s'étend  de  1588  à  1675  et  dont  le  baron  du  Roure  a  donné  des 
extraits  curieux. 

Ainsi  donc,  grâce  à  cet  inventaire,  l'histoire  des  familles  de  Provence 
sera  mieux  connue.  Je  m'en  voudrais  de  ne  pas  illustrer  par  un  exemple 
cette  affirmation;  je  citerai  donc  les  pièces  concernant  les  Cossa.  Le 
plus  célèbre  représentant  de  cette  maison  italienne  a  été  Jean  Cossa, 
comte  de  Troja,  un  des  plus  intrépides  partisans  des  Angevins  dans  le 
royaume  deNaples;  il  suivit  en  Provence  le  roi  René,  battu  et  expulsé 
de  la  péninsule,  et  y  exerça  les  fonctions  de  grand  généchal.  Or,  l'in- 
ventaire de  M.  du  Roure  donne  sur  ce  personnage  l'analyse  d'un  dos- 
sier des  plus  instructifs  :  c'est  d'abord  l'acte  de  donation  de  la  baronnie 


BIBLIOGRAPHIE.  /(29 

de  Grimaud,  octroyée  par  le  roi  René  en  1411  à  son  Adèle  serviteur; 
c'est  ensuite  la  concession,  en  IMl,  par  le  même  souverain  d'une 
pension  annuelle  de  1,500  florins  sur  les  Juifs  de  Provence;  puis  les 
documents  relatifs  au  mariage  et  à  la  dotation  de  ses  filles,  au  désac- 
cord violent  survenu  entre  Jean  Cessa  et  son  fils  aîné  Gaspard,  aux 
avantages  qu'il  voulait  attribuer  à  son  fils  cadet  René  ;  son  testament, 
dicté  par  son  confesseur  le  15  septembre  1476,  pendant  que  lui-même, 
cloué  par  la  paralysie  sur  son  lit  de  mort,  manifestait  par  signes  que 
telle  était  sa  volonté  ;  c'est  enfin  le  procès  consécutif  à  ce  testament, 
les  consultations  juridiques,  le  jugement  définitif.  On  peut  dire  que 
presque  toute  l'histoire  intime  de  cette  famille,  depuis  1470  environ 
jusqu'à  1486,  est  ici  consignée.  Il  en  est  ainsi  de  bien  d'autres. 

Élèverai-je  maintenant  quelques  petites  chicanes?  J'ai  déjà  dit  ail- 
leurs que  j'aurais  désiré  voir  toutes  les  notices  rédigées  en  français 
moderne,  avec  identification  des  noms.  J'ajouterai  que  les  tables 
auraient  gagné  à  être  plus  complètes  et  plus  copieuses  en  renseigne- 
ments (à  ce  propos,  je  n'ai  pas  saisi  la  différence  entre  la  table  des 
noms  de  lieux  et  l'index,  qui  auraient  pu  être  fondus  en  une  seule 
liste).  Pour  les  dates,  M.  du  Roure  suit  toujours  le  système  français; 
est-il  bien  sûr  qu'il  soit  applicable  aux  documents  rédigés  par  les 
notaires  d'Avignon  et  du  comté  Venaissin?  Ici,  d'ailleurs,  il  est  facile, 
avec  les  années  de  pontificat  du  pape  régnant  toujours  indiquées,  de 
faire  la  vérification.  Le  dossier  Buis  ne  concerne-t-il  pas  la  famille  de 
Bus  {Buxi  en  latin),  dont  une  branche  établie  à  Gavaillon  donna  nais- 
sance à  César  de  Bus,  fondateur  des  Pères  de  la  Doctrine  chrétienne? 

Ces  vétilles,  que  j'ai  cru  devoir  cependant  signaler,  ne  peuvent  atté- 
nuer en  rien  la  valeur  ou  l'intérêt  de  l'Inventaire  des  titres  de  Barbegal, 
et  je  suis  heureux  d'adresser  à  son  auteur  tous  les  compliments  qui  lui 
sont  dus. 

L.-H.  Labande. 

Documents  nouveaux  sur  le  Studium  du  pape  Urbain  V  à  Trets- 
Manosque  (^ 364-'! 367),  par  l'abbé  Ghaillan,...  Aix-en-Provence, 
A.  Garcin,  -1904.  In-8°,  28  pages. 

Recherches  et  documents  inédits  sur  V Orphanotrophium  du  pape 
Grégoire  XI  à  Avignon^  par  l'abbé  Ghaillaiv,...  Aix,  A.  Dragon-, 
Avignon,  Aubanel,  4904.  In-S"^  xxxii-96  pages. 

Notice  et  documents  sur  la  maison  des  Repenties  à  Avignon  au 
XIV^  siècle,  par  l'abbé  Ghaillan,...  Aix,  Dragon ^  Avignon,  Auba- 
nel,  -1904.  In-8*>,  58  pages. 

M.  l'abbé  Ghaillan,  qui  avait  eu,  il  y  a  quelques  années,  la  très  heu- 
reuse fortune  de  mettre  la  main,  aux  archives  du  Vatican,  sur  les 


430  BIBLIOGRAPHIE. 

curieux  comptes  du  Studium  fondé  en  1363  par  Urbain  Vdans  la  petite 
ville  provençale  de  Trets  (voir  sa  publication  intitulée  :  le  Studium 
papal  de  Trets  au  XIV''  siècle,  parue  en  1898),  a  continué  dans  les 
mêmes  archives  ses  recherches  sur  ce  collège  pontifical.  Elles  ont  été 
couronnées  de  succès.  Les  nouveaux  documents  qu'il  est  parvenu  à 
retrouver  consistent  en  des  extraits  des  Inlroitus  et  exitus  pour  les 
années  1365-1367,  relatant  les  sommes  versées  par  Urbain  V  pour 
l'entretien  de  sa  fondation,  et  surtout  dans  un  compte  des  recettes  et 
dépenses  présenté  le  3  juillet  1365  par  le  prieur  de  Trets,  adminis- 
trateur du  collège.  Les  recettes  consistent  en  subventions  de  la  part  du 
pape  ou  du  collecteur  des  droits  pontificaux  dans  les  provinces  d'Aix 
et  d'Embrun,  en  pensions  payées  par  les  écoliers  et  en  produit  de  la 
vente  du  vin;  quant  aux  dépenses,  elles  portent  sur  les  achats  de  blé, 
de  vin,  de  porcs,  d'huile,  de  chandelles,  de  poissons  salés,  de  légumes, 
de  noix,  de  fromages,  de  sel,  de  foin  et  d'avoine  et  sur  la  nourriture 
spéciale  et  le  soin  des  malades.  Voilà  donc  un  utile  complément  à  la 
première  brochure  de  M.  l'abbé  Chaillan. 

Les  mêmes  recherches  lui  ont  fait  découvrir  d'autres  documents  de 
la  plus  haute  importance  sur  les  fondations  charitables  effectuées  par 
Grégoire  XI  en  la  ville  d'Avignon,  Je  ne  dirai  pas  qu'ils  ont  constitué 
une  révélation,  car  les  établissements  qu'ils  concernent  étaient  déjà 
connus,  mais  on  était  loin  de  posséder  sur  eux  un  tel  faisceau  de  bulles 
ou  de  règlements. 

La  maison  de  refuge  pour  les  orphelins,  que  M.  l'abbé  Chaillan 
appelle  V Orphanotrophium  du  pape  Grégoire  XI,  avait  été  fondée  en 
1366  par  un  généreux  bienfaiteur  des  pauvres,  Jean  de  Jujon.  Elle 
reçut  de  notables  donations  du  pape,  qui  la  transféra,  afin  qu'elle  pût 
mieux  se  développer,  dans  l'hôpital  même  du  Pont-Fract  (1372).  Les 
statuts  en  furent  dressés  aussitôt  par  des  commissaires,  qui  paraissent 
avoir  été  délégués  par  le  souverain  pontife.  Je  regrette  que  M.  l'abbé 
Chaillan  n'ait  pas  cru  devoir  les  publier,  en  même  temps  que  les  nom- 
breux témoignages  donnés  par  Grégoire  XI  de  son  affection  pour  les 
orphelins  de  Jujon.  Ils  auraient  achevé  d'éclairer  la  physionomie 
exacte  de  l'œuvre  et  de  montrer  comment  elle  était  administrée. 

Je  ferai  la  même  observation  pour  les  statuts  rédigés  en  1376  pour 
la  maison  des  Repenties  d'Avignon,  dont  une  traduction  est  signalée 
dans  un  manuscrit  de  la  Méjanes.  M.  l'abbé  Chaillan  en  a  donné  seule- 
ment quelques  extraits,  qui  nous  mettent  en  goût  et  nous  font  d'au- 
tant plus  désirer  de  les  connaître  en  entier.  Cette  maison  avait  été 
fondée  tout  près  de  l'église  de  Notre-Dame-des-Miracles  par  Gasbert  de 
Laval,  archevêque  de  Narbonne,  et  dotée  en  partie  par  Anglic  Gri- 
moard,  évêque  d'Avignon  et  frère  d'Urbain  V.  Grégoire  XI  lui  octroya 
de  nombreux  privilèges  et  augmenta  notablement  ses  revenus;  il  fit 
même  bâtir  une  nouvelle  habitation  avec  dortoir,  cloître,  chapelle,  etc. 


BIBLIOGRAPHIE.  ^31 

Son  éloignement  d'Avignon  ne  l'empêcha  pas  de  s'y  intéresser;  de 
Gènes,  alors  qu'il  s'occupait  de  transférer  son  siège  en  Italie,  il  envoyait 
une  aumône  aux  Repenties;  plus  tard,  installé  auprès  de  Saint-Pierre 
de  Rome,  il  songeait  à  leur  assurer  le  bénéfice  d'anciennes  donations. 

Les  bulles  qui  sont  ici  éditées  ont  été  très  correctement  transcrites. 
Il  aurait  été  cependant  désirable  que  chacune  d'elles  ait  été  précédée 
d'une  analyse  succincte,  qui  en  aurait  fait  connaître  le  contenu  et  en 
aurait  précisé  la  date.  Eîles  se  seraient  ainsi  beaucoup  mieux  présen- 
tées. On  aurait  également  pu  épargner  pas  mal  de  sic  que  M.  j'abbé 
Ghaillan  a  cru  devoir  imprimer  à  la  suite  de  mots  d'ailleurs  très  bien 
lus;  par  exemple,  après  trezeni,  trezenandi  (le  droit  de  trézain  accom- 
pagnant celui  de  lods  est  couramment  indiqué  dans  les  chartes  pro- 
vençales), après  crota,  octabas,  octabis,  condam,  cotidie,  etc.  Les  rues  de 
la  Poulasserie,  de  la  Grande-Fusterie,  du  Limas,  des  Lices,  la  livrée 
du  cardinal  de  Giffon,  l'hôtel  du  Chapeau-Rouge,  qui  a  donné  son  nom 
à  une  rue,  la  Pignotte,  sont  très  familiers  aux  gens  du  pays  ;  le  sic  qui 
accompagne  toutes  ces  dénominations  est  donc  à  supprimer. 

Ce  sont  là  des  petits  détails;  ils  n'empêchent  pas  que  les  ouvrages 
de  M.  l'abbé  Ghaillan  ne  soient  d'excellents  recueils  de  pièces,  où  les 
historiens  puiseront  beaucoup  de  précieux  renseignements.  Aussi 
ces  derniers  seront-ils  très  heureux  si  le  même  auteur  poursuit  ses 
fructueuses  investigations  et  fait  profiter  de  ses  découvertes  le  monde 
savant. 

L.-H.  Labande. 

V.  LiEOTAUD.  Le  Poil,  canton  de  Sénez,  arrondissement  de  Castellane 
(Basses- Alpes)...  Histoire  féodale,  toponymique  et  religieuse.  Sis- 
teron,  A.  Clergue,  J903.  In-8%  44  pages. 

Le  Poil  était  jadis  une  de  ces  minces  seigneuries  provençales,  dont 
l'exiguïté  n'empêchait  pas  le  morcellement  entre  de  nombreux  cosei- 
gneurs.  L'acquisition  d'une  parcelle  de  ces  pauvres  petits  droits  sei- 
gneuriaux permettait  aux  paysans  et  bourgeois  enrichis  l'accès,  dans 
un  délai  plus  ou  moins  long,  à  l'ordre  de  la  noblesse.  Le  Poil,  en  1739, 
dit  un  auteur  cité  par  M.  V.  Lieutaud,  était  divisé  en  dix  cosei- 
gneuries  ! 

Plus  anciennement,  il  appartenait  en  tout  ou  en  partie  à  une  branche 
de  l'importante  maison  de  Castellane.  Il  est  fort  difficile  de  suivre  les 
destinées  d'un  fief  aussi  minime  et  aussi  morcelle;  le  plus  souvent,  il 
faut  se  borner,  comme  l'a  fait  M.  V.  Lieutaud  après  de  longues 
recherches,  à  ne  donner  qu'une  liste  de  noms  de  coseigneurs. 

L'auteur  me  semble  beaucoup  moins  heureux  dans  l'explication 
étymologique  du  nom  de  ce  petit  village.  Le  Poil  se  traduit  en  pro- 
vençal par  lou  Peu;  ce  serait,  dit-il,  une  allitération  du  mot  celtique 


432  BIBLIOGRAPHIE. 

Pen,  montagne.  Ce  n'est  pas  admissible,  d'autant  plus  qu'au  xi«  siècle 
la  forme  latine  est  Podium  ou  Poium.  Avec  beaucoup  d'imagination, 
M.  V.  Lieutaud  détermine  dans  la  liste  des  noms  de  quartiers  de  ce 
petit  territoire  ceux  qui  sont  de  provenance  celtique,  latine  ou...  proven- 
çale. Mais  est-ce  que  le  provençal  n'est  pas  lui-même  un  latin  déformé  ? 
Je  retrouve  la  même  exagération  dans  la  reconstitution  Imaginative  et 
l'interprétation  des  dix  jambages  de  lettres  ou  lettres  entières,  disposés 
sur  quatre  rangs,  d'une  inscription  antique  trouvée  au  Poil.  En  bonne 
règle,  il  est  impossible  d'en  tirer  quoi  que  ce  soit;  M.  V.  Lieutaud 
donne  par  conjecture  le  nom  du  défunt,  son  âge,  la  date  de  sa  mort  et 
le  nom  du  consul  qui  vivait  à  l'époque  de  son  décès.  L'épitapbe  serait 
peut-être  celle  d'un  grand  propriétaire  arlésien,  chrétien,  ayant  maison 
à  la  ville  (Arles)  et  maison  à  la  campagne  (le  Poil),  possesseur  de  trou- 
peaux, qui  voyageaient  des  plaines  de  Provence  aux  montagnes  des 
Alpes,  etc. 

Rectifions  encore  un  nom  :  la  fameuse  marquise  de  Ganges  ne  s'ap- 
pelait pas  Anne-Élisabeth  de  Rossan,  mais  Diane  de  Joannis  ;  son 
mari  était  Charles  de  Latude,  marquis  de  Ganges,  et  non  La  Nède, 
marquis  de  Ganges. 

L.-H.  Labande. 


Romolo  Gaggese.  Su  VOrigine  délia  parte  Guelfa  c  le  sue  rclaz-ioni 
colcomune.  Firenze,  lip.  Gaiileiana,  i903.  In-S",  47  pages.  (Estrallo 
dair  Archivio  storico  ifaliano.) 

Le  problème  auquel  s'est  attaqué  M.  R.  Caggese  est  assez  compli- 
qué; il  est  toujours  difficile  de  saisir  l'origine  d'une  association  qui  n'a 
pas  été  commandée  par  un  événement  particulier  et  qui,  dans  les  débuts, 
est  obligée  de  s'entourer  d'un  certain  mystère.  La  formation  des  par- 
tis guelfe  et  gibelin  fut  la  conséquence  de  la  querelle  entre  la  papauté  et 
l'empire,  c'est  bien  entendu,  mais  à  quel  moment  précis  eut-elle  lieu  et 
quelles  catégories  de  personnes  furent  englobées  dans  ce  mouvement? 
Les  historiens  sont  Kà-dessus  loin  de  s'accorder.  Selon  M.  Caggese, 
qui  a  examiné  de  près  les  textes  conservés,  les  Guelfes  ont  constitué 
un  parti  distinct,  avec  son  organisation  particulière  et  ses  capitaines, 
dès  le  milieu  du  xni«  siècle;  selon  les  villes,  ils  furent  plus  ou  moins 
aristocratiques  ou  populaires,  j'entends  parla  qu'ils  se  recrutèrent  plus 
ou  moins  dans  la  noblesse.  C'est  là  un  fait  qu'on  ne  paraissait  pas  avoir 
bien  vu  jusqu'ici  ;  les  Capitanei  partis  ne  sont  pas  nécessairement  les 
Consules  militum,  ou  représentants  de  la  noblesse  tout  entière  ;  de 
même,  ils  sont  bien  souvent  différents  des  Capitanei  pro  Ecclesia.  La 
confusion  de  ces  trois  espèces  de  dignitaires  est  combattue  avec  raison, 
semble-t-il,  par  M.  Caggese. 

11  a  aussi  quelques  pages  intéressantes  sur  les  relations  que  les  Guelfes 


BIBLIOGRAPniE.  ^33 

dominant  dans  une  ville  entretenaient  avec  le  gouvernement  do  cette 
cité.  Il  a  montré  que,  lorsque  le  parti  prenait  le  pouvoir,  il  modiflait  la 
forme  du  gouvernement  et  plaçait  naturellement  à  la  tête  de  la  com- 
mune ses  propres  officiers;  mais  il  conservait  quand  même  à  côté  son 
organisation  particulière  et  ne  relâchait  pas  les  liens  ^étroits  qui  ratta- 
chaient les  uns  aux  autres  tous  les  memhres  de  l'association  pohtique. 
Le  mémoire  de  M.  Gaggese  sera  donc  à  consulter  avec  fruit  par  ceux 
qui  voudront  étudier  les  institutions  communales  de  l'Italie. 

L.-H.  Labande. 

J.  Delaville  Le  Roulx.  Les  Hospitaliers  en  Terre  Sainte  et  à  Chypre 
(^^00-^3^0).  Paris,  E.  Leroux,  ^904.  In-8°,  xiii-440  pages. 

Nous  avons  dans  ce  volume,  pour  la  période  antérieure  à  1315,  la 
véritable  histoire  de  l'ordre  de  Saint  Jean  de  Jérusalem,  abstraction 
faite  du  détail  des  opérations  militaires  auxquelles  cet  ordre  a  pris 
part.  L'auteur  a  savamment  discuté  et  sagement  résolu  les  questions 
auxquelles  ont  donné  lieu  les  origines  du  célèbre  hôpital;  il  a  déter- 
miné les  noms  des  grands  maîtres,  recherché  les  nations  et  les  familles 
auxquelles  chacun  d'eux  appartenait,  fixe  les  dates  des  magistères  et 
indiqué  les  événements  qui  constituent  les  annales  de  l'ordre  pendant 
deux  siècles.  Il  a  tracé  un  tableau  complet  de  l'organisation  adminis- 
trative et  défini  les  attributions  des  différents  dignitaires,  dont  il  a 
dressé  des  listes,  aussi  bien  pour  ceux  de  l'administration  supérieure 
et  centrale  que  pour  ceux  des  administrations  régionales. 

M.  Delaville  Le  Roulx  a  traité  toutes  ces  matières  de  première  main, 
en  combinant  très  heureusement  les  textes  narratifs  avec  les  données 
fournies  par  les  chartes  réunies  dans  les  trois  volumes  de  son  Gartulaire 
de  l'ordre  de  saint  Jean  de  Jérusalem.  Nous  devons  le  féliciter  d'avoir 
mené  à  bonne  fin  d'immenses  recherches  patiemment  et  savamment 
poursuivies  pendant  de  longues  années  dans  les  bibliothèques  et  les 
archives  de  la  France  et  de  l'étranger.  Il  a  jeté  beaucoup  de  lumière 
sur  l'histoire  d'une  institution  qui  a  tenu  une  grande  place  non  seule- 
ment dans  l'Orient  latin,  mais  encore  dans  toute  la  chrétienté  d'Oc- 
cident. 

L.  D. 


^904  28 


434  BIBLIOGRAPHIE. 


LIVRES    NOUVEAUX. 


SOMMAIRE  DES  MATIERES. 

Sciences  auxiliaires.  —  Épigraphie,  419.  —  Paléographie,  597,  604. 

—  Diplomatique,  579.  —  Manuscrits,  427,  429,  435,  465,  482,  485,  488, 
489,  502,  557,  587.  —  Imprimés,  424,  425  bis,  493. 

Sources,  414,  479,  547.  —  Légendes,  511,  580,  594.  —  Chroniques, 
380,  418,  542,  554,  569,  628,  629.  —  Correspondances,  591.  — 
Archives,  497.  —  Cartulaires,  384,  412,  421,  422,  526,  553,  613,  625.— 
Chartes,  381,  423,  440,  503,  504,  509,  543,  579,  582,  583.  —  Regestes, 
403,  483,  531,  621,  630,  631.  —  Terrier,  592.  —  Obituaires,  548.  — 
Inventaires,  618. 

Biographie,  généalogie.  —  Espagne,  451  ;  Islam,  495-496.  —  Alcuin, 
460;  s.  Aspais,  398;  Avitus,  382;  s.  Benoît,  584;  Charles  le  Témé- 
raire, 426  ;  Clément  VI,  462  ;  Conrad  de  Masovie,  505  ;  Constantin, 
538;  s.  Domnole,  425;  Diether  dTsenbourg,  591;  Edouard  III,  631; 
s.  François  d'Assise,  383,  402,  502,  610;  Gozzoli,  605;  s.  Grégoire  le 
Grand,  523  ;  Guillaume  de  Chanac,  428  ;  Guillaume  de  Nogaret,  609  ; 
Henri  II  d'Allemagne,  476  ;  Henri  III  d'Angleterre,  483  ;  Heraclius, 
595;  Hohenlohe.  624;  HohenzoUern,  582;  Honorius  III,  509;  Inno- 
cent III,  529;  Jean  sans  Terre,  519:  Jeanne  d'Arc,  432;  s.  Léon  IX, 
535;  s.  Liesne,  398;  Louis  XI,  522;  Macbeth,  511;  Marcel,  456; 
Mathieu  I"  de  Lorraine,  444;  Maurel,  405;  Mélicourt,  388;  Menet  de 
Robécourt,  615;  s.  Orens,  477;  Pascal  II,  504;  Pépin,  538;  Philippe 
le  Bel,  409;  Pierre  de  Foix,  440;  Piz  d'Oue,  536;  Robert,  484; 
s.  Servais,  420;  Thomas  a  Kempis,  608;  Thun,  514;  Timotheo  I", 
512;  Wyclif,  515;  Zainer,  623. 

Droit,  389,  395,  404,  443,  453,  459,  470,  485,  508,  525,  528,  538,  541, 
546,  559,  602,  606. 

Géographie,  396,  463. 

Histoire  économique,  moeurs,  436,  452,  491,  492,  541,  583,  603,  622. 

Institutions,  409,  442,  445,  458. 

Médecine,  385. 

Sciences,  enseignement,  379,  386,  393,  431. 

Langues  et  littératures.  —  Langues  sémitiques  :  arabe,  378,  435. 

—  Latin,  608.  —  Langues  romanes,  572;  français,  408,  499;  provençal, 
532.  —  Langues  germaniques  :  allemand,  455,  481,  534,  589;  anglais. 


BIBLIOGRAPHIE.  435 

407,  486,  539,  549,  557,  619;  anglo-saxon,  397,  415,  590  ;  gothique,  585. 

—  Langues  Scandinaves,  551. 

Religions.  —  Judaïsme,  598.  —  Catholicisme  :  hagiographie,  387; 
papauté,  480,  522;  conciles,  401,  430;  ordres  religieux,  383,  407  bù, 

505,  558,  564,  586,  611;  théologie,  449,  468,  558;  liturgie,  427,446, 

506,  596.  —  Hétérodoxie,  568,  601. 

Archéologie,  392,  394, 472,  473,  494,  510,  533,  550,  561,  562.  —  Archi- 
tecture, 390,  391,  410,  433,  434,  438,  450,  537,  550,  575,  612,  617.  — 
Sculpture,  411,  466,  570,  581,  616.  —  Peinture,  471,  501,  526,  545,  005. 

—  Gravure,  563.  —  Émaillerie,  439,  544,  614.  —  Métallurgie,  400, 
614.  —  Musique,  454,  573.  —  Numismatique,  399,  457. 

SOMMAIRE  GÉOGRAPHIQUE. 

Afrique,  516;  Allemagne,  403,  546,  578,  579,  588,  601  ;  Angleterre, 
438,  603;  Anjou,  569;  Apulie,  423;  Ariège,  452;  Arnstadt,  417;  Arras, 
432;  Augsbourg,  541;  Avallon,  484;  Bade,  630;  Bâle,  430,  467;  Bar, 
445,  567  ;  Bayeux,  384  ;  Bohême,  555  ;  Bourgogne,  466  ;  Bressuire,  390  ; 
Bretagne,  443  ;  Brisach,  510;  Britannique  (empire),  463;  Caujac,  391; 
Chaise-Dieu,  450;  Champagne,  527,  567  ;  Coimar,  506;  Constantinople, 
461 ,  475  ;  Dalmatie,  500  ;  Egypte,  586  ;  Einsiedeln,  574  ;  Emmendingen, 
510  ;  Ennery,  518  ;  Erfurt,  393, 491  ;  Essen,  494  ;  Ethiopie,  594  ;  Ettenheim, 
510;  Flandre,  580;  Florisdorf,  599;  Formigny,  416;  France,  458;  la 
Frette,  478;  Fribourg,  510;  Fulda,  602;  Gaillac-Toulza,  391;  Galice, 
617;  Ganges,  577;  Genève,  568;  Greux,  556;  Guérande,  492;  Islande, 
418;  Italie,  4H,  461,  529;  Joigny,  618;  Kiev,  469;  Lausanne,  442; 
Lille,  434  ;  Londres,  626  ;  Lorraine,  445,  567  ;  la  Magdelaine-les-Remire- 
mont,  565  ;  Marchiennes,  526  ;  Mayence,  437,  449,  576  ;  Mayenne,  474  ; 
Mazères,  544;  Melun,  520;  Menthon,  442;  Milan,  583;  Misnie,  531; 
Moers,  487;  Monmouthshire,  413;  Montaigu,  543;  Montluçon,  498; 
Moravie,  555;  Namur,  611  ;  Nantes,  433;  Nesle-la-Reposte,  612;  Neu- 
stadt,  510;  Norvège,  419,  606;  N.-D. -de-Liesse,  530;  Nottinghamshire, 
627  ;  Oldenbourg,  392  ;  Orient,  462  ;  Pamiers,  452  ;  Paris,  407  bis,  425  bis, 
464,513;  Pau,  441;  Pforte,  613;  Pise,  504;  Pithiviers,  533;  Poitou, 
400,  571  ;  Prague,  561,  562  ;  Prouille,  607  ;  Putna,  381  ;  Raguse,  404  ;  Ra- 
tisbonne,  507  ;  Reichenau,  447  ;  Rome,  471,  529  ;  St-Étienne-sur-Usson, 
521;  St-Flour,  412;  St-Mont,  422;  Salzbourg,  548;  Sankt  Veit  an  der 
Glan,  566;  Saxe,  628;  Scandinavie,  465;  Schleswig,  479;  Seine-Infé- 
rieure, 394  ;  Sens,  386  ;  Silésie,  457;  Sisteron,  448  ;  Souabe,  622;  Sou- 
vigny,  .524;  Spire,  576;  Staufen,  510;  Stege,  406;  Strasbourg,  436; 
Statford,  517;  Suisse,  592;  Tarn-et-Garonne,  459;  Termignon,  560; 
Thaon-les- Vosges,  552;  Thorn,  620;  Tournai,  432;  Ulm,  623;  Val- 
Notre-Dame,    553;Valasse,  600;  Vendôme,  421,  540,  569;  Verdun, 


43G  BIBLIOGRAPHIE. 

439;  Vienne,  379;  Waldkirch,  510;  Westphalie,  625;  Wexford,  490; 
Worms,  576;  Wurtemberg,  399,  472;  Zagreb,  547;  Zerbst,  621. 

378.  Aboû'l-'Alâ  'Al-Ma'  arrî  (Un  précurseur  d'Omar  Khayyam. 
Le  Poète  aveugle.  Extraits  des  poèmes  et  des  lettres  d').  (363  A.  H.) 
Introduction  et  traduction  par  Georges  Salmon.  Paris,  Carrington, 
1904.  In-8°,  146  p.  10  f. 

379.  Acta  facultatis  raedicae  universitatis  Vindobonensis.  III.  1490- 
1558.  Auf  Veranlassung  des  medicin.  DoctorencoUegiums  aus  der  Orig.- 
Handschrift  hrsg.  von  Karl  Schrauf.  Wien  (W.  Braumiiller),  1904. 
In-8o,  xxi-355  p.  5  m. 

380.  Ad^  de  Usk  (Ghronicon)  A.  D.  1377-1421.  Ed.with  transi,  and 
notes  by  Sir  E.  Maunde  Tliompson.  2nd  éd.  London,  Frowde,  1904. 
In-8°,  xxxvni-346  p.  10  s.  6  d. 

381.  Aelteste  (Die)  Urkunde  des  Klosters  Putna  zur  400jàhr.  Gedenk- 
feier  des  Todes  Stephans  des  Grossen  hrsg.  von  Eag.  A.  Kozak.  Gzer- 
nowitz,  H.  Pardini,  1904.  In-8o,  7  p.  1  m. 

382.  Allard  (Paul).  Un  empereur  gaulois  au  v^  siècle  [Avitus],  con- 
férence faite  le  29  janvier  1904  à  la  réunion  de  la  Société  d'études 
historiques  et  littéraires  de  Lyon.  Paris,  Amat,  1904.  In-8°,  51  p. 

383.  Analekten  zur  Geschichte  des  Franciscus  von  Assisi.  S.  Fran- 
cisci  opuscula  :  régula  paenitentium  antiquissiraa,  de  régula  Minorum, 
de  stigmatibus  s.  patris,  de  sancto  ejusque  societate  testimonia,  mit 
einer  Einleitung  und  Regesten  zur  Geschichte  des  Franciscus  und  der 
Franciscaner  hrsg.  von  H.  Boehmer.  Tiibingen,  J.  G.  B.  Mohr,  1904. 
In-8'',  Lxxii-146  p.  4  m. 

384.  Antiquus  Gartularius  Ecclesiae  Baiocensis  (Livre  noir).  Publié 
pour  la  première  fois,  avec  introduction,  par  l'abbé  V.  Bourrienne. 
T.  IL  Paris,  Picard  et  fils,  1903.  Gr.  in-8<',  446  p.  (Société  de  l'histoire 
de  Normandie.) 

385.  Arnaldi  de  Villanova  Libellus  regiminis  de  confortatione 
visus,  editus  circa  annum  1308.  Publié  pour  la  première  fois  d'après  le 
manuscrit  de  la  bibliothèque  de  Metz.  Johannis  de  Gasso  Tractatus 
de  conservatione  visus,  editus  anno  1346.  Publié  pour  la  première  fois, 
d'après  les  manuscrits  de  la  Bibliothèque  nationale  de  Paris  et  de  la 
bibliothèque  de  Metz,  par  le  docteur  P.  Pansier,  d'Avignon.  Paris, 
J.-B.  Baillière  et  fils,  1903.  In-8°,  40  p.  (Gollectio  ophtalmologica  vete- 
rum  auctoruni,  fasc.  1.) 

386.  AspiNWALL  (B.).  Les  Écoles  épiscopales  monastiques  de  l'an- 
cienne province  ecclésiastique  de  Sens,  du  vi«  au  xii<^  siècle.  Les  Maîtres 


BIBLIOGRAPHIE.  437 

et  les  matières  de  l'enseignement.  Paris,  Société  française  d'impr.  et 
de  libr.,  1903.  In-8°,  xxni-150  p. 

387.  AuRiAULT  (J.).  La  Sainteté,  du  iv^  au  vi°  siècle.  Paris,  Vitte, 
1904.  In-16,  219  p.  (Les  Vraies  Forces.) 

388.  Baboin  (A.).  Les  Seigneurs  de  Mélicourt  et  leurs  alliances,  tra- 
vail lu  à  la  Société  libre  d'agriculture,  sciences,  arts  et  belles-lettres  de 
l'Eure,  le  6  février  1903.  Brionne,  impr.  Amelot,  1904.  In-8o,  32  p. 

389.  Babut  (E.-Gh.).  La  Plus  Ancienne  Décrétale.  Paris,  Société 
nouvelle  de  librairie  et  d'édition,  17,  rue  Cujas,  1904.  In-S»,  88  p. 

390.  Barbaud  (Raymond).  Le  Château  de  Bressuire-en-Poitou,  depuis 
sa  fondation,  au  commencement  du  xi«  siècle,  jusqu'à  nos  jours,  pré- 
cédé d'une  Étude  sur  les  défenses  antérieures.  Paris,  Gastinger,  1903. 
Gr.  in-4o,  xvi-173  p.,  avec  fig.  et  pi. 

.391.  Barrîère-Flavy.  Les  Portails  des  églises  de  Gaujac  et  de  Gail- 
lac-Toulza  (Haute-Garonne).  Paris,  Impr.  nationale,  1904.  In-8o,  11  p. 
et  4  pi.  (Extrait  du  Bulletin  archéologique,  1903.) 

392.  Bau-  (Die)  und  Kunstdenkmâler  des  Herzogt.  Oldenburg.  Bearb. 
im  Auftrage  des  grossherzogl.  Staatsministeriums.  in.  Heft.  Amt 
Gloppenburg  und  Amt  Friesoythe.  Oldenburg,  G.  Stalling,  1903. 
Gr.  in-S",  viii-176  p.  6  m.  75. 

393.  Bauch  (Gustav).  Die  Universitât  Erfurt  im  Zeitalter  des  Frtih- 
humanismus.  Breslau,  M.  und  H.  Marcus,  1904.  In-8°,  xi-250  p. 
8  m. 

394.  Beaurepaire  (Charles  de).  Nouveaux  Mélanges  historiques  et 
archéologiques  concernant  le  département  de  la  Seine-Inférieure,  et 
plus  spécialement  la  ville  de  Rouen.  Rouen,  impr.  Gy,  1904.  In-8°, 
468  p.,  avec  grav.,  plan  et  1  pi. 

395.  Behre  (Ernst).  Die  Eigentumsverhàltnisse  im  ehelichen  Giiter- 
recht  des  Sachsenspiegels  und  Magdeburger  Rechts.  Weimar,  H.  Bôh- 
lau's  Nachf.,  1904.  In-8°,  viii-111  p.  3  m. 

396.  Benjamin  von  Tudela  (Des  R.)  Reisebeschreibungen,  nach  drei 
Handschriften,  aus  dem  13.  und  14.  Jahrhundert  stammend,  und  altère 
Druckwerken  ediert  und  ûbersetzt  m.  Anmerkgn.  und  Einleitgn.  ver- 
sehen  von  L.  Griinhut  und  Markus  M.  Adler.  I.  Tl.  Hebrâischer  Text. 
Frankfurt-a.-M.,  J.  Kauffmann,  1904.  In-S",  164  p.  2  m.  .50. 

397.  Beowulflied  (Das).  Als  Anh.  das  Finn-Bruchstiick  und  die 
Waldhere-Bruchstùcke.  Bearb.  Text  und  deutsche  Ûbersetzg.  von 
Mor.  Trautmann.  Bonn,  P.  Hanstein,  1904.  In-S»,  xii-188  p.  (Bonncr 
Beitràge  zur  Anglistik,  16.)  4  m. 


^38  BIBLIOGRAPHIE. 

398.  Bernier  (P.-D.).  Les  Deux  saints  patrons  de  Melun  :  saint 
Aspais  et  saint  Liesne.  Meaux,  Le  Blondel,  1904.  In-8°,  55  p. 

399.  BiNDER  (Christian).  Wùrttembergische  Miinz-  und  Medaillen- 
Kunde,  neu  bearb.  von  Jui.  Ebaer.  1.  Heft.  Stuttgart,  W.  Kohlham- 
mer,  1904.  Gr.  in-B»,  54  p.,  2  pi.  1  m. 

400.  BiTTON  (A.).  Une  fonderie  de  fer  des  invasions  saxonnes  (?)  en 
Bas-Poitou.  La  Roche-sur-Yon,  impr.  Servant-Mahaud,  1904.  In- 18, 
14p.,  avec  fig. 

401.  Bliemetzrieder  (Frz.).  Bas  Generalkonzil  im  grossen  abendlàn- 
dischen  Schisma.  Paderborn,  F.  Schoningh,  1904.  Gr.  in-8o,  xii-348  p. 
8  m. 

402.  BoEHMER  (H.).  Analekten  zur  Geschichte  des  Franciscus  von 
Assisi.  Tùbingen,  J.  G.  B.  Mohr,  1904.  In-8°,  xv-109  p.  (Sammlung 
ausgewàhlter  Kirchen-  und  dogmengeschichllicher  Quellenschriften, 
II,  6.)  2  m. 

403.  BoEHMER  (Joh.  Frdr.).  Regesta  imperii.  I.  Die  Regesten  des 
Kaiserreichs  unter  den  Karolingern.  751-918.  Nach  Joh.  Frdr.  Bôh- 
mer  neu  bearb.  von  Engelb.  Miihlbacher.  2.  Aufl.  I.  Bd.  2.  Abth. 
Innsbruck,  Wagner,  1904.  In-4°,  p.  481-832.  13  m.  40. 

404.  BoGisiG  (V.),  JiRECEK  (C).  Liber  statutorum  civitatis  Ragusii 
compositus  anno  1272,  cum  legibus  aetate  posteriore  insertis.  Agram, 
G.  Trpinac,  1904.  In-B»,  lxix-467  p.  (Monumenta  historico-juridica 
Slavorum  meridionalium,  IX.)  7  m. 

405.  BoisGELiN  (de).  Maurel  de  Villeneuve,  de  Mons;  seigneurs  de 
Pontevès,  Galissanne,  Châteauneuf-de-Volone,  le  Chafant,  etc.  Digne, 
impr.  Ghaspoul  et  veuve  Barbaroux,  1904.  In-8°,  40  p. 

406.  BojsEN  (F.).  Stege  Bys  Bog  1418-1607  med  oplysninger  om 
byens-navnlig  borgerskabets  historié  i  middelalderen.  Kœbenhavn, 
Akademisk  Boghandel,  1904.  In-S»,  198  p.,  1  pi.  3  kr. 

407.  BoLL  (Paul).  Die  Sprache  der  altenglischen  Glossen  im  Ms. 
Harley  3376.  Bûlbring  (Karl  Daniel)  :  ÛberErhaltung  des  altenglischen 
kurzen  und  langen  œ-Lautes  im  Mittelenglischen,  m.  e.  Untersuchg. 
lib.  das  aus  dem  altengl.  eo,  eo  entstandene  kurze  und  lange  mittel- 
engl.  œ.  Bonn,  P.  Hanstein,  1904.  In-8»,  vi-140  p.  (Bonner  Beitràge 
zur  Anglistik.  15.)  5  m. 

407  bis.  BoNNARD  (Fourier).  Histoire  de  l'abbaye  royale  et  de  l'ordre 
des  Chanoines  réguliers  de  Saint-Victor  de  Paris.  (Première  période  : 
4113-1500.)  Paris,  Savaète,  s.  d.  In-S»,  xxx-477  p.  10  fr. 

408.  BoNNARD  (J.),  Salmon  (Am.).  Grammaire  sommaire  de  l'ancien 


BIBLIOGRAPHIE.  439 

français,  avec  un  essai  sur  la  prononciation  du  ix«  au  xiv  siècle.  Paris, 
Wefter,  s.  d.  In-8°,  74  p.  3  fr.  50. 

409.  BoRRELLi  DE  Serres.  Recherchcs  sur  divers  services  publics  du 
xiii"  au  xvii°  siècle.  T.  II  :  Notices  relatives  au  xiv«  siècle.  I,  la  Comp- 
tabilité publique  au  xiv^  siècle  jusqu'au  règne  de  P-hilippe  VI;  II,  la 
Politique  monétaire  de  Philippe  le  Bel.  Paris,  Picard  et  fils,  1904. 
In-S»,  561  p. 

410.  BoRRMANN  (Richard),  Neuwirth  (Joseph).  Geschichte  der  Bau- 
kunst.  I.  Die  Baukunst  des  Altertums  und  des  Islam  im  Mittelalter. 
Leipzig,  E.  A.  Seemann,  1904.  Gr.  in-S»,  viii-386  p.  9  m. 

411.  BoucHAUD  (Pierre  de).  Les  Successeurs  de  Donatello.  La  Sculp- 
ture italienne  dans  la  seconde  moitié  du  xv^  siècle.  Paris,  Lemerre, 
1903.  In-16,  194  p.  2  fr.  50. 

412.  Boudet  (Marcellin).  Note  sur  le  Cartulaire  de  Saint-Flour. 
Paris,  Impr.  nationale,  1903.  In-S»,  4  p.  (Extrait  du  Bulletin  historique 
et  philologique,  1902.) 

413.  Bradney  (J.  a.).  History  of  Monmouthshire.  I.  London,  Mit- 
chell,  Hughes  and  Glarke,  1904.  In-4°,  144  p.  42  s. 

414.  Bresslau  (Harry).  Aufgaben  mittelalterlicher  Quellenforschung. 
Slrassburg,  J.  H.  E.  Heitz,  1904.  In-S»,  30  p.  1  m. 

415.  Bruckner  (Wilh.).  Der  Helianddichter  ein  Laie.  Basel;  Strass- 
burg,  K.  J.  Trùbner,  1904.  Gr.  in-8°,  36  p.  2  m. 

416.  Brunet  (G.).  Une  revanche  française.  Formigny  (15  avril  1450). 
Paris,  GhapeJot  et  Ci«,  1904.  In-8°,  81  p. 

417.  BÛHRiNG  (Jobs).  Geschichte  der  Stadt  Arnstadt  704-1904.  Im 
Auftrage  der  Stadt  und  unter  Benutzung  hinterlassener  Vorarbeiten  des 
Archivars  Herm.  Schmidt  dargestellt.  Arnstadt,  E.  Frotscher,  1904. 
In-80,  IV,  4,  213  p.,  avec  fig.,  4  pi.  et  1  carte.  3  m. 

418.  BuERGEL  (Heinr.  K.  H.).  Konungsannâll.  «  Annales  Islandorum 
regii.  »  Bescbreibung  der  Handschrift,  Laut-  und  Formenlehre,  als 
Einleitg.  zu  e.  diplomatar.  Abdr.  des  God.  Reg.  2087,  4t'>.  Mûnchen, 
A.  Buchholz,  1904.  In-8°,  x-94  p.  1  m.  80. 

419.  BuQGE  (Sopbus).  Norges  Indskrifter  med  de  œldre  Runer.  2. 
Bind  udgivet  med  Bistand  af  Magnus  Olsen.  1.  Hefte.  Kristiania, 
Jacob  Dybwad,  1904.  In-4o,  p.  461-595.  6  kr.  80. 

420.  Gampion  (L.).  S.  Servatius,  évêque  de  Tongres,  patron  de  Saint- 
Servan.  Paris,  Fontemoing,  1904.  In-8%  84  p.  et  grav.  (Extrait  des 
Annales  de  Bretagne.) 

421.  Gartulaire   de  l'abbaye  cardinale  de  la  Trinité  de  Vendôme, 


440  BIBLIOGRAPHIE. 

publié  par  l'abbé  Ch.  Métais.  T.  \  :  Tables.  Vannes,  Lafolyc  frères  ; 
Chartres,  l'auteur,  1904.  In-8°,  xcvi-472  p. 

422.  Gartulaire  du  prieuré  de  Saint-Mont  (ordre  de  Gluny),  publié 
pour  la  Société  historique  de  Gascogne  par  Jean  de  Jaurgain.  Avec 
introduction  et  sommaires  de  Justin  Maumus.  Paris,  Champion,  1904. 
In-8°,  xiv-152  p.  (Archives  historiques  de  la  Gascogne.  15«  année,  le^ 
et  2®  trimestres,  2'  série,  7"  fasc.) 

423.  Gaspar  (Erich).  Kritische  Untersuchungen  zu  den  iilteren  Papst- 
urkunden  f.  Apulien.  Rom,  Loescher,  1904.  In-S",  39  p.  (Extrait  des 
Quellen  und  Forschungen  mis  ital.  Archiven  und  Bibliotheken.)  1  m.  20. 

424.  Catalogue  général  des  livres  imprimés  de  la  Bibliothèque  natio- 
nale. Auteurs.  T.  XVII  :  Boucicault-Bournus.  Paris,  Impr.  nationale, 
1904.  In-8°  à  2  col.,  1,258  col. 

425.  Celier  (Léonce).  Les  Anciennes  Vies  de  saint  Domnole.  Mamers, 
Fleury  et  Dangin,  1904.  In-S»,  20  p.  (Extrait  de  la  Revue  historique  et 
archéologique  du  Maine.) 

425  bis.  Champion  (Pierre).  Les  plus  Anciens  Monuments  de  la  typo- 
graphie parisienne.  Préfaces  typographiques  des  livres  sortis  des  presses 
de  Sorbonne  (1470-1472).  Recueil  de  fac-similés,  précédé  d'une  intro- 
duction. Paris,  Champion,  1904.  In-4o,  22  p.  et  pi. 

426.  Chaumont  (Louis-M.-J.).  Charles  le  Hardi,  surnommé  le  Témé- 
raire, comte  de  GharoUais  (étude  historique).  CharoUes,  impr.  de  l'Écho 
du  GharoUais,  1904.  In-16,  80  p.  1  fr.  25. 

427.  Cholat  (Auguste).  Le  Bréviaire  de  sainte  Glaire,  conservé  au 
couvent  de  Saint-Damien,  à  Assise,  et  son  importance  liturgique.  Paris, 
Fischbacher,  1904.  In-S»,  G8  p.  et  fac-similé.  (Opuscules  de  critique 
historique,  fasc.  8.)  3  fr. 

428.  Clément-Simon  (G.).  Documents  sur  Guillaume  de  Ghanac, 
évéque  de  Paris  et  patriarche  d'Alexandrie.  Paris,  Impr.  nationale, 
1904.  In-S",  15  p.  (Extrait  du  Bulletin  historique  et  'philologique,  1903.) 

429.  Godices  italici  manu  exarati  qui  in  bibliotheca  Taurinensis 
Athenaei  ante  diem  xxvi  januarii  MCM.  IV  asservabantur.  Recen- 
suit,  illustravit  Bernard.  Peyron  Praemittuntur  G.  Frati  italica  praefa- 
tio  et  elenchus  operum  B.  Peyroni  typis  impressorum.  Turin,  G.  Glau- 
sen,  1904.  Gr.  in-S»,  xxxu-690  p.  14  m.  40. 

430.  Goncilium  Basiliense.  Studien  und  Quellen  zur  Geschichte  des 
Goncils  von  Basel.  V.  Bd.  Hrsg.  von  Gust.  Beckraann,  Rud.  Wacker- 
nagel,  Giulio  Coggiolo.  Basel,  Helbing  und  Lichtenhahn,  1904.  Gr.  in-8°, 
Lxxvi-484  p.  et  1  pi.  24  m. 

531.  CuNNiNGTON  (Susan).  Story  of  Arithmetic,  short  History  of  its 


BIBLIOGRAPHIE.  441 

Origin  and  Development.  Pref.  by  W.  H.  H.  Hudson.  London,  Sonncn- 
schein,  1904.  In-8°,  256  p.  3  s.  6  d. 

432.  Debout  (Henri).  Jeanne  d'Arc  et  les  villes  d'Arras  et  de  Tour- 
nai. Paris,  maison  de  la  Bonne  Presse,  5,  rue  Bayard,  s.  d.  In-4o, 
xiv-96  p.,  avec  grav, 

433.  Delanoue.  Saint-Donatien  et  Saint-Rogatien  de  Nantes.  Nantes, 
Lanoë-Mazeau,  1904.  In-S",  xm-316  p.,  avec  grav. 

434.  Delrue  (D.).  Monographie  de  Saint-Maurice-des-Champs. 
Lille,  impr.  Lefebvre-Ducrocq,  1904.  Petit  in-8°,  340  p.  et  5  pi. 

435.  Derenbourg  (Hartwig).  Notes  critiques  sur  les  manuscrits  arabes 
de  la  Bibliothèque  nationale  de  Madrid.  Paris,  impr.  Maurin,  1904. 
In-S»,  54  p. 

436.  Dettmering  (Wilh).  Beitrâge  zur  àlteren  Zunftgeschichte  der 
Stadt  Strassburg.  Berlin,  E.  Ebering,  1903.  In-S»,  138  p.  (Historische 
Studien,  40.)  3  m.  60. 

437.  DiEL  (Florentins).  Die  pfarramtlichen  Auszeichnungen  (Liber 
consuetudinum)  des  D.  zu  St.  Ghristoph.  in  Mainz  (1491-1518).  Hrsg., 
libers,  und  eingeleitet  von  Frz.  Falk.  Freiburg-i.-B.,  Herder,  1904. 
In-8o,  vni-66  p.  (Erlàuterungen  und  Ergànzungen  zu  Janssens  Ge- 
schichte  des  deutschen  Volkes.  Hrsg.  von  Ludw.  Pastor,  IV,  3.) 
1  m.  40. 

438.  DiTCHFiELD  (P.  H.).  English  Gothic  Architecture.  London,  Dent, 
1904.  In-12.  (Temple  Gyclopsedic  Primers.)  1  s. 

439.  Drexler  (Karl.).  Der  Verduner  Altar.  Ein  Emailwerk  des 
XII.  Jahrh.  im  Stifte  KIosterneuburg  bei  Wien.  Wien,  M.  Gerlach  und 
Go.,  1903.  In-4o,  19  p.,  52  pi.  45  m. 

440.  DuBARAT  (V.).  Bulles  pontificales  relatives  au  cardinal  Pierre  de 
Foix  le  vieux  (xV  siècle).  Pau,  veuve  Ribaut,  1904.  In -8°,  33  p. 
(Extrait  du  Bulletin  de  la  Société  des  sciences,  lettres  et  arts  de  Pau, 
2«  série,  t.  XXXL) 

441.  DuBARAT  (V.).  Mélanges  de  bibliographie  et  d'histoire  locale. 
T.  VI.  Pau,  impr.  Lescher-Montoué,  1904.  In-8°,  ii-358  p. 

442.  DuMUR  (Benjamin).  Les  Sénéchaux  de  Lausanne  et  le  Château 
de  Menthon.  Étude  historique.  Lausanne,  Georges  Bridel  et  G'^,  1903. 
In-8°,  64  p.,  avec  2  pi.  2  fr. 

443.  Durtelle  de  Saint-Sauveur  (Edmond).  Étude  historique  sur  les 
droits  de  bail  seigneurial  et  de  rachat  en  Bretagne.  Rennes,  Plihon  et 
Hommey,  1904.  In-8o,  170  p. 

444.  Duvernoy  (Emile).  Le  Duc  de  Lorraine  Mathieu  P""  (1139-1176). 
Paris,  Picard  et  fils,  1904.  In-8'',  xxiv-228  p.  et  grav. 


442  BIBLIOGRAPHIE. 

445.  DuvERNOY  (Emile).  Les  États  généraux  des  duchés  de  Lorraine 
et  de  Bar  jusqu'à  la  majorité  de  Charles  III  (1559).  Paris,  Picard  et  fils, 
1904.  In-8°,  xxiv-483  p. 

446.  EisENHOFER  (Ludw.).  Das  bischôfliche  Rationale,  seine  Ent- 
stehung  und  Entwicklung.  Mûnchen,  J.  J.  Lentner,  1904.  In-8°,  49  p., 
6  fig.  (Verôffenllichungen  aus  dem  kirchenhistorischen  Seminar  Miin- 
chen,  4.)  1  m.  60. 

447.  Engelmann  (Ludw.).  Geschichte  von  Reichenau.  1.  Bd.  Reiche- 
nau;  Zittau,  W.  Fiedler,  1904.  In-8°,  275  p.,  1  pi.  4  m. 

448.  Eysserie  (Saint-Marcel).  Les  Municipalités  de  Sisteron  depuis 
1790,  précédées  d'un  Essai  de  constitution  de  la  suite  des  syndics, 
assesseurs,  consuls,  maires,  de  1314  à  1790.  Sisteron,  impr.  Allemand 
fils,  1904.  Gr.  in-8°,  260  p.,  avec  grav. 

449.  Falk  (Prz.).  Zur  Geschichte  der  Imraaculata-Tradition  in  der 
Mainzer  Kirche.  Im  Anh.  :  Die  Immaculata-Feier  zu  Rom  unter  Six- 
tus  IV  (1471-1484).  Mainz,  Kirchheim,  1904.  In-8»,  22  p.,  3  pi.  3  m. 

450.  Faucon  (Maurice).  Notice  sur  la  construction  de  l'église  de  la 
Chaise-Dieu  (Haute-Loire),  son  fondateur,  son  architecte,  ses  décora- 
teurs (1344-1352),  d'après  les  documents  conservés  aux  archives  du 
Vatican.  Nouvelle  édition,  revue.  Paris,  Picard  et  fils,  1904.  In-8°, 
68  p.  et  3  pi.  2  fr. 

451.  Fernandez  de  Béthengourt  (Francisco).  Historia  genealôgica  y 
herâldica  de  la  monarquia  espaûola,  Casa  Real  y  Grandes  de  Espafia. 
V.  Madrid,  Est.  tip.  de  Enrique  Teodoro,  1904.  In-fol.,  vm-505  p.,  fig., 
30  et  31  p. 

452.  Ferran  (Eugène).  La  Navigation  sur  l'Ariège  et  le  Commerce 
des  vins  à  Pamiers,  au  xui«  et  au  xiv^  siècle.  Paris,  Impr.  nationale, 
1904.  In-8°,  11p.  (Extrait  du  Bulletin  des  sciences  économiques  et  sociales 
du  Comité  des  travaux  historiques  et  scientifiques,  année  1903). 

453.  Figker  (JuL).  Untersuchungen  zur  Rechtsgeschichte.  VI.  Bd. 
1.  Abth.  Untersuchungen  zur  Erbenfolge  der  ostgerraan.  Rechte.  VI. 
Bd.  1.  Abth.  Innsbruck,  Wagner,  1904.  In-8'',  xi-151  p.  5  m.  60. 

454.  Fleisgher  (Osk.).  Neumen-Studien.  Abhandlungen  ùber  mittel- 
alterl.  Gesangs-Tonschriften.  III.  Thl.  Die  spàtgriech.  Tonschrift. 
Berlin,  G.  Reimer,  1904.  Gr.  in-S»,  vii-73  p.,  56  p.  et  45  p.  10  m. 

455.FRANz(Erich).  BeitràgezurTiturelforschung.  Leipzig;  Gôttingen, 
Vandenhoeck  und  Ruprecht,  1904.  In-8°,  52  p.  1  m.  20. 

456.  Fremaux  (Henri).  La  Famille  d'Etienne  Marcel  (1250-1397). 
Nogent-le-Rotrou,  impr.  Daupeley-Gouverneur;   Paris,  1904.  In-8°, 


BIBLIOGRAPHIE.  443 

72  p.  et  tableau  généalogique.  (Extrait  des  Mémoires  de  la  Société  de 
l'histoire  de  Paris  et  de  l'Ile-de-France  (t.  XXX).) 

457.  Friedensburg  (F.).  Schlesiens  Miinzgeschichte  im  Mittelalter. 
Ergànzungsbd.  Breslau,  E.  Wohlfarth,  1904.  Gr.  in-8°,  vi-70  p.,  2  pi. 
(Codex  diplomaticus  Silesiae.  Hrsg.  vom.  Vereine  X  Geschichte  und 
Alterthum  Schlesiens.  23.)  4  m. 

458.  FusTEL  DE  GouLANGES.  Histoire  des  institutions  politiques  de 
l'ancienne  France.  (L'Invasion  germanique  et  la  Fin  de  l'Empire.) 
Revue  et  complétée  sur  le  manuscrit  et  les  notes  de  l'auteur,  par 
Camille  JuUian.  2«  édition.  Paris,  Hachette  et  C'^,  1904.  In-8°,  xn-572  p. 
7  fr.  50. 

459.  Galabert.  La  Condition  des  serfs  questaux  du  x«  au  xii«  siècle 
dans  le  pays  du  Tarn-et-Garonne.  Paris,  Impr.  nationale,  1903.  In-8», 
19  p.  (Extrait  du  Bulletin  historique  et  philologique,  1903.) 

460.  Gaskoin  (C.  J.  B.).  Alcuin,  his  life  and  his  work.  New  York, 
Macmillan,  1904.  In-12,  xxii-275  p.  1  s.  10. 

461.  Gay  (Jules).  L'Italie  méridionale  et  l'Empire  byzantin  depuis 
l'avènement  de  Basile  I"  jusqu'à  la  prise  de  Bari  par  les  Normands 
(867-1071).  Paris,  P'^ontemoing,  1904.  In-8o,  xxvi-644  p.,  avec  2  cartes. 
(Bibliothèque  des  Écoles  françaises  d'Athènes  et  de  Rome,  fasc.  90.) 

462.  Gay  (Jules).  Le  Pape  Clément  YI  et  les  affaires  d'Orient  (1342- 
1352).  Paris,  Bellais,  1904.  In-8°,  191  p. 

463.  George  (H.  B.).  Historical  geography  of  British  empire.  London, 
Methuen,  1904.  In-8°,  324  p.,  carte  3/6. 

464.  Giard  (René).  Étude  sur  l'histoire  de  l'abbaye  de  Sainte-Gene- 
viève de  Paris  jusqu'à  la  fin  du  xiv<'  siècle.  Nogent-le-Rotrou,  impr. 
Daupeley-Gouverneur;  Paris,  1904.  In-8°,  90  p.  (Extrait  des  Mémoires 
de  la  Société  de  l'histoire  de  Paris  et  de  l'Ile-de-France,  t.  XXX.) 

465.  Gigas  (Emil).  Katalog  over  det  store  kongelige  Bibliotheks 
Haandskrifter  vedrœrende  Norden,  saerlig  Danmark.  Fœrste  Bind. 
Kœbenhavn,  Gyldendal,  1903.  In-8°,  342  p.  5  kr. 

466.  Girodie  (André).  La  Sculpture  bourguignonne  et  les  Droits  du 
musée  de  Dijon.  Paris,  libr.  de  l'Art  ancien  et  moderne,  1904.  In-8<», 
45  p. 

467.  Goeller  (E.).  Zur  Geschichte  des  Bistums  Basel  im  14.  Jahrh. 
Rom,  Loescher,  1903.  In-8°,  11p.  (Extrait  des  Quellen  und  Forschun- 
gen.  aus  ital.  Archiven  und  Bibliotheken.)  0  m.  60. 

468.  GoETTLER  (Joseph).  Der  heilige  Thomas  von  Aquin  und  die  vor- 
tridentinischen  Thomisten  ùber  die  Wirkungen  des  Buss-Sakramentes. 
Freiburg.-i.-B.,  Herder,  1904.  In-S",  xvi-280  p.  6  m. 


444  BIBLIOGRAPHIE. 

469.  GœTZ  (Leopold  Karl).  Das  Kiever  Hôhlenkloster  als  Kulturzen- 
trum  des  vormongolischen  Russlands.  Passau,  M.  Waldbauer,  1904. 
In-4'>,  xxxiv-242  p.  7  m. 

470.  GoLDMANN  (Emil).  Beitrage  zur  Geschichte  der  germanischen 
Freilassung  durch  Wehrhaftmachung.  Breslau,  M.  und  H.  Marcus, 
1904.  In-8o,  ix-73  p.  (Untersuchungen  zur  deutschen  Staats-  und 
Rechtsgeschichte,  70.)  2  m.  40. 

471.  GoTTSCHEwSKi  (Adf.).  Die  Fresken  des  Antoniazzo  Romano  im 
Sterbezimmer  der  hl.  Catarina  von  Siena  zu  S.  Maria  sopra  Minerva 
in  Rom.  Strassburg,  J.  H.  E.  Heitz,  1904.  In-8»,  26  p.,  11  pi.  (Zur 
Kunstgeschichte  des  Auslandes.  22.)  4  m. 

472.  Gradmann  (G.).  Die  Kunst-  und  Altertums-Denkmale  im  Kônigr. 
Wûrttemberg.  Text.  (Inventar.)  29.  und  30  Lfg.  Jagstkreis  (2.  Fort- 
setzgn).  Stuttgart,  P.  Neff,  1904.  Gr.  in-S",  p.  353-480,  avec  fig.  et  1  pi. 
1  m.  60. 

473.  Grads  (Joh.).  Vom  Gebiet  der  kirchlichen  Kunst.  Graz,  Styria, 
1904.  Gr.  in-8°,  vn-268  p.,  98  pi.  4  m. 

474.  Grosse-Ddperon  (A.).  Les  Ghapellenies  de  Mayenne  avant  la 
Révolution  (1420-1789).  Mayenne,  impr.  Poirier  frères,  1904.  In-S" 
168  p.,  avec  grav. 

475.  Gruhn  (Alb.).  Die  byzantinische  Politik  zurZeit  der  Kreuzziige 
Berlin,  Weidmann,  1904.  In-4o,  31  p.  1  m. 

476.  GuENTER  (Heinr.).  Kaiser  Heinrich  II.,  derHeilige.  Mit  1  Kunst 
beilage  und  52  Abbildungen  im  Text.  Kemplen,  J.  Kôsel,  1904.  In-S" 
vn-102  p.  (Sammlung  illustrierter  Heiligenleben,  I.) 

477.  GuÉRARD  (Louis).  Les  Derniers  Travaux  sur  saint  Orens.  Auch 
Impr.  centrale,  1904.  In-8°,  33  p. 

478.  GuiLLET.  Essai  sur  le  château  de  la  Frette  et  ses  seigneurs  (1050 
1904).  La  Chapelle-Montligeon  (Orne),  libr.  de  Montligeon,  1904.  In-S» 
vm-74  p.,  avec  grav.  et  plan.  1  fr.  50. 

479.  Hansen  (Reimer),  Jessen  (Willers).  Quellen  zur  Geschichte  des 
Bist.  Schleswig.  Kiel,  Universitàts-Buchh.,  1904.  In-8o,  x-447  p., 
1  carte.  (Quellensammlung  der  Gesellschaft  f.  schleswigholsteinische 
Geschichte,  \L)  10  m. 

480.  Harnagk  (Adf.).  Ûber  die  Herkunft  der  48  (47)  ersten  Pâpste. 
Berlin,  G.  Reimer,  1904.  Gr.  in-8'',  19  p.  (Extrait  des  Sitzungsber.  d. 
preuss.  Akad.  d.  Wiss.)  1  m. 

481.  Hartmann's  von  Aue  Werke.  V.  Der  arme  Heinrich.  Hrsg.  von 
Herm.  Paul.  3.  Aufl.  Halle,  M.  Niemeyer,  1904.  In-8'',  vni-40  p. 
(Altdeutsche  Textbibliothek.  3.)  0  m.  40. 


BIBLIOGRAPHIE.  ^45 

482.  Hauréau  (B.).  Notice  des  manuscrits  latins  5S3,  657, 1249,  29 'i5, 
2950,  3145,  3146,  3437,  3472,  3482,  3495,  3498,  3652,  3702,  3730  de  la 
Bibliothèque  nationale.  Paris,  Klincksieck,  1904.  In-4°,  59  p.  (Tiré  des 
Notices  et  Extraits  des  manuscrits  de  la  Bibliothèque  nationale  et  autres 
bibliothèques,  t.  XXXVIII.)  2  fr.  30. 

483.  Henry  IIL  Charter  Rolls.  Vol.  1.  1226-1257.  I  :  Galendars  of 
State  Papers.  London,  Eyre  and  Spottiswoode,  1903.  10-80.  15  s. 

484.  Hébardot  (H.).  Légendes  avallonnaises.  La  Fontaine  d'Annéot; 
la  Prise  d'Avallon  par  le  roi  Robert  en  l'an  1005;  la  Vierge  de  Mareilly- 
lès-Avallon.  Auxerre,  impr.  Gallot,  1904.  In-8°,  29  p. 

485.  Hering  (Arth.).  Die  im  historischen  Archive  der  Stadt  Coin 
aufgefundene  Garolina-Handschrift  R.  1.  Ein  Beitrag  zur  Garolinei- 
schen  Quellenforschung.  Leipzig,  Veit  und  Go.,  1904.  In-8°,  vni-113  p. 
3  m. 

486.  Heuser  (W.).  Die  Kildare-Gedichte.  Die  àltesten  mittelengl. 
Denkmàler  in  anglo-irischer  Uberlieferung.  Bonn,  P.  Hanstein,  1904. 
In-8'',  viii-331  p.  (Bonner  Beitràge  zur  Anglistik.  14.)  7  m. 

487.  HiRscHBERG  (G.).  Geschichte  der  Grafsch.  Moers.  Moers,  A.  Stei- 
ger,  1904.  In-8°,  197  p.  et  fig.  2  m.  50. 

488.  Historical  Manuscripts  Gommission.  Galendar  of  the  MSS.  of  the 
Marquis  of  Bath  preserved  at  Longleat,  Wiltshire,  vol.  I.  London,  Eyre 
and  Spottiswoode,  1904.  In-S».  1  s.  9  d. 

489.  Historical  Manuscripts  Gommission.  Report  on  MSS.  im  varions 
Collections.  Vol.  3.  T.  B.  Clarke-Thornhill,  Esq.,  Sir  T.  Barrett-Len- 
nard,  Bart.,  Pelham  R.  Papillon,  Esq.,  and  W.  Cleverly  Alexander, 
Esq.  London,  Eyre  and  Spottiswoode,  1904.  In-8°.  1  s.  6  d. 

490.  HoRE  (P.  H.).  History  of  the  Town  and  Gounty  of  Wexford. 
London,  E.  Stock,  1904.  In-4o.  40  s. 

491.  HoRN  (Wilh.).  Erfurts  Stadtverfassung  und  Stadtwirtschaft  in 
ihrer  Entwicklung  bis  zur  Gegenwart.  Jena,  G.  Fischer,  1904.  In-80, 
xni-271  p.  (Sammlung  nationalôkonomischer  und  statistischer  Abhand- 
lungen  des  staatswissenschaftlichen  Seminars  zu  Halle  a.  d.  S.,  hrsg. 
von  Joh.  Conrad.  45.)  7  m. 

492.  HoRVENO  (Clair).  Les  Marais  salants  de  la  presqu'île  guérandaise 
(étude  historique,  juridique  et  économique).  Paris,  Giard  et  Brière, 
1904.  In-8°,  181  p. 

493.  HÛBL  (Alb.).  Die  Inkunabeln  der  Bibliothek  des  Stiftes  Schotten 
in  Wien.  Wien,  W.  BraumûUer,  1904.  In-8°,  x-271  p.  6  m. 

494.  HuMANN  (Georg).  Die  Kunstwerke  der  Mùnsterkirche  zu  Essen. 


446  BIBLIOGRAPHIE. 

Dùsseldorf,  L.  Schwann,  1904.  Gr.  in-8°,  xii-403-37  p.,  fig.  et  album, 
VI  p.  et  72  pi.  75  m. 

495.  Ibn  Saad.  Biographien  Muhammeds,  seiner  Gefàhrten  und  der 
.spâterea  Tràger  des  Islams  bis  zum  J.  230  der  Flucht.  III,  1.  Biogra- 
phien der  mekkanischen  Kàmpfer  Muhammeds  in  der  Schlacht  bei 
Bedr.  Hrsg.  von  Eduard  Sachau.  2.  Biographien  der  medinischen 
Kàmpfer  Muhammeds  in  der  Schlacht  bei  Bedr.  Hrsg.  von  Jos.  Horo- 
witz.  Leiden,  Buchh.  und  Druckerei  vorm.  E.  J.  Brili,  i904.  Gr.  in-S», 
LXVI-56-IV-304  p.  et  xxvii-18-ix-152  p.  10  m.  80,  5  m.  20. 

496.  Ibn  Saad.  Biographien  Muhammeds,  seiner  Gefàhrten  und  der 
spàteren  Tràger  des  Islams  bis  zum  J.  230  der  Plucht.  VlII.  Biogra- 
phien der  Frauen.  Hrsg.  von  Cari  Brockelmann.  Leiden,  Buchh.  und 
Druckerei  vorm.  E.  J.  Brill,  1904.  Gr.  in-8°,  XLvni-46  et  xvni-365  p. 
12  m. 

497.  Inventaire  sommaire  des  archives  du  département  des  Affaires 
étrangères.  Correspondance  politique.  T.  I  :  Allemagne,  Angleterre, 
Argentine  (République),  Autriche.  Paris,  Impr.  nationale,  1903.  ln-8», 
x-568  p.  (Ministère  des  Affaires  étrangères.) 

498.  Janin  (Edouard).  Histoire  de  Montluçon,  d'après  des  documents 
inédits.  Paris,  Lechevalier,  1904.  In-S»,  vnt-607  p.,  avec  grav. 

499.  Jeanroy  (Alfred).  Les  Origines  de  la  poésie  lyrique  en  France 
au  moyen  âge.  (Études  de  littérature  française  et  comparée,  suivie  de 
textes  inédits.)  2«  édition,  avec  additions  et  un  appendice  bibliogra- 
phique. Paris,  Champion,  1904.  In-8o,  xxxi-537  p. 

500.  JiRECEK  (Const.).  Die  Romanen  in  den  Stàdten  Dalmatiens  wàh- 
rend  des  Mittelalters.  3.  Thl.  Wien,  C.  Gerold's  Sohn,  1904.  In-4<>, 
78  p.  (Extrait  des  Denkschr.  d.  k.  Akad.  d.  Wiss.)  4  m.  50. 

501.  JuGLAR  (Louis).  La  Peinture  dite  des  primitifs,  à  propos  de 
l'exposition  des  primitifs  français.  Besançon,  impr.  Dodivers  et  G'«, 
1904.  Petit  in-S",  16  p.  (Extrait  de  la  Revue  idéaliste,  15  juin  1901.) 

502.  Katona  (Louis).  Description  du  manuscrit  franciscain  de  Buda- 
pest. (Antiqua  legenda  S.  Francisci.)  Paris,  Fischbacher,  1904.  In-8°, 
23  p.  1  fr. 

503.  Kehr  (Karl  Andréas).  Staufische  Diplôme  im  Domarchiv  zu 
Patti.  Rom,  Lœscher,  1904.  Gr.  in-8o,  13  p.  (Extrait  des  Qiielleti  und 
Forschgn.  aus  ital.  Archiven  und  Bibliotheken.)  0  m.  80. 

504.  Kehr  (P.).  Der  angebliche  Brief  Paschals  II.  an  die  Consuln 
von  Pisa  und  andere  Pisaner  Fàlschungen.  Rom,  Lœscher,  1904.  In-8°, 
29  p.  (Extrait  des  Quellen  und  Forschgn.  aus  ital.  Archiven  und  Biblio- 
theken.) 1  m.  20. 


BIBLIOGRAPHIE,  /t/,7 

505.  KçTRZYNSKi  (Wojciech  von).  Der  deutsche  Orden  und  Konrad 
von  Masovien,  1225-1235.  Lemberg,  Gubrynowicz  und  Schmidt,  1904. 
In-8o,  189  p.  5  m. 

506.  Kirchenordnung  der  ehemaligen  Stifiskirche  St.  Martin  zu  Gol- 
mar  wàhrend  des  Mittelalters.  Rixheim;  Golmar,.  H.  Hùffel,  1904. 
In-8°,  59  p.  0  m.  60. 

507.  KoGH  (Jos.).  Regensburg  als  Grosshandelsstadt  im  Mittelalter. 
Vortrag.  Regensburg,  J.  Habbel,  1904.  In-8o,  31  p.  0  m.  30. 

508.  KcEHNE  (Garl).  Das  Recht  der  Mûhlen  bis  zum  Ende  der  Karo- 
lingerzeit.  Breslau,  M.  und  H.  Marcus,  1904.  In-8o,  vm-48  p.  (Unter- 
suchungen  zur  deutschen  Staats-  und  Recbtsgeschichte.  71.)  1  m.  60. 

509.  Krabbo  (Herm.).  Eine  nicht  ausgegebene  Urkunde  im  Register 
Honorius  III.  Rom,  Lœscher,  1904.  In-8o,  6  p.  (Extrait  de  Quellen  und 
Forschgn.  aus  ital.  Archiven  und  Bibliotheken.)  0  m.  40. 

510.  Kraus  (Frz.  Xav.).  Die  Kunstdenkmâler  der  Amtsbezirke  Brei- 
sach,  Emmendingen,  Ettenbeim,  Freiburg  (Land),  Neustadt,  Staufen 
und  Waldkirch.  (Kreis  Freiburg  Land.)  In  Verbindg.  m.  E.  Wagner 
bearb.  Aus  K.'s  Nachlass  hrsg.  von  Max  Wingenroth.  Tiibingen, 
J.  G.  B.  Mohr,  1904.  Gr.  in-8o,  vi-556  p.,  avec  Kg.  (Die  Kunstdenk- 
mâler des  Grossherzogth.  Baden,  VI,  1.)  18  m. 

511.  Kroger  (Ernst).  Die  Sage  von  Macbeth  bis  zu  Shakspere.  Ber- 
lin, Mayerund  Millier,  1904.  In-8°,  ix-273  p.  (Palaestra.  Untersuchungen 
und  Texte  aus  der  deutschen  und  engl.  Philologie,  XXXIX.)  7  m.  60. 

512.  Labourt  (Hieronymus).  DeTimotheoI  nestorianorum  patriarcha 
(728-823)  et  christianorum  orientalium  condicione  sub  chaliphis  abba- 
sidis,  acceduntXGIX  ejusdem  Timothei  definitiones  canonicae  e  textu 
syriaco  inedito  nunc  primum  latine  redditae.  Paris,  Lecoffre,  1904. 
In-8o,  xv-88  p. 

513.  Lacombe  (Paul).  La  Malpropreté  des  rues  de  Paris  à  la  fin  du 
xv«  siècle.  Nogent-le-Rotrou,  impr.  Daupeley-Gouverneur,  s.  d.  In-S", 
3  p.  (Extrait  du  Bulletin  de  la  Société  de  l'histoire  de  Paris  et  de  l'Ile- 
de-France,  1903.) 

514.  Langer  (Edm.).  Mittelalterliche  Hausgeschichte  der  edlen  Fami- 
lie  Thun.  I.  Heft.  1.  Abtlg.  Die  Anfânge  der  Geschichte  der  Famille 
Thun.  Wien,  G.  Gerold's  Sohn,  1904.  Gr.  in-8o,  ix-42  p.  et  8  p.,  1  tabl. 
gén.  (Extrait  du  Jahrbuch  Adler.)  1  m.  50. 

515.  Leghler.  John  Wycliffe  and  his  English  Precursors.  London, 
Rel.  Tract  Soc,  1904.  In-8»,  540  p.  3  s. 

516.  Leclercq  (H.).  L'Afrique  chrétienne.  Paris,  Lecoffre,  1904.  2  vol. 


448  BIBLIOGRAPHIE. 

in-18  Jésus,  xliv-425  et  384  p.  (Bibliothèque  de  l'enseignement  de 
l'histoire  ecclésiastique.) 

517.  Lee  (S.).  Stratford-on-Avon.  From  the  Earliest  Times  to  the 
Death  of  Shakespeare.  New.  éd.  London,  Seeley,  1904.  In-8°,  312  p., 
avec  ill.  2  s. 

518.  Lefèyre  (Louis).  Les  Seigneurs  et  le  Marquisat  d'Ennery.  Bar- 
le-Duc,  impr.  Saint-Paul,  1904.  In-8o,  96  p.  et  grav. 

519.  Lehmann  (Jos.).  Johann  ohne  Land.  Beitràge  zu  seiner  Gharak- 
teristik.  Berlin,  E.  Ebering,  1904.  In-8'>,  259  p.  (Historische  Studien. 
45.)  6  m.  80. 

520.  Leroy  (Gabriel).  Le  Vieux  Melun  (supplément  à  l'histoire  de  la 
même  ville).  Melun,  Huguenin,  1904.  In-4o,  xyi-533  p.,  avec  grav. 
10  fr. 

521.  Lesmaris  (Albert).  Saint-Étienne-sur-Usson.  Notes  historiques, 
d'après  le  cartulaire  de  Sauxillanges.  Paris,  Larose,  1904.  In-8°,  132  p. 

522.  Lesort  (André).  Louis  XI  et  le  Saint-Siège.  Paris,  5,  rue  Saint- 
Simon,  1904.  In-8°,  8  p.  (Extrait  de  la  Revue  des  questions  historiques.) 

523.  Life  of  Pope  St.  Gregory  the  Great,  vvritten  by  a  Monk  of  the 
Monastery  of  Whitby  (probably  about  A.  D.  713).  Now  for  the  first 
time  fuUy  printed  from  MS.  Gallen.  567,  by  Francis  Aidan  Gasquet. 
London,  Art  and  Book  Go,  1904.  In-4o.  2  s. 

524.  Limagne  (A.).  Souvigny  :  son  histoire,  son  abbaye,  son  église. 
Paris,  5,  rue  Bayard,  s.  d.  In-8o  carré,  61  p.,  avec  15  photographies. 
(Extrait  du  Mois  littéraire  et  pittoresque.) 

525.  LoiSEL  (S.).  Essai  sur  la  législation  économique  des  Carolingiens, 
d'après  les  Gapitulaires.  Gaen,  impr.  Valin,  1904.  In-8°,  xi-319  p. 

526.  LoisNE  (de).  Les  Miniatures  du  cartulaire  de  Marchiennes.  Paris, 
Impr.  nationale,  1904.  In-8°,  16  p.  et  5  pi.  (Extrait  du  Bulletin  archéo- 
logique, 1903.) 

527.  LoNGNON  (Auguste).  Documents  relatifs  au  comté  de  Champagne 
et  de  Brie  (1172-1361).  T.  II  :  le  Domaine  comtal.  Paris,  Leroux,  1904. 
In-4o  à  2  col.,  xLvin-745  p.  (Collection  de  documents  inédits  sur  l'his- 
toire de  France.) 

528.  Lot  (Ferdinand).  Fidèles  ou  Vassaux?  Essai  sur  la  nature  juri- 
dique du  lien  qui  unissait  les  grands  vassaux  à  la  royauté,  depuis  le 
milieu  du  ix«  jusqu'à  la  fin  du  xn«  siècle.  Paris,  Bouillon,  1904.  In-8°, 
xxxiv-288  p. 

529.  Luchaire  (Achille).  Innocent  III,  Rome  et  l'Italie.  Paris,  Hachette 
et  Gie,  1904.  In-16,  257  p.  et  2  portr.  (Bibliothèque  variée.)  3  fr.  50. 


BIBLIOGRAPHfE.  449 

530.  Macquart  (Joseph).  Histoire  de  Notre-Dame-de-Liesse.  Ghâlons- 
sur-Marne,  impr.  Martin  frères,  1904.  In.-16,  vii-2'17  p.  et  grav. 

531.MANSBERG(Ricli.  Frhr.  von).  Erbarmanschaft  wettinischer  Lande. 
Urkundliche  Beitràge  zur  obersàchs.  Landes  und  Orlsgeschichte  in 
Regesten  vom  12.  bis  zu  Mitte  des  16.  Jahrh.  II.  Bd'  Die  Mark  Meis- 
sen.  Mit  5830  Regesten.  Dresden,  W.  Baensch,  1904.  Gr.  in-S»,  viii- 
590  p.,  15  pi.  et  fig.  75  m. 

532.  Margabru  (Quatre  poésies  de),  troubadour  gascon  du  xn^  siècle. 
Texte,  musique  et  traduction  par  A.  Jeanroy,  Dejeanne  et  A.  Aubry. 
Paris,  Picard  et  fils,  1904.  In-S»,  12  p. 

533.  Martellière  (P.).  Notes  archéologiques  sur  la  collégiale  Saint- 
Georges  de  Pithiviers.  Fontainebleau,  impr.  Bourges,  1904.  In-8% 
24  p.  (Extrait  des  Annales  de  la  Société  historique  et  archéologique  du 
Gâtinais.) 

534.  Martin  (E.),  Lienhart  (H.).  Wôrterbuch  der  elsàssischen  Mund- 
arten.  Im  Auftrage  der  Landesverwaltung  von  Elsass-Lothringen. 
IL  Bd.  1.  Lfg.  Strassburg,  K,  J.  Trùbner,  1904.  Gr.  in-8o,  p.  1-160. 
4  m. 

535.  Martin  (Eug.).  Saint  Léon  IX  (1002-1054).  Paris,  Lecoffre, 
1904.  In-18  Jésus,  216  p.  (Les  Saints.)  2  fr. 

536.  Martin  (Henry).  Testament  de  Simon  Piz-d'Oue,  chanoine  de 
Saint-Germain-l'Auxerrois  (3  octobre  1307).  Nogent-le-Rotrou,  impr. 
Daupeley-Gouverneur,  1904.  In-8o,  7  p.  (Extrait  du  Bulletin  de  la 
Société  de  Vhistoire  de  Paris  et  de  V Ile-de-France,  t.  XXXI.) 

537.  Matthaei  (Adeb.).  Deutsche  Baukunst  im  Mittelalter.  Mit  zahl- 
reichen  Abbildungen  im  Text  und  auf  2  Doppeltaf.  2.  Aufl.  Leipzig, 
B.  G.  Teubner,  1904.  In-8°,  vi-158  p.  (Aus  Natur  und  Geisteswelt,  8.) 

538.  Mayer  (Ernst).  Die  Schenkungen  Gonstantins  und  Pipins. 
Tùbingen,  J.  G.  B.  Mohr,  1904.  In-8»,  iv-69  p.  (Extrait  de  Deutsche 
Zeitschrift  fur  Kirchenrecht).  2  m. 

539.  Mëiklejohn  (J.  M.  D.).  English  Literature.  New  History  and 
Survey  from  Saxon  Times  to  Death  of  Tennyson.  London,  Mëiklejohn 
and  H.,  1904.  In-8°,  658  p.  6  s. 

540.  Métais  (G.).  Du  titre  cardinalice  des  abbés  de  Vendôme.  Ven- 
dôme, impr.  Empaytaz,  s.  d.  In-S»,  21  p.,  avec  1  grav. 

541.  Meyer  (Ghrislian).  Beitràge  zur  âltesten  Verfassungs-  und 
Gewerbegeschichte  der  Stadt  Augsburg.  Miinchen,  Gh.  Meyer,  1904. 
In-8%  88  p.  2  m. 

542.  Michel  le  Syrien  (Ghronique  de),  patriarche  jacobite  d'Antioche 
(1166-1199).  Éditée  pour  la  première  fois  et  traduite  en  français  par 

J904  29 


450  BIBLIOGRAPHTE. 

J.  B.  Chabot.  T.  II,  fascicule  3.   Paris,  Leroux,  1904.  In-4°,  p.  321 
à  547. 

543.  MiGNEN  (G.).  Chartes  de  fondation  pour  l'aumônerie-hôpital  de 
Montaigu  (Bas-Poitou)  (1174,  1182,  1241,  1696).  La  Roche-sur-Yon, 
impr.  Servant-Mahaud,  1904.  In-8°,  39  p. 

544.  MoMMÉJA  (Jules).  La  Roue  de  fortune  du  château  de  Mazères. 
Notes  pour  servir  à  l'histoire  des  carrelages  émaillés  du  moyen  âge. 
Auch,  impr.  Gocharaux,  1904.  In-8°,  28  p.  (Extrait  du  Bulletin  de  la 
Société  archéologique  du  Gers.) 

545.  Mont  (Pol  de).  L'évolution  delà  peinture  néerlandaise  aux  xm«, 
xiv  et  xv^  siècles  et  l'exposition  à  Bruges.  Haarlem,  H.  Kleinmann, 
1904.  In-fol.,  iv-48  p.,  120  pi. 

546.  Monumenta  Germaniae  historica  inde  ab  a.  Chr.  D  usque  ad 
a  MD,  éd.  societas  aperiendis  fontibus  rerum  germanicarum  medii 
aevi.  (Neue  Quart-Ausg.)  Legum  sectio  IV.  Gonstitutiones  et  acta 
publica  imperatorum  et  regum.  Tom.  III,  pars  i.  Hannover,  Hahn, 
1904.  In-4°,  456  p.,  1  pi.  15  m. 

547.  Monumenta  historica  liberae  regiae  civitatis  Zagrabiae,  metro- 
polis  regni  Dalmatiae,  Croatiae  et  Slavoniae.  Gollegit  et  sumptibus 
ejusdem  civitatis  edidit  Joa.  Bapt.  Tkalcic,  vol.  X.  Libri  fassionum 
seu  funduales,  ann.  1441-1470.  Agram,  G.  Trpinac,  1904.  Gr.  in-8'', 
v-xxvi-309  p.  4  m. 

548.  Necrologia  Germaniae,  Tom.  II,  2.  Dioecesis  Salisburgensis.  Ed. 
Sigism.  Herzberg-B'rânkel.  2.  Berlin,  Weidmann,  1904.  In-4°,  x  p.  et 
p.  285-804,  1  pi.  (Monumenta  Germaniae  historica.) 

549.  Neumann  (Geo.).  Die  Orthographie  der  Paston  letters  von  1422- 
1461.  Ein  Beitrag  zur  Geschichte  der  engl.  Orthographie.  Marburg, 
N.  G.  Elwert,  1904.  In-8<»,  126  p.  (Marburger  Studien  zur  englischen 
Philologie,  7.)  3  m.  20. 

550.  Neuwirth  (Jos.).  Die  Baukunst  des  Mittelalters.  Leipzig,  E.  A. 
Seemann,  1904.  In-8°,  vn-407  p.  (Rich.  Borrmann,  und  Jos.  Neuwirth  : 
Geschichte  der  Baukunst,  II.)  10  m. 

551.  NoREEN  (Adolf).  Altschwedisches  Lesebuch  m.  Anmerkungen 
und  Glossar.  2.  Aufl.  Stockholm;  Halle,  M.  Niemeyer,  1904.  In-8o, 
vii-184  p.  4  m.  80. 

552.  Olivier  (C).  Thaon-les-Vosges.  Épinal,  impr.  Fricatel,  1904. 
In-8°,  v-674  p.,  avec  illustr. 

553.  Omont  (Henri).  Cartulaire  de  l'hôpital  de  l'abbaye  du  Val-Notre- 
Dame,  au  diocèse  de  Paris  (xiii^  siècle).  Nogent-le-Rotrou,  impr.  Dau- 
peley-Gouverneur;  Paris,  1904.  In-8°,  52  p.  (Extrait  des  Mémoires  de 
la  Société  de  l'histoire  de  Paris  et  de  l'Ile-de-France,  t.  XXX.) 


BIBLIOGRAPHIE.  45^ 

554.  Omont  (Henri).  L'Édition  de  Froissant  de  Dacier.  Nogent-Ie- 
Rotrou,  impr.  Daupeley-Gouverneur,  s.  d.  In-8o,  7  p.  (Extrait  de  l'An- 
nuaire" Bulletin  de  la  Société  de  l'histoire  de  France,  1903.) 

555.  Palacky  (Frant.).  Déjiny  narodu  ceskeho  v  Cechâcii  a  v  Morave. 
(Histoire  du  peuple  tchèque  en  Bohême  et  en  Moravie.)  I.  Od  prvové- 
Icosti  az  do  roku  1253.  6«  vydàni  péci  Bohuslava  Riegra.  (Des  origines 
à  1253,  6«  éd.,  par  Rieger.)  Prague,  Bursili  etKohout,  1904.  Gr.  in-S", 
Lxvi-554  p.  4  k. 

556.  Fange  (M.  de).  Le  Pays  de  Jeanne  d'Arc.  Greux,  encore  du 
temporel  de  l'évêché  de  Toul  en  1388.  Nogent-le-Rotrou,  impr.  Dau- 
peley-Gouverneur, 1904.  In-S",  4  p.  (Extrait  de  V Annuaire-Bulletin  de 
la  Société  de  V  histoire  de  France,  1903.) 

557.  Paues  (Anna  G.).  A  Fourteenth-century  English  Bible  version, 
consisting  of  a  prologue  and  parts  of  the  New  Testament.  With  Intro. 
and  Appendixes.  London,  G.  J.  Glay,  1904.  In-8°,  lxxxvi-263  p.  10  s. 

558.  Pauwels  (Pierre).  Les  Franciscains  et  l'Immaculée-Gonception, 
Malines,  L.  et  A.  Godenne,  1904.  Gr.  in-8°,  280  p.  1  fr.  50. 

559.  Perels  (Ernst).  Die  kirchlichen  Zehnten  im  karolingischen 
Reiche.  Berlin,  E.  Ebering,  1904.  In-8°,  93  p.  2  m.  50. 

560.  Pérouse  (Gabriel).  Une  communauté  rurale  sous  l'ancien  régime, 
d'après  les  archives  de  Termignon-en-Maurienne.  Paris,  Impr.  natio- 
nale, 1904.  In-8o,  62  p.  (Extrait  du  Bulletin  historique  et  philolo- 
gique^ 1903.) 

561.  PoDLAHA  (Ant.).  Die  Bibliothek  des  Metropolitankapitels.  Leip- 
zig, K.  W.  Hiersemann,  1904.  In-8°,  v-310  p.  et  fig.  (Topographie  der 
historischen  und  Kunst-Denkmale  im  Kônigr.  Bôhmen  von  der  Urzeit 
bis  zum  Anfange  des  XIX.  Jahrh.  Die  kônigl.  Hauptstadt  Prag  :  Hrad- 
schin,  2).  15  m.  50. 

562.  PoDLAHA  (Ant.),  Sittler  (Ed.).  Der  Domschatz  in  Prag.  Leipzig, 
K.  W.  Hiersemann,  1903.  In-8»,  vi-216  p.  et  fig.  (Topographie  der 
historischen  und  Kunst-Denkmale  im  Kônigr.  Bôhmen  von  der  Urzeit 
bis  zum  Anfange  des  XIX,  Jahrh.  Die  kônigl.  Hauptstadt  Prag  : 
Hradschin,  II,  1.)  11  m. 

563.  Poppelreuter  (Jos.).  Der  anonyme  Meister  des  Poliphilo.  Eine 
Studie  zur  italien.  Buchillustration  und  zur  Antike  in  der  Kunst  des 
Quattrocento.  Strassburg,  J.  H.  E.  Heitz,  1904.  In-8°,  vii-62  p.  (Zur 
Kunstgeschichte  des  Auslandes,  20).  4  m. 

564.  Prutz  (H.),  Die  exemte  Stellung  des  Hospitaliter-Ordens,  ihre 
Entwickelung,  ihr  Wesen  und  ihre  Wirkungen.  Mùnchen,  G.  Franz, 
1904.  In-8'',  p.  95-187.  (Extrait  de  Sitzungsher.  d.  haxjcr.  Akad.  d.  Wiss.) 
1  m.  20. 


Ao'2  BIBLIOGRAPHIE. 

565.  PuTON  (Bernard).  La  Léproserie  de  la  Magdelaine-lès-Remire- 
mont.  Saint-Dié,  impr.  Guny,  1904.  In-S»,  121  p.  et  grav.  (Extrait  du 
Bulletin  de  la  Société  philomathique  vosgienne.) 

566.  RAiNER(Norb.).  Geschiichtederehemaligen  kàrntnerischenHaupt- 
stadt  St.  Veit  an  der  Glan.  Hrsg.  vom  Kuratorium  f.  das  Muséum  der 
Stadt  St.  Veit.  St.  Veit  an  der  Glan;  Klagenfurt,  K.  Hanel,  1904. 
In-8°,  66  p.  0  m.  60. 

567.  Raymond  (F.).  Histoire  populaire  illustrée  de  la  Champagne,  du 
Barrois  et  de  la  Brie,  avec  la  Lorraine  et  les  Trois-Évêchés,  depuis  les 
temps  les  plus  reculés  jusqu'à  nos  jours.  T.  I,  fasc.  1.  Paris,  Lecheva- 
lier,  1903.  Gr.  in-8o,  vin-SOi  p.,  avec  grav.  7  fr.  50. 

568.  Reber  (Burkhard).  Le  Culte  du  Soleil  à  Genève  au  moyen  âge. 
Genève,  Gh.  Zœllner,  1904.  In-8»,  13  p. 

569.  Recueil  d'annales  angevines  et  vendômoises,  publié  par  Louis 
Halphen.  Paris,  Picard  et  fils,  1903.  In-8°,  lxi-168  p.  (Collection  de 
textes  pour  servir  à  l'étude  et  à  l'enseignement  de  l'histoire.) 

570.  Reinach  (Salomon).  Les  Carnassiers  androphages  dans  l'art  gallo- 
romain.  Chartres,  impr,  Durand,  s.  d.  In-8°,  17  p.,  avec  9  fig.  (Extrait 
de  la  Revue  celtique,  t.  XXV.) 

571.  Richard  (Alfred).  Histoire  des  comtes  du  Poitou  (778-1204). 
T.  H  (1126-1204).  Paris,  Picard  et  fils,  1903.  Gr.  in-8%  601  p. 

572.  RicHTER  (Elise).  Ab  im  Romanischen.  Halle,  M.  Niemeyer, 
1904.  In-8°,  vni-120  p.  3  m. 

573.  RiEMANN  (Hugo).  Handbuch  der  Musikgeschichte.  L  Bd.  Alter- 
tum  und  Mittelaltor  (bis  1450).  1.  Tl.  Leipzig,  Breitkopf  und  Hârtel, 
1904.  In-8°,  xvi-258  p.  5  m. 

574.  RiNGHOLz  (Le  P.  Odilo).  Geschichte  des  fiirstl.  Benediktinerstiftes 
U.  L.  F.  von  Einsiedeln,  seiner  Wallfahrt,  Propsteien,  Pfarreien  und 
ijbrigen  Besitzungen.  Mit  beson  d.  Beriicksicht.  der  Kulturgeschichte. 
I.  Bd.  Vom  hl.  Meinrad  bis  zura  J.  1526.  Einsiedeln,  Verlagsanstalt 
Benziger  und  Co,  1904.  In-8»,  xni-755  p.  28  m.  60. 

575.  RoEssLER  (Arth.).  Die  Stimmungder  Gothik  und  andere  Essays. 
Berlin,  Volkserzieher-Verlag,  1904.  In-8°,  125  p.  1  m.  50. 

576.  Rothschild  (Leop.).  Die  Judengemeinden  zu  Mainz,  Speyer  und 
Worras  von  1349-1438.  Ein  Beilrag  zur  Geschichte  des  Miitelalters. 
Berlin,  Nathausen  und  Lamm,  1904.  In-8'',  vn-118  p.  2  m. 

577.  RouQUETTE.  Histuire  de  la  ville  de  Ganges.  Montpellier,  impr. 
de  la  manufacture  de  la  Charité,  1904.  In-S",  303  p. 

578.  RuEBEL  (Karl).  Die  Franken,  ihr  Eroberungs-  und  Siedluogssy- 


BIBLIOGRAPHIE.  453 

stem  im  deutschen  Volkslande.   Bielefeld,    Velhagen    und   Klasing, 
1904.  In-8%  xviii-561  p.  12  m. 

579.  Sachse  (Franz).  Das  Aufkornmen  der  Datierungen  nach  dem 
Festkalender  in  Urkunden  der  Reichs-Kanzlei  und  der  deutschen 
Erzbistùmer.  Erlangen,  F.  Junge,  1904.  In-S",  ni-128  p.  3  m.  20. 

580.  Saint-Léger  (A.  de).  La  Légende  de  Lydéric  et  des  forestiers  de 
Flandre.  Lille,  Tallandier,  1904.  In-40,  27  p.  (Extrait  du  t.  XXVI  du 
Bulletin  de  la  Commission  historique  du  département  du  Nord.) 

581.  Salin  (Bernh).  Die  allgermanische  Thierornamentik,  typolo- 
gische  Studie  ùber  germanische  Metallgegenstànde  aus  dem  iv.-ix. 
Jahrh.,  nebst  e.  Studie  ùb.  irische  Ornamentik.  Aus  dem  schwed, 
Mskr.  ûbers.  von  J.  Mestorf.  Stockholm,  Berlin,  A.  Asher  und  Co., 
1904.  Gr.  in-So,  x-383  p.  et  fig.  30  m. 

582.  Sauerland  (H.  V.).  Vatikanische  Urkunden  des  xiv.  Jahrh.  zur 
Geschichte  des  Hauses  HohenzoUern.  Rom,  Loescher,  1903.  In-8», 
15  p.  (Extrait  des  Quellen  und  Forschgn.  aus  ital.  Archiven  und  Biblio- 
theken.)  0  m.  80. 

583.  Sauerland  (H.  V.).  Zu  den  Mailànder  Privilegien  f.  die  deut- 
schen Kaufleute.  Rom,  Loescher,  1903.  In-S",  7  p.  (Extrait  des  Quellen 
und  Forschgn.  aus  ital.  Archiven  und  Bibliotheken.)  0  m.  60. 

584.  Sauter  (Bened.).  Der  hl.  Vater  Benediktus  nach  St.  Gregor 
dem  Grossen.  Zum  13.  Zentenarium  des  hl.  Gregor  hrsg.  von  seinen 
Mônchen.  Freiburg-i.-B.,  Herder,  1904.  In-8°,  x-282  p.  3  m. 

585.  Schaaffs  (Geo.).  Syndetische  und  asyndetische  Parataxe  im 
Gotischen.  Gôttingen,  Vandenhoeck  und  Ruprecht,  1904.  In-8",  99  p. 
2  m.  40. 

586.  ScHiwiETZ  (Steph.).  Das  morgenlândische  Mônchtum.  1.  Bd. 
Das  Ascetentum  der  drei  ersten  christl.  Jahrhunderte  und  das  egypt. 
Mônchtum  im  4.  Jahrh.  Mainz,  Kirchheim  und  Co.,  1904.  In-8°,  viii- 
352  p.  7  m. 

587.  ScHLAGiNTWEiT  (Emil).  Verzeichnis  der  tibetischen  Handschriften 
der  kônigl.  wùrttembergischen  Landesbibliothek  zu  Stuttgart.  Mùn- 
chen,  G.  Franz,  1904.  In-8°,  p.  245-270.  (Extrait  des  Sitzungsber.  a. 
bayer.  Akad.  d.  Wiss.)  0  m  60. 

588.  ScHMiDT  (Ludw.).  Geschichte  der  deutschen  Stàmme  bis  zum 
Ausgange  der  Vôlkerwanderung.  1.  Abtlg.  A  B.,  1.  Buch.  Berlin, 
Weidmann,  1904.  In-8o,  vii-102  p.  (Quellen  und  Forschungen  zur 
alten  Geschichte  und  Géographie.  7.)  5  m.  60. 

589.  ScHÔNBACH  (Ant,  E.).  Beitrâge  zur  Erklârung  altdeutscher  Dicht- 
werke.  3.  Stiick  :  Die  Spriiche  des  Bruder  Wernher.  L  Wien,  C.  Ge- 


454  BIBLIOGRiTHIE. 

rold's  Sohn,  1904.  In-8°,  90  p.  (Extrait  de  Sitzungsher.  d.  k.  Akad.  d. 
Wiss.)  2  m. 

590.  ScHÛCKiNG  (Levin  Ludw.).  Die  Grundzuge  der  Satzverkniipfung 
im  Beowulf.  IL  Ti.  Halle,  M.  Niemeyer,  1904.  In-S»,  xxviii-149  p. 
(Studien  zur  englischen  Philologie,  XV.)  4  m. 

591.  ScHULTE  (Aloys.).  Zwei  Briefe  Diether's  voq  Isenburg,  Rom, 
Loescher,  1903.  Ia-8°,  9  p.  (Extrait  des  Quellen  und  Forschgn.  aus  ital. 
Archiven  und  Bibliotheken.)  0  m.  40. 

592.  ScHWEizER  (P.),  Glâttli  (W.).  Das  habsburgische  Urbar. 
Bd.  II,  2.  Register,  Glossar,  Wertangaben,  Beschreibung,  Geschicbte 
imd  Bedeutung  des  Urbars.  Basel,  Basler  Buch-  und  Antiquariats- 
handlg.  vorm.  A.  Geering,  1904.  In-S",  681  p.,  2  cartes,  3  pi.  (Quel- 
len zur  schweizer  Geschichte.  15,  n.)  14  m.  60. 

593.  Scott  (S.  Parsons).  History  of  the  Morish  empire  in  Europe. 
Philadelphia,  Lippincott,  1904.  3  vol.  in-12.  10  s. 

594.  Scripiores  ^thiopici.  Séries  altéra.  Tomus  22  :  "Vitae  sanctorum 
indigenarum,  edidit  Karolus  Gonti  Rossini.  I  :  Acta  Marqoreivos. 
Paris,  Poussielgue,  1904.  In-8o,  55  p.  et  64  p.  (Corpus  scriptorum 
christianorum  orientalium.) 

595.  Sebèos.  Histoire  d'Héraclius.  Traduite  de  l'arménien  et  annotée 
par  Frédéric  Macler.  Paris,  Leroux,  1904.  In-8°,  xv-167  p. 

596.  Sequentiae  ineditae.  Liturgiscbe  Prosen  des  Mittelalters  aus 
Handschriften  und  Friihdrucken.  9.  Folge,  hrsg.  von  Glem.  Blume. 
Leipzig,  0.  R.  Reisland,  1904.  In-S»,  352  p.  (Analecta  hymnica  medii 
aevi,  XLIV.)  H  m. 

597.  Shipley  (F.  W.).  Certain  sources  of  corruption  in  Latin  manus- 
cripts  :  a  study  based  upon  two  manuscripts  of  Livy  ;  a  thesis  submit- 
ted  to  the  faculty  of  the  graduate  schools  of  Arts  and  Literature  of  the 
University  of  Arts  and  Literature  of  the  University  of  Chicago  for  the 
degree  of  Doctor  of  Philosophy.  New  York,  Macmillan,  1904.  In-S", 
92  p.  0  d.  60  1. 

598.  Singer  (Isidore).  Jewish  encyclopœdia  :  a  descriptive  record  of 
the  history,  religion,  literature  and  customs  of  the  Jewish  people  from 
the  earliest  times  to  the  présent  day  ;  prepared  by  more  than  four 
hundred  scholars  and  specialists  under  the  direction  of  Gyrus  Adler, 
I.  K.  Funk,  Frank  H.  Vizetelly  and  others.  YI-VII.  New  York,  Funk 
and  Wagnalls  Go.,  1904.  In-4°,  xx-681  p.;  xx-685  p.  7  d.  par  vol. 

599.  Smital  (Ilans).  Geschichte  der  Grossgemeinde  Floridsdorf,  um- 
fassend  die  Orte  Floridsdorf,  Jedlesee,  Donaufeld  und  das  Jedlersdorfer 
Fabriksgebiet.  Floridsdorf,  Gemeinde,  1903.  In-S^,  x-678  p.  5  m. 


BIBLIOGRAPHIE.  455 

600.  SoMMÉNiL  (F.).  L'Abbaye  du  Valasse.  Évreux,  impr.  Odicuvre, 
1904.  In-80,  230  p.  et  pi. 

601.  Spitta  (Frdr.).  Die  Kelchbewegung  in  Deutschland  uad  die 
Reform  der  Abendmahlsfeier.  Mit  1.  Beilage  :  Abbildungen  von  Ein- 
zelkelchen.  Gôttingen,  Vanderhoeck  und  Rupreciit,  4904.  In-S»,  xvni- 

222  p.  3  m. 

602.  Staluta  majoris  ecclesiae  Fuldensis.  Ungedruckte  Quellen  zur 
kirchl.  Rechts-  und  Verfassungsgescbichte  der  Benediktinerabtei  Fulda. 
Hrsg.  und  erlàutert  von  G.  Richter.  Fuida,  Fuldaer  Actiendruckerei, 
1904.  In-S»,  L-118  p.  (Abhandlungen  zur  Geschichte  der  Abtei  und  der 
Diocèse  Fulda,  I.) 

603.  Steffen  (Gust.  F.).  Studien  zur  Gescliichte  der  englischen  Lohn- 
arbeiter,  m.  besond.  Beriicksicht.  der  Verànderungen  ihrer  Lebens- 
haltungen.  II.  Bd.  Deutsche  vora  Verf.  bearb.  Ausg.  aus  dem  Schwed., 
ûbers.  von  Margarele  Langfeldt.  2.  Tl.  Stuttgart,  Hobbing  und  Bùchle, 
1904.  In-S»,  VI  p.  et  p.  161-337.  3  m.  50. 

604.  Stockel  (Herm.).  Geschichte  des  deutschen  Schrifttums  von 
den  àltesten  Zeiten  bis  zur  Gegenwart.  Gemeinverstàndlich  dargestellt. 
1.  Hàlfte.  Von  der  àltesten  Zeit  bis  auf  Martin  Opitz.  Mit  Zeittafel, 
Namen-  und  Sachweiser.  Stuttgart,  F.  Lehmann,  1904.  In-8°,  vin- 

223  p.  (Lehmann's  Volkshochschule,  3.  Bdchn.) 

605.  Stokes  (Hugh.).  Benozzo  Gozzoli  :  early  Italian  artist,  1420-1498. 
New  York,  F.  Warne  and  Go.,  1903.  In-8°,  xvn-60  p.,  pi.  1  s.  25. 

606.  Taranger  (Absalon).  Norges  garnie  love.  Anden  rœkke  1388- 
1604.  I,  1.  Statens  lovgivning  1388-1447.  Kristiania,  Grôndahl  og  son, 
1904.  In-4»,  ix-306  p.  3  k.  80. 

607.  Teule  (Edilbert  de).  Annales  du  prieuré  de  Notre-Dame  de 
Prouille.  Garcassonne,  impr.  Bonnafous-Thomas,  1902.  In-8°,  xxxix- 
557  p. 

608.  Thomae  Hemerken  a  Kempis,  Ganon.  0.  S.  Aug.,  opéra  omnia 
voluminibus  septem  éd.  additoque  volumine  de  vita  et  scriptis  ejus 
disputavit  Mich.  Jos.  PohI.,  vol.  III.  Freiburg-i.-B.,  Herder,  1904. 
In-8°,  viii-440  p.,  5  pi. 

609.  Thomas  (Louis).  La  Vie  privée  de  Guillaume  de  Nogaret.  Tou- 
louse, Privât,  1904.  In-8'',  63  p.  (Extrait  des  Annales  du  Midi.) 

610.  Thomas  of  Celano  (St.  Francis  of  Assisi  according  to  Brother). 
Ilis  descriptions  of  the  Seraphic  Father,  A.  D.  1229-1257.  Intro.  by 
H.  G.  Rosedale.  London,  Dent,  1904.  In-8o.  12  s.  6  d. 

611.  Thyrion  (Fulgence).  Les  Frères  Mineurs  à  Namur  ou  quelques 
pages  d'histoire  franciscaine  à  l'occasion  du  jubilé  cinquantenaire  de  la 


456  BIBLIOGRAPHIE. 

fondation  du  couvent  des  Frères  Mineurs  à  Salzinnes.  Namur,  impr. 
Picard-Balon  (1904).  ln-8°,  vni-120  p.  1  fr. 

612.  TiLLET  (Jules).  Les  Ruines  de  l'abbaye  de  Nesle-la-Reposte. 
Caen,  Delesques,  1904.  In-S",  17  p.,  avec  grav.  (Extrait  du  Compte- 
rendu  du  soixante-neuvième  congrès  archéologique  de  France,  tenu  en 
1902  à  Troyes  et  Provins.) 

613.  Urkundenbuch  des  Klosters  Pforte.  I.  Thl.  2.  Halbd.  (1301  bis 
1350).  Bearb.  von  Paul  Boehme.  Halle,  0.  Hendel,  1904.  In-8°,  vu  p. 
et  p.  341-732.  (Geschichtsquellen  der  Provinz  Sachsen  und  angren- 
zender  Gebiete.  33,  x.)  10  m. 

614 .  Van  Berchem  (Max) .  Notes  d'archéologie  arabe.  Troisième  article  : 
étude  sur  les  cuivres  damasquinés  et  les  verres  émaillés  (inscriptions, 
marques,  armoiries).  Paris,  Leroux,  1904.  In-S",  96  p.,  avec  fig. 
(Extrait  du  numéro  de  janvier-février  1904  dn  Journal  asiatique.) 

615.  "Vidal  (J.-M.)  Menet  de  Robécourt,  commissaire  de  l'Inquisition 
de  Garcassonne  (1320-1340).  Paris,  Bouillon,  1903.  In-8«,  25  p.  (Extrait 
du  Moyen  âge.) 

616.  ViDiER  (A.).  Un  tombier  liégeois  à  Paris  au  xiv^  siècle.  Nogent- 
Ic-Rotrou,  impr.  Daupeley-Gouverneur,  1904.  In-S",  32  p.  (Extrait  des 
Mémoires  de  la  Société  de  l'histoire  de  Paris  et  de  l'Ile-de-France, 
t.  XXX.) 

617.  Villa-Amil  y  Castro  (José).  Iglesias  gallegasde  laEdad  Media. 
Madrid,  Imprenta  de  San  Francisco  de  Sales,  1904.  In-4'',  xx-388  p. 

618.  Vignot  (Charles).  Inventaire  du  mobilier  du  prieuré  de  Joigny 
(mai  1418).  Sens,  Duchemin,  1904.  In-8°,  14  p. 

619.  ViNCENTi  (Arth.  Ritter  von).  Die  altenglischen  Dialoge  von 
Salomon  und  Saturn.  Mit  histor.  Einleitung,  Kommentar  und  Glossar 
hrsg.  1.  Tl.  Leipzig,  A.  Deichert  Nachf.,  1904.  In-S»,  xxi-125  p.  (Mïin- 
chener  Beitrâge  zur  romanischen  und  englischen  Philologie.  31.) 
3  m.  60. 

620.  VoiGT  (Alb.).  Thorner  Denkwùrdigkeiten  von  1345-1547.  Thorn, 
E.  Lambeck,  1904.  In-8,  xxiii-253  p.  (Mitteilungen  des  Coppernicus- 
Vereins  f.  Wissenschaft  und  Kunst  zu  Thorn,  XIII.)  6  m. 

621.  Wâschke.  Regesten  der  Urkunden  des  herzogl.  Ilaus-  und 
Staatsarchivs  zu  Zerbst  aus  den  J.  1401-1500.  3.  Heft.  Dessau, 
G.  Dùnnhaupt,  1904.  Gr.  in-8°,  p.  97-144.  1  m. 

622.  Wagner  (Karl.).  Das  Ungeld  in  den  schwàbischen  Stàdten  bis 
zur  zweiten  Hàlfte  des  14.  Jahrh.  Frankfurt-a.-M.,  Gebr.  Knauer, 
1904.  In-8»,  viii-120  p.  3  m. 

623.  Wegener  (Johanues).  Die  Zaiuer  in  Ulm.  Strassburg,  J.  H,  E. 


BIBLIOGRAPHIE.  A^7 

Heitz,  1904.  111-4",  vii-70  p.  (Beitrâge  zur  Bùcher-Kunde  des  xv.  und 
XVI.  Jahrhunderts,  I.)  6  m, 

624.  Weller  (Karl).  Geschichte  des  Hauses  Hohenlohe.  1.  Tl.  Bis 
zum  Untergang  der  Hohenstaufen.  Stuttgart,  W.  Kohlhammer,  1904. 
In-8°,  vn-154  p.  3  m. 

625.  Westfalisches  Urkunden-Buch.  Fortsetzung  vonErhardsRegesta 
historiae  Westfaliae,  hrsg.  von  dem  Vereine  f.  Geschichte  und  Alter- 
tumskunde  Westfalens.  7.  Bd.  :  Die  Urkunden  des  kôln.  Westfalens 
vom  J.  1200-1300.  4.  Abth.  :  Die  Urkunden  der  J.  1269-1280.  Bearb. 
vom  Staatsarchiv  Miinster.  Munster,  Regensberg,  1904.  In^»,  p.  601- 
800.  6  m.  50. 

626.  Wheatley  (H.  B.).  Story  of  London.  London,  Dent,  1904.  In-12, 
428  p.,  avec  illustr.  (Mediaevai  Town  Séries.)  5  s.  6  d. 

627.  White  (R.).  The  Dukery  Records,  being  Notes  and  Memoranda 
iliustrative  of  Nottinghamshire  Ancient  History,  coliected  during 
many  years.  London,  R.  White,  1904.  In-4°,  468  p.,  avec  illustr.  28  s. 

628.  WiDUKiNDi  (Monachi  Gorbeiensis)  rerum  gestarum  saxonicarum 
libri  très.  Ed.  iv.  Post  Georg.  Waitz  recognovit  Karol.  Andr.  Kehr. 
Accedit  libellus  de  origine  gentis  Swevorum.  Hannover,  Hahn,  1904. 
In-8*,  xxxiii-162  p.,  1  pi.  2  m. 

629.  WiLLELMi  cappellani  in  Brederode,  postea  monachi  et  procura- 
toris  Egmondensis  chronicon.  Uitg.  door  G.  Pijnacker  Hordijk.  Amster- 
dam, Joh.  Millier,  1904.  In-8o,  xliv-299  p.  (Werken  uitgegeven  door 
het  historisch  genootschap,  3»  série,  20.)  3  fl.  90. 

630.  WiTTE  (Heinr.).  Regesten  der  Markgrafen  von  Baden  und  Hach- 
berg,  1050-1515.  III.  Bd.  Regesten  der  Markgrafen  von  Baden  von 
1431-1453.  3.  und  4.  Lfg.  Innsbruck,  Wagner,  1904.  Gr.  in-8°,  p.  161- 
321.  8  m. 

631.  Year-Book  of  Edward  III.  Ghronicles.  London,  Eyre  and 
Spottiswoode,  1904.  In-S».  10  s. 


CHRONIQUE   ET  MELÂN&ES. 


Les  examens  de  tin  d'année  de  l'École  des  chartes  ont  eu  lieu  du 
6  au  11  juillet.  Ils  ont  porté  sur  les  textes  et  les  questions  qui  suivent  : 

Première  année. 
Épreuve  orale. 
{0  Paléographie  latine  :  Lecture  de  quelques  lignes  du  manuscrit  de 
la  Bibliothèque  nationale,  latin  18224  (xiii«  siècle). 
2"  Questions  d'histoire  et  de  chronologie. 

3»  Traduction  latine  :  N»  4139  des  Layettes  du  Trésor  des  chartes. 
4°  Paléographie  française  :  Charte  du  diocèse  de  Coutances  de  l'an- 
née 1304. 

5°  Philologie  romane  :  Explication  de  quelques  vers  de  la  Chanson  de 
Roland.  Question  :  Quelles  sont  les  langues  romanes  parlées  en 
Espagne? 

Épreuve  écrite. 

1°  Texte  latin  à  transcrire  d'après  le  n»  731  de  l'ancien  fonds. 

2°  Texte  provençal  à  transcrire  d'après  le  n»  739  de  l'ancien  fonds. 

3°  Traduction  latine  :  Râles  gascons,  III,  n°  4914. 

4°  Traduction  provençale  :  Texte  imprimé  donné  en  1893.  Question  : 
Quels  sont  les  pays  où  l'on  parle  le  latin? 

5°  Bibliographie  :  I.  Expliquer  ce  qu'on  appelle  en  typographie 
caractère  romain  et  caractère  italique,  quand  et  par  quels  imprimeurs 
ces  caractères  ont  été  introduits  dans  la  typographie  française.  II.  Cata- 
loguer un  incunable  et  un  ouvrage  moderne.  Indiquer,  au  dos  des 
cartes,  les  mots  sous  lesquels  ces  deux  ouvrages  peuvent  être  rangés 
dans  un  catalogue  alphabétique  des  matières. 

Deuxième  année. 
Épreuve  orale. 
i°  Paléographie  :   Lecture  de  quelques  lignes  du   manuscrit  de  la 
Bibliothèque  nationale,  latin  10784  (xv«  siècle). 

2°  Diplomatique  :  I.  A  quelle  époque  les  lettres  apostoliques  appe- 
lées brefs  apparaissent-elles?  Par  quels  caractères  les  brefs  se  dis- 


CHRONIQUE    ET    MELANGES.  131) 

tinguent-ils  des  bulles?  II.  Qu'entend-on  par  signatures  en  cour  de 
Rome?  Quels  sont  les  caractères  de  ces  actes? 

3°  Institutions  :  I.  Qu'entend-on  par  cour  du  roi  sous  saint  Louis? 
A  quels  grands  corps  de  l'État  a-t-elle  donné  naissance?  Quel  est 
parmi  ces  corps  celui  qui  faisait  l'office  de  conseil  politique?  Pourquoi 
a-t-il  perdu,  vers  la  fin  du  xv*  siècle,  le  nom  qu'il  avait  porté  depuis 
son  origine?  II.  Comment  le  département  a-t-il  été  divisé  de  1790  à 
1804? 

4"  Sources  :  Qu'appelle-t-on  Annales  Laurissenses  majores,  Annales 
Bertiniani,  Annales  Fuldenses?  A  quelle  période  historique  corres- 
pondent ces  annales?  Quels  rapports  ont-elles  les  unes  avec  les  autres? 
Dans  quelles  collections  en  trouve-t-on  le  texte? 

5°  Classement  d'archives  :  I.  Archives  départementales.  Dire  quelle 
est  la  place  assignée  par  les  circulaires  de  1841  et  de  1874  :  1°  aux 
fonds  judiciaires  antérieurs  à  la  Révolution;  2°  aux  fonds  des  tribu- 
naux de  la  période  révolutionnaire.  II.  Archives  nationales.  Énumérer 
et  caractériser  brièvement  les  principales  séries  de  documents  qui 
composent  le  fonds  du  Parlement  de  Paris. 

Épreuve  écrite. 

1°  Texte  à  transcrire  d'après  le  n"  349  du  nouveau  fonds. 

2°  Traduction  latine  :  Métais,  Cartulaire  de  l'abbaye  cardinale  de  la 
Trinité  de  Vendôme,  t.  I,  n"  LXXII. 

3°  Analyse  :  Rôles  gascons,  II,  n°  1413. 

4°  Diplomatique  :  Quelles  sont  les  diverses  espèces  d'actes  expédiés 
par  la  chancellerie  de  Philippe-Auguste?  Quels  en  sont  les  caractères 
distinctifs? 

5"  I.  Quelles  sont  les  attributions  générales  des  gouverneurs  de  pro- 
vinces au  xvi«  siècle?  Comment  la  royauté  a-t-elle  réduit  leurs  attri- 
butions au  xvn«  siècle?  IL  Comment  la  constitution  de  fructidor 
an  III  a-t-elle  organisé  le  pouvoir  législatif  et  le  pouvoir  exécutif? 

Troisième  année. 
Épreuve  orale. 

l»  Paléographie  :  Lecture  de  quelques  lignes  du  manuscrit  de  la 
Bibliothèque  nationale,  latin  10784  (xv  siècle). 

2°  Histoire  du  droit  :  I.  Énumérer  et  décrire  les  divers  modes  de 
légitimation  qui  ont  été  pratiqués  sur  le  sol  français  jusqu'à  la  Révo- 
lution. IL  Que  savez-vous  d'Antoine  Loisel? 

3»  Archéologie  :  On  a  soumis  aux  élèves  quatre  photogravures 
représentant  des  détails  de  la  cathédrale  d'Amiens.  (3n  leur  a  demandé 
de  dater  ces  détails  et  de  donner  des  explications  sur  l'époque  à  laquelle 
on  a  commencé  à  appliquer  dans  les  grandes  églises  les  principes  de 
construction  adoptés  dans  ces  parties  de  la  cathédrale. 


460  CHRONIQUE  ET  MELANGES. 

Epreuve  écrite. 

1"  Texte  à  transcrire  d'après  le  n°  177  du  nouveau  fonds. 

2°  Histoire  du  droit  :  I.  Les  aubains  et  le  droit  d'aubaine.  IL  Que 
savez-vous  de  deux  évêques  de  Mende,  l'oncle  et  le  neveu,  qui,  au 
xiiie  siècle  et  au  commencement  du  xiv,  se  sont  occupés  de  droit 
canonique? 

3°  Archéologie  :  Le  maître-autel  et  ses  accessoires  dans  les  églises, 
du  vi«  au  xiii«  siècle  inclus. 

4"  Sources  :  Indiquer  et  apprécier  sommairement  les  œuvres  histo- 
riques composées  dans  le  midi  depuis  le  commencement  du  xin«  siècle 
jusqu'à  la  fin  du  règne  de  Philippe  le  Hardi. 

A  la  suite  des  examens  et  par  arrêté  ministériel  ont  été  admis  à  pas- 
ser en  deuxième  année  (ordre  de  mérite)  : 

MM.    l.    COLMANT. 

2.  Dupont. 

3.  Lapierre. 

4.  Valois. 

5.  Latouche. 

6.  RiTTER. 

7.  Destray, 

8.  De  Mun. 

9.  GOCHIN. 

10.  Keller. 

H.  Valmont. 

12.  Bigot. 

13.  Gautier. 

14.  Chodron  de  Gourcel. 

15.  Houdayer. 

16.  De  Roussen  de  PYorival. 

17.  Régné. 

18.  Martin. 

19.  Artonne. 

20.  De  Fréville  de  Lorme. 

21.  Graziani. 

22.  Ganal. 

23.  Ghevreux. 

Et,  hors  rang,  comme  élève  redoublant,  M.  de  Maupassant. 

Ont  été  admis  à  passer  en  troisième  année  (ordre  de  mérite)  : 
MM.  1.  Gaillet. 

2.  MOUSSET. 

3.  Faure. 


CHRONIQUE    ET   ME'lANGES.  401 

MM.   i.  Robert. 

5.  Bernus. 

6.  jusselin. 

7.  Labrosse. 

8.  Ghasles. 

9.  Beuve. 
10.  Robin. 
H.  Fazy. 

12.  Du  Bus. 

13.  Gahen. 

14.  Cornu. 

15.  DaU VERNE. 

IG.  Grenier. 
Et,  hors  rang,  à  titre  étranger,  M.  Gorday,  et,  comme  élèves  redou- 
blants, MM.  Martin  du  Gard  et  Renault. 

Ont  été  admis  à  subir  l'épreuve  de  la  thèse  (ordre  alphabétique)  : 
MM.  1.  Balencie. 

2.  Barbeau. 

3.  Bouteron. 

4.  BOUTILLIER  DU  ReTAIL. 

5.  BUSQUET. 

6.  Gélier. 

7.  Ghampion. 

8.  Delarue. 

9.  Deliias. 

10.  Hue. 

11.  Jacob. 

12.  Letonnelier. 

13.  Lorber. 

14.  Mallebay  du  Gluzeau  d'Échérac. 

15.  Prost. 

16.  Rohmer. 

—  Notre  confrère  M.  Henri  Lacaille  est  décédé  à  Paris  en  août 
1904.  Une  notice  lui  sera  consacrée  dans  notre  prochaine  livraison. 

—  Aux  discours  prononcés  à  l'occasion  du  décès  de  notre  confrère 
M.  Anatole  de  Barthélémy,  publiés  dans  notre  dernière  livraison,  nous 
ajoutons  ici  les  paroles  par  lesquelles  notre  confrère  M.  Héron  de  Vil- 
lefosse  a  exprimé,  le  5  juillet,  les  regrets  que  la  perte  de  ce  collègue 
inspire  à  la  section  d'archéologie  du  Gomité  des  travaux  historiques  et 
scientifiques  : 

«  Absent  de  Paris,  je  regrette  vivement  de  ne  pouvoir  assister 
aujourd'hui  à  la  séance.  Un  deuil  cruel  vient  de  frapper  le  Gomité 


462  CHRONIQUE    ET   MELANGES. 

d'archéologie  :  notre  cher  doyen,  notre  maître  à  toup,  celui  qui  nous 
donnait  l'exemple  du  dévouement,  celui  qui,  avec  tant  de  bonne  grâce 
et  de  courtoisie,  nous  prodiguait  discrètement  ses  conseils  et  voulait 
bien  témoigner  à  chacun  de  nous  sa  bienveillance  et  son  amitié,  nous 
a  été  enlevé  presque  à  l'improviste.  M.  Anatole  de  Barthélémy  était 
resté  si  jeune  de  caractère  et  d'allures  que  nous  espérions  le  conserver 
encore  longtemps  parmi  nous;  il  s'est  éteint  à  Ville-d'Avray,  entre  les 
bras  des  siens,  après  une  belle  et  laborieuse  carrière.  Aucune  perte  ne 
pouvait  causer  au  Comité  de  plus  profonds  regrets. 

«  Ancien  élève  de  l'Ecole  des  chartes,  il  passa  quelques  années  dans 
l'administration  départementale,  puis  rentra  dans  la  vie  privée  pour  se 
consacrer  tout  entier  à  ses  études  favorites.  Nommé  secrétaire  de  la 
Commission  de  topographie  des  Gaules,  il  se  montra  à  la  hauteur  de 
la  tâche  qui  lui  avait  été  confiée;  au  moment  où  le  souverain  encoura- 
geait les  recherches  et  multipliait  les  fouilles  sur  tous  les  points  du  ter- 
ritoire, il  rendit  de  signalés  services  et  sut  s'attirer  les  plus  chaudes 
sympathies. 

«  En  1865,  il  fut  élu  membre  de  la  section  d'histoire  et  de  philolo- 
gie; en  1881,  il  devint  pendant  quelques  mois  secrétaire  de  la  section 
d'histoire,  d'archéologie  et  de  philologie;  après  une  nouvelle  réorgani- 
sation du  Comité,  il  quitta  ces  fonctions  en  1883  pour  reprendre  sa 
place  parmi  les  membres  résidants;  depuis  cette  époque,  son  activité  et 
son  zèle  ne  se  sont  jamais  ralentis.  Il  était  de  ceux  qui,  loin  d'éviter 
les  missions  délicates  et  difficiles,  les  acceptent  avec  plaisir  et  s'en 
tirent  toujours  avec  bonheur.  On  comptait  tant  sur  lui,  sur  son  érudi- 
tion, sur  sa  bonne  volonté,  sur  son  expérience  des  hommes  et  des 
choses;  on  le  savait  si  dévoué  et  si  actif  que  trois  sections  du  Comité 
avaient  tenu  à  honneur  de  le  posséder;  il  faisait  partie  à  la  fois  de  la 
section  d'histoire,  de  la  section  d'archéologie  et  de  la  section  de  géogra- 
phie historique;  dans  chacune,  il  occupait  une  place  prépondérante, 
donnant  l'exemple  de  l'assiduité  et  du  travail,  maintenant  les  saines 
traditions  et  n'ayant  d'autre  ambition  que  de  se  rendre  utile.  Le  Comité 
des  travaux  historiques  ne  saurait  oublier  les  services  que  M.  Anatole 
de  Barthélémy  lui  a  rendus  pendant  quarante  ans. 

«  Le  moment  n'est  pas  venu  de  rappeler  ses  travaux  scientifiques  si 
nombreux  et  si  variés,  de  montrer  le  rôle  important  qu'il  a  joué  en 
France  dans  la  direction  des  études  numismatiques,  de  dire  l'influence 
que  ses  recherches  ont  exercée  sur  le  développement  des  branches  les 
plus  variées  de  notre  archéologie  nationale;  le  charme  de  ses  relations, 
la  séduction  de  ses  qualités  personnelles,  sa  bonté  exquise,  son  urba- 
nité toujours  discrète  et  délicate  ont  contribué  à  ces  heureux  résultats 
presque  autant  que  ses  recherches.  Tous  nous  lui  devons  quelque  chose 
et  beaucoup  d'entre  nous,  —  je  suis  de  ceux-là,  —  ne  sauraient  parler 
de  lui  qu'avec  la  plus  profonde  reconnaissance.  Je  veux   seulement 


CBRONIQOE    ET   MELANGES.  AdS 

adresser  aujourd'hui,  au  nom  du  Comité  d'archéologie,  un  hommage 
respectueux,  un  souvenir  ému  au  galant  homme,  au  collègue  aimé  et 
regretté  qui  vient  de  disparaître  et  dont  le  nom  ne  peut  être  oublié 
parmi  nous. 

«  Toutes  les  sociétés  savantes  de  province  s'associeront  à  notre  deuil. 
Personne  n'avait  contribué  plus  efficacement  que  M.'  Anatole  de  Bar- 
thélémy à  leur  développement;  il  était  pour  elles  un  véritable  patron 
intellectuel,  un  père  scientifique.  Il  se  réjouissait  de  pouvoir  leur  être 
utile,  allant  au-devant  de  leurs  désirs  avec  cette  bienveillance  charmante 
qui  le  distinguait,  s'occupant  de  leurs  intérêts,  plaidant  et  gagnant  leur 
cause  auprès  de  l'administration,  leur  communiquant  tout  ce  qui  pou- 
vait se  rapporter  à  leurs  études.  Sa  bonté  était  si  grande  que  le  plus 
modeste  des  travailleurs  était  certain  de  trouver  toujours  auprès  de  lui 
un  accueil  cordial,  empressé  et  presque  fraternel;  jamais  il  n'a  laissé 
sans  réponse  une  demande  de  renseignements,  même  la  plus  insigni- 
fiante. Il  a  été  le  type  accompli  de  ce  que  devrait  être  tout  membre  du 
Comité  vis-à-vis  des  associations  provinciales;  nous  ne  pouvons  mieux 
honorer  sa  mémoire  qu'en  nous  efforçant  de  le  prendre  pour  modèle.  » 

—  Par  décret  en  date  du  18  août  1904,  notre  confrère  M.  le  comte 
François  Delaborde  a  été  nommé  professeur  à  l'École  des  chartes 
(enseignement  des  sources  de  l'histoire  de  France)  en  remplacement  de 
M.  Molinier,  décédé. 

—  Par  décret  en  date  du  4  octobre,  notre  confrère  M.  Alfred  Coville 
a  été  nommé  recteur  de  l'Académie  de  Clermont. 

—  Par  arrêté  en  date  du  7  juillet,  notre  confrère  M.  Paul- André 
Lemoisne  a  été  nommé  officier  d'Académie. 

—  Notre  confrère  M.  Charles  Samaran  a  été  nommé  archiviste  aux 
Archives  nationales. 

—  Notre  confrère  M.  Alfred  Chilhaud-Dumaine  a  été  nommé,  par 
décret  en  date  du  25  septembre,  chargé  d'affaires  de  la  République 
française  près  de  S.  M.  le  roi  de  Bavière. 

—  Par  arrêté  du  préfet  de  la  Seine  en  date  du  l^r  août  1904,  notre 
confrère  M.  Ernest  Coyecque  a  été  nommé  sous-chef  de  bureau  à  la 
Préfecture  de  la  Seine. 


FRAGMENTS 
D'UN  MANUSCRIT  DU  GANZONIERE  DE  PÉTRARQUE. 

Dans  le  volume  intitulé  Artisti,  Letterati,  Scienziati  de  la  collection 
Gustodi,  à  la  Bibliothèque  nationale  (ms.  italien  1571),  sont  insérés 
(fol.  156  et  157),  au  milieu  de  notes  de  peu  de  valeur,  deux  feuillets  d'un 


464  CHRONrQUE    ET   MÉLANGES. 

manuscrit  du  Ganzoniere  de  Pétrarque,  qui  ne  paraissent  pas  avoir  été 
encore  signalés.  Ces  deux  feuillets,  de  vélin  assez  fin,  ont  fait  partie  d'un 
exemplaire  très  soigné,  écrit  vers  le  milieu  du  xvi''  siècle.  Ils  mesurent, 
marges  comprises,  220  millimètres  sur  152;  la  partie  réservée  à  l'écri- 
ture est  de  152  millimètres  pour  le  feuillet  156,  de  150  pour  le  feuil- 
let 157.  On  compte  29  lignes  à  la  page,  ce  qui  ne  saurait  assurément 
constituer  une  particularité;  sur  les  onze  manuscrits  du  Ganzoniere, 
décrits  dans  la  Bihlioteca  petrarchesca  d'Antonio  Marsand,  il  en  est 
trois  qui  ont  ce  même  nombre  de  lignes  à  la  page;  ce  sont  les  manus- 
crits A,  I  et  K  (pages  240,  250  et  252  de  la  Biblioteca  petrarchesca) .  Les 
titres  sont  en  lettres  d'or,  les  initiales  de  chaque  pièce  sont  en  lettres 
d'or  également,  encadrées  d'ornements  sur  fond  tricolore,  bleu,  rouge 
et  vert. 

Ces  feuillets  formaient  le  début  et  la  fin  d'un  cahier;  en  effet,  dans 
le  bas  de  la  marge  intérieure  du  feuillet  157  v°,  qui  se  termine  avec  le 

vers  72, 

Di  che  ordische  '1  seconde, 

de  la  Ganzone  Amor,  se  vuoi  ch'f  torni  al  giogo  antico,  le  copiste  a 
transcrit,  dans  le  sens  vertical,  les  premiers  mots  du  vers  sui- 
vant 73, 

Che  giova,  Amor,  ec, 

indiquant  par  cette  réclame  que  ce  vers  73  devait  être  le  vers  initial  du 
feuillet  suivant. 
La  composition  de  nos  deux  feuillets  est  la  suivante  : 
1°  Le  feuillet  156  v°  et  la  première  moitié  du  feuillet  156  v°  sont 
occupés  par  les  trois  sonnets  Quai  donna  attende...,  Gara  la  vita  e 
dopo...,  et  Arbor  victorioso...,  portant  respectivement  les  titres  Soneto 
GGXXXl,  Soneto  GGXXXlIei  Soneto  GGXXXIII.  Ce  sont  les  pièces  CGXXIII, 
CGXXIV  et  GGXXV  de  l'édition  Mestica  (Le  Rime  di  Francesco 
Petrarca  restiluite  nell'  ordine  e  nella  lezione  del  testo  originario,  Firenze, 
Barbera,  1896,  p.  356-358),  et  les  pièces  GGXLI,  GGXLIIet  CCXLIII 
de  l'édition  Garducci  et  Ferrari  [Le  Rime  di  Francesco  Petrarca  di  su  gli 
originali,  Firenze,  Sansoni,  1899,  p.  354-356)  ;  ces  pièces,  dans  un  grand 
nombre  de  manuscrits  et  dans  diverses  éditions,  celle  de  M.  Mestica, 
par  exemple,  terminent  la  première  partie  du  Ganzoniere. 

2"  Viennent  ensuite  (fol.  256  v°,  seconde  moitié)  les  quatorze  pre- 
miers vers  d'une  pièce  qui,  généralement,  dans  les  manuscrits  comme 
dans  les  éditions,  ne  se  rencontre  pas  à  cette  place;  c'est  la  Ganzone 
Là  vèr  l'aurora,  che  si  dolce  l'aura,  numérotée  ici  Ga?izotie  XXIX.,  qui, 
dans  l'édition  Mestica  (p.  333),  est  intitulée  Sestina  VUI [Ganzone  XXXVUl), 
et  qui,  dans  l'édition  Garducci- Ferrari  (p.  334),  porte  le  n»  GGXXXIX. 
Le  premier  vers  du  feuillet,  qui,  à  l'origine,  suivait  immédiatement 
notre  feuillet  156,  était  celui-ci  : 

0  riprovalo  umiliar  quell'  aima! 


CHRONIQUE    ET   MÉLANfiES,  465 

3°  Enfin,  au  feuillet  157  {r°  et  v°),  se  lisent  les  vers  15-72  : 

E  ripon'  le  tue  insegne  nel  bel  volto... 
Di  che  ordische  '1  seconde, 

de  la  Canzone  Amor,  se  vuoi  ch'f  torni,  qui  est  la  Canzone  XXIIl  (XLI) 
de  l'édition  Mestica  (p.  387),  et  la  pièce  CCLXX  de  l'édition  Garducci- 
Ferrari  (p.  378). 

Du  fait  que,  dans  notre  fragment,  les  poésies  de  Pétrarque  se  suivent 
dans  un  ordre  insolite,  que  nous  n'avons  retrouvé  dans  aucun  des 
manuscrits  du  Ganzoniere  que  nous  avons  consultés,  il  nous  est  impos- 
sible de  déterminer  l'étendue  de  la  lacune  comprise  entre  les  feuil- 
lets 156  et  157  du  manuscrit  italien  1571  et  le  nombre  de  feuillets  dont 
se  composait  le  cahier  dont  nous  sont  parvenus  seulement  le  commen- 
cement et  la  fin.  Considéré  au  point  de  vue  du  texte,  le  manuscrit  d'où 
ce  double  feuillet  a  été  enlevé  offrirait  aujourd'hui  peu  d'intérêt,  mais 
c'était  un  exemplaire  de  luxe,  qui  valait  surtout  par  l'exécution  maté- 
rielle. L.  A, 


RÉPERTOIRE  DES  SOURCES  HISTORIQUES  DU  MOYEN  AGE, 
BIO-BIBLIOGRAPHIE. 

2®   ÉDITION. 

M.  le  chanoine  Ulysse  Chevalier  vient  à  peine  d'achever  la  publica- 
tion de  la  seconde  partie  de  son  Répertoire  des  sources  historiques  du 
moyen  âge,  relative  à  la  Topo-bibliographie  (Montbéliard,  Société  ano- 
nyme et  imprimerie  monibéhardaise,  1894-1903,  1  vol.  en  deux 
tomes  de  2,664  col.  gr.  in-8o)  qu'il  se  remet  à  l'œuvre  pour  nous 
donner  une  nouvelle  édition  revue  et  augmentée  de  la  première 
partie,  Bio-bibliographie,  de  cette  œuvre  considérable.  Épuisée  presque 
au  lendemain  de  sa  publication,  la  Bio-bibliographie  était  un  instru- 
ment de  travail  trop  indispensable  aux  médiévistes  pour  que  le  besoin 
d'une  nouvelle  édition  ne  se  fit  pas  sentir.  Tous  ceux  qui  connaissent 
M.  le  chanoine  Chevalier  savent  quelle  persévérance  il  met  à  améliorer 
son  œuvre  ;  cette  nouvelle  édition  est  grossie  de  tous  les  renseigne- 
ments nouveaux  venus  à  la  connaissance  de  l'auteur  ;  elle  offrira  eu 
outre  l'avantage  d'être  plus  facile  à  consulter,  grâce  aux  caractères  plus 
forts  et  à  la  justification  plus  large  qui  ont  été  adoptés.  L'ouvrage 
paraîtra  en  sept  ou  huit  fascicules  de  seize  à  dix-sept  feuilles  d'impres- 
sion à  deux  colonnes,  dont  les  trois  premiers  sont  déjà  en  distribution, 
qui  seront  vendus  chacun  7  fr.  50  aux  souscripteurs. 


\ 904  30 


466  CHRONIQUE  t;t  mélanges. 


SOCIÉTÉ  FRANÇAISE  DE  FOUILLES  ARCHÉOLOGIQUES. 

Sous  ce  titre  a  été  fondée  à  Paris,  le  14  janvier  dernier,  par  quelques 
hommes  d'initiative,  à  la  tête  desquels  se  placent  nos  confrères 
MM.  E.  Babelon  et  le  comte  R,  de  Lasteyrie,  une  Société  dont  la  rai- 
son d'être  se  trouve  exprimée  dans  une  circulaire  que  nous  croyons 
devoir  reproduire  ici  : 

«  Pendant  que  des  Sociétés  privées,  formées  en  Angleterre,  en  Alle- 
magne, aux  États-Unis,  subventionnent  largement  des  explorations 
archéologiques  qui  enrichissent  les  musées,  font  progresser  la  science 
et  sont  la  gloire  de  leurs  pays,  les  missions  françaises  sont  trop  sou- 
vent arrêtées  faute  de  crédits  suffisants. 

«  Le  Gouvernement  ne  peut  augmenter  les  subventions  qu'il  consacre 
aux  travaux  de  recherches  ou  de  fouilles  archéologiques.  Il  appartient 
à  l'initiative  privée  de  doter  la  France  d'une  association  analogue  à 
celles  qui  donnent  de  si  heureux  résultats  dans  les  pays  où  elles  ont  été 
organisées. 

«  La  Société  française  de  fouilles  archéologiques  est  fondée  dans  ce  but 
patriotique;  elle  demande  à  tous  un  effort  généreux  pour  soutenir 
l'œuvre  scientifique  et  artistique  qu'elle  se  propose  d'entreprendre.  Elle 
espère  que  son  appel  sera  entendu.  » 

Le  but  et  l'organisation  de  la  Société  sont  suffisamment  indiqués 
dans  les  articles  suivants  de  ses  statuts  : 

«  Art.  2.  —  La  Société  a  pour  but  :  A.  D'entreprendre  et  d'encoura- 
ger, par  ses  subventions,  des  explorations  et  des  fouilles  archéologiques 
en  France,  dans  ses  colonies  et  pays  de  protectorat,  sans  exclure  les 
pays  étrangers.  B.  D'organiser  l'exposition  des  objets  recueillis  dans 
les  fouilles  subventionnées  par  la  Société  ou  provenant  d'acquisitions, 
de  dons  ou  d'échanges.  C.  D'enrichir  les  musées  français  en  leur  attri- 
buant ces  objets. 

«  Art.  3.  —  La  Société  a  son  siège  à  Paris.  Elle  pourra  établir  des 
Comités  locaux  et  avoir  des  correspondants  en  France  et  à  l'étranger. 
Elle  pourra  s'associer  temporairement  avec  d'autres  Sociétés  pour  une 
œuvre  déterminée. 

«  Art.  6.  —  Le  titre  de  membre  donateur  est  conféré  à  toute  per- 
sonne faisant  acte  de  candidature  ou  présentée  par  deux  membres  de  la 
Société  et  versant  une  somme  de  cinq  cents  francs. 

«  Art.  7.  —  Les  membres  titulaires  sont  les  personnes  ou  les  collec- 
tivités faisant  acte  de  candidature  ou  présentées  par  deux  membres  de 
la  Société.  Leur  cotisation  est  de  vingt  francs  par  an,  rachetable  par 
un  versement  de  deux  cents  francs,    moyennant  lequel   ils   seront 


CHRONIQUE    ET    MELANGES.  467 

membres  titulaires  à  vie.  Les  dames  peuvent  faire  partie  de  la  Société 
aux  mêmes  conditions. 

«  Art.  8.  —  Tous  les  membres  de  la  Société  ont  droit,  gratuitement, 
au  Bulletin,  à  l'entrée  aux  expositions  et  aux  conférences.  Ils  jouissent 
de  privilèges  spéciaux  pour  toutes  les  fêtes  et  excursions  payantes  orga- 
nisées par  la  Société,  ainsi  que  pour  les  publications  faites  par  elle.  » 

Le  siège  actuel  de  la  Société  est  à  la  librairie  Leroux,  28,  rue 
Bonaparte. 


COLLECTION  DE  CARTULAIRES. 

Sous  ce  titre,  la  librairie  Alphonse  Picard  et  fils  entreprend  une 
publication  sur  laquelle  nous  ne  saurions  mieux  attirer  l'attention  de 
nos  lecteurs  qu'en  reproduisant  l'appel  adressé  aux  souscripteurs  : 

«  Depuis  plusieurs  siècles,  les  documents  transcrits  dans  nos  Gartu- 
laires  ont  été  pour  les  érudits  une  mine  inépuisable.  Un  grand  nombre 
et  des  plus  considérables  ont  été  publiés  au  xix^  siècle,  et  il  paraît 
superflu  d'insister  sur  l'intérêt  que  peuvent  présenter  des  recueils  de 
ce  genre  pour  l'histoire  du  droit  et  des  mœurs,  l'histoire  économique, 
la  géographie  historique,  la  chronologie,  la  généalogie. 

«  Mais  beaucoup  de  ces  documents  sont  encore  inédits.  La  publica- 
tion des  Cartulaires  de  France,  entreprise  dans  la  collection  des  docu- 
ments inédits,  est  interrompue  et  ne  comportait  d'ailleurs  que  de  gros 
volumes,  chers  et  difficiles  à  manier.  D'autre  part,  beaucoup  de  Sociétés 
savantes  de  province,  auxquelles  semblerait  devoir  incomber  cette 
tâche,  hésitent  souvent  à  accueillir  dans  leurs  recueils  des  textes  latins. 
Il  existe  dans  nos  archives  et  dans  nos  bibliothèques  de  nombreux 
Cartulaires  de  première  importance  dont  il  serait  indispensable  de 
mettre  le  texte  à  la  portée  des  historiens. 

«  C'est  pour  répondre  à  ce  besoin  qu'un  Comité'  s'est  formé  à  Paris. 
Il  se  propose  de  publier,  dans  un  format  commode,  les  Cartulaires  d'un 
intérêt  général  conservés  dans  nos  divers  dépôts. 

«  Cette  collection  comprendra  : 

«  1^  Des  Cartulaires  publiés  in  extenso. 

«  2°  Des  Recueils  de  chartes  de  tel  ou  tel  établissement. 

«  3°  Des  analyses  de  cartulaires  trop  considérables  pour  être  intégra- 
lement publiés. 

«  Chaque  recueil  sera  accompagné  d'une  introduction,  de  tables  et 
de  notes. 

1.  Ce  Comité,  exclusivement  composé  d'archivistes  paléographes,  est  formé 
par  MM.  Lurien  Âiivray,  Ch.  Bémont,  Eiig.  Leiong,  F.  Lot,  G.  de  Manteyer, 
R.  Poiipardin,  M.  Prou,  H.  Slein,  A.  Thomas  et  A.  Vidier. 


468  CHRONIQUE    ET   MELANGES. 

«  Le  soin  de  diriger  la  publication  sera  confié  à  des  érudits  spéciaux. 
Chaque  volume  paraîtra  sous  le  contrôle  d'un  commissaire  responsable. 

«  La  collection  paraîtra  par  fascicules  in-S"  à  la  librairie  Alphonse 
Picard  et  fils,  82,  rue  Bonaparte.  Chaque  année  sera  publié  un  certain 
nombre  de  fascicules  qui  seront  payés  par  le  souscripteur  au  moment 
où  il  les  recevra,  à  raison  de  0  fr.  50  par  feuille.  Le  prix  des  publica- 
tions d'une  année  ne  s'élèvera  pas  au-dessus  de  25  francs  par  an. 
Chaque  volume  sera  du  reste  vendu  séparément,  mais  le  prix  de  la 
feuille  sera  porté  à  0  fr.  75  pour  les  personnes  qui  n'auraient  point 
souscrit  à  l'ensemble  de  la  collection. 

«  Les  publications  suivantes  sont  en  préparation  et  commenceront  de 
paraître  dès  que  deux  cents  adhésions  auront  été  recueillies  :  Biblio- 
graphie des  Oartulaires  français,  par  H.  Stein;  Cartulaire  de  l'église 
d'Apt,  par  G.  de  Manteyer;  Cartulaire  de  V église  de  Laon,  par  L.  Broche; 
Cartulaire  de  l'abbaye  de  Bonnevaux,  par  L.  Mirot;  Cartulaire  de  l'évê- 
ché  d'Avignon,  par  G.  de  Manteyer  ;  la  Pancarte  noire  de  Saint-Martin 
de  Tours,  par  Ph.  Lauer;  Cartulaire  navarrais  de  Philippe  III,  par 
H.  Gourteault;  Cartulaire  du  Mont-Saint-Michel,  par  P.  Lecacheux.  » 


RECHERCHES 


SUR 


JEAN    COURTECUISSE 

ET   SES   œUVRES  ORATOIRES 


Jean  Courtecuisse  fut,  à  l'époque  du  Grand  Schisme,  un  des 
orateurs  les  plus  éminents  de  l'Université  de  Paris  et  du  clergé  de 
France.  De  son  temps  même,  on  l'appela  le  Docteur  Sublime^. 
Il  est  singulier  que  ses  œuvres  oratoires  n'aient  jamais  été  étu- 
diées. Sa  biographie  n'a  jamais  été  écrite  que  de  façon  très  som- 
maire'. Il  n'est  pas  sans  intérêt,  cependant,  de  rappeler  avec  un 
peu  plus  de  détail  ce  qu'il  fit  et  d'examiner  ce  qui  nous  reste  de 
ses  sermons  et  de  ses  discours. 

I.  —  La  vie  de  Jean  Courtecuisse. 

Dans  les  textes  français  contemporains  comme  les  Registres 
des  délibérations  du  chapitre  de  Notre-Dame  de  Paris  3,  les 
Chroniques  de  Monstrelet^  ou  le  Journal  d'un  bourgeois  de 
Paris''',  le  personnage  que  nous  étudions  est  appelé  Jehan 

1.  Gallia  chrisliana,  VII,  144. 

2.  Voir  notamment  :  Launoy,  Regii  Navarrx  gymnasii  historia,  p.  463;  — 
Bulœus,  Historia  Universitatis  Parisiensis,  IV,  997;  V,  887;  —  Gallia  cliri- 
stiana,  VII,  144;  —  Oudin,  Commentarlus  de  scriptoribus  ecclesiaslicis,  III, 
2258;  —  Fabricius,  Biblioiheca  latina  medii  xvi  (éd.  de  1858,  Florence),  I-II, 
257;  —  Hauréan,  Histoire  littéraire  du,  Maine,  I,  162;  —  Denifle  et  Châtelain, 
Chartularium  Universitatis  Parisiensis,  III,  259,  n.  9;  —  Féret,  la  Faculté  de 
théologie  de  Paris,  Moyen  Age,  IV,  169. 

3.  Arch.  nat.,  LL  109-112. 

4.  Éd.  Douët  d'Arcq,  III,  56. 

5.  Éd.  Tuetey,  p.  147,  164. 

J904  3^ 


470  RECHERCHES   SUR   JEAN   COURTECUISSE 

Courtecuisse.  Si  Monstrelet  lui  donne  une  fois  le  nom  de 
Courteheuse^,  c'est  évidemment  par  confusion.  Les  deux  noms 
avaient  la  même  origine;  mais  les  personnages  qui  les  portaient 
étaient  de  familles  différentes. 

Dans  une  lettre  de  janvier  1408,  où  l'Université  annonce  au 
duc  de  Bourgogne  l'arrivée  d'une  ambassade  dont  Courtecuisse 
faisait  partie,  on  trouve  la  forme  Brièvecuisse-.  C'est  la 
transcription  littérale  du  latin  Breviscoxe.  Courtecuisse  lui- 
même,  à  notre  connaissance,  ne  signait  que  sous  la  forme  latine  : 
Johannes  Breviscoxe.  Ainsi,  au  bas  d'une  cédule  de  1398, 
cédule  rédigée  de  sa  main  en  français,  où  il  se  nomme  lui-même, 
dans  le  texte,  Jehan  Courtecuisse,  il  a  cependant  signé  de  son 
nom  latin,  tant  étaient  fortes  chez  lui  les  habitudes  d'école ''\  Les 
autres  formes  du  nom  de  Courtecuisse,  signalées  par  les  biblio- 
graphes, sont  sans  intérêt. 

Monstrelet  le  dit  Normand^.  Mais  Launoy,  si  bien  informé  sur 
les  illustrations  du  collège  de  Navarre,  le  déclare  originaire  du 
Maine,  et,  précisant  davantage,  le  fait  naître  au  village  d'Ha- 
leine^. Comme  Oudin^,  il  a  sans  doute  puisé  ce  renseignement 
dans  l'opuscule  intitulé  :  Quœstio  vesperiarum  in  licentia  et 
magisterio  Radulphi  de  Pointa  :  Utï^ura  portœ  cœlestis 
aditum  décor  intraverit?  Courtecuisse  y  appelait  Raoul  de  la 
Porte',  natif  d'Haleine,  son  compatriote,  gentilem  et  popularem 
suuni.  Or,  Haleine,  sur  la  rive  droite  de  la  Mayenne,  était  jadis 
à  la  fois  dans  le  diocèse  du  Mans  et  en  Normandie  ;  il  est  aujour- 
d'hui dans  le  département  de  l'Orne,  mais  sur  la  limite  de  celui 
de  la  Mayenne.  De  là  des  interprétations  diverses. 

De  la  famille  de  Jean  Courtecuisse,  nous  ne  connaissons  que 
de  rares  détails.  Il  conserva  pieusement  le  souvenir  de  son  père 

1.  Éd.  Douët  d'Arcq,  I,  255. 

2.  Chartularium  Universitatis  Parisiensis,  IV,  149. 

3.  Arch.  nat.,  J517,  n"  174.  Voir  encore  Bibl.  nat.,  ms.  lat.  354G,  fol.  31, 
35  V",  80,  110  v;  sur  ce  ms.,  voir  plus  loin,  p.  492. 

4.  Monslrelet,  Chroniques,  éd.  Douët  d'Arcq,  I,  255. 

5.  Launoy,  Regii  Navarrx  gymnasii  historia,  p.  463. 

6.  Oudin,  Commentarius  de  scriptoribus  ecclesiastici,  III,  2258. 

7.  Sur  ce  Raoul  de  la  Porte,  voir  Nicolai  de  Clemangiis,  Opéra  omnia,  éd.  J.-M. 
Lydus  (1613),  p.  204-228,  279;  —  Bulseus,  Historia  IJniversitaUs  Parisiensis,  V, 
915;  —  Launoy,  Regii  Navarrx  gymnasii  historia,  p.  112,  922;  —  Journal  de 
Clément  de  Fauquembergue,  éd.  Tuetey,  I,  62;  —  Chartularium  Universitatis 
Parisiensis,  IV,  n°  1940,  n.  1,  p.  223  et  Index. 


ET   SES   œUVRES    ORATOIRES,  47^ 

et  de  sa  mère,  et,  le  28  juillet  1422,  fonda  pour  eux  comme  pour 
lui  un  obit  à  Notre-Dame  de  Paris.  Il  avait  une  sœur,  Jacque- 
line, qui  épousa  M'^  Jehan  du  Vinier,  notaire;  elle  habitait  à 
Paris  une  maison  avec  jardins,  rue  de  Bièvres,  que  son  mari  et 
elle  possédaient  en  indivis  avec  Pierre  le  Masurier.  Courtecuisse 
avait,  à  sa  mort,  une  fortune  assez  importante,  dont  une  partie 
venait  évidemment  de  sa  famille  ^ 

Courtecuisse  entreprit,  vers  1367,  de  longues  études  au  collège 
le  plus  fameux  alors  de  l'Université,  le  collège  de  Navarre-.  En 
1373,  il  était  licencié  es  arts  et  commençait  sa  théologie.  Le  rôle 
de  l'Université  de  1378-1379  le  présente  en  effet  comme  clerc, 
maître  es  arts,  étudiant  en  théologie  depuis  six  ans^.  Dans  l'in- 
tervalle des  deux  rôles  de  1382,  du  10  octobre  au  10  décembre, 
il  devint  bachelier  en  théologie^;  il  ne  reçut  pas  la  licence  avant 
le  30  avril  1389-'.  Nous  ne  savons  quand  ni  comment  il  obtint 
enfin  le  titre  de  maître  ou  docteur^.  Ses  études  avaient  duré  plus 
de  vingt  ans,  ce  qui,  pour  un  théologien,  était  l'ordinaire.  Ainsi, 
pendant  de  longues  années,  Courtecuisse  avait  vécu  dans  une 
société  studieuse  et  éclairée  ;  il  avait  été  l'élève,  le  condisciple  ou 
le  maître  des  universitaires  les  plus  illustres  de  ce  temps  :  Pierre 
d'Ailly,  son  aîné;  Jean  Gerson,  de  quelques  années  plus  jeune; 
Nicolas  de  Clamanges,  plus  jeune  encore'''.  Par  la  suite,  il  obtint 
des  dignités  universitaires.  Lorsqu'en  1408,  il  devint  aumônier 
du  roi,  il  prit  par  ce  fait  même  la  direction  du  Collège  de  Maître 
Gervais^.  Surtout  à  partir  du  mois  d'août  1416,  il  apparaît 
comme  doyen  de  la  Faculté  de  théologie,  et  il  resta  à  la  tête  de 
cette  Faculté  jusqu'en  septembre  1421^. 

1.  Arch.  liât.,  LL  112,  p.  511. 

2.  Launoy,  Regii  Navarrx  gijmnasii  historia,  p.  463;  —  Oudin,  Commenta- 
rius  de  scriptoribus  ecclesiasticis,  III,  2258. 

3.  Chartularium  Universitatis  Parisiensis,  III,  252,  259,  n.  9.  Les  éditeurs 
du  cartulaire  citent  (III,  259,  n.  9)  un  autre  rôle  du  même  temps  où  J.  Cour- 
tecuisse est  dit  étudiant  en  théologie  quinto  anno.  Voir  encore  Bulœus,  His- 
toria Universitatis  Parisiensis,  IV,  997. 

4.  Bulaeus,  Historia  Universitatis  Parisiensis,  IV,  592  ;  —  Chartularium  Uni- 
versitatis Parisiensis,  III,  312,  n"  1474,  n.  1. 

5.  Chartutarium  Universitatis  Parisiensis,  III,  479,  n°  1549. 

6.  Launoy,  Regii  Navarrx  gymnasii  historia,  p.  463,  dit  qu'il  obtint  les 
insignes  de  docteur  vers  1388;  ce  ne  peut  être  qu'après  juin  1389. 

7.  Launoy,  Regii  Navarrx  gymnasii  historia,  p.  95  et  suiv. 

8.  Launoy,  Regii  Navarrx  gymnasii  historia,  p.  464. 

9.  Chartularium  Universitatis  Parisiensis,  IV,  321,  ii"  2072,  406,  n"  2195. 


472  RECHERCHES   SUR   JEAN    CODRTECUISSE 

Bachelier,  Courtecuisse  avait  enseigné  au  collège  de  Navarre; 
licencié,  il  avait  dû  le  quitter;  ainsi  le  voulaient  les  règlements ^ 
Il  n'était  encore,  le  31  juillet  1387,  que  diacre  de  l'église  de 
Paris'-.  Mais,  depuis  1378 ■',  il  figurait  sur  les  rôles  où  l'Univer- 
sité inscrivait  ceux  de  ses  membres  qui  sollicitaient  quelque 
bénéfice  de  la  générosité  du  pape.  Il  tenait  évidemment  beaucoup 
à  ce  que  son  nom  ne  fût  pas  omis  sur  ces  listes.  Durant  plusieurs 
années,  il  paraît  avoir  été  fort  inquiet  à  ce  sujet  ^  :  dans  le  pre- 
mier rôle  de  1382,  il  était  bien  inscrit,  mais  il  n'était  pas  encore 
bachelier  en  théologie;  dans  le  second,  alors  que  dans  l'intervalle 
il  ait  obtenu  son  baccalauréat,  il  ne  figurait  pas.  Or,  le  pape 
avait  promis  deux  grâces  aux  bacheliers  en  théologie  qui  avaient 
leur  nom  sur  l'un  ou  sur  l'autre  rôle.  L'anxiété  de  Courtecuisse 
dura  plusieurs  années;  dans  le  rôle  de  1387,  il  priait  encore  le 
souverain  pontife  de  ne  pas  l'oublier  dans  la  distribution  de  ses 
grâces,  puisqu'il  avait  été  reçu  bachelier  dans  l'intervalle  des 
deux  rôles  de  1382. 

Les  ambitions  de  Courtecuisse  commencèrent  à  être  satisfaites, 
quand,  le  4  juillet  1391,  le  pape  lui  accorda  un  canonicat  en 
l'église  cathédrale  de  Poitiers;  ce  canonicat  était  pourvu  d'une 
prébende  et  se  trouvait  vacant  ;  le  nouveau  bénéficiaire  n'avait 
pas  à  attendre.  Très  gracieusement,  le  pape  disait  dans  sa  bulle 
que  Courtecuisse  devait  cette  collation  non  à  ses  propres  ins- 
tances, mais  à  la  «  pure  libéralité  du  pontife^.  »  Ce  n'était  qu'un 
commencement.  Dans  le  même  temps,  sans  doute,  il  fut  fait  cha- 
noine de  la  cathédrale  du  Mans^  ;  on  sait  qu'il  était  de  ce  diocèse. 
Il  est  possible  qu'il  ait  dû  cette  dignité  lucrative  à  la  protection 
de  la  duchesse  douairière  d'Anjou  et  de  son  fils  aîné,  Louis  IL 
Peut-être  fut-il  fait  encore  chanoine  de  Lavaur,  puisqu'au  scru- 
tin de  1398,  sur  la  soustraction  d'obédience,  il  fut  à  la  fois  pro- 

1.  Laiinoy,  liegii  Navarrx  gymnasii  historia,  p.  99. 

2.  Chartularium  Universilatis  Parisiensis,  III,  450.  Dans  un  catalogue  de 
licenciés  en  théologie  {Chartularium  Universitatis  Parisiensis,  III,  259,  n.  9, 
et  468,  n.  4),  Courtecuisse  est  qualifié  de  Mineur,  ce  qui  ne  peut  être  qu'une 
négligence  du  scribe. 

3.  Chartularium  Universitatis  Parisiensis,  III,  252. 

4.  Chartularium  Universitatis  Parisiensis,  III,  450. 

5.  A.  Thomas,  les  Lettres  à  la  cour  des  papes,  extraits  des  archives  du 
Vatican,  p.  88. 

6.  On  le  trouve  chanoine  au  Mans  en  1398  et  1403  (Arch.  nat.,  J  517,  n'  174  j 
—  Chartularium  Universitatis  Parisiensis,  IV,  75,  n°  1793). 


ET   SES    OEUVRES    ORATOIRES.  473 

cureur  du  chapitre  du  Mans  et  de  celui  de  Lavaur^  Il  avait  du 
reste  de  plus  hautes  prétentions.  Le  rôle  de  1403  nous  le  pré- 
sente encore  en  solliciteur  auprès  du  pape  Benoît  XIII,  qu'il 
venait  cependant  de  combattre  avec  vigueur'^.  Cette  fois,  la 
générosité  pontificale  ne  se  fit  guère  attendre'  :  le  7  décembre 
1405,  Courtecuisse  avait  déjà  reçu  l'expectative  d'une  prébende 
à  Notre-Dame  de  Paris,  et,  pour  obtenir  plus  vite  cette  pré- 
bende, il  se  déclarait  prêt  à  faire  l'office  de  lecteur  en  théologie 
de  l'église  cathédrale ^  Il  avait  comme  concurrent  le  maître  en 
théologie  Dominique  Petit.  Ce  n'est  qu'après  quatre  années  d'at- 
tente au  moins  que,  par  lettres  du  16  mai  1409,  il  fut  pourvu  et 
que  son  expectative  se  changea  en  réalité.  Le  10  juillet,  il  fut 
admis  à  siéger  à  la  place  de  Gilles  le  Jeune,  élu  évêque  de  Fré- 
jus^  Il  faisait  désormais  partie  du  haut  clergé  de  la  capitale. 

L'activité  de  Jean  Courtecuisse  comme  chanoine  nous  est 
assez  bien  connue  grâce  aux  registres  des  déhbérations  du  cha- 
pitre de  Notre-Dame.  Elle  paraît  avoir  été  très  médiocre.  Comme 
on  le  verra,  il  fut  trop  occupé  par  les  affaires  de  l'Église,  de 
l'Université  et  de  l'État  pour  être  assidu  aux  réunions  ordinaires 
ou  solennelles.  Ainsi,  durant  les  trois  premiers  mois  de  son 
canonicat,  il  ne  fut  présent  au  Chapitre  que  treize  fois^;  plus 
tard,  lorsqu'il  fut  devenu  un  plus  grand  personnage,  de  Pâques 
1412  à  Pâques  1414,  soit  durant  les  deux  années  de  la  crise 
cabochienne,  il  n'assista  aux  réunions  capitulaires  que  trente 
fois,  ce  qui  ne  fait  que  quinze  fois  par  an,  un  peu  plus  d'une 
fois  par  mois  en  moyenne  ^  Comme  tous  ses  collègues,  à  tour  de 
rôle,  il  fut  chargé  d'administrer  une  des  prévôtés  du  domaine 
capitulaire,  celle  de  Vernotum  en  1411'.  Des  difficultés  s'éle- 
vèrent à  propos  de  son  entrée  en  charge^;  d'autre  part,  sa  pré- 
vôté finie,  il  paraît  avoir  été  fort  long  à  régler  des  comptes;  plu- 


1.  Arch.  nat.,  J  517,  n°  174. 

2.  Chartularium  Universitatis  Parisiensis,  IV,  75,  n»  1793. 

3.  Chartularium  Uaiversiiaiis  Parisiensis.  IV,  137,  n"  1822.  Ce  lecteur  en 
théologie  devait,  en  effet,  d'après  la  volonté  exprimée  par  le  pape,  être  préféré 
à  tout  autre  candidat  pour  la  première  prébende  vacante. 

4.  Arch.  nat.,  LL  110,  p.  231. 

5.  Arch.  nat.,  LL  110,  passim. 

6.  Arch.  nat.,  LL  111,  passim. 

7.  Arch.  nat.,  LL  110,  p.  542. 

8.  Arch.  nat.,  LL  110,  p.  398. 


474  BECHERCQES    SUR   JEAN    COURTECUISSE 

sieurs  affaires  touchant  sa  gestion  occupaient  encore  le  Chapitre 
dans  le  courant  de  1414,  notamment  en  juillet  et  en  octobre^  Il 
fut  également  prévôt  de  Larchant  en  1418  ^  Bien  qu'il  ait  pris 
peu  de  part,  à  la  vie  capitulaire,  sa  grande  réputation  oratoire, 
ses  services  universitaires,  son  rôle  religieux  et  politique  lui 
valurent  d'être  désigné  par  le  Chapitre  en  juin  1418,  puis  pré- 
senté au  pape  par  l'Université  au  commencement  de  mai  1419 
pour  faire  l'office  de  chancelier  de  Notre-Dame  en  l'absence  de 
Gerson.  Cette  désignation  est  significative.  Courtecuisse  admi- 
nistra la  Chancellerie  jusqu'en  1421 3.  Ainsi,  les  dignités  et  les 
honneurs  s'étaient  régulièrement  succédé  dans  cette  carrière  bien 
remplie. 

Maître  plein  d'autorité,  orateur  magnifique,  Courtecuisse  fut 
mêlé  à  toutes  les  grandes  affaires  de  son  temps.  Son  éloquence  fut 
largement  mise  à  contribution.  Le  Schisme,  tout  d'abord,  absorba 
la  plus  grande  part  de  son  activité  extérieure.  Il  ne  saurait  con- 
venir à  cette  étude  de  retracer  la  politique  du  roi  de  France  et  de 
l'Université  de  Paris  dans  le  Schisme  afin  de  reconstituer  le  rôle 
propre  à  Courtecuisse.  Il  suffira  de  donner  une  idée  générale  et 
sommaire  de  ce  rôle.  Pour  l'union  de  l'Eglise  romaine,  il  n'est 
guère  d'assemblée  et  de  concile  où  Courtecuisse  n'ait  figuré, 
d'ambassade  dont  il  n'ait  fait  partie.  11  fut  présent  à  l'assemblée 
du  clergé  de  1395,  à  celle  de  1398,  à  celles  de  1408  et  de  1411  ; 
il  assista  au  concile  de  Pise  en  1409,  au  concile  de  Rome  en 
1412;  peut-être  même  parut-il  à  celui  de  Constance'*.  Il  a  été 
envoyé  en  ambassade,  soit  par  le  roi,  soit  par  l'Université,  en 
Angleterre  en  1395,  en  Allemagne  en  1396,  à  Avignon  en  1397, 
de  nouveau  en  Angleterre  en  1398,  en  Allemagne,  puis  à 
Venise  en  1400,  à  Avignon  probablement  en  1403,  à  Marseille, 
près  de  Benoît  XIII,  en  1406,  en  Italie,  à  Rome  en  1407,  auprès 
du  duc  de  Bourgogne  au  commencement  de  1408,  auprès  du 

1.  Arch.  nat.,  LL  111,  p.  182,  2i0. 

2.  Arch.  nat.,  LL  111,  p.  168. 

3.  Chartularium  Universitatis  Parisiensis,  IV,  xxxii  et  n°  2106. 

4.  Religieux  de  Saint-Denis,  II,  222;  —  Bulaeus,  Historia  Vniversifaiis  Pari- 
siensis, V,  887;  —  Chartularium  Universil alis  Parisiensis,  IV,  159,  n"  1858, 
279,  n"  2012;  —  N.  Valois,  la  France  et  le  Grand  Schisme,  III,  159,  n.  1,  179, 
n.  1;  IV,  200,  n.  2.  Voir  plus  loin  le  Catalogue  des  serinons,  n"  VIII.  —  C'est 
du  Bouiay  qui  fait  figurer  Courtecuisse  au  concile  de  Constance.  Mais  on  ne 
trouve  pas  le  nom  de  ce  docteur  dans  la  liste  des  maîtres  en  théologie  présents 
au  concile  donnée  par  E.  Dupin  (Gersonii  Opéra,  V,  1010). 


ET   SES   ŒUVRES   ORATOIRES.  475 

pape  Alexandre  V  au  commencement  de  1410  ^  ;  et  ce  ne  furent 
sans  doute  pas  ses  seules  missions.  Son  talent  oratoire  eut  donc 
souvent  l'occasion  de  se  déployer  dans  des  circonstances  solen- 
nelles. C'est  ainsi  qu'en  janvier-février  1397,  il  parla  devant  le 
roi  pour  réclamer  la  suppression  des  taxes  et  -provisions  aposto- 
liques- ;  —  que,  la  même  année,  en  juin,  il  harangua  Benoît  XIII 
à  Avignon  3;  —  que,  le  15  avril  1402,  il  plaida  devant  le  Con- 
seil royal  la  soustraction  d'obédience^;  —  qu'en  mai  1407,  lors 
du  séjour  à  Marseille  de  la  grande  ambassade  envoyée  par  le 
roi,  les  princes  et  l'Université  à  Benoît  XIII,  il  prononça  devant 
le  pape  le  panégyrique  de  saint  Louis  de  Toulouse^;  —  que,  le 
21  mai  1408,  devant  le  roi,  dans  une  sorte  de  grande  réunion 
publique  au  Palais,  i]  prêcha  contre  Benoît  XIII  et  contre  les 
bulles  pontificales  qui  menaçaient  le  roi  et  le  royaume  d'ana- 
tlième^  ;  —  qu'il  fit  le  sermon  solennel  pour  l'entrée  en  conclave 
des  cardinaux  à  Pise  en  1409 ^  Dans  toutes  ces  circonstances, 
Jean  Courtecaisse  n'apparaît  ni  comme  un  chef  de  parti  aux 
idées  personnelles,  ni  comme  un  meneur  audacieux.  Son  esprit 
était  pondéré,  plus  solennel  que  subtil;  c'était  avant  tout  un 
orateur.  Il  eut,  sans  rien  de  vraiment  original,  les  idées  qui 
dominaient  alors  dans  l'Université  ;  il  ne  fit  que  suivre  ceux  qui 
réclamèrent  d'abord  avec  grand  zèle  la  voie  de  cession,  puis  qui, 
irrités  des  résistances  de  Benoît  XIII,  soutinrent  et  imposèrent  la 
soustraction  d'obédience.  Aussi  n'eut-il  pas  l'action  d'un  Pierre 
d'Ailly,  d'un  Simon  de  Cramaud,  d'un  Jean  Petit.  Son  rôle 
paraît  avoir  été  plutôt  décoratif.  Ce  qui  le  prouve  bien,  c'est  que, 
dans  son  grand  travail  sur  la  France  et  le  Grand  Schistne, 

1.  Religieux  de  Saint-Denis,  II,  326,  419;  III,  512;  —  Juvénal  des  Ursins, 
éd.  Godefroy,  p.  788;  —  Launoy,  Rp.gii  Navarrx  gymnasii  historia,^.  463;  — 
Ehrie,  Ans  den  Acten  des  Afterconcils  von  Perpignan  {Archiv  fiir  Lileratur- 
und  Kirchengeschichte,  V,  422,  n.  2);  —  N.  Valois,  la  France  et  le  Grand 
Schisme,  III,  76,  80,  81,  n.  1,  117,  291,  n.  3,  289,  n.  4,  295,  499,  n.  6,  519,  n.  4 
el  5,  543,  n.;  IV,  58,  n.  6;  —  le  même,  Jacques  de  Nouvion  et  le  Religieux  de 
Saint-Denis  {Bibl.  de  l  École  des  chartes,  LXIII,  1902,  233).  Voir  encore  Cata- 
logue des  sermons,  n"  IV. 

2.  Voir  Catalogue  des  sermons,  n"  I. 

3.  Voir  Catalogue  des  sermons,  n°  II. 

4.  Voir  Catalogue  des  sermons,  n"  III. 

5.  Voir  Catalogue  des  sermons,  n°  VI. 

6.  Voir  Catalogue  des  sermons,  n°  VU. 

7.  Voir  Catalogue  des  sermons,  n°  VIII. 


476  RECHERCHES   SUR   JEAN    CODRTECDISSE 

M.  N.  Valois  n'a  jamais  été  amené  par  ses  documents  à  en  faire 
un  personnage  de  premier  plan. 

Tout  à  fait  analogue  paraît  avoir  été  le  rôle  de  Courtecuisse 
dans  les  affaires  politiques  du  royaume.  Depuis  1408,  il  était 
attaché  à  la  cour  par  la  charge  d'aumônier  du  roi^  Dans  le 
même  temps,  par  lettres  du  22  juin  1408,  le  roi  le  fît  conseiller 
au  Grand  Conseil ^  et,  en  cette  qualité,  Courtecuisse  reçut 
500  francs  de  gages^.  Encore,  eu  1408,  le  gouveruement  royal 
lui  confia  une  mission  importante  :  il  fut  chargé,  le  15  sep- 
tembre, en  compagnie  de  Cordelier  de  Giresme,  premier  écuyer, 
de  négocier  de  nouvelles  trêves  entre  France  et  Angleterre  avec 
les  envoyés  du  roi  d'Angleterre  Henry  IV,  Hugues  de  Mortemer 
et  Jean  Catritz.  Deux  jours  après,  les  trêves  étaient  conclues 
jusqu'au  l*""  mai  1410^  D'autre  part,  Courtecuisse  était  depuis 
longtemps  l'obligé  du  duc  d'Orléans  ;  dès  1398,  on  le  trouve,  comme 
conseiller,  parmi  ceux  à  qui  le  duc  faisait  distribuer  des  pièces  de 
drap  et  des  fourrures  à  Noël^.  Il  fit  pour  le  duc  de  Berry,  en 
1403,  une  traduction  du  Traité  des  Quatre  Vertus  attribué  à 
Sénèque^.  Il  ne  devait  pas  être  en  mauvais  termes  avec  le  duc  de 
Bourgogne,  Jean  Sans-Peur,  puisque  peu  de  temps  après  l'assas- 
sinat du  duc  d'Orléans,  dans  les  deux  premiers  mois  de  1408,  il 
fut  envoyé  par  l'Université  auprès  du  duc  pour  les  affaires  du 
Schisme  et  celles  de  l'Université'.  C'est  en  1413,  dans  la  crise 
cabochienne,  qu'il  prit  la  part  la  plus  active  à  la  vie  politique  du 
royaume.  Au  mois  de  février,  à  la  suite  des  États-Généraux,  il  fut 
désigné  pour  faire  partie  de  la  commission  de  réformes  qui  pré- 
para l'Ordonnance  Cabochienne;  il  était  sans  doute  un  de  ces 
intellectuels,  libricole,  dont  on  regrettait  la  présence  dans  cette 
commission,  où  il  n'aurait  dû  y  avoir  que  des  praticiens^.  Cour- 

1.  Arch.  nat.,  KK  36-37. 

2.  Chavanon,  Renaud  VI  de  Pons,  p.  158. 

3.  Ju vénal  des  Ursins,  Histoire  de  Charles  VI,  éd.  Godefroy,  p.  788. 

4.  Chavanon,  Renaud  VI  de  Pons,  p.  158-171. 

5.  De  Laborde,  les  Ducs  de  Bourgogne,  III,  n°  5875  ;  —  N.  Valois,  la  France 
et  le  Grand  Schisme,  III,  208,  n°  2. 

6.  Voir  plus  loin,  p.  489. 

7.  Chartularium  Universitatis  Parisiensis,  IV,  148-149,  n"  1843-1845.  Il  avait 
comme  compagnons  J.  Voygnon  et  R.  de  Fontaine. 

8.  Chartularium  Universitatis  Parisiensis,  IV,  153,  n°  1969;  —  Religieux  de 
Saint-Denis,  V,  4.  Voir  A.  Coville,  les  Cabochiens  et  l'ordonnance  de  lil3, 
p.  177. 


ET    SES    OEUVRES   ORATOIRES.  477 

tecuisse  a  dû  collaborer  habilement  à  l'œuvre  commune  qui  fut 
considérable.  Ce  qui  prouve  bien  cette  collaboration,  c'est  que, 
trois  jours  après  la  promulgation,  Gourtecuisse  fut  chargé  de 
prendre  la  parole  devant  le  roi  à  l'hôtel  Saint-Paul,  au  nom  de 
l'Université  et  de  la  ville  de  Paris,  pour  l'engager  à  appliquer  et 
à  maintenir  inviolablement  les  réformes*.  Il  y  aura  lieu  de 
revenir  sur  cette  harangue  d'une  inspiration  très  élevée.  Malheu- 
reusement, l'œuvre  à  laquelle  Gourtecuisse  avait  contribué  n'eut 
qu'une  existence  éphémère. 

Lors  du  concile  de  la  foi,  réuni  au  commencement  de  1414 
pour  juger  les  doctrines  de  Jean  Petit,  concile  qui  n'était  qu'une 
vengeance  politique  des  Armagnacs,  Gourtecuisse  se  trouva  fort 
embarrassé  ;  il  donna  des  avis  compliqués  et  obscurs  et  finale- 
ment se  tira  d'affaire  par  une  condamnation  conditionnelle 2. 
Cependant,  la  puissance  des  Armagnacs  semblait  devoir  durer. 
Il  en  profita  pour  remplir  un  devoir  de  reconnaissance  et  donner 
un  gage  aux  maîtres  du  jour.  C'est  lui  qui,  le  10  janvier  1414, 
au  couvent  des  Gélestins,  prononça  l'oraison  funèbre  du  duc 
d'Orléans^.  Le  duc  de  Bourgogne  ne  devait  pas  le  lui  pardonner. 
Ce  mécontentement  classa  Gourtecuisse  parmi  les  Armagnacs 
plus  ou  moins  avérés.  Une  nouvelle  circonstance  acheva  de  le 
compromettre.  Les  Bourguignons  étaient  rentrés  dans  Paris  en 
mai  1418.  Ils  n'avaient  pas  ramené  la  paix;  les  environs  de  la 
capitale  étaient  désolés  par  les  gens  d'armes.  Le  peuple  de  Paris, 
à  l'entrée  de  l'hiver,  souffrait  cruellement  de  la  difficulté  des 
approvisionnements ^  Le  bois  même  n'arrivait  plus.  Le  15  octobre 
1418,  une  grande  réunion  fut  tenue  au  Parlement;  on  y  vit  le 
chancelier,  le  prévôt  de  Paris,  le  recteur  de  l'Université,  le  pré- 
vôt des  marchands,  des  universitaires,  des  échevins,  des  bour- 
geois. Après  délibération,  il  fut  décidé  que  J.  Gourtecuisse  serait 


1.  Chartularium  Universitatis  Parisiensis,  IV,  257,  1979;  —  A.  Coville,  les 
Cabochiens  et  l'ordonnance  de  Îil3,  p.  211,  214. 

2.  Charlularium  Universitatis  Parisiensis,  IV,  n"  2001,  2003,  2006,  2012. 
Pour  plus  de  détails,  voir  plus  loin  le  Catalogue  des  sermons.  J.  Gourtecuisse 
signait  eu  tête,  en  novembre  1416,  un  Summarium  censune  destiné  au  con- 
cile de  Constance  (Gersonii,  Opéra,  V,  328). 

3.  Monstrelet,  Chroniques,  III,  555;  —  Launoy,  Regii  Navarrx  gymnasii  his- 
toria,  p.  464. 

4.  Sur  la  misère  et  la  mortalité  dont  souffrait  alors  Paris,  voir  le  Journal 
d'un  bourgeois  de  Paris,  éd.  Tuetey,  p.  115. 


478  RECHERCHES   SUR   JEAX   COURTECUISSE 

chargé  de  présenter  au  roi  les  doléances  communes.  Il  était  évi- 
demment l'orateur  préféré  dans  les  grandes  circonstances.  Le 
canevas  de  son  discours  lui  fut  tracé  par  l'assemblée  ^  Mais  nous 
n'avons  aucun  détail  sur  le  discours  lui-même  et  sur  l'audience 
royale  où  il  fut  prononcé. 

Courtecuisse  fit  bientôt  l'expérience  des  mauvaises  volontés 
qui  se  coalisaient  contre  lui.  La  place  qu'il  occupait  depuis  long- 
temps dans  le  clergé  de  Paris  le  désignait  pour  un  siège  épisco- 
pal.  Il  y  songeait  d'une  façon  manifeste  dès  1416;  l'archevêque 
de  Sens,  Jean  de  Montagu,  avait  été  tué  à  Azincourt.  Comme  les 
élections  avaient  été  rétablies  sous  le  régime  de  la  soustraction, 
le  chapitre  de  Sens  avait  à  élire  le  nouvel  archevêque.  Jean 
Courtecuisse  se  fit  spécialement  recommander  aux  suffrages  des 
chanoines  par  l'Université  de  Paris  ;  mais  ce  fut  le  candidat  du 
duc  de  Bourgogne  qui  fut  élu^. 

Le  doyen  de  la  Faculté  de  théologie  put  croire,  en  1420,  qu'il 
n'avait  pas  perdu  pour  attendre.  L'évêque  de  Paris,  Gérard  de 
Montagu,  était  mort  le  25  septembre  1420 3.  Le  siège  même  de  la 
capitale  était  vacant.  Devenus  les  véritables  maîtres  dans  le  nord 
du  royaume,  le  roi  d'Angleterre  et  le  duc  de  Bourgogne  n'enten- 
daient pas  laisser  au  Chapitre,  dont  les  dispositions  étaient  hos- 
tiles, le  soin  de  trouver  un  candidat  :  ils  prétendaient  lui  imposer 
l'homme  de  leur  choix ^.  Dès  le  7  octobre,  en  effet,  ils  écrivaient 
au  Chapitre  pour  lui  recommander  le  transfert  sur  le  siège  de 
Paris  de  Philibert  de  Montjeu,  nommé  par  le  pape  évêque 
d'Amiens,  mais  non  encore  installé  :  c'était  un  ancien  conseiller 
de  Jean  Sans-Peur,  un  Bourguignon  très  sûr^.  Le  11  octobre, 

1.  Arch.  nat.,  Xla  1480,  fol.  151.  Voir  le  Journal  d'un  bourgeois  de  Paris, 
éd.  Tuetey,  p.  148,  note;  —  Journal  de  Clément  de  Fauquembergue,  éd.  Tue- 
tey,  I,  183. 

2.  N.  Valois,  la  France  et  le  Grand  Schisme,  IV,  413,  n.  1. 

3.  Gallia  chrisliana,  VII,  144. 

4.  Arcb.  nat.,  LL  112.  L'épisode  curieux  de  l'élection  de  Jean  Courtecuisse 
au  siège  de  Paris  a  été  résumé  sommairement  dans  le  Gallia  christiana,  IV, 
144,  et  avec  un  peu  plus  de  détails  par  Tuetey  dans  ses  notes  au  Journal  d'un 
bourgeois  de  Paris,  p.  147,  n.  3,  164,  n.  2;  enfin  raconté  avec  abondance  par 
Grassoreille,  Histoire  politique  du  chapitre  de  Notre-Dame  de  Paris  pendant 
la  domination  anglaise  (Mémoires  de  la  Société  de  l'histoire  de  Paris,  IX 
(1882),  117).  La  courte  notice  de  cet  auteur  sur  J.  Courtecuisse  (p.  131)  est 
fort  inexacte. 

5.  Arch.  nat.,  LL112,  p.  286. 


ET    SES   (OUVRES   ORATOIRES.  479 

Jacques  de  Coiirtiambles  et  l'évêque  de  Worcester  vinrent  pré- 
senter avec  insistance  la  requête  du  roi  et  du  duc*.  Dès  le  début, 
la  situation  était  difficile.  Les  chanoines  ne  se  hâtèrent  point. 
Dans  leur  réunion  du  23  octobre,  ils  s'engagèrent  à  garder  sur 
cette  affaire  le  plus  grand  secret;  ce  qui  n'anîionçait  pas  de  leur 
part  des  intentions  dociles.  De  plus,  ils  décidèrent  de  faire  une 
convocation  générale  pour  régler  l'élection  et  veiller  à  la  défense 
des  libertés  de  l'Église  ^  Cette  grande  réunion  eut  lieu  le 
28  octobre;  on  y  vit  le  recteur  de  l'Université,  l'abbé  de  Saint- 
Denis,  plusieurs  docteurs.  Il  fut  convenu  que  l'assemblée  électo- 
rale serait  tenue  dans  les  formes^.  Une  question  fut  délicate  à 
régler  :  la  convocation  des  chanoines  absents  de  Paris  et  passés 
dans  le  parti  du  Dauphin.  11  fallut  aller  jusqu'au  roi,  qui  était  à 
l'armée,  pour  obtenir  les  sauf-conduits  nécessaires ^  L'élection 
fut  d'abord  fixée  au  9  décembre;  mais  il  fallut  la  proroger  jus- 
qu'après Noël^.  Évidemment,  un  conflit  se  préparait,  et  c'est 
Gourtecuisse  qui  va  en  être  la  cause. 

Le  23  décembre,  une  messe  du  Saint-Esprit  fut  célébrée; 
Gourtecuisse  devait  y  faire  le  sermon.  Gomme  il  était  malade, 
ce  fut  un  Frère  Mineur,  maître  en  théologie,  qui  prêcha^.  A  la 
réunion  du  lendemain  mardi,  le  chanoine  Jean  Yoygnon  arriva 
tout  ému  de  l'hôtel  royal  et  raconta  ceci  :  «  Messeigneurs,  je 
vieng  de  la  cour  et  m'a  chargé  Monseigneur  le  premier  chape- 
lain de  vous  dire  ce  que  je  vous  dire.  Il  m'a  dit  que  messire  Lour- 
din  de  Sallegnj  et  messire  Renier  Pot,  chevaliers,  sont  venus  à 
lui  et  li  ont  dit  de  par  le  roy  d'Angleterre  qu'il  vous  deist  que 
vous  elisissiez  cellui  pour  qui  il  vous  a  dit  ou  a  prié,  et,  se  vous 
faictes  aultrement,  l'église  de  Paris  en  pourra  bien  avoir  à  souf- 
frir et  cellui  que  vous  eslirez  n'aura  pas  beau  demourer  en  ce 
royaume.  »  Acte  fut  dressé  de  ce  récit'. 


1.  Arch.  nat.,  LL  112,  p.  286;  —  Grassoreille,  p.  117,  n.  1. 

2.  Arch.  nat.,  LL  112,  p.  289;  —  Grassoreille,  p.  117,  n.  2. 

3.  Arch.  nat.,  LL  112,  p.  291  ;  —  Grassoreille,  p.  119,  n.  2. 

4.  Arch.  nat.,  LL  112,  p.  290-297;  —  Grassoreille,  p.  118-123. 

5.  Arch.  nat.,  LL  112,  p.  300-303;  —  Grassoreille,  p.  126-127. 

6.  Arch.  aat.,  LL  112,  p.  303.  Cette  séance  n'est  pas  rapportée  par  Grasso- 
reille. 

7.  Arch.  nat.,  LL  112,  p.  304.  Le  petit  discours  de  J.  Voygnon  est  rapporté 
par  Tuetey,  Journal  d'un  bourgeois  de  Paris,  p.  164,  n.  2.  Il  n'a  pas  été  donné 
par  Grassoreille. 


J(80  RECHERCHES    SDR    TEiN    CODRTECUISSE 

Le  surlendemain,  le  chapelain  du  roi,  Jean  du  Moulin,  qui 
était  chanoine,  était  présent  au  chapitre.  Il  fit  un  récit  qui  con- 
cordait avec  celui  que  les  chanoines  avaient  entendu  à  la  réunion 
précédente.  Le  mardi  matin,  à  une  demi-portée  d'arbalète  de 
Saint-Paul,  il  avait  rencontré  le  frère  de  Philibert  de  Montjeu 
qui  rentrait  en  ville.  Puis,  comme  Du  Moulin  était  depuis  deux 
heures  dans  la  chapelle,  Lourdin  de  Saligny^  et  Renier  Pot, 
deux  seigneurs  bourguignons,  vinrent  le  trouver  et  le  question- 
nèrent :  «  Les  chanoines,  dirent-ils,  ont-ils  bien  l'intention  d'élire 
Philibert  de  Montjeu  que  vous  ont  recommandé  affectueusement 
le  roi  d'Angleterre  et  le  duc  de  Bourgogne?  C'est  un  prud'homme 
digne  de  tous  éloges  et  très  instruit.  —  Si  vous  en  éhsez  un 
autre,  ajouta  l'un  des  deux  seigneurs  (Du  Moulin  ne  se  rappelait 
plus  lequel),  votre  église  s'apercevra  bien  qu'elle  n'a  pas  agi 
selon  les  désirs  du  roi  d'Angleterre,  et  l'élu  ne  gagnera  rien  à 
rester  évêque  de  Paris.  »  J.  du  Moulin  répondit  :  «  Messeigneurs, 
les  chanoines  de  Paris  connaissent  la  noblesse  et  la  valeur  de 
Philibert  de  Montjeu.  Mais  ils  ont,  d'autre  part,  à  maintenir  les 
libertés  de  l'Église.  Il  convient,  en  outre,  qu'ils  attendent  la  venue 
des  chanoines  absents  qui  ont  été  convoqués,  et,  lorsqu'ils  seront 
tous  réunis,  ils  éliront  celui  que  Dieu  leur  enseignera.  »  Cette 
réponse  ne  satisfit  point  les  deux  chevaliers,  et,  pour  faire 
impression  sur  leur  interlocuteur,  ils  lui  exposèrent  qu'en  Angle- 
terre c'était  la  coutume  d'élire  toujours  celui  que  le  roi  avait 
indiqué.  Un  des  seigneurs,  par  surcroît,  mit  le  chapelain  au  cou- 
rant de  ce  que  leur  avait  fait  savoir  Henry  V  :  le  roi  d'Angle- 
terre avait  interpellé  l'aumônier  du  roi,  J.  Courtecuisse,  et  lui 
avait  reproché  de  briguer  le  siège  de  Paris  contre  le  candidat 
royal,  Phihbert  de  Montjeu  ;  et  Courtecuisse  aurait  répondu  qu'il 
n'était  nullement  candidat  et  qu'il  ne  le  serait  pas.  Sur  une  ques- 
tion qui  lui  fut  faite,  J.  du  Moulin,  en  terminant,  déclara  que 
Lourdin  de  Saligny  et  Renier  Pot  n'avaient  pas  parlé  au  nom 
du  roi  d'Angleterre-.  Cette  conversation  est  très  curieuse;  elle 
ne  montre  pas  seulement  l'ingérence  hypocrite  du  pouvoir  laïque 
dans  les  élections  ;  elle  fait  entrevoiries  intrigues  qui  se  menaient 
parmi  les  chanoines,  intrigues  qui  avaient  évidemment  pour  but 
d'opposer  Jean  Courtecuisse  à  Philibert  de  Montjeu.  Il  est  bien 

1.  Grassoreille  (p.  127)  appelle,  à  tort,  ce  personnage  Lourdin  de  Saillon. 

2.  Arch.  nat.,  LL  112,  p.  304;  —  Grassoreille,  p.  127. 


ET    SES    œUVRES    ORATOIRES.  48^ 

clair,  en  tout  cas,  que  le  doyen  de  la  Faculté  de  théologie  était 
l'homme  le  plus  redouté  par  le  gouvernement  anglo-bourguignon, 
et  tout  était  tenté,  jusqu'à  la  menace,  pour  dissuader  les  chanoines 
de  lui  donner  leurs  voix. 

C'est  sous  cette  pression  peu  dissimulée  que  se  fit  l'élection  le 
vendredi  27  décembre.  Ce  jour-là  expirait  le  délai  canonique  de 
trois  mois.  Le  registre  des  délibérations  capitulaires  donne  les 
noms  de  douze  chanoines  présents  à  l'ouverture  de  la  séance.  Le 
sous-chantre  Raoul  Liéjart  présida  à  l'élection.  Il  y  eut  messe  du 
Saint-Esprit,  monition  du  sous-chantre,  serment,  chant  du  Veni 
Creator,  oraison.  Alors  apparut  J.  Courtecuisse,  absent  depuis 
plusieurs  jours  pour  cause  de  maladie.  Il  prêta  serment  et 
approuva  tout  ce  qui  avait  été  fait  en  son  absence  au  sujet  de 
l'élection.  Il  fut  décidé  que,  pour  le  choix  de  la  personne,  on  sui- 
vrait la  voie  de  l'inspiration  par  l'Esprit-Saint.  Chacun  se 
recueillit.  Bientôt,  comme  réellement  inspiré  parle  Saint-Esprit, 
le  sous-chantre  se  leva,  fit  le  signe  de  la  croix  et  déclara  élire 
maître  Jean  Courtecuisse;  tous  les  autres  chanoines  acquiescèrent, 
et,  reconnaissant  l'inspiration  du  Saint-Esprit,  élirent  également 
Courtecuisse.  Puis  au  son  des  cloches,  au  chant  du  Te  Beut7i, 
les  chanoines  en  procession  conduisirent  leur  élu  à  Notre-Dame 
et  lui  firent  prendre  siège  devant  le  maître-autel.  Lorsque  le 
Te  Deum  fut  achevé,  ils  le  menèrent  dans  le  chœur,  le  firent 
asseoir  sur  le  trône  épiscopal  et  le  haranguèrent  ;  ils  le  prièrent 
de  donner  son  consentement  à  une  élection  qui  présentait  toutes 
les  garanties  de  maturité  et  de  régularité.  Courtecuisse  répondit 
sans  accepter  ni  refuser,  protesta  de  son  détachement  de  toute 
ambition  et  demanda  à  prendre  conseil  de  ses  amis.  Enfin,  un 
chanoine,  montant  au  pupitre  où  se  récite  l'Évangile,  fit  à  tout  le 
peuple  assemblé  dans  l'église  un  court  récit  de  l'élection  et  pro- 
clama le  nom  de  l'élu.  Les  assistants  acclamèrent  le  choix  qui 
avait  été  fait  et  crièrent  à  plusieurs  reprises  avec  une  grande  allé- 
gresse :  Noël!  Noël!  L'élection  proprement  dite  était  terminée; 
avant  de  se  retirer,  les  chanoines,  dans  la  salle  capitulaire,  dési- 
gnèrent des  procureurs  pour  poursuivre  la  ratification  de  l'élec- 
tion par  les  pouvoirs  spirituel  et  laïque*. 


1.  Arch.  nat.,  LL  112,  p.  305;  —  Grassoreille,  p.  128,  n.  1.  Plusieurs  détails 
intéressants  ont  été  laissés  de  côté  par  cet  auteur  dans  son  récit  de  la  séance 
d'élection. 


482  RECHERCHES   SUR  JEAN   COURTECUISSE 

J.  Courtecuisse,  élu  de  Paris,  avait  bien  compris  que  sa  situa- 
tion allait  être  très  difficile,  quand  il  avait  remis  à  plus  tard  son 
consentement,  qu'il  donna  cependant.  Le  Chapitre  avait  fait  acte 
d'indépendance,  manifesté  une  hostilité  prudente,  mais  certaine, 
à  l'égard  du  gouvernement  anglo-bourguignon.  Le  conflit  était 
ouvert.  Le  gouvernement  anglo-bourguignon  afficha  aussitôt  une 
opposition  irréductible  à  l'élection  de  Courtecuisse,  et  les  menaces 
qu'il  avait  fait  parvenir  aux  chanoines  s'exécutèrent  à  la  lettre. 
Il  parut  cependant  qu'il  y  avait  un  moyen  détourné  de  lui  forcer 
la  main  :  c'était  d'obtenir  rapidement  la  confirmation  pontificale. 
Au  Chapitre,  il  y  eut  bien  quelques  difficultés  pour  le  choix  des 
procureurs  à  envoyer  en  cour  de  Rome  ;  Courtecuisse  s'opposa 
au  choix  du  chanoine  Martial  Formier,  qui  pourtant  s'était  fort 
compromis  pour  lui  et  qui  se  prévalait  de  la  désignation  faite  par 
ses  collègues.  Finalement,  l'affaire  fut  confiée  à  maître  Jean 
Loier  pour  le  Chapitre  et  Pierre  de  Bresse,  chanoine  de  Langres, 
pour  l'élu.  Courtecuisse  voulut  prendre  à  sa  charge  tous  les  frais, 
sans  doute  pour  hâter  le  départ  des  procureurs.  Il  n'y  mit  que 
cette  réserve  bien  naturelle  que  si  un  autre  que  lui  était  promu  à 
l'évêché  de  Paris,  ce  rival  plus  heureux  le  dédommagerait  de  ses 
dépens'.  Le  succès  répondit  sans  retard  aux  efforts  :  le  16  juin 
1422,  Martin  V  donna  une  bulle  de  confirmation.  Elle  fut  lue  en 
chapitre  solennel,  ainsi  qu'une  lettre  pontificale  adressée  à 
l'évêque,  le  16  octobre  suivant,  par  Guillaume  Erart,  maître 
es  arts,  bachelier  en  théologie"^.  Jusque-là,  la  situation  avait  été 
assez  compliquée  :  le  2  août,  Courtecuisse  disposait  d'une  chapel- 
lenie  à  Notre-Dame^;  mais,  le  17  septembre,  le  chapitre  confé- 
rait encore  un  bénéfice  à  la  nomination  de  l'évêque^.  Le 
16  octobre,  après  lecture  des  pièces  que  Guillaume  Erart  avait 
apportées,  le  sous-chantre,  au  nom  de  l'évêque,  prit  possession 
de  la  juridiction  spirituelle,  reçut  les  sceaux,  désigna  un  officiai, 
puis  il  se  rendit  dans  le  chœur  et  là  fut  installé  dans  la  chaire 
épiscopale^. 

Toutes  ces  opérations,  proprement  ecclésiastiques,  ne  chan- 

1.  Arch.  nat.,  LL  112,  p.  310-311  ;  —  GaUia  christiana,  VII,  144;  —  Grasso- 
reille,  p.  133,  n.  1  et  2,  134,  n.  1. 

2.  Arch.  nat.,  LL  112,  p.  342;  —  Grassoreille,  p.  138,  n.  1. 

3.  Arch.  nat.,  LL  112,  p.  334. 

4.  Gallia  christiana,  VII,  144. 

5.  Arch.  nat.,  LL  112,  p.  342;  —  Grassoreille,  p.  138,  n.  1. 


ET   SES    œCVRES   ORATOIRES.  483 

gèrent  rien  aux  dispositions  du  pouvoir  laïque.  En  vain,  le  Cha- 
pitre avait  écrit  le  29  août  au  roi  d'Angleterre  pour  le  bien  dis- 
poser*; en  vain,  le  20  octobre,  par  une  nouvelle  lettre,  il  insista 
auprès  du  souverain  2;  en  vain,  le  Parlement,  sur  la  requête  de 
l'Université,  envoya  à  Henry  V  des  lettres  recommandatoires 
pour  l'élu  du  Chapitre  et  du  pape^.  Le  roi  d'Angleterre  restait 
intraitable.  Son  mécontentement  même  dut  s'accroître  par  suite 
d'une  démarche  hardie  de  Courtecuisse.  Depuis  plusieurs  mois, 
attendant  sans  doute  la  décision  pontificale  et  son  exécution, 
redoutant  aussi  les  rigueurs  du  gouvernement  anglais,  Courte- 
cuisse  s'était  réfugié  à  l'abbaj^e  de  Saint-Germain-des-Prés,  qui 
était  hors  les  murs^.  Un  peu  plus  d'un  mois  après  la  prise  de  pos- 
session du  siège  épiscopal  faite  eu  son  nom,  un  nouveau  manda- 
taire, Jean  de  la  Côtecirée,  vint  entretenir  les  chanoines  de  la 
rentrée  de  l'évêque  dans  Paris  et  de  son  installation  soit  au  palais 
épiscopal,  soit  à  Sainte-Geneviève.  Était-ce  par  bravade  ou  par 
espérance  de  conciliation  ?  On  ne  sait.  Le  Chapitre  répondit  que 
cette  question  ne  le  regardait  pas,  mais  qu'il  verrait  avec  plaisir 
son  évêque  près  de  lui  5.  Courtecuisse  dut  s'établir  en  effet  à 
l'évêché.  C'est  ce  qui  paraît  résulter  de  la  colère  du  roi  Henry  V. 
Aux  représentations  que  vint  leur  faire  Pierre  Cauchon,  évêque 
de  Beauvais,  les  chanoines  ripostèrent  qu'ils  n'avaient  pas  juri- 
diction sur  l'évêque  et  que,  du  reste,  celui-ci  ne  résidait  pas  sur 
leur  domaine*^.  Le  roi  d'Angleterre  répondit  sans  doute  par  une 
lettre  de  menaces,  et  les  chanoines  lui  envoyèrent  une  délégation 
pour  s'excuser  de  nouveau '^  C'était  une  impasse.  Pour  en  sortir, 
le  pape,  le  12  juin  1422,  transféra  l'élu  de  Paris  sur  le  siège  de 
Genève^. 

La  nouvelle  de  la  décision  pontificale  arriva  à  Paris  le  24  juil- 

1.  Arch.  nat.,  LL  112,  p.  337;  —  Grassoreille,  p.  139,  n.  1. 

2.  Arch.  nat.,  LL  112,  p.  343;  —  Grassoreille,  p.  141,  n.  1.  Cet  auteur  donne, 
par  erreur,  la  date  :  lundi  10  octobre;  le  10  octobre  était  un  vendredi.  Il  faut 
lire  :  lundi  20  octobre. 

3.  Arch.  nat.,  Xia  1480,  fol.  239  v". 

4.  Journal  d'un  bourgeois  de  Paris,  éd.  Tuetey,  p.  164;  —  Gallia  chri- 
stiana,  VII,  144. 

5.  Arch.  nat.,  LL  112,  p.  347;  —  Grassoreille,  p.  142,  n.  1. 

6.  Arch.  nat.,  LL  112,  p.  353;  —  Grassoreille,  p.  143,  n.  2. 

7.  Arch.  nat.,  LL  112,  p.  356;  —  Grassoreille,  p.  144,  n.  1. 

8.  Chartularium  Universitatis  Parisiensis,  IV,  259,  n.  9,  et  n"  2195,  n.  1  ; 
—  Gallia  christiana,  VII,  144. 


484  RECHERCHES    SUR   JEAN    COCRTECUISSE 

let*.  Le  sacrifice  dut  être  grand  pour  Courtecuisse  d'abandonner 
Paris  où  il  avait  si  longtemps  vécu,  l'Université  où  il  s'était 
illustré,  l'église  cathédrale  dont  il  avait  cru  pendant  quelques 
mois  devenir  le  chef,  pour  terminer  sa  vie  dans  un  évêché  loin- 
tain, qui  n'était  même  pas  dans  le  roj^aume.  Il  voulut  montrer 
avant  de  partir  combien  il  avait  aimé  l'église  de  Paris  et  son 
Chapitre.  Il  leur  fit  donation,  le  28  juillet,  de  ses  biens,  situés 
dans  la  ville 2.  Cette  donation  comprenait  une  grande  maison 
avec  jardins,  louages  et  appartenances,  rue  de  Bièvres,  et  125  1. 
par.  11  s.  6  d.  de  rentes  assises  sur  divers  hôtels  dans  Paris; 
16  livres  devaient  être  employées  à  un  obit  pour  son  père,  sa 
mère,  sa  sœur  Jacqueline  et  ses  amis  et  pour  lui-même  ;  le  sur- 
plus sera  distribué  aux  chanoines  et  autres  bénéficiers  de  l'église 
cathédrale  à  huit  termes  désignés  par  le  donateur.  C'est  ainsi 
qu'il  dit  adieu  à  Paris.  Il  ne  quitta  cependant  la  grande  ville, 
dont  il  avait  failli  être  évêque,  qu'à  l'automne  1422. 

Le  22  octobre,  J.  Courtecuisse  arrivait  à  Genève  et  prenait 
possession  de  son  évêché.  Mais  il  ne  porta  pas  longtemps  la 
crosse  :  il  mourut  un  peu  plus  de  quatre  mois  après  son  arrivée, 
le  4  mars  1423^  ;  il  ne  devait  pas  avoir  loin  de  soixante-dix  ans. 
Il  légua  à  l'église  de  Genève  500  livres  de  monnaie  courante, 
dont  les  deux  tiers  pour  le  chapitre  et  le  dernier  tiers  pour  les 
clercs  du  chœur.  Quatre  obits  devaient  être  célébrés  à  sa 
mémoire,  le  4  mars,  le  7  mai,  le  9  août  et  le  23  octobre  ^  L'obi- 
tuaire  de  la  cathédrale  de  Genève  rapporte  au  25  août  le  testa- 
ment daté  de  1456  du  chanoine  Jean  Simonet,  qui  demandait  à 
être  enseveli  dans  la  grande  nef  de  la  cathédrale,  devant  le  cru- 
cifix, à  côté  de  l'évêque  Courtecuisse''.  En  1850,  des  travaux 
mirent  à  découvert  une  grande  tombe  devant  le  maître-autel  ; 
on  a  pensé  que  c'était  précisément  celle  de  Courtecuisse^. 

1.  Chartularium  Universiiatis  Parisiensis,  III,  n"  2195,  n.  1. 

2.  Arch.  nat.,  LL  112,  p.  511. 

3.  Obituaire  de  l'église  de  Genève,  publié  par  A.  Sarasin,  Mémoires  et  docu- 
ments de  la  Société  d'histoire  de  Genève,  2"  série,  I  (1882),  72,  n.  l  ;  —  Arch. 
de  Genève,  Pièces  historiques,  n°  444;  —  Chartularium  Universitatis  Pari- 
siensis,  IV,  ir  2195,  n.  1,  p.  406. 

4.  Obituaire  de  l'église  de  Genève  {Mémoires  et  documents  de  la  Société 
d'histoire  de  Genève,  2=  série,  I,  72,  114,  178,  249). 

5.  Obituaire  de  l'église  de  Genève  {Mémoires  et  documents  de  la  Société 
d'' histoire  de  Genève,  2"  série,  I,  191). 

G.  Biavignac,  Notice  sur  les  fouilles  pratiquées  en  1850  dans  l'église  Saint- 


ET   SES   œUVRES   ORATOIRES.  485 

Il  s'était  résigné  et  il  reposait  désormais  sur  cette  terre  d'exil. 
Mais,  durant  son  court  séjour  à  Genève,  rien  n'avait  pu  lui  faire 
oublier  Paris.  Dans  son  testaments  il  fit  une  belle  part  au  cha- 
pitre de  Notre-Dame  de  Paris,  qui  l'avait  si  longtemps  compté 
parmi  ses  membres  et  qui  lui  avait  montré  un  si  fidèle  attache- 
ment en  le  choisissant  comme  évèque  en  dépit  de  toutes  les 
menaces  royales  :  il  lui  laissa  une  grosse  somme  de  1 ,250  écus 
d'or2,  qui  s'ajoutait  aux  dons  qu'il  avait  déjà  faits  avant  de 
quitter  Paris.  Il  reste  encore  à  la  Bibliothèque  nationale  des 
traces  d'une  autre  générosité  de  Courtecuisse  à  l'égard  de  Notre- 
Dame  :  ce  sont  dix  manuscrits  du  fonds  latin  légués  par  lui  au 
Chapitre,  sans  doute  avec  beaucoup  d'autres  •'.  Tous  portent  cette 
note  :  Dominus  Johannes  Breviscoxe  legavit  ecclesie  Pari- 
siensi.  En  voici  la  liste  ^  : 

NM  7^  62.  Papias,  xiii«  siècle. 

N°  -17260.  Opuscules  de  Nicolas  de  Lire  sur  l'histoire  de  Suzanne, 
la  vision  de  l'essence  divine,  l'avènement  du  Christ,  les  différences 
entre  le  texte  hébreu  et  la  version  latine  de  la  Bible,  fin  du  xiv*"  s. 

NM7462.  Bernardi  epistole,  xii"  siècle.  En  Lête,  lettre  du  pape 
Alexandre  III  du  1 9  juillet  \  \  69. 

N°  17477.  Secunda  pars  secunde  fratris  Thome,  commencement 
du  XIV''  siècle. 

No  ^7479.  S.  Thome  postilla  super  Johannem,  xiV"  siècle. 

N"  -17893.  Térence,  xiv'  siècle. 

N°  J7977.  Nicolas  de  Hanapis,  Exempla  sacre  Scripture,  xiv*'  siècle 

N°  -17978.  Même  ouvrage,  xiv*  siècle. 

N"  -18139.  Tractatus  de  virtutibus,  de  donis  et  de  beatitudinibus, 
xix''  siècle. 

N°  -18420.  Glcero  :  De  amicitia,  De  senectute,  De  paradoxis,  De 
offîciis,  xiii^  siècle.  Nombreux  dessins  grotesques  à  la  plume  dans  les 
marges^. 

Pierre  [Mémoires  et  documents  de  la  Société  d'histoire  de  Genève,  VIII 
(1852),  1-21). 

1.  Ce  testament  est  daté  du  28  février  1423  (Arch.  de  Genève,  Pièces  histo- 
riques, n"  444). 

2.  Journal  d'un  bourgeois  de  Paris,  éd.  Tuetey,  p.  165,  note. 

3.  Voir,  sur  ce  legs,  L.  Delisle,  le  Cabinet  des  manuscrits  de  la  Bibliothèque 
nationale,  \,  429. 

4.  Cette  liste  reproduit,  à  peu  de  chose  près,  \' Inventaire  des  manuscrits 
latins  de  Notre-Dame  et  autres  fonds,  par  L.  Delisle,  Bibl.  de  l'Ecole  des 
chartes,  XXXI  (1870),  463. 

5.  Un  Tite-Live  donné  en  1393  à  Jean  Muret  par  le  i)ape  Clément  VI  (Bibl. 

^904  32 


486  RECHERCHES    SUR   JEAN    COURTECUISSE 

Le  Chapitre  témoigna  sa  reconnaissance  en  fondant  un  obit 
solennel  en  l'honneur  de  Courtecuisse*.  La  Faculté  de  théologie, 
enfin,  lui  rendit  un  tardif  hommage  :  en  mars  1424,  elle  fit  célé- 
brer à  sa  mémoire  un  service  solennel  ^ 


IL  —  Œuvres  diverses  de  Jean  Codrtecdisse. 

Du  Boulay  raconte  que  le  médecin  Jacques  Mentel  a  rais  à  sa 
disposition  de  nombreux  manuscrits  de  Courtecuisse  :  Manu- 
scriptorum  vero  copiam  mihipro  sua  benignitate  fecit  Jaco- 
bus  Mentellius  docto?^  medicus^.  Courtecuisse  a  en  effet,  à 
notre  connaissance,  passablement  écrit.  Avant  d'arriver  à  ses 
œuvres  proprement  oratoires,  il  n'est  pas  inutile  d'énumérer  ses 
autres  oeuvres. 

L  —  Exercices  théologiques.  —  Launoy,  dans  sa  précieuse 
histoire  du  collège  de  Navarre  ^  a  donné  une  assez  longue  liste 
d'opuscules  théologiques  se  rapportant  aux  étapes  réglementaires 
du  cours  d'études  à  la  Faculté  de  théologie.  Ces  divers  opuscules 
étaient  conservés  dans  des  manuscrits  du  Chapitre  de  Notre-Dame 
et  de  la  bibliothèque  de  Saint-Victor  s.  Voici  la  liste  de  Launoy, 
rééditée  par  Oudin^  : 

a).  Quaestio  :  Ulrum  cum  unilale  divinae  essentiae  stat  plurali- 
tas  personarum  sine  formali  distinctione? 

b).  Quaestio  :  Utrum  ineffabilis  et  immensa  Dei  essentia  possit 
esse  creaturae  formalis  cognilio  vel  gratia? 

cj.  Recommandalio  Sacrae  Scripturae  quae  incipil  :  Olivam  ube- 
rem,  pulchram,  etc.  Jeremiae  XIL 

nat.,  nis.  lat.  5740)  paraît  avoir  également  figuré  parmi  les  manuscrits  de  Cour- 
tecuisse. Cf.  Delisie,  le  Cabinet  des  manuscrits  de  la  Bibliothèque  nationale, 
I,  429. 

1.  Journal  d'un  bourgeois  de  Paris,  éd.  Tuetey,  p.  165,  note. 

2.  Chartularium  Universitatis  Parisiensis,  IV,  406,  n°  2195,  n.  1. 

3.  Bulœus,  Historia  Universitatis  Parisiensis,  V,  887. 

4.  Launoy,  Reyii  Navarrx  gymnasii  historia,  p.  464. 

5.  Il  n'a  pas  été  possible,  dans  les  débris  des  collections  de  Notre-Dame  et 
de  Saint- Victor  possédés  par  la  Bibliothèque  nationale,  de  retrouver  les  manus- 
crits d'après  lesquels  Launoy  a  établi  cette  liste. 

6.  Oudin,  Commentarius  de  scriptoribus  ecclesiasticis,  III,  2258.  Voir  encore 
Fabricius,  Bibliotheca  lalina  medii  œvi  (éd.  de  1858,  Florence),  I-II,  257. 


ET   SES   OEUVRKS    ORATOIRES.  487 

d).  Alia  recommandatio  Sacrae  Scripturae  et  Facultalis  Iheologiae, 
quae  incipit  ;  Super  omnem  lerram  gloria  tua,  Psalm.  LVI. 

e).  Primum  Principium,  super  lecturam  Bibliorum,  quod  incipit  : 
Tota  pulcra  es,  arnica  mea. 

f).  Secundum  Principium,  quod  incipit  :  Aedificavit  turrim  et  loca- 
vit  eam  agricolis,  Marci  XII. 

(j).  Gollationes  quatuor  super  commendatione  Scripturae  Sacrae, 
quae  omnes  incipiunt  :  Regina  Austri. 

h).  Quaestio  :  Utrum  jus  regalis  dominii  in  regno  animae  rationa- 
lis  soli  competat  voluntati. 

i).  Quaestio  :  Utrum  Lucifer  sit  omnium  sapientissimus  non  ob- 
stante  quod  sit  omnium  pessimus. 

j).  Tertium  Principium. 

k).  Quartum  Principium. 

l).  Responsio  Quaestionis  in  Sorbona  :  Utrum  omnls  transgressio 
divinae  legis  sit  mortalis. 

m).  Quaestio  Vesperiarum  :  Utrum  Thomas  legem  Ghristi  fîrmiter 
tenuerit. 

n).  Quaestio  Vesperiarum  in  licentia  et  magisterio  Radulphi  de 
Porta  :  Utrum  portae  coelestis  aditum  décor  intraverit. 

oj.  Laudatio  seu  Vesperisatio  Radulphi  de  Porta  sub  hoc  titulo  : 
Hoc  est  opus  Dei. 

p).  Quaestio  de  Resumpta  :  Utrum  legis  naturalis  censura  peccan- 
tem  in  legem  accusât  mortaliter. 

q).  Lectiones  in  Evangelium  b.  Joannis  super  illa  verba  :  Omnia 
per  ipsum  facta  sunt,  et  supra  multa  Joannis  et  caeterorum  Evan- 
geliorum  testimonia. 

II.  —  Tractatus  de  fide  et  ecclesia,  de  Romano  pontiflce 
et  concilio  generali. 

Cet  opuscule  est  bien  un  travail  universitaire,  très  probablement 
le  cinquième  des  articles  de  la  liste  de  Launoy,  une  quœstio.  Il 
commence,  en  effet,  ainsi  :  Quœstio  est  ista  :  Utrum  ecclesia, 
Christo  per  fidem  desponsata,  sit  tota  pulcra  per  gratiam  et 
immaculata^.  Dans  le  manuscrit  latin  15004  de  la  Bibliothèque 
nationale,  manuscrit  qui  provient  de  l'abbaye  de  Saint- Victor,  on 
lit,  à  lafin  de  ce  traité  (fol.  262  v"),  écrite  au  xv*"  siècle,  la  note  sui- 
vante :  Ista  est  quœstio  quam  tractavit  Johannes  Breviscoxe 

1.  Bibl.  nat.,  ms.  lat.  15004,  fol.  211;  —  Gersonii  Opéra,  I,  805. 


488  RECHERCHES   SUR  JEAN   COURTECUISSE 

super  duos  cursus  quos  legit  de  Biblia,  qui  postmodum  fuit 
promotus  ad  ecclesiam  Parisiensem  anno  Domini  MCCCC 
XXI  et  deinde  ad  episcopatmn  Gebennensem,  et  fuit  solem- 
nis  doctor  in  sacra  theologia  Parisius  suo  ternpore.  Le  titre 
sous  lequel  cet  opuscule  est  maintenant  connu  lui  a  été  donné  par 
Ellies  Dupin,  qui  a  imprimé  l'œuvre  de  Courtecuisse  parmi  les 
œuvres  de  Gerson^ 

L'ouvrage  est  divisé  en  trois  parties  :  Articidus  I,  De  fde 
ecclesiœ  et  de  desponsatione  ;  —  Articulus  II,  De  décore 
gratiœ  et  confrmatione  sponsœ;  —  Articulus  III,  De  con- 
frmatione  ecclesiœ  in  fde,  seu  de  infaillibilitate.  Cette  der- 
nière partie  a  été  analysée  par  M.  l'abbé  Féret  dans  son  livre 
la  Faculté  de  théologie  et  ses  docteurs  les  plus  célèbres^. 

IIL  —  Cédide  de  vote  à  l'assemblée  du  clergé  de  mai- 
juillet  1398  \ 

Cette  cédule,  avec  toutes  les  autres,  est  conservée  aux  Archives 
nationales,  dans  le  carton  J517,  sous  le  numéro  174.  Elle  est 
écrite  sur  papier  avec  beaucoup  de  soin,  certainement  auto- 
graphe et  signée  par  l'auteur.  Au  dos,  on  lit  :  L'opinion  maistre 
Jehan  Courtecidsse.  Comme  cette  cédule  est  inédite,  il  n'est  pas 
sans  intérêt  d'en  donner  le  texte  : 

Sur  les  choses  meues  ou  présent  conseil  louchans  Texecucion  de  la 
voie  de  cession  pour  l'union  de  Saincle  Eglise,  je  Jehan  Courtecuisse^ 
régent  en  la  Faculté  de  théologie  de  Paris,  tant  en  mon  privé  nom 
comme  procureur  et  ou  nom  des  chappitres  du  Mans  et  de  Lavaure, 
soubz  la  correccion  du  roy  et  de  vous  mes  seigneurs,  dy  et  afferme 
en  ma  conscience  que  je  cuide  et  tieng  fermement  que  nostre  Saint 
Père  scet  et  apperçoit  clerement  que  la  dicte  voie  de  cession  est  la 
plus  briefve  et  la  plus  expedicte  pour  apaisier  les  consciences  de  tous 
christians  pour  garder  amour  et  charité  entre  l'une  obéissance  et 
l'autre  et  pour  avoir  ferme  et  parfaite  union  en  Saincte  Eglise,  et 
que  ce  qui  le  meut  à  non  accepter  la  dicte  voie  n^est  seulement  que 

1.  T.  I,  p.  805. 

2.  Moyen  Age,  IV,  471.  L'auteur  parle  du  Tracialus  de  fide'el  de  hx  Quxs- 
Uo  :  Ulrum  ecclesia  Christo  per  fidem  desponsata...,  séparément  (p.  171  et 
180),  comme  de  deux  ouvrages  dififéreiils;  il  n'a  pas  remarqué^que  la  Quxstio 
du  ms.  lat.  15004  et  le  traité  publié  par  E.  Dupin  ne  faisaient  qu'un. 

3.  Sur  cette  assemblée,  voir  N.  Valois,  la  France  et  le  Grand  Schisme^ 
111,  150. 


ET    SES   OEUVRES    ORATOIRES.  489 

l'ambition  qu'il  a  de  retenir  le  papat,  pourquoy  considéré  le  sere- 
ment  qu'il  fist  ou  conclave,  ce  que,  pour  le  temps  qu'il  estoit  cardi- 
nal, il  dist  et  afferma  en  pluseurs  lieux  et  par  pluseurs  foiz  que  la 
dicte  voie  estoit  la  meilleur  et  que  maintenant  lui,  deubment  sommé 
et  requis  par  la  greigneur  et  plus  saine  partie 'de  toute  son  obéis- 
sance, refuse  obstineement  la  dicte  voye,  il  m'est  avis,  soubz  la  cor- 
rection dessus  dicte,  que  licitement  nous  poons  départir  de  son  obéis- 
sance et  que,  pour  l'avancement  de  l'union,  il  est  très  expédient  de 
le  faire,  pourveu  deubment  au  choses  qui  s'ensuyvent,  c'est  assavoir 
qu'on  face  toute  diligence  de  ppoursuyr  et  avancier  l'union,  que,  le 
vivant  de  Benedic,  nous,  de  ceste  obéissance  particulièrement,  ne  éli- 
sions ne  souffrions  eslire  autre  pape,  que  l'Eglize  demeure  en  ses 
libertés  et  franchises  quant  aux  charges  pécuniaires  que  le  pape 
levoit,  et  qui  soit  pourveu  sur  la  disposition  des  bénéfices  telement 
que  les  ordinaires  ne  les  confèrent  mie  à  leurs  chamberiez  ou  bar- 
biers qui  rien  ne  scevent,  mais  à  clers  et  preudommes,  qui  les  béné- 
fices sachent  desservir  et  gouverner  selon  l'entencion  des  fondeurs. 
J.  Breviscoxe. 

IV.  —  Traité  des  Quatre  Vertus  translaté  en  français . 

Cette  oeuvre  de  Courtecuisse  est  représentée  par  de  nombreux 
manuscrits.  A  la  Bibliothèque  nationale,  on  peut  citer  les  manus- 
crits français  581,  1020,  3887,  9186,  25270.  Voici  comment 
l'auteur  lui-même,  dans  son  prologue,  explique  les  origines  et  le 
but  de  son  œuvre  : 

Le  prologue  du  Translateur^ . 

A  très  hault  et  très  puissant  prince  Jehan,  filz  de  roy  de  France, 
duc  de  Berri  et  d'Auvergne,  conte  de  Poytou,  d'Estampes,  de  Bou- 
longne  et  d'Auvergne.  Combien,  mon  très  redoubté  segnieur,  que  je 
soie  très  volentiz  touziours  de  mon  petit  povoir  vous  obéir  et  servir, 
encores  me  rendent  plus  ardant  ad  ce  faire  ce  que  je  voy  que  entre 
les  solicitudes  du  noble  gouvernement  de  vostre  très  haulte  seigno- 
rie,  si  vous  loyst  quelque  temps  vaquer,  voz  occupacions  sont  en 
choses  les  plus  honnestes  et  proffltables  qu'elles  puissent  estre  et  que 

1.  Le  texte  cité  est  emprunté  au  manuscrit  581,  qui  paraît  !e  meilleur. 
M.  Delisle  remarque  que  cette  œuvre  de  Courtecuisse,  dédiée  au  duc  de  Berry, 
ne  figure  sur  aucun  des  inventaires  du  duc  de  Berry  {le  Cabinet  des  manus- 
crits de  la  Bibliothèque  nationale,  lil,  184,  n,  2). 


490  RECHERCHES  SUR  JEAN  COCRTECUISSE 

pour  occasion  d'icelles  me  voulez  emploier.  Quelles  choses  pevent  estre 
plus  honesles  ne  plus  dignes  à  prince  que  après  les  cures  des  ami- 
nistracions  des  choses  temporeles,  soy  occuper  en  voir  et  oir  une  foiz 
les  histoires  et  les  beaux  faiz  des  bons  chevaliers  et  vaillans  hommes 
du  temps  passé,  autrefoiz  les  escriptures  et  la  belle  doctrine  que  les 
sages  nous  ont  laissée  jadiz?... 

Après  quelques  réminiscences  antiques  et  quelques  moralités 
très  banales,  ce  prologue  se  termine  ainsi  : 

En  laquelle  translation,  pour  obéir  à  vostre  segnerie,  je  prendray 
partie  du  temps,  l'autre  partie  me  sera  neccessaire  pour  aucunes 
autres  études  et  occupacions  que  je  ne  puis  pas  laissier.  Ne  je  ne 
présume  mie  tant  de  moy  que  je  ose  promettre  de  touziours  prendre 
et  justement  concevoir  l'entencion  de  l'atteur-,  car  ses  sentences  sont 
moult  haultes  et  eslevées  et  les  estreint  souvent  en  pou  de  paroles. 
Et  si  advient  aucune  foiz  que  ung  mot  a  ii  ou  m  significacions  qui 
toutes  pourroient  avoir  sain  entendement  différent  Tun  de  l'autre, 
et  les  exemplaires  qui  aucune  foiz  aussi  ne  se  ressemblent  mie, 
neantmoins  en  tant  que  je  pourrai,  à  Taide  de  Dieu,  je  regarderay 
plus  à  comprendre  le  vray  entendement  que  je  cuideray  qu'il  ait  eu 
qu'à  suir  la  propriété  du  langage.  Et  parce  que,  outre  ses  œuvres,  il 
fit  ung  petit  traitié  des  quatre  vertus,  que  on  appelé  vulgairement 
cardinaulx,  et  la  raison  est  :  car  comme  Tuys  ou  la  porte  de  quelque 
manoir  tourne  sur  le  pivot  que  on  dit  en  latin  cardo,  et  le  conduit  et 
adrece  quant  il  œuvre  et  clost,  ainssi  convient  il  que,  sur  les  quatre 
vertuz  dont  fait  Seneque  mention,  tourne  et  par  elle  soit  conduite  et 
adrecée  la  vie  de  l'omme  qui  veult  vivre  vertueusement;  si  samble 
que  je  puisse  raisonnablement  là  commancer  ma  translation,  pour 
monstrer  la  porte  par  laquelle  on  entre  ou  manoir  de  la  vertu. 

L'ouvrage  se  divise  en  cinq  chapitres  :  le  premier  chapitre, 
De  prudence  ;  —  le  second  chapitre,  De  magnanimité  ;  —  le 
tiers  chapitre,  De  continence  ;  —  le  quart  chapitre,  De  justice  ; 
—  le  quint  chapitre.  De  garder  la  mesure  des  dictes  vertus. 
A  la  fin,  on  lit  cet  explicit  :  Explicit  le  livre  de  Seneque  des 
Quatre  Vertus  translaté  en  françoys  à  Paris  par  maistre 
Jehan  Courtecuisse,  maistre  en  théologie,  l'an  mil  quatre 
cens  et  trois.  On  sait  que  le  célèbre  traité  de  morale  sur  les 
quatre  vertus,  que  le  Moyen  Age  a  attribué  à  Sénèque,  est  en  réa- 
lité l'œuvre  de  Martin  de  Braga,  évèque  espagnol  du  vi''  siècle. 


ET   SES   œUVRES   ORATOIRES.  49^ 

Courtecuisse  a  fait  plus  que  traduire  les  sentences  de  Martin  de 
Braga  ;  il  les  a  accompagnées  d'une  glose  banale,  sans  le  moindre 
intérêt,  mais  nettement  séparée  du  texte.  Au  xvi''  siècle,  cette 
traduction  fut  imprimée  et  mise  à  tort  sous  le  nom  de  Claude 
de  Seyssel,  avec  une  dédicace  à  Charles  VIII  ;  'de  là  un  petit  pro- 
blème bibliographique  qui  a  déjà  été  fort  étudié  i. 

III.  —  Les  Œuvres  oratoires. 

Courtecuisse  a  été  un  grand  orateur  pour  son  temps.  Son  élo- 
quence a  été  certainement  très  admirée  de  ses  contemporains  ; 
elle  a  paru  plus  majestueuse,  plus  solennelle  que  celle  de  Gerson. 
Il  est  donc  légitime  d'étudier  avec  un  détail  particulier  ses  œuvres 
oratoires.  Pour  faire  cette  étude,  nos  ressources  sont  fort  res- 
treintes. Il  s'en  faut  que  tous  les  discours  et  sermons  de  Courte- 
cuisse nous  aient  été  conservés;  plusieurs  ne  nous  sont  connus 
que  par  de  sèches  mentions  des  chroniqueurs  ou  de  brefs  résu- 
més. Ceux  mêmes  dont  le  texte  nous  est  parvenu,  sauf  un,  ne  se 
trouvent  que  dans  un  manuscrit,  le  manuscrit  latin  3546  de  la 
Bibliothèque  nationale.  Delà  la  nécessité  de  distinguer  deux  caté- 
gories : 

A).  Les  discours  et  sermons  connus  par  de  simples  mentions 
des  chroniqueurs  ou  par  de  brefs  résumés. 

B).  Les  discours  et  sermons  dont  le  texte  est  conservé  dans  le 
manuscrit  latin  3546  de  la  Bibliothèque  nationale  et  dans  le 
manuscrit  2764  de  la  bibliothèque  de  l'Arsenal. 

A).  Discours  et  sermons  connus  par  de  simples  mentions 
des  chroniqueurs  ou  par  de  brefs  résumés.  —  Quinze  dis- 
cours et  sermons  rentrent  dans  cette  catégorie.  On  les  trouve 
indiqués  ou  résumés  dans  les  Actes  du  concile  de  Paris  sur  le 
tjrannicide  de  1413-1414  ^  dans  le  Registre  du  conseil  du  Par- 
lement X'*  1480,  dans  la  Chronique  du  Religieux  de  Saint- 
Denis^,  dans  les  Chroniques  de  Monstrelet^  dans  V Histoire 

1.  Voir,  sur  ce  point,  ce  qu'ont  dit  P.  Paris,  les  Manuscrits  françois  de  la 
Bibl.  du  roi,  t.  II,  p.  121,  et  Féret,  la  Faculté  de  théologie  de  Paris,  Moyen 
Age,  IV,  175. 

2.  Gersonii  Opéra,  éd.  E.  Dupin,  V,  70,  96,  247-248,  269-270,  299. 

3.  Féiibien,  Hist.  de  Paris,  IV,  552,  572  ;  — Journal  de  Nicolas  de  Baye,  1, 231. 
i.  Éd.  BellaRuet,  II.  526;  III,  22;  IV,  8. 

5.  Ed.  Douët  d'Aicq,  III,  55. 


492  RECHERCHES   SUR  JEAN   CODRTECUISSE 

du  collège  de  Navarre  de  LaunoyS  clans  V Histoire  de  r  Uni- 
versité de  Paris  de  du  Boulay^  On  peut  ranger  dans  cette 
catégorie  trois  sermons  indiqués  dans  la  table  du  manuscrit 
latin  3546,  mais  dont  le  texte  a  disparu  du  manuscrit  on  ne  sait 
comment;  enfin,  un  autre  sermon  cité  par  Courtecuisse  lui-même. 

B).  Discours  et  sermons  dont  le  texte  est  conservé  dans 
le  manuscrit  latin  3546  de  la  Bibliothèque  nationale  et  dans 
le  -manuscrit  2764  de  r  Arsenal.  —  Le  manuscrit  latin  3546 
est  unique  ;  c'est  grâce  à  lui  que  nous  pouvons  connaître  le  texte 
authentique  d'un  certain  nombre  de  discours  et  de  sermons  de 
Courtecuisse.  Du  Boulay  a  bien  donné,  dans  son  Histoire  de 
r  Université  de  Paris'\  la  proposition  faite  par  Courtecuisse  le 
29  mai  1413;  mais  il  déclare,  d'autre  parts  que  les  sermons  de 
ce  docteur  lui  ont  été  communiqués  par  le  médecin  Jacques  Men- 
tel,  et  il  en  donne  une  liste  conforme  à  la  table  du  manuscrit  3546. 
11  est  donc  plus  que  probable  que  le  recueil  communiqué  à  du 
P)Oulay  est  celui  du  manuscrit  latin  3546.  Comme,  de  plus,  ce 
manuscrit  paraît  être  en  grande  partie  autographe,  il  mérite  bien 
d'être  étudié  par  le  menu. 

Le  manuscrit  3546  a  un  aspect  fort  modeste.  Il  est  de  petit 
formats  relié  en  parchemin  vulgaire.  Au  dos,  on  lit  :  Breviscoœe, 
d'une  écriture  assez  ancienne,  mais  qui  ne  remonte  pas  au  delà  du 
xvi^  siècle.  Le  volume  comprend  155  feuillets  en  papier.  Le  second 
et  le  troisième  feuillet,  l'un  servant  de  garde,  l'autre  contenant 
la  table,  à  défaut  de  numérotage  ancien,  ont  été  récemment  cotés 
A  et  B.  Toute  la  suite  du  manuscrit,  à  huit  folios  jirès,  porte  un 
numérotage  ancien  en  chiffres  romains.  Mais  ce  numérotage  pré- 
sente aujourd'hui  des  lacunes  qu'il  n'est  pas  indifférent  de  cons- 
tater. Les  feuillets  qui  nous  sont  restés  se  disposent  ainsi  :  1-71, 
80,  72-79,  82-87,  89-117,  131-160, 169-176.  Il  y  a  donc  inter- 
version des  folios  80  et  72-79  et,  d'autre  part,  déficit  de  vingt- 
cinq  folios,  soit  81,  88,  116-130,  161-168.  De  plus,  la  fin  du 
manuscrit  manque;  il  se  termine,  en  effet,  par  un  demi- feuillet 
raturé,  sans  trace  d'explicit. 

Voici  quel  est  le  contenu  du  manuscrit  latin  3546  : 


1.  p.  464. 

2.  T.  V,  p.  158. 

3.  T.  V,  p.  83. 

4.  T.  V,  p.  887. 

5.  Dimensions  :  hauteur,  O^ÎIO;  largeur,  O^US. 


ET    SES   œOVRES   OllATOIRES.  493 

1"  Fol.  A  v°,  une  bande  de  parchemin  rayé  portant  ces  mots  : 
Plures  sermones  et  collaciones  magistri  Johannis  Brevis- 
coxe  et  quorumdam  aliorum.  Au-dessous,  quelques  paraphes  ; 
puis  un  chiffre  ou  une  date  à  demi  effacée  :  1637. 

2°  Fol.  B,  table  du  manuscrit.  En  tête,  deux  numéros  :  4409 
et  3546.  Au-dessous,  on  lit  : 

In  hoc  nbro  continentur  plures  sermones,  proposiciones  et  colla- 
ciones édicté  per  magistrum  Johannem  Breviscoxe  et  non  nulla  alia 
inferius  declarata  : 

Et  primo  sermo  in  prima  dominica  Adventus  ad  populum  Geno- 
manensem,  f.  i. 

Sermo  de  secunda  dominica  Adventus  ad  papam  et  cardinales,  f.  x. 

Sermo  de  nalivitate  domini  coram  rege,  f.  xx. 

Sermo  in  processione  generali  facta  in  ecclesia  Parisiensi  die  festi 
Sancti  Vincentii,  ex  ordinacione  dominorum  decani  et  capituli  Pari- 
siensium,  f.  xxvi. 

Gollatio  de  festo  Purificationis  béate  Marie,  f.  xxx. 

Alia  collatio  de  Purificationis  béate  Marie,  f.  xxxii  v°. 

Sermo  de  resurrectione,  f.  xxxvii. 

Sermo  de  Sancto  Spiritu  in  die  Penthecostes,  f.  xlvi. 

Sermo  de  Trinitate,  f.  liiii. 

Sermo  de  Gorpore  Ghristi  ad  papam  et  cardinales,  f.  lxii. 

De  quodam  sermone  festi  de  Gorpore  Ghristi,  f.  lxx. 

Alius  notabilis  sermo  %  f.  lxxii. 

Sermo  de  bealo  Ludovico  Marcilliensi,  f.  iiii"ii. 

Sermo  de  beato  Ludovico  rege  Francie,  f.  iiii^'^x. 

Alius  sermo  de  beato  Ludovico  rege  Francie,  f.  ciiri. 

Gollatio  de  beato  Ludovico  rege  Francie,  f.  cxii. 

Sermo  ad  prelatos  ecclesie,  f.  vi'^'^v. 

Alius  sermo  ad  prelatos  ecclesie^. 

Sermo  factus  in  ecclesia  Sancti  Juliani  Genomanensi  die  qua  Ludo- 
vicus  rex  Gicilie  obtulit  eidem  ecclesie  jocale  quod  fieri  et  ibi  offerri 
ordinaverat  domina  regina  ejus  mater,  f.  vi^^'^xi. 

1.  Ce  titre  est  souligné  de  deux  traits.  Devant  :  une  croix.  Après  le  titre  : 
]Sota.  Après  le  folio  :  Pour  la  feste  de  la  Toussainls.  Ces  additions,  d'une 
encre  très  noire,  sont  du  xvii°  siècle. 

2.  Ce  sermon  et  le  précédent  sont  marqués  d'une  même  accolade  dans  la 
marge  de  gauche,  avec  le  mot  :  Deficiunt,  de  la  même  écriture  du  xvii"  siècle. 


494  KECHEKCnES   SOR   JEAN   CODRTECDISSE 

De  quadam  coUalione  fada  coram  dominis  cardinalibus  super  ele- 
ctionem  summi  ponlifîcis,  f.  vii'"'i. 

Arenga  in  advenlu  cujusdam  domini  cardinalis,  f.  vii^^viii. 

Quedam  proposicio  el  exortaclo  facta  in  presencia  régis  Karoli  VI 
pro  parle  Universilatis  ac  prepositi  et  civium  Parisiensium  uL  certe 
ordinaciones,  lune  noviter  facte,  servarentur,  f.  vii""!!. 

CoUacio  nolabilis  facla  in  capilulo  ecclesie  Parisiensis,  dura  immi- 
neret  eleclio  pasloris  facienda  in  eadem  ecclesia,  f.  viri''^ii  ^ . 

Et  in  fine  poniLur  quedam  epistola  magistri  N.  de  Glaraengiis, 

f.  VIII'"'IX. 

Cette  table  est  d'une  écriture  du  xv"  siècle,  sans  doute  un  peu 
postérieure  à  celles  du  manuscrit. 

3"  Au  fol.  1  commencent  les  sermons  de  Jean  Gourtecuisse. 
Tandis  que  la  table  en  annonce  vingt-trois,  on  n'en  trouve  que 
vingt  jusqu'au  fol.  159  v°.  Sur  le  fol.  160,  au  verso,  une  main 
du  xvif  siècle  a  écrit  ces  mots  :  Deficiunt  8°  folio  et  collatio 
notabilis  facta  in  capitulo  ecclesiœ  Parisiensis,  dumimmi- 
neret  electio  pastoris  facienda  in  dicta  ecclesia.  Et,  en  effet, 
les  huit  folios  suivants,  161-168,  paraissent  bien  avoir  été  ajou- 
tés pour  combler  une  lacune  ;  d'un  papier  plus  mince,  évidem- 
ment plus  récent,  ils  sont  restés  blancs  et  n'ont  même  pas  été 
coupés. 

4°  Fol.  169  jusqu'à  la  fin,  Oratio  ad  illustrissimos  Gallia- 
rum  principes,  de  Nicolas  de  Glamanges^  En  tête  :  Quedam 
epistola  magistri  N.  de  Clamengiis ,  d'une  écriture  du 
xv"  siècle,  note  répétée  au  bas  de  la  page  d'une  écriture  plus 
récente.  Incipit  :  Ad  vos  nunc  michi,  o  clarissimi  Galliarum 
principes.  Au  verso  du  fol.  169,  le  texte  de  Nicolas  de  Cla- 
manges,  écrit  avec  rapidité  et  négligence,  est  brusquement  inter- 
rompu à  ces  mots  :  ...  hello  lacessere  censi  sunt,  sed  sem- 
per^...  Au  folio  suivant,  170,  réglé  au  crayon,  la  transcription 
du  discours  de  Nicolas  de  Clamanges  a  été  reprise,  depuis  le 
commencement,  d'une  écriture  plus  fine  et  plus  régulière.  La  fin 
du  discours  manque  :  la  moitié  inférieure  du  fol.  170  a  été  arra- 
chée; elle  contenait  évidemment  cette  fin  au  recto.  Le  verso  de  la 
partie  qui  reste  a  servi  à  des  essais  d'écriture  au  xv''  siècle. 

1.  En  marge  et  souligné  :  Déficit,  de  la  même  main  du  xvii*  siècle. 

2.  Nicolai  de  Clemangiis  Opéra  omnia,  éd.  J.-M.  Lydus  (1613),  p.  169. 

3.  Nicolai  de  Clemangiis  Opéra  omnia,  p.  170. 


ET   SES    œnVRES    ORATOIRES.  495 

La  disposition  des  sermons  de  J.  Gourtecuisse  est  intéressante 
à  considérer  de  près.  Tout  d'abord,  ils  occupent  aujourd'hui  à 
eux  seuls  à  peu  près  tout  le  manuscrit  latin  3546.  Or,  il  paraît 
bien  qu'il  y  eut  un  temps  où  le  manuscrit  était  plus  volumineux 
et  où  les  œuvres  d'autres  orateurs  y  côtoyaient  celles  de  Gourte- 
cuisse. On  a  vu,  en  effet,  qu'au  verso  du  feuillet  A  a  été  collée 
une  bande  de  parchemin  réglée  provenant  d'une  ancienne  cou- 
verture ou  d'une  ancienne  garde,  avec  ces  mots  d'une  écriture  du 
xvf  siècle  :  Plures  sermones  et  collaciones  magistri  Johan- 
nis  Breviscoxe  et  quorumdam  aliorum.  Gependant,  on  ne 
trouve  plus  maintenant  à  la  suite  des  sermons  de  Gourtecuisse 
qu'un  discours  incomplet  de  Nicolas  de  Glamanges.  D'autres 
pertes  ont  suivi  cette  première  mutilation.  La  pagination  ancienne 
des  sermons  révèle  la  disparition  de  vingt-cinq  folios.  Et,  en 
effet,  la  table  permet  de  constater  que  trois  sermons  ont  disparu 
totalement  du  manuscrit. 

Tout  mutilé  qu'il  soit,  le  manuscrit  latin  3546  présente  un 
caractère  exceptionnel  :  il  est  en  grande  partie  autographe.  A  la 
fin  de  six  sermons,  se  lit  un  nom  isolé,  celui  de  l'auteur  :  /.  Bre- 
mscoxe,  avec  tous  les  caractères  d'une  véritable  signature.  Ges 
sermons  ont  tous  la  même  écriture,  assez  fine  et  régulière,  qui 
n'est  autre  que  celle  de  la  signature.  Plusieurs  sermons,  sans 
porter  de  signature,  sont  de  la  même  main.  De  plus,  presque  tous 
les  sermons  du  manuscrit  sont  pourvus  de  nombreuses  corrections 
ou  notes  marginales,  ce  qui  montre  bien  que  nous  avons  au 
moins  le  texte  revu  et  corrigé  par  l'auteur.  Il  y  a,  du  reste,  une 
vérification  bien  simple,  c'est  la  cédule  de  1398,  incontestable- 
ment autographe,  qui  offre  de  la  façon  la  plus  nette  et  la  même 
écriture  et  la  même  signature.  D'autres  détails  sont  également 
significatifs  :  le  Sermon  de  la  Résurrection  présente  au  fol.  37 
cette  mention  curieuse  :  Minuta  tamen  non  correcta.  Un  ser- 
mon a  été  régulièrement  plié,  comme  pour  être  mis  dans  une 
poche,  c'est  la  Are^iga  in  adventu  cujusdam  cardinalis.  Le 
Sermon  pour  la  remise  d'un  reliquaire  à  la  cathédrale  du 
Mans  est  écrit  sur  un  cahier  de  papier  un  peu  plus  petit,  jauni  et 
sali,  comme  s'il  avait  voyagé.  Sur  le  dernier  feuillet  de  garde,  on 
lit  cette  note  :  C.  Marinot,  portez  ce  à  Laurent.  Il  s'agit  sans 
doute  de  la  remise  du  cahier  à  un  copiste.  Quelques  sermons  seu- 
lement ont  un  aspect  beaucoup  plus  soigné,  comme  une  sorte  de 
mise  au  net;  c'est  le  cas,  par  exemple,  du  premier  Sermon  sur 


496  RECHERCHES    SDR   JEAN    CODRTECUISSE 

saint  Louis,  du  Sermon  de  la  Trinité,  de  la  Proposition  sur 
r Ordonnance  Cabochienne. 

Si,  avec  ces  premières  indications,  on  examine  la  disposition 
matérielle  du  manuscrit,  on  constate  que  chaque  sermon  forme 
un  cahier  à  part;  il  y  a  vingt  et  un  cahiers  de  ce  genre.  Huit 
sermons  ont  conservé  un  feuillet  blanc  soit  avant,  soit  après, 
reste  sans  doute  d'une  ancienne  chemise ^  ;  cinq  même  ont  gardé 
leur  chemise  complète^  Presque  tous  portent  au  bas  du  premier 
(sauf  5)  et  du  dernier  (sauf  4)  feuillet  un  numéro  en  chiffres 
romains.  D'autre  part,  neuf  sermons,  à  partir  du  fol.  im"^!!,  sont 
désignés  par  des  chiffres  arabes  ;  sur  ces  neuf  sermons,  quatre 
n'ont  que  le  numérotage  en  chiffres  arabes^,  cinq  autres  portent 
le  double  numérotage  romain  et  arabe  ^.  Les  chiffres  romains 
paraissent  contemporains  des  écritures  du  manuscrit  et  même  se 
rapprochent  fort  de  l'écriture  de  Courtecuisse.  Les  chiffres  arabes 
sont  beaucoup  plus  récents.  Comme  il  n'y  a  pas  concordance 
parfaite  entre  ces  deux  numérotages,  il  n'est  pas  inutile  d'en  pré- 
senter une  sorte  de  tableau  comparatif  : 

Table.  Folios.  Chiffres  romains.     Chiffres  arabes. 

[^].  f.  I.  L 

[2].  f.  IX.  IL 

[3].  f.  XX.  IIL 

[4],  f.  XXVI.  IV. 

[5].  f.  XXX.  V. 

[6].  f.  xxxii.  VI. 

[7].  f.  xxxvii.  VIL 

[8].  f.  XLV.  VIII. 

[9].  f.  LUI.  IX. 

[^0],  f.  LXI.  X. 

[\\].  f.  Lxix.  XL 

[\2].  f.  Lxxii.  ^2. 

[J3].  f.  iiii^^ii.  13. 

[^4].  f.  iiii^^ix.  XIIP.                     ^4. 

1.  Les  numéros  I,  VII,  VIII,  IX,  X,  Xllll  (15),  XV  (16),  19  et  20  du  tableau 
ci-joint. 

2.  Les  numéros  II,  VI,  XI,  XIII  (14),  XXIII  (21)  du  tableau  ci-joint. 

3.  Les  numéros  12,  13,  19  et  20  du  tableau  ci-joint. 

4.  Les  numéros  XIII  (14),  XIIII  (15),  XV  (10),  XVill  (17  et  18),  XXIII  (21)  du 
tableau  ci-joint. 

5.  Sur  le  dos  de  la  chemise,  à  côté  du  chiflre  XIII,  on  lit  aussi  le  chifire  XI. 


ET   SES    œUVRES   ORATOIRES.  -     497 


[^5]. 

f.  cm. 

XIIII. 

4  5. 

MB]. 

f.  CXI. 

XV. 

46, 

[n\. 

Déficit. 

[^8]. 

Déficit. 

[-19]. 

f.  VI^^'XI. 

XVIII.      , 

4748'. 

[20]. 

f.  VII^^I. 

49 

m. 

f.  VII'"'VII. 

20. 

[22]. 

f.  VII^'^XI. 

XXIII. 

24  2 

[23]. 

Déficit. 

On  peut  tirer  de  là  des  conclusions  importantes.  Tout  d'abord, 
le  recueil  n'a  pas  été  écrit  d'un  trait;  il  a  été  composé  d'un  cer- 
tain nombre  de  sermons  qui  existaient  déjà  isolément.  Il  n'y  a 
pas  eu  transcription  continue,  mais  juxtaposition  matérielle  de 
cahiers  séparés  répondant  à  autant  de  sermons.  D'autre  part,  il 
paraît  bien  qu'il  y  eut  plusieurs  collections  successives  des  œuvres 
oratoires  de  Courtecuisse.  Une  première  collection  est  représen- 
tée par  le  numérotage  en  chiffres  romains.  Comme  ce  numéro- 
tage, ainsi  que  plusieurs  sermons  et  toutes  les  corrections  et  addi- 
tions, est  très  probablement  autographe,  cette  première  collection 
dut  être  l'œuvre  de  Courtecuisse  lui-même  :  c'était  ainsi  qu'il 
avait  classé  les  plus  précieux  parmi  les  petits  cahiers  sur  lesquels 
il  écrivait  d'ordinaire  ses  sermons.  Cette  collection,  on  pourrait 
dire  ce  paquet,  contenait  au  moins  les  vingt-trois  sermons  numé- 
rotés en  chiffres  romains.  Puis  ce  paquet  de  sermons  fut  réuni  en 
volume  avec  d'autres  œuvres  du  même  genre,  mais  d'auteurs 
différents.  Ainsi  que  le  prouve  la  table  rédigée  dans  le  courant  du 
xv''  siècle,  ce  volume,  en  ce  qui  touche  Courtecuisse,  comprenait 
dix-neuf  sermons,  —  dont  trois  en  déficit  aujourd'hui,  —  prove- 
nant de  la  première  collection  de  l'auteur,  numérotés  en  chiffres 
romains,  plus  quatre  nouveaux  sermons,  aujourd'hui  numérotés 
uniquement  en  chiffres  arabes.  Enfin,  le  manuscrit,  comme  on 
sait,  subit  de  graves  mutilations  :  l'une  isola  presque  complète- 
ment les  œuvres  de  Courtecuisse,  l'autre  arracha  du  recueil  trois 
sermons  particulièrement  intéressants.  Le  numérotage  en  chiffres 
arabes  est  postérieur  à  la  seconde  mutilation,  qui  n'a  laissé  que 
vingt  sermons.  Quant  à  cette  mutilation  elle-même,  elle  a  pré- 

1.  Ce  sermon  forme  un  cahier  double.  Au  milieu,  au  bas  du  fol.  135,  on  lit, 
en  chiffres  arabes  :  18. 

2.  Sur  la  page  blanche  du  début,  en  tête,  on  remarque  le  signe  :  11. 


498  RECHERCHES   SDR   JEAN   COURTECCISSE 

cédé  dans  le  temps  la  note  du  fol.  151  v°,  qui  est  du  xvir  siècle 
et  peut-être  de  la  main  du  médecin  Jacques  Mentel.  Ainsi,  il  y  a 
eu  :  1°  une  première  collection,  due  à  Gourtecuisse,  comprenant 
au  moins  vingt-trois  sermons  ;  2"  une  seconde  collection  en  volume 
faite  au  xv''  siècle  en  bonne  partie  avec  la  première,  mais  avec 
quelques  sermons  nouveaux  et  la  table  ;  3"  enfin  une  collection 
réduite  par  suite  de  la  disparition,  avant  le  xvii"  siècle,  de  trois 
sermons. 

Les  sermons  portent  en  général  deux  titres,  l'un  sur  le  premier 
feuillet  et  en  tète,  l'autre  sur  le  dernier  feuillet,  au  verso,  égale- 
ment en  tête.  Ces  deux  titres  n'ont  pas  tout  à  fait  la  même  appa- 
rence :  celui  du  commencement  est  d'une  écriture  régulière,  celui 
de  la  fin  est  d'une  toute  petite  écriture,  irrégulière  et  rapide.  Le 
premier  pourrait  bien  être  autographe. 

Quant  au  manuscrit  2764  de  l'Arsenal*,  qui  est  également  du 
xv''  siècle,  en  papier,  il  contient  tout  d'abord  le  Livre  de  bonnes 
mœurs  de  Jacques  Legrand.  Le  reste  du  manuscrit,  du  fol.  80 
au  fol.  117  v°,  est  rempli  par  un  sermon  de  Jean  Gourtecuisse 
sur  la  Passion. 

IV.  —  Gatalogce  des  Œuvres  oratoires. 

A  l'aide  du  manuscrit  latin  3546  et  des  textes  signalés  plus 
haut,  on  peut  établir  le  catalogue  de  l'œuvre  oratoire  de  Jean 
Gourtecuisse  telle  que  nous  la  connaissons  : 

A.  —  Sermons  datés. 
L  —  Paris,  fin  janvier-commencement  de  février  1397. 

Proposition  faite  par  Jean  Gourtecuisse  devant  le  roi 
Charles  VI,  au  nom  de  V  Université,  pour  demander  que  la 
collation  des  bénéfices  soit  retirée  à  Benoit  XIII. 

Indiq.  :  Religieux  de  Saint-Denis,  liv.  XVI,  ch.  xxxr, 
t.  II,  p.  526. 

Cette  proposition  n'est  connue  que  par  ce  qu'en  dit  le  Reli- 
gieux de  Saint-Denis.  Elle  fut  faite  à  propos  de  l'arrivée  à 

1.  Dimensions  :  hauteur,  0°'287;  largeur,  0'"202.  Le  Livre  de.  bonnes  mœurs 
est  écrit  à  deux  colonnes,  le  sermon  à  longues  lignes.  Initiales  et  titres  rouges. 
Voir  la  description  dans  le  Catalogue  des  manuscrits  de  la  bibliothèque  de 
l'Arsenal,  III,  71. 


ET    SES    OEUVRES    ORATOIRES,  499 

Paris,  dans  les  derniers  jours  de  janvier,  d'une  ambassade  du  roi 
de  Castille  au  roi  de  France.  Courtecuisse  était  accompagné 
devant  le  roi  par  le  recteur  et  une  députation  de  docteurs.  Voici 
le  résumé  de  sa  harangue  :  Hoc  luculentissime  persuadens , 
quidam  doctor  in  theologia,  vocatus  Johannes  Breviscoxe, 
cum  midtis  rationibus  ostendisset  quod  multa  dampna  et 
inconveniencia  procedebant  de  decitnis  et  collacionibus 
beneflciorum  ecclesiasticorum,  que  sibi  curia  Avenionen- 
sis  vindicabat,  asserens  hanc  esse  radicem  precipuam  quare 
papa  cedere  recusabai,  régi  tune  histantissime  requisivit 
ut  sibi  subsiralierentur  collaciones  beneficioruyn  ecclesia- 
sticorum. 

Cf.  N.  Valois,  la  France  et  le  Grand  Schisme,  t.  III, 
p.  112,  n.  1,  et  p.  39. 

IL  —  Avignon,  21  ou  24  juin  1397. 

Sermo  de  corpore  Christi  ad  papam  et  cardinales. 

Bibl.  nat.,  ms.  lat.  3546,  fol.  62-68.  —  Thème  :  Panis  quem 
ego  dabo,  caro  mea  est  et  pro  mundi  vita.  —  Incipit  :  Nota 
est  vox  illa,  doctissimi.  —  Explicit  :  Benedictus  in  secula 
seculorum.  Ecriture  fine,  soignée,  encre  noire;  chiffres  et  noms 
propres  dans  les  marges. 

Courtecuisse  a  été  en  ambassade  auprès  de  Benoît  XIII  au 
moins  deux  fois,  la  première  à  Avignon  en  juin  et  juillet  1397, 
la  seconde  à  Marseille  en  mai  1407.  Le  sermon  a  été,  évidem- 
ment, prononcé  à  la  Fête-Dieu,  soit  le  jour  même  de  la  fête,  soit 
le  dimanche  suivant.  Or,  en  1397,  l'orateur  a  séjourné  près  du 
pape  du  11  juin  au  10  juillet  ;  le  jour  de  la  Fête-Dieu  fut  le  jeudi 
21  juin  et  le  dimanche  suivant  le  24  juin.  En  1407,  son  séjour 
près  du  pape  a  duré  du  9  mai  au  18  ou  20  mai  ;  le  jour  de  la  Fête- 
Dieu  fut  le  jeudi  26  mai  et  le  dimanche  suivant  le  29  mai.  Donc, 
il  s'agit  ici  du  21  ou  du  24  juin  1397.  La  tenue  générale  du  ser- 
mon, malgré  sa  banalité,  se  concilie  du  reste  bien  mieux  avec  la 
date  de  1397.  Le  texte  est  plein  de  citations  et  de  souvenirs 
antiques. 

Cf.  Ehrle,  Aus  den  Acten  des  Afterconcils  von  Perpi- 
gnan [Archiv  fitr  Literatur-  und  Kirchengeschichte ,  t.  V, 
p.  432,  n.  2);  —  N.  Valois,  la  France  et  le  Grand  Schis7ne, 

t.  m,  p.  117. 


300  RECHERCHES  SUR  JEAN  COURTECUISSE 

III.  —  Paris,  15  avril  1402. 

Proposition  faite  par  Jean  Courtecuisse  devant  le  roi 
Charles  VI  pour  soutenir  la  soustraction  d'obédience  et 
réclamer  un  concile  de  t' obédience  de  Benoit  XIII. 

Indiq.  :  Religieux  de  Saint-Denis,  liv.  XXIII,  ch.  i,  t.  III, 
p.  22. 

Ce  discours  a  été  prononcé  pendant  la  captivité  de  Benoît  XIII 
dans  le  château  d'Avignon  et  la  première  soustraction  d'obé- 
dience. Le  duc  d'Orléans,  constitué  gardien  du  pape,  s'efforçait 
de  lui  faire  restituer  l'obédience  du  royaume.  Des  ambassadeurs 
du  roi  de  Castille,  des  députés  de  l'Université  de  Toulouse  arri- 
vèrent à  Paris  pour  intervenir  en  faveur  du  pape  d'Avignon.  Les 
ducs  de  Bourgogne  et  de  Berry,  l'Université  de  Paris  voulaient 
maintenir  les  mesures  de  rigueur.  L'Université  obtint  audience 
du  roi,  audience  qui  prit  deux  séances  :  le  premier  jour,  l'ora- 
teur, docteur  en  théologie,  par  ses  allusions,  irrita  profondément 
le  duc  d'Orléans  ;  le  second  jour,  la  proposition  fut  faite  par  Cour- 
tecuisse :  Die  iteruin  sequenti,  quidam  alius  magister  voca- 
tus  Johannes  Breviscoxe,  continua7ido  materiam,  substra- 
ctionem  approbavit,  inultis  racionibus  papam  perjurum  et 
scismaticum  ostendens,  papotu  quoque  indignum,  in  fine 
tariien  congruum  esse  dixit,  ut  super  hiis  sibi  obedientes 
itermn  congre  g  arentur.  Il  parla  fort  bien,  luculentissime . 
C'est  tout  ce  que  nous  savons  de  cette  proposition. 

Cf.  N.  Valois,  la  France  et  le  Grand  Schisme,  t.  III,  p.  261 . 

IV.  —  Avignon,  9  décembre  1403  (?). 

Sermo  de  secunda  dominica  Adventus  ad  papam  et  car- 
dinales. 

Bibl.  nat.,  ms.  lat.  3546,  fol.  10-18  v'^'.  —  Thème  :  Tu  es 
qui  venturus  es,  an  alium  expectamus.  —  Incipit  :  Quisquis 
humanum  genus  redempturus  exspectaris .  —  Explicit  : 
...  quant  nobis  concédât  benedictus  in  secida  seculorum. 
Amen.  Ecriture  forte,  régulière  et  soignée;  mise  au  net;  encre 
pâlie.  En  marge  :  des  chiffres,  des  additions,  des  noms  propres, 
surtout  des  noms  d'auteurs. 

1.  Ce  sermon  a  trois  titres  :  un  en  tête  du  texte,  ua  sur  le  recto  du  folio  de 
garde  de  la  lin,  de  la  même  écriture  que  le  texte,  un  troisième  au  verso  du 
folio  de  garde  de  la  fin,  de  la  petite  écriture  rapide. 


ET   SES   œUVRES   ORATOIRES.  501 

La  date  de  ce  sermon  est  très  difficile  à  établir.  Courtecuisse  a 
séjourné  deux  fois  près  du  pape  Benoît  XIII,  une  ibis  près  de 
Boniface  IX  et  une  fois  près  de  Grégoire  XII.  Il  a  été  près  de 
Benoît  XIII  du  11  juin  au  10  juillet  1397  et  à  Marseille  du  9  au 
18  ou  20  mai  1407;  près  de  Boniface  IX,  à  Rome,  aux  environs 
du  12  septembre  1397  ;  près  de  Grégoire  XII,  à  Rome,  du  4  juillet 
1407  à  la  fin  du  mois.  Aucune  de  ces  dates  ne  convient  au  sermon. 
Au  reste,  le  thème  de  l'orateur  et  le  ton  de  son  discours  montrent 
bien  qu'il  ne  peut  s'agir  ici  d'un  pape  romain,  soit  Boniface  IX, 
soit  Grégoire  XII.  Il  faut  donc  chercher  en  dehors  des  grandes 
ambassades  bien  connues  dont  Courtecuisse  a  fait  partie.  Or,  les 
événements  de  la  fin  de  1403  sont  fort  intéressants  à  considérer. 
Depuis  le  milieu  de  l'année,  le  royaume  était  revenu  à  l'obédience 
de  Benoît  XIII;  les  relations  avaient  été  reprises  entre  la  cour, 
l'Université  et  le  gouvernement  pontifical.  Ce  fut  l'occasion, 
attendue  avec  impatience  par  beaucoup,  de  solliciter  d'abon- 
dantes faveurs  du  pontife.  Les  princes,  le  Parlement,  de  nom- 
breux seigneurs,  l'Université  n'eurent  garde  de  la  laisser  échap- 
per. L'Université  dressa  un  vaste  rôle  sur  lequel  figura  Jean 
Courtecuisse.  Parmi  les  nombreux  députés  qui  se  présentèrent  à 
Marseille  pour  solliciter  Benoît  XIII,  se  trouvaient  six  maîtres  de 
l'Université,  qui  avaient  à  leur  tête  le  chancelier  de  l'église  de 
Paris,  le  célèbre  Jean  Gerson.  Il  est  vraisemblable  que  Courte- 
cuisse vint  alors  à  Marseille  dans  la  foule  des  solliciteurs.  C'est  à 
l'automne  qu'il  y  eut  le  plus  grand  concours.  Le  pape  signa  les 
rôles  universitaires  à  la  fin  d'octobre;  Gerson  prononça  devant 
lui  un  grand  discours  le  9  novembre.  La  bulle  qui  autorisa  Ger- 
son à  joindre  la  cure  de  Saint-Jean-en-Grève  à  l'office  de  chan- 
ceUer  est  du  18  novembre.  Le  prieur  de  Saint-Martin-des-Champs, 
Foulques  de  Blandy,  membre  de  la  délégation  universitaire,  était 
encore  près  du  pape  le  8  décembre  et  n'avait  pas  encore  com- 
mencé les  négociations  dont  il  avait  été  spécialement  chargé  par 
le  roi.  Si  Courtecuisse  est  venu  en  ce  temps  à  la  cour  pontificale, 
il  a  donc  bien  pu  prêcher  le  second  dimanche  de  l'Avent  devant  le 
pape  et  les  cardinaux.  Ce  qui  semble  confirmer  cette  date  de 
décembre  1403,  c'est  que  la  faveur  pontificale  ne  tarda  pas  à  se 
manifester  d'une  façon  très  évidente  :  Courtecuisse,  déjà  pourvu 
d'un  canonicat  à  Poitiers  et  d'un  autre  canonicat  au  Mans,  reçut 
en  1404  ou  1405  l'expectative  d'une  prébende  au  chapitre  de 
Paris.  Au  reste,  le  texte  du  sermon  :  Tu  es  qui  venturus  es, 
i 904  33 


502  RECHERCHES   SUR  JEAN   CODRTECUISSE 

an  alium  expectamus,  répond  bien  aux  idées  et  aux  sentiments 
qui  animaient  alors  les  hommes  les  plus  influents  de  l'Université, 
parmi  lesquels  était  Courtecuisse.  Il  j  a  donc  de  fortes  probabi- 
lités pour  que  ce  sermon  soit  du  9  décembre  1403. 

Cf.  N.  Valois,  la  France  et  le  Grand  Schisme,  t.  III,  p.  347. 

V.  —  Le  Mans,  le  3  juin  1406. 

Sermo  factus  in  ecclesia  Sancti  Juliani  Cenomanensi,  die 
quo  Ludovicus  rex  Cicilie  obtulit  eidem  ecclesie  jocale 
quod  fieri  et  ibidem  offerri  ordinaverat  domina  regina 
ejus  mater. 

Bibl.  nat.,  ms.  lat.  3546,  fol.  131-140  v°.  —  Thème  :  Testa- 
tnentum  suum  confîrmavit  supra  caput  ejus.  —  Incipit  : 
Ces  paroles  sont  recitées  en  l'espictre.  —  Explicit  :  et  le  Sainct 
Esperit  un  Dieu  tout  puissant.  Benedictus  in  secula  seculo- 
rum.  Amen.  Ecriture  fine,  nette,  mais  rapide.  En  marge,  des 
additions;  dans  le  texte,  des  ratures  et  des  corrections.  Pas  de 
feuillet  de  garde. 

D'après  le  récit  même  de  Courtecuisse,  la  reine  de  Sicile,  Marie 
de  Blois,  fille  du  duc  de  Bretagne,  Charles  de  Blois,  veuve  de 
Louis  P""  d'Anjou,  animée  d'une  dévotion  particulière  pour  saint 
Julien,  avait  eu  l'intention  de  faire  placer  dans  un  beau  reli- 
quaire le  chef  du  saint.  Par  testament,  elle  laissa  ce  soin  à  son 
fils,  Louis  II  d'Anjou,  roi  de  Sicile.  Elle  mourut  le  12  novembre 
1404.  Le  reliquaire  ne  fut  offert  et  l'os  sacré  du  chef  de  saint 
Julien  n'y  fut  déposé  que  le  3  juin  1406.  Louis  II  était  présent  à 
la  cérémonie  et  par  suite  au  sermon  de  Courtecuisse.  Le  choix  de 
ce  docteur  comme  orateur  s'explique  par  ce  fait  qu'il  était  origi- 
naire du  diocèse  et  chanoine  de  la  cathédrale.  Voici  le  passage 
essentiel  du  sermon  : 

Je  croy  que,  en  ceste  espérance  et  aussy  pour  les  grans  miracles 
de  lui,  feu  dame  de  noble  mémoire  Madame  Marie,  nagaires  royne 
de  Sicile,  raere  1res  hauU  et  très  puissant  prince,  mon  très  redoublé 
seygneur  qui  est  cy  présent,  oL  1res  singulière  devocion  à  ce  benoist 
confesseur,  comme  il  est  apparu  et  encores  appert  assés  à  ses  œuvres, 
car  jamais  ne  passast  près  de  cy  qu'elle  ne  visitast  le  glorieux  corps 
saint,  et  moult  dévotement  et  longuement  y  faisoit  son  oraison;  elle 
avoit  l'église  de  céans  pour  moult  recommandée  et  souvantefToiz  y 
donnoit  de  ses  biens.  Maiz  sur  toutes  choses  monstre  la  grant  et  par- 


ET   SES   OEUVRES   ORATOIRES.  503 

faicte  afTeccion  qu'elle  avoit  au  glorieux  confesseur  le  riche  jouel  que 
vous  veés  cy  présent.  Elle  avoit  eu  longtemps  en  voulenté  et  devo- 
cion  de  faire  envaisseler  précieusement  le  chicf  de  ce  glorieux  confes- 
seur. Maintes  grandes  besongnes  lui  sont  depuis  survenues  comme 
aucuns  de  vous  savés  assez;  pourquoi  elle  difleroit  à  accomplir  sa 
devocion  en  lieu  et  en  temps  qu'elle  peut  mieulx  vaquer  à  le  faire 
richement  et  notablement,  selon  la  dignité  de  la  sainte  relique,  ou, 
comme  je  croy  mieulx,  que  Dieu  qui  fait  toutes  choses  par  la  meil- 
leur manière  qu'elles  se  puent  faire,  voult  départir  l'onnour  de  ceste 
noble  oblacion  à  mon  très  redouble  seigneur  le  roy  cy  présent  et 
monslreret  aussi  rémunérer  la  devocion  d'elle  et  de  lui  en  la  gloire, 
ainsi  le  veille  il,  de  Paradis.  Car  j'espoir  que  cy  long  temps  ne  fut  mie 
demourée  à  envaisseller  cy  précieuse  relique,  se  Dieu  de  especiale 
grâce  ne  les  eust  esleu  à  ce  faire...  Einsi  elle  premièrement  en  son 
cuer  à  Dieu  et  au  glorieux  confesseur  donna  et  offri  le  jouel  et  en  sa 
dernière  voulenté  moult  chèrement  et  piteablement  pria  à  mon  très 
redoubté  seigneur  son  fil  et  son  hoir  qu'il  voulsist  son  désir  et  son 
veu  faire  et  acomplir  songneusement,  et  en  ce  conferma  la  dévote 
dame  son  testament  sur  le  chief  de  gracieux  confesseur.  Nous  veons 
maintenant,  la  chose  se  monstre  à  l'ueil,  comment  mon  très  redoubté 
seigneur  a  diligamment  acompli  le  désir  d'elle  et  avec  ce  veons  nous 
la  grant  devocion  et  singulière  révérence  qu'il  a  au  glorieux  corps 
saint,  parce  qu'il  accreu  et  adjouste  sus  l'ordennance  de  la  dame.  Car 
le  jouel  est  cy  riche  et  cy  noble,  comme  vous  povés  veoir,  il  a  fait 
faire  de  cy  grant  voulenté  et  de  cy  grant  désir  qu'il  ne  se  passoit  de 
jour,  pour  tant  qu'il  fut  ou  lieu  ou  le  joueil  a  esté  fait,  qu'il  en  per- 
sonne ne  visitast  Teuvre  et  faisoit  amander  en  mieulx,  s'aucune 
chose  ne  lui  sembloit  assés  précieusement  faite.  Il  le  présente  lui 
même  en  personne  einsi  dévotement  que  vous  povez  veoir. 
Cf.  A.  Ledru,  la  Cathédrale  Saint-Julien  du  Mans,  p.  336. 

VI.  —  Marseille,  mai  1407  (?). 

Sermo  de  beato  Ludovico  Marciliensi. 

Bibl.  net.,  ms.  lat.  3546,  fol.  82-87.  —  Thème  :  Veni  et 
sequere  me.  —  Incipit  :  Ista  verba  sunt  Salvatoris  7iostri. 
—  Explicit  :  unus  est  Deus  Benedictus  in  secula  seculorum. 
Amen.  Petite  écriture  assez  soignée,  des  mots  soulignés,  des  cor- 
rections dans  le  texte  et  des  additions  en  marge;  également  en 
marge,  les  noms  des  auteurs  cités  dans  le  texte.  Pas  de  feuillet 
de  garde. 


304  RECHERCHES    SUR   JEAN   COURTECUISSE 

Ce  sermon  célèbre  les  vertus  de  saint  Louis  d'Aujou,  êvêque 
de  Toulouse,  dont  les  restes  étaient  conservés  à  Marseille. 
On  ne  voit  qu'une  circonstance  dans  laquelle  ce  sermon  ait  pu 
être  prêché  :  en  1407,  Courtecuisse  fit  partie  de  la  grande  ambas- 
sade envoyée  par  le  roi  et  par  l'Université  près  de  Benoît  XIII 
pour  préparer  avec  lui  l'entente  des  deux  papes  rivaux  ;  il 
séjourna  ainsi  à  Marseille  au  mois  de  mai.  Il  est  vrai  que  la  fête 
de  saint  Louis  n'est  célébrée  que  le  19  août.  Mais  il  est  très  vrai- 
semblable que  Courtecuisse  voulut  spécialement  honorer  ce  saint, 
qui  appartenait  aux  fleurs  de  lis. 

Cf.  N.  Valois,  la  France  et  le  Gra^id  Schisme,  t.  III, 
p.  510-516. 

VIL  ~  Paris,  21  mai  1408. 

Proposition  faite  à  l'hôtel  Saint-Paul,  devant  le  roi, 
contre  les  huiles  de  Benoit  XIII. 

Indiq.  :  Bulaeus,  Historia  TJniversitatis  Parisiensis,  t.  V, 
p.  ih'^lProcessus  factus  contrahidlam Benedictiper regeni 
Francie  et  doininos  de  sanguine  suo  et  consilio]  ;  —  Eeli- 
gieuœ  de  Saint-Denis,  liv.  XIX,  ch.  ii,  t.  IV,  p.  8  ;  —  Féli- 
bien.  Histoire  de  Paris,  t.  IV,  p.  552;  —  Journal  de  Nicolas 
de  Baye,  éd.  Tuetey,  t.  I,  p.  231. 

Cette  proposition  est  connue  par  un  résumé  très  rapide  publié 
dans  Y  Historia  Universitatis  Parisiensis  de  du  Boulay  et  par 
un  sommaire  au.  Religieux  de  Saint-Denis.  Menacé  d'une  nou- 
velle et  très  grave  soustraction,  Benoît  XIII  avait  riposté  par 
une  lettre  doucereuse  et  surtout  par  la  publication  d'une  vieille 
bulle  du  19  mai  1407  menaçant  le  roi  lui-même  d'excommunica- 
tion. C'est  pour  répondre  à  ces  menaces  que  fut  réunie  l'assem- 
blée du  21  mai  1408,  in  prato  viridarii,  à  l'hôtel  Saint-Paul. 
Courtecuisse  monta  sur  une  haute  chaire,  in  qua  stabat  pedes. 
Son  discours  fut  vif.  Le  document  publié  par  du  Boulay  énumère 
treize  propositions  soutenues  par  l'orateur  pour  démontrer  que 
Benoît  XIII  était  schismatique  et  hérétique.  Le  thème  était  : 
Convertatur  dolor  ejus  in  caput  ejus  et  in  vertice?n  ipsius 
iniquitas  ejus  descendit;  concepit  dolorem  et  perpetit  ini- 
quitatem.  Le  Religieux  de  Saint-Denis  indique  des  dévelop- 
pements qui  n'apparaissent  pas  dans  du  Boulay  ;  il  fait  une  longue 
citation,  évidemment  paraphrasée. 

Cf.  N.  Valois,  la  France  et  le  Grand  Schisme,  t.  III,  p.  609, 


ET   SES   ŒDVRES   ORATOIRES.  505 

VIII.  —  Pise,  première  quinzaine  de  juin  1409. 

De  quadam  collatione  facta  coram  dominis  cardinalibus 
super  electione  simimi  poniificis. 

Bibl.  nat.,  ms.  lat.  3546,  fol.  141-144  v». ,—  Thème  :  Deus 
patiencie  et  solacii  det  vobis  idipsum  saper e  in  alteru- 
triim  secundum  Christum,  ut  unanimes  uno  ore  honorifi- 
cetis  dominum.  — Incipit  :  Tria  sunt,  Sanctissimi  Patres... 
—  Explicit  :  ingenti  causa  verisimile  prœstare  posset.  Le 
fol.  142  v"  est  blanc.  Ecriture  fine  et  claire.  Quelques  corrections 
dans  le  texte  et  en  marge.  Fol.  146,  en  haut  et  en  outre  du  titre 
final,  on  lit  :  De  cismate,  d'une  écriture  conforme  au  titre. 

La  circonstance  pour  laquelle  fut  prononcé  ce  sermon  permet 
d'en  préciser  la  date.  Il  ne  peut  s'agir  que  de  l'élection  d'un  des 
papes  suivants  :  Benoît  XIII,  Alexandre  V,  Jean  XXIII  ou  Mar- 
tin V.  L'élection  de  Benoît  XIII  à  Avignon,  en  1394,  se  fit  très 
rapidement;  on  ne  voit  pas  comment  Gourtecuisse,  dont  la  répu- 
tation oratoire  commençait  à  peine,  aurait  pu  prononcer  ce  ser- 
mon. Jean  XXIII  fut  élu  également  en  quelques  jours  :  Ale- 
xandre V  était  mort,  dans  la  nuit  du  3  au  4  mai  1410,  à  Bologne, 
et  dix  jours  après,  le  14  mai,  les  cardinaux  entraient  en  conclave 
dans  cette  ville  ;  rien  n'avait  pu  y  attirer  d'avance  Gourtecuisse. 
Les  élections  d'Alexandre  Y  et  de  Martin  V  ont  été  faites  dans 
des  circonstances  beaucoup  plus  solennelles  :  la  première  au  con- 
cile de  Pise,  la  seconde  au  concile  de  Gonstance.  Gourtecuisse 
a-t-il  été  à  Gonstance?  M.  N.  Valois  ne  paraît  avoir  trouvé 
aucune  trace  de  son  activité  ni  même  de  sa  présence  à  ce  con- 
cile. Il  est  plus  probable  que  le  discours  a  été  prononcé  à  Pise 
avant  l'élection  d'Alexandre  V.  On  sait  que  l'évêque  du  Mans  et 
le  chapitre  de  la  cathédrale  ont  chacun  envoyé  procureur.  Gour- 
tecuisse a  très  bien  pu  être  l'un  des  deux.  Son  discours,  qui  a 
précédé  l'entrée  en  conclave  des  cardinaux,  date,  par  suite,  de  la 
première  moitié  du  mois  de  juin,  le  conclave  s'étant  ouvert  le 
15  juin.  Le  texte  même  est  d'une  banalité  très  générale  et  ne 
fournit  aucun  renseignement  précis.  Au  reste,  il  ne  paraît  pas 
être  complet. 

Gf.  d'Achery,  Spicilegium,  2®  éd.,  1. 1,  p.  858;  —  N.  Valois, 
la  France  et  le  Grand  Schisme,  liv.  III,  ch.  ii,  t.  IV,  p.  100 
etsuiv.,  129-130,402-403. 


506  RECHERCBES    SUR   JEAN    CODRTECDISSE 

IX.  —  Paris,  29  mai  1413. 

Quedam  proposicio  et  exortacio  facta  in  presentia  Régis 
Karoli  VI  pro  parte  Universitatis  et  prepositi  et  civium 
Parisiensium,  ut  certe  ordinaciones  tune  noviter  facte 
servarentur. 

Ms.  :  Bibl.  nat.,  ms.  lat.  3546,  fol.  151  v''-159  v°.  —  Thème  : 
Bonum  mihi  lex  oris  tui  super  millia  auri  et  argenti.  — 
Incipit  :  Très  hault  et  très  puissant  Roy...  —  Explicit  :  et  facent 
tenir  et  garder  les  dictes  ordenances.  Deo  Gratias.  Écriture 
fine,  très  soignée  ;  mise  au  net  avec  marges  tracées.  Quelques 
notes  en  marge  indiquent  la  suite  du  développement  ;  quelques 
noms  d'auteurs  en  vedette. 

Impr.  :  Bulaeus.  Historia  Universitatis  Parisiensis,  t.  V, 
p.  83. 

Cette  importante  proposition  a  été  mal  datée  par  du  Boulay, 
qui  l'a  attribuée  à  1403  ;  rien  ne  justifie  cette  date.  Au  contraire, 
nous  savons  que  Gourtecuisse  a  prononcé  un  discours  de  ce  genre 
le  29  mai  1413  pour  demander  au  roi  l'exécution  de  l'Ordonnance 
Cabochienne.  La  date  exacte  est  donnée  par  le  Religieux  de 
Saint-Denis. 

Bien  que  les  circonstances  fussent  assez  graves  pour  retenir 
son  attention,  Gourtecuisse  s'est  surtout  inspiré  d'Aristote  ;  il  a 
exposé  de  préférence  des  théories  générales  en  un  langage  remar- 
quablement ferme  et  clair.  Trop  rares  sont  les  développements  où 
il  est  sorti  de  l'abstraction  et  des  anecdotes  antiques  pour  exposer 
la  situation  présente  : 

Qui  eust  bien  tenu  les  belles  ordenances  que  les  bons  roys  de 
France  vos  prédécesseurs  et  vous  mesme,  mon  1res  redoublé  souve- 
rain seigneur,  avez  faites,  se  royaulmene  fust  mie  cheu  en  tel  incon- 
vénient et  tele  poureté  qu'il  est  de  présent.  Veez  le  plat  pays,  com- 
ment il  est  pillé  et  rungé  de  gens  d'armes  qui  les  deussent  garder, 
de  gens  de  justice  comme  sergens,  prevoz,  baillis,  promoteurs,  ofu- 
ciaulx  et  plusieurs  autres,  et  tout  par  faulte  de  justice.  Les  finances 
de  vostre  royaulme,  comment  ont  elles  esté  gouvernées  jusques  icy? 
Qui  plus  en  a  peu  piller,  c'esloit  le  plus  honoré  et  le  plus  vaillant 
homme  et  tant  en  a  l'en  prins,  puis  de  un  costé,  puis  d'autre,  puis 
deçà,  puis  delà,  que  souvenles  foiz  est  advenu  et  advient  que  s'il  faut 
III  ou  un  mil  frans  pour  quelque  nécessité  que  ce  soit,  il  les  con- 


ET    SES   OECVRES    ORATOIRES.  507 

vient  prendre  sur  votre  despense  ou  emprunter  à  usure  ou  par  une 
autre  marchandise  qui  aujourd'huy  cuert,  qui  ne  vault  pas  moins  que 
usure,  un  grain  de  mill.  Très  benoist  Dieu,  de  si  grant  et  si  ample 
demaine,  de  tant  d'aides,  tant  d'emprunz,  tailles,  disiesmes,  de  for- 
faictures  et  autres  plusieurs  manières  dont  vous  sont  venues  finances, 
vous  est  si  peu  demouré,  que  di-je,  maiz  ne  vous  est  riens  demouré. 
J'ay  aucunes  foyz  pensé  par  moy  se  le  roy  Charles  vostre  père,  que 
Diex  absoille,  revenoit  maintenant  en  vie,  com  seroit-il  esmerveillé 
et  esbahy  de  la  très  misérable  face  et  la  grant  immutacion  qui  est  ou 
royaulme,  de  veoir  la  grant  distraction  et  dissipation  des  biens  et  des 
richesses  qu'il  vous  laissa.  Que  pourroit-il  dire?  Il  m'est  advis  que 
je  l'oye  parler  et  garmenter  :  Diex!  Qu'est  cecy?  Charles,  Charles, 
qu'est  devenu  Ponneur  et  la  majesté  de  ce  royaulme?  Où  sont  ses 
habiz  royaulx?  Où  est  celle  belle  et  riche  couronne  que  à  si  grant 
peine  je  assemblé?  Où  sont  ses  grans  trésors  que  par  cy  long  temps 
je  espergné?  Qui  a  ses  riches  y  mages  et  aultres  joyaulx  d'or  et  d'ar- 
gent macis  en  si  grant  nombre,  que  je  lesse?  Pensés  vous  que  je  les 
gardasse  pour  moy?  Non,  non,  je  les  assemblé  et  gardé  aflîn  que  à 
lousiours  maiz  demourassent  et  fussent  en  honneur  et  magnificence 
de  la  couronne  du  royaulme  les  trésors  pour  secourir  aux  affaires  et 
neccessités  qui  povoient  survenir... 

Considérés,  sire,  s'il  vous  plaist,  Testât  où  nous  estions  nagaires. 
Voz  ennemis  estoient  fors  en  Guyenne;  se  ce  débat  et  descot  qu'on 
dit  estre  en  Engleterre  ne  fust  survenu  et  qu'ilz  fussent  passez  à 
Calais  en  puissance,  où  eust  on  pris  de  l'argent  à  mettre  gens  d'armes 
sus  qui  leur  peussent  résister?  Ou  plat  pays  n'a  rien  demouré. 
Que  prendront  les  gentilzhommes  sur  leurs  hommes  qui  n'ont  riens? 
Que  paiera-il  aus  bourgois  qui  n'a  pain  à  mengier  pour  soy  ne  pour 
ses  enffans?  Einsi  destruit  le  plat  pays,  s'ensuyt  la  poureté  de  tous 
les  estas  du  royaulme.  Si  vostre  peuple  est  poure,  de  quoy  vous 
aidera-il. 

A  tous  ces  maux,  l'Ordonnance  Cabochienne  peut  seule  appor- 
ter le  remède  nécessaire  : 

Car  s'elles  sont  gardées  et  tenues,  fiez  et  aumosnes  seront  paiez, 
qui  ne  le  sont  pas  maintenant,  en  grant  charge  de  vostre  conscience. 
Vostre  despence  se  paiera  comptant,  et  vous  vives  par  emprunt. 
Vous  contempterés  les  poures  marchands  qui  aucune  foiz  sont  deserés 
parce  que  vous  leur  devez  et  ne  les  povez  paier.  Vos  chasteaulx 
seront  bien  reparez  qui  sont  en  ruyne.  Vous  aurez  couronnes,  ymages 


508  RECHERCHES    SUR   JEAN    CODRTECUISSE 

et  autres  joyaux  d'or  et  d'argent  telz  et  en  si  grant  nombre  qu'il 
vous  plaira  et  qui  sera  advisé  pour  la  magnificence  de  l'ostel  royal 
et  la  gloire  de  tout  le  royaulme,  dont  vous  n'avez  rien  maintenant, 
se  peu  non.  Vous  aurez  dedens  brief  temps  en  espergne  et  par 
manière  de  trésor  grans  sommes  de  deniers  et  de  finances  pour  secou- 
rir aux  affaires  du  royaulme  qui  pevent  survenir,  dont  vous  n'avez 
I  denier  de  présent;  les  quelles  choses  pareillement  tournent  en 
l'oneur  et  au  prouffit  de  vostre  peuple,  je  entens  de  tous  les  estas  de 
vostre  royaulme,  combien  que  peuple  à  proprement  parler  signifie 
les  gens  de  petit  estât  tant  seulement.  Mais  je  dy  qu'elles  sont  à 
l'oneur  et  prouffit  de  tout  le  royaulme,  car  si  vous  estez  riches  et 
plantureux,  tant  de  joyaulx,  finances  et  autrement,  c'est  l'oneur  de 
vos  subgectz,  ne  y  ne  sera  ja  besoing  de  faire  tailles,  empruns  ne 
autres  nouveaulx  impos  sur  vostre  peuple.  Par  quoy  il  appert  clere- 
ment  qui  n'aimeroit  pas  le  bien  de  vous  ne  de  vostre  royaulme,  qui 
vous  conseilleroit  de  rompre  les  dictes  ordenances,  et  se  aujourd'huy 
vous  en  entamez  une,  si  ferez  vous  demain  ou  après  demain  l'autre 
et  après  l'autre,  einsi  s'en  ira  tout  aval  l'eaue  et  recherrons  en  tel  et 
et  pire  inconvénient  que  nous  n'estions  paravant,  que  Dieu  ne  veille  ! 

Ces  passages,  les  plus  significatifs  du  discours,  ne  peuvent 
évidemment  s'appliquer  qu'à  l'Ordonnance  Cabochienne. 

Cf.  Religieux  de  Saint-Denis,  liv.  XXXIV,  c.  xiv,  t.  V, 
p.  52;  —  Jourdain,  Index  Chartarum  Universitatis  Pari- 
siensis,  n°  1067:  —  Denifle  et  Châtelain,  Chartulariutn  Uni- 
rersitatis  Parisiensis,  t.  IV,  p.  257,  n"  1980;  —  Coville,  les 
Cabochiens  et  l' ordonnance  de  1413,  p.  211. 

X.  —  Paris,  4  décembre  1413. 

Discours  sur  la  procédure  à  suivre  pour  juger  les  pro- 
positions de  Jean  Petit  sur  le  tyrannicide  soumises  au  con- 
cile de  la  foi. 

Indiq.  :  Acta  Concilii  Parisiensis  (Gersonii  Opéra,  éd.  E. 
Dupin,  t.  V,  col.  70). 

Ce  discours  a  été  prononcé  dans  la  seconde  session  du  concile 
de  Paris.  Il  ne  s'agissait  encore  que  de  procédure  :  devait-on 
juger  et  condamner  simplement  les  propositions  de  Jean  Petit 
telles  qu'elles  avaient  été  présentées  au  concile  ou  bien  conve- 
nait-il de  s'informer  au  préalable  de  leur  authenticité?  Sur  cette 
question,  Courtecuisse  déclare  qu'il  ne  prétend  point  empêcher 


ET   SES    œCVllES   ORATOIRES.  u09 

révêque  de  Paris  de  procéder  à  une  condamnation;  mais  il  ne 
connaît  pas  la  Justification  du  meurtre  du  duc  d'Orléans 
par  Jean  Petit  ;  la  première  assertion  lui  paraît  bien  en  avoir  été 
extraite;  pour  les  autres,  il  ne  sait  rien.  L'affaire  est  très  diffi- 
cile; il  n'en  peut  rien  dire  pour  le  moment.  Gourtecuisse  se  pla- 
çait ainsi  parmi  les  modérés. 

Cf.  Denifle  et  Châtelain,  Chartularium  Vniversitatis  Pari- 
siensis,  t.  III,  p.  272,  n"  2001. 

XI.  —  Paris,  19  décembre  1413. 

Discours  sur  la  procédure  à  suivre  dans  le  concile  sur 
les  sept  propositions  de  Jean  Petit  présentées  par  Gerson. 

Indiq.  :  Acta  Concilii  Parisiensis  (Gersonii  Opéra,  éd.  E. 
Dupin,  t.  V,  col.  96). 

Gourtecuisse  prit  de  nouveau  la  parole  dans  la  troisième  ses- 
sion. Il  garde  une  attitude  modérée.  Après  des  précautions  pré- 
liminaires, il  estime  qu'il  convient  de  s'informer  avec  précision 
sur  le  point  de  savoir  si  les  assertions  incriminées  se  trouvent 
dans  la  Justification  du  meurtre  du  duc  d'Orléans  par  Jean 
Petit.  Quant  à  ces  assertions  mêmes,  les  deux  premières  sont 
fausses  et  erronées  ;  —  la  troisième  lui  paraît  incertaine  ;  —  sur 
la  quatrième,  qu'il  ne  condamne  pas,  il  s'en  tient  à  l'opinion  de 
saint  Augustin  ;  —  il  n'y  a  pas  lieu  de  condamner  la  cinquième; 

—  la  sixième  n'entraîne  pas  péché  mortel,  mais  seulement  véniel  ; 
elle  ne  doit  pas  être  condamnée;  —  la  septième,  enfin,  est  fausse, 
mais  sans  scandale  ;  il  vaudrait  mieux,  vu  les  circonstances,  se 
taire  sur  cette  matière. 

Gf.  Denifle  et  Châtelain,  Chartularium  Universitatis  Pari- 
siensis, t.  III,  p.  273,  no  2003. 

XII.  —  Paris,  10  janvier  1414. 

Sermon  d'actions  de  grâces  pour  une  visite  de  Charles  VI 
au  collège  de  Navarre. 

Indiq.  :  Launoy,  Regii  Navarrœ  gymnasii  historia,  p.  464; 

—  Bulseus,  Historia  Universitatis  Parisiensis,  t.  V. 
Launoy  et  du  Boulay  signalent  ce  sermon  d'après  Garcilius 

Mercator,  alors  procureur  de  la  nation  française.  Voici  la  note 
de  Mercator  : 

Die  10  mensis  januarii  fuorunL  in  missa  dominus  nosler  Rex  et 
omnes  Domini  praenominati  et  etiam  dux  Bavariae  et  multum  hono- 


5^0  flECHERCHES   SCR  JEAN    COURTECUISSE 

raverunt  naUonem.  Item  fuerunl  in  missa  très  cardinales,  scilicet 
cardinalis  de  Barro,  cardinalis  Pisanus,  tune  legalus  a  latere  in  Fran- 
cia,  et  cardinalis  Remensis.  Item  fuerunteadem  die  plures  praelati  et 
quamplures  milites  et  nobiles...  Item  post  missam  magister  Johan- 
nes  Breviscoxae  regratiatus  est  domino  nostro  Régi  et  omnibus  Domi- 
nis  de  sanguine  suo  ibidem  existentibus  de  honore  nationi  impenso. 
Regratiatus  est  etiam  domino  praelato,  scilicet  episcopo  Gabiloneusi 
qui  fecit  servitium  et  supplicavit  sibi  ut  vellet  prandere  in  caméra 
Provisoris  GoUegii  Navarrae,  qui  contemplatione  nationis  annuil  sup- 
plicacioni  et  pransus  est  in  dicto  collegio  et  plures  notabiles  doctores 
et  raagistri  de  natione. 

XIII.  —  Paris,  27  janvier  1414. 

Avis  sur  le  texte  des  propositions  de  Jean  Petit. 

Indiq.  «.  Acta  Concilii  Parisiensis  (Gersonii  Opéra,  éd. 
E.  Dupin,  t.  V,  c.  247-248). 

Le  5  janvier,  le  concile  désigna  une  commission  pour  exami- 
ner les  exemplaires  de  la  Justification,  y  vérifier  les  assertions 
et  y  rechercher  les  propositions  suspectes.  Courtecuisse  fit  partie 
de  cette  commission  :  le  27  janvier,  il  donna  son  avis  devant 
l'évêque  de  Paris  et  l'inquisiteur.  Pour  lui,  la  commission  a  pour 
objet,  non  de  discuter  des  doctrines,  mais  de  vérifier  des  textes  ; 
il  reconnaît,  après  collation,  que  les  manuscrits  déposés  sont 
semblables,  qu'il  y  a  beaucoup  de  mauvaises  opinions  dans 
l'œuvre  de  Jean  Petit,  que  les  assertions  y  sont  contenues.  Il  y 
signale  une  et  même  plusieurs  affirmations  répréhensibles  qui 
n'ont  pas  été  relevées.  Cependant,  il  croit  préférable  de  réduire 
au  minimum  ce  qui  doit  être  condamné.  Il  ajoute  quelques  déve- 
loppements sur  plusieurs  points  particuliers. 

XIV.  —  Paris,  31  janvier  1414. 

Avis  donné  par  Courtecuisse  sur  deux  propositions 
extraites  de  la  Justification. 

Indiq.  :  Acta  Concilii  Parisiensis  (Gersonii  Opéra,  éd. 
E.  Dupin,  t.  V,  c.  269-270). 

La  commission  du  concile,  après  avoir  extrait  trente-deux 
propositions  de  la  Justification,  les  examina  les  unes  après  les 
autres  pour  savoir  s'il  y  avait  lieu  de  les  déférer  au  concile.  Une 
première  fois,  Courtecuisse  intervint  pour  déclarer  qu'il  n'y  avait 
pas  lieu  de  déférer  la  proposition  De  censu  naturali,  sans 


KT   SES   OEUVRES   ORATOIRES.  5<i 

doute  la  quinzième.  Il  intervint  encore  quand  Jean  de  Douxmes- 
nil  provoqua  la  délibération  sur  la  conclusion  de  Jean  Petit. 
Cette  conclusion  n'était  pas  seulement  un  exposé  de  doctrine; 
elle  mettait  nettement  en  cause  le  duc  de  Bourgogne.  Courte- 
cuisse  déclara  que  les  propositions  de  Jean  Petit  étaient  fausses, 
mais  que  la  conclusion  était  implicitement  contenue  dans  ces  pro- 
positions, en  particulier  dans  la  troisième.  Il  ne  savait  comment 
se  prononcer  sur  cette  question  de  la  conclusion. 

Cf.  Denifle  et  Châtelain,  Chartularium  Universitatis  Pari- 
siensis,  t.  III,  p.  276,  n°  2007. 

XV.  —  Paris,  12  février  1414. 

Avis  donné  par  Courtecuisse  sur  les  propositions  extraites 
de  la  Justification  et  soumises  au  concile. 

Indiq.  :  Acta  Concilii  Parisiensis  (Gersonii  Opéra,  éd. 
E.  Dupin,  t.  V,  c.  299). 

Cette  fois,  Courtecuisse  s'exprime  sur  le  fond.  Il  le  fait  avec 
un  grand  embarras  ;  il  réclame  l'indulgence,  car  il  ne  crojait 
pas  avoir  h  parler  si  tôt  ;  il  s'excuse  de  répéter  ce  qu'il  a  déjà  dit. 
Le  sommaire  de  son  discours,  tel  que  le  donne  le  procès-verbal, 
est  très  obscur,  sans  doute  parce  que  l'orateur  fut  gêné,  plein  de 
réticences.  Il  épilogue  sur  la  première  proposition  :  elle  est 
dépourvue  des  circonstances  qui  pourraient  lui  donner  quelque 
vérité  ;  dans  sa  généralité,  elle  n'est  pas  défendable  ;  il  aurait 
fallu  distinguer.  Il  ne  dit  pas  qu'elle  doit,  mais  qu'elle  peut  être 
condamnée.  Il  épilogue  encore  sur  la  troisième  proposition.  Quant 
aux  autres,  il  passe  très  vite,  mais  non  sans  faire  des  réserves. 
Dans  son  ensemble,  la  Justification  est  condamnable,  mais  il 
faudrait  ajouter  ou  retrancher.  C'est  le  dernier  discours  que  Cour- 
tecuisse prononça  au  concile  de  Paris. 

Cf.  Denifle  et  Châtelain,  Chartularium  Universitatis  Pari- 
siensis, t.  m,  p.  279,  11°  2012. 

XVI.  —  Paris,  7  janvier  1415. 

Oraison  funèbre  du  duc  d'Orléans. 

Indiq.  :  Monstrelet,  Chroniques,  éd.  Douët  d'Arcq,  t.  III, 
p.  55.  — Jean  de  Saint-Remy,  Chroniques,  éd.  Morand,  t.  I, 
p.  197. 

Il  n'avait  pas  encore  été  fait  de  service  solennel  pour  le  feu  duc 


S^2  RECHEECHES    SUR   JEAN    COURTECDISSE 

Louis  d'Orléans.  Les  Armagnacs,  maîtres  de  Paris,  se  décidèrent 
à  en  célébrer  un  au  commencement  de  1415.  La  première  céré- 
monie eut  lieu  à  Notre-Dame,  le  5  janvier,  devant  le  roi  ;  ce  fut 
Gerson  qui  prêcha.  Le  lundi  suivant,  nouveau  service  dans 
l'église  des  Célestins,  où  le  duc  avait  été  enseveli  ;  Courtecuisse  y 
fit  l'oraison  funèbre.  Monstrelet  dit  seulement  qu'il  prêcha  «  en 
ensuivant  le  propos  de  maisLre  Jehan  Gerson.  »  Toujours  d'après 
Monstrelet,  Gerson  aurait  prêché  «  profondement  et  haultement.  » 
Cf.  Feret,  la  Faculté  de  théologie  de  Paris,  Moyen  Age, 
t.  IV,  p.  177. 

XVIL  —  Paris,  22  janvier  1416. 

Sermo  in  processione  gênerait  fada  in  ecclesia  Pari- 
siensi  die  festi  Sancti  Vincentii  ex  ordinacione  domino- 
rum  Decani  et  Capituli  Parisiensis. 

Bibi.  nat.,  ms.  lat.  3546,  fol.  26-29  v^  —  Thème  :  Justum 
adjutorium  meum  a  domino  qui  salvos  facit  sperantes  in  se. 

—  Incipit  :  Ce  sont  les  parolles  du  saint  prophète  le  roy  David. 

—  Explicit  :  Premièrement  pour  le  bon  estât  de  l'universelle 
Eglise,  etc.  Le  sermon  est  incomplet.  Écriture  fine,  encre  pâle; 
nombreuses  corrections  dans  le  texte  et  en  marge,  de  même  écri- 
ture et  de  même  encre  que  le  texte. 

Ce  sermon  est  un  des  plus  intéressants  du  recueil.  Du  passage 
suivant  on  peut  tirer  des  indications  utiles  sur  les  circonstances 
qui  ont  provoqué  cette  cérémonie  religieuse  et  sur  la  date  à 
laquelle  elle  eut  lieu  : 

En  ceste  mer  si  esmeue,  si  périlleuse,  si  tempeslueuse,  a  une  nef 
qui  longtemps  a  esté  et  encores  est  en  grant  péril  d'estre  dévorée  et 
perdue,  c'est  noslre  mer  Saincle  Eglise,  que  saint  Grégoire  appelle 
une  nef,  pour  ce  qu'elle  est  ordennée  à  nous  porter  par  les  undes  de 
cest  monde,  et  nous  rendre  au  port  de  salut,  c'est  assavoir  à  la  gloire 
de  Paradis.  Maiz  depuis  xl  ans  ou  environ  en  ça,  ambicion  et  convoi- 
tise ont  si  fort  venté  qu'ilz  ont  presque  toute  rumpue  et  perdue  ceste 
précieuse  nef.  Car  s'a  esté  et  est  la  vraie  cause  de  la  division  de 
l'Eglize,  comme  chascun  scet,  il  n'est  ja  besoing  de  le  plus  deciarier. 
Et  par  l'ambicion  dez  contendens,  chascun  de  eulx  contre  le  serment 
qu'ilz  avoient  fait  sur  la  vraye  croye  aimoit  mielx  que  l'Eglise  demou- 
rast  en  tel  péril  que  laissier  la  porcion  qu'il  tenoit  et  par  indignes 
promocions  à  esvechés  et  autres  dignités  et  autres  manières  indues 


ET   SES   CKDVRES    ORATOIRES.  3^3 

ont  nourry  ce  scisme  jusques  cy.  Car,  pour  ce  qu'on  n'a  pas  pour- 
veu  aux  dignités  auxquelles  appartient  le  gouvernement  de  la  nef  de 
personnes  ydoines  et  qui  bien  y  sceussent  pourveoir,  elle  est  jusques 
cy  demourée  ou  péril.  Vous  savés  comment  le  concile  gênerai  est 
assemblé  pour  ceste  cause  à  Constance  es  parties  d'Alemegne.  Lez 
vaillans  prelas  et  segneurs  qui  sont  là,  y  ont  ja  demouré  presque  un 
an  entier  à  grans  labours,  grans  despens  et  grant  péril  de  leur  corps 
et  encore  n'y  ont-ilz  peu  mettre  bonne  provision,  ne  je  ne  cuide  pas 
qu'on  puist  avoir  bonne  et  parfaite  union,  senon  par  especial  grâce 
de  Dieu, 

En  ceste  mer  einsi  esmeue,  troublée  et  tempestueuse,  comme  j'ay 
dit,  est  ce  noble  royaulme  de  France,  lequel  non  mie  d'un  seul,  ne 
de  deux,  maiz  de  tous  les  iiii  venz  dont  j'ay  dessus  parlé  est  fort 
accueilly  et  environné.  Les  anciennes  histoires,  comme  Tite-Live  et 
plusieurs  autres,  notent  singulièrement  les  Françoiz  de  ii  vices,  c'est 
assavoir  d'orgueil  et  d'avarice.  Quant  à  l'orgueil  et  à  la  pompe  de  ce 
royaulme,  je  croy  qu'elle  ne  soit  pas  apeticié  depuis  le  temps  dont 
parlent  ces  histoires,  maiz  tien  qu'elle  soit  assez  plus  grant  qu'elle 
n'estoit  lors  et  qu'elle  croisse  chacun  jour,  dont  aucuns  se  donnent 
grant  merveille,  car  lez  revenues  appetisse  de  jour  en  jour  et  la 
pompe  ne  la  despense  n'appelissent  en  riens,  ainz  acroist  chascun 
jour.  Un  simple  escuier  meine  aujourduy  plus  grant  estât  et  plus 
grant  pompe  en  veslure,  monteure,  en  chambres  tendues  et  autres 
superfluites  que  ne  souloit  faire  un  chevalier  baneret,  un  homme  de 
mestier  et  sa  femme  que  un  bourgois  ne  la  sienne.  Et  se  l'un  com- 
mence, pluseurs  tantost  l'ensuyvent.  Pourquoy  ne  seray  je  aussy 
bien  vestu  ou  aussi  bien  monté  que  lui?  Je  vaulx  bien  autant  que 
lui.  Je  suy  aussy  grant  que  lui.  J'ay  aussi  bonne  afïerre  ou  gaigne 
bien  autant  que  luy...  Se  lu  veulx  vivre  par  opinion  et  toy  comparer 
puis  à  l'un,  puis  à  l'autre,  jamaiz  ne  seras  conlens  :  car  quant  tu 
auras  pris  une  robe  de  Brucelle  pour  ce  que  ton  voisin  ou  ta  voisine 
en  avoit  une,  tu  verras  une  autre  qui  l'aura  de  graine;  après  celle  de 
graine,  tu  trouveras  qui  la  portera  de  soye  ou  de  velours;  tousjours 
trouveras  tu  aucun  qui  l'aura  plus  riche  que  toy.  Se  tu  ostes  toutes 
teles  comparaisons,  et  regardes  quelles  choses  soufflsent  à  nature, 
tu  seras  de  peu  contens  et  assouvy.  Se  tu  te  veulx  garder  de  froit,  aussy 
bien  t'en  deffendra  un  groz  draps  de  x  ou  xii  s.  comme  de  lx  et 
mieulx,  car  il  sera  plus  fort  et  plus  espès.  Se  tu  as  faim,  aussy  bien 
seras  tu  repeu  d'une  pièce  de  buef  ou  de  mouton,  comme  de  faisans, 
de  buhorrains  ou  de  perdriz.  Par  quoy  il  appert  que  lelz  délices  et 


5^4  RECHERCHES  SDR  JEAN  CODRTECUISSE 

telz  pompes  ne  sont  poins  requises  a  bien  ne  virtueusement  vivre 
selon  nature,  mais  corrumpent  nature  et  sont  causes  de  pluseurs 
vices  et  pluseurs  maulx  et  tribulacions  que  nous  veons  advenir  en  ce 
monde. 

Une  date  précise  est  fournie  parle  texte.  A  propos  du  schisme 
de  l'Église,  l'orateur  dit  :  «  Vous  savés  comment  le  concile  gêne- 
rai est  assemblé  pour  ceste  cause  à  Constance...  Les  vaillans 
prelas  et  segneurs  qui  sont  là,  y  ont  ja  demouré  presque  un  an 
entier  à  grans  labours.  »  La  Saint-Vincent  est  le  22  janvier.  Or, 
le  pape  Jean  XXIII  était  arrivé  à  Constance  le  24  octobre  1414  ; 
Pierre  d'Ailly  y  fit  son  entrée  le  17  novembre;  la  première  ses- 
sion avait  été  ouverte  la  veille,  le  16  novembre;  l'empereur 
Sigismond  se  fît  attendre  jusqu'au  24  décembre;  enfin,  les  repré- 
sentants de  l'Église  de  France  n'arrivèrent  guère  qu'en  janvier 
et  février  1415.  Le  sermon  de  Gourtecuisse  n'a  donc  pu  être  pro- 
noncé que  le  22  janvier  1416. 

Cf.  N.  Valois,  la  France  et  le  G^^and  Schisme  d'Occident, 
t.  IV,  p.  262  et  suiv. 

XVIII.  —  Paris,  2  mai  1418. 

Arenga  in  adventu  cujusdam  cardinalis. 

Bibl.  nat.,  ms.  lat.  3546,  fol.  148-150.  —  Thème  :  Nunc  scio 
vere  quod  misit  Deiis  angelum  suum.  —  Incipit  :  Hec  est 
vox  summi  apostolorum  principis.  —  Explicit  :  qui  cum 
Pâtre  et  Spiritu  Sancto  uniis  est  Beus  Jhesus  Christus 
benedictus  in  secida  seculorwn.  Amen.  Ecriture  fine  et 
nette;  quelques  corrections  et  ratures.  Le  papier  a  été  plié  en 
long,  comme  pour  être  rais  dans  une  poche. 

Le  fait  auquel  se  rapporte  ce  sermon  est  connu.  Dans  le 
préambule,  il  est  fait  allusion  aux  malheurs  du  royaume,  bellis 
partim  domesticis  ac  civilibus,  partitn  eciam  eœte7mis. 
Plus  loin,  il  est  question  d'un  cardinal,  qui  non  honesto  solum 
loco  natus,  sed  clarissima  atque  antiquissitna  TJrsinoru77i 
stirpe  noscimini  procreatus .  Or,  au  mois  de  mars  1418,  le 
pape  Martin  V  envoya  en  France  deux  cardinaux,  Orsini  et  Fil- 
lastre,  pour  tenter  de  rétablir  le  Dauphin  et  le  duc  de  Bourgogne. 
Ils  prirent  part  aux  négociations  qui  eurent  lieu  à  la  fin  d'avril. 
Le  2  mai,  Guillaume  Fillastre  vint  à  Paris  et  fut  reçu  à  Notre- 
Dame,  où  la  plus  grande  partie  du  Chapitre  l'attendait,  bien  que 


ET    SES    ŒUVRES    ORATOIRES.  545 

ce  fût  pendant  la  procession  des  Rogations.  C'est  alors  que, 
devant  le  maître-autel,  Gourtecuisse  prononça  sa  harangue. 

Cf.  Arch.  nat.,  LL112,  p.  195.  —  Bulseus,  Historia  Uni- 
versitatis  ParHsiensis,  t.  V,  p.  331.  —  De  Beaucourt,  His- 
toire de  Charles  VII,  t.  I,  p.  82.  —  N.  Valpis,  la  France  et 
le  Grand  Schisme,  t.  IV,  p.  431. 

XIX.  —  Paris,  après  le  15  octobre  1418. 

Proposition  faite  devant  le  roi  et  le  duc  de  Bourgogne 
au  nom  du  Parlement,  des  prévôts  de  Paris  et  de  l'Univer- 
sité sur  les  ravages  des  gens  de  guerre  et  la  détresse  de  la 
ville  de  Paris. 

Indiq.  :  Arch.  nat.,  X'«  1480. 

Cette  proposition  ne  nous  est  connue  que  par  la  note  suivante 
du  greffier  Clément  de  Fauquembergue  : 

Ce  jour,  après  disner  et  lendemain  au  matin,  furent  assemblez  céans 
en  la  Chambre  de  Parlement  maistre  Philippe  de  Morvillier,  maistre 
Jehan  de  Longueil,  président,  le  prevost  de  Paris,  le  recteur  de  l'Uni- 
versité, le  prevost  des  marchans  et  pluseurs  autres  de  la  Court  de 
céans,  de  l'Université,  de  l'église  de  Paris,  eschevins,  bourgois  et 
habitans  de  la  ville  de  Paris,  pour  adviser  manières  de  fournir  de 
vivres  la  dicte  ville  et  pour  remédier  et  pourveoir  aux  empeschemens 
que  faisoient  au  contraire  les  gens  d'armes  qui  se  disoient  estre  au 
roy,  au  duc  de  Bourgongne  et  autres,  et  fmablement  après  certains 
advis  par  eulz  prins,  esleurent  et  députèrent  maistre  Jehan  Courte- 
cuisse,  docteur  en  théologie  et  aumosnier  du  roy,  à  proposer  devant 
le  roy,  le  dit  duc  de  Bourgongne  et  leur  conseil  de  par  touz  les  estas 
de  Paris  et  leur  remonstrer  Testât  de  la  dicte  ville  et  requérir  que 
provision  hastive  soit  mises  à  ce  que  les  dictes  gens  d'armes  cessent 
d'empescher  à  amener  les  vivres  et  neccessitez  de  la  dicte  ville,  mais 
qui  aident  à  les  conduire  et  faire  venir  à  Paris,  en  gardant  d'oppres- 
sions et  violences  les  marchans  qui  s'entremettent  ou  entremettront 
d'avitailler  et  garnir  la  dicte  ville  de  busche  et  autres  neccessités,  et 
que  le  roy  octroie,  s'il  est  besoing,  que  Fen  vende  de  ses  bois  Laye, 
Bondis  et  autres  plus  largement  que  l'en  ne  faisoit.  Et  combien  que 
le  peuple  de  Paris  fust  grandement  diminué,  tant  par  le  fait  de  ses 
guerres  comme  de  l'epidemie,  neantmoins  estoient  les  vivres  en 
grant  chierté  à  Paris  et  vendoit  on  busche,  biefs  et  avoines  à  plus 
haut  pris  qu'on  avoit  fait  longtemps  par  avant. 


5^6  RECHERCHES  SUR  JEAN  COURTECUISSE 

Cf.  Fêlibien,  Histoire  de  la  ville  de  Paris,  t.  IV,  p.  572. 
—  Denifle  et  Châtelain,  Chartularium  Universitatis  Pari- 
siensis,  t.  III,  p.  351,  n"  2114.  — Journal  d'un  bourgeois  de 
Paris,  éd.  Tuetey,  p.  148,  note.  —  Journal  de  Clément  de 
Fauquembergue,  éd.  Tuetey,  t.  I,  p.  183. 

XX.  —  Paris,  23  décembre  1420. 

Collatio  notabilis  facta  in  capitulo  ecclesie  Parisiensis, 
dutn  imminer  et  electio  pastoris  in  eadem  ecclesia. 

Indiq.  :  Bibl.  nat.,  ms.  lat.  3546,  fol.  B  v"  et  fol.  150  v°.  — 
Arch.  nat.,  LL112,  p.  303. 

Cette  Collatio  figurait  primitivement  dans  le  ms.  lat.  3546  ; 
elle  en  a  entièrement  disparu.  Du  moins,  le  fait  nous  est-il  con- 
firmé par  un  texte  très  précis.  Voici  ce  que  l'on  trouve  dans  les 
registres  capitulaires  de  Notre-Dame  à  la  date  du  23  décembre 
1420  :  Post  missam  actam  Sancti  Spiritusin  choro  celebra- 
tam  et  solemneni  sermonem  in  capitulo  exposituni  per  fra- 
trem  Jacobum  ordinis  Minorum  magistrum  in  theologia, 
qui  loco  magistri  J.  Courtecuisse  de  ipso  onerati  nunc 
infirmi  dictum  sermonem  fecit.  Ce  texte  peut  donner  lieu  à 
plusieurs  interprétations  :  ou  bien  le  Frère  Mineur  a  fait  un  ser- 
mon qui  lui  était  personnel  ou  bien  il  a  donné  connaissance  à 
son  auditoire  du  sermon  préparé  par  Courtecuisse.  La  première 
interprétation  est  la  plus  vraisemblable  :  Courtecuisse  avait  pré- 
paré son  sermon,  l'avait  même  rédigé,  quand  une  indisposition 
l'empêcha  de  le  prononcer;  le  Frère  Mineur  prêcha  à  sa  place. 
C'est  bien  pour  le  23  décembre  que  Courtecuisse  avait  préparé 
son  discours,  puisque  son  indisposition  le  retint  à  la  chambre 
jusqu'au  27  décembre,  jour  de  l'élection,  et,  ce  jour-là,  il  arriva 
au  Chapitre  au  moment  où  l'élection  commençait  ;  il  ne  paraît  pas 
avoir  eu  le  temps  de  prononcer  un  sermon . 

Cf.  Gallia  christiana,  t.  VII,  c.  142.  —  Journal  d'un 
bourgeois  de  Paris,  éd.  Tuetey,  p.  147  et  n.  3. 

B.  —  Sermons  non  datés. 

Un  certain  nombre  de  sermons  ne  peuvent  être  datés.  Comme 
tous,  sauf  un,  proviennent  du  ms.  lat.  3546,  il  est  naturel  de  les 
présenter  dans  l'ordre  même  de  ce  manuscrit  ;  c'est  du  reste,  à 
peu  de  chose  près,  l'ordre  liturgique. 


ET    SES    OEUVRES    ORATOIRES.  5^7 

XXI.  — Sermo  in  prima  dominica  advenius  ad  populum 
Cenomanensem. 

Bibl.  nat.,  ms.  lat.  3546,  fol.  1-7  v°.  —  Thème  :  Bonuin 
est  prestolari  cum  silentio  salutare  Dei.  ■ —  Incipit  :  En 
atendant  la  venue  du  benoit  filz  de  Dieu...  —  Explicit  :  il  nous 
doint  par  sa  grâce,  qui  est  un  Dieu  avec  le  père  et  le  Saint  Espe- 
rit.  Benedictus  in  secula  seculorum.  Atnen.  Ecriture  assez 
rapide;  encre  pâle.  Corrections  dans  le  texte;  additions,  correc- 
tions, noms  d'auteurs  et  signes  divers  en  marge. 

XXII.  —  Sermo  de  nativitaie  coram  Reg6. 

Bibl.  nat.,  ms.  lat.  3546,  fol.  20-25  v^  —Thème  :  Tanquam 
sponsus  procedens  de  thalamo  suo.  —  Incipit  :  En  ceste  très 
glorieuze  journée.  —  Explicit  :  laquelle  il  nous  doint  par  sa 
grâce,  qui  est  un  Dieu  avec  le  père  et  le  Saint  Esperit.  Benedi- 
ctus in  secula  seculorum.  Amen.  Ecriture  moyenne,  claire, 
soignée.  Quelques  notes  et  noms  d'auteurs  en  marge.  Quelques 
passages  soulignés  avec  Nota  et  croix  au  xvii"  siècle.  La  troi- 
sième partie  n'a  pas  été  traitée  à  cause  de  l'heure,  comme  l'in- 
dique cette  note  marginale  :  Hic  omittitur  prosecucionem  ter- 
cii  membri  principalis ,  propter  brevitatem  hore. 

XXIII.  —  Collacio  de  festo  Purificacionis  béate  Marie. 

Bibl.  nat.,  ms.  lat.  3546,  fol.  30-31.  —  Thème  :  Habebitis 
diem  hanc  in  monimenium.  —  Incipit  :  Si  priscas  Hebreo- 
rum  historias  studiose  recenserimus .  —  Explicit  :  sed  sub 
gratia  quam  nobis  concédât.  Benedictus  Deus  in  secida 
seculorum.  Amen.  Petite  écriture  nette  et  soignée.  Quelques 
mots  en  marge.  Signature  autographe. 

XXIV.  —  Alia  Collacio  de  die  Puriflcationis  béate 
Marie. 

Bibl.  nat.,  ms.  lat.  3546,  fol.  32  vo-35  v".  —  Thème  :  Vere 
tu  es  Deus  absconditus.  —  Incipit  :  Mirabilis  Deus  in  donis 
suis,  —  Explicit  :  et  glorias  in  future  quas  nobis  concé- 
dât. Benedictus  in  secula  seculorum.  Amen.  Petite  écriture 
fine  et  soignée.  En  tête,  V  orné  d'une  figure  grotesque.  Quelques 
renvois  en  marge.  A  la  fin,  signature  autographe. 

^904  34 


5^S  RECHERCHES    SUR   JEAN    COURTECUISSE 

XXV.  —  Senno  de  Resurrectione . 

Bibl.  nat.,  ras.  lat.  3546,  fol.  37-43  v°.  —  Thème  :  Quis 
revolvet  nobis  lapidem  ah  ostio  ')nonumenti.  —  Incipit  :  Se 
en  tous  temps  nous  devons  mettre  nostre  espérance.  —  Explicit  : 
par  sa  sainte  grâce,  nous  octroit,  qui  est  un  Dieu  avec  le  père 
et  le  Saint  Esperit.  Benedictus  in  secula  seculoï^um.  Ainen. 
En  tête,  on  lit  cette  note  :  Minuta  tamen  non  correcta.  Ecri- 
ture (l'abord  très  rapide,  puis  plus  soignée  à  partir  du  fol.  38  ; 
ratures;  citations  soulignées;  quelques  notes  en  marge.  Quatre 
traits,  fol.  42,  d'une  encre  plus  récente. 

XXVI.  —  Senno  de  Sancto  Spiriiu  in  die  Penthecostes. 

Bibl.  nat.,  ms.  lat.  3546,  fol.  46-52  v°.  —  Thème  :  Replevit 
totam  domum  ubi  erant  sedentes.  —  Incipit  :  Saint  Luc 
l'Evangeliste  parlent  es  histoires  des  apostres.  —  Explicit  :  qui 
est  Dieu  en  Trinité,  le  père,  le  fil  et  le  Saint  Esperit.  Benedictus 
in  secula  seciUorion.  Amen.  Deo  gratias.  Alléluia.  Amen. 
Amen.  Ecriture  assez  forte,  de  plus  en  plus  tassée;  encre  noire. 
Corrections  dans  le  texte;  en  marge,  additions  et  corrections, 
chiffres  et  noms  d'auteurs. 

Ce  sermon  a  été  prêché  à  Tliôtel  royal,  comme  l'indique  cette 
phrase  :  «  Aflfin  que  le  Saint  Esperit  descende  sur  ceste  belle 
compeignie  et  emplisse  ce  noble  lieu  de  l'ostel  roial  de  s'amour  et 
de  sa  grâce,  mieulx  ne  povons  faire  qu'avoir  recours  à  la  glo- 
rieuse dame  royne  de  Paradis  la  Vierge  Marie.  » 

XXVII.  —  Sermo  de  Trinitate. 

Bibl.  nat.,  ms.  lat.  3546,  fol.  54-60  \\  —  Thème  :  Gloriam 
do77iini  spéculantes  in  eamdem  ymaginem  transfonnamus. 
—  Incipit  :  C'est-à-dire  en  françois  :  considerans  la  gloire.  — 
Explicit  :  laquele  gloire  nous  ottroit  le  père,  le  filz  et  le  Saint 
Esperit,  en  Dieu,  en  Trinité,  Amen.  Etc.  —  L'aspect  général  est 
celui  d'une  mise  au  net  :  écriture  forte,  soignée;  encre  noire; 
place  réservée  pour  une  lettre  ornée.  Dans  le  texte,  un  blanc  et 
une  correction.  Quelques  chiffres  et  notes  en  marge. 

XXVIII.  —  De  qiiodam  sermone  festi  de  Corpore  Christi. 

Bibl.  nat.,  ms.  lat.  3546,  fol.  70-71.  —  Thème  :  Cibavit 
illos  ex  adype  fruynenti.  —  Incipit  :  Ce  sont  les  paroles  du 


ET   SES   ŒUVRES    ORATOIRES.  5^9 

saint  Prophète  le  roy  David.  —  Explicit  :  Ci  fiiiist  la  première 
consideracion  de  nostre  sermon.  Ce  n'est  qu'un  commencement. 
Forte  écriture  soignée;  encre  noire.  Quelques  additions  et  noms 
d'auteurs  en  marge. 

XXIX.  —  AHus  notahilis  sermo. 

Bibl.  nat.,  ms.  lat.  3546,  fol.  71  v°-79  v^  —  Thème  :  Gloria 
et  divicie  in  domo  ejus.  —  Incipit  :  C'est-à-dire  plains  est  de 
toulz  biens.  —  Explicit  :  le  racheta  nostre  Salveur  Jhesu  Christ, 
un  Dieu  avec  le  père  et  le  Saint  Esperit,  qui  vivit  et  régnât  in 
secula  seculorum.  Amen.  Grosse  écriture  soignée.  En  marge, 
quelques  mots,  sommaires  et  noms  d'auteurs.  Le  folio  de  la  che- 
mise, qui  devait  être  placé  à  la  fin  et  qui  est  coté  en  effet  80,  a 
été  interverti  par  le  relieur  et  se  trouve  en  tête.  On  y  lit  ce  titre  : 
Notabilis  sermo.  Jo.  Breviscoxe,  qui  paraît  bien  une  signa- 
ture. Passages  soulignés  et  numéros  en  marge,  d'une  écriture  du 
xvii"  siècle. 

XXX.  —  Sermo  de  beato  Ludovico  Francie. 

Bibl.  nat.,  ms.  lat.  3546,  fol.  90-99  \\  —  Thème  :  Tu, 
domine,  mi  rex,  sicut  Angélus  Dei  es.  —  Incipit  :  Verba  ista 
ad  litieram  directa  sunt.  —  Explicit  :  qui  cum  paire  et  Spi- 
ritu  sancto  unus  est  Deus,  unus  reœ,  unus  dominus.  Bene- 
dictus  in  secula  seculorum.  Amen.  Papier  plus  petit,  plus 
jaune;  couverture  un  peu  salie.  Sur  la  couverture,  en  tête  : 
C.  Marinot,  portez  ce  à  Laurent.  Ecriture  claire,  soignée, 
ornée;  encre  très  noire.  Sur  la  chemise,  au  dos,  Breviscoxe, 
qui  paraît  autographe. 

On  trouve  dans  le  sermon  :  Reverendissimi  patres ,  expres- 
sion qui  s'applique  à  des  évêques.  Il  est  bien  difficile  de  déter- 
miner de  quelle  réunion  il  s'agit  ici  et  dans  quelles  circons- 
tances Courtecuisse  fit  ainsi  le  panégyrique  de  saint  Louis. 

XXXI.  —  Alius  sermo  de  beato  Ludovico  rege  Francie. 

Bibl.  nat.,  ms.  lat.  3546,  fol.  104-110.  —  Thème  :  Consi- 
derate  lilia  agri.  —  Incipit  :  Hujus  siquidem,  reverendis- 
simi Patres  et  Domini.  —  Explicit  :  Cujus  seculi  participes 
nos  efficiat.  Benedictus  in  secula  seculorum.  Afnen.  Petite 
écriture  soignée;  encre  pâle.  Notes,  additions,  chiffres  et  noms 


520  RECHERCHES   SDR  JEAN   COURTECUISSE 

d'auteurs  en  marge.  Fol.  110  v°,  on  lit  :  Breviscoxe;  au-des- 
sous :  Plures  notabiles  sermones,  mots  qui  paraissent  auto- 
graphes. 

XXXII .  —  CoUatio  de  heato  Ludovico  rege  Francie. 

Bibl.  nat.,  ms.  lat.  3546,  fol.  112-117.  —Thème  :  Que  multi 
prophète  et  reges  voluerunt  videi^e.  —  Incipit  :  JDoctus 
Plato,philosophus,  nos  docetin  T/wmeo.  —  Explicit  :  Cujus 
glorie  participes  nos  efflciat,  qui  sine  fine  vivit  et  régnât. 
Amen.  Écriture  soignée.  En  marge,  quelques  sommaires,  des 
chiffres  et  des  noms  d'auteurs.  A  la  fin  :  /o.  Breviscoxe,  auto- 
graphe. 

XXXIII.  —  Sermo  adprelatos  ecclesie. 

Ce  sermon  est  indiqué  dans  la  table  du  ms.  lat.  3546,  au 
fol.  B;  mais  il  a  disparu  du  ms.  Il  a  dû  être  prononcé  soit  dans 
une  assemblée  du  clergé  de  France,  soit  dans  un  des  conciles 
auxquels  Courtecuisse  a  assisté. 

XXXIV.  —  Alius  sermo  ad  prêtâtes  ecclesie. 

Indiqué,  comme  le  précédent,  dans  la  table  du  ms.  lat.  3546, 
au  fol.  B,  ce  sermon  a  également  disparu  du  ms.  Le  titre  montre 
qu'il  a  été  lui  aussi  prononcé  soit  dans  une  assemblée  du  clergé, 
soit  dans  un  concile. 

XXXV.  —  Quedam  collacio  de  Assumptione  hujus  glo- 
riosissime  genitricis. 

Cette  collatio  est  citée  dans  le  sermon  catalogué  au  n"  XXIV 
sous  le  titre  :  Alia  collacio  de  die  Purificacionis  béate  Marie, 
au  fol.  34  du  ms.  lat.  3546. 

XXXVI.  —  Sermon  de  la  Passion  prononcé  devant  le  roi. 

Bibl.  de  l'Arsenal,  ms.  2764,  fol.  80-117  v°.  —  En  tête  :  Cij 
eyisuit  un  sermon,  composé  par  monseigneur  Vauynosnier 
du  roy  dit  Courtecuisse,  de  la  Passion  de  Nostre  Seigneur. 
—  Thème  :  0  vos  omnes  qui  transitis  per  viam,  attendite  et 
videte,  si  est  dolor  sicut  dolor  tneus.  —  Incipit  :  C'est  la 
parolle  du  saint  prophète.  —  Explicit  :  et  declairez,  qui  vit  et 
règne  avec  le  père  et  le  Saint-Esprit,  in  unitate  Spiritus  Sancti 


ET    SES    OEUVRES    ORATOIRES.  52^ 

Deus,  pey^  omnia  secula  seculorum.  Amen.  —  Ce  sermon  a 
été  prononcé  devant  la  cour  :  «  ...  pour  contemplation  du  très 
crestien  roy  qui  est  présent,  des  seigneurs  et  du  peuple  qui. . .  sont 
cj  assemblés.  »  Une  allusion  au  Schisme  indique  qu'il  date  du 
conflit  avec  Benoît  XIII  :  «  En  vérité,  quand  jer  considère  le  très 
douloureux  Scisme  qui  est  en  Sainte  Eglise  du  pape,  et  qui  ne 
vient  que  par  ambition  et  convoitise,  je  ay  très  grant  doubte  que 
ce  ne  soit  signe  de  une  très  grant  persecucion  contre  crestienté  et 
que  la  pollice  de  l'Eglise  ne  soye  brief  finer,  si  Dieu  et  les  sei- 
gneurs temporels  n'y  mettent  brief  remède  »  (fol.  94  v°).  Le 
sujet  du  sermon  est  le  récit  détaillé  de  la  Passion. 

V.  —  Les  sermons  français. 

Ce  qui  nous  reste  de  l'œuvre  oratoire  de  Gourtecuisse  pré- 
sente un  intérêt  inégal.  Les  sermons  latins  sont  d'une  grande 
banalité;  la  forme,  assez  correcte,  manque  d'originalité;  l'au- 
teur y  étale  avec  complaisance  son  érudition  chrétienne  et  sur- 
tout profane;  il  y  prend  souvent  un  ton  déclamatoire  que  de  son 
temps  on  admirait  fort.  Les  œuvres  françaises  sont  plus  vivantes  ; 
l'auteur,  plus  à  son  aise,  y  laisse  mieux  percer  son  génie  natu- 
rel ;  il  y  fait  parfois  des  allusions  aux  choses  de  son  temps  ;  enfin 
sa  langue  n'est  pas  sans  mérite  propre. 

Gourtecuisse,  suivant  la  tradition,  commence  toujours  par  un 
texte  tiré  des  livres  saints.  Le  thème,  d'ordinaire,  paraît  heureu- 
sement choisi,  bien  approprié  aux  circonstances  et  sans  préten- 
tion; il  est  souvent  suivi  d'une  traduction  ou  d'une  paraphrase. 
A  ce  préambule  succède,  dans  cinq  sermons,  la  salutation  évan- 
gélique,  annoncée  par  quelques  lignes.  L'orateur  paraît  avoir  eu 
en  effet  une  grande  dévotion  à  la  Vierge.  G'est  là  ce  qu'on  pour- 
rait appeler  l'introduction,  souvent  assez  longue. 

Après  avoir  répété  son  thème,  l'orateur  entre  vraiment  eu 
matière.  Son  plan  est  pour  le  temps  clair  et  simple,  plus  apparent 
et  plus  régulier  que  chez  Gerson,  moins  scolastique  que  dans  les 
propositions  de  Jean  Petit.  En  général,  il  est  divisé  en  deux  ou 
trois  points.  Mais  il  se  ramifie  en  subdivisions  diverses.  Pour 
plusieurs  sermons,  ces  divisions  résultent  de  la  métaphore  que 
Gourtecuisse  a  présentée  au  début.  Dans  le  Sermon  pour  la 
procession  de  saint  Vincent,  l'orateur  annonce  deux  points  : 


522  RECHERCHES   SDR  JEAN   CODRTECCISSE 

il  traitera  des  adversités  et  des  afflictions  qui  viennent  de  la  cor- 
ruption du  monde,  puis  de  celles  qui  viennent  de  la  justice  et  de 
la  providence  de  Dieu.  Mais  voici  qu'à  la  suite  de  saint  Grégoire 
et  de  saint  Augustin,  il  compare  le  monde  à  une  mer  orageuse 
battue  de  quatre  vents  principaux,  Orgueil,  Ambition,  Convoitise 
et  Envie  ;  de  là  quatre  divisions  pour  le  premier  point.  Le  sermon 
qualifié  Alius  notabilis  sermo  commence  par  la  parabole  des 
sept  épis  pleins  et  des  sept  épis  vides  qui  parurent  en  songe  au 
roi  Pharaon,  ce  qui  détermine  deux  «  considérations,  »  l'une  trai- 
tant des  épis  pleins,  l'autre  des  épis  vides.  Les  sept  épis  de  chaque 
espèce  fournissent  autant  de  subdivisions  ;  mais,  arrivé  aux  sept 
épis  vides,  Courtecuisse,  «  pour  ce  que  la  prosecucion  de  tous  les 
VII  seroit  trop  longue,  »  lés  réduit  à  trois.  Le  sermon  de  la  Pen- 
tecôte analyse  le  Saint-Esprit  :  sa  bonté  et  sa  douceur  sont  fon- 
dées sur  trois  raisons;  il  est  apparu  sur  terre  de  cinq  manières 
différentes.  De  là  résultent  cinq  grâces  et  «  sept  autres  nobles 
services  »  qu'il  rend  à  l'âme.  Grâces  et  services  sont  nécessaires 
aux  diverses  classes  de  la  société.  Et  ainsi  se  succèdent  de  nom- 
breuses subdivisions. 

Un  trait  curieux,  c'est  que  les  subdivisions  sont  souvent  annon- 
cées par  des  vers,  ou  plutôt  par  des  phrases  symétriques  et 
rimées.  Il  faut  reconnaître  là  une  sorte  de  mode  du  temps.  On 
retrouve  le  même  trait  dans  les  deux  premières  justifications  de 
•Jean  Petit,  he  Sermon  du  py^emier  dimanche  de  l'Avent,  pro- 
noncé au  Mans,  traite  de  l'ennemi  d'enfer  et  de  ses  engins  pour 
décevoir  les  hommes.  «  Si  fist,  dit-il,  pluseurs  engins  pour  les 
prendre,  lesquels  je  vous  diray  ci  après  »  : 

[1  faisoit  las  courans  qui  couchoit  très  couvertement. 
Il  faisoit  larges  rois  qui  tendoit  moult  soutillement. 
Il  faisoit  grandes  fosses  qui  couvroit  fraudeleusement. 
Il  faisoit  ars  et  flesches  qui  traioit  larroneusement. 
Il  faisoit  longues  fondes  pour  geter  loing  et  roidement. 
Il  faisoit  bains  d'acier  et  amorces  moult  songneusement'. 

Le  Sermon  de  Noël  décrit  la  Nativité  et  en  tire  de  nombreux 
enseignements  :  l'orateur,  pour  conduire  son  développement, 
définit  en  Jésus  trois  traits  principaux  : 

Il  nasqui  doulz  et  amôureuz, 

1.  Fol.  1  v°. 


ET   SES   œUVRES    ORATOIRES.  523 

Il  nasqui  mouIL  très  glorieux, 
Il  nasqui  bel  el  gracieux  * . 

Le  sermon  dit  Alius  notabilis  Sermo  est  le  plus  riche  en 
phrases  rimées.  Les  sept  épis  pleins  et  les  sept  épis  maigres  du 
songe  de  Pharaon  étaient  une  matière  singulièrement  propice. 
La  description  de  l'hôtel  de  Paradis  ne  l'était  guère  moins.  Voici 
comment  Courtecuisse  célèbre  cet  hôtel  : 

Qu'il  est  hault  et  spacieus, 

Qu'il  est  clcr  et  gracieus, 

Qu'il  est  artifîcieus, 

Qu'il  est  noble  et  precieus, 

Qu'il  est  de  toulz  bien  plantureux, 

Qu'il  est  seur  et  joieux. 

Qu'il  est  délicieux^. 

Les  sept  épis  signifient  sept  espèces  de  famines  : 

La  première  si  est  de  richesses  mondaines 

La  II®  de  voluptés  moult  vaines, 

La  III*  de  faintes  révérences, 

La  iiii*'  de  loenges  lointeines, 

La  V®  d'aversitez  vilaines, 

La  VI*  de  vengenses  vilaines, 

La  VII*  de  magiques  sciences  ^ 

Pour  résister  à  ces  sept  famines,  il  faut  garder  sept  espèces  de 
pains  : 

Le  premier  pain  soit  du  grain  de  vraie  humilité, 

Le  second  de  sainte  charité, 

Le  tiers  de  pure  vérité, 

Le  quart  de  sainte  poureté, 

Le  quinte  de  pacience, 

Le  sext  de  pénitence. 

Le  septiesme  de  nette  volenté  et  de  continence^. 

C'étaient  là  des  jeux  puérils.  L'orateur  s'y  attardait,  et,  de 

1.  Fol.  20. 

2.  Fol.  73. 

3.  Fol.  73  V. 
-i.  Fol.  73  V». 


524  RECHERCHES    SUR   JEAN    COURTECDISSE 

rimes  en  subdivisions,  il  lui  arrivait  souvent  d'être  obligé  d'écour- 
ter  et  de  supprimer  certains  développements,  de  rompre  par  suite 
l'équilibre  de  son  plan.  Le  manque  de  proportion  est  fréquent,  et 
on  peut  l'attribuer  plus  souvent  à  l'absence  de  temps  pour  tout 
présenter  harmonieusement  qu'à  un  propos  délibéré.  Il  j  a  en 
effet  des  preuves  certaines  que  Courtecuisse  s'oubliait  assez 
volontiers.  Dans  le  Sermon  de  la  Pentecôte,  après  s'être  attardé 
dans  les  subdivisions  que  lui  a  fourni  l'analyse  du  Saint-Esprit, 
il  reconnaît  vers  la  fin  que  l'heure  est  trop  avancée  pour  tout 
dire.  Aux  deux  tiers  du  sermon  dit  Aliiis  notabilis  sermo,  on 
trouve  cette  note  bien  significative  :  Hoc  quod  sequitur  non 
fuit  prelcdus  causa  brevitatis.  Du  reste,  il  paraît  bien  que 
Courtecuisse  lui-même  en  était  arrivé  à  se  défier  de  sa  prolixité. 
Au  début  du  Sermon  de  Noël,  prêché  devant  le  roi,  il  exprime 
ainsi  sa  défiance  de  lui-même  et  ses  regrets  :  «  Combien  que  les 
solempnitez  de  la  benoîte  Nativité  Nostre  Salveur  J.-C.  soient 
longuez  à  raconter,  en  tant  qu'il  n'est  homs  en  ce  monde  qui  en 
dist  le  tiers  ne  le  quart,  neentmains  la  briefté  dez  jours  du  temps 
présent  et  le  service  divin  qui  parest  assez  long,  m'amonestent 
d'estre  brief  et  laissier  plusieurs  chosez  bien  appartenans  à  dire 
se  l'eure  le  souffroit^.  » 

Dans  les  développements  de  Courtecuisse,  l'érudition  tient  une 
grande  place.  Les  textes  sacrés  et  profanes,  les  allusions  ou  les 
anecdotes  antiques  viennent  souvent  à  sa  mémoire.  Sa  formation 
intellectuelle  est  pareille  à  celle  de  Jacques  Legrand  ou  de  Jean 
Petit  :  elle  est  faite  de  lectures  entassées,  de  souvenirs  d'école.  Le 
but  en  est  uniquement  moral.  Courtecuisse,  il  est  vrai,  a  une 
érudition  plus  discrète  que  beaucoup  de  ses  contemporains  ;  c'est 
qu'il  est  naturellement  plus  réservé  et  plus  sobre.  Au  reste,  il 
cite  un  si  grand  nombre  d'auteurs  grecs  et  latins,  qu'il  a  bien  dû, 
encore  comme  la  plupart  de  ses  contemporains,  tirer  une  large 
part  de  son  érudition,  non  des  œuvres  elles-mêmes,  mais  de  ces 
recueils  de  textes  et  d'anecdotes  très  répandus  dans  les  écoles  et 
011  il  était  si  facile  de  puiser.  On  voit  défiler  ainsi,  pour  la  litté- 
rature grecque,  Homère,  Euripide,  Epicure,  Platon,  Xénophon, 
Aristote,  Panetius;  à  vrai  dire,  il  n'a  pu  connaître,  grâce  aux 
traductions  répandues  en  Occident,  que  quelques  traités  d' Aris- 
tote, comme  la  Rhétorique  et  la  Politique,  qu'il  cite  d'une 

1.  Fol.  20. 


ET   SES    OEUVRES   ORATOIRES.  525 

façon  précise.  La  littérature  latine  est  très  largement  représen- 
tée :  pour  les  poètes,  Ennius,  Horace,  Ovide,  Juvénal;  pour  les 
auteurs  dramatiques,  Plante,  notamment  dans  VAsinaria  et 
VAmphitryon,  Térence,  dans  le  Phor7nion,  Sénèque  le  Tra- 
gique; pour  les  philosophes  et  les  moralistes,  Gicéron,  Sénèque, 
Boëce;  pour  les  historiens,  Tite-Live,  Salluste,  Valère-Maxime, 
Justin;  pour  les  compilateurs  et  savants,  Varron,  Caton,  Pline 
l'Ancien,  Pomponius  Mêla,  Aulu-Gelle,  Apulée,  Macrobe,  Cen- 
sorius.  On  peut  affirmer  que  Courtecuisse  connaissait  directement 
les  pièces  de  Térence',  quelques  traités  de  Gicéron,  le  De  amici- 
tia,  le  De  Senectuie,  le  De  paradoxis ,  le  De  officiis^,  peut- 
être  Tite-Live  :  un  manuscrit  du  comique  latin,  un  autre  de 
Gicéron,  un  sans  doute  encore  de  Tite-Live  figuraient  dans  sa 
bibliothèque.  Il  est  tout  à  fait  vraisemblable  qu'il  avait  lu 
quelques  œuvres  de  Sénèque,  Boëce,  Ovide,  Valère-Maxime, 
Aulu-Gelle,  Macrobe.  Pour  le  reste,  le  doute  est  permis. 

Grâce  à  ces  lectures,  directement  ou  non,  Gourtecuisse  avait 
l'esprit  meublé  de  souvenirs  antiques.  Dans  ses  sermons,  œuvres 
d'enseignement  religieux  et  d'édification,  il  a  fait  défiler  l'Oljmpe, 
Jupiter,  Saturne,  Mars,  Mercure,  Diane,  Apollon,  Hercule;  des 
personnages  légendaires  et  historiques  de  toute  sorte,  Tirésias, 
Atrée,  Thyeste,  Procné,  Pyrame,  Thisbé,  Omphale,  Godrus, 
Tyrus,  Gygès,  Zaleucus,  Lycurgue  ;  des  philosophes,  Socrate, 
Empédocle,  Diogène,  Démocrate,  Anaxagore,  Xénocrate;  tous 
les  grands  noms  de  l'antiquité  romaine,  Romulus,  Tarquin,  Sci- 
pion,  Hannibal,  Metellus,  Pompée,  Gésar,  Néron,  Vespasien.  Ce 
ne  sont  pas  toujours  de  courtes  citations,  des  allusions  sommaires 
ou  des  anecdotes  rapides  que  l'orateur  emprunte  à  l'antiquité;  il 
se  complaît  volontiers  dans  de  longs  récits  profanes  auxquels  il 
s'eflbrce  de  trouver  une  portée  morale.  Telle  est,  dans  le  sermon 
iniiiulè  A lius  notabilis  senno,  l'histoire  des  douze  travaux  d'Her- 
cule, qui  ont  chacun  leur  moralité  particulière.  Telle  est  encore 
l'histoire  des  deux  Philènes  dans  la  Proposition  sur  l'Oïxlon- 
nance  Cabochienne.  L'exemple  le  plus  singulier,  c'est  le  récit 
de  la  mort  de  Pyrame  et  de  Thisbé  dans  le  Sertno  de  Nativi- 
tate  coram  rege,  où  Gourtecuisse,  pour  édifier  ses  auditeurs  au 
sujet  de  la  Nativité,  en  vient  à  conter  en  détail  cette  historiette^. 

1.  Bibl.  nat.,  ms.  lat.  17895. 

2.  Bibl.  nat.,  ms.  lat.  18420. 

3.  Courtecuisse  cite  également  les  livres  saints,  les  Pères  de  l'Église,  saint 


526  BECHERCHES    SDR   JEAN   COURTECDISSE 

Un  des  traits  propres  à  la  littérature  et  en  particulier  à  l'élo- 
quence sacrée  de  ce  temps,  c'est  l'abus  des  allégories  et  des  méta- 
phores. Courtecuisse  n'a  pas  complètement  résisté  à  la  mode  qui 
enchantait  ses  contemporains;  mais  il  n'a  usé  de  ces  moyens 
qu'avec  grande  discrétion.  Il  est  assez  rare  que  les  abstractions 
soient  personnifiées,  comme  on  le  voit  si  souvent  ailleurs,  et 
encore  cette  personnification  est-elle  à  peine  apparente,  comme 
dans  ce  passage  :  «  Plaisance  fait  son  assaut  en  Tàge  qu'on  dit 
adolescence,  quant  l'enfant  est  gai  et  joli  et  ne  quiert  ne  mais 
danses,  karoles,  roses  et  violettes  et  telz  manières  de  plaisance. 
Ambition  l'assaut  en  joennesce;  lors  veult  faire  parler  de  lui,  car 
il  est  en  greigneur  vestu  que  jamais  doie  avoir.  Convoitise  l'as- 
saut en  vielesce  :  lors  il  a  paour  que  les  biens  ne  lui  faillent, 
quant  il  leur  doit  faillir '.  »  Mais,  dans  plusieurs  sermons,  Cour- 
tecuisse s'est  plu  à  développer  de  longues  métaphores  qui  forment 
comme  la  trame  du  sermon  ou  de  tout  un  développement. 

Le  sermon  dit  Alius  notabitis  sermo  s'ouvre  par  le  récit  du 
songe  de  Pharaon  :  chacun  des  sept  épis  pleins  et  des  sept  épis 
maigres  a  un  sens  allégorique,  et  ce  sont  ces  allégories  qui  rem- 
plissent la  plus  grande  partie  du  discours.  A  ces  allégories 
bibliques,  s'ajoute  à  la  fin  une  allégorie  profane,  les  douze  travaux 
d'Hercule,  qui  ont  chacun  leur  moralité.  Dans  le  Sermon  pour 
la  procession!  de  saint  Vincent,  le  sujet  de  l'allégorie  est  natu- 
rel :  c'est  la  mer,  image  du  monde,  battue  en  tempête  par  des 
vents  d'origines  diverses,  mais  surtout  par  quatre  grands  vents  : 
«  L'un  est  Orgueil,  l'autre  Ambicion,  le  tiers  Convoitise,  le  quart 
Enviée  »  Ces  métaphores,  très  simples  en  somme,  ne  sont  pas 
sans  grandeur  ni  sans  pittoresque. 

Moins  colorée,  moins  dramatique,  moins  bizarre  que  celle  de 
Gerson,  l'éloquence  de  Courtecuisse  a  par  suite  un  aspect  plus 
sévère  et  plus  grave.  Ce  qui  lui  manque  comme  imagination,  elle 
le  retrouve  en  élégance  et  en  fermeté.  Dégagée  d'ordinaire  de  ces 
allégories  surabondantes,  de  ces  abstractions  personnifiées  qui 
ailleurs  donnent  au  développement  une  allure  théâtrale  et  au  style 
une  prétention  enfantine,  on  comprend  qu'elle  ait  frappé  les  con- 

Thomas,  les  Églogues  de  Pétrarque;  enfin,  dans  le  Sermon  de  la  Trinité,  il 
parle  de  Roland  et  d'Olivier. 

1.  Fol.  74  v°. 

2.  Fol.  26. 


ET   SES   OEDVKES    ORATOIRES.  527 

temporains  par  ce  qu'elle  avait  de  châtié  et  de  vigoureux  et  qu'elle 
ait  ainsi  mérité  l'épithète  de  sublime.  Sublime,  elle  ne  l'est  plus 
pour  nous;  mais  elle  le  semblait  alors  par  contraste.  Quelques 
passages  de  ci  de  là  ont  encore  gardé  un  peu  de  ce  fugitif  éclat. 
Telle  par  exemple  cette  image  heureuse  à  propos  de  la  Vierge  à 
la  Nativité,  «  quant,  dit-il,  le  soleil  de  Paradis,  son  benoist 
enfant,  naist  d'elle  et  lieve  sur  terre  pour  nous  enluminer  de  sa 
grâce  1.  »  Tel  cet  appel  ardent  au  roi  ou  prince  qui  rendra  la  paix 
à  l'Église  :  «  Le  nom  de  celui  devra  bien  estre  escript  de  lettre 
d'or  non  mie  seulement  es  portaux  des  villes  et  des  eghses  de  cres- 
tienté,  maiz  devant  Dieu  et  ou  portail  de  Paradis  comme  cheva- 
lier de  Dieu-.  »  Tel  encore  ce  portrait  des  chevaliers  du  temps 
amollis  par  le  luxe  :  «  Que  vault  une  belle  espée  bien  clere  et 
bien  dure,  se  le  bras  tremble  et  à  peine  se  puist  porter?  Nos  che- 
valiers sont  trop  bien  armés,  dorés,  esmaillés,  feillolés  d'argent 
et  d'asur.  Hz  font  merveillez  de  langue,  maiz  de  braz  je  ne  scé 
quoy,  senon  porter  la  grande  manche^.  »  Il  y  a  vraiment  de 
rémotion  dans  ces  doléances  sur  le  Schisme  : 

Quoy  de  ce  très  horrible  et  sacrilège  séisme  qui  est  en  l'église? 
Jusquez  ou  durra  ceste  douleur  et  ceste  desolacion?  Quant  li  secour- 
rés  vous?  Quante,  qu'elle  ne  chée  et  fonde  en  un  tas  celle  qui  fut  si 
chierement  fondée  de  précieux  sanc  du  doulz  Jhesu,  levée  et  édifiée 
de  la  très  amere  mort  de  tant  de  glorieux  martirs,  l'un  detranché, 
l'autre  escorchie,  l'un  boulez,  l'autre  rosli  et  autres  c«  mors  comme 
humain  cuer  ne  porroit  escouler  senz  frémir.  Et  maintenant  lalesser 
perdre  et  fondre  si  villeinement!  L'un  fiert  par  derrière  pour  Tabattre, 
l'autre  devant,  l'un  mine  en  bas,  l'autre  eschelle  par  en  hault. 
Qu'est  elle,  que  ci  peu  prisés?  N'est  elle  espouze  de  celui  qui  morust 
si  amèrement  pour  nous  racheter  de  la  mort  amere?  Et  n'avés,  ce 
semble,  compassion  d'elle.  C'est  vostre  mère;  quar  elle  vous  enfanta 
en  la  foy  de  crestienté,  norri  et  aleta  de  sa  sainte  doctrine.  Ne  pen- 
sés vous  pas  à  vostre  fin  retourner  à  elle?  Ne  vous  ensevelira  elle 
mesme  derrenierrement?  Et  cy  doit  on  penser  et  à  aviser  quant  tous 
vous  auront  lesser  et  relinquiS;  elle  vous  besera  doucement  et  acco- 
lera de  ses  bras''. 

1.  Fol.  24. 

2.  Fol.  25. 

3.  Fol.  51, 

4.  Fol.  51  \\ 


528  RECHERCHES    SUR   JEAN    COURTECDISSE 

Le  développement  sur  les  devoirs  du  roi,  dans  le  sermon  dit 
Alius  notabilis  sermo,  est  peut-être  celui  qui  met  le  mieux  en 
relief  les  traits  propres  à  l'éloquence  de  Courtecuisse  *  : 

On  ne  doit  mie  mettre  son  cueur  ne  sa  cure  es  plaisances  dou 
monde;  mes  en  puet  et  doit  on  user  légèrement  et  en  trespassanl, 
comme  se  uns  homs  estoit  à  chemin,  et  son  chemin  s'adonnoit  à 
passer  parmi  un  verger  bel  et  verdoianl,  semé  de  fleurettes  de  toutes 
couleurs,  entreplanté  de  biaus  arbres  haus  et  drois  et  menu  rames 
et  aussi  resonnant  de  diverses  mélodies  d'oisiaus.  (^elui  pouroit  user 
des  plaisances  du  verger  en  trespassant  et  sens  soi  retarder  ne  for- 
voier  de  son  chemin  ne  aultrement,  quar  s'il,  comme  seurpris  des 
biautez  et  mélodies  du  lieu,  s'arestoit  ou  traversoit  par  les  sentelettes 
et  destours  du  verger,  il  s'anuiteroit  et  ne  pouroit  venir  de  jour  en 
son  hostel.  Or  il  est  vrai  que  toulz  sommes  en  chemin  tant  que  ceste 
vie  nous  dure...  Entrés  sommes  ou  verger  des  plaisances  du  monde, 
qui  sont  de  pluseurs  maneres  et  que  on  pourroit  bien  comparer  aux 
fleurettes,  aux  arbres  et  aux  mélodies  d'un  verger  matériel...  Mes  je 
vous  demande  se  celui  qui  s'entroublieroit  ou  verger  avoit  grant 
famile  à  gouverner  en  son  hostel  d'enfans,  de  serviteurs  et  d'aulres, 
en  ne  seroit  il  pas  plus  a  blasmer  que  uns  autres  qui  n'avoit  que 
chasser  ne  que  mener  que  lui?  Nulz  n'en  fait  doubte.  Celui  qui  est 
chef  d'une  cité  en  a-yl  grant  peuple  à  gouverner.  Et  quoi  se  d'un 
bailliage,  quoi  se  d'une  conté,  de  une  duché,  quoi  d'un  royaulme  a-il 
que  faire,  a-il  à  quoi  entendu?  Les  anemis  sont  descendus  ou  royaulme, 
il  esconvient  les  combattre.  Les  trêves  doivent  tost  faillir,  il  escon- 
vient  les  prolonger.  Tel  chatel  est  asegé,  il  esconvient  lever  le  siège. 
Tele  vile  est  sur  frontières,  il  esconvient  envoler  garnison.  Telz 
nostre  alié  est  envaïs  de  ses  ennemis,  il  l'esconvient  lui  secourir. 
Telz  baron  de  nostre  royaulme  sont  de  guerre,  il  en  convient  de  faire 
l'acort.  Telz  est  en  aage,  asseoir  li  fault  terre.  Il  est  trop  de  deman- 
deurs, il  esconvient  faire  de  nouvelles  ordennances.  Qui  sauroit  et 
voudroit  tout  raconter,  il  n'auroit  pas  fait  en  m  jours.  Quar  il  n'est 
injure,  vilenie,  torfait,  guerres,  violences,  debas,  acors,  graices,  rcs- 
pis,  riens  n"est  trouble,  riens  n'est  oscur  ou  royaulme  que  tout  ne 
soit  à  traitier,  corriger,  apaisier,  reparer,  passer,  accorder  et  declai- 
rier  devant  lui,  par  lui  et  par  son  conseil.  Qui  diroit  qu'il  nM  a  qu'un 
peu  à  faire,  je  ne  le  croi  mie,  où  vont  gémir  et  plourer  les  poures 

1.  Fol.  75. 


ET   SES    œUVRES   ORATOIRES.  529 

orphelins,  où  portent  leurs  requestes  et  leurs  supplicacions  les  vesves 
fameletez. 

Sous  cette  forme  souvent  heureuse,  Courtecuisse  n'a  exprimé, 
comme  on  l'a  vu,  que  des  idées  simples  et  pratiques.  Il  ne  fait 
guère  de  théologie,  mais  de  la  morale  appliquée  à  la  vie  privée 
ou  à  la  vie  publique  ;  il  donne  des  conseils,  il  morigène  les  fidèles, 
les  clercs,  les  princes  et  les  souverains.  Sa  morale  est  celle  de  la 
sagesse  antique  et  de  l'Évangile.  Sa  politique  est  surtout  celle 
d'un  homme  d'école,  imbu  d'Aristote  et  de  saint  Thomas.  Dans 
l'une  et  dans  l'autre,  il  y  a  beaucoup  de  dignité  et  de  bon  sens, 
mais  nulle  hardiesse. 

Tout  compte  fait,  sans  avoir  la  diversité  et  l'éclat  d'un  Gerson, 
il  fut  en  son  temps  un  bon  orateur,  discret  et  mesuré  dans  sa 
forme  et  dans  ses  idées,  et  s'il  n'est  pas  digne  de  figurer  tout  à 
fait  au  premier  rang  parmi  les  hommes  de  son  temps,  il  mérite 
cependant  que  l'histoire  ecclésiastique  et  l'histoire  littéraire  n'ou- 
blient pas  tout  à  fait  son  nom. 

A.  Co VILLE. 


LES    ABBES    HILDUIN 

AU  IX"  SIÈCLE. 


Dans  un  article  très  intéressant*,  M.  Ferdinand  Lot  s'est 
récemment  attaché  à  relever  les  mentions  des  personnages  appelés 
Hilduin,  èparses  dans  les  textes  de  840  à  877,  puis  à  réduire  le 
nombre  de  ces  personnages  par  des  rapprochements  successifs. 
Grâce  à  l'application  d'une  ingénieuse  méthode  d'éliminations,  il 
est  parvenu  à  recomposer  la  carrière  de  trois  ou  même  deux 
abbés  Hilduin.  Je  voudrais  présenter  à  mon  tour  quelques  obser- 
vations, qui  me  paraissent  de  nature  à  modifier,  sur  certains 
points,  les  conclusions  proposées  par  M.  Lot. 


Si  l'on  fait  abstraction  des  mentions  qui  se  rapportent  à  celui 
que  l'on  peut  désormais  appeler  le  grand  Hilduin,  c'est-à-dire  à 
l'archichapelain  et  chancelier-,  les  mentions  relatives  à  un  abbé 
Hilduin  sous  Charles  le  Chauve  semblent  viser  deux  person- 
nages, qui  se  confondent  peut-être  en  dernière  analyse,  d'après 
M.  Lot.  Dans  l'hypothèse,  douteuse  pour  lui,  où  il  s'agirait 
réellement  de  deux  homonymes,  M.  Lot  propose  de  distribuer 
entre  eux  les  mentions  de  la  façon  suivante. 

M.  Lot  distingue  provisoirement  Hilduin  le  jeune  et  Hil- 
duin IP.  Le  premier  de  ces  deux  personnages  fait  d'abord  sa 

1.  De  quelques  personnages  du  IX"  siècle  qui  ont  porté  le  nom  de  Hilduin, 
dans  le  Moyen  Age,  1903,  p.  249-282. 

2.  Sur  la  carrière  du  grand  Hilduin  d'après  M.  Lot,  je  renvoie  à  son  article, 
que  je  viens  de  citer. 

3.  Pour  la  jusliiîcation  de  ces  appellations,  M.  Lot  se  réfère  aux  documents, 
qui  visent  ici  Hilduinus  junior  et  là  Hilduinus  secundus. 


LES    ABBÉS    niLnniN    AU    IX"    SIÈCLE.  53^ 

fortune  en  L,orraine.  Il  prétend  au  siège  de  Cambrai  en  862  et  se 
voit  évincé  en  860  par  l'opposition  de  son  métropolitain,  Hinc- 
mar.  Passé  ensuite  au  service  de  Charles  le  Chauve,  il  en  obtient 
l'abbaye  de  Saint-Bertin,  le  19  juin  866.  Candidat  de  Charles 
le  Chauve  au  siège  de  Cologne,  en  janvier  &70,  il  est  dédom- 
magé de  son  échec  par  la  nomination  de  bibliothécaire  du  roi  et 
meurt,  le  7  juin  877,  dans  son  abbaye  de  Saint-Bertin,  où  il  est 
enseveli.  Le  second  des  deux  homonymes  supposés  apparaît,  dès 
852  environ,  au  service  de  Charles  le  Chauve.  Il  devient  abbé 
de  Saint-Germain-des-Prés  vers  857.  L'obituaire  donne,  comme 
date  de  sa  mort,  le  19  novembre;  mais  le  millésime  reste  indé- 
terminé, le  terme  le  plus  récent  étant  872  ou  peut-être  867*. 

En  revanche,  M.  Lot  demeure  indécis  sur  le  point  de  savoir 
lequel  des  deux  homonymes  fut  co-abbé  de  Saint-Denis  en  838^ 
et  lequel  a  été,  auprès  de  Pépin  II  d'Aquitaine,  «  une  manière 
de  chancelier -^  » 

D'ailleurs,  M.  Lot  se  plaît  à  atténuer  les  difficultés  qui  s'oppo- 
sent de  prime  abord  à  la  fusion  des  deux  homonymes  en  un  seul 
et  même  personnage.  Jamais,  à  son  gré,  les  textes  ne  les  opposent 
formellement  l'un  à  l'autre.  La  double  mention  de  Vobit  elle- 
même  ne  lui  paraît  pas  absolument  irréductible ^  et  l'on  sent 
bien  qu'après  tant  d'éliminations  successives  l'auteur  résiste 
péniblement  à  la  tentation  d'accumuler  sur  une  seule  tête  les 
mentions  adjugées  par  lui  à  Hilduin  II,  celles  qu'il  a  attribuées  à 
Hilduin  le  jeune  et  celles  qu'il  a  hésité  à  répartir,  pour  composer 
finalement  avec  le  tout  une  seule  carrière,  celle  du  neveu,  comme 
il  a  reconstitué,  à  l'aide  de  données  éparses  adroitement  adap- 
tées, la  carrière  de  l'oncle,  le  grand  Hilduin.  C'est  ce  qu'exprime 
aussi  nettement  que  possible  cette  phrase,  où  se  résume  la  con- 
clusion de  la  dissertation  tout  entière  :  «  Les  quatorze  Hilduin 
qui  ont  vécu  sous  le  règne  de  Charles  le  Chauve  se  trouvent 
donc,  en  définitive,  réduits  à  trois,  sinon  à  deux^.  » 

1.  En  ce  qui  concerne  les  références  correspondant  à  ces  divers  points,  je  ne 
saurais  mieux  faire  que  de  renvoyer  à  l'article  même  de  M.  Lot,  afin  d'éviter 
des  répétitions  inutiles. 

2.  F.  Lot,  Mouen  Age,  loc.  cit.,  p.  278-'279. 

3.  Loc.  cit.,  p.  278  et  279. 

4.  Loc.  cit.,  p.  250.  Cf.  ibtd.,  p.  269,  n.  I. 

5.  Loc.  cit.,  p.  280. 


532  LES    ABBÉS    HILDUIN    AU    TX'^    SIECLE. 

IL 

Je  crois  qu'il  faut  renoncer  résolument  à  l'idée  séduisante  d'une 
aussi  parfaite  simplification,  et  j'estime  aussi  qu'il  y  a  lieu  de 
modifier,  à  certains  égards,  la  distribution  des  mentions  propo- 
sées par  M.  Lot. 

La  première  considération  qui  s'impose  à  l'attention  est  la  dis- 
tinction qui  résulte  des  dates  à'obit. 

En  dehors  de  la  date  du  22  novembre,  qui  se  rapporte  à  coup 
sûr  au  grand  Hilduin*,  nous  possédons  deux  dates  pour  la  mort 
d'un  Hilduin  abbé,  à  savoir  le  19  novembre^  et  le  7  juin^  Voilà 
déjà,  par  conséquent,  un  indice  qui  révèle  l'existence  de  deux 
abbés  distincts,  appelés  tous  deux  Hilduin.  Une  donnée  aussi 
positive  ne  saurait  être  infirmée  que  par  des  arguments  irréfra- 
gables, tendant  à  rendre  impossible  le  dédoublement. 

Précisément,  voici  qu'une  donnée  nouvelle  vient  corroborer 
notre  premier  indice.  Hincmar  parle  à  deux  reprises  d'un  Hil- 
duin, frétée  de  Gunther,  archevêque  de  Cologne^  Les  Annales 
Xmitenses  citent  par  deux  fois  un  Hilduin,  cousin  de  ce  même 
Gunther^.  Or,  il  est  également  arbitraire  de  croire,  sans  preuve, 
à  une  erreur  de  la  part  d'Hincmar  ou  à  une  erreur  de  la  part  du 
rédacteur  des  Annales  Xantenses^.  Ici  encore,  nous  sommes 
donc  amenés  naturellement  à  penser  qu'il  y  a  eu  simultanément 
deux  Hilduin,  l'un  frère  et  l'autre  cousin  du  métropolitain  de 

1.  F.  Lot,  loc.  cit.,  p.  250  et  268-269.  On  ne  saurait  s'arrêter  à  l'opinion  que 
le  quantième  porté  par  l'obituaire  correspondrait  à  la  révocation  de  l'abbé  par 
Charles  le  Chauve,  dont  la  date  aurait  été  prise,  à  tort,  pour  date  de  sa  mort. 
Une  semblable  confusion,  commise  par  des  contemporains,  au  sujet  d'un  per- 
sonnage aussi  considérable  que  le  grand  Hilduin,  est  de  la  dernière  invraisem- 
blance. 

2.  Obituaire  d'Usuard  :  XIII  kl.  dec.  Cf.  F,  Lot,  loc.  cit.,  p.  259. 

3.  Folcuin,  éd.  Guérard.  p.  123.  Cf.  F.  Lot,  loc.  cit.,  p.  253. 

4.  Annales  de  Saint-Bertin,  année  866,  éd.  Waitz,  p.  81.  Cf.  ibid.,  p.  68, 
année  864. 

5.  Annales  Xantenses,  année  864  (fautive  pour  863)  et  année  871  (pour  870). 
M.  Lot  remarque  très  judicieusement  que  la  parenté  réciproque  entre  Hilduin 
et  Gunther,  définie  de  part  et  d'autre  par  le  même  mot  nepos,  implique 
nécessairement,  pour  ce  mot,  le  sens  de  cousin. 

6.  C'est  déjà  la  remarque  faite,  d'ailleurs  accidentellement  et  avec  une  autre 
portée,  par  E.  Diimmler,  Gesch.  des  ostfr.  Reichs,  t.  II,  p.  290  et  n.  4. 


LES   ABBES    HILDUIN   AU    IX^    SIECLE.  333 

Cologne.  Au  demeurant,  une  semblable  homonymie  n'a  rien  qui 
doive  nous  surprendre  chez  les  collatéraux  d'une  grande  famille 
du  ix"  siècle  ^ . 

Dès  maintenant,  le  rapprochement  entre  les  dates  d'obit  et  la 
confrontation  entre  le  texte  d'Hincmar  et  le  texte  des  Annales 
Xantenses  concordent  pour  nous  faire  croire  à  l'existence  de 
deux  homonymes.  Toutefois,  ce  n'est  encore  là  qu'une  impres- 
sion en  quelque  sorte  a  priori.  Il  importe  de  rechercher  si  cette 
croyance  peut  être  vérifiée  à  l'aide  de  données  historiques  et  si 
elle  continue  à  valoir  a  posteriori,  auquel  cas  nous  aurons  le 
droit  de  nous  dire  en  possession  d'une  certitude. 

Hincmar^  nous  apprend  que  le  frère  de  Gunther,  Hilduin,  fut, 
en  865-866,  administrateur  du  diocèse  de  Cologne,  en  ce  sens 
qu'il  fut  substitué  officiellement  à  Gunther  déposé;  mais  l'anna- 
liste ajoute  qu'en  réalité  Gunther  conservait  toute  l'autorité, 
moins  les  fonctions  épiscopales,  excepto  ministerio  episcopali. 
L'expression  est  fort  claire  :  il  faut  entendre  que  le  ministère 
épiscopal,  —  c'est-à-dire  l'ensemble  des  attributions  proprement 
canoniques,  —  était  exercé  par  Hilduin. 

D'autre  part,  Hilduin,  cousin  de  Gunther,  nous  est  présenté 
par  les  Annales  Xantenses'^  comme  le  candidat  de  Charles  le 
Chauve,  en  870,  au  siège  métropolitain  de  Cologne.  Or,  n'aj^ant 
pas  encore  reçu  la  prêtrise  au  moment  où  le  roi  de  France  le  met 
en  avant  contre  le  candidat  germanique,  il  se  la  fait  conférer, 
pour  les  besoins  de  la  cause,  par  Francou  de  Liège-^. 

Ce  rapprochement  de  textes  me  semble  lumineux.  Il  est  impos- 
sible, en  effet,  d'identifier  Hilduin,  cité  en  865  par  Hincraar, 

1.  Malgré  cette  considération,  M.  Lot  a  préféré  admettre  que  Gunther  n'avait 
eu  qu'un  seul  parent  du  nom  de  Hilduin.  En  effet,  après  avoir  cité  le  passage 
des  Annales  de  Saini-Bertin  qui  signale  le  frère  de  Gunther,  M.  Lot  ajoute  : 
«  Les  Annales  de  Xaiiten  contemporaines  parlent  du  même  Hilduin,  mais  dif- 
fèrent sur  la  parenté  qui  l'attachait  à  Gunther  qu'elles  réduisent  à  un  simple 
cousinage.  »  (F.  Lot,  loc.  cit.,  p.  252.) 

2.  Annales  de  Saint-Bertin,  année  866,  éd.  Waitz,  p.  81  :  «  Episcopium  Colo- 
niense,  ab  Hugone  recepto,  fratri  Guntharii,  sub  provisionis  obtentu,  comniiltit, 
sed  rêvera  dispositio  illius,  excepto  episcopali  ministerio,  pênes  Guntharium 
manet.  » 

3.  Annales  Xantenses,  année  871  (fautive  pour  870),  dans  Mon.  Germ.  Script., 
II,  234. 

4.  Reginon,  Chronicon,  année  869.  Cf.  Parisot,  le  Royaume  de  Lorraine, 
p.  359. 

^904  35 


534  LES   ABBÉS   HILDUIN   AU    IX®   SIÈCLE. 

avec  Hilduin,  cité  en  870  par  les  Annales  Xantenses,  attendu 
qu'en  aucune  façon  un  personnage  qui  n'est  pas  encore  prêtre  en 
870  ne  saurait  avoir  rempli,  dès  865,  les  fonctions  canoniques 
de  l'épiscopat.  Il  résulte  du  contact  de  nos  textes,  avec  toute 
l'évidence  désirable,  qu'il  faut  soigneusement  distinguer  deux 
Hilduin,  dont  l'un  est  le  cousin  et  dont  l'autre  est  le  frère  de 
Gunther. 

III. 

La  distinction  qui  résulte  de  ce  critérium  positif,  la  prêtrise,  a 
pour  conséquence  de  modifier  assez  sensiblement  le  système 
adopté  par  M.  Lot. 

Tout  d'abord,  au  lieu  de  mettre  l'administration,  ou,  si  l'on 
préfère,  V intérim  du  diocèse  de  Cologne  en  865-866,  et  la  can- 
didature au  siège  épiscopal,  cinq  ans  après,  dans  la  carrière  du 
même  personnage,  il  faut  se  résoudre  à  séparer  les  deux  men- 
tions. C'est  le  frère  de  Guntlier  qui  a  été  évêque  intérimaire  de 
Cologne,  mais  c'est  le  cousin  de  ce  même  Gunther  qui  a  été  le 
candidat  français  au  siège  métropolitain,  en  870. 

D'un  autre  côté,  l'évêque  intrus  de  Cambrai  en  862-866  est 
nécessairement  le  frère  de  Gunther  et  non  son  cousin,  car  ce 
dernier,  n'étant  pas  encore  prêtre  en  870,  ne  peut  avoir  pré- 
tendu, en  862-866,  à  l'évêchéde  Cambrai.  Aussi  bien,  son  inca- 
pacité canonique  eût-elle  été  dénoncée  dès  le  premier  jour  par 
Hincmar,  qui  a  lutté  si  vigoureusement  contre  le  candidat  venu 
de  Cologne  ^ 

1.  Voir,  sur  ce  point,  F.  Lot,  loc.  cit.,  p.  264.  Le  candidat  obstiné  à  l'évéché 
de  Cambrai  est,  de  la  sorte,  le  môme  qui  fait  à  Cologne,  pendant  la  déposition  de 
Guntber,  l'intérim  des  fonctions  canoniques  du  diocèse.  La  difficulté  chronolo- 
gique signalée  par  M.  Lot  {loc.  cit.,  p.  264-265)  et  assez  péniblement  résolue 
dans  son  système  n'existe  pas  dans  celui  que  j'indique.  En  effet,  l'abbé  de  Saint- 
Berlin  est  le  cousin  de  l'archevêque  intérimaire  de  Cologne.  Je  ferai  observer, 
;\  ce  propos,  que  le  diplôme  de  Lothaire  II,  en  date  du  15  janvier  806,  n'im- 
plique nullement  la  disparition  de  Hilduin,  ainsi  que  semble  le  dire  M.  Lot 
[loc.  cit.,  p.  265  et  n.  4).  Le  roi  ne  traite  pas  positivement  Gunther  en  arche- 
vêque et  alfecte  de  dire  «  venerabilis  Agrippinensis  ecclesiae  gubernator  et 
plus  rector  »  (cf.  R.  Parisot,  le  Royaume  de  Lorraine,  p.  288).  Cette  péri- 
phrase répond  justement  à  la  situation  définie  par  Hincmar  en  806  dans  les 
Annales  de  Saint-Bertin.  Il  semble  en  résulter  qu'en  866,  comme  en  865,  les 
fonctions  canoniques  sont  exercées  par  Hilduin. 


LES   ABBÉS    HILDOm   AD    TX®   SIECLE.  535 

Ainsi,  l'affaire  de  Cambrai  et  celle  de  Cologne  impliquent  le 
même  dédoublement  et  la  même  distinction.  Nous  sommes  en 
présence  de  deux  démonstrations  indépendantes  et  qui  nous 
conduisent  à  l'adoption  du  même  critérium. 

IV. 

La  répartition  des  autres  mentions  entre  les  deux  cousins  est 
plus  malaisée.  L'un  d'eux,  celui  qui  fut  abbé  de  Saint-Bertin, 
mourut  dans  cette  abbaje  le  7  juin  877;  l'autre,  apparemment 
celui  qui  fut  abbé  de  Saint- Germain -des- Prés,  mourut  le 
19  novembre  d'une  année  inconnue,  antérieure  à  872  sinon  à 
867.  Certains  indices  ont  permis  à  M.  Lot  de  voir  dans  l'abbé  de 
Saint-Bertin  le  candidat  de  Charles  le  Chauve  à  l'archevêché  de 
Cologne^  On  peut,  je  crois,  fortifier  cette  identification  d'un 
argument  nouveau^  En  effet,  nous  savons  que  le  candidat  ger- 
manique à  ce  même  siège  archiépiscopal  de  Cologne,  Willibert, 
ne  reçut  le  pallium  qu'en  874^.  Si  son  compétiteur  avait  disparu 
plus  tôt,  rien  ne  se  serait  apparemment  opposé  à  sa  reconnais- 
sance par  le  Saint-Siège.  Il  est  donc  légitime  d'en  inférer  que 
seul  peut  avoir  aspiré  à  l'archevêché  de  Cologne  celui  des  deux 
Hilduin  qui  a  survécu,  à  savoir  l'abbé  de  Saint-Bertin.  Dans  ces 
conditions,  il  faut  décidément  reconnaître  dans  l'abbé  de  Saint- 
Bertin  le  cousin  de  Gunther,  tandis  que  l'abbé  de  Saint-Germain- 
des-Prés  est  le  frère  de  ce  même  Gunther''.  Cette  parenté  plus 


1.  F.  Lot,  loc.  cit.,  p.  'i67. 

2.  Il  n'est  donc  pas  possible  d'identifier,  comme  a  essayé  de  le  faire  M.  Lot 
[loc.  cit.,  p.  266-267),  l'abbé  de  Saint-Bertin  avec  l'évêque  de  Cambrai,  évincé 
par  l'opposition  du  métropolitain  de  Reims.  Les  raisons  d'ordre  exclusivement 
négatif  invoquées,  en  l'espèce,  par  M.  Lot,  ne  peuvent  rien  contre  le  critérium 
que  j'ai  établi,  à  savoir  la  qualité  de  prêtre  que  l'un  des  deux  homonymes 
acquiert  seulement  en  870.  Le  synchronisme  signalé  par  M.  Lot  en  ce  qui  con- 
cerne l'arrivée  de  l'abbé  Hilduin  à  Sainl-Bertin  n'en  est  pas  moins  très  intéres- 
sant. Le  cousin  de  Gunther  devient  le  chef  d'une  grande  abbaye  française  au 
moment  précis  où  se  place  le  rapprochement  momentané  de  Charles  le  Chauve 
et  de  Lothaire  II,  ainsi  que  la  disgrâce  passagère  d'Hincmar.  Gunther  et  les 
deux  Hilduin  ne  cessent  d'être  solidaires  et  leur  sort  reste  constamment  lié  à 
la  politique  générale  de  leur  temps.  Cf.  ci-après,  note  4. 

3.  K.  Parisot,  le  Royaume  de  Lorraine,  p.  407-408. 

4.  Au  premier  abord,  la  qualité  d'abbé  de  Saint-Germain-des-Prés  semble 
contredire  la  qualité  de  frère  de  Gunther.  Mais,  à  la  réflexion,  il  n'en  est  rien. 


536  LES   ABBÉS   HILDUIN   AU   IX^   SIÈCLE. 

étroite  explique  d'autant  mieux  l'âpre  lutte  soutenue,  depuis  862, 
par  Hincmar,  à  la  fois  contre  l'archevêque  Gunther  de  Cologne 
et  contre  Hilduin,  prétendant  à  l'évêclié  de  Cambrai.  On  com- 
prend à  merveille  aussi,  dans  ce  sjstèm.e,  le  mépris  et  l'animosité 
qu'affiche  Hincmar  à  l'égard  du  frère  de  Gunther,  à  propos  des 
événements  de  864  à  Rome  ^ . 

Quant  à  déterminer  leauel  des  deux  cousins'^  fut  co-abbé  de 
Saint- Denis  en  838  et  lequel  remplit  les  fonctions  de  chance- 
lier d'Aquitaine  vers  848,  ni  les  rapprochements  ingénieux  de 
M.  Lot  ni  les  nouveaux  éléments  critiques  que  j'ai  moi-même 
essayé  d'apporter  n'autorisent  à  faire  un  choix -^ 

J.  Calmette. 

En  effet,  l'unique  mention  de  cet  abbatial  se  rapporte  à  857-858  (F.  Lot,  loc. 
cit.,  p.  257).  Or,  c'est  précisément  l'époque  où  les  relations  furent  excellentes 
entre  les  deux  royaumes  de  France  et  de  Lorraine.  En  858,  Lothaire  II,  le  pro- 
tecteur constant  de  Gunther,  est  l'allié  de  Charles  le  Chauve.  Cf.  ma  Diplo- 
matie Carol.  {Bibl.  de  l'École  des  hautes  études,  fasc.  135),  p.  71-72. 

1.  Annales  de  Saint-Bertin,  éd.  Waitz,  p.  68.  Il  est  naturel  qu'Hincmar, 
dont  nous  connaissons  le  tempérament,  affecte  d'appeler  clericum  celui  qu'il 
refuse  d'admettre  comme  son  suffragant  à  Cambrai. 

2.  Cette  parenté  des  deux  Hilduin  ressort  de  leur  parenté  respective  avec 
Gunther.  Tous  deux  avaient  probablement  pour  oncle  commun  le  grand  Hil- 
duin, qui  serait,  de  la  sorte,  l'oncle  de  Gunther  lui-même. 

3.  Il  resteraità  résoudre  un  problème  que  j'ai  volontairement  écarté,  parce  que 
je  le  crois  présentement  insoluble,  celui  qui  consiste  à  identifier  l'abbé  Hilduin, 
enseveli  à  Saint-Médard-de-Soissons.  M.  Lot  [loc.  cit.,  p.  2(31)  y  voit  l'abbé  de 
Saint-Germain-des-Prés,  mort  le  19  novembre.  En  réalité,  la  chronologie  des 
abbés  de  Saint-Médard  est  trop  incertaine  pour  fournir  des  éléments  sérieux 
de  discussion.  Tout  ce  que  l'on  sait  se  réduit  à  la  découverte  d'un  abbé  Hil- 
duin, enterré  à  Saint-Médard,  et  à  un  diplôme  de  870-871  mentionnant  un 
«  Hilduwinus  autiquior  abbas,  »  d'où  l'on  déduit  l'existence  d'un  «  Hilduwinus 
junior.  »  Si  cette  déduction  est  plausible,  on  ignore  entièrement  les  dates  res- 
pectives de  ces  deux  homonymes,  et  nul  ne  peut  dire  quel  est  celui  dont  la 
sépulture  a  été  retrouvée.  Nous  devons  donc  avouer  notre  impuissance  à  éta- 
blir, en  l'espèce,  une  identilication.  L'hypothèse  la  plus  probable  est  que  l'abbé 
Hilduin  de  Soissons  est  dilïérent  des  deux  cousins  dont  nous  nous  sommes 
occupés.  Il  est,  du  moins,  assez  curieux  de  rencontrer  à  Saint-Médard,  lieu 
d'internement  de  Pépin  II,  le  nom  de  celui  qui  fut  le  chef  de  la  chancellerie 
d'Aquitaine.  Il  pourrait  fort  bien  y  avoir  là  autre  chose  qu'une  simple  co'inci- 
dence. 


L'ANCIEN  BRÉVIAIRE 


DE 


SAÏNT-POL  DE  LÉON. 


Un  article  intitulé  les  Heures  bretonnes  du  XV^  siècle,  inséré  dans 
la  Bibliothèque  de  V École  des  chartes  (année  ^895,  t.  LVI),  contient 
à  la  page  59  la  description  de  la  partie  d'hiver  du  premier  Bréviaire 
de  l'église  de  Saint-Paul  de  Léon,  d'après  un  exemplaire  conservé  à 
la  Bibliothèque  nationale  (Réserve,  B.  4920).  Cet  exemplaire  est 
incomplet  d'un  premier  cahier,  de  huit  feuillets,  qui  n'a  point  été 
mentionné  dans  notre  description.  Cette  lacune  peut  être  comblée  à 
l'aide  d'un  bel  exemplaire  de  ce  même  demi-bréviaire,  imprimé  sur 
vélin,  dont  la  bibliothèque  de  Rennes  vient  de  s'enrichir  et  que  M.  Le 
Hir,  conservateur  de  cette  bibliothèque,  a  bien  voulu  nous  commu- 
niquer, avec  une  très  intéressante  notice,  lue  par  lui,  le  8  mars  der- 
nier, à  la  Société  archéologique  de  Rennes. 

Le  premier  cahier  du  Bréviaire,  portant  la  signature  +  (en  rouge), 
contient  : 

\°  Sur  le  recto  du  premier  feuillet,  un  titre  imprimé  en  rouge  et  en 
noir;  les  parties  imprimées  en  rouge  ont  beaucoup  souffert  et  la  lec- 
ture de  plusieurs  mots  en  est  incertaine. 

2°  Au  verso  de  ce  feuillet,  une  épître  dédicatoire  adressée  à  i'évêque 
de  Saint-Paul,  Gui  Le  Clerc,  par  un  dignitaire  de  la  cathédrale, 
Hamon  Barbier.  Cette  épître  nous  apprend  que  jusqu'alors  il  n'avait 
été  ni  imprimé  ni  même  rédigé  de  bréviaire  à  l'usage  de  l'église  de 
Léon.  On  y  voit  aussi  que  deux  chanoines  de  cette  église,  —  Fran- 
çois Le  Veyer  et  Guillaume  Fougay,  —  avaient  aidé  Hamon  Barbier 
à  préparer  le  texte  qui  fut  imprimé  en  ^516. 


538  l'anc[en  bréviaire  de  saint-pol  de  le'on. 

3°  Sur  les  six  feuillets  suivants,  un  calendrier  du  type  auquel  on 
a  donné  la  dénomination  de  cisianus. 

4°  Sur  le  dernier  feuillet,  des  règles  de  comput  et  des  prescriptions 
hygiéniques  mises  en  rapport  avec  les  signes  du  zodiaque. 

Voici  le  texte  du  titre,  de  Pépltre  dédicatoire  et,  à  titre  d'exemple, 
les  vers  qui  accompagnent  la  nomenclature  des  fêles  du  mois  de 
janvier  : 

Titre. 

Breviariura  insignis  ecl|clesie  Leonensis,  nuper  emaculatum, 
recognitum,  emendal|tum  et  tersum,  multis  brevibus  atque  legen- 
dis  ad||auctuni,  duobus  semitemporibus  aut  une,  secum|jrlumque 
ut  malueris,  volumine  contentum,  unicuique  vel  mediocriter  eru- 
dito  pervium,  ordinatissimum  et  apprime  necessarium. 

Cum  privilégie, 

Venundatur  in  egregia  civitate  Divi  Pauli  diocesis  Leojlnensis, 
e  regione  templi  ejusdem  et  in  urbe  Landernia  in  edijlbus  Alani 
Prigent. 

Venundatur  etiam  Parrhisiis  in  vico  Sancti  Jacobi  sub  ||  signe 
divi  Nicolai,  prope  templura  Sancti  Benedicti. 

Dédicace. 

Hamo  Barberius,  révérende  in  Christe  patri  ac  domino  domino 
Guidoni  Clerico,  Leenensi  episcope,  in  eo  qui  vera  est  salus 
S.  P.  D. 

Magne  precul  dubie  honore  magna ve  reverencia,  prestantis- 
sime  antistes,  Remanerum  non  mode  sed  et  barbarice  gentis 
superstitiesam  potius  quam  relligiesam  antiquitatem  patries  Deos 
(quos  pénates  et  quasi  pênes  nos  natos  vecitarunt)  habuisse, 
illisque  anniversarias  célébrasse  festivitates,  histeriographerum 
lectiene  passim  instituimur.  Quanto  tamen  majori  cura  majorive 
sanctimonia  nos  ipsi,  quorum  non  ficta,  non  superstitiosa,  non 
pseudela,  sed  veracissima  fides  existit,  nostres  sanctes  et  vene- 
rari  et  colère  debeamus,  ratio  ipsa  luculentissima  demonstrat. 
Tante  sane  majori  quanto  verum  falso,  lux  tenebris,  sanctum 
denique  prephane,  dignius,  nobilius  excellentiusve  cemperitur. 


l'ancien  bréviaire  de  saint-pol  de  le'on.  539 

Quam  rem  equidem  apud  meipsum  perpendenti  ac  mentis  in- 
dagine  crebro  consideranti,  id  illico  sese  obtulit  quodhoc  in  no- 
stra  Leonensi  diocesi  divinum  officium,  seu,  ut  pro  trito  utamur 
vocabulo,  canoniales  hore,  quod  médius  fidius  rébus  etiara  qui- 
buscunque  est  anteferendum,  a  plerisque  non  more  debito  dice- 
retur,  et  proth  dolor  a  plurimis  fréquenter  pretermitteretur. 
Quod,  me  hercle,  factum,  ut  etiam  audacius  loquar,  predecesso- 
rum  nostrorum  (qui  breviarium  secundum  communem  ecclesie 
nostre  consuetudinem  nec  impriini  nec  scripto  redigi  ad  hec 
usque  tempora  unquam  curavere)  incuria,  ne  dicam  ignorantia, 
accidisse  habemus  compertissimum.  Quamobrem  hune  tantum 
errorem  in  tam  percelebri  ac  inter  Armoricas  famatissima  dio- 
cesi obliterandum  ac  prorsus  eliminandum  censuimus,  quod  et 
fecisse  credidimus,  cum  impresenciarum  breviarium  honoran- 
dorum  patrum  ac  inter  canonicos  Leonenses  non  infimorum, 
domini  quidem  Francisci  Veyerii  et  Guillermi  Fugerii,  auxilio 
collectum  ac  plurimorum  sanctorum  legendis  illustra tum,  calco- 
graphorum  tj'pis  misimus  excudendum.  Ipsum  itaque,  dignissime 
presul,  cujus  amplitudine  ceterisque  virtutibus  non  minus  hec 
nostra  clarescit  diocesis  quam  rutilantissimis  Phebi  radiis  terra 
respleudet,  hoc  servidi  tibi  deditissimi  munusculum  et  laborem 
(quando  quidem  est  etiara  magno  flammula  grata  Jovi)  leta 
fronte  suscipias,  tuorumque  subditorum  consulas  utilitati.  Vale. 

Exemple  des  vers  du  calendrier. 

Januarius. 

Pocula  Janus  amat. 

Prima  dies  mensis  et  septima  truncat  ut  ensis. 
Cirûo  janus  Epy.  sibi  vendicat  Hil.  Félix  Marcel. 
Prisca  Fab.  Ag.  Vincenti  Pau.  Po.  Jul.  Ag.  Gil.  Batil. 

In  Jano  claris  calidisque  cibis  pociaris, 
Atque  decens  potus  post  fercula  sit  tibi  notus. 
Ledit  enim  medo  tune  potus,  uti  bene  credo. 
Balnea  tune  intres,  et  venam  findere  cures. 

Nous  avons  employé  les  caraclères  italiques  pour  les  mentions 


540  l'ancien    bréviaire    de    SAINT-POL   de    LEON. 

qui  sont  imprimées  en  rouge  dans  les  deux  vers  du  cisianus.  Ces 
mentions  se  rapportent  aux  fêtes  principales.  Le  lecteur  reconnaîtra 
aisément  les  mots  qui  ont  été  si  singulièrement  abrégés  pour  les 
faire  entrer  dans  un  simulacre  d'hexamètres  :  «  Gircumcisio,  Epypha- 
nia,  Hilarius,  Félix,  Marcellus,  Prisca,  Fabianus,  Agnes,  Vincentius, 
Paulus,  Policarpus,  Julianus,  Agnes,  Gildasius,  Batiidis.  » 

L.  D. 


NOTICE 

SUR    LE    MANUSCRIT    LATIN    870 

DE  LA  REINE  CHRISTINE. 


M.  Ernest  Langlois,  dans  sa  Notice  des  manuscrits  fran- 
çais et  provençaux  de  Rome  antérieurs  au  XV P  siècle^ 
n'a  point  signalé  parmi  les  manuscrits  de  la  reine  Christine  le 
jat.  870,  formé  de  plusieurs  groupes  de  textes  ;  l'un  d'eux  est 
composé  de  poésies  latines  et  françaises.  Ce  manuscrit  contient 
avant  tout  des  documents  qui  intéressent  l'histoire  de  l'Univer- 
sité de  Paris,  et  le  P.  Denifle  en  a  tiré  parti  pour  le  Chartula- 
rium  TJniversitatis  Parisiensis'-.  Mais  il  est  à  croire  que  la 
publication  des  vers  français  qui  se  trouvent  dans  le  ms.  Reg. 
lat.  870  n'entre  pas  dans  le  cadre  de  l'œuvre  à  continuer  du 
P.  Denifle,  et,  par  suite,  il  ne  paraît  pas  inutile  de  leur  faire  voir 
le  jour.  Non  que  leur  valeur  esthétique  doive  irrémédiablement  les 
sauver  de  l'oubli,  le  lecteur  s'en  rendra  compte  facilement  ;  mais 
ils  se  rattachent  d'assez  près  à  l'histoire  de  la  théologie,  et  plus 
particulièrement  de  l'Université  de  Paris,  et  ils  soulignent  de 
façon  assez  curieuse  les  procédés  polémiques  du  xv"*  siècle,  pour 
mériter  d'être  signalés  dans  cette  brève  notice. 

Nous  ne  savons  pas  grand'chose  sur  l'origine  même  du 
manuscrit.  Une  note  au  bas  du  fol.  13  nous  indique  qu'il  a  été, 
au  xvf  siècle,  entre  les  mains  de  Robert  Goullet.  Une  communi- 
cation obligeante  de  M.  L.  Delisle  nous  apprend  que  ce  person- 
nage, originaire  du  diocèse  de  Coutances,  professa  la  théologie  à 

1.  Dans  Notices  et  Extraits  des  manuscrits  de  la  Bibliothèque  nationale  et 
autres  bibliothèques,  t.  XXXIII,  2^  partie,  1889,  in-4».  M.  E.  Langlois  a  exa- 
miné les  mss.  869  et  871.  L'écriture  des  vers  français  est  bien,  semble- t-il, 
seulement  de  la  fin  du  xv  siècle. 

2.  Aux  t.  III  et  IV  (Paris,  1894  et  1897,  in-4»). 


5Î2  NOTICE    SUR    LE   MANDSCRIT    LATIN    870 

l'Université  de  Paris  au  début  du  xvi®  siècle.  Il  est  connu  pour 
avoir  publié  une  traduction  latine  de  l'historien  Josèpbe,  qui  eut 
au  moins  deux  éditions  et  dont  la  .dédicace  à  l'éveque  d'Avranches 
est  datée  du  collège  d'Harcourt,  en  1513.  De  fait,  les  textes  con- 
tenus dans  le  manuscrit  en  question  concernent  surtout  la  Nor- 
mandie. 

Le  manuscrit  Reg.  lat.  870,  mesurant  200  sur  280  millim., 
relié  de  maroquin  rouge,  aux  armes  du  cardinal  bibliothécaire, 
renferme  les  textes  dont  suit  l'indication  : 

I.  Fol.  4-12.  —  Petit  cahier  de  papier,  d'une  seule  écriture,  aux 
titres  soulignés  de  rouge,  aux  initiales  et  aux  signes  de  paragraphes 
rehaussés  de  rouge.  —  xv"^  siècle  : 

Fol.  -1-2.  Ex  decreto  consilii  Basiliensis  de  purilale  conceptionis 
Virginis  Mariç. 

Sacrosancta  mater  ecclesia  generalis  sinodus  Basiliensis...  Datum 
Basilee  in  nostra  sessione  publlca  majori  Basilien  solemniter  cele- 
brata  x¥*°  k.  octobris.  Anno  a  nalivitate  Domini  mille"""  GGGG™" 

Fol.  2-4.  Vidimus  d'Innocent  VIII,  ^2  janvier  -1487,  de  l'ency- 
clique de  Sixte  IV,  Grave  nimis,  «  de  concepLione  immaculalç  Virgi- 
nis Mariç,  »  du  4  septembre  -1483.  —  A  la  suite,  une  note  interpré- 
tant cette  encyclique^. 

Fol.  4-6.  Lettre  de  Jean  Véri,  Frère  Prêcheur,  docteur  en  sainte 
Écriture,  à  David  Miffaut,  au  sujet  des  propositions  qu'il  avait  avan- 
cées touchant  la  Gonception  de  la  Vierge  pendant  une  prédication  de 
PAvent,  à  Dieppe,  en  U96.  —  Réponse  du  même  Jean  Véri  au  cha- 
pitre de  Rouen. 

Fol.  6  v-S  v°.  Statutum  sacrç  facultatis  theologiç  studii  Parisien- 
sis  super  maleria  conceptionis  Immaculatç  et  gloriosissimç  Virginis 
Mariç  Matris  Domini  nostri  et  redemploris  Hiçsu  Ghristi.  —  -1497. 

Fol.  9.  Bulle  de  Sixte  IV,  du  4  octobre  U70,  approuvant  l'institu- 
tion de  l'office  de  la  Gonception  de  la  Vierge. 

Fol.  U-V2.  Revocatio  magistri  Jo.  Veri  in  sacra  pagina  doctori s 
ordinis  Predicatorum.  —  -18  septembre  1497. 

1.  Sur  la  36°  session  du  concile  de  Bàle  (17  septembre  1439),  voir  Mansi, 
t.  XXIX,  p.  182  et  suiv.;  Harduin,  t.  VIII,  p.  1266.  Cf.  C.-J.  von  Hefele,  Con- 
ciliengesch.,  t.  IV,  p.  781. 

2.  Cf.  Wetzer  et  Welle,  Kirchenlexikon,  2'  éd.,  t.  IV  (Freiburg-i.-B.,  1886, 
in-8°),  col.  472-473;  Herzog  et  Hauck,  Realencydoplidie  f'dr  protestantische 
Theol.  xuid  Kirch.,  t.  XII  (1903,  in-8°),  p.  322-323. 


DE    LA    REIIVE   CHRISTINE.  ;J43 

II.  Fol.  13-23.  —  Ces  dix-huit  feuillets  faisaient  d'abord  partie 
d'un  manuscrit,  où  ils  étaient  cotés  47  à  59,  les  fol.  4 S  et  49  anciens 
manquant.  Au  bas  du  fol.  ^13  :  Pro  Roberto  Goullet^.  —  xv^  siècle  : 

Fol.  -IS-U  v°.  Instrumentum  revocationis  facte  in  presentia  régis 
ac  rectoris  et  deputalorum  universitatis  Parisiensis  per  episcopum 
Ebroicensem  de  quibusdam  falsis  conclusionibus  per  ipsum  diclis, 
sine  auctoritate  aut  presentia  cancelarii  ecclesie  Parisiensis.  — 
n  février  4  389  2. 

Fol.  U  v°-^8.  Instrumentum  revocationis  facte  in  presentia  recto- 
ris et  universitatis  Parisiensis  per  fratrem  Johannem  Thome  Jaco- 
bitam  de  quibusdam  erroribus  per  eum  predicatis  alias  per  episcopum 
Parisiensem  et  facultatem  théologie  condempnatis  sine  auctoritate 
aut  presentia  cancelarii  ecclesie  Parisiensis.  —  2^  mars  ^1389^ 

Fol.  -18-20.  Instrumentum  revocationis  facte  in  presentia  rectoris 
et  universitatis  Parisiensis  per  fratrem  Adam  de  Suessione  Jacobitam 
de  quibusdam  erroribus  per  ipsum  predicatis,  alias  per  episcopum 
Parisiensem  et  facultatem  théologie  condemnatis  sine  auctoritate 
aut  presentia  cancelarii  ecclesie  Parisiensis.  —  -16  mai  -1389''. 

Fol.  20-23.  Instrumentum  revocacionis  facte  in  presencia  rectoris 
et  universitatis  Parisiensis  per  fratrem  Gauffridum  de  Sancto  Martino 
Jacobita  de  quibusdam  erroribus  per  ipsum  publicatis  alias  per 
episcopum  Parisiensem  et  facultatem  théologie  condemnatis  sine 
auctoritate  aut  presencia  cancellarii  ecclesie  Parisiensis.  —  24  juin 
i389^ 

III.  Fol.  2i  et  v\  —  Fragment  d'une  traduction  du  livre  de 
Baruch.  —  xvi*  siècle  : 

«  Celles  sont  les  parolles  du  livre  que  Baruch,  filz  de  Nerias,  filz 
de  Macias,  filz  de  Sedechias...''.  Et  soubz  umbre  de  Balthasar,  son 
filz,  et  que  nous  le  servions  plusieurs  jours  et  que  nous  trouvions 
grâce  devant  eulx'^.  » 

IV.  Fol.  25-3 L  —  Ces  six  folios  faisaient  d'abord  partie  d'un 
manuscrit  où  ils  étaient  cotés  64-70;  ces  secondes  cotes  subsistent 

1.  Un  des  propriétaires  du  manuscrit.  Cf.  Denifle,  Chart.,  t.  III,  p.  519. 

2.  Lalin  et  français.  Publié  par  Denifle,  Chart.,  t.  III,  p.  515-517. 

3.  Latin  et  français.  Publié  par  Denifle,  Chart.,  t.  III,  p.  517-520. 

4.  Latin  et  français.  Publié  par  Denille,  Chart.,  t.  III,  p.  521-523. 

5.  Latin.  Publié  par  Denifle,  Chart.,  t.  III,  p.  523-525. 

6.  I,  1. 

7.  I,  12. 


544  NOTICE    SUR   LE   MAMDSCRIT    LATIN    870 

pour  les  trois  derniers.  Ils  proviennent  du  même  manuscrit  que  les 
fol.  43-23.  —  xv^  siècle  : 

Fol.  25-26  v°.  Instrumentum  revocacionis  facte  de  mandato  et 
ordinatione  facultatis  théologie  et  sine  auctoritate  cancellarii  ecclesie 
Parisiensis  per  fratrera  Johannem  Sarrasin,  predicatorem,  de  certis 
propositioniljus  peripsum  maie  publicatis  contra  sacram  doctrinam. 
—  iB  mars  U29^ 

Fol.  26  v°-27  v°.  Nota  instrumentum  [sic]  continen  deliberationem  et 
determinationem  facultatis  théologie  de  et  super  quadam  assercione 
dicta  et  dogmatisata  in  diocesi  Ebroicensi  per  rescriptionem  et  requi- 
sitionem  episcopi  Ebroicensis  et  inquisitoris  heretice  pravitatis.  — 
\6  mai  1432 2. 

Fol.  27  v''-28.  Nota  instrumenti  continentis  revocationem  factam 
per  magistrum  Nicolaum  Gadrigarii,  ordinis  fratrum  heremitarum 
beati  Augustini,  de  mandato  et  ordinatione  facultatis  théologie  sine 
auctoritate  cancellarii  ecclesie  Parisiensis,  occasione  quarumdam 
propositionum  erronearum  per  dictum  Gadrigarii  dictarum.  —  9  jan- 
vier -1443^. 

Fol.  28-29  v°.  Instrumentum  continens  modum  eligendi  per 
facultatem  théologie  aliquem  vicarium  seu  vicesgerentem  decani 
ejusdem  facultatis  qui  habeat  portare  onera  officii  decani.  — 
7  novembre  4384^ 

Fol.  29  v°-30  v°.  Décision  de  la  Faculté  de  théologie  de  Paris  tou- 
chant les  pratiques  des  chercheurs  de  trésor  : 

Sequitur  conclusio  facultatis  théologie  super  materia  fidei  nunc 
agitata,  novissime  determinata. 

Actentis  facto  seu  opère  principali  et  ejus  compositione  in  se,  ac 
omnibus  suis  circumstantiis  simul  junctis,  videlicet  magno  circulo 
diversis  nominibus  ignotis  conscripto,  et  variis  caracteribus  con- 
signatiS;,  parva  rota  lignea  super  quatuor  pedes  ligneos  et  stipitem 
in  medio  ejusdem  magni  circuli  elevata,  et  ampula  super  dictam 
rotam  coUocata,  super  quam  ampulam  in  quadam  parva  rotula  papi- 
rea  inscripta  erant  quedam  nomina,  quorum  signata  sunt  nobis 
ignota,  scilicet  :  garsepin,  oroth,  carmesine,  bisoc  [sic)  signo  crucis  et 

1.  Latin.  Publié  par  Denifle,  Chart.,  t.  IV,  p.  493-495. 

2.  Publié  par  Denifle,  Chart.,  t.  IV,  p.  542. 

3.  Latin.  Publié  par  Denifle,  Chart.,  t.  IV,  p.  631-632. 

4.  Lalin.  Publié  par  Denifle,  Chart.,  t.  IV,  p.  333-335. 


DE   LA    REINE   CHRISTINE.  545 

quibusdam  caracteribus  inter  predicta  nomina  interpositis  ac  etiam 
cathedris,  potis  terreis,  igné  inccnso,  suffiimigationibus,  luminari- 
bus,  ensibus,  pluribusque  aliis  caracleribus  et  figuris  et  nominibus 
diversis  verbisque  ignolis,  ac  etiam  nominatione  seu  inscriptione 
quatuor  regum  in  quatuor  parvis  rôtis  papireis,  scilicet  :  régis  gal- 
tini  septentrionis,  régis  baltini  orientis,  régis  saltini  meridiei,  régis 
ultini  occidentis,  interpositis,  inter  nomina  dictorum  regum  quibus- 
dam caracteribus  signis  rubeis  conscriptis,  actentis  eciam  circumstan- 
tiis  temporis  et  loci  suspecti  et  modo  se  habendi  illorum  qui  in  diclo 
opère  interfuerunt,  et  in  eodem  cooperati  sunt;  et  hiis  que  egerunt 
post  juramenta  de  facientibus  legalem.  portionera  de  thesauris  repe- 
riendi  [sic]  per  eos  pluries  prestita  iterata,  etiam  post  declaracionem 
dicti  operis  a  principali  actore  illius  artificii,  sicut  ex  eorum  confessioni- 
bus  apparet,  quibus  habetur,  quod  in  quadam  caméra  in  quaerant  pre- 
dicta instrumenta  de  se  supersticiosa,  accensis  luminaribus  et  consuf- 
fumigationibus  circa  ampulam  et  circulos  in  quibus  erant  predicte 
inscriptiones  et  predicti  caractères,  dicti  cooperatores  expoliati  in 
suis  giponibus  enses  tenentes  per  pommellos,  ante  cathedras  quilibet 
unum  cuspidibus  quinque  in  terra  fixis  et  quinque  cum  dictis  ensi- 
bus juxta  cathedras  et  circulos  et  ampulam  fecerunt  circuitus,  ele- 
vando  versus  celum  cuspides  ensium,  apposueruntque  quinque 
manus  suas  simul  cum  manu  principalis  actoris  prefati  operis  super 
ampulam  quam  sanctam  vocabal  ||  "'"  et  in  qua,  ut  dicebant,  debe- 
bat  venire  spiritus,  qui  thesauros  absconditos  docere  et  revelare  debe- 
bat.  Predictis  omnibus  actentis  et  simul  junclis,  ponitur  deliberatio 
seu  conclusio  talis  :  quod  non  solum  illi  qui  ad  thesauros  abscondi- 
tos reperiendos  seu  sécréta  et  occulta  scienda  et  cognoscenda  tali- 
bus  figmentis  et  malificiis  utuntur,  sed  etiam  omnes  christianam 
religionem  professi,  ratione  utentes,  sponte  talia  et  taliter  opérantes, 
ac  etiam  talibus  et  taliter  utentes,  censendi  sunt  in  christiana  reli- 
gione  supersticiosi,  censendi  sunt  ydolatre,  censendi  sunt  demonum 
invocatores  et  sunt  in  fide  vehementer  suspecti. 

Fol.  30  v^-SI.  Pas  de  titre.  Ordonnance  du  chancelier  de  l'église 
de  Paris  et  de  la  Faculté  de  théologie  sur  divers  points  de  foi.  — 
Pas  de  date,  et,  semble-t-il,  incomplète  : 

Universis  orthodoxe  îîdei  zelatoribus...  cura  integro  divini  cultus 
honore...  [A  la  fin  :]  Et  iram  dei  graviter  in  eternum  incurrisse  nisi 
ecclesiastica  penitentia  emendatur. 

V.  Fol.  31  v"  et  32  et  v°.  Epitaphium  fralris  Thome  Benedicti 


546  NOTICE    SDR   LE    MANUSCRIT    LATIN    870 

prions  qondam  hujus  insignis  ecclesie  S.  Genovefe'.  20  vers.  — 
Fin  xv«  siècle  : 

Inc.  :  Hic  sunt  in  fessa  vermes,  cineres,  simul  ossa 
Gujusdera  [sic]  dicti  fratris  Tlîome  Benedicty. 
Heu  scrobis  in  fundo  pulres[c]it  vermiculosus, 
Qui  fuit  in  mundo  nunc  Iristis  nuncque  jocosus... 

Expl.  :  0  Genovefa  pia,  Pelre  Pauleque,  Virgo  Maria, 
Per  vos  sint  iota  vermosi  crimina  tota; 
Sanctis  omnibus  exorantibus  anime  Xphiste, 
Ut  sine  vermibus  astet  in  diebus^  etheris  iste. 

•1403/26  dies  marcii. 

Cette  épitaphe  est  reproduite  au  fol.  32  et  v°,  avec  quelques 
variantes,  et  une  suite  qui  manque  à  la  première  copie  : 

Post  sua  funera  rosaque  viscera  vermiculatus, 
Per  tua  munera  scandât  ad  ethera  glorificatus  ^ 
Vermigero,  qui  de  sancto  Laudo  fuit  ortus, 
Sit  faciès  idide  {sic)  summi  post  hoc  mare  portus. 
Amen. 

Bis  sex  centeno  centeno  septuageno 
ALque  ter  undeno  fuit  hic  inhumatus  in  anno. 
Vicesimum  sextum  numerabat  marcius  ortum. 
Finis. 

En  marge,  d'une  autre  écriture  :  anno  ^403,  26  die  marcii. 
Au-dessous,  d'une  autre  main  :  Finis  coronat  opus. 
VI.  Fol.  33-37.  —  Fundatio  trium  capellaniarum  in  ecclesia  Abrin- 
censi.  —  Copie  du  xv^  siècle  des  chartes  dont  suit  l'analyse  : 

a)  [Avranches].  ^25D.  Septembre. 

Cession  par  Richard,  évèque  d'Avranches,  à  l'église  d'Avranches, 
de  trois  maisons  qu'il  possède  à  Paris,  rue  des  Saints  Cosme  et 
Damien,  dans  la  censive  de  l'église  Saint-Marcel,  pour  la  constitution 
de  trois  bénéfices. 

b)  [Paris].  -1260.  Avril. 

Confirmation  par  le  chapitre  de  Saint-Marcel  d'un  mandement  de 
l'évêque   de  Paris,  du   7   novembre    1243,  vidimant  un   bref  du 

1.  Thomas  Benoît  est  l'auteur  d'une  «  ordenance  de  service  »  de  Sainte- 
Geneviève  {Calai,  des  Mss.  de  la  Bibl.  de  Sainte-Geneviève,  t.  I,  p.  604). 

2.  Corr.  edibus  (2=  épitaphe). 


DE   LA    REINE   CHRISTINE.  517 

28  juillet  ^245,  par  lequel  le  pape  Innocent  IV  autorise  la  donation 
par  Richard  l'Ange,  chanoine  d'Avranches,  à  l'église  d'Avranches,  de 
maisons  sises  dans  la  censure  de  l'église  Saint-Marcel,  moyennant 
une  compensation  à  fixer. 

c)  Paris.  ^309.  Avril,  3,  10,  n  ou  24. 

Vidimus,  par  la  prévôté  de  Paris,  d'un  mandement  de  Philippe  le 
Bel  aux  bailli,  prévôt  et  receveur  de  Gaen,  par  lequel  il  confirme  la 
cession  par  le  chevalier  Ghistelle  à  Robert,  évêque  de  Goutances, 
exécuteur  testamentaire  de  son  frère,  Raoul  d'Harcourt,  chanoine  de 
Paris,  et  fondateur,  au  nom  de  ce  dernier,  d'un  collège,  de  deux 
cents  livres  de  rente,  assignées  sur  le  Trésor  de  Paris,  transporte 
cette  rente  sur  la  prévôté  de  Gaen  et  en  fixe  les  échéances. 

d)  [Goutances].  13^0.  Juin,  23. 

Échange  effectué  par  Robert,  évêque  de  Goutances,  exécuteur  tes- 
tamentaire de  son  frère,  Raoul  d'Harcourt,  archidiacre  de  Gotentin, 
et  trois  chapelains  de  Thôtel  et  de  l'église  d'Avranches,  de  45  livres 
parisis,  à  déduire  des  arrérages  d'une  rente  de  200  assignée  sur  la 
prévôté  de  Gaen,  contre  trois  maisons  sises  à  Paris,  rue  des  Saints- 
Gosme-et-Damien,  et  affectées  à  ces  chapelienies. 

Au  v°  du  fol.  37,  page  informe  d'essais  d'écriture  en  français  avec 
la  date  du  M  janvier  1572. 

VIL  Fol.  38-45.  —  De  la  même  main,  d'une  encre  passée.  — 
xv"  siècle. 

Fol.  38-39.  Statutum  sacre  facultatis  théologie  studii  Parisiensis 
super  materia  concepcionis  Immaculate  et  gloriosissime  Virginis 
Marie  matris  Domini  nostri  et  redemptoris  Jhesu  Ghristi.  —  Même 
texte  qu'aux  fol.  (i  v°-7  r°. 

Fol.  39-40.  Magister  Johannes  Very  ex  ord"^  sacre  facultatis  théo- 
logie dicat  ea  que  sequntur.  —  Même  texte  qu'aux  fol.  U-i2. 

Fol.  40-41  v°.  Révocation  de  frère  Jean  Thomas  :  texte  français 
qui  se  retrouve  dans  1'  «  Instrumentum  revocacionis,  »  fol.  15-17. 

Fol.  42-43.  Texte  des  propositions  que  Jean  Thomas  aura  à  prê- 
cher en  conséquence  de  sa  révocation. 

Fol.  43  v°-45  v°.  Poésies  latines  et  françaises  sur  deux  colonnes  se 
rapportant  à  la  condamnation  de  Jean  de  Monlson  <  : 

1.  On  trouvera  tous  les  documents  concernant  la  lutte  entre  l'Université  de 
Paris  d'une  part,  Jean  de  Montson  et  les  Dominicains  de  l'autre  dans  Denide, 
Chart.,  t.  III,  n"  1557-1583.  Jean  de  Montson,  dominicain  originaire  d'Aragon, 
à  Paris  dès  1376  (n°  1408,  t.  III,  p.  229),  avait  avancé  une  douzaine  de  propo- 
sitions, dont  quatre  touchaient  au  problème  de  la  conception  de  la  Vierge.  Ce 


548  NOTICE   SUR   LE    MANUSCRIT   LATIN    870 


In  latino  super  Jacobitis^ 

Fratres  qui  bini  vadunt  dicti  Jacobini 

Sunt  turbo  veri,  quia  sunt  turljacio  cieri  ; 

Vera  refellentes,  vitiosum  dogma  serentes 

Virgine  de  propria  Ghristi  génitrice  iMaria. 

Sic  se  decipiunt,  qui  se  reputant  sapientes; 

Sic  se  decipiunt,  alios  laqueare  volenles. 

Vera  fides  Geniti  novit,  noruntque  periti 

Quod  summi  patris  nati  caro  sit  caro  matris  : 

Ob  quod  non  voluit  illam  Deus  incinerari-; 

Ob  quod  non  decuit  culpa  quoque  generari. 

Hinc  canit  ecclesia  divino  dogmate  docta  : 

Sicut  spina  rosam,  genuit  Judea  Mariam; 

Sicut  de  spina  prodit  rosa  nescia  spine, 

Sic  fuit  ex  anima  sancla  Virgo  nescia  culpe. 

Mundicie  summe  thalamuin  decuit  fore  summum, 

Summi  summorum  torum  sine  labe  décorum. 

Carnem  virgineam  matris  divinificandam 

Non  reor  esse  ream,  sed  de  omnibus  esse  beandam. 

Hec  matrem  sola  virgo  privilegiari 

iJebuit  atque  Stella  speciali  clarificari  ; 

Debuit  ut  decuit  pre  cunctis  munda  nitere, 

Et  Deus  hoc  potuit  debuitque,  prout  puto,  vere, 

Hancque  muniri  tanta  decuit  bonitale, 

Qua  nequit  inquiri  major  salva  deitate  : 

Testes  sunt  horum  miracula,  visio  multa. 

n'est  pas  que  Jean  de  Montson,  toutefois,  ail  erré  en  disant  que  la  Vierge  avait 
été  conçue  dans  le  péché,  puisque  le  dogme  de  l'Imniaculée-Conception  n'avait 
pas  encore  été  proclamé,  mais  bien  en  alGrmant  qu'on  péchait  mortellement  en 
disant  le  contraire.  Condamné  par  l'Université,  Jean  de  Montson  lui  dénia 
toute  espèce  de  juridiction  en  matière  de  foi  (1387-1388.  T.  111,  n"  1559, 
p.  491-499).  Les  Dominicains  qui  l'avaient  suivi  dans  son  parti  et  abandonné 
l'Université  ne  furent  réintégrés  qu'en  1403  (t.  IV,  n"  1781,  p.  56-58). 

1.  Ce  texte,  très  difficile  à  déchiffrer,  contient  un  certain  nombre  d'obscurités 
et  plusieurs  vers  sont  faux.  Au-dessus  du  titre,  une  demi-ligne  retournée  : 
Vach  qui  destruis  templum  Dei. 

2.  Incinerari  dans  le  ms. 


DE    LA    REINE    CHRISTINE.  5<Î9 

ERGO  si  sic,  ita  si[L]  pro  quia  [sic]  die,  Jacobita, 
Gur  celi  dominam  culpe  facis  esse  ialernam, 
Gur  facis  horribilem,  que  gignens  omnipotenlem 
Nec  primam  similem  visa  est  nec  liabere  sequenlem? 
Gum  meditans  torres  tam  lurpia,  numquam  aborres 
Subdi  peccatis  lemplum  surame  deifcatis. 
Turpis  turpia  turpiter  disseruisti. 
2*  COL.  Vana  superbia  te  cruciat,  quia  tu  meruisti  ; 
Sic  tibi  Xristifera  dédit  ut  jaclas  scapulare. 
Noxa  mortigera  cur  vis  illara  maculare, 
Justo  judicio  maculans  hanc  immaculatam; 
Teque  stetisse  muet  melius  tibi  credo  fuisse 
Que  te  nommer  huet par  ton  orgueil  meruisse^. 
NUNQUAM  tristaris  quosciens  (quoties)  huetando  vocaris 
Huron  Huet  Hulin  dam  Huet  Heurtebelin-, 
Hic  ex  te  disce  quantum  presumpcio  cecat, 
Obruit  atque  necat  :  discensque  cito  resipisce. 
Sic  fecit  bis,  ter  frater  tuus  atque  magister 
Maistre  Jehan  Thomas  qui  tout  mal  doit  faire  mas. 
Sic  plures  aUi  milleque  prius  asseruerunt, 

Retractaverunt  hec  bene  Parisii. 
Hec  vexacio  similis  humacio  sit  tibi  morum, 
Emendacio,  castigacio  dogma  [sic]  tuorum. 
VOS  qui  diligitis  genitricem  Gunctipotentis, 
Ut  dilectores  diiecte  detis  honores, 
Non  incensati,  sed  amatores  et  amati 
Gonceptus  festum  célébrantes  ejus  honestum. 
Non  [est]  ille  plus  nec  Virginis  equus  amator. 
Qui  non  illius,  conceptus  est  celebrator  : 
Que  dico,  dicit  bene  qui  docuit,  bene  vixit, 
Prudens  Anselmus  devotus  episcopus  almus. 
0  mundissima,  Sacratissima  Virgo  Maria, 
Per  te  turbida  reddat  limpida  vera  Sophya. 
0  Goncepcio,  letificacio,  gloria  matrum, 
0  Goncepcio,  consolacio,  plausio  patrum, 
Destrue  scismata  falsaque  dogmata,  purificato 

1.  Il  ne  s'agit  pas  du  maître  es  arts  Guillaume  Huet,  qui  assista,  le  30  mars 
1430,  à  la  rétractation  du  Dominicain  Jean  Sarrasin  {Charl.,  t.  IV,  n°  2345, 
p.  495).  Le  vers  est  souligné  dans  le  ms. 

-1904  30 


350  NOTICE   SUR   LE   MANUSCRIT   LATIN    870 

Corda  venefica,  dans  bona  celica,  sive  beato. 
Hanc  venerantibus  atque  coUentibus,  o  pie  nate, 
Da  bona  noscere,  da  bona  vivere,  da  tua,  da  te. 
Bis  sex  centenus  centenus  et  octuagenus 
44.  Insuper  octavus  currebat  temporis  annus 
Quo  matrem  vite  dehonestantes  Jacobite 
Turbabant  publiée  studiura  tune  parisiense. 
Turbentur  gentes  turbantes  turbine  mentes  ; 
Turbentur  gentes  pacem  turbare  volentes. 
Cum  sine  pace  bona  bona  non  bona  sunt  neque  digna, 
Da  pacis  dona  nobis,  o  Virgo  Maria. 
Amen. 


2. 


SOSPITATIS  fuit  nostre  salubris  incepcio 
Dei  matris  illibate  Marie  concepcio. 
Hanc  elegit,  preelegit  Deus  ab  inicio, 
Hanc  sacravit,  hanc  aplavit  pater  suo  filio. 
Per  Mariam  mundi  rei  redit  reparacio. 
0  quam  probat  matrem  Dei  matris  incorrupcio. 
ERGO  LAUDES  proclamemus  in  ejus  soUemnio. 
Nam,  ut  morlem  superemus  immunis  a  vicio 
Hodie  processit  ad  conceptum. 
Explicit. 


Femina  sola  vale,  que  nomen  habes  spéciale 
Feram  sola  Maris,  sic  Virgo  Maria  vocaris. 
Da  michi  dona  tria  sanctissima  Virgo  Maria  : 
Da  spacium  vite,  da  divicias  sine  lite, 
Regnum  céleste  post  mortem  da  manifeste. 


4. 


2«  COL.  JE  QUI  SUYS  NOMMÉE  MARIE, 
Et  mère  du  filz  au  Roy  céleste, 
Qui  trestous  ceulx  au  ciel  marie 


DE   LA   REINE   CHRISTINE.  55^ 

Qui  mes  amys  vueillent  estre, 

Je  veul  et  ordonne  que  mon  son 

Et  que  ma  voix  soit  oye 

Contre  maistre  Jehan  de  Montson, 

Maistre  en  tlieologie, 

Et  contre  tous  les  Jacobins 

Qui  se  couvrent  soulon  sa  baniere, 

Frère  Jacques  ou  frère  Robins; 

Contre  eulx  je  di  en  telle  manière. 

Virgo  Maria. 


5. 


TU  QUI  ton  venin  as  vuidé 
Sur  moy,  pour  mectre  en  grand  débat 
Mes  bons  amys,  as-tu  cuidé 
Quelx  le  puissent  prendre  en  débat? 
Certes,  je  ne  le  doybz  pas  faire, 
Car  tu  as  dit  et  fait  les  comptes 
Que  tous  ceulx  de  quelque  manière, 
Clercs,  laitz,  empereurs,  ducz  et  comptes, 
Sont  hereses  s'ilz  ne  le  croient 
Péché  en  ma  concepcion, 
Donc  toy  et  autres  se  dévoient 
Croire  celle  decepcion  : 
Ordonnée  fuz  ains  que  nature 
Fust  oncques  mise  en  ordonnance. 
Se  tu  oncques  en  l'escripture 
44  v".  Veiz  du  livre  de  Sapience, 
Je  fuz  de  dieu  prédestinée  : 
Si  conçoipvent  maint  homme  et  femme; 
Et  fuz  avant  faicte  que  née. 
Sans  cause  doncques  me  difTamez, 
Et  Dieu,  qui  feist  et  ciel  et  terre  \ 
Je  le  te  puys  bien  reveller, 
N'eust  jamais  fait  vaissel  immonde 
Et  de  moy  pour  son  filz  hosteller. 
D'autres  raisons  ce  trouveroye 

1.  Corr.  monde. 


352  NOTICE    SUR   LE   MANUSCRIT   LATIN    870 

Assez,  se  les  vouloye  dire. 
Tout  appertement  prouveroye 
Toy  eL  tes  frères  descoufrir  {sic) 
Des  autres  erreurs  que  tu  tiens. 
Fors  de  ceste  je  me  depporLe, 
Car  mon  filz  meclra  tout  a  néant, 
Ja  Tordre  ne  sera  si  forte. 
Mes  Pen  dit  tout  communément  : 
S^anch  un  en  vostre  ordre  se  boute  : 
C'est  tout  le  premier  serment 
De  maintenir  cest  erreur  toute, 
Ne  son  propos  ne  muera, 
Ainsy  les  faictes-vous  jurer, 
Pour  nul  qui  presche  ou  preschera 
Pour  feu  ne  pour  mal  endurer. 
Tu  donnes  joies  a  mescreans 
Par  ta  tresfaulse  voulenté  : 
Quant  ilz  veoient  que  crestïens 
Sont  ainsy  par  toy  tourmenté, 
Orgueul  et  grant  presumpcion. 
Tout  fait  ceste  chose  en  voir. 
Pour  ce  de  toute  nacion. 
Clercs  et  laitz  t^ont  prins  a  haïr, 
2''  COL.  Et  ceulx  avecque  ton  erreur 

Veulent  avecques  toy  maintenir, 

Dont  je  leur  feray  tel  terreur 

Que  en  feu  ce  feray  finir. 

Se  tes  erreurs  vouloye  dire. 

Si  proprement  que  je  les  say, 

Je  feroye  moult  de  gens  rire. 

Mes  ne  m'en  quiers  mectre  en  Tessay. 

Sy  en  dirai  ge  ung  petit, 

Sans  mentir  et  sans  mectre  glose. 

Faulx  semblant  m'en  donne  .j.  petit 

Escript  au  livre  de  la  Rose  : 

Vos  chappitres  faictes  de  nuyt 

Ou  tous  secretz  sont  révéliez, 

Que,  qui  soit  n'a  qui  le  munit, 

Rien  est  l'ung  a  l'autre  celiez. 


DE   LA   REINE   CHRISTINE.  553 


Guides  tu  qu'il  ne  me  souviengne 
Du  fait  que  pieça  vous  fesistes? 
Dont  vous  portés  encore  renseigne, 
Touteffoys  que  la  messe  dictes. 
Apres  pour  quoy  ton  capulaire 
N'est  aussy  long  comme  ta  cocte? 
Tu  scez  trop  bien  la  cause  taire, 
Que  n'ayes  grand  peinne  ou  riote. 
Dy  moy  de  la  quinte  euvangille, 
Qui  la  feist  et  voult  publier, 
45.  A  Paris  par  toute  la  ville  ? 
Ce  ne  veulx  je  pas  oublier, 
L'an  mil  trois  cens  .V.  et  cinquante, 
Si  comme  je  le  soy  [sic]  par  escript. 
Fut  mys  avant  et  par  malle  entente 
Par  les  menistre[s]  Antiécrist. 
Tu  scez  bien,  je  n'en  doubte  mye. 
Qui  la  feist  et  la  controuva. 
Mais  l'université  Parisie 
La  contredist  et  reprouva. 
Se  ung  homme  en*  une  foys  maulvais, 
L'en  dist  qu'il  est  a  présumer 
Soit  de  Rouem  ou  de  Beauvaiz  : 
Toujours  sont  a  tel  pot  humer. 


L'ung  de  ces  frères  dit  en  ban 
Que  il  monstreroit  clerement 
Ung  sermon  qu'il  feist  à  Rouem 
L'erreur  de  mon  concepvement, 
Et  voulloit  que  s'il  y  avoit  faulte 
Que  chascun  Tappellast  Huet. 
Mes  en  sa  grand  chaire  haulte 
Ne  peut  parler  ne  que  ung  muet. 
Pour  ce  liuet  l'en  vous  appelle, 


1.  Lisez  :  est. 


554  NOTICE   SUR   LE  MANUSCRIT    LATIN    870 

Dont  a  bon  droit  estes  huez. 
Par  tout  semeray  la  nouvelle, 
Se  ton  propos  n'est  remuez  : 
HUEZ  trestous  huans  huez. 
Que  povez  bien  huer  Huet, 
2^  COL.  Qui  ne  peult  trop  [estre]  huez 
Gil  par  qui  venu  le  hu  est. 
Mon  amy  est  cil  qui  hault  hue. 
Huet  en  huant  huera, 
Huet  et  son  frère  dam  Hue, 
Qui  grand  fain  de  moy  huer  ha. 
Tu  qui  me  honores,  aymes  et  prises. 
Se  tu  oneques  bien  hault  huas, 
Mon  plaisir  est  en  toutes  guises 
De  hault  huer,  se  hault  hu  as. 
Je  commande  a  Tuniversilé 
Qu'a  Huet  face  huement 
Et  hue  hault  par  la  cité, 
Huant  que  frère  Hue  ment. 
Certes  se  tu  as  guerre  prinse. 
Longuement  tu  ne  peulx  durer 
Contre  les  laictz  et  gens  d'église  : 
Ailleurs  le  convient  pasturer. 
Bien  pert  que  tu  n'es  pas  trop  sage 
D'estre  en  tes  erreurs  singuliers 
Et  les  maintenir  par  oultrage 
Contre  tous  clercs  et  séculiers. 
Bien  voys-tu  que  l'as  esmeii  : 
Tu  es  excommuniez; 
Par  tous  pais  sera  sceû  : 
H  ne  peult  pas  estre  nyez. 


8. 


LE  JOUR  de  S'  Symon  et  Jude 
Mil  trois  cens  quatre  vingtz  et  uit, 
En  grève  ou  les  clercs  de  l'estude 
De  Paris  furent  presque  tuit 
Assemblez  pour  autre  hérite 
v°.  Qui  la  estoit  sur  eschalfauz, 


DE   LA    UKIIVE    CHRISTINE.  555 

Qui  tenoit  autre  erreur  mal  dicte, 
Dont  li  fut  ars  son  livre  faulx. 
Après  ce  Tuniversité 
Monstra  l'excommuniment 
Pour  excommunier  par  vérité 
Monlson  au  raide  entendement. 
Premier  Tevesque  de  Paris 
L'excommenia  proprement  : 
Son  propos  ne  fut  pas  taris, 
Mais  le  pronunça  haultement. 
Le  second  fut  l'inquisiteur 
Des  bougres,  ce  peut  l'en  sçavoir, 
Qui  après  en  fut  recileur, 
Quelque  gré  qu'il  en  peult  avoir. 
Le  tiers  fut  d"'Aucerre  l'evesque  : 
La  sentence  après  eulx  dite  a, 
Et  devant  tous  le  procès  presque 
Du  dit  Jacobin  recita. 
Tout  ce  fut  fait  en  la  présence 
De  personnes  plus  de  .xx.  mille 
Qui  trestous  faisoient  sillence, 
Pour  ouyr  la  sentence  ville. 


Tes  frères  le  denunceront  : 
Par  court  de  Romme  y  sont  contrains, 
Par  tous  les  sermons  qu'ilz  feront, 
Je  de  tout  fait  ne  le  restrains. 
De  l'université  maint  homme 
2®  COL.  Sont  esbahis  de  ta  folye, 

Tant  pour  toy  et  pour  Tordre  comme 
Du  grand  estât  de  théologie. 
ToutefToys  doibtz  tu  bien  seavoir 
Que  je  ne  quiers  point  de  vengence 
Ne  ne  veul  rien  de  ton  avoir, 
Fors  du  mal  vraye  repentence. 
Et  pour  ce,  se  te  veulx  retraire 
De  ceste  erreur  1res  ville  et  orde, 


536  NOTICE   SUR   LE    MS.    LATIN   870   DE   LA   REINE   CHRISTINE. 

Vers  moy  pourras  Jjien  ta  paix  faire 
De  pécheur  miséricorde. 

^o. 

FINGENS  sincera  de  Virgine  dicere  vera 
Falsus  doctor  Huet  fulminis  igné  ruel. 

Hic  Huet  elatus  ad  dogmata  falsa  paratus 
Gecidit  in  laqueum  ;  pena  tenebit  eum. 

Explicit  de  Huet  Huet  predicator[e]. 

Ego  sum  pastor  ovium  scribitur  luporum  capitulo  primo  secun- 
dum  rapaces. 

VIII.  FoL  46-73.  —  Titre  au  fol.  46  :  les  Papes,  ex  libris  Johan- 
nis  Le  Feron  Garlopolitani^  —  v°  blanc.  —  Fol.  47  :  Gronice  Roma- 
norum  pontificum.  Jhesus  Xpristus  fîlius  dei  primus  et  summus 
pontifex...  [de  Bernard  Gui] 2. 

Va  jusqu'à  Jean  XXII  inclus.  —  Fol.  73  :  Dominus  Johannes 
papa  xxij^  apud  Avinionem  canonizavit  et  sanctorum  confessorum 
cathalogo  annotavit  sancLum  Thomam  de  Aquino  ord.  predicatorum 
a  felici  ejus  transilu  de  hoc  mundo  anno  quinquagesimo  decur- 
renle^.  Finis.  Benedictus  duodecimus. 

Fine  écriture  du  iV  siècle.  Annotations  et  numérotations  margi- 
nales. 

Georges  Bodrgin. 

1.  Bibliophile  du  xvi°  siècle  dont  la  Bibliothèque  nationale  possède  plusieurs 
manuscrits.  Voir  le  Cabinet  des  manuscrits,  t.  II,  p.  377. 

2.  Cette  copie  est  signalée  i>ar  M.  L.  Delisle,  Notice  sur  les  inss.  de  Bernard 
Gui,  dans  Notices  et  extraits  des  manuscrits,  t.  XXVII,  2''  partie,  1879,  in-4°, 
p.  239. 

3.  Saint  Thomas,  mort  en  1274,  fut,  en  effet,  canonisé  la  cinquantième  année 
après,  en  1323. 


UN   OUVRAGE  INÉDIT 


DE 


PIERRE  D'AILLY 

LE    DE    PEUSECUTIONIBUS    ECCLESIJE. 


Chancelier  de  l'Université  de  Paris,  évêque  de  Cambrai,  car- 
dinal, en  même  temps  que  théologien,  savant  et  littérateur, 
Pierre  d'Ailly  est  un  des  hommes  qui  ont  le  plus  pensé  et  écrit 
durant  les  vingt-cinq  dernières  années  du  xiv^  siècle  et  les  vingt 
premières  du  xv^  Bien  que  l'attention  depuis  longtemps  ait  été 
fixée  sur  lui  et  que  des  études  consciencieuses  lui  aient  été  con- 
sacrées tant  en  Allemagne  qu'en  France,  il  n'est  pas  surprenant 
que  le  catalogue  de  ses  ouvrages  ne  soit  pas  encore  définitivement 
dressé. 

Le  dernier  de  ses  traités,  et  non  le  moins  curieux,  a  échappé 
aussi  bien  aux  recherches  de  M.  l'abbé  Salembier*  qu'à  celles  du 
D"'  Tschackert^  Il  est  intitulé  De  Persecutionïbus  Ecclesiœ. 

Il  couvre  vingt- huit  feuillets^  d'un  petit  manuscrit  du 
xv**  siècle'*,  de  provenance  inconnue,  aujourd'hui  conservé  à  la 
Bibliothèque  de  Marseille  (n°  1156).  A  la  suite  de  ce  traité,  on  lit, 
dans  le  même  volume,  sous  le  titre  d'Eœpositio  super  tria  can- 
tica  Evangelii,  trois  ouvrages  connus  de  Pierre  d'Ailly,  le  Trac- 
tatus  super  cantico  B.  Mariœ,  le  Ty^actatus  super  cantico 

1.  Petrus  de  Alliaco,  Lille,  1886,  in-8°. 

2.  Peter  von  Ailli,  Golha,  1877,  in-8°. 

3.  Les  fol.  1-8  et  11-30.  Intercalés  mal  à  propos,  les  fol.  9  et  10  contiennent 
un  fragment  d'un  autre  traité. 

4.  Il  mesure  202  millimètres  sur  136. 


358  UN    OOVRAGE    INÉDIT    DK    PIERRE    D  AILLY. 

Zachariœ  et  le  Tractatus  super  cantico  Simeonis,  tous  trois 
édités  à  Strasbourg,  en  1490,  dans  le  recueil  intitulé  Pétri  de 
Alliaco  tractatus  et  sertnones. 

L'attribution  à  Pierre  d'Ailly  du  De  Persecutionibus 
Ecclesiœ  ne  peut  non  plus  faire  aucun  doute.  Le  nom  du  car- 
dinal se  lit  dans  le  titre  qui  suit  le  préambule  (fol.  1  r")  :  Inci- 
pif  tractatus  de  Persecutionibus  Ecclesiœ  a  do7nino  Petro 
cardinali  Cameracensi.  En  outre,  aux  fol.  26  v°  et  27  r°,  l'au- 
teur du  De  Persecutionibus  renvoie  en  ces  termes  à  deux  de 
ses  précédents  traités  :  «  Sicut  notavi  in  tractatu  de  Legibus  et 
sectis...  Sicut  declaravi  in  tractatu  de  Concordia  theologiœ  et 
astronomiœ...  »  Or,  ce  sont  là  deux  ouvrages  connus  de  Pierre 
d'Ailly,  l'un  qui  a  été  publié  par  EUies  du  Pin  dans  le  tome  P'" 
des  (Euvres  de  Gerson  (p.  778  et  suiv.),  l'autre,  intitulé  plus 
habituellement  Vigintiloquiwn  de  concordia  astronomicœ 
veritatis  cum  theologia,  dont  il  existe  une  édition  vénitienne 
remontant  à  1494.  J'ajoute  que  tout  le  passage  du  fol.  26  v°  qui 
suit  les  mots  cités  plus  haut  est  textuellement  emprunté  à  un  troi- 
sième ouvrage  de  Pierre  d'Ailly,  la  Concordantia  astronomiœ 
cum  historica  narratione^. 

Ces  divers  emprunts  ou  citations,  outre  qu'ils  établissent  l'au- 
thenticité du  De  Persecutionibus  Ecclesiœ,  prouvent  que  cet 
ouvrage  appartient  à  la  dernière  période  de  la  vie  de  Pierre 
d'Ailly;  \q  De  Legibus  et  ^ec^i^  ne  fut,  en  effet,  composé  qu'en 
1410;  le  Vigintiloqiiiuni  et  la  Concordantia  sont  l'un  et 
l'autre  de  1414.  Mais  un  autre  passage  du  De  Persecutionibus 
fournit  à  cet  égard  une  indication  plus  précise.  Je  lis  au  fol.  30  r°  : 
«  Tune  lex  christiana  ab  anno  praesenti,  qui  est  millesimus  qua- 
dringentesimus  decimus  octavus,  non  esset  ultra  annos  quadra- 
ginta  duos  duratura.  »  Ainsi,  c'est  en  l'année  1418  que  Pierre 
d'Ailly  écrivit  le  De  Persecutionibus  Ecclesiœ.  Il  avait  alors 
soixante-huit  ans  et  était  presque  parvenu  au  terme  de  sa  car- 
rière. Postérieurement  à  cette  date,  on  ne  cite  de  lui  qu'une 
courte  Apologia  defensiva  astronomiœ^  et  qu'une  lettre  qu'il 
écrivit,  sur  le  même  sujet,  à  Gerson^  Notre  traité  serait  donc, 
comme  je  le  disais  en  commençant,  le  dernier  ouvrage  de  longue 


1.  Cf.  Bibl.  nat.,  ras.  lat.  3123,  fol.  60  v°. 

2.  Bibl.  nat.,  nis.  lat.  2692,  fol.  145-147. 

3.  Genonii  opéra,  t.  I,  p.  226. 


UN    ODVRAGE    INÉDIT    DE    PIERRE    d'aILLY.  559 

haleine  composé  par  Pierre  d'Ailly.  L'ècrivit-il  à  Constance,  où 
les  travaux  du  Concile  venaient  de  se  terminer,  ou  étaient  sur  le 
point  de  finir?  L'écrivit-il  à  Avignon,  où  la  volonté  de  Martin  V 
paraît  l'avoir  envoyé  terminer  ses  jours  comme  légat?  C'est  ce 
qu'il  n'est  guère  possible  de  déterminer.  En  tous  cas,  Pierre 
d'Ailly  étant  mort,  à  Avignon,  le  9  août  1420,  le  manuscrit 
contenant  son  dernier  ouvrage  sera  entré  en  la  possession  de 
quelque  communauté  provençale,  d'où  il  aura  passé  à  la  biblio- 
thèque de  Marseille. 

Le  De  Persecutionibus  Ecclesiœ  traite  d'une  question  qui 
avait  à  maintes  reprises  préoccupé  Pierre  d'Ailly  et  qui  tenait 
une  large  place  dans  la  pensée  de  ses  contemporains,  la  question 
de  l'Antéchrist  et  de  la  fin  du  monde. 

Cet  ouvrage  se  divise  en  trois  parties.  Dans  la  première,  l'au- 
teur rend  compte  de  diverses  interprétations  dont  avait  été  l'objet 
l'Apocalypse  de  saint  Jean.  Dans  la  deuxième,  il  interprète  lui- 
même  la  cinquième  vision  de  cette  Apocalypse  comme  l'annonce 
du  Grand  Schisme  d'Occident.  Dans  la  troisième,  enfin,  il  traite 
de  l'époque  de  la  venue  de  l'Antéchrist  et  de  la  destruction  de  l'Is- 
lamisme, en  s'appuyant  cette  fois  sur  des  considérations  astrolo- 
giques. 

Une  opinion  communément  admise  à  cette  époque  était  que  le 
secret  de  la  fin  du  monde  se  trouvait  contenu  dans  le  mystérieux 
livre  du  voyant  de  Pathmos.  Saint  Jean,  dit  Pierre  d'Ailly,  l'em- 
porte sur  les  trois  autres  évangélistes  dans  l'art  de  révéler  les 
secrets  divins  :  il  doit  l'emporter  également  sur  tous  les  prophètes 
de  l'ancienne  Loi  dans  l'art  de  révéler  les  secrets  de  l'avenir. 
Mais  autant  était  grande  la  confiance  dans  l'Apocalypse,  autant 
étaient  nombreuses  les  manières  de  l'interpréter. 

Pour  les  uns,  toutes  les  prédictions  de  l'auteur  sacré  se  rappor- 
taient à  la  persécution  finale  de  l'Antéchrist.  Ce  système-là, 
Pierre  d'Ailly  l' écartait  résolument  ;  il  lui  semblait  inadmissible 
qu'un  prophète  tel  que  saint  Jean  eût  passé  sous  silence  tant  de 
grands  événements  qui  avaient  déjà  marqué  dans  l'histoire  de 
l'Église  :  le  schisme  grec,  la  translation  de  l'Empire  aux  Francs, 
l'invasion  de  Chosroès  II,  le  développement  de  l'Islamisme,  etc. 

Sa  tendance,  et  celle  de  graves  auteurs  qui  l'avaient  précédé, 
était,  au  contraire,  de  rechercher  dans  les  vingt  premiers  cha- 
pitres de  l'Apocalypse  des  allusions  aux  événements  connus  des 


560  m    ODVRAGE    INÉDIT    DK    PIERRE   d'iILLY. 

siècles  déjà  écoulés.  Ici  encore  cependant  se  manifestaient  des 
divergences. 

Dans  un  ouvrage  qui  fît  autorité,  le  Franciscain  Pierre  Auriol 
reconnaissait,  à  travers  le  langage  figuré  de  saint  Jean,  l'an- 
nonce de  tous  les  grands  faits  de  l'histoire  religieuse  et  même 
politique*;  avec  une  complaisance  qui  ne  se  lassait  pas,  il  décou- 
vrait des  allusions  à  chacun  des  empereurs,  aux  principaux  con- 
ciles ;  il  croyait  voir  apparaître  jusqu'aux  figures  d'Astolphe  et 
de  Pépin  le  Bref;  mais,  à  partir  des  croisades  et  du  xiii®  siècle, 
le  récit,  suivant  lui,  sautait  sans  transition  aux  temps  de  l'Anté- 
christ. C'est  que  Pierre  Auriol  écrivait  en  1319  :  il  ne  songeait 
pas  que  l'histoire  et,  par  suite,  la  vision  inspirée  pouvaient  encore 
se  prolonger  quelque  peu  après  lui. 

Nicolas  de  Lyre,  qui  vint  ensuite,  fit  une  plus  large  part  aux 
événements  futurs  :  il  admit  que  les  chapitres  x  à  xx  de  l'Apoca- 
lypse contenaient  l'annonce  de  faits  qui  n'étaient  pas  encore 
accomplis  de  son  temps. 

Quant  à  Pierre  d'Ailly,  il  avait,  de  plus  que  Nicolas  de  Lyre, 
l'expérience  des  calamités  qui  avaient  fondu  sur  la  chrétienté  à 
partir  de  la  seconde  moitié  du  xiv®  siècle  :  aussi  trouvait-il  aisé- 
ment dans  les  événements  qui  s'étaient  déroulés  soit  avant  lui 
soit  sous  ses  yeux  la  réalisation  de  toutes  les  prophéties  contenues 
dans  l'Apocalypse  jusqu'au  chapitre  xviii. 

Son  système,  qui  se  rapprochait  plus  de  celui  de  Pierre  Auriol 
que  de  celui  de  Nicolas  de  Lyre,  consistait  à  partager  l'histoire  de 
l'Église  en  six  périodes  correspondantes  aux  six  visions  de  l'Apo- 
calypse'^  Les  quatre  premières  coïncidaient  avec  celles  qu'avait 
indiquées  Pierre  Auriol  :  les  grandes  persécutions  des  empereurs 
païens,  l'apparition  des  liérétiques,  les  invasions  de  Chosroès  II 
et  des  Mahométans,  la  querelle  des  Investitures  en  étaient  les 
événements  les  plus  saillants^.  Mais  la  cinquième  période,  au 

1.  «  Dici  polest  quod  quicquid  ibi  historiée  describilur,  in  hoc  libro  pro- 
phetice  continelur.  » 

2.  Une  autre  division  en  six  Ages  ne  comprenant  pas  seulement  l'histoire  de 
l'Église,  mais  embrassant  toute  l'histoire  du  monde,  était  celle  à  laquelle 
Bède  le  Vénérable  avait  attaché  son  nom  (De  VI  xtatibus  mundi).  Ces  six 
périodes  étaient  les  suivantes  :  1°  d'Adam  à  Noé;  2°  de  Noé  à  Abraham; 
3°  d'Abraham  à  David;  4°  de  David  à  la  captivité  de  Babylone;  5°  de  la  capti- 
vité à  la  Nativité;  6°  de  la  Nativité  à  la  fin  du  monde. 

3.  D'une  manière  plus  précise,  la  première  période,  correspondant  aux 
chap.  iv-viiT,  1,  de  l'Apocalypse  (vision  des  sept  sceaux),  allait  de  la  fondation 


UN   OUVRAGE   INÉDIT   DE   PIERRE    d'aILLT.  56 i 

lieu  de  se  terminer  avec  le  xiif  siècle,  comme  il  semblait  résulter 
du  texte  de  Pierre  Auriol,  s'étendait  jusqu'au  xv''  et  comprenait  la 
redoutable  et  toute  récente  épreuve  du  Grand  Schisme  d'Occident. 
Comment,  alléguait  Pierre  d'Ailly,  supposer  que  saint  Jean 
n'ait  rien  prédit  d'une  telle  calamité,  qui  dure  depuis  plus  de  qua- 
rante ans,  et  que  d'autres  prophètes  de  moindre  importance  ont 
annoncée?  Ces  derniers  mots  se  rapportent  aux  prédictions  de 
saint  Cyrille,  de  Joachim  de  Flore  et  de  sainte  Hildegarde,  qui 
passaient  pour  contenir  de  nombreuses  allusions  aux  événements 
du  Grand  Schisme.  Pierre  d'Ailly  n'en  découvrait  pas  moins 
dans  les  chapitres  xvii  et  xviii  de  l'Apocalypèe.  La  «  grande 
prostituée  »  avec  laquelle  «  les  rois  de  la  terre  ont  commis  la  for- 
nication »  (xvii,  1,  2)  n'est  autre,  suivant  lui,  que  la  partie  de 
l'Église  qui  est  responsable  du  Grand  Schisme  et  qui  l'a  entretenu 
grâce  à  la  faveur  des  rois  et  des  princes  de  la  terre.  Cette 
femme  est  assise  sur  une  «  bête,  »  c'est-à-dire  appuyée  sur 
une  grande  puissance  séculière  qui  use  d'un  pouvoir  déraison- 
nable et  tyrannique.  La  bête  est  de  couleur  écarlate,  parce  que 
les  tyrans  ont,  pendant  le  Schisme,  versé  à  flots  le  sang  chrétien. 
Quant  à  la  prostituée,  elle  est  vêtue  de  pourpre,  allusion  à  la 
grande  puissance,  à  la  richesse  excessive  de  l'Eglise.  Il  faut 
ajouter  que,  d'après  notre  auteur,  le  Grand  Schisme  était  le  châ- 
timent de  l'Eglise  romaine  qui,  depuis  le  schisme  oriental  et  la 
perte  de  Jérusalem,  s'était  trop  préoccupée  de  ses  intérêts  tempo- 
rels, recherchant  dans  ce  dessein  la  faveur  des  monarques,  mais 
négligeant  la  réduction  des  schismatiques  grecs,  le  recouvrement 
des  Lieux  saints,  la  conversion  des  Infidèles,  d'une  manière 
générale,  tous  les  intérêts  spirituels  de  la  chrétienté.  Ce  qui 
prouve,  continue  Pierre  d'Ailly,  que  la  «  prostituée  »  du  cha- 
pitre XVII  ne  doit  pas  s'entendre  littéralement  de  la  ville  de  Baby- 
lone,  c'est  que  sur  son  front  est  inscrit  le  mot  Mysterium;  c'est 
quelque  grande  cité  mystique,  non  point  seulement,  comme  on 
l'a  dit,  Rome,  où  le  Schisme  a  pris  naissance,  mais  toute  l'obé- 
dience schismatique  ou,  d'une  manière  plus  générale,  tout  ce  que 
Pierre  d'Ailly  appelle  «  l'Eglise  des  méchants,  Ecclesia  inali- 

de  l'Église  à  Julien  l'Apostat;  la  deuxième,  correspondant  aux  chap.  viii-x 
(vision  des  sept  anges  portant  les  sept  trompettes),  s'étendait  jusqu'à  Justinien 
ou  Maurice;  la  troisième,  annoncée  dans  le  chap.  xii,  allait  de  Phocas  à  Cons- 
tantin VI,  fils  d'Irène;  la  quatrième  enfin,  correspondant  au  chap.  xv  (vision 
des  anges  portant  des  coupes),  allait  de  Cliarlemagne  à  l'empereur  Henri  IV. 


362  UN   OUVRAGE    INÉDIT    DE    PIERRE    d'aILLY. 

gnantium.  »  Il  revient  plus  loin  à  la  première  de  ces  interpré- 
tations, qui  flattait  ses  préjugés  de  partisan  de  la  papauté  avi- 
gnonnaise,  et  il  se  plaît  à  reconnaître  dans  la  «  grande 
prostituée  »  l'Eglise  romaine,  qui  étend  son  autorité  spirituelle 
et  même,  au  dire  de  ses  flatteurs,  sa  souveraineté  temporelle  sur 
les  princes  de  ce  monde.  Quant  à  l'Auge  qui  descend  du  ciel,  en 
criant  :  «  Elle  est  tombée,  la  grande  Babylone!  »  (xviii,  1,  2), 
Pierre  d'Ailly  n'a  pas,  comme  on  pourrait  le  croire,  l'audace  de 
se  reconnaître  en  lui  ;  mais  il  est  tenté  de  l'assimiler  à  quelqu'un 
des  saints  personnages  qui  ont  «  prédit  »  le  Grand  Schisme  d'Oc- 
cident, saint  Cyrille  ou  saint  Methodius. 

Dans  l'avenir,  il  croit  voir  encore  annoncée  par  l'Apocalypse 
la  victoire  définitive  des  Chrétiens  sur  les  Musulmans  :  l'armée 
chrétienne,  «  toute  blanche  de  sainteté,  »  est  figurée  par  le 
«  cheval  blanc  »  du  chapitre  xix,  verset  11  ;  elle  sera  commandée 
par  le  roi  des  Grecs  ou  le  roi  des  Romains,  assisté  d'un  saint 
prélat,  que  saint  Jean  représente  sous  les  traits  d'  «  un  ange  debout 
dans  le  soleil  »  (xix,  17).  Enfin,  au  chapitre  xx,  verset  7,  Pierre 
d'Ailly  découvre  l'annonce  de  l'apparition  de  l'Antéchrist;  un  peu 
plus  loin  (xx,  11),  celle  du  Jugement  dernier. 

Le  plus  intéressant  serait  de  fixer  la  date  de  cette  crise  suprême. 
Plus  d'un  auteur  s'y  est  essayé  en  s'appuyant  précisément  sur  ce 
passage  de  l'Apocalypse.  Le  verset  7  du  chapitre  xx,  rapproché 
du  verset  2,  semble  contenir  en  eflet  une  indication  chronolo- 
gique, qu'on  n'a  eu  garde  de  néghger  :  «  Et  après  que  les 
mille  ans  seront  accomplis,  Satan  sera  délié,  et  il  sortira  de  sa 
prison...  »  Nombre  de  commentateurs  ont  été  convaincus  qu'il  y 
avait  là,  inscrite  de  la  main  même  de  saint  Jean,  la  date  précise 
de  l'apparition  du  fameux  Antéchrist.  Mais  quel  sera  le  point  de 
départ  de  ces  mille  ans?  Là  recommence  la  difficulté.  Est-ce  la 
naissance  de  Jésus-Christ?  Est-ce  la  mort  du  Sauveur?  Est-ce  le 
baptême  de  Constantin?  Tous  ces  systèmes  ont  eu  leurs  parti- 
sans, mais  sont  maintenant  discrédités,  par  la  raison  que  le  x",  le 
xi^  et  le  xiv"  siècles  se  sont  écoulés  sans  que  se  produisît  la  venue 
de  l'Antéchrist.  Pierre  Auriol  et  Nicolas  de  Lyre  ont  bien  pro- 
posé comme  points  de  départ,  l'un  la  victoire  de  Calixte  II  sur 
l'empereur  Henri  V  dans  la  Querelle  des  Investitures,  l'autre 
l'approbation  des  ordres  de  saint  Dominique  et  de  saint  François. 
Mais  Pierre  d'Ailly  ne  trouve  pas  ces  faits  assez  considérables 
pour  avoir  pu  être  annoncés  en  ces  termes  par  saint  Jean.  Il 


UN   OUVRAGE    INÉDIT    DE    PIERRE    d'aILLT.  563 

conteste  notamment  que  la  puissance  du  démon  ait  été  plus 
réfrénée  par  les  deux  ordres  des  Dominicains  et  des  Franciscains 
que  par  les  autres,  fait  remarquer  que  plusieurs  de  ces  religieux 
ont  joué  un  rôle  néfaste  dans  le  Grand  Schisme  et  qu'en  tous  cas 
les  frères  Mineurs  ou  Prêcheurs  paraissent  -aujourd'hui  bien 
déchus  de  leur  pureté  primitive  et  de  la  sainteté  de  leurs  premiers 
fondateurs.  Son  avis  est  qu'il  faut  maintenir  la  naissance  du 
Sauveur  comme  point  de  départ  des  mille  années  de  l'Apocalypse, 
mais  attribuer  à  ce  nombre  une  valeur  indéterminée.  C'était  déjà 
l'opinion  de  Nicolas  de  Lyre,  et  Pierre  Auriol  disait  lui-même  : 
«  Laissons  à  l'Esprit-Saint  le  soin  d'interpréter  ce  mystérieux 
nombre!  » 

Il  y  a  encore  dans  l'Apocalypse  un  autre  chiffre  dont  on  a  cru 
pouvoir  déduire,  non  pas  précisément  la  date  de  la  fin  du  monde, 
mais  l'époque  d'un  événement  qui,  suivant  l'opinion  générale, 
devait  précéder  la  venue  de  l'Antéchrist  :  je  veux  parler  de  la 
défaite  définitive  de  l'Islamisme.  C'est  celui  qui  est  contenu  dans 
le  verset  18  du  chapitre  xiii  :  «  Que  celui  qui  a  l'intelligence  compte 
le  nombre  de  la  Bête. . .  ;  son  nombre  est  666.  »  De  modernes  inter- 
prètes rapportent  ce  nombre  à  Néron;  au  moyen  âge,  on  l'appli- 
quait assez  volontiers  à  la  durée  de  la  religion  de  Mahomet. 
Cependant,  Pierre  d'Ailly  faisait  remarquer  que  cette  secte  avait 
déjà  vécu  bien  plus  de  666  ans  :  de  là  nouvelle  difficulté.  Certains 
auteurs  croyaient  s'en  tirer  en  alléguant  que  l'Islamisme,  éva- 
noui, ou  peu  s'en  faut,  après  la  mort  de  Mahomet,  ne  s'était 
reconstitué  et  développé  que  beaucoup  plus  tard  ;  il  fallait  donc 
reculer,  suivant  eux,  le  début  de  la  loi  sarrazinoise  jusqu'à 
l'époque  de  la  rédaction  définitive  du  Coran.  Mais  Pierre  d'Ailly 
trouvait  cette  argumentation  faible  et  cet  expédient  insuffisant. 
II  constatait  que  le  Mahométisme  aurait  dû,  même  dans  cette 
hypothèse,  disparaître  avant  l'époque  où  il  écrivait,  si  sa  durée 
n'avait  été  que  de  666  ans,  que,  loin  de  s'acheminer  vers  son 
déclin,  il  faisait  de  nouveaux  progrès,  notamment  parmi  les 
Tartares.  Notre  auteur  arrivait  enfin,  pour  le  nombre  666,  à  la 
même  conclusion  que  pour  le  nombre  1,000,  et  ne  faisait,  d'ail- 
leurs, que  suivre  en  cela  le  prudent  exemple  de  Pierre  Auriol  : 
«  Laissons,  disait-il,  à  l'Esprit-Saint  le  soin  d'expliquer  ce 
nombre!  » 

Après  avoir  en  vain  consulté  l'Ecriture,  Pierre  d'Ailly  recou- 
rait à  une  autre  source  d'information  :  il  s'adressait  aux  astro- 


564  UN    OUVRAGE    INÉDIT    DE    PIERRE    d'iILLT. 

logues.  Son  propre  penchant  n'était  que  trop  d'attribuer  aux 
astres  une  influence  décisive  sur  les  faits  du  monde  sublunaire, 
bien  qu'en  sa  qualité  de  théologien  orthodoxe,  il  réservât  les 
droits  de  la  liberté  humaine.  Il  paraît  cependant  que  cette  liberté 
s'accommodait  de  l'action  que  les  planètes  passaient  pour  exer- 
cer sur  les  religions  vraie  ou  fausses.  Pierre  d'Ailly,  à  cet 
égard,  professait,  comme  Roger  Bacon,  les  théories  les  plus 
étranges,  qu'ils  empruntaient  l'un  et  l'autre,  en  grande  partie, 
au  fameux  astronome  du  ix^  siècle,  Abou  Maschar  Djafar  ibn 
Mohammed,  autrement  dit  Albumazar.  Il  y  a  six  sectes  ou  reli- 
gions principales,  dont  l'éclosion  coïncide  avec  les  conjonctions  de 
Jupiter  et  des  six  autres  planètes.  La  religion  juive  est  figurée  par 
la  conjonction  des  planètes  Jupiter  et  Saturne^;  la  religion  chal- 
déenne  par  celle  de  Jupiter  et  de  Mars  ;  la  religion  égyptienne 
par  celle  de  Jupiter  et  du  Soleil,  à  moins  que  celle-ci  ne  désigne 
la  religion  chrétienne,  qui,  suivant  d'autres  astronomes,  est 
représentée  par  la  conjonction  de  Jupiter  avec  Mercure;  celle  de 
Jupiter  et  de  Yénus  désigne  sans  conteste  la  religion  musulmane, 
«  quae  tota  est  venerea,  »  et  enfin  la  conjonction  de  Jupiter  avec 
la  Lune  se  rapporte  à  la  dernière  des  sectes,  à  celle  de  l'Anté- 
christ^.  Dans  un  de  ses  traités  antérieurs  au  De  Persecutioni- 
bus^,  Pierre  d'Ailly  avait  expliqué  en  quoi  ces  théories  lui 
paraissaient  pouvoir  s'accorder  avec  la  foi;  Guillaume  d'Au- 
vergne, qui,  au  xuf  siècle,  les  avait  rejetées  en  bloc,  s'était 
montré  pour  la  science  astronomique  d'une  sévérité  excessive  : 
la  vérité  devait  être  dans  le  juste  milieu.  En  tout  ce  qui  concerne 
leur  développement  naturel,  les  lois  et  sectes  pouvaient  fort  bien 
être  subordonnées  de  quelque  manière  à  la  puissance  des  astres. 
Cette  subordination  s'imposait  pour  toutes  les  lois  et  sectes  d'ori- 
gine humaine  ou  diabolique,  telles  par  exemple  que  l'Islamisme. 
Elle  ne  s'appliquait  pas  aux  lois  ou  religion  d'origine  divine,  en 
tant  que  celles-ci  procèdent  miraculeusement  de  la  libre  volonté 
du  Créateur. 
Ces  principes  une  fois  posés,  il  est  clair  que  la  connaissance 

1.  Cf.  N.  Valois,  Guillaume  d'Auvergne,  p.  306. 

2.  Suivant  une  prédiction  anonyme  postérieure  à  1378,  la  venue  de  l'Anté- 
christ doit  se  produire  en  1385  et  coïncider  avec  une  conjonction  de  Jupiter  et 
de  Saturne  (Bibl.  nat.,  ins.  fr.  1094,  p.  206). 

3.  De  Legibus  et  sectis,  dans  Gersonii  opéra,  1. 1,  c.  779,  783,  786,  788,  789, 
791. 


UN   OUVRAGE    INÉDIT    DE    PIERRE   d'IILLT.  oG5 

du  mouvement  des  planètes  ou,  du  moins,  des  astres  qui  por- 
taient ce  nom  dans  le  système  de  Ptolémée,  devait  permettre  à 
Pierre  d'Ailly  de  calculer  approximativement  l'époque  de  la 
venue  de  l'Antéchrist.  Effectivement,  entre  l'année  1693,  où 
devait,  suivant  ses  calculs,  avoir  lieu,  à  peu  près,  la  huitième 
«  grande  conjonction  »  de  Jupiter  avec  Saturne,  et  l'année  1789, 
où  Saturne  devait  achever  sa  dixième  révolution,  Pierre  d'Ailly 
entrevoyait  une  période  critique.  Ce  serait  le  moment  de  la 
rétrogradation  de  l'orbe  supérieur  ou  huitième  sphère,  qui,  comme 
ces  autres  phénomènes,  indiquait  un  changement  dans  les  sectes. 
«  Si  donc,  écrivait-il,  le  monde  dure  jusque-là,  ce  que  Dieu  seul 
sait,  il  se  produira  à  ce  moment  de  nombreux,  grands  et  mer- 
veilleux changements,  surtout  dans  les  lois  et  les  sectes.  Ce  sera 
peut-être  vers  ce  temps  qu'apparaîtra  l'Antéchrist.  »  Étrange 
pronostic  qui  a  fait  dire  que  notre  auteur  avait,  grâce  aux 
lumières  que  lui  fournissait  l'astrologie,  prédit  la  Révolution 
française!  Cette  annonce  un  peu  vague  de  1789  se  trouve  une 
première  fois  dans  la  Concordantia  astronomiœ  cum  histo- 
rica  narratione ,  qui  date  de  1414;  et  le  même  passage  a  été 
reproduit  tout  entier,  en  1418,  dans  le  De  Persecutionibus 
Ecclesiœ^. 

Sur  la  date  de  la  défaite  du  Mahométisme,  Pierre  d'Ailly  espé- 
rait aussi  trouver  quelque  renseignement  précis  dans  les  écrits 
des  astrologues.  Mais,  suivant  son  maître  Albumazar,  la  durée 
du  règne  de  l'Islamisme  n'aurait  dû  être  que  de  693  ou  de 
584  ans.  Or,  un  bien  plus  grand  nombre  d'années  s'était  écoulé 
déjà,  au  temps  de  Pierre  d'Ailly,  depuis  la  fondation  du  Maho- 
métisme, et  notre  auteur  éprouvait  à  expliquer  ces  chiffres  d' Al- 
bumazar le  même  embarras  qu'à  interpréter  le  nombre  666  de 
l'Apocalypse.  Il  en  venait  à  se  demander  s'il  ne  fallait  pas  faire 
partir  ces  584  ou  ces  693  ans  de  l'époque  de  la  plus  grande 
extension  du  «  royaume  des  Arabes,  »  c'est-à-dire  seulement  de 
la  lin  du  xi®  ^cle;  mais  il  demeurait  perplexe,  d'autant  que, 
par  un  autre  calcul,  Albumazar  assignait  1,460  ans  à  la  durée 
de  la  religion  chrétienne  et  qu'en  appliquant  le  même  principe  à 

1.  C'est  ce  qui  me  fait  croire  que  les  notes  rectificatives  qu'a  signalées 
M.  l'abbé  Salembier  (p.  188)  d'après  le  ms.  828  de  Cambrai  et  le  nis.  21198  de 
Bruxelles  ou  ne  sont  pas  de  Pierre  d'Ailly  ou  ne  se  rapportent  pas  spéciale- 
ment à  ce  passage. 

^904  37 


566  UN    OUVRAGE    INÉDIT    DE    PIERRE    d'aILLY. 

la  religion  mahomêtane,  on  serait  arrivé  à  faire  durer  celle-ci 
1,151  ans. 

Ces  difficultés  inextricables  auraient  dû  dégoûter  Pierre 
d'Ailly  des  spéculations  astrologiques  aussi  bien  que  de  l'inter- 
prétation aventureuse  de  l'Apocalypse.  L'une  et  l'autre  méthodes 
étaient  également  impuissantes  à  lui  livrer  le  secret  que  son 
esprit  curieux  poursuivait  avec  acharnement,  la  date  delà  fin  du 
mondée  Après  la  faillite  de  l'exégèse,  c'était  la  failhte  de  l'as- 
tronomie. 

Notre  auteur  ne  voulut  pas  pourtant  s'avouer  à  lui-même 
l'inutilité  absolue  de  ses  recherches.  Le  De  Persecutionibus 
Ecclesiœ,  au  lieu  d'enregistrer  un  résultat  entièrement  négatif, 
se  termine  par  cette  conclusion,  qui  manque  de  précision,  mais 
surtout  de  logique  :  «  On  peut,  dit  Pierre  d'Ailly,  d'après  ce  qui 
précède,  former  vraisemblablement  le  soupçon  qu'avant  cent  ans 
il  se  produira  un  grand  changement  dans  les  lois  et  les  sectes,  par- 
ticulièrement au  sujet  de  la  loi  et  de  l'Eglise  de  Jésus-Christ.  » 
Avant  cent  ans,  c'est-à-dire  avant  1518  :  c'est  le  temps  des  pre- 
mières révoltes  de  Luther.  Avec  un  peu  de  complaisance,  on 
pourrait  dire  que  Pierre  d'Ailly  a  prédit  la  Réforme,  ainsi  que  la 
Révolution  française.  Mais  sur  quel  fondement  repose  cette 
annonce,  puisque  les  nombres  de  l'Apocalypse  et  les  chiffres 
d'Albumazar  ont  été  reconnus  inapplicables,  et  que,  d'autre  part, 
Pierre  d'Ailly,  par  ses  calculs  astrologiques,  est  arrivé  à  consi- 
dérer comme  époque  critique  plutôt  le  xviif  siècle?  Il  faut 
admettre  qu'il  a  énoncé  ce  chiffre  de  cent  ans  un  peu  au  hasard 
et  seulement  pour  justifier  sa  recommandation  finale  :  «  Que  les 
chrétiens  se  préparent  courageusement  à  supporter  les  tribula- 
tions !  »  ou  bien  qu'ayant  reconnu  dans  le  Grand  Schisme  d'Oc- 
cident la  réalisation  des  prédictions  des  chapitres  xvii  et  xviii  de 
l'Apocalypse,  il  a  estimé  qu'un  siècle  serait  plus  que  suffisant 
pour  amener  l'accomplissement  du  reste  des  prophéties  du  voyant 
de  Pathmos. 

Il  dit  quelque  part  que  l'apparition  de  l'Antéchrist  ne  semble 
pas  encore  proche 2;  ailleurs,  qu'on  ne  peut,  par  des  moyens 

1.  Dès  1385,  il  avait  insisté,  dans  un  sermon  pour  le  premier  dimanche  de 
l'Avent,  sur  l'utilité  qu'il  y  aurait  à  pronostiquer  l'époque  de  lu  fin  du  monde. 
N'étail-il  pas  ridicule  que  l'Église  l'annonçât  toujours,  sans  pouvoir  jamais  en 
préciser  la  date?  [Tractalus  et  ssrmones,  Strasbourg,  1190,  in-fol.) 

2.  De  Persecutionibus  Ecclesiœ,  fol.  5  v". 


DIV   OUVRAGE   INÉDIT    DE    PfERRE    d'aILLT.  567 

humains,  arriver  à  connaître  avec  certitude  l'époque  de  sa 
venue'.  Mais  il  se  laisse  influencer  moins  par  des  raisons  que  par 
des  impressions  et  aboutit  à  une  conclusion,  en  somme,  assez 
pessimiste. 

Cette  disposition  d'esprit  n'est  pas  nouvelle  cliez  Pierre  d'Ailly. 
Dès  1385,  il  déclarait,  dans  un  sermon,  que  plusieurs  signes  pré- 
sageaient alors  l'approche  du  Jugement  dernier,  et  le  Grand 
Schisme,  déjà  commencé,  lui  faisait  craindre  que  ce  ne  fût  la  divi- 
sion terrible,  la  persécution  schismatique  que  certains  prophètes 
avaient  annoncées  comme  devant  précéder  la  venue  de  l'Anté- 
christ. La  même  idée  reparaît  dans  le  De  Falsis  prophetis ,  dont 
la  date  est  incertaine^,  et  dans  la  Concordantia  astronomiœ 
cum  historica  nai^ratione,  qui  est  de  14143.  Saint  Paul 
n'avait-il  pas  prédit  qu'une  «  discessio  »  précéderait  la  venue  de 
l'Antéchrist  (2  Thess.,  3)?  D'anciens  interprètes,  notamment 
Adson,  l'auteur  du  traité  classique  De  Antichristo,  avaient 
entendu  par  là  une  séparation  des  royaumes  chrétiens  d'avec 
l'empire  romain  ;  mais  il  pouvait  s'agir  aussi  d'un  schisme  reli- 
gieux, d'une  soustraction  d'obédience  à  l'autorité  ecclésiastique, 
et,  en  ce  cas,  les  contemporains  du  Schisme  d'Occident  n'avaient-ils 
pas  ce  signe  sous  leurs  yeux  ^  ? 


1.  Ibid.,  fol.  26  v°.  —  C'est  l'idée  qu'il  avait  développée,  dès  1379,  dans  son 
sermon  sur  saint  Dominique  (Tractaius  et  sermones).  Rappelant  toutes  les  sup- 
putations qui  s'étaient  trouvées  successivement  démenties,  il  prouvait  l'impos- 
sibilité de  calculer  la  durée  du  monde  et  citait  les  paroles  du  Sauveur  : 
«  Non  est  vestrum  scire  tempora  et  momenta  quae  Pater  posuit  in  sua  pote- 
state  »  [Act.,  I,  7).  Dans  un  autre  sermon  prêché,  en  1385,  pour  le  premier 
dimanche  de  l' Avant,  il  revenait  sur  la  même  idée,  citait  le  texte  de  S.  Marc 
(XIII,  32)  :  «  De  die  illa  et  hora  nemo  scit  neque  angeli  in  cœlo,  neque  Filius, 
nisi  Pater,  »  déclarait  également  impuissantes  à  cet  égard  la  philosophie,  l'as- 
trologie et  l'exégèse,  et  relevait  notamment  l'erreur  d'Arnauld  de  Villeneuve, 
qui  avait  annoncé  l'Antéchrist  pour  environ  1375. 

2.  Opéra  Gersonii,  t.  I,  c.  517. 

3.  Ms.  lat.  3123,  fol.  61  r°. 

4.  «  Formidandum  est  ne  istud  sit  illud  Magnum  Scisma  quod  esse  debeat 
preambulum  advenlui  Antecliristi,  de  quo  multa  scripserunt  S.  Hildegardis  et 
venerabilis  abbas  Joachim  et  quidam  alii  qui  futura  eciam  mala  quasi  pro- 
phète providerunt.  De  quo  Scismate  ipse  apostolus  Paulus,  ubi  de  adventu 
AntichrisU  loquitur,  antea  prophetasse  videtur,  dicens  illum  non  esse  ventu- 
rum  nisi  venerit  discessio  primum,  etc.  :  quod  exponunt  sapienles  de  diflini- 
tiva  discessione,  id  est  scismatica  divisione,  vel  subtractione  obedientie  ratione 
Ecclesie  seu  Romani  Imperii.  » 


5G8  UN    OCVRAGE    INEDIT    DE    PIERRE    D  AILLT. 

On  le  voit,  depuis  plus  de  trente  ans,  l'idée  que  le  Schisme 
rendait  vraisemblable  l'approche  des  derniers  temps  poursuivait 
Pierre  d'Ailly,  et,  quand  il  se  fut  persuadé  que  cette  calamité 
correspondait  aux  prédictions  des  derniers  chapitres  de  l'Apo- 
calypse, il  ne  fut  que  plus  disposé  à  croire  à  la  prochaine  venue 
de  l'Antéchrist.  C'est  le  moment  où  il  écrivit  son  De  Persecu- 
tionïbus  Ecclesiœ;  c'est  aussi  la  dernière  période  de  sa  vie. 

On  trouvera  sans  doute  beaucoup  de  puérilité  dans  ces  cal- 
culs, beaucoup  de  naïveté  dans  ces  raisonnements,  et  l'on  sera 
tenté  de  sourire  de  ces  petits  côtés  d'un  grand  esprit.  Il  y  a  pour- 
tant lieu  de  remarquer  que,  malgré  ses  tendances  pessimistes  et 
en  dépit  de  sa  curiosité  inlassable,  le  cardinal  de  Cambrai 
demeura  dans  le  doute  et  dans  le  vague,  n'osant  rien  affirmer 
de  la  date  de  la  fin  du  monde,  si  ce  n'est  qu'il  était  impossible  de 
la  préciser. 

C'est  là  une  prudence  relative  et  une  discrétion  bien  remar- 
quables, si  on  les  met  en  regard  des  affirmations  téméraires 
d'un  Joachim  de  Flore,  d'un  Arnauld  de  Villeneuve  ou  même 
d'un  saint  Vincent  Ferrier. 

Ils  furent  plus  nombreux  qu'on  ne  croit  dans  l'Église  du 
moyen  âge  les  penseurs  et  les  théologiens  qui,  par  leurs  déné- 
gations prudentes  ou  sim})lement  par  leurs  hésitations,  contri- 
buèrent à  rassurer  les  âmes  timorées  contre  la  crainte  d'un 
prochain  cataclysme. 

N.  Valois. 


DE  PEBSECUTIONIBUS  ECCLESIjE. 

[Fol.  \  r°.]  Sequens  Iraclatus  de  Persecutionibus  Ecclesie  très  par- 
tes continet  principales  : 

Prima  pars  est  preambula,  sex  continens  consideraciones  ad  intel- 
ligenciam  secretorum  libri  Apocalipsis. 

Secunda  pars  quintam  Apocalipsis  visionem  applicat  ad  persecu- 
cionem  Ecclesie  sub  Magno  Scismale,  ipsiusque  Scismalis  et  aliorum 
malorum  inde  sequentium  progressus  describit  usque  ad  ultimam 
persecucionera  Antichristi.  Et  hec  pars  subdividilur  in  quatuor, 


Diy    OUVRAGE    INÉDIT   DE    PIERRE    d'aILLY.  569 

secundiim  quocl  ad  hanc  materiam  applicantar  quatuor  libri  Apoca- 
lipsis,  capitula  videlicet  xvii,  xviii,  xix  atque  xx. 

Tercia  pars  tractât  de  tempore  adventus  Antichristi  et  de  fine  seu 
destructione  secte  perfidi  Machoraeti,  notando  circa  hec  astronomi- 
cas  conjecturas. 

Incipit  tractatus  de  Persecutionihus  Ecclesie  a  domino  Petro  car- 
dinali  Gameracensi. 

De  persecutionihus  Ecclesie  aliqua  precognoscere  perutile  est  fide- 
libus  ad  eorum  pacienciam  roborandam...  Hac  igitur  ratione  nonnul- 
las  super  hiis  considerationes  recoUigere  dignum  duxi,  quibus,  velut 
quibusdam  inteliigencie  clavibus,  sécréta  libri  Appocalipsis  circa 
futurum  Ecclesie  statum  poterunt  reserari. 

Prima  consideracio.  In  primis  ergo  considerandum  est  quod  in 
libris  tam  veteris  quam  novi  Testamenti  multa  de  hujusmodi  perse- 
cutionibus  prophetice  scripta  leguntur,  et  maxime  in  libro  Appoca- 
lipsis... 

[Fol.  2  r°.]  Secundo  considerandum  est  quod,  sicut  B.  Johannes 
in  revelacione  archanorum  divinorum  precessitomneseuvangelistas, 
sic  in  revelatione  futurorum  ceteros  excessit  prophetas... 

Et  exponitur  de  tirannorum  persecucionibus  que  principales  [fue- 
runt]  a  principio  nascentis  Ecclesie.  Postea  in  vu"  capit.,  postquam 
descripta  est  acerbitas  persecutionis,  consequenter  describitur  suavi- 
tas  consolacionis,  que  facta  est  tempore  Gonstantini,  Hélène  filii. 
Deinde  viii°  capit.,  postquam  in  apercione  sex  sigillorum  descripta 
est  Ecclesie  pugna  contra  tirannos,  consequenter  sub  apericione  sep- 
timi  sigilli  describitur  pugna  contra  hereticos.  In  x''  vero  et  xi°  capi- 
tulis,  postquam  descripta  est  Ecclesie  multiplex  tribulacio,  conse- 
quenter describitur  ejus  consolatio.  In  xii°  autem  capitulo,  descripta' 
inpugnacione  Ecclesie  ab  hereticis  proprie  dictis,  postea  describitur 
ejus  inpugnacio  ab  hereticis  large  dictis,  id  [est]  paganis,  Sarracenis 
et  scismaticis;  et  hoc  fit  usque  ad  xvii  cap.,  ubi  describitur  plaga 
septima  magis  in  speciali,  scilicet  plaga  secte  Machometi.  Et  hoc 
secundum  illos  qui  dicunt  quod  totus  liber  Appocalipsis  ad  litteram 
ab  hoc  loco  usque  ad  illum  Et  cum.  consummati  fuerunt  mille  anni, 
circa  médium  xx  cap.,  fuerit  adimpletus  jam  diu  tempore  preterito, 
scilicet  tempore  canonizacionis  SS.  Francisci  et  Dominici,  sicut  ad 
litteram  hune  locum  exposuit  venerabilis  doctor  Petrus  Aureoli,  in 
suo  Compendio  Biblie,  quem  eliam  secutus  esteximius  doctor  Nyco- 
laus  de  Lira,  licet  in  hoc  passu  eum  reprendit,  ut  infra  patebit. 

[Fol.  3  r^]  ...  Unde  per  hoc  refellitur  modus  exponendi  quorum- 


570  UN    OUVRAGE    INEDIT    DE    PIERRE    D'ilLLF. 

dam  secundum  quem  Iota  hec  prophecia  versaretur  circa  persecucio- 
nes  quas  inferet  Anlichristus,  et  sic  obmitterentur  multa  et  maxima 
que  circa  Ecclesiam  tempore  intermedio  evenerunt  et  evenient.  Maxi- 
mum quippe  fuit  de  separatione  Grecorum  ab  unitate  Ecclesie  et  de 
translatione  Inperii,  de  persecutione  etiam  quam  intulit  Gosdre  in 
christianos,  qui  cepit  Jherusalem,  et  ab  oriente,  scilicet  a  Perside 
usque  in  Siriam  Ecclesiam  devastavit;  de  persecutione  insuper  quam 
intulit  Machometus,  qui  maximam  christianitatis  partem  ad  infideli- 
tatem  convertit.  Gum  igitur  hec  et  plura  alla  notabilia  circa  Eccle- 
siam contigerunt,  non  videtur  rationabile  quod  a  Johanne  omissa 
fuerint  in  sua  prophetia.  ...  Unde  patet  quod  racionabile  est  et  utile 
concordare  cum  ipsa  prophetia  historias  de  preterito,  in  quibus  nota- 
bilia que  contigerunt  Ecclesie  conscribunlur,  ut  quidquid  ibi  histo- 
riée narratur  in  hoc  libro  prophetice  contineatur. 

[Fol.  4  r°.]  Sicut  hec  prophetia  in  vi  visiones  divisa  est,  sic  pro- 
portionaliter  status  Ecclesie  secundum  descriptionem  historiarum 
dividi  potest  in  vi  tempora,  per  similitudinem  qua  status  totius 
mundi  dividitur  in  sex  etates.  Primum  tempus  fuit  a  fundatione 
Ecclesie  per  apostolos  et  discipulos  usque  ad  Julianum  Apostatam, 
in  quo  tempore  Ecclesia  extitit  quasi  clausa  et  sigillata  sub  persecu- 
tione imperatorum  paganorum.  Et  totum  istud  tempus  prophetice 
predicitur  in  prima  visione  que  est  de  vu  sigillis,  de  qua  agitur  a 
iv»  cap.  usque  ad  principium  viii',  ubi  dicitur  :  Et  vidi  angelos  stan- 
tes,  etc.  Secundum  tempus  fuit  mortuis  Juliano,  Joviniano  et  Valen- 
tiniano  imperatoribus  usque  ad  Justinianum  imperatorem  vel  usque 
ad  Mauricium.  ...  Et  totum  istud  tempus  prophetice  continetur  in 
ija  visione,  que  est  de  vu  angelis  cum  tubis,  quia  in  hoc  tempore  fuit 
Ecclesia  sub  persecutione  hereticorum.  ...  Tercium  tempus  fuit  a 
Foca  imperatore,  qui  successit  Mauricio,  usque  ad  Gonstantinum, 
quem  excecavit  H^'rene,  mater  sua,  cujus  tempore  Grecorum  impe- 
rium  translatum  est  in  Karolum  Magnum.  Et  hujus  temporis  decur- 
sus  describitur  a  xii"  cap.  sub  tertia  visione,  que  est  de  permissione 
signorum...  Illo  namque  tempore  Ecclesia  passa  est  persecutionem 
draconis,  scilicet  Gosdroe,  et  bestiarum,  scilicet  Machometi  et  Sarra- 
cenorum.  [Fol.  5  r°.]  Quartum  vero  tempus  fuit  a  Karolo  Magno, 
primo  imperatore  germano,  usque  ad  Heynricum  quartum,  impera- 
torem, in  quo  tempore  Ecclesia  fuit  sub  quibusdam  plagis...  Et  hoc 
totum  prophetice  predicitur  in  iv^  visione,  que  est  de  septenario 
angelorum  cum  phialis  et  plagis,  et  incipit  a  xv»  cap.  Quintum  tem- 
pus fuit  a  tempore  Heynrici  predicti  et  durât,  secundum  expositio- 


UN   OUVRAGE    INÉDIT    DE    PIERRE    d'aILLY.  57^ 

nem  Aureoli,  usque  ad  tempus  Antichristi  et  ultimi  Judicii,  in  quo 
terapore  Ecclesia  qaandoque  victoriam  habuit  de  Babilone  et  muliere 
meretrice,  id  est  de  secta  Machometi  sub  Godefrido  et  Balduino,  regi- 
bus Jherusalem,  et  quandoque  succubuit.  Et  hoc  tempus,  secundum 
hune  doctorem,  describitur  in  v*  visione,  que  est  de  dampnalione 
mulieris  meretricis.  Et  incepit  a  cap.  xvii°  usque  ad  locum  illum  Et 
cum  consummati  fuerint  mille  anni,  ubi  agitur  de  advenlu  Anti- 
christi. Sed  hec  expositio  inferius  reprobatur,  et  ideo  exponetur  ista 
Visio  de  Magno  Scismate,  quod  erit  preambulum  ad  Antichristi 
adventum.  Sextum  vero  tempus  erit  a  persecutione  Antichristi  et  a 
die  Judicii  usque  ad  consummacionem  ministe(te)riorum  Dei  et  glo- 
riam  Paradisi.  Et  hoc  tempus  descril^itur  in  vi*  visione,  que  est  de 
statu  universi  post  Judicium  et  speciaiiter  de  descriptione  civitatis 
nove  et  suorum  ornamentorum,  quod  refertur  ad  premium  et  retri- 
bucionem  justorum. 

[Fol.  5  v.]  Sexto  circa  premissa  considerandum  est  quod  illud 
quod  dictum  est  de  v^  visione  secundum  Aureolum  ...  non  potest 
habere  omnimodam  veritatem...  In  cap.  xviii",  ubi  secundum  illam 
expositionem  agilur  de  punitione  secte  Sarracenice  sub  nomine  Babi- 
lonis,  plura  dicuntur  ex  quibus  videtur  inteliigi  totalis  ejus  destruc- 
tio...  Constat  eliam  quod  ibi  plura  scribuntur  que  de  nuUo  illorum 
regnoram  possunt  exponi,  sed  solo  Ghristo...  Secunda  ratio  contra 
expositionem  prediclam  est  quia,  secundum  eam  omnia  scripta  in 
111°  capitulis,  scilicet  a  xvii°  cap.  usque  ad  xx",  ab  annis  pluribus 
sunt  conpleta,  littera  vero  sequens  exponiturab  omnibus  de  tempore 
Antichristi,  cujus  adventus  adhuc  non  apparet  propinquus.  Et  ideo 
quod  de  statu  Ecclesie  quantum  ad  contingentia  in  tanto  intermedio 
tempore  nichil  scripserit  Johannes,  non  videtur  conveniens,  maxime 
cum  multa  poslea  valde  notabilia  circa  Ecclesiam  contigerint,  et  pre- 
cipue  illud  Magnum  Scisma,  quod  jam  xl  annis  duravit  etamplius  : 
de  quo  verisimile  est  Jhoannem  in  hoc  libro  prophetasse,  cum  dica- 
tur  communiler  a  doctoribus  quod  in  eo  scripsit  notabiliora  circa 
Ecclesiam  contingencia  usque  ad  mundi  terminum.  Cum  insuper 
B.  Cirillus  et  venerabilis  abbas  Joachim  ac  S.  Hildegardis  de  hoc 
Magno  Scismate  multa  predixisse  legantur,  propter  hec  igitur, 
et  alla  multa  que  dici  possent  contra  expositionem  prediclam, 
videtur  prefato  Nicolao  de  Lira  quod  tota  littera  a  principio 
x'  cap.  usque  ad  locum  istum  Et  cum  consummati  fuerint  tnille 
anni,  ubi  describitur  perseculio  Antichristi,  nundum  sit  inpleta.  Et 
concludit  idem  doctor  :  «  Quia  non  sura  propheta,  nec  fdius  pro- 


572  m    OUVRAGE    INÉDIT    DE    PIERRE    d'aILLY. 

phete,  nolo  de  fuluris  aliquid  dicere  nisi  illud  quod  a  Scriptura 
Sancta  vel  dictis  sanctorum  et  doclorum  auLteiiticorum  elici  potesL, 
propler  quod  exposilionem  dicte  liUere  sapiencioribus  dimillo.  »  Sed 
nichilominus  credo  quod,  si  tantus  doctor  vidissetpredictum  Scisma 
aliasque  innumeras  notabiles  turbaciones,  sediciones  et  guerras  que 
generaliter  a  tempore  suo  universam  christianitatem  et  specialiler 
christianissimum  Francie  regnum  atrociler  vexaverunt,  non  omisis- 
set  de  hiis  allqua  scribere  et  ad  ea  expositionem  hujus  prophecie 
applicare.  Licet  enim  doctor  theologus  non  habeat  donum  prophétie, 
tamen  habere  potest  donum  intellectus  ad  intelligenciam  propheLa- 
rum,  sicut  de  abbate  Joachim  dicit  venerabilis  Guillelmus  Parisien- 
sis.  Ideo,  si  de  hiis  aUqua  scribant  theologi,  non  débet  teraerarium 
judicari... 

[Fol.  20  v".]  Postquam  in  precedentibus  descripta  est  Ecclesieper- 
secutio  et  lurbatio  scismatica  ipsiusque  pugna  atque  Victoria,  conse- 
quenter  in  xx°  cap.  describitur  ipsius  pax  et  vera  concordia.  Sed 
hujus  pacis  premittitur  quoddam  preambulum,  videlicel  Salhane 
aUigacio  per  Cohibetur  ejus  malicia.  Et  vidi,  inquit,  angelum  des- 
cendentem  de  celo.  Ubi  notandum  quod  Aureolus  hoc  exponit  de 
Calixto  papa  et  Heinrico  imperatore  hujus  nominis  quinto,  qui, 
cogente  eum  papa  sub  interminatione  anathematis,  renunciavit  sue 
consuetudini  qua  usi  fuerant  imperatores,  scilicet  investiendi  episco- 
pos  et  abbales  per  bacukim  et  anulum... 

[Fol.  2\  v°.]  Sed  hanc  exposilionem  reprobat  Nicolaus  de  Lira, 
propter  hoc  maxime  quia  hoc  Sathana  alligato  per  mille  annos  dici- 
tur  hic  quod  post  hec  oportet  solvi  illum  modico  tempore.  Quod 
exponunt  omnes  doclores  de  Anlichrisli  tempore,  in  quo  laxabitur 
polestas  demonisaddecipiendum  génies.  Etideoquod  hic  per  Salha- 
nam  intelligatur  Romanus  imperator  vel  ejus  imperiura,  nimis 
extorta  videlur  exposicio.  Propler  quod  dicit  iste  doctor  quod  expo- 
nendo  islam  lilleram  lamquam  inplelam  de  preterilo,  videlur  mehus 
exponi  de  papa  Innocencio  qui  approbavil  ordines  fralrum  Minorum 
et  Predicatorum,  per  quorum  doctrinam  et  predicationem  Ecclesia 
est  quodammodo  renovata  et  polestas  demonis  est  reslricta.  Unde 
multe  demonum  illusiones  que  anle  tiebanl  cessaverunt.  ... 

[Fol.  22  r^]  Sed  hec  exposicio  sicut  nec  precedens  videtur  conve- 
niens,  quia  hec  polestas  ligandi  demonem  de  qua  fit  hic  sermo  non 
videtur  attribuenda  Galixlo  pape  aut  Innocentio  vel  alleri  homini 
puro,  sedsoli  Ghristo,  qui  est  deus  et  homo.  ...  Insuper  non  vide- 
tur quod  per  prediclos  duos  ordines  magis  repressa  fuerlt  potestas 


UN    ODVfiAGE    INÉDIT    DE    PIERRE    D^AILLY.  573 

demonis  quam  per  alios,  nec  magis  post  eorum  institucionem  quam 
ante,  maxime  tempore  hujus  Scismatis,  cujus  fautores  fuerunt 
plures  dicLorum  ordinum.  El  ideo  extorla  videtur  expositio  Aureoli 
super  verbo  quod  infra  scribitur  :  Hec  est  resurrectio  prima,  ubi 
dicit  quod  per  institucionem  harum  duarum  religionum  tota  cliris- 
tianitas  videtur  resurrexisse  cum  Ghristo...  Temerarium  enim  esset 
dicere  quod  illi  ordines  vel  ipsorum  professores  essent  in  gratia  con- 
firmati,  cum  jam  a  primitiva  sua  perfectione  atque  puritate  et  suo- 
rum  primorum  fundatorum  sanctitate  multum  cecidisse  videantur... 

[Fol.  24  V.]  Has  autem  gentes  vocat  Goc  et  Magoc.  Unde  volunt 
aliqui  dicere  quod  ista  est  gens  Tartarorum  quam  intra  montes  Gas- 
pios  Alexander  inclusit,  et  hoc  dixisse  videtur  Metiiodius,  ut  supra 
patet.  Isti  autem  circa  annum  ^240  de  montibus  illis  egressi  vasta- 
verunt  Georgiam,  Armeniam  majorera,  Indiam  et  Turquiam... 
atque  usque  ad  fines  Germanie  pervenerunt.  Et  cum  anelent  ad 
obtinendam  monarchiam,  volunt  aliqui  dicere  quod  isti  introducturi 
sunt  Antichristum,  quod  hic  Johannes  videtur  innuere.  Sed  Augus- 
tinus  dicit  quod  gens  Gog  et  Magog  non  débet  intelligi  unus  populus 
aut  una  gens,  sed  totum  corpus  diaboli,  scilicet  hominum  iniquo- 
rum...  Et  huic  sentenlie  Augustini  concordat  horum  nominum  inter- 
pretatio... 

[Fol.  25  v°.]  De  tempore  vero  adventus  ejus  videtur  dicere  idem 
Methodius  quod  erit  circa  fmem  septimi  miliarii  annorum  mundi. 
Et,  ut  supra  tactum  est,  ista  septem  miliaria  annorum  incipit  con- 
putare  post  ducentos  annos  ab  Adam.  Unde  videtur  quibusdam  quod 
de  hoc  ultimo  miliario  hic  dicitur  :  Et  cum  consummati  fuerint 
mille  anni.  De  quo  etiam  supradictum  est  :  Donec  consummentur 
mille  annij  et  post  hoc  oportet  illum  solvi  modico  tempore.  Ideo 
videtur  dubium  a  quo  tempore  hii  mille  anni  debeant  conputari  ;  et 
manifestum  est  quod  non  possunt  inchoari  a  nativitate  Ghristi,  quia 
jam  multo  plures  transierunt,  et  nundum  apparuit  Antichristus.  Et 
ideo  alii  inchoaverunt  a  babtismo  Gonstantini  sub  tempore  pape  Sil- 
vestris.  Sed  jamab  iilo  tempore  plures  quam  mille  anni  transierunt, 
et  sic  jam  Antichristus  deberet  esse  natus.  Propter  quod  certitudo 
istius  numeri  magis  est  Spiritui  Sancto  reservanda,  ut  dicit  Aureo- 
lus;  vel  dicendura  quod  hic  non  ponuntur  anni  mille  pro  numéro  pre- 
ciso;  sed,  ut  dicit  Nicolaus  de  Lira,  sumitur  pro  toto  tempore  Ghristi 
quod  currit  usque  ad  Antichristum,  etponitur  hic  numerus  determi- 
natus  pro  indeterminato,  sicut  sepe  fit  in  divinis  Scripturis. 

[Fol.  26  v".]  Sciendum  tamen  est  quod,  licet  de  adventus  Anti- 


574  DN    OUVRAGE    IXÉDIT    DE    PIERRE    d'aILLY. 

christi  determinato  tempore  vel  momenlo  haberi  non  possiL  humani- 
tus  certiludo,  sicut  alibi  declaravi,  tamen  indelerminale  loquendo 
possunt  nolari  aliqua  tempora  circa  que  polest  haberi  probabilis  con- 
jectura de  ejus  adventu  et  secta  per  astronomica  judicia...  Notandum 
insuper  quod,  sicut  declaravi  in  tractalu  de  Concordia  théologie  et 
astronomie^  aprincipio  mundi  solum  fuerunt  septem  conjunctiones 
maxime  Saturni  et  Jovis.  Octava  autem  erit,  si  Deus  voluerit,  anno 
ab  initio  mundi  septies  milleno  quadragesimo,  a  diluvio  4798, 
a  Christi  incarnatione  ^693  vel  circiter.  Et  post  illam  erit  comple- 
mentum  decem  revolulionuni  Salurnalium  anno  Christi  17S9,  et  hoc 
erit  post  dictam  conjunctionem  per  annos  97  vel  prope.  Et  interdic- 
tam  conjunctionem  et  illud  complementum  dictarum  decem  revolu- 
cionem  erit  status  octave  spere  circiter  per  annos  25,  ut  ibidem 
declaravi, 

Hiis  itaque  presuppositis,  dico  quod,  si  mundus  usque  ad  illa  tem- 
pora duraverit,  quod  solus  Deus  novit,  multe  lune  et  magne  ac 
mirabiles  alterationes  mundi  et  mutaciones  future  sunt,  et  maxime 
circa  leges  et  sectas.  Nam  cum  predicta  conjunctione  et  illis  revolu- 
cionibus  Saturni  ad  hoc  concurrel  revolucio  seu  reversio  superioris 
orbis,  id  est  octave  spere,  per  quam,  sicut  et  per  alia  premissa, 
cognoscitur  sectarum  mutacio,  ut  notavit  Albumazar,  libro  de  Maynis 
conjunctionibiis,  tractatu  ii",  différencia  ultima,  circa  flnem.  Unde  ex 
hiis  proba[bi]liter  concluditur  quod  forte  circa  illa  tempora  veniet 
Antichristus  cura  lege  sua  vel  secla  dampnabili.  Quia,  secundum 
astronomos,  post  Macometum  erit  aliquis  potens  qui  legem  fedam  et 
magicam  constituet,  et  hic  erit  Antichristus..."^. 

[Fol.  30  v°.]  Ex  premissis  igitur  astronomicis  conjecturis  non 
videtur  possibile  aliquid  cerlum  concludere.  Sed  tamen  ex  hiis  et 
aliis  supra  scriptis  probabilis  haberi  potest  suspicio  quod  infra 
annum  centesimum  ab  anno  presenti  magna  Oet  alteracio  circa  leges 
et  sectas,  et  specialiter  circa  legem  et  Ecclesiam  Christi.  Et  hoc  ali- 
qualiter  precognoscere  expedit,  ut  ad  tribulationum  pacienciam  se 
conslanter  préparent  cbristiani. 

Explicit  tractatus  de  Persecufionibus  Ecclesie. 

1.  Cf.  Bibl.  nat.,  ms.  lat.  3123,  fol.  60  v°. 

2.  Ibid.,  fol.  62  r. 


BULLES  PONTIFICALES 

SUR  PAPYRUS 
(IX^-XF    SIÈCLE). 


Les  plus  anciennes  bulles  pontificales,  dont  les  originaux  aient 
été  conservés,  ne  remontent  pas  plus  haut  que  le  début  du 
ix*"  siècle;  on  n'a  de  celles  du  viii'^  siècle  que  des  copies  anciennes 
et  non  point  des  originaux.  Toutes  ces  bulles  nous  sont  parve- 
nues transcrites  sur  de  grandes  feuilles  de  papyrus,  mesurant  un 
ou  plusieurs  mètres  de  longueur,  à  l'imitation  sans  doute  des 
diplômes  impériaux,  suivant  un  usage  emprunté  à  la  cour  de 
Byzance  et  qui  paraît  s'être  perpétué  dans  la  chancellerie  ponti- 
ficale jusqu'aux  premières  années  du  xf  siècle.  Pour  donner  une 
idée  de  leur  rareté,  il  sufiîra  de  dire  qu'on  n'en  connaît  pré- 
sentement, entières  ou  à  peu  près,  que  vingt-trois  :  dix  en 
Espagne*,  huit  en  France^,  trois  en  Italie^,  deux  en  Allemagne; 

1.  Deux  bulles  sur  papyrus  pour  l'abbaye  de  Ripoll,  l'une  du  pape  Agapet  II, 
de  décembre  951  [Regesta,  n"  3655),  l'autre  du  pape  Serge  IV,  de  novembre 
1011  {Regesta,  n"  3974),  ont  disparu  depuis  l'incendie  de  l'abbaye  en  1835.  — 
Dès  le  milieu  du  xviii*  siècle,  le  marquis  de  Lliô  comptait  en  Espagne  douze 
bulles  sur  paj)yrus  {Real  Academia  de  buenas  letras  de  la  ciudad  de  Barce- 
lona,  1756,  t.  I,  p.  322-324). 

2.  Une  autre  bulle  du  pape  Agapet  H  pour  l'abbaye  de  la  Grasse,  de  décembre 
951  {Regesta,  n"  3656),  conservée  jadis  aux  archives  de  l'Aude,  à  Carcassonne, 
puis  envoyée  à  Paris  et  déposée  dans  la  bibliothèque  du  Louvre,  y  a  péri  dans 
l'incendie  de  mai  1871.  —  On  peut  également  rappeler  ici  le  fragment  de 
lettre,  qui  n'est  pas,  à  proprement  parler,  une  bulle,  du  pape  Adrien  1°',  vers 
788  [Regesta,  n»  2462),  conservé  à  Paris,  aux  Archives  nationales,  K.  7,  n"  9^ 
(anc.  L.  220,  n°  1),  ainsi  qu'un  autre  fragment  de  bulle  (cité  par  M.  L.  Delisle 
dans  le  Bidletin  historique  du  Comité,  1885,  p.  158),  provenant  de  l'abbaye  de 
Saint-Denys  et  conservé  aussi  aux  Archives  nationales.  Deux  autres  petits  frag- 
ments de  bulles,  Tun  peut-être  du  pape  Christophe,  conservé  à  la  bibliothèque 
municipale  d'Amiens,  l'autre  du  pape  Léon  IX,  conservé  au  Musée  Crozatier  au 
Puy,  sont  mentionnés  plus  loin,  en  notes,  sous  les  n°»  3  et  16. 

3.  On  conserve  dans  les  archives  de  la  basilique  de  Monza  un  petit  fragment 


576 


BULLES    PONTIFICALES    SDR    PAPYRDS. 


il  n'y  en  a  aucune  en  Angleterre.  Cette  rareté  s'explique  aisé- 
ment, autant  parce  que  les  dimensions  extraordinaires  de  ces 
actes  en  rendaient  la  conservation  particulièrement  difficile  que 
parce  que  l'extrême  fragilité  de  la  matière,  sur  laquelle  leur 
texte  était  transcrit,  devait  en  hâter  encore  la  destruction. 


^. 

Pascal  l" 

(819), 

2'"40  X  0'^30. 

Ravenne. 

2. 

LÉON  IV 

(830), 

0'"38  X  0^37. 

Rome. 

3. 

Benoît  III 

(833), 

6'"30  X  0™68. 

Amiens. 

4. 

Nicolas  I" 

(863), 

1'"22X  O^SI. 

Paris,  Arch. 

nat. 

5. 

Jean  VIII 

(876), 

3'"20  X  0'"33. 

Paris,  Bibl. 

nat. 

6. 

Etienne  V 

(891), 

1'"30  X  0'»31. 

Berlin. 

7. 

FoRMOSE 

(892), 

I-^SS  X  0'^'31. 

Gerona. 

8. 

FORMOSE 

(893), 

1'"52X0™32. 

Paris,  Arch, 

,  nat. 

9. 

Romain 

(897), 

1'"60  X  0'"43. 

Gerona. 

^o. 

Jean  XIII 

(971), 

1'"98  X  0'"64. 

Vick. 

u. 

Jean  XIII 

(971), 

2"M2  X  0'"63. 

Vie  h. 

^2. 

Jean  XIII 

(971), 

1"'60  X  0"M>2. 

Vie  h. 

\3. 

Benoît  VII 

(978), 

1'"33  X  0'"65. 

Vich. 

^4. 

Jean  XV 

(993), 

0"'27  X  0'"26. 

Dijon  et  Paris. 

^3. 

Grégoire  V 

(998), 

2™41  X  0'"69. 

Vich. 

16. 

SiLVESTRE  II 

(999), 

1'"32  X  O^oO. 

Paris,  Bibl. 

nat. 

n. 

SiLVESTRE  II 

(1001), 

2""()2  X  0'"73. 

,  Urgel. 

18. 

SiLVESTRE  II 

(1002), 

0'"94  X  0'"73. 

Barcelone. 

19. 

Jean  XVIII 

(1004), 

1'"32  X  0'"27. 

Bergaine. 

20. 

Jean  XVIII 

(1007), 

1'"43  X  0"'71. 

.  Barcelone. 

21. 

Serge  IV 

(10H), 

,   0""97  X  0'^70, 

.  Perpignan. 

22. 

Benoît  VIII 

(1017) 

,   1™66  X  0'"40 

.  Paris,  Bibl. 

nat. 

23. 

Benoît  VIII  (1 

020-22) 

,   1m33  X  0'"38 

.  Hanovre. 

Il  a  semblé  que  la  récente  acquisition  pour  la  Bibliothèque 
nationale  d'une  grande  bulle  sur  papyrus  du  pape  Benoît  VIII' 
était  l'occasion  de  publier,  après  les  études  que  leur  ont  déjà  cou- 


de dix  lignes  d'une  lettre  du  pape  Grégoire  P"^  à  la  reine  Théodelinde  (Marini, 
Papiri,  p.  89,  n°  LUI,  et  p.  242) -,  le  même  Marini  possédait  un  fragment  de 
bulle  du  pape  Jean  XI,  de  933-934  {Papiri,  p.  89,  n°  LU,  p.  242,  et  pi.  I).  Cf. 
Pflugk-Hartlung,  lier  ituUcnm,  p.  763,  et  Historisches  Jahrbuck,  1884,  p.  403, 
note  2. 

1.  Journal  des  Savants,  novembre  1903,  p.  635-638;  Bibliothèque  de  l'École 
des  chartes  (1904),  t.  LXV,  p.  377-382. 


IX*-Xl^   SIÈCLE.  577 

sacrées  MM.  J.  von  Pflugk-Harttung*  et  H.  Bresslau-,  un  nou- 
veau catalogue  de  ceux  de  ces  vénérables  monuments  qui  sont 
parvenus  jusqu'à  nous  et  qui  ont  depuis  longtemps  attiré  l'atten- 
tion des  diplomatistes  et  des  paléographes. 

H.  0. 


CATALOGUE  DES  BULLES  PONTIFICALES 

SUR   PAPYRUS 
DU    IX«    AU    XF    SIÈCLE. 

1.  —  Pascal  V,  pour  l'église  de  Ravenne;  11  juillet  819.  — 
Regesta,  n°2551  {Hist.  Jahrb.,  V,  n°  1). 

RAVENNE,  archives  de  rArchevêché.  —  Haut.  :  2'"40  5  larg.  : 
0™50. 

Fac-sim.  Nouveau  traité  de  diplomatique,  V,  ^80  (pi.  78);  N.  L. 
der  Diplomalik,  VII,  300  (pi.  78);  Muratori,  Rerumital.  script.,  II, 
I,  220  (pi.);  Gloria,  Paleografla,  p.  632  (pi.  22);  Pflugk-Harttung, 
Specimina,  p\.  i. 

Édit.  Rossi,  Hist.  Ravenn.,  p.  237-,  Ughelli,  Italia  sacra,  II, 
344;  Muratori,  Rerum  ital.  script.,  II,  i,  220-,  Mansi,  XIV,  375; 
Mariai,  n**  XI,  p.  ^2  et  22^  -,  Migne,  GII,  1089;  Bull.  Rom.,  I,  267. 

2.  —  LÉON  IV,  pour  une  église  inconnue  ;  septembre  850.  — 
Regesta,  n°  2606  {Hist.  Jahrb.,  n°  2). 

ROME,  bibliothèque  du  Vatican.  —  Haut.  :  O^-SS;  larg.  :  0"37; 
avec  bulle  de  plomb. 

Fac-sim.  Mabillon,  De  re  diplom.,  p.  36,  40  et  438  (pi.  47); 
Marucchi,  Monum.  papyr.,  p.  i  et  25  (pi.);  Pflugk-Harttung,  Spe- 
cimina, pi.  i. 

1.  Pûpsillche  Original-UrJiunden  und  Scheinoriginale,  dans  VHislorisches 
Jahrbuch  d"  la  Société  de  Gôrres,  l.  V  (1884),  p.  489-575.  Cf.  du  même,  Die 
Bullen  der  Papste  Ois  zum  Ende  des  zwolfien  Johrh.  (Gotha,  1901,  in-S"). 

2.  Papyrus  und  Pergament  in  der  pCipstlichen  Kanzlei  bis  zur  Mitte 
des  11.  Jahrliunderts,  dans  les  Miltheilungen  fur  œsterreichische  Geschichts- 
forschung,  t.  iX  (1888),  p.  1-33.  Cf.  aussi  P.  Kehr,  Ueber  eine  roinische 
Papyrusurkunde  im  Staatsarc/iiv  zu  Marburg  (Berlin,  189G,  in-4''). 


578  BELLES    PONTIFICALES    SDR    PAPÎRCS. 

Édit.  Doni,  Inscr.  antig.,  p.  467;  N.  Tr.  de  diplomatique,  V, 
^83;  iV.  L.  der  Diplomatik,  VII,  312;  Marini,  n°  XII,  p.  14  et  222; 
Migne,  CXV,  665;  Bull.  Bom.,  I,  185;  Marucchi,  Monum.  paptjr.., 
p.  25. 

3.  —  Benoît  III,  pour  l'abbaye  de  Corbie;  7  octobre  855.  — 
Regesta,  n'^  2663  {Hist.  Jahrh.,  n°  3)'. 

AMIENS,  bibliothèque  municipale,  ms.  n°  526.  —  Haut.  :  e-^SO; 
larg.  :  0'"68. 

Fac-sim.  Mabillon,  De  re  diplom.,  p.  436  (pi.  47);  N.  Tr.  de 
diplomatique,  V,  184  (pi.  79);  N.  L.  der  Diplomatik,  VII,  313 
(pi.  79);  GhampoUion-Figeac,  Chartes,  pi.  11  et  12;  Fac-similés 
lithogr.  de  l'École  des  charLes,  n°'  22-23  ;  Pflugk-Harllung,  Speci- 
mina,  pi.  2. 

ÉDIT.  D'Achery,  Spicil.,  VI,  397  (III,  343);  Mansi,  XV,  113; 
Cocquelines,  I,  185;  Marini,  n"  XIV,  p.  17  et  222;  Migne,  CXV, 
693,  et  CXXIX,  1001  ;  GhampoUion-Figeac,  Doc.  inéd.  hist.,  I,  349; 
Bull.  Bom.,  I,  295;  Leviilain,  Chartes  de  Corbie,  p.  266. 

4.  —  Nicolas  P^  pour  l'abbaye  de  Saint-Denys;  28  avril 
863.  —  Regesta,  n"  2718  {Hist.  Jahrh.,  n°  4). 

PARIS,  Archives  nationales,  K.  13,  \f  10^  (anc.  n"  L.  220,  n°  2). 

—  Haut.  :  1'"22;  larg.  :  0™31. 

Fac-sim.  Mabillon,  De  re  diplom.,  p.  440  (pi.  48);  N.  Tr.  de 
diplomatique,  V,  186  (pi.  80)-,  N.  L.  der  Diplomatik,  VII,  314, 
(pi.  80);  Letronne  et  Tardif,  pi.  48;  Fac-similés  lithogr.  de  FÉcole 
des  chartes,  n»  221  ;  Pflugk-Harttung,  Specimina,  pi.  3.  Cf.  N.  de 
Wailly,  Èlem.  depaléogr.,  t.  I,  p.  xii,  n°'  6  et  6  bis. 

Édit.  Doublet,  Hist.  de  S.  Denis,  p.  454;  Félibien,  Ilist.  de 
S.  Denis,  preuves,  p.  73;  Marini,  n"  XVI,  p.  25  et  222;  Tardif,  Mon. 
hist.,  p.  124;  Migne,  CXIX,  819. 

5.  —  Jean  VIII,  pour  l'abbaye  de  Tournus;  15  octobre  876. 

—  Regesta,  n°  3052  {Hist.  Jahrh.,  n"  6). 

PARIS,  Bibliothèque  nationale,  ms.  latin  8840  (anc.  Supplément 
latin  881).  —  Haut.  :  3^20  (coupé  en  8  fT.);  larg.  :  0'"55. 

1.  Un  fragment  de  bulle  pontificale  sur  papyrus,  aujourd'hui  complètement 
illisible,  que  l'on  a  attribué  au  pape  Christophe  et  rapporté  à  l'année  908, 
est  conservé  avec  la  bulle  de  Benoît  III;  voy.  Catalogue  général  des  manus- 
crits, t.  XIX,  p.  274-275. 


IX*-XI^    SIECLE.  579 

Fac-sim.  Ghampollion-Figeac,  Charte  latine  (J835),  et  Chartes, 
pi.  -1-9;  Fac-similés  lilhogr.  de  l'École  des  chartes,  n°'  24  a  32; 
SilvesLre,  Paléographie  univ.,  t.  III,  pi.  233;  Pflugk-Harttung,  Spe- 
cimina,  pi.  4-6. 

Édit.  Ghifflet,  Histoire  de  Tournus,  p.  2-19;  Jjienin,  Nouv.  hist. 
de  Tournus,  preuves,  p.  96;  Mansi,  XVII,  250;  Cocquelines,  1,  210; 
Marini,  n°  XVII,  p.  26  et  222;  Ghampollioii,  Charte  latine;  Migne, 
GXXVI,  686;  Bull.  Rom.,  I,  338. 

6.  —  Etienne  V,  pour  l'abbaye  de  Neuenheerse;  mai  891. 
—  Regesta,  n°  3468  [Hist.  Jahrb.,  n°  7). 

BERLIN,  archives  de  l'État.  —  Haut.  :  -l^iSO;  larg.  :  0™3I. 
Fac-sim.  Kopp,  Appar.  diplom.,  I,  Urkund.,  n"  -14;  Pflugk-Hart- 
tung,  Specimina,  pi.  8;  Dieiiamp,  Westf.  Urkund.  Buch.,  suppl., 

1, 5^. 

Édit.  Comment.  Soc.  scient.  Gotting.  récent.  (1820),  IV,  -152; 
Erhard,  Regesta,  I.  Cod.  dipL,  p.  38;  Migne,  GXXIX,  815;  von 
Lôher,  Archiv.  Zeiischr.,  III,  34. 

7.  —  FoRMosE,  pour  l'église  de  Gerona;  892.  —  Regesta, 
n°  3484. 

GERONx\,  archives  capitulaires.  —  Haut.  :  i"55;  larg.  :  0"'3I. 

Édit.  Martène  et  Durand,  Vet.  script,  ampl.  collectio,  I,  239; 
Mansi,  XVIII,  -103;  Marini,  n°  XX,  p.  28  et  223;  Migne,  GXXIX, 
84i;  Merino,  Espana  sagrada,  XLIII,  387;  Bull.  Rom.,  I,  368. 
Cf.  Bresslau,  Mittlieil.  fur  œst.  Geschichtsf.,  IX,  3. 

8.  —  FoRMosE,  pour  l'abbaye  de  Saint-Denys;  15  octobre 
893.  —  Regesta,  n"  3497  {Hist.  Jahrb.,  n°  8). 

PARIS,  Archives  nationales,  R.  15,  n"  3^  (anc.  L.  220,  n"  3; 
Musée  étranger,  n"  -137).  —  Haut.  :  Im52;  larg.  :  0n»32. 

Fac-sim.  Pflugk-Harttung,  Specimina,  pi.  I, 

Édit.  Pflugk-Harttung,  Acta  pont.  rom.  inedita,  1,  6;  cf.  Hist. 
Jahrb.,  II,  ^09. 

9.  —  Romain,  pour  l'église  de  Gerona;  octobre  897.  — 
Regesta,  n°  3516. 

GERONA,  archives  capitulaires.  —  Haut.  :  -l™60;  larg.  :  0"'43. 
Édit.  Marca,  Marca  hispanica,  p.  834;   D.   Bouquet,  IX,  207; 
Mansi,  XVIII,  -188;  Gocquelines,  I,  233;  Marini,  n'  XXI,  p.  29  et 


580  BULLES  PONTIFICALES  SDR  PAPYRUS. 

223;  Migne,  GXXIX,  86^  ;  Bull.  Rom.,  I,  376.  Cf.  Bresslau,  Mittheil. 
fur  œst.  Geschichtsf..,  IX,  4. 

10.  —  Jean  XIII,  pour  l'église  de  Yich;  janvier  971.  — 
Regesta,  n"  3746. 

VIGH,  archives  capitulaires.  —  Haut.  :  ^"98;  larg.  :  0™64  -,  avec 
bulle  de  plomb. 

Édit.  Diago,  Hist.  de  Barcelo7ia^  p.  ly^;  Martène  et  Durand,  Vef. 
script,  ampl.  collectio,  J,  323;  Cocquelines,  I,  2G7;  Mansi,  XVIII, 
489;  Pujades,  Cronica,  VI,  -172;  Florez,  Espana  sagrada,  XXV, 
^02;  Migne,  GXXXV,  983;  Bull.  Rom.,  I,  425. 

11.  —  Jean  XIII,  pour  l'église  de  Vich;  janvier  971.  — 
Regesta,  n°  3747. 

VIGH,  archives  capitulaires.  —  Haut.  :  2"'I2;  larg.  :  0'"63;  avec 
bulle  de  plomb. 
Édit.  Villanueva,  Viage  literario,  VI,  277. 

12.  —  Jean  XIII,  pour  l'église  de  Vich;  janvier  971.  — 
Regesta,  n"  3750. 

VIGH,  archives  capitulaires.  —  Haut.  :  -l^eO;  larg.  :  0'"62;  avec 
bulle  de  plomb. 
ÉDIT.  Florez,  Espana sagrada,  XXVIH,  242;  Migne,  GXXXV,  988. 

13.  —  Benoît  VII,  pour  l'église  de  Vich;  25  février  978.  — 
Regesta,  u°  3794. 

VIGH,  archives  capitulaires.  —  Haut.  :  ^"55;  larg.  :  O^eS;  avec 
bulle  de  plomb. 

Édit.  Florez,  Espaiîa  sagrada,  XXVIII,  254;  Migne,  GXXXVII, 
329. 

14.  —  Jean  XV,  pour  l'abbaye  de  Saint-Bénigne  de  Dijon; 
26  mai  995.  —  Regesta,  n"  3858  {Hist.  Jahrb.,  n"  12). 

DIJON,  bibliothèque  municipale,  ms.  909,  et  PARIS,  Bibliothèque 
nationale,  ms.  nouv.  acq.  lat.  ^609.  —  Haut.  :  0°'27,  28  et  27;  larg.  : 
0'"24,  25  et  26  (3  fragments). 

Pac-sim.  DeUsle,  Mélanges  de  paléogr.,  pi.  3;  Pflugk-Harttung, 
Specimina.,  pi.  8. 

Édit.  Delisle,  Mélanges  de  paléogr.,  p.  38;  Pflugk-Harttung,  Acta 
pont.  rom.  médita,  1,  iO.  Gf.  Lœwenfeld,  Hist.  Jahrb.,  II,  HO. 


IX*-XI^   SIÈCLE.  58^ 

15.  —  Grégoire  V,  pour  l'église  de  Vich;  mai  998.  — 
Regesta,  n°  3888. 

VIGH,  archives  capitulaires.  —  Haul.  :  2«'h\\  larg.  :  0™0'J;  avec 
bulle  de  plomb. 

Édit.  Mansi,  XIX,  227;  Florez,  Espana  sagrdda,  XXVIII,  257; 
Migne,  GXXXVII,  928. 

16.  —  SiLVESTRE  II,  pour  l'église  du  Puy  ;  23  novembre  999. 
—  Regesta,  n°  3906  {Hist.  Jahrb.,  n"  13)». 

PARIS,  Bibliothèque  nationale,  ms.  nouv.acq.  lat.  2507.  —  Haut.  : 
^■"32;  larg.  :  0"^50. 

Fac-sim.  Delisle,  Bibl.  de  V École  des  chartes,  XXXVII  (^876), 
p.  ^08;  Rec.  de  fac-sim,.  de  U École  des  chartes.,  pi.  32;  Pllugk-Hart- 
tung,  Specimina,  pi.  9. 

ËDiT.  Gallia  christiana,  II,  226;  Mansi,  XIX,  244;  Migne, 
GXXXIX,  274;  OUeris,  Gerberi,  p.  ^46-,  Delisle,  l.  L,  p.  -109.  Gf. 
Ewald,  Neues  Archiv,  IX,  323  et  329;  J.  Havet,  Comptes-rendus  de 
VAcad.  des  inscriptions,  ^887,  p.  98,  et  Œuvres,  t.  II,  p.  472. 

17.  —  SiLVESTRE  II,  pour  l'église  d'Urgel;  mai  1001.  — 
Regesta,  n°  3918. 

URGEL,  archives  capitulaires.  —Haut.  :  2'"62;  larg.  :  0'"75. 

Édit.  Marca,  Marca  hispanica,  p.  957;  Gocquelines,  I,  30i  -,  Migne, 
GXXXIX,  278;  OUeris,  Gerbert,  p.  -163;  Brutails,  Bibl.  de  l'École 
des  chartes,  1887,  p.  521.  Gf.  Ewald,  Neues  Archiv,  IX,  334. 

18.  —  SiLVESTRE  II,  pour  l'abbaye  de  S.  Cugat  del  Vallès; 
décembre  1002.  —  Regesta,  w"  3927  {Hist.  Jahrb.,  n°  14). 

BARGELONE,  archives  de  la  couronne  d'Aragon.  —  Haut.  :  0"94; 
larg.  :  0'"73. 
Gf.  Ewald,  Neues  Archiv,  VI,  392,  et  IX,  327. 

19.  —  Jean  XVIII,  pour  l'église  d'Isernia  ;  octobre  1004.  — 
Regesta,  n°  3942  [Hist.  Jahrb.,  n"  15). 

1.  On  conserve  au  Puy,  au  musée  Crozatier,  deux  petits  fragments  de  papy- 
rus, dont  l'un  est  un  débris  de  la  présente  bulle  et  l'autre  offre  la  Rota  et  le 
Bene  valete  d'une  bulle  du  pape  Léon  IX  pour  l'église  du  Puy,  peut-être  du 
25  décembre  1051;  voy.  une  note  de  M.  Prou,  dans  la  Bibliothèque  de  l'École 
des  chartes,  t.  LXEV  (1903),  p.  577-578. 

^904  38 


582  BULLES    PONTIFICALES    SUR    PAPYRUS    (iX^-Xl*    SIÈCLe). 

BERGAME,  bibliothèque  municipale.  —  Haut.  :  ^•"52;  larg.  : 
0°'27. 

Fac-sim.  Mariai,  n"  XL,  pi.  i  ;  Pflugii-Hàrttung,  Specimina,  pi.  9. 

Édit.  Lupi,  Cod.  dipl.  Beryom.,  I,  762;  Marini,  n"  XL,  p.  63  et 
237;  Migne,  GXXXIX,  ^480. 

20.  —  Jean  XVIII,  pour  l'église  de  S.  Cugat  del  Vallès; 
novembre  1007.  —  Regesta,  n"  3956. 

BARCELONE,  archives  de  la  couronne  d'Aragon.  —  Haut.  :  'l'"43; 
larg.  :  0•"7^ . 

Édit.  Bresslau,  Mittheilungen  fur  œst.  Geschichtsf.,  IX,  30.  Cf. 
Ewald,  Neues  Archiv,  VI,  392,  et  IX,  328. 

21 .  —  Serge  IV,  pour  l'abbaye  de  Saint-Martin  de  Canigou  ; 
novembre  1011.  —  Regesta,  n°  3976. 

PERPIGNAN,  bibliothèque  municipale,  ms.  72.  —  Haut.  :  0'°97; 
larg.  :  0'°70. 

Fac-sim.  Fac-similés  lithogr.  de  TÉcole  des  chartes,  n"40;  Bru- 
tails-Uelisle,  Bulletin  historique  du  Comité,  -1885,  pi. 

ÉniT.  Marca,  Marca  /lispanica^  p.  988  ;  Cocquelines,  I,  3^5;  Migne, 
CXXXIX,  ^5^6;  Soc.  agr.  des  Pyrénées-Orientales,  XXIV,  298; 
Brutails-Delisle,  Bulletin  historique  du  Comité,  ^885,  p.  ^57  et  160. 

22.  —  Benoît  VIII,  pour  l'abbaye  de  Camprodon;  8  janvier 
1017.  —  Regesta,  n"  4019. 

PARIS,  Bibliothèque  nationale,  ms.  nouv.  acq.  lat.  2380.  — 
Haut.  :  ^'"66;  larg.  :  0'"40. 

Édit.  Marca,  Marca  hispanica,  p.  4002;  CocqueHnes,  I,  325; 
Migne,  GXXXIX,  ^613;  Omont,  Bibl.  de  l'École  des  chartes,  LXV, 
377;  cf.  Journal  des  Savants,  ^903,  p.  633. 

23.  —  Benoît  VIII,  pour  l'église  de  Hildesheim;  1020-1022. 
—  Regesta,  n°  4036  {Hist.  Jahrb.,  n°  19). 

HANOVRE,  archives  de  l'État.  —  Haut.  :  'l'^SS;  larg.  :  0'"38. 
Fac-sim.  Arndt-Tangl,  Schrifttafeln,  Jt"  éd.,  pi.  80. 
Édit.  Lûntzel,  Die  ait.  Dioec.  Hildesheim,  p.  35'J.  Cf.  Ewald, 
Neues  Archiv,  IX,  329  et  339-,  et  Arndt-Tangl,  Schrifttafeln,  p.  41. 


OBSERVATIONS 


SUR  UN   PASSAGE  DE    LA 


CHRONIQUE  DE  JEAN  LE  BEL 


La  nouvelle  édition  de  la  Chronique  de  Jean  le  Bel,  que  nos 
confrères  MM.  Viard  et  Eugène  Déprez  publient  pour  la  Société 
de  l'histoire  de  France,  me  fournit  l'occasion  de  signaler  une  par- 
ticularité singulière.  J'avais  remarqué,  et  feu  M.  de  La  Borderie 
avait  bien  voulu  considérer  la  chose  comme  offrant  quelque  intérêt , 
qu'une  chronique,  aux  renseignements  de  laquelle,  le  temps  aidant, 
on  reconnaîtra  une  importance  qu'on  leur  disputait  naguères,  la 
Chronograpliia  regum  Francorum^  avait,  à  l'occasion  des  pré- 
tentions contradictoires  de  Jean  de  Montfort  et  de  Charles  de  Blois, 
raconté  une  légende  d'ailleurs  absurde.  D'après  cette  légende,  le 
comte  de  Montfort  était  fils  d'une  duchesse  de  Bretagne,  mariée 
pendant  une  captivité  de  son  époux,  malgré  elle,  à  un  comte  de 
Montfort.  Jean  le  Bel-,  et  naturellement  Froissart^,  à  la  surprise 
de  leurs  éditeurs,  sans  raconter  tout  au  long  cette  fantaisiste  his- 
toire, ont  relaté  aussi  que  Jean  de  Montfort  était  parent  maternel 
du  dernier  duc  de  Bretagne.  M.  Luce  a  corrigé  ce  qu'il  a  appelé 
une  inadvertance  de  Froissart^  en  réalité  une  erreur  commune  à 
Jean  le  Bel  et  aux  sources  de  la  Chrono  g  raphia,  erreur  dont  la 
clef  est  seule  donnée  par  ce  dernier  texte.  Je  me  mis  alors  à  exa- 
miner de  plus  près  le  texte  de  Jean  le  Bel  pour  le  récit  des  débuts 
de  la  guerre  successorale  de  Bretagne  et  je  vérifiai  que,  suivant 

1.  T.  II,  p.  169,  note  3,  p.  176  et  177,  note  1. 

2.  T.  J,  p.  246  et  263. 

3.  T.  II,  p.  106. 

4.  T.  II,  p.  XXXVIII,  noie  1. 


584  OBSERVITIONS   SDR   UN    PASSAGE 

l'heureuse  expression  des  nouveaux  éditeurs  de  la  Chronique  de 
Jean  le  Bel\  «  la  Chronographia  (t.  II,  p.  167)  fait  un  récit 
identique  à  celui  de  Jean  le  Bel  de  la  venue  de  Jean  de  Montfort 
à  Limoges,  ainsi  que  d'une  partie  de  cette  expédition  de  Bretagne,  » 
sans  qu'il  faille  perdre  de  vue  que,  pour  «  l'attaque  et  la  prise  de 
Rennes,  »  la  Chronographia  (t.  II,  p.  170  à  173)  «  donne  plus  de 
détails  que  Jean  le  BeP.  »  D'ailleurs,  dans  Jean  le  BeP  comme 
dans  la  Chronographia,  Clisson  est  correctement  prénommé 
Garnier  alors  que  DD.  Lobineau  et  Morice  le  prénomment 
Gautier.  Puis  je  remarquai  que  Jean  le  Bel  donne  les  noms  des 
deux  défenseurs  de  Chantoceaux  sous  la  même  forme  que  la 
Chronographia.  On  lit,  d'une  part  :  «  Duo  milites  Lotharingi 
qui...  servabant  castrum  de  Castousel...  scilicet  Milo  et  Wal- 
randus  »  (t.  II,  p.  187  et  190);  et,  d'autre  part,  Jean  le  Bel 
écrit  (t.  I,  p.  266)  :  «  Et  avoit  l'ung  nom  messire  Mille  et 
l'aultre  messire  Valeran  et  estoient  de  Lorhaine.  »  Poursui- 
vant toujours  l'étude  du  texte  et  surtout  des  noms,  je  m'aper- 
çus que  Jean  le  Bel  raconte  que  le  châtelain  de  Gouëlet-Forest 
avait  été  compagnon  de  captivité  d'Hervé  de  Léon^  à  Gre- 
nade, alors  que  la  Chronographia,  qui  nomme  ce  châtelain 
Guy^  «  quidem  miles,  Guido  nomine,  »  ajoute  que  «  multum 
diligebat  Herveyum  de  Leone,  eo  quod  simul  fuerant  captivi 
Sarracenorum  in  Granata...  »  Enfin,  Jean  le  Bel  appelle  Auray 
«  chastel  de  Roy'^;  »  or,  la  Chronographia  nomme  cette  ville  : 
«  Castellum  Régis'' »  pour  l'histoire  de  la  succession  de  Bretagne, 
alors  que  plus  loin,  en  1364,  elle  emploie  la  forme  «  castrum 
Ararii  »  ou  «  castrum  d'Array^  »  Comment  expliquer  qu' Auray 
ait  pu  s'exprimer  en  français  par  :  «  Chastel  de  Roy  »  si  l'on 
n'admet  pas  la  forme  intermédiaire  «  Castellum  Régis?  » 

Il  y  a  là  des  coïncidences  vraiment  frappantes,  et  je  suppose 
que  les  nouveaux  éditeurs  de  Jean  le  Bel  examineront  :  1"  si  leur 


1. 

P. 

249,  note  1. 

2. 

P. 

253,  note  1. 

3. 

P. 

250,  note  2. 

4. 

P. 

258. 

5. 

T. 

II,  p.  175. 

6. 

T. 

I,  p.  256,  311  et  312 

7. 

T. 

II,  p.  174,  182. 

8. 

T. 

II,  p.  309  et  310. 

DE    LA    CHRONIQUE    DE    JEAN    LE    BEL.  585 

auteur  n'a  pas  puisé,  pour  partie,  la  campagne  de  succession  de 
Bretagne  à  la  même  source  que  le  compilateur  qui  a  cons- 
titué la  Chronographia,  puisqu'on  raison  de  la  supériorité 
reconnue  du  texte  inséré  dans  la  Chronographia,  celui-ci  ne 
peut  dériver  de  Jean  le  Bel;  2°  s'il  est  téméraire  de  penser  que, 
dans  cette  source,  le  nom  sous  lequel  apparaît  Auray  était  revêtu 
de  la  forme  latine  «  Castellum  Régis.  » 

H.  MORAN VILLE. 


BIBLIOGRAPHIE. 


Auguste  LoNGNox.  De  la  formation  de  l'unité  française.  Leçon  pro- 
fessée au  Collège  de  France,  le  4  décembre  ^889.  2«  édition.  Paris, 
Champion,  ^904.  In-8°,  27  pages. 

Lorsque  M.  A.  Longnon  fut  appelé  à  suppléer  M.  Alfred  Maury  dans 
sa  chaire  au  Collège  de  France,  il  donna  dans  sa  leçon  d'ouverture  un 
tableau  bien  complet  de  la  manière  dont  l'unité  de  la  France  s'était  peu 
à  peu  formée.  C'est,  il  faut  le  reconnaître  après  le  savant  professeur  du 
Collège  de  France,  grâce  aux  efforts  incessants  de  la  monarchie  capé- 
tienne que  la  France,  enfermée  d'abord  dans  les  limites  que  lui  avait 
assignées  le  traité  de  Verdun,  puis  morcelée  par  la  féodalité,  parvint, 
avant  1789,  à  former  un  tout  compact  et  homogène  et  bien  près  d'at- 
teindre les  frontières  naturelles  de  l'ancienne  Gaule. 

La  fixité  de  la  dynastie  fut  une  des  choses  qui  contribua  le  plus, 
par  la  perpétuité  des  traditions  politiques,  à  former  et  à  sauvegarder 
l'unité  française,  et  celte  fixité,  qui  fit  sa  force  et  la  mit  à  l'abri  des 
révolutions  et  des  compétitions,  fut  assurée  à  la  maison  royale  de 
France,  parce  que,  entre  toutes  les  maisons  royales  du  monde  chrétien, 
elle  se  distingua  par  la  scrupuleuse  honnêteté,  non  seulement  de  ses 
chefs,  dont  quelques-uns  furent  même  des  saints,  mais  aussi  par  celle 
de  la  plupart  des  princes  issus  des  branches  collatérales  de  la  dynastie 
capétienne. 

Il  était  juste  de  réimprimer  cette  leçon,  dans  laquelle  M.  Longnon, 
s'élevant  au-dessus  de  toute  considération  et  de  toute  passion  politique, 
a  fait  ressortir,  à  la  pure  et  lumineuse  clarté  de  l'histoire,  l'action  bien- 
faisante de  la  royauté  sur  notre  pays. 

Jules  VlARD. 

Colonel  BoRRELLi  de  Serres.  Recherches  sur  divers  services  publics  du 
XIIP  au  XV IP  siècle.  T.  Il  :  Notices  relatives  au  XIV'  siècle. 
I  :  la  Comptabilité  publique  au  XIV^  siècle  jusqu'au  règne  de  Phi- 
lippe  VI.  II  :  la  Politique  monétaire  de  Philippe  le  Bel.  Paris, 
Alphonse  Picard  et  fils,  -1904.  In-8^  556  pages. 

M.  le  colonel  Borrelli  de  Serres,  continuant  en  un  second  volume  ses 
recherches,  a  abordé  le  xiv^  siècle  et  a  étudié  la  comptabilité  publique 


BIBLIOGRAPHIE.  587 

au  xiv«  siècle  jusqu'au  règne  de  Philippe  VI.  Avant  tout,  je  veux  indi- 
quer que,  fidèle  à  sa  méthode,  l'auteur  a  examiné  avec  la  critique  la 
plus  rigoureuse  les  innombrables  fragments  de  comptes  qu'il  a  com- 
pulsés, qu'il  les  a  datés  avec  toute  la  précision  possible  ;  pour  ceux  qui 
avaient  été  déjà  cités,  il  en  a  vérifié  la  date  et  à  de  fréquentes  reprises 
a  corrigé  d'anciennes  erreurs. 

Après  avoir  distingué  les  rôles  des  bailliages  de  France,  les  rôles 
«  Hors  France,  »  les  comptes  particuliers,  M.  Borrelli  de  Serres  a 
donné  de  bien  curieux  détails  dans  son  chapitre  des  comptes  spéciaux. 
A  ce  propos,  il  a  mentionné  le  compte  spécial  «  d'un  apothicaire  pour 
l'embaumement  d'un  roi,  sans  date^  ;  »  en  note,  il  conclut  à  le  dater  de 
1321.  J'ai  vu,  il  y  a  longtemps,  cette  pièce,  et  l'écriture  ne  permet  pas 
d'en  reporter  la  rédaction  à  une  date  aussi  reculée;  d'ailleurs,  elle  est 
pubUée  depuis  de  longues  années^,  et  c'est  le  compte  de  l'embaume- 
ment de  Charles  V.  La  «  comptabilité  de  l'Hôtel  »  a  permis  à  M.  de 
Serres  de  signaler  un  grand  nombre  de  documents  curieux 3.  Enfin,  on 
remarquera  des  détails  de  grand  intérêt  au  chapitre  des  «  Pièces  auxi- 
liaires, »  soit  pour  recettes,  soit  pour  dépenses'*. 

Mais,  ce  que  je  considère  comme  plus  important  encore,  c'est  l'étude 
très  serrée  faite  des  Journaux  du  Trésor  sur  lesquels  il  y  avait  encore 
beaucoup  à  dire-'';  elle  est  complétée  par  celle  des  livres  auxiliaires  du 
Trésor  :  livres  des  changeurs,  registres  de  recette  et  dépense  communes, 
«  œuvre  non  de  comptabilité  royale,  mais  de  comptabilité  intérieure  de 
la  caisse  centrale*^,  »  ordinarium  thesauri,  dont  notre  confrère  M.  Viard 
a  le  premier  publié  le  texte  et  défini  la  nature^,  extractus  thesauri. 

Dans  le  chapitre  consacré  aux  «  Pièces  auxiliaires  s  »  et,  un  peu  plus 
loin,  dans  celui  où  il  étudie  les  «  Documents  du  service  de  contrôle,  » 
M.  le  colonel  de  Serres  a  examiné  quelques  questions  relatives  aux 
fouages  et  a  marqué  la  transformation  du  service  roturier  en  impôts 
sous  forme  de  fouage^;  en  même  temps,  il  s'est  arrêté  à  la  discussion 

1.  P.  51,  ligne  3. 

2.  Annuaire  historique  pour  l'année  18i5  publié  par  la  Société  de  l'his- 
toire de  France,  9'  année,  p.  196. 

3.  P.  68.  L'une,  au  moins,  a  été  utilisée  déjà  à  plusieurs  reprises,  c'est  un 
compte  de  l'hôlel  de  Robert,  comte  d'Artois,  en  1302. 

4.  Je  reprocherai  à  M.  de  Serres  une  sobriété  d'explications  qui  rend  cer- 
taines notes  vraiment  trop  obscures.  Cf.  p.  69,  note  1. 

5.  Malheureusement,  pas  plus  que  ses  devanciers,  M.  Borrelli  de  Serres  n'a 
donné  la  solution  de  l'abréviation  cont.  ou  compt.,  dont  le  sens  n'est  d'ailleurs 
pas  douteux  (p.  109). 

6.  P.  188. 

7.  Les  Journaux  du  Trésor  de  Philippe  VI  de  Valois. 

8.  P.  96. 

9.  P.  257. 


588  BIBLIOGRAPHIE. 

du  texte  connu  sous  le  titre  :  «  Les  paroisses  et  les  feux  des  baillies  et 
des  sénéchaussées  de  France*.  »  Il  en  a  fait  une  étude  précise  et  a  noté 
les  erreurs  lourdes  commises  par  beaucoup  de  ceux  qui  s'en  sont  ser- 
vis. Mais  il  eût  été  à  propos  de  rappeler,  à  cette  occasion,  le  système 
employé  pour  le  dénombrement  des  feux  et  de  dire  s'il  existe  encore 
des  registres  ayant  servi  de  base  à  celte  sorte  de  statistique  fiscale  : 
car  tous  les  lecteurs  de  M.  le  colonel  de  Serres  ne  sont  pas,  autant  que 
lui,  au  courant  des  questions  qu'il  traite.  M.  L.  Delisle  a  fort  clairement 
montré^  que  c'est  l'organisation  paroissiale  qui  est  la  base  de  l'organisa- 
tion de  perception  des  fouages^.  Un  document  fort  net  montre  mieux 
encore  le  rôle  joué  en  la  circonstance  par  les  trésoriers  des  fabriques,  pour 
le  domaine  du  duc  de  Normandie  en  1355  :  il  est  vrai  mais  il  n'est  pas 
téméraire  d'admettre  que  le  système  était  aussi  bien  pratiqué  lors  des 
perceptions  faites  pour  le  compte  du  roi;  je  reporte  en  note  ce  texte, 
afin  de  ne  pas  charger  ce  compte-rendu''.  Il  reste  que  les  «  trésoriers 


1.  Cf.  P.  Viollet,  Histoire  des  institutions  politiques  et  administratives  de  la 
France,  t.  III,  p.  515. 

2.  Études  sur  la  condition  de  la  classe  agricole  et  l'état  de  l'agriculture  en 
Normandie  au  moyen  âge,  p.  96  et  147. 

3.  Du  temps  de  Philippe  le  Bel,  on  signalait  les  inconvénients  du  système 
paroissial  de  statistique  des  feux  :  «  Sachiez  que  par  celé  voie,  qui  la  suivra, 
que  il  aura  sranl  dissention  du  pueple  es  genz  nostre  seigneur  le  Roy,  parce- 
que  il  diront  que  il  n'ont  mie  tant  de  feus  comme  li  provoire  bailleront  en 
escrit,  et  il  diront  voir;  car  en  l'escrit  desdiz  provoires  seront  escrit  :  cheva- 
lier, escuier,  clerc,  provoire,  franc  sergent,  Lombart  et  autres  genz  qui  ont 
franchise,  qui  ne  doivent  nul  servitude;  et  adonc  il  s'apercevront  de  la  grant 
mission  où  il  devront  entrer.  Si  osteront  encor  assez  des  autres  feus  qui  ne 
devroient  mie  eslre  ostez.  »  (Arch.  nat.,  J  1030,  pièce  65,  commencement  du 
xiv=  siècle.)  C'était  le  bon  sens  même.  Ce  qui  n'empêche  qu'il  ne  fut  pas  tenu 
compte  de  ces  objections. 

4.  «  Ch'est  le  compte  meistre  Henri  de  Neufvillele,  curé  de  Touville,  et 
Guillaume  de  Bruval,  commissaires  en  ceste  partie  de  nostre  1res  chier  sei- 
gnour  monsseignour  le  dalphin  de  Vienne,  en  la  viconté  du  Pontautou  et  res- 
sort, pour  recoler  les  feux  de  ladite  viconté  et  ressort,  pour  cause  du  sub- 
side otrié  audit  seignour  par  les  gens  du  pais  de  Normendie,  l'an  LV. 

«  Premièrement,  il  rechurent  les  lettres  de  monsseignour  le  dalphin  conte- 
nantes qu'il  recolenl  les  feux  des  parroesses  le  ix"  jour  de  juillet. 

«  Il  commencherenl  le  x"  jour  et  y  ont  vaquié  par  l'espace  de  xlii  jours, 
qui  vallent,  soivonl  l'instrucion,  par  jour  xxx  sols  pour  les  deuls  commissaires, 
dont  la  somme  se  monte  lxiii  livres. 

«  Item,  pour  mesages  envoies  ad  serjans  afln  de  fere  venir  par  devant  eulz 
les  trésoriers  des  parroesses,  afin  qui  nous  aportassent  tout  le  nonbre  des  feus 
par  la  manière  que  lour  curés  cuellent  lour  débites;  et  y  ont  esté  par  m  fois; 
pour  chacune  fois  ill  ont  eu  xxiiii  sols;  vallent  lxxii  sols. 

«  Item,  pour  un  clerc  qui  a  esté  lousjours  avec  eulz  pour  fere  les  cscritures 


BIBLIOGRAPHIE.  389 

des  paroesses  »  ont  apporté  aux  commissaires  «  tout  le  nonbre  des  feus 
par  la  manière  que  lour  curés  cuellent  lour  débites.  »  De  ces  registres 
paroissiaux,  nous  en  connaissons  au  moins  un.  En  effet,  notre  confrère 
M.  Lex  a  découvert  un  registre  tenu  par  messire  Girerd  de  Vésigneu, 
curé  de  Givry  (Saône-et-Loire),  en  1336;  ce  curé  ^confectionna  alors 
«  une  table  des  cens,  dîmes  et  coutumes  et  une  liste  des  tenants  feu  et 
lieu  de  la  paroisse,  qui  constitue  un  véritable  dénombrement  de  la 
population  %  »  mais  donnant  surtout  l'exemple  et  le  type  des  listes  pré- 
sentées aux  commissaires  royaux  par  les  trésoriers  des  fabriques.  La 
base  paroissiale  des  listes  des  fouages  explique  parfaitement  pourquoi, 
un  peu  plus  tard  encore,  en  1375,  le  curé  indiquait  aux  élus  ceux 
dans  sa  paroisse  qui  «  ont  à  présent  aucun  pou  de  sustance  à  supporter 
fouages  2.  » 

Sans  doute,  tout  impôt  personnel  est  injuste,  car  ce  n'est  pas  en  rai- 
son de  son  existence  que  l'individu  doit  l'impôt,  c'est  en  raison  de  la 
protection  que  l'État  lui  assure  pour  la  jouissance  de  ses  biens  et  du 
produit  de  son  travail.  Aussi  l'impôt  des  fouages  était-il  abominable, 
parce  qu'il  frappait  l'individu,  abstraction  faite  de  ses  facultés,  et  qu'avec 
la  difflculté  qu'il  y  avait  à  modifier  le  nombre  des  assujettis,  on  abou- 
tissait à  des  résultats  monstrueux.  Comment  tenir  compte  de  ceux  qui 
ont  changé  de  domicile,  des  morts  3,  des  individus  ruinés  par  les 
guerres''?  Et  si  l'on  tenait  compte  de  ces  changements,  comment  ne  pas 
voir  quelle  porte  était  ouverte  à  la  fraude,  à  la  faveur?  D'autre  part,  le 
gouvernement  ne  pouvait  tous  les  ans  voir  varier  dans  des  proportions 

touchantes  la  diste  commission  et  recolement,  pour  chacun  Jour  vi  sols,  vallent 
pour  xLii  jours  xii  livres  xii  sols. 

«  Item,  pour  parchemin  à  fere  lesdites  escritures  lx  sols. 

«  Item,  pour  le  salaire  de  Jehan  le  Viel,  sergent  commissaire  pour  faire  venir 
tosl  et  haslivemcnt  de  chascune  parroesse  les  collecteurs  et  i  ou  ii  des  tréso- 
riers desdictes  parroissez  pardevant  eulz  pour  faire  ladicte  recolation,  en  quoy 
il  a  vaquié  par  xxvi  jours;  pour  jour  pour  lui  et  pour  son  cheval  vi  sols,  valent 
VII  livres  xvi  sols. 

«  Somme  toute  :  iiiixxx  livres.  »  (Bibl.  nal.,  f.  fr.  26001,  pièce  n°  496, 
année  1355.) 

1.  L.  Lex,  Enregistrement  des  décès  et  des  mariages  au  XIV  siècle.  [Bibl. 
de  l'Éc.  des  chartes,  année  1890,  t.  LI,  p.  376.)  J'avoue  ne  pouvoir  admettre 
qu'on  voie  dans  ce  texte  un  a  dénombrement  de  la  population.  »  C'est  deman- 
der à  ce  genre  de  recueils  statistiques  ce  qu'un  esprit  précis  ne  saurait  en 
exiger. 

2.  Bibl.  nat.,  f.  fr.  25902,  pièce  27. 

3.  «  Mortuus  et  heredes  non  faciunt  focum  »  (1360).  (Bibl.  nat.,  f.  fr.  25902, 
pièce  10.) 

4.  L'injustice  du  système  des  fouages  a  été  très  nettement  indiquée  par 
M.  A.  Mulinier,  la  Sénéchaussée  de  Rouergue  en  13il-  {Bibl.  de  l'Éc.  des 
chartes,  année  1883,  t.  XLIV,  p.  458.) 


590  BIBLIOGRAPHIE. 

considérables  le  produit  des  fouages  :  de  là  sa  mauvaise  volonté  à  pro- 
céder à  des  revisions  de  fouages  qui  eussent  dû  être  annuelles. 

Aussi  est-ce  l'aide  de  douze  deniers  pour  livre  et  la  taxe  sur  les  bois- 
sons qui,  si  l'on  osait  procéder  à  une  assimilation  qui  n'est  pas  trop 
hasardeuse,  revêtant  la  forme  de  notre  octroi  moderne  <,  mais  perçu  pour 
l'État,  paraissent  procéder  de  principes  moins  révoltants. 

Ceci  dit,  je  crois  que  la  discussion  très  approfondie  faite  par  M.  de 
Serres  a  détruit  à  jamais  l'extravagante  idée  de  se  servir  des  relevés  de 
fouages,  —  si  imparfaits  d'ailleurs,  —  pour  estimer  le  chiffre  de  la 
population. 

Sous  la  rubrique  «  Documents  du  service  de  contrôle  »  ont  été  clas- 
sés et  examinés  les  prévisions  de  recettes  et  dépenses,  les  vérifications, 
les  exposés  de  situation,  etc.;  parmi  ceux-ci  a  trouvé  place  un  mémoire 
que  M.  Borrelli  de  Serres  croyait  à  bon  droit  inédit;  je  l'avais,  il  est 
vrai,  recueilli  il  y  a  près  de  vingt  ans,  et  je  l'ai  publié  l'an  passé 2,  alors 
que  M.  de  Serres  préparait  son  volume.  Je  pense  qu'il  faut  le  dater  de 
1331  plutôt  que  de  «  la  fin  de  13303.  » 

Plus  loin,  la  géographie  politique  se  trouve  complètement  remaniée 
par  les  résultats  obtenus  au  chapitre  «  Circonscriptions  financières  et 
résultats,  »  qui  contient  en  outre  une  courte  étude  des  finances  extraor- 
dinaires, aides  féodales,  prêts  plus  ou  moins  volontaires,  monnaies, 
douanes,  subsides  de  guerre.  Lombards,  Juifs,  décimes,  dépenses  des 
hôtels;  je  signalerai  en  ce  dernier  paragraphe,  que  M.  Borrelli  de  Serres 
a  fort  exactement  daté  un  document  important  concernant  l'hôteH,  en 
en  fixant  la  date  à  1317  et  non  1310,  comme  l'avait  à  tort  proposé  Bou- 
taric,  et  c'est  là  un  exemple  entre  cent  des  corrections  proposées  avec 
tant  de  sagacité  par  M.  de  Serres.  Le  volume  se  termine  par  des 
tableaux  du  plus  haut  intérêt  qui  donnent  le  résumé  en  chiffres  des 
résultats  si  nouveaux  obtenus,  et  enfin  par  un  mémoire  sur  la  poli- 
tique monétaire  de  Philippe  le  Bel^,  le  développement  des  prémices 

1.  Il  est  assez  curieux  de  constater  qu'actuellement  à  Paris  un  revirement  se 
produit  dans  l'opinion  vis-à-vis  du  principe  des  taxes  d'octroi.  Loin  de  le  trou, 
ver  révoltant,  le  rapporteur  général  du  budget  de  la  ville  de  Paris  pour  1905 
ne  déguise  pas  qu'en  délinitive,  il  est  juste  à  ses  yeux. 

2.  Notes  de  statistique  douanière  sous  Philippe  VI  de  Valois.  (Bibl.  de  l'Éc. 
des  chartes,  t.  LXIV,  année  1903,  p.  567.) 

3.  P.  313. 

4.  P.  484  et  485. 

5.  Je  m'en  voudrais  aussi  de  ne  pas  signaler  la  note  (p.  365)  oii  M.  Borrelli 
de  Serres  a  relégué  une  critique  acérée  et  trop  justitiée  des  prétentions  docu- 
mentaires de  Michelet;  c'est  un  soulagement  de  voir,  au  milieu  de  l'universelle 
platitude,  une  voix  indépendante  dire  ce  que  pensent  bien  des  gens;  rien  n'est 
cocasse,  en  effet,  comme  de  prétendre,  comme  l'a  fait  Michelet  dans  la  cita- 
tion qu'en  fait  M.  de  Serres,  que  «  la  Révolution  une  fois  pour  toutes  porta  le 


BIBLIOGRAPHIE.  591 

posées  dans  le  corps  du  volume  et  qui  met  à  néant,  aux  dépens  de 
ceux  qui  les  ont  colportées,  les  exagérations  dont  a  été  \ictime  la 
mémoire  de  Philippe  le  Bel  jusqu'à  une  époque  récente. 

Oserai-je,  en  terminant,  et  après  avoir  répété  que  ce  livre  contient 
une  quantité  de  renseignements  de  premier  ordre,  regretter  qu'une 
table  alphabétique  par  noms  et  matières  n'ait  pas  été  faite? 

H.  MORANVILLÉ. 

Marius  Sepet.  Au  temps  de  la  Pucelle,  récits  et  tableaux.  Le  Péril 
national.  Paris,  P.  Téqui,  4905.  \n-\%  vii-408  pages.  Prix  : 
3  fr.  50. 

L'histoire  de  Jeanne  d'Arc  de  notre  confrère  M.  Sepet  a  reçu  du 
public  l'accueil  le  plus  favorable,  comme  en  sont  témoins  les  nom- 
breuses éditions  qui  s'en  sont  succédé  depuis  l'édition  de  luxe  jusqu'à 
l'édition  populaire.  Ces  réimpressions  n'ont  pas  été  sans  entraîner  des 
remaniements,  qui  ont  obligé  l'auteur  à  un  travail  assez  considérable; 
aussi,  au  milieu  des  travaux  littéraires  et  historiques  qui  ont,  par  ailleurs, 
occupé  son  attention,  n'a-t-il  jamais  perdu  de  vue  ce  sujet  et  jamais 
négligé  l'histoire  du  xv«  siècle.  De  sa  fréquentation  des  hommes  et  des 
choses  de  cette  époque  est  née  l'idée  du  nouveau  volume  qu'il  nous 
offre  et  qu'il  dédie  plus  particulièrement  aux  lecteurs  de  sa  Jeanne 
d'Arc,  à  laquelle  il  sert,  dans  une  certaine  mesure,  d'introduction. 

Il  n'a  point  songé  à  faire  ici  un  travail  d'érudition  proprement  dit  ni 
cherché  à  grossir  le  nombre  des  documents  inédits  relatifs  à  la  fin  du 
règne  de  Charles  VI  et  des  débuts  de  celui  de  Charles  VIL  II  a  voulu, 
en  laissant  le  plus  souvent  la  parole  aux  contemporains,  nous  offrir  une 
peinture  historique,  un  tableau  vivant  et  animé  de  ces  temps  troublés. 

A  une  époque  où  le  goût  de  l'histoire  se  développe  de  plus  en  plus  et 
où,  cependant,  beaucoup  de  lecteurs  ne  peuvent  aborder  la  lecture  des 
textes  originaux  et  se  laissent  rebuter  par  l'aridité  d'ouvrages  d'érudi- 
tion, un  livre  conçu  comme  celui  que  nous  annonçons  ici  nous  semble 
appelé  à  un  succès  certain  et  propre  à  servir  la  cause  des  études  histo- 
riques. Le  volume  comprend  les  dix  chapitres  suivants  :  I.  L'enfance 
de  Charles  VIL  Armagnacs  et  Bourguignons  ;  IL  Les  trois  Frances  ; 
III.  Jean  Sans-Peur  et  le  dauphin.  Le  meurtre  de  Montereau  ;  IV.  Exhé- 
rédation  dynastique  et  déchéance  nationale;  V.  Conquêtes  et  funé- 
railles; VI.  L'enfant  d'Angleterre  et  le  roi  de  Bourges.  Coups  d'État, 
coups  de  main  et  intrigues  de  cour;  VIL  Paris  sous  la  domination 
anglaise;  VIII.  Mœurs,  coutumes  et  costumes.  Épisodes  et  anecdotes; 

IX.  Le  théâtre.  Les  confrères  de  la  Passion.  Représentations  diverses; 

X.  La  France  en  détresse.  Le  péril  et  le  remède. 

E.-G.  Ledos. 

jour  ...  dans  les  catacombes  manuscrites  »  des  Archives  nationales.  Oui,  mais 
avec  le  fer  et  le  feu! 


592  BIBLIOGRAPHIE. 

Louis  XI  et  le  Saint-Siège  (1461-1483),  par  Joseph  Combet,  docteur 
es  lettres,  professeur  d'histoire  au  lycée  de  Vesoul.  Paris,  ^003. 
In-8°,  xxviii-320  pages. 

Sous  ce  titre,  M.  Combet  a  écrit  un  livre  assurément  intéressant,  mais 
qui  aurait  gagné  à  être  mieux  mûri.  L'auteur  n'aurait  pas  eu  ainsi  à  le 
faire  précéder  d'un  errata  de  deux  pages,  encore  insuffisant,  comme 
nous  le  ferons  voir.  La  politique  religieuse  de  Louis  XI  n'est  pas,  en 
effet,  une  des  moindres  curiosités  du  personnage,  partagé  qu'il  était 
entre  sa  dévotion,  disons  mieux,  sa  superstition,  et  ce  besoin  de  domi- 
nation qui  fut  sa  passion  maîtresse,  passion  qui  tendait  à  s'exercer 
aussi  bien  dans  le  domaine  religieux  que  dans  le  domaine  séculier. 
Cette  politique  a  passé  par  plusieurs  phases,  car,  si  Louis  XI  était,  en 
général,  assez  peu  changeant  sur  l'objectif  à  atteindre,  il  savait  varier 
les  moyens  suivant  les  circonstances.  Son  règne  débute  par  la  bonne 
entente  avec  le  Saint-Siège;  tous  deux  sont  d'accord  pour  abolir  la 
Pragmatique  Sanction,  qui,  aux  yeux  de  Louis  XI,  a  le  défaut  capital 
d'être  l'œuvre  de  son  père,  et  M.  Combet  n'a  peut-être  pas  insisté  suf- 
fisamment sur  ce  côté  de  la  question.  Le  roi  compte  d'ailleurs  être 
payé  des  concessions  qu'il  fait  au  pape.  Le  désaccord  surgit  bientôt 
par  suite  de  l'hostilité  persistante  de  Pie  II  à  la  maison  d'Anjou;  le  roi 
ne  constate  pas  d'ailleurs  que  ses  concessions  lui  assurent  à  l'égard  du 
clergé  de  France  une  influence  plus  grande  que  par  le  passé,  mais  la  ligue 
du  Bien  Public  met  Louis  XI  dans  la  nécessité  de  se  ménager  le  concours 
de  la  papauté  et  le  décide  finalement  à  conclure  le  concordat  de  1472, 
sur  lequel  M.  Combet  nous  fournit  des  renseignements  très  complets  et 
très  nouveaux.  Puis  l'antagonisme  toujours  latent  se  réveille  à  la  suite 
de  la  conspiration  des  Pazzi,  appuyés  par  le  pape,  contre  les  Médicis, 
protégés  de  Louis  XL  Le  pape  n'en  finit  pas  moins  par  déférer  au  roi 
un  arbitrage  qui  met  dans  tout  son  jour  la  prépondérance  de  l'influence 
française  en  Italie.  Le  pape  se  résigne  à  la  subir  et  finit  par  recon- 
naître les  droits  de  la  France  sur  Naples,  qui  avaient  été  à  l'origine  la 
pierre  d'achoppement  des  relations  entre  le  pape  et  le  roi.  Je  ne  sau- 
rais admettre  pourtant,  avec  M.  Combet,  que  Louis  XI  ait  été  ainsi  le 
véritable  promoteur  des  guerres  d'Italie,  et  que,  si  le  temps  ne  lui  eût 
manqué,  il  les  eût  entreprises  lui-même  et  conduites  seulement  avec 
plus  d'esprit  politique  et  de  sagesse  que  ses  successeurs.  Il  éprouvait 
une  répugnance  suprême  pour  la  guerre,  aussi  bien  en  Italie  qu'ailleurs, 
et  aurait  certainement  tout  fait  pour  l'éviter,  se  limitant,  comme  il  le 
fit,  à  établir  la  prépondérance  politique  de  la  France  dans  la  Péninsule. 
Tel  est,  brièvement  résumé  et  avec  les  restrictions  qu'il  nous  semble 
nécessaire  d'y  apporter,  le  contenu  du  livre  de  M.  Combet.  Nous  en 
avons  dit  les  qualités  et  les  défauts.  Ces  défauts,  surtout  de  forme, 
eussent,  suivant  nous,  été  grandement  atténués,  si,  au  lieu  de  recourir 


BIBLIOGRAPHIE.  593 

comme  il  l'a  fait  aux  mauvaises  copies  de  l'abbé  Legrand,  l'auteur  se 
fût  servi  des  originaux,  qui  subsistent  pour  la  plupart,  et  que  Legrand 
lui-même  signale  le  plus  souvent.  En  revanche,  les  documents  nom- 
breux puisés  dans  les  archives  italiennes  (la  correction  ne  m'en  paraît 
pas  non  plus  toujours  parfaitement  établie)  apportept  dans  ce  travail 
un  incontestable  élément  de  nouveauté  et  d'intérêt.  Nous  avons  dit 
qu'il  était  déparé  par  de  trop  nombreuses  fautes,  où  nous  ne  voulons 
voir  que  des  lapsus;  il  serait  trop  long  de  les  signaler  toutes,  même 
sans  compter  celles  que  l'auteur  a  reconnues  et  corrigées  lui-même.  Il 
nous  est  pourtant  impossible  de  ne  pas  signaler  des  erreurs  comme 
celle  qui  fait  du  comte  de  GharoUais  un  duc,  p.  9;  de  l'évêque  de  Rennes 
un  archevêque,  p.  64,  et  de  l'archevêque  de  Lyon,  en  revanche,  un 
simple  évêque,  p.  94;  celle  qui  place  à  Tours  la  relique  de  la  vraie 
croix  de  Saint-Laud  d'Angers,  si  vénérée  de  Louis  XI,  p.  150;  celle  qui 
fait  mourir  sur  l'échafaud  le  duc  d'Alençon  et  Jacques  V  d'Armagnac 
(lisez  Jean),  alors  que  le  premier  mourut  de  sa  bonne  mort  et  le  second 
assassiné  dans  une  bagarre,  où  l'on  a  voulu  voir,  sans  preuve  certaine 
d'ailleurs,  un  guet-apens  de  Louis  XI,  p.  152;  enfin,  pour  terminer, 
M.  Combet  fait  de  Charles  d'Anjou,  comte  du  Maine  et  de  Provence, 
un  roi  de  Provence  qui  n'a  jamais  existé  que  pour  lui,  p.  181  ;  et, 
encore  une  fois,  nous  aurions  pu  allonger  beaucoup  plus  cette  liste  de 
méprises;  telle  quelle,  elle  témoigne  d'une  rapidité  de  composition 
dont  le  livre  a  souffert,  bien  qu'il  y  ait  pourtant  encore  quelque  profit 
à  en  retirer. 

J.  Vaesen. 

P.  Richard.  Une  correspondance  diplomatique  de  la  curie  romaine 
à  la  veille  de  Marignan  (-1515).  Paris,  A.  Picard,  ^1904.  In-8°, 
420  pages. 

M.  P.  Richard  vient  de  publier  à  part  une  étude  qui  avait  paru 
d'abord  dans  la  Revue  d'histoire  et  de  littérature  religieuses,  où  il  révèle 
une  intéressante  série  de  lettres  existant  aux  archives  du  Vatican  et 
émanant  de  la  curie  romaine  pendant  les  mois  qui  ont  précédé  la 
bataille  de  Marignan.  Une  copie  de  cette  correspondance  s'est,  par  une 
erreur  de  classement,  glissée  dans  le  tome  I  de  la  Nunziatura  di  Ger- 
mania,  tandis  que  les  minutes  sont  conservées  au  volume  153  des  Par- 
ticolari,  fonds  secondaire  de  la  collection  des  archives  de  la  secrétairerie 
d'État.  Des  comparaisons  minutieuses  d'écriture  ont  amené  M.  Richard 
à  affirmer  que  ces  lettres  sont  l'œuvre  d'un  des  grands  humanistes  de 
la  Renaissance,  de  Bernardo  Dovizi,  plus  connu  sous  le  nom  de  Bib- 
biena,  sa  ville  natale.  Il  avait  été  secrétaire  du  cardinal  Jean  de  Médi- 
as avant  son  élévation  au  pontificat  et  resta  en  faveur  pendant  les 
premières  années  du  règne  de  Léon  X.  Cette  série  de  lettres  corn- 


594  BIBLIOGRAPHIE. 

mence  à  la  fln  de  novembre  1514  pour  se  terminer  en  septembre  1515, 
peu  après  la  victoire  de  François  I^r.  On  peut,  grâce  à  elles,  suivre 
pour  ainsi  dire  jour  par  jour  les  efforts  que  fit  Léon  X  pour  grouper  en 
un  seul  faisceau  les  principaux  États  d'Italie  et  d'Europe  contre  les 
projets  ambitieux  du  roi  de  France.  Adressées  aux  nonces  en  Espagne, 
en  France,  à  Milan,  auprès  de  l'Empereur  et  des  Suisses,  au  cardinal 
Jules  de  Médicis,  à  Mathias  Schinner  et  au  vice-roi  de  Naples  don 
Ramon  de  Gardona,  elles  font  pénétrer  dans  le  détail  des  négociations 
entamées  et  suivies  par  la  curie.  La  personnalité  de  l'auteur  de  ces 
lettres  ajoute  à  l'intérêt  qu'elles  présentent  en  elles-mêmes,  car  le  ton 
n'en  est  pas  froidement  impersonnel  comme  dans  la  plupart  des  corres- 
pondances diplomatiques;  Bibbiena  s'y  montre  tel  qu'il  était,  avec  son 
caractère  enjoué,  sa  bonne  humeur  discrète  d'homme  du  monde  et 
de  cour. 

Il  faut  savoir  gré  à  M.  Richard  d'avoir  montré  tout  le  profit  qu'on 
pouvait  tirer  de  documents  dont  la  valeur  n'avait  point  été  jusqu'ici 
suffisamment  appréciée  et  d'avoir  résumé  avec  clarté  et  élégance  un 
chapitre  très  important  de  l'histoire  diplomatique  du  Saint-Siège  et  de 
l'Italie. 

Georges  Daumet. 

Ambassade  en  Espagne  de  Jean  Ébrard,  seigneur  de  Saint- Sulpice^ 
de  1502  à  4565,  et  mission  de  ce  diplomate  dam  le  même  pays  en 
4566.  Documents  classés,  annotés  el  publiés  par  Edmond  Cabiê. 
Aibi,  Nougariès,  et  Paris,  A.  Picard,  ^903.  ln-8%  xxv-472  pages. 

M.  Gabié  a  eu  la  bonne  fortune  de  recevoir  des  mains  d'un  ami,  dont 
il  a  cru  devoir  respecter  l'anonymat,  une  collection  de  papiers  prove- 
nant de  Jean  Ébrard,  seigneur  de  Saint-Sulpice.  Ges  papiers  sont  indu- 
bitablement ceux  que  M.  de  Saint-Sulpice  rapporta  lui-même  de  son 
ambassade  en  Espagne,  c'est-à-dire  les  lettres  officielles  ou  privées 
qu'il  reçut,  et  les  brouillons  ou  minutes,  écrits  de  sa  main  ou  de  celle 
de  ses  secrétaires,  des  dépêches  par  lui  adressées  à  Charles  IX  et  à 
Catherine  de  Médicis.  La  série  de  ces  minutes  était  assez  incomplète, 
mais,  à  l'aide  des  manuscrits  du  fonds  français  de  la  Bibliothèque  natio- 
nale, n^'s  3161-3163,  il  n'y  avait  rien  de  plus  aisé  que  de  combler  les 
lacunes.  Ges  manuscrits  ne  sont  autres,  en  effet,  que  les  registres  où 
un  secrétaire  de  l'ambassadeur  copiait  au  fur  et  à  mesure  les  dépêches 
que  son  chef  envoyait  au  roi  et  à  la  reine-mère.  M.  Gabié  s'est  procuré, 
quoique  tardivement,  nous  dit-il,  copie  de  ces  trois  registres.  Il  avait 
donc  par-devers  lui  tous  les  éléments  d'une  publication  du  plus  grand 
intérêt,  les  papiers  au  complet  d'une  ambassade  importante,  et  si, 
comme  il  le  déclare  lui-même,  les  grandes  lignes  de  l'histoire  diploma- 
tique de  ce  temps  ne  devaient  pas  s'en  trouver  fort  sensiblement  modi- 


BIBLIOGRAPHIE.  595 

fiées,  la  valeur  politique  de  ces  documents  n'en  demeurait  pas  moins 
considérable,  et,  d'autre  part,  on  était  en  droit  d'espérer  y  rencontrer, 
notamment  sur  l'entourage  de  Philippe  II,  une  foule  de  détails  précieux. 
Nous  avons  été  déçus  par  cette  publication.  Au  lieu  de  nous  donner 
les  textes  in  extenso,  M.  Cabié,  arbitrairement,  n'a  reproduit  que  les 
passages  de  cette  correspondance  qu'il  estimait  les  plus  importants,  et 
il  nous  a  servi  des  documents  pour  la  plupart  tronqués  ou  réduits  à 
des  analyses  qui  prétendent  vainement  remplacer  les  originaux  et  où 
disparaissent,  et  la  saveur  de  la  langue,  et  les  détails,  les  menus  faits, 
typiques  et  vivants,  si  justement  recherchés  des  historiens.  Il  est  vrai, 
à  en  croire  M.  Cabié,  que  les  mutilations  auraient  surtout  porté  sur  les 
dépêches  des  registres  de  la  Bibliothèque  nationale,  auxquels  il  nous 
est  loisible  d'avoir  recours.  Mais  quand  on  voit,  par  exemple  (p.  164), 
les  détails  sur  les  Cortes  de  Monzon  supprimés,  une  dépêche  de  deux 
pages  télescopée  en  une  notice  de  quatre  lignes  et  un  mémoire  de  onze 
pages  manuscrites  analysé  en  une  seule  page  d'impression,  il  est  per- 
mis de  s'inquiéter  de  la  proportion  de  réduction  qu'ont  subie  les  autres 
documents.  M.  Cabié,  s'il  n'osait  entreprendre  la  publication  complète, 
et  en  effet  volumineuse,  de  tous  les  papiers  de  l'ambassade,  aurait 
beaucoup  mieux  fait  de  ne  nous  donner  que  la  reproduction,  mais  inté- 
grale, des  documents  qu'on  lui  avait  confiés  et  qui  ne  sont  pas  acces- 
sibles au  public.  De  la  sorte,  en  se  reportant  aux  trois  registres  cités 
de  la  Bibliothèque  nationale,  quiconque  l'eût  désiré  aurait  pu  reconsti- 
tuer, pour  son  usage  personnel,  la  série  complète  des  papiers  de  cette 
ambassade,  et  nous  n'aurions  pas  eu  le  regret  de  voir  la  publication 
d'une  si  belle  suite  de  correspondance,  d'un  ensemble  si  rare,  irrémé- 
diablement compromise.  Nous  n'insisterons  pas  davantage,  non  plus 
que  sur  la  sobriété  de  l'annotation.  A  notre  avis,  il  eût  fallu,  à  l'occa- 
sion, signaler  et  rectifier  les  erreurs  des  copistes  ou  des  secrétaires, 
voire  même  n'y  pas  ajouter  des  inattentions  de  lecture  peut-être  impu- 
tables à  l'éditeur.  Ainsi,  p.  408,  duchesse  d'Ossana,  comtesse  de 
Modira,  don  Francisco  Sapala  doivent  se  lire  :  Ossuna,  Modica,  Sapata, 
même  en  respectant  le  mode  de  transcription  française  pour  Osuna  et 
Zapata.  Avec  toutes  ces  défectuosités,  dont  certaines  fort  graves,  cette 
publication  pourra  encore  être  de  quelque  service,  mais  on  ne  saurait 
s'empêcher,  chaque  fois  qu'on  y  aura  recours,  de  se  demander  ce  qu'on 
y  aura  perdu. 

H.  Léonardon. 

Conseil  de  commerce  et  Bureau  du  commerce,  1700-1791.  Inven- 
taire analytique  des  procès-verbaux,  par  Pierre  Bonnassiedx.  Intro- 
duction et  table,  par  Eug.  Leloivg.  Paris,  Imprimerie  nationale, 
^900.  Gr.  in-4°,  lxxii-700  pages. 

Le  Conseil  de  commerce,  dont  le  présent  volume  nous  résume  les 


596  BIBLIOGRAPHIE. 

procès-verbaux  et  nous  fait  connaître  le  personnel,  fut  créé  par  arrêt 
du  Conseil  d'État  du  29  juin  1700.  Il  siégea  pour  la  première  fois  le 
29  novembre  de  la  même  année  ;  sa  dernière  séance  est  du  27  février 
1791;  un  décret  de  l'Assemblée  nationale,  du  27  septembre  1791,  le 
supprima.  Il  avait  eu  pour  ancêtre,  sans  parler  de  l'assemblée  de 
négociants  convoquée  à  Tours  par  Louis  XI  le  28  septembre  1470,  une 
commission,  d'abord  de  seize,  puis  de  douze  membres,  réunie,  en  vertu 
de  lettres  de  Henri  IV  du  13  avril  et  du  16  juillet  1601,  pour  examiner 
«  les  mesures  propres  à  restaurer  le  commerce  et  l'industrie;  »  elle  ne 
semble  pas  avoir  duré  au  delà  de  l'année  1608.  Une  Chambre  de  com- 
merce, avec  les  mêmes  attributions,  fut  instituée  par  Richelieu  en  jan- 
vier 1629;  elle  ne  dura  pas  non  plus.  Mazarin,  à  son  tour,  sur  la  pro- 
position de  Chanut,  voulut  établir  «  un  corps  d'une  commission 
perpétuelle  de  commerce  pour  veiller  à  toutes  les  occasions  de  l'am- 
plifier et  chercher  les  moyens  de  le  mettre  en  lustre  et  valeur.  >  Il  ne 
réussit  que  pour  un  temps  à  le  rétablir  par  un  arrêt  du  Conseil  d'État 
du  10  avril  1661  ;  mais  on  ne  trouve  la  mention  de  ce  Conseil  que  jus- 
qu'au 14  août  1676.  Il  faut  arriver  au  mois  de  mai  1699  pourvoir  cons- 
tituer, sur  la  proposition  de  Pontchartrain,  un  Conseil  de  commerce  qui 
devait  durer  jusqu'à  la  fin  de  l'ancien  régime.  Il  comprenait  des  com- 
missaires, conseillers  d'État  ou  maîtres  des  requêtes;  des  intendants  du 
commerce;  des  députés  du  commerce,  délégués  par  les  grandes  villes 
commerçantes  et  industrielles  du  royaume  ;  des  inspecteurs  généraux 
des  manufactures  et  du  commerce;  un  secrétaire  et  des  académiciens 
et  artistes.  Le  nombre  des  membres  de  ce  Conseil  ne  fut  pas  fixé,  mais 
varia  pendant  sa  durée,  comme  aussi  sa  constitution  même.  Sa  mission 
était  d'examiner  «  toutes  les  propositions  et  mémoires  qui  y  seroient 
envoyés,  ensemble  les  difficultés  qui  y  surviendroient  concernant  le 
commerce,  tant  de  terre  que  de  mer,  au  dedans  et  au  dehors  du 
royaume,  et  concernant  les  fabriques  et  manufactures,  pour,  sur  le  rap- 
port qui  en  seroit  fait  à  Sa  Majesté  des  délibérations  qui  auroient  été 
prises  dans  ledit  Conseil  de  commerce,  être  par  Elle  pourvu  ainsi  qu'il 
appartiendroit.  »  Il  avait  donc,  comme  on  le  voit,  un  rôle  purement 
consultatif;  mais  la  très  grande  autorité  qui  s'attachait  à  la  plupart  de 
ses  avis  amenait  le  plus  souvent  le  gouvernement  à  les  traduire,  soit  en 
une  ordonnance  de  l'intendant  intéressé,  soit  en  un  arrêt  du  Conseil 
d'Etat.  Quand  il  s'agissait  d'intérêts  particuliers,  le  Conseil  avait  l'ha- 
bitude de  se  récuser;  «  ces  intérêts,  »  disent  ses  procès-verbaux, 
«  n'ayant  aucun  rapport  avec  ceux  du  commerce.  »  Son  domaine,  d'ail- 
leurs, même  avec  cette  restriction,  était  très  vaste,  puisqu'il  compre- 
nait toutes  les  questions  concernant  les  institutions  commerciales,  le 
commerce  intérieur,  le  commerce  extérieur  et  maritime,  l'industrie. 
C'est  par  milliers  que  se  chiffrent  les  avis  (contenus  dans  les  registres 
p\2  51-F12,  108  des  Archives  nationales)  donnés  par  lui  sur  les  sujets 


BIBLIOGRAPHIE.  397 

qui  lui  furent  soumis  pendant  le  cours  du  xYin^  siècle;  ils  constituent 
un  véritable  répertoire  de  l'histoire  industrielle  et  commerciale  de  la 
France  pendant  cette  période.  M.  Bonnassieux,  qui  en  avait  commencé 
l'analyse,  à  laquelle  le  préparaient  ses  études  antérieures  sur  celte  his- 
toire, n'a  pas  eu  la  satisfaction  d'y  mettre  la  dernière  main  ;  mais  il  a 
eu  la  bonne  fortune  de  trouver  un  successeur  digne  de  lui  dans  M.  Eug. 
Lelong,  qui  a  terminé  l'introduction  historique  commencée  et  la  table, 
aussi  énorme  qu'utile,  de  cette  intéressante  publication. 

J.  Vaesen. 


LoNGNON,  membre  de  l'InsliLat.  Documents  relatifs  au  comté  de 
Clwjnpagne  et  de  Brie,  'I172-1S61.  T.  II  :  le  Domaine  comtal. 
Paris,  Imprimerie  nationale,  Il»04.  In-4°,  xlviii-743  pages.  {Col- 
lection de  documents  inédits  sur  l'histoire  de  France,  publiés  par 
les  soins  du  ministre  de  Tlnstruction  publique.) 

Nous  avons  déjà  rendu  compte  précédemment  (t.  LXIII,  1902, 
p.  705)  du  tome  I  de  cet  ouvrage,  qui,  consacré  aux  fiefs  mouvants  du 
comté  de  Champagne,  formait  un  tout  bien  complet.  Le  second  volume, 
où  M.  Longnon  a  réuni  les  textes  officiels  relatifs  au  domaine  des 
comtes,  et  dans  lequel  les  enquêtes  ordonnées  par  ces  princes  sont 
accompagnées  des  prisées  ou  estimations  faites  à  propos  de  l'aliénation 
de  diverses  châtellenies,  présente  également  une  unité  absolue.  Les 
textes  insérés  dans  ce  second  volume  sont  au  nombre  de  quatorze  et 
s'étendent  de  1215  environ  à  1350.  A  la  suite,  M.  Longnon  a  donné  en 
appendice  treize  autres  documents,  peu  considérables  pour  la  plupart, 
mais  se  rattachant  au  même  sujet.  Voici  l'énumération  de  tous  ces 
textes  : 

lo  État  du  domaine  comtal  en  la  chàtellenie  de  Château-Thierry,  de 
1215  environ, 

2°  Extenta  terre  comitatus  Campanie  et  Brie  (1276-1278). 

3°  État  des  bois  situés  aux  environs  de  Troyes  (1290  environ). 

4°  Prisée  de  la  terre  de  Châtillon-sur-Marne  (1291  environ). 

5°  Rôles  du  pariage  de  la  terre  de  Luxeuil  (1300  environ). 

6°  Prisée  de  Rozoy-sur-Serre  et  de  Château -Porcien  (1303). 

70  Assiette  du  douaire  de  Jeanne  d'Évreux  (1325-1334). 

8°  Prisée  de  la  chàtellenie  de  Villemaur  et  lieux  voisins  (1328-1329). 

9°  Prisée  des  châtellenies  de  Montereau  et  Saint-Florentin  (1332). 

10°  Prisée  de  la  chàtellenie  de  Méry-sur-Seine,  partie  de  la  chàtelle- 
nie de  Vertus,  etc.  (1337). 

11°  Seconde  prisée  de  la  chàtellenie  de  Méry-sur-Seine,  partie  de  la 
chàtellenie  de  Vertus,  etc.  (1338-1342). 

12°  Prisée  de  la  chàtellenie  de  Vaucouleurs  (1341). 

13°  Prisée  des  châtellenies  de  Saint-Florentin  et  d'Ervy  (1344). 
d904  39 


398  BIBLIOGRAPHIE. 

14«  Prisée  de  la  châtellenie  de  A'illemaur  et  lieux  voisins  (1344). 

Les  documents  contenus  dans  l'appendice  sont  :  des  enquêtes  sur  les 
droits  des  usagers  de  la  forêt  de  Mant,  sur  les  acquêts  faits  depuis 
quarante  ans  par  les  églises  et  par  les  bourgeois  en  la  châtellenie  de 
Bar-sur-Aube,  sur  les  acquêts  des  églises  en  la  châtellenie  de  Monté- 
clair,  sur  les  limites  du  comté  de  Champagne  vers  la  châtellenie  de 
Melun,  sur  les  acquêts  faits  depuis  trente  ans  par  les  églises  et  les 
bourgeois  dans  les  châtellenies  de  Bray-sur-Seine  et  de  Montereau  ; 
une  plainte  adressée  au  roi  par  les  bourgeois  de  Provins,  à  la  fin  du 
xine  siècle;  le  manifeste  d'une  ligue  des  nobles  et  du  commun  de 
Champagne,  du  24  novembre  1314;  le  rôle  des  domaines  aliénés  dans 
le  bailliage  de  Vitry  au  temps  de  Philippe  IV,  de  Louis  X  et  de  Phi- 
lippe V,  de  13-21  environ;  une  enquête  du  bailli  de  Troyes  sur  les 
domaines  aliénés  depuis  quarante  ans  environ,  du  16  octobre  1322;  une 
prisée  du  comté  de  Vertus,  de  1366-1375;  une  liste  des  villes  et  châ- 
teaux appartenant  à  la  prévôté  de  Châtenois  et  de  Neufchâteau  qui 
sont  et  doivent  être  de  la  prévôté  d'Andelot;  un  inventaire  des  registres 
de  la  chambre  de  Champagne  en  1489. 

En  tête  de  cette  publication,  faite  avec  soin,  est  une  longue  introduc- 
tion dans  laquelle  M.  Longnon  fait  connaître  la  provenance  de  tous  ces 
textes  et  l'état  dans  lequel  ils  nous  sont  parvenus.  A  la  fin,  deux  tables, 
l'une  des  noms  propres  de  lieu  et  de  personne,  l'autre  des  matières, 
permettent  d'utiliser  facilement  ce  volume  qui,  comme  le  précédent, 
rendra  de  grands  services,  non  seulement  aux  érudits  qu'intéresse  le 
nord-est  de  la  France,  mais  encore  à  ceux  qui  s'occupent  de  l'histoire 
des  xiu«  et  xiv»  siècles. 

Jules   VlABD. 


René  Bodrgeois.  Du  mouvement  communal  dans  le  comté  de  Cham- 
pagne aux  Xll^  et  XI II" siècles.  Paris,  H.  Champion,  -1904.  Iii-8°, 
iii-l  80  pages. 

Le  travail  de  M.  Bourgeois  est  une  étude  d'ensemble  sur  le  mouve- 
ment communal  qui  se  produisit  en  Champagne  à  la  fin  du  xii^  et  au 
commencement  du  xni'=  siècle.  Dans  cette  province,  ce  mouvement  ne 
se  présente  pas  avec  les  mêmes  caractères  que  dans  le  reste  de  la 
France.  Tandis  que  généralement  les  villes  arrachèrent  par  la  force 
leurs  chartes  communales  aux  seigneurs,  en  Champagne,  au  contraire, 
tout  se  passa  pacifiquement,  et  ce  furent  les  comtes  qui,  sans  pression 
violente,  accordèrent  aux  principales  villes  de  Champagne  des  lettres 
d'affranchissement.  La  façon  de  procéder  des  comtes  était,  en  général, 
l'octroi  d'une  charte  à  une  agglomération  d'habitants  déjà  existante, 
ou  bien,  fondant  un  village,  une  ville  neuve,  ils  lui  accordaient  en 
même  temps  le  type  communal.  On  trouve  aussi  une  autre  sorte  de 


BIBLIOGRAPHIE.  599 

contrat  qui  ressemble  à  un  traité  de  pariage.  D'après  lui,  le  comte 
obtenait  la  co-justice  honoritique  et  utile  d'un  lieu  et  s'obligeait  à  le 
défendre  contre  toute  entreprise. 

Après  avoir  ainsi  fait  connaître  comment  se  produisit  le  mouvement 
communal  en  Champagne,  M.  Bourgeois  étudie  les.  communes  d'après 
leurs  chartes.  Il  s'en  faut  qu'il  ait  pu  donner  toutes  les  lettres  d'affran- 
chissement accordées  à  des  communautés  champenoises.  N'ayant 
dépouillé  qu'une  partie  de  la  collection  de  Champagne  à  la  Bibliothèque 
nationale,  il  a  publié  celles  qu'il  y  a  rencontrées;  elles  sont  au  nombre 
de  douze  et  intéressent  les  villes  et  villages  suivants,  qu'il  divise  en 
quatre  groupes.  Premier  groupe  :  Bussy-le-Ghâtel  (Marne),  Ainaumont 
(Ardennes),  Villiers-en-Argonne  (Marne).  Deuxième  groupe  :  Meaux 
(Seine-et-Marne),  Fismes  (Marne),  Écueil  (Marne).  Troisième  groupe  : 
Troyes  (Aube),  Provins  (Seine-et-Marne),  la  Ferté-sur-Aube  (Haute- 
Marne),  Bar-sur-Seine  (Aube).  Quatrième  groupe  :  la  Neuville-au-Pont 
(Marne),  Florent  (Marne).  Les  chartes  du  premier  groupe,  qui  sont  des 
années  1200  et  1208,  sont  les  moins  explicites  et  n'accordent  aux  habi- 
tants que  quatre  jurés.  D'après  celles  du  deuxième  groupe,  qui  sont 
des  années  M79,  1226  et  1229,  une  plus  grande  indépendance  était 
accordée  aux  communes  dont  les  habitants,  formant  une  sorte  de  con- 
juration, prêtaient  serment  de  se  porter  mutuellement  secours  et  assis- 
tance. Dans  les  chartes  du  troisième  groupe  (années  1230,  1231,  1234), 
qui  sont  rédigées  en  français,  les  jurés,  parmi  lesquels  est  choisi  le 
maire,  sont  nommés  par  le  comte,  et  le  système  d'impôt  est  différent 
aussi  de  celui  que  l'on  trouve  dans  les  autres  groupes.  Dans  le  dernier 
groupe  (années  1203  et  1226),  on  trouve,  à  la  Neuville-au-Pont,  des 
jurés  et  un  maire  éligibles  pour  un  an  par  le  vote  de  tous  les  habitants, 
et  à  Florent,  en  plus  du  maire  et  des  jurés,  sept  échevins. 

Dans  l'étude  qu'il  fait  ensuite  de  ces  chartes,  M.  Bourgeois  fait  con- 
naître l'état  des  personnes  et  la  condition  des  biens  dans  les  communes, 
comment  la  justice  était  rendue  et  au  proht  de  qui,  quelles  étaient  les 
redevances  payées  par  les  habitants  et  enfin  la  législation  qui  les  régis- 
sait. Le  texte  des  chartes  des  douze  villes  signalées  plus  haut  termine 
cet  ouvrage  fait  avec  soin,  et  qui  fournit  un  bon  appoint  aux  travaux 
analogues  publiés  sur  les  différentes  régions  de  la  France  où  se  propa- 
gea le  mouvement  communal  aux  xii^  et  xni^  siècles. 

Jules  VlARD. 

Cartulaire  de  Vabbaye  de  Sainte-Croix  de  Quimperlé,  publié  par 
L.  Maître  et  Paul  de  Berthod.  2"  édition,  revue,  corrigée  et  aug- 
mentée. Rennes  et  Paris,  1904.  In-8°,  xi-40S  pages.  [Bibliothèque 
bretonne-armoricaine,  publiée  par  la  Faculté  des  lettres  de  Rennes, 
fasc.  IV.) 

La  seconde  édition  d'un  cartulaire  est  un  fait  assez  rare  pour  que 


600  BIBLIOGRAPHIE. 

l'on  ne  juge  pas  inutile  de  le  mentionner.  Ce  n'est  pas  que  le  texte  ait 
été  sensiblement  modifié,  autant  que  nous  avons  pu  le  constater  en 
rapprochant  quelques  chartes  dans  les  deux  éditions.  MM.  Maître  et  de 
Berthou  ont  voulu  profiter  d'une  collation  faite  sur  l'original,  en  1898, 
par  M.  Whitley  Stokes,  au  point  de  vue  spécial  des  études  celtiques. 
Il  est  regrettable  qu'ils  n'aient  pas  pu  recourir  à  l'original  lui-même, 
que  M.  Maître  a  eu  le  mérite  de  retrouver  en  Angleterre  en  1881  et 
que  les  héritiers  de  lord  Beaumont  ont  cédé  au  British  Muséum,  où  il 
figure  sous  la  cote  Egerton  2802.  Nous  ne  recommencerons  pas  ici 
l'analyse  du  cartulaire,  que  nous  avons  donnée  à  l'occasion  de  la  pre- 
mière édition ^  M.  de  Berthou  a  revu  son  premier  travail  surtout  au 
point  de  vue  des  noms  de  personnes  et  de  lieux  et  a  développé  les 
notes  et  les  observations.  Les  additions  portent  principalement  sur  les 
pages  340-353  et  se  composent  :  d'une  note  sur  la  traduction  de  la 
charte  67,  de  Sancto  Amando,  et  de  remarques  sur  les  chartes  83  et  84 
(p.  340)  ;  de  la  généalogie  des  seigneurs  d'Hennebont,  d'après  le  car- 
tulaire, et  de  celles  des  vicomtes  de  Gourin  et  de  Léon  fp.  345).  Une 
table  des  principales  matières  contenues  dans  le  cartulaire  remplit  les 
pages  347-353.  Les  tables  plus  développées  (seize  colonnes  au  lieu  de 
dix  pour  les  noms  de  lieux  et  trente-sept  au  lieu  de  vingt-quatre  pour 
les  noms  de  personnes)  ont  été  remaniées  et  complétées  en  ce  qui  con- 
cerne les  identifications  nouvelles.  Les  noms  de  personnes  ont  été 
groupés  différemment.  Grâce  à  cette  seconde  édition,  le  cartulaire  de 
Quimperlé  sera  accessible  à  un  plus  grand  nombre  de  travailleurs,  et 
l'on  ne  peut  que  remercier  la  Faculté  des  lettres  de  Rennes  d'avoir 
accueilli  dans  ses  publications  le  nouveau  travail  de  nos  confrères 
MM.  Maître  et  de  Berthou. 

A.  Bruel. 

Élienne  Clouzot.  Les  Marais  de  la  Sèvre-T^iortaise  et  du  Lay  du 
X""  à  la  fin  du  XV P  siècle.  Paris,  H.  Champion,  et  Niort,  L.  Clou- 
zot, -1904.  In-8°,  282  pages,  4  pL  hors  texte  et  \  carte  en  couleurs. 

La  question  du  dessèchement  des  marais  n'avait  été  sérieusement 
traitée  qu'une  seule  fois,  et  dans  son  ensemble,  par  M.  de  Dienne,  dans 
son  Histoire  du  dessèchement  des  lacs  et  marais  en  France  avant  1189. 
Elle  n'avait,  jusqu'ici,  fait  l'objet  d'aucun  travail  spécial  un  peu  appro- 
fondi, et  ce  sera  l'un  des  principaux  mérites  de  M.  Clouzot  d'avoir 
ouvert  cette  nouvelle  voie. 

La  thèse  qu'il  soutient  peut  se  résumer  ainsi  :  contrairement  à  l'opi- 
nion courante,  ce  ne  sont  pas  des  Hollandais  appelés  par  Henri  IV  et 
par  Sully  qui,  les  premiers,  réalisèrent  le  grand  œuvre  de  dessèche- 

1.  Bibliothèque  de  l'École  des  chartes,  LYHJ,  1897,  p.  460-462. 


BIBLIOGRAPHIE.  60^ 

ment  du  Marais;  tout  au  plus,  ils  reconquirent  au  xvn"  siècle,  et  sur  un 
espace  moindre,  le  territoire  arraché  pied  à  pied  à  la  mer  par  les  grands 
dessèchements  du  xui^.  Une  trentaine  d'abbayes  ouvrirent  la  lutte  au 
déclin  du  xn^  siècle  et,  par  un  effort  incessant,  ûrent  qu'au  moment  où 
commença  la  guerre  de  Cent  ans  toute  la  partie  de*  territoire  comprise 
entre  Luçon  et  Andilly,  Talmont  et  Velluire,  était  complètement  des- 
séchée, c'est-à-dire  susceptible  d'emblavement  ou  de  toute  autre  sorte 
de  culture.  La  désolation  des  églises  et  des  monastères,  qui  ne  fut  pas 
le  fait  de  la  seule  guerre  de  Cent  ans,  mais  se  poursuivit  pendant  tout 
le  xvi«  siècle  avec  les  guerres  de  religion,  eut  son  contre-coup  sur 
l'œuvre  si  vaillamment  accomplie  par  les  moines.  Les  marais  dessé- 
chés, faute  d'entretien,  redevinrent  marais  mouillés  et,  malgré  quelques 
tentatives  de  la  monarchie,  le  restèrent  jusqu'à  l'arrivée  des  Hollandais. 

Des  documents  qui  lui  servirent  à  établir  ces  données,  M.  G.  a 
tiré  les  idées  et  les  faits  qui  lui  ont  paru  présenter  le  plus  d'intérêt  et 
les  a  groupés  dans  une  seconde  partie.  Il  y  traite  des  auteurs  du  dessè- 
chement, des  procédés  qu'ils  employèrent,  des  productions  du  Marais, 
de  la  pêche  et  de  la  chasse.  Enfin,  après  un  essai  sur  le  régime  de  la 
propriété,  qu'il  eût  peut-être  été  plus  juste  de  dénommer  la  souverai- 
neté du  Marais,  l'auteur  étudie  les  voies  de  communication  et  recons- 
titue les  principaux  itinéraires  suivis  par  les  voyageurs  qui,  de  tous 
temps,  ont  traversé  le  Marais.  Cette  dernière  partie,  croyons-nous,  sera 
du  plus  grand  secours  aux  historiens  des  guerres  dont  le  Poitou  et 
l'Aunis  furent  le  théâtre  en  de  si  fréquentes  occasions. 

Tout  ceci  est  exposé  clairement  et  sobrement,  et  nous  ne  pouvons 
qu'adopter  dans  leur  ensemble  les  conclusions  de  l'auteur,  nous  bornant 
à  lui  adresser  quelques  critiques  sur  la  conception  de  son  plan,  sur  la 
forme  et  sur  certains  détails. 

Malgré  le  défaut  qu'il  allègue  de  documents  antérieurs  au  x^  siècle, 
nous  regrettons  que,  sans  entrer  dans  des  études  géologiques  par  trop 
spéciales,  M.  G.  ne  se  soit  pas  efforcé  de  nous  fournir  quelques  données 
sur  ce  que  pouvait  être  le  Marais  avant  cette  époque.  Les  formes  si 
caractéristiques  des  noms  de  lieux  n'auraient-elles  pu  lui  permettre  un 
aperçu  intéressant  sur  l'ethnographie  de  la  région  et,  notamment,  le 
peuplement  des  iles  et  celui  du  continent? 

Nous  le  croyons  et  aussi  qu'il  aurait  eu  avantage  à  modifler  en  partie 
le  plan  de  son  travail,  par  ailleurs  très  logique.  L'historique,  en  effet, 
en  forme  la  première  partie,  et  pour  la  précision  de  l'exposé  l'auteur  est 
contraint  d'y  employer  certains  termes  spéciaux  dont  la  définition  et  le 
commentaire  se  trouvent  dans  la  seconde  partie;  il  serait  très  malaisé 
de  les  y  aller  chercher  sans  le  secours  d'un  glossaire,  que  nous  avons 
fort  apprécié.  Je  donne  quelques  exemples  :  «  Bot,  coi,  conche,  étier, 
essai,  portereau,  droits  de  carvane,  de  mervelage,  de  coublage,  de 
luzaut,  d'entrenuit,  »  expressions  sur  lesquelles,  du  reste,  Du  Gange 


602  BIBLIOGRAPHIE. 

lui-même  est  le  plus  souvent  muet.  En  dépit  du  glossaire,  instrument 
de  travail  unique  en  ce  genre,  il  est  illogique  et  mal  commode  de  ne  pas 
définir  les  termes  dès  leur  premier  emploi. 

Passons  aux  critiques  de  forme  et  de  détails.  La  carte  coloriée  qui  se 
trouve  à  la  fin  du  volume  est  très  exactement  dressée  et  d'une  consul- 
tation très  aisée  ;  nous  y  remarquons  pourtant  pour  la  région  du  Lay 
un  beaucoup  moins  grand  luxe  d'indications  que  pour  le  reste  du  Marais. 
Serait-ce  que  là  aussi  les  documents  permettant  des  identifications 
d'écarts  et  de  lieux-dits  faisaient  défaut?  L'auteur,  qui  ne  le  cite  guère, 
aurait-il  négligé  le  riche  charlrier  des  La  TrémoïUe,  princes  de  Tal- 
mont,  comme  l'on  sait,  et  qui  lui  eut  été,  à  coup  sur,  une  très  riche 
source  d'informations  ?  L'obligeance  connue  de  son  possesseur  actuel 
rendrait  M.  C.  moins  excusable  encore. 

Les  pièces  justificatives  sont,  en  général,  bien  établies  et  très  correc- 
tement publiées.  La  date  de  celle  qui  répond  au  numéro  VI  ne  nous 
satisfait  point.  Avant  1217,  cela  est  un  peu  vague  :  il  y  avait  sans  doute 
moyen  de  préciser  davantage. 

Page  134,  M.  G.,  cherchant  à  expliquer  l'origine  des  rets,  filets  à 
prendre  les  oiseaux,  s'exprime  ainsi  :  «  Plus  d'une  fois,  sans  doute,  des 
oiseaux  étaient  venus  maladroitement  se  faire  prendre  à  marée  basse 
dans  les  filets  à  poisson,  que  l'on  tendait  déjà  au  x«  siècle.  »  Cette  expli- 
cation ingénieuse  est  déjà  fort  contestable  et  c'est,  nous  semble-t-il, 
chercher  bien  loin  ;  mais  ce  qui  nous  paraît  tout  à  fait  impossible,  c'est 
que,  comme  le  veut  M.  G.,  les  mêmes  engins  aient  été  alors  employés 
indifféremment  pour  la  chasse  et  pour  la  pêche.  Il  suffit  d'avoir  vu  des 
filets  de  pêche  et  les  rets  encore  employés  aujourd'hui  à  la  chasse  pour 
se  rendre  compte  de  la  naïveté  de  cette  conception. 

Nous  finirons  en  signalant  à  l'auteur,  qui  la  connaît  peut-être,  mais 
ne  l'a  pas  utilisée,  une  nouvelle  de  VHeptaméron  dont  il  eût  pu,  sans 
sortir  du  sujet,  illustrer  et  agrémenter  un  de  ses  chapitres,  celui  qui  a 
trait  aux  voies  de  communication.  Il  nous  parle  (p.  160)  de  la  coutume 
perçue  en  1525  par  les  seigneurs  de  Goulon  sur  les  marchandises  qui 
traversaient,  en  plein  marais,  de  Goulon  à  la  Garette  et  réciproque- 
ment. Ge  bac  n'était  pas  moins  utile  au  passage  des  gens  qu'à  celui  des 
marchandises,  voire  au  passage  des  Cordeliers,  comme  nous  le  rapporte 
Géburon  en  la  cinquième  nouvelle  de  ces  deux  frères  de  Saint-François 
qui,  pour  avoir  malencontreusement  prié  d'amour  une  batelière  récal- 
citrante et  trop  avisée,  furent  successivement  débarqués  par  ruse  cha- 
cun dans  une  île  de  la  Sèvre.  Tous  les  habitants  des  environs,  conviés 
par  la  passeuse,  s'empressèrent  de  venir  les  y  trouver,  tout  penauds,  et 
les  couvrirent  de  huées  et  de  malédictions. 

En  résumé,  le  livre  de  M.  G.,  ouvrage  très  neuf  par  les  matières 
traitées  en  même  temps  qu'utile  instrument  de  travail,  n'est  pas  moins 
à  louer  pour  sa  consciencieuse  exécution   que  pour  ses  conclusions 


BIBLIOGRAPHIE.  603 

non  discutables,  basées  sur  une  étude  minutieuse  et  bien  comprise  des 
textes. 

François-L.  Bruel. 


Archives  de  la  ville  de  Montpellier.  Inventaires  et  documents, 
publiés  par  Jos.  Berthelé.  T.  III,  fasc.  3,  4  et  5  :  /e  Cartulaire 
montpelliérain  des  rois  d'' Aragon  et  des  rois  de  Majorque,  sei- 
gneurs de  Montpellier.,  d'Aurnale,  etc.,  suivi  d'éclaircissements 
topographiques  et  de  documents  complémentaires  concernant  la 
ville  et  les  environs  de  Montpellier.  Montpellier,  impr.  Serre  et 
Roumégous,  ^904.  ln-4°,  paginé  33-1 -6-1 2,  ^6  planches. 

Les  «  Samnagenses  »  et  V  «  oppidum  »  de  Nages  (Gard),  à  propos 
de  l'inscription  romaine  de  Montarnaud,  par  Jos.  Berthelé.  Paris, 
4  904.  In-8°,  52  pages. 

Le  recueil  d'actes  dont  M.  Berthelé  a  entrepris  ici  la  publication 
forme  la  seconde  partie  du  Mémorial  des  Nobles,  dont  la  première  a  été 
mise  au  jour  il  y  a  une  vingtaine  d'années,  par  M.  Germain,  sous  le 
titre  de  Cartulaire  des  Guilhems.  Tandis  que  le  cartulaire  des  Guilhems 
comprend  les  chartes  seigneuriales  de  Montpellier  jusqu'au  début  du 
xin«  siècle,  c'est-à-dire  jusqu'au  moment  oii  la  seigneurie  de  la  ville 
passa  de  la  maison  des  Guilhems  à  celle  des  rois  d'Aragon,  la  suite, 
publiée  ici,  comprend  les  actes  relatifs  à  la  seigneurie  des  rois  d'Ara- 
gon, puis  des  rois  de  Majorque  jusqu'au  début  du  xiv  siècle. 

Il  y  a  là  quarante-trois  actes,  dont  l'un  constate  la  vassalité  du  roi 
d'Aragon  vis-à-vis  de  l'évéque  de  Maguelonne,  en  tant  que  comte  de 
Mauguio,  dont  les  autres  sont  «  justificatifs  des  propriétés  et  des  droits 
du  roi  d'Aragon  ou  du  roi  de  Majorque  à  Montpellier  et  aux  environs.  » 

Le  cartulaire  n'a  pas  été  constitué  d'un  seul  coup,  mais  il  s'est 
formé  peu  à  peu  par  des  transcriptions  souvent  authentiquées  d'actes 
antérieurs,  par  des  expéditions  officielles  exécutées  par  le  notaire  au 
moment  de  la  réception  de  l'acte,  enfin  par  de  simples  copies  imper- 
sonnelles. M.  Berthelé  peut  en  fixer  la  rédaction  d'une  manière  assez 
précise  entre  1263  et  1302. 

Ce  mode  de  composition  du  cartulaire  a  conduit  M.  Berthelé  à  pen- 
ser qu'au  lieu  d'en  respecter  scrupuleusement  le  désordre,  le  mieux 
était  de  classer  les  actes  dans  un  ordre  géographique,  chaque  localité 
comprenant  au  besoin  une  subdivision  chronologique.  Il  a  joint  d'ail- 
leurs à  son  introduction  une  table  de  concordance  du  manuscrit  et  de 
l'édition. 

Chaque  acte  est  précédé  d'une  analyse  développée  et  accompagné  de 
notes  dans  lesquelles  M,  Berthelé  indique,  s'il  y  a  lieu,  les  reproduc- 


604  BIBLIOGRAPHIE. 

lions  intégrales  ou  partielles  qui  en  ont  été  faites,  les  variantes  de  ces 
éditions'  et  la  leçon  du  manuscrit  quand  il  a  cru  devoir  la  corriger;  il 
y  fournit  aussi  les  éclaircissements  nécessaires  à  l'intelligence  du  texte. 

Le  cartulaire,  avec  la  table  chronologique  qui  le  suit,  n'embrasse  pas 
la  plus  grosse  partie  du  volume  que  nous  annonçons  ici.  M.  Berthelé 
y  a  joint  des  éclaircissements  topographiques  et  vingt-six  documents 
complémentaires  relatifs  notamment  à  la  question  des  eaux  à  Montpel- 
lier du  xni«  au  xv«  siècle,  à  la  triperie  des  rois  de  Majorque  à  Montpel- 
lier et  à  diverses  localités  des  environs  de  la  ville.  Le  dernier  docu- 
ment, qui  ne  porte  aucun  numéro  d'ordre,  contient  les  réponses  données 
par  les  villes  et  paroisses  de  campagne  du  diocèse  de  Montpellier 
faites  en  1744  à  un  questionnaire  de  l'intendant  Le  Nain. 

Tout  cela  forme  un  recueil  très  précieux  pour  l'histoire  locale.  Mais 
ce  que  nous  avons  peut-être  le  plus  apprécié  dans  cette  publication, 
c'est  la  sagacité  avec  laquelle  M.  Berthelé  a  étudié  plusieurs  points  de 
la  topographie  montpelliéraine.  Soit  qu'il  étudie  des  anciennes  vigue- 
ries  du  pagus  Magaloncnns^  soit  qu'il  détermine  l'emplacement  de 
localités  perdues,  sa  critique  est  toujours  également  sûre  et  ingénieuse^. 

La  même  ingéniosité  se  retrouve  dans  une  dissertation  insérée  au 
t.  LXII  des  Mémoires  de  la  Société  nationale  des  Antiquaires  de  France. 
Deux  inscriptions,  trouvées  l'une  à  Nîmes  au  xvi«  siècle,  l'autre  à  Mon- 
tarnaud  en  1896  par  M.  Berthelé  lui-même,  et  quelques  monnaies  ont 
conservé  la  mention  des  Samnagenses,  peuplade  citée  par  les  auteurs 
anciens.  L'on  a  proposé  six  identifications  dilférentes  de  l'habitat  des  Sam- 
nagenses :  Senez  (Basses-Alpes),  Sénas  (Bouches-du-Rhône),  Saint-Piorre- 
de-Sénos  (Vaucluse),  Ganges  (Hérault),  Nages  (Gard)  et  Albi  (Tarn). 
M.  Berthelé  tient  pour  l'avant-dernière.  La  forme  de  Nages  dans  le 
haut  moyen  âge  (Anagia)  lui  fait  penser  que  dans  le  dérivé  régulier 
de  Samnagenses,  Sanages,  1'^  initial  a  été  pris  pour  un  article  (comme 
Sacaze  pour  Lacaze)  puis  est  tombé,  laissant  la  forme  Anagia,  qui  à 
son  tour  produit  régulièrement,  par  aphérèse.  Nages.  D'autre  part. 
Nages  possède  un  oppidum  antéromain  qui  indique  qu'il  a  été  un 
centre  de  quelque  importance.  Malgré  tout,  l'identification  est  un  peu 
hardie,  et  M.  Berthelé  est  un  trop  bon  érudit  pour  ne  pas  conclure 
sagement  qu'  «  une  identification   sans   réserves  serait  excessive  et 

imprudente.  » 

E.-G.  Ledos. 

1.  M.  Berthelé  corrige  avec  bonheur  les  erreurs  de  ses  devanciers;  le  titre 
même  du  mémorial,  Liber  instrumentorum  memorialis,  a  été,  il  le  prouve 
abondamment,  défiguré  par  Germain  en  Liber  inslrumenlorum  memorialium, 
qui  n'avait  pas  grand  sens. 

2.  Nous  noterons  dans  le  dernier  de  ces  éclaircissements  topographiques 
d'utiles  considérations  sur  le  sens  de  suburbium. 


BIBLIOGRAPHIE.  605 

Comtesse  Marie  de  Villermont.  Grands  seigneurs  d'autrefois.  Le 
duc  et  la  duchesse  de  Bournonville  et  la  cour  de  Bruxelles. 
Bruxelles,  Jules  de  Meester,  et  Paris,  Victor  Retaux,  ^904.  In-8°, 
viii-428  pages. 

Condamné  à  mort  pour  avoir  plus  ou  moins  trempé  dans  la  conspi- 
ration des  nobles  des  Pays-Bas  contre  la  domination  du  roi  d'Espagne, 
au  début  du  xvn«  siècle,  le  duc  de  Bournonville  parvint  à  s'enfuir  et 
mourut  à  Lyon,  en  mars  1656,  abandonné  de  tous  les  siens.  De  la  part 
d'Anne  de  Melun,  duchesse  de  Bournonville,  cet  abandon  fut  une  igno- 
minie. Au  reste,  la  duchesse  de  Bournonville,  si  elle  eut  d'incontes- 
tables qualités,  semble  avoir,  en  revanche,  possédé  de  sérieux  défauts. 
Il  me  paraît  que  sa  sécheresse  de  cœur,  sa  rapacité,  son  âpreté  à 
défendre  surtout,  dans  le  duc  de  Bournonville,  la  fortune  de  son  mari, 
sont  faites  pour  la  rendre  antipathique.  Mais  je  veux  espérer  que  la  fin 
édifiante  que  fit  la  duchesse  au  Garmel  d'Anvers  a  été  pour  sa  cons- 
cience un  peu  comme  une  expiation.  Quoi  qu'il  en  soit,  l'histoire  du 
duc  et  de  la  duchesse  de  Bournonville  manque  de  relief,  et  le  livre  de 
W^^  la  comtesse  M.  de  Villermont  n'en  aurait  pas  davantage  si  l'auteur 
n'avait  su  mettre  ses  deux  personnages  principaux  dans  un  cadre  excel- 
lent. Son  tableau  de  la  cour  de  Bruxelles  sous  les  archiducs  Albert  et 
Isabelle,  son  récit  du  séjour  à  Bruxelles  de  Marie  de  Médicis  et  de 
Gaston  d'Orléans,  son  portrait  du  trop  fameux  président  Roose,  notam- 
ment, sont  de  bons  morceaux,  qui  contribuent  à  rendre  la  lecture  du 
livre  attrayante,  en  dépit  des  innombrables  fautes  d'orthographe  qui  en 

émaillent  les  pages. 

Armand  d'Herbomez. 

Commissie  van  advies  voor's  Rijks  geschiedkundige  publicatiën. 
Oversicht  van  de  voor  bronnenpublitie  aante  vullen  leemten  der 
ISederlandscke  geschiedkennis.  's-Gravenhagen,  M.  Nijhoff,  ^904. 
In-4°,  IX-^08  pages. 

Jusqu'à  présent,  ni  l'État  hollandais  ni  la  K.  Académie  van  Weten- 
schappen  n'avaient  pris  l'initiative  de  quelque  grande  collection  histo- 
rique, comme  il  en  existe  dans  tous  les  pays  voisins.  En  1826,  une 
commission  avait  été  nommée  pour  aviser  aux  moyens  de  combler  cette 
lacune;  mais  elle  se  sépara  sans  avoir  rien  entrepris.  Depuis  lors,  nous 
ne  trouvons  plus  aucune  tentative  de  ce  genre.  Ce  n'est  que  tout  der- 
nièrement qu'un  arrêté  royal  (du  26  mars  1902)  institua  une  nouvelle 
commission  pour  faire  publier  des  documents  tirés  des  Archives  du 
royaume.  Le  présent  opuscule  nous  indique  le  plan  des  travaux  et  la 
manière  dont  les  érudits  pourront  y  collaborer.  La  commission  se  pro- 


606  BIBLIOGRAPHIE. 

pose  uniquement  d'éditer  des  sources  historiques,  laissant  à  l'initiative 
privée  le  soin  de  les  utiliser.  La  collection  qu'elle  publiera  sera  donc 
analogue  à  notre  Collection  des  Documents  inédits  (si  l'on  en  excepte 
les  deux  séries  archéologique  et  philologique,  peu  représentées  d'ail- 
leurs). Le  plan  que  nous  avons  sous  les  yeux  indique  époque  par  époque 
les  grandes  divisions  du  travail.  Une  seule  partie  nous  semble  quelque 
peu  sujette  à  critique  :  la  collection  débutera  par  des  Excerpta  Romana; 
on  a  déjà  maintes  fois  contesté  l'utilité  de  ces  sortes  de  recueils;  hors 
l'avantage  de  réunir  en  un  seul  volume  les  fragments  d'auteurs  latins 
concernant  le  pays,  ce  travail,  ne  pouvant  guère  présenter  de  progrès 
sur  les  éditions  de  chacun  des  auteurs  qu'il  reproduira,  coûtera  plus  de 
peine  qu'il  ne  donnera  d'avantages  réels. 

Plusieurs  séries  de  la  collection,  nous  croyons  pouvoir  l'annoncer, 
seront  amorcées  sous  peu  ;  ce  sont  les  Excerpta  Romana,  les  Scriptores 
medii  œvi,  la  banque  et  la  bourse  {bank  en  beurs  wezen)  d'Amsterdam 
aux  xvii«  et  xvni^  siècles,  les  compagnies  des  Indes  occidentales,  l'his- 
toire politique  de  la  Hollande  de  1795  à  1848.  Nous  ne  pouvons  que 
nous  féliciter  de  voir  enfin  réussir  cette  entreprise;  elle  prospérera 
sûrement  par  la  suite,  (''tant  dirigée  par  des  érudits  tels  que  MM.  van 
Riemsdyk,  Golenbrander  et  Blok. 

Henri  Lemaître. 

F.  Mazerolle.  Les  Médailleurs  français  du  XV^  siècle  au  milieu  du 
XVI I".  Paris,  Impr.  nat.,  1902-1904.  3  vol.  in-8%  iv-clxxviii- 
630  et  iv-267  pages,  et  album  de  iv-6  pages  et  42  planches.  (Col- 
lection des  Documents  inédits.) 

Préparé  de  longue  date  à  l'aide  de  documents  conservés  aux  Archives 
nationales,  cet  ouvrage  contient  les  textes  les  plus  importants  concer- 
nant les  médailleurs  français  et  leurs  œuvres,  classés  chronologique- 
ment sous  le  nom  de  chaque  artiste,  avec  quelques  pièces  relatives  à 
la  Monnaie  des  Étuves'  et  du  Moulin,  la  future  Monnaie  des  Médailles; 
il  débute  par  le  règne  de  Charles  VII  et  s'arrête  au  milieu  du  xvn^  siècle, 
après  les  Dupré,  derniers  représentants  de  la  Renaissance  française  au 
point  de  vue  numismatique;  désormais,  la  technique  monétaire  se  trans- 
formera. En  appendice,  on  trouvera  les  listes  des  matrices,  coins  et 
poinçons  fournis  aux  différents  ateliers  monétaires  de  France  par  les 
tailleurs  généraux  et  les  tailleurs  de  la  Monnaie  de  Paris  et  de  la  Mon- 
naie du  Moulin.  Et  le  tome  II  comprend  le  catalogue  des  œuvres  attri- 
buées aux  différents  artistes,  ainsi  que  des  médailles  dont  les  auteurs 
ne  sont  pas  connus.  M.  Mazerolle  a  donc  repris  l'essai  publié  jadis 

1.  Ainsi  nommée  en  raison  de  son  établissement,  en  1551,  dans  la  maison 
des  Étuves,  au  bout  du  jardin  du  Palais. 


BIBLIOGRAPHIE.  607 

(1834-1837)  dans  le  Trésor  de  numismatique  et  de  glyptique  et  celui  de 
Barre  (1867);  il  a  ainsi  rendu  à  la  science  des  médailles  françaises  le 
même  service  que  Armand  et  Heiss  ont,  chacun  de  leur  côté,  rendu  aux 
médailleurs  italiens.  La  belle  gerbe  de  documents  qu'il  a  pris  la  peine 
de  récolter  n'apporte  pas  uniquement  de  l'inédit  :  de  Saulcy,  de  Mon- 
taiglon,  de  Barthélémy,  Guiffrey,  Rondot,  Blanchet,  d'autres  encore, 
avaient  déjà  publié  des  séries  de  textes  précieux,  mais  c'est  la  première 
fois  qu'un  corpus  aussi  complet  nous  est  offert,  et  les  noms  seuls  des 
artistes  qu'ils  intéressent  suffisent  à  exciter  notre  curiosité.  Qu'il  suf- 
fise de  citer  Jacques  Gauvain,  Marc  Bechot,  Etienne  de  Laune,  Claude 
de  Hery,  Germain  Pilon,  Philippe  Danfrie,  Jacques  Primavera,  Fran- 
çois Briot,  Nicolas  Briot,  Guillaume  et  Abraham  Dupré,  qui  sont  les 
plus  célèbres  et  ont  déjà  plus  ou  moins  leur  monographie.  Le  premier 
document  recueilli  est  de  l'année  1494. 

Il  semble  que  les  textes  sont  publiés  avec  grand  soin.  Le  cata- 
logue des  médailles  et  des  jetons  (1,021  numéros)  est  établi  d'après  les 
originaux  appartenant  au  Cabinet  de  France,  à  ceux  de  Munich,  de 
Vienne  et  de  Bruxelles,  à  divers  musées,  à  plusieurs  collections  parti- 
culières, et  l'auteur  a  tenu  compte  de  tout  ce  que  ses  prédécesseurs 
avaient  fait  connaître  (voir  d'ailleurs  la  bibliographie  en  tête  du  tome  I)  ; 
il  y  a  joint  une  très  utile  table  des  devises.  Il  me  paraît  regrettable 
cependant  de  ne  pas  voir  rapprocher  de  la  médaille  ou  du  jeton  décrits 
le  document  du  tome  I  qui  les  concerne.  C'est  là  une  fâcheuse  omis- 
sion que  M.  Mazerolle  a  bien  essayé  de  réparer  dans  une  introduction, 
où  ces  renseignements  sont  un  peu  perdus. 

L'introduction,  d'ailleurs  étendue  et  pleine  de  très  utiles  indications, 
est  une  étude  de  la  fabrication  des  jetons  et  de  la  frappe  des  médailles 
aux  xvi«  et  xvii^  siècles;  c'est  bien  plutôt  une  série  de  notes  biogra- 
phiques sur  les  nombreux  artistes  cités,  dont  quelques-uns  étaient  jus- 
qu'à ce  jour  profondément  oubliés.  Nous  espérions  y  trouver  davantage. 
Le  lieu  n'était-il  pas  bien  choisi  pour  nous  donner  quelques  détails 
sur  la  valeur  artistique  de  ces  médailles,  nous  montrer  les  progrès 
accomplis  par  ces  grands  artistes  du  xvi^  siècle,  nous  faire  toucher  du 
doigt  leur  mérite  comparé  à  celui  des  médailleurs  italiens  de  la  même 
époque,  nous  apporter  quelque  lumière  sur  des  pièces  qui,  pour  la  plu- 
part, sont  uniques?  On  s'intéresse  certes  à  la  biographie  des  artistes, 
mais  on  aime  aussi  à  les  admirer  dans  leurs  œuvres,  et  M.  Mazerolle 
était  tout  désigné  pour  nous  dire  quel  degré  d'admiration  mérite  tel  ou 
tel  de  ces  graveurs,  auteurs  de  tant  de  chefs-d'œuvre,  dans  l'exercice 
d'un  art  où  les  Français  n'ont  pas  dégénéré.  Souhaitons  qu'un  jour 
cette  lacune  soit  comblée  par  l'auteur  lui-même. 

Un  album,  complément  de  la  présente  publication,  vient  de  paraître. 
Il  appelle  quelques  observations.  Certaines  planches  (XXV  et  XXVI, 
Henri  IV  et  Marie  de  Médicis,  par  Guillaume  Dupré;  VI,  Charles  de 


608  BIBLIOGRAPHIE. 

Bourbon,  etc.)  sont  mal  venues  et  donnent  une  bien  médiocre  idée  de 
l'original.  Pour  d'autres,  il  eût  été  facile  de  trouver  des  exemplaires 
bien  supérieurs  à  ceux  qui  ont  été  photographiés;  et  sans  doute  aurait-il 
fallu  éviter  de  présenter  des  modèles  en  grande  partie  retouchés,  comme 
il  y  en  a  trop  d'exemples,  d'autant  que  rien  ne  nous  met  en  garde 
contre  ces  retouches.  Je  ne  suis  pas  d'accord  enfin  avec  M.  MazeroUe 
sur  la  soi-disant  marque  de  l'imprimeur  à  l'  co  et  sur  quelques  identifi- 
cations d'artistes  proposées  (par  exemple  pi.  XVII  pour  les  Danfrie, 
pi.  XXllI  pour  Nicolas  Briot).  Ces  réserves  faites,  on  ne  peut  qu'ap- 
prouver l'idée  d'avoir  joint  un  tel  recueil  de  planches  au  recueil  de 
documents  déjà  paru.  H.  S. 

Nalalis  Rondot.  Les  Médailleurs  et  les  graveurs  de  monnaies,  jetons 
et  médailles  en  France.  Avant-propos,  noies,  planches  et  tables 
par  H.  de  La  Tour.  Paris,  Ernest  Leroux,  1904.  In-8%  xi-448  pages 
et  39  planches. 

Dans  une  certaine  mesure,  le  désir  exprimé  à  propos  du  livre  de 
M.  Mazerolle  se  trouve  contenté  par  la  publication  posthume  de  Nata- 
lis  Rondot.  Car  cette  publication  comprend  une  première  partie, 
consacrée  à  l'art  des  graveurs  et  des  médailleurs,  à  sa  technique  et  à 
son  développement  jusqu'à  la  fin  du  xvui^  siècle;  la  seconde  partie 
étant  réservée  aux  notices  (généralement  brèves,  mais  puisées  à  bonne 
source)  sur  les  artistes,  où  sont  signalées  les  œuvres  capitales  et  rele- 
vées les  principales  dates  de  sa  carrière.  Rondot  n'a  pas  pu  profiter  des 
textes  accumulés  par  Mazerolle;  les  deux  ouvrages  sont  donc  indépen- 
dants et  se  complètent  l'un  par  l'autre.  Et  Rondot  a  rendu  trop  de  ser- 
vices à  l'histoire  de  l'art  français  pour  que  l'on  dédaigne  le  dernier  et 
important  travail  que  M.  Henri  de  La  Tour  a  bien  voulu  se  charger  de 
publier  en  y  joignant  d'utiles  notes  complémentaires  et  une  série  de 
planches  (avec  explication  jointe)  du  meilleur  effet. 

Amateur  distingué  et  connaisseur  subtil,  Rondot  sut  admirer  et 
juger.  La  sûreté  de  son  jugement  n'avait  d'égale  que  la  précision  de 
ses  souvenirs,  et  l'on  est  en  droit  de  regretter  qu'il  n'ait  pas  donné 
plus  d'ampleur  à  cette  étude  pour  laquelle  il  était  admirablement  pré- 
paré. Telle  qu'elle  est,  néanmoins,  elle  mérite  d'être  lue.  Son  auteur  a 
des  idées  personnelles,  parfois  en  contradiction  avec  ce  qu'on  a  écrit 
avant  lui,  et  ses  opinions  sont  toujours  raisonnées.  Voyez  par  exemple 
ce  qu'il  dit,  à  propos  de  Matteo  del  Nassaro,  sur  l'influence  très  faible 
des  médailleurs  italiens  sur  les  français,  et  voyez-le  s'inscrire  en  faux 
contre  l'attribution  faite  par  Joseph  Derenbourg  du  grand  médaillon 
de  bronze  du  xv^  siècle  trouvé  à  Lyon  en  1656  et  conservé  au  Cabinet 
de  France.  On  s'associera  volontiers  aussi  à  son  enthousiasme  pour 
l'œuvre  de  Pisanello. 


BIBLIOGRAPHIE.  009 

La  deuxième  partie  du  livre  comprend  près  de  1,200  notices.  C'est  là 
une  excellente  contribution  dont  il  conviendra  de  tenir  compte.  Cette 
nomenclature  sera  complétée  par  les  découvertes  qui  se  font  chaque 
jour  et  se  feront  dans  les  archives.  Des  noms  nouveaux  viendront 
prendre  place  à  côté  des  plus  anciens  noms  fournis  par  les  listes 
de  Rondot^.  Quelques-unes  de  ces  notices  auraient  sans  doute  pu 
être  améliorées  en  se  servant  de  travaux  déjà  parus;  il  y  a  par 
exemple,  sur  Gérard  Loyet,  une  notice  de  J.  Helbig,  dans  la  Revue  de 
l'art  chrétien  (1883);  Claude  Crock  et  René  Beautriset  ne  sont  pas  les 
seuls  graveurs  lorrains  qui  auraient  pu  être  relevés  pour  la  première 
moitié  du  xvi^  siècle;  diverses  récapitulations  d'artistes  locaux  n'ont 
pas  été  utilisées;  enfin,  je  constate  quelques  différences  de  dates 
entre  Mazerolle  et  Rondot,  et  l'erreur  (si  erreur  il  y  a)  doit  naturelle- 
ment être  imputée  à  ce  dernier. 

La  part  de  M.  de  La  Tour  dans  la  publication  est  considérable  et 
mérite  d'être  rappelée.  C'est  à  lui  aussi  qu'est  due  toute  l'illustration, 
qui  est  remarquablement  choisie  :  ce  sont  des  monnaies  depuis  le 
xiii^  siècle  jusqu'au  xix«,  des  jetons  depuis  le  xiv«,  des  médailles  depuis 
le  xv«,  et,  dans  le  texte  même,  la  médaille  comméraorative  de  la 
bataille  de  Marignan,  les  médailles  de  Louis  XII  et  de  Jean  II  de 
Bourbon,  le  plus  ancien  jeton  connu  en  argent  (de  Charles  le  Hutin, 
roi  de  Navarre),  et  le  jeton  aux  armes  d'Alençon  (fin  xv«  siècle),  qui  est 
le  premier  dont  le  graveur  (Nicolas  de  Russange)  soit  désigné  d'une 
façon  certaine.  Tel  est  ce  livre  auquel  on  recourra  toujours  avec  profit. 

H.  S. 

Joseph  Berthelé.  Enquêtes  campanaires.  Notes^  études  et  documents 
sur  les  cloches  et  les  fondeurs  de  cloches  du  VIII^  au  XX^  siècle. 
Montpellier,  impr.  Delord-Boehm  et  Martial;  libr.  Valat,  •1903. 
In-8°,  xvi-758  pages,  flg.  et  pi.  Prix  :  20  francs. 

Depuis  quelques  années,  l'étude  des  cloches  a  pris  chez  nous  un  déve- 
loppement assez  considérable  pour  que  la  campanographie  en  soit  venue 
à  former  une  branche  distincte  de  l'archéologie.  Parmi  ses  plus  fervents 
adeptes,  parmi  ceux  qui  ont  contribué  le  plus  efficacement  à  constituer 
cette  science,  notre  confrère  M.  Berthelé  se  trouve  au  premier  rang. 
Les  cloches  tiennent  une  place  importante  dans  ses  Recherches  pour  ser- 
vir à  l'histoire  des  arts  en  Poitou  et  dans  son  Carnet  de  voyage  d'un  anti- 
quaire poitevin,  et  de  ci  de  là,  dans  les  journaux  et  les  revues  auxquels 
il  collabore,  il  a  semé  des  notes  d'archéologie  campanaire.  Le  volume 

1.  Quelques  petites  erreurs  se  sont  glissées  inévitablement.  Mathieu  «  de 
Luchieu,  »  tailleur  de  la  monnaie  de  Troyes  au  xiv°  siècle,  n'était  assurément 
pas  de  Lisieux,  mais  de  Lucheu  en  Picardie. 


6^0  BIBLIOGRAPHIE. 

qu'il  publie  aujourd'hui  est  beaucoup  plus  considérable  et  constitue  un 
service  important  rendu  aux  amis  de  cette  science. 

Dans  une  lettre-préface  adressée  à  M.  Henri  Jadart,  auquel  ce  livre 
est  dédié,  M.  Berthelé  nous  prévient  que  son  livre  «  ne  constitue  en 
aucune  façon  un  corps  bien  ordonné  et  bien  équilibré.  Les  règles  les 
plus  élémentaires  de  la  proportion  et  de  la  composition  y  sont  négligées 
totalement,  poursuit-il.  La  diversité  et  l'inégalité  y  régnent  en  maîtresses 
souveraines.  Le  plan  général  n'est  ni  méthodique,  ni  chronologique,  ni 
même  strictement  géographique.  Telle  petite  cloche  presque  incon- 
nue est  analysée  avec  plus  d'ampleur  que  ne  l'ont  jamais  été  la  plupart 
des  chefs-d'œuvre  du  jour.  Nombre  de  cloches  importantes  et  remar- 
quables ne  sont  même  pas  mentionnées.  Des  fondeurs  de  troisième 
ordre,  vieux  seulement  d'un  siècle  ou  même  de  trois  quarts  de  siècle, 
sont  discutés  et  mis  en  lumière  et  d'autres  plus  méritants  et  plus 
anciens  sont  tout  juste  cités.  »  Voilà  donc  le  lecteur  prévenu  qu'il  ne 
doit  pas  s'attendre  à  trouver  ici  un  manuel  complet  et  méthodique 
d'archéologie  campanaire.  Plaise  à  Dieu  que  M.  Berthelé  nous  le  donne 
un  jour! 

Tel  qu'il  est,  ce  livre  rendra  aux  amis  des  cloches  d'inappréciables 
services.  Ils  y  trouveront  tout  d'abord  un  Coup  d'œil  d'ensemble  sur  la 
fonte  des  cloches  avant  l'époque  actuelle.  En  moins  de  cinquante  pages, 
l'érudition  précise  de  M.  Berthelé  a  condensé  tous  les  renseignements 
utiles  sur  l'organisation  du  métier  de  fondeur  de  cloches  au  temps  jadis, 
sur  les  conditions  du  marché,  sur  celles  du  travail,  sur  les  règlements 
de  comptes,  etc. 

Le  reste  du  volume  se  compose  d'études  originales,  de  notes,  d'ana- 
lyses, d'extraits,  dont  beaucoup  ont  paru  ailleurs,  mais  qui,  épars  comme 
ils  l'étaient,  étaient  presque  perdus  pour  les  hommes  d'études.  Tout 
cela  est  réparti  en  plusieurs  chapitres  géographiques  :  I.  Deux-Sèvres, 
Vienne,  Vendée,  etc.;  IL  Somme,  Oise,  Eure,  etc.;  III.  Départements 
divers;  IV.  Ariège,  Haute-Garonne;  V.  Haute-Marne,  Vosges,  etc.; 
VI.  Aisne,  Marne,  Ardennes,  etc.;  VII.  Rhône,  Côte-d'Or,  Yonne,  etc. 

La  part  de  l'époque  moderne  est  beaucoup  plus  considérable  que  celle 
du  moyen  âge  ;  mais  celui-ci  est  représenté  cependant  par  des  articles 
assez  importants.  Nous  signalerons  tout  particulièrement  dans  le  volume 
une  série  d'études  critiques  fort  importantes  sur  une  cloche  d'Ornolac 
que  l'on  faisait  indûment  remonter  au  xi^  siècle.  On  trouvera  là  des 
principes  fort  utiles  de  paléographie  campanaire. 

Ce  qui  donne  encore  plus  de  prix  au  bel  ouvrage  de  notre  excellent 
et  savant  confrère,  ce  sont  les  copieuses  tables  dont  il  l'a  doté  et  qui  ne 
remplissent  pas  moins  de  200  pages  :  1°  Index  des  noms  de  fondeurs 
(p.  556-628)  ;  2°  Index  général  des  noms  de  personnes,  de  lieux  et  de 
matières  (p.  629-747)  ;  3°  Index  spécial  des  gravures  (p.  749-754).  La 
richesse  de  ces  tables  en  fait  un  instrument  de  travail  fort  précieux, 


BIBLIOGRAPHIE.  6^-1 

indispensable  à  quiconque  s'occupe  d'archéologie  et  d'épigraphie  cam- 
panaires.  Tout  y  a  été  relevé  avec  un  soin  minutieux.  Et  le  campano- 
graphe  ne  sera  pas  le  seul  à  y  puiser  des  renseignements  précieux. 

Dans  la  table  des  matières,  nous  signalerons  plus  particulièrement  les 
importantes  rubriques  :  Abréviations;  Écriture;  Formules;  Langue 
des  inscriptions  campanaires;  Paléographie  campanaire;  Ponctuation; 
Technique  campanaire. 

E.-G.  Ledos. 


William  Marçais,  directeur  de  la  médersa  de  Tlemcen,  et  Georges 
Marçais.  Les  Monuments  arabes  de  Tlemcen  [Service  des  monu- 
ments historiques  de  l'Algérie).  Paris,  Fontemoing,  ^903.  Gr.  in-8°, 
v-358  pages,  30  planches  hors  texte  et  82  illustrations  dans  le 
texte.  (Ouvrage  publié  sous  les  auspices  du  gouvernement  général 
de  l'Algérie.) 

Ce  beau  volume  est  le  troisième  de  l'intéressante  série  de  publica- 
tions que  subventionne,  sur  son  jeune  budget,  notre  colonie  algérienne. 
Les  deux  précédents,  parus  en  1901  et  dus  à  M.  Stéphane  Gsell,  avaient 
été  consacrés  aux  Monuments  antiques  de  l'Algérie. 

Bien  qu'on  eût  déjà  beaucoup  écrit  sur  Tlemcen,  ainsi  que  le  rap- 
pellent consciencieusement  MM.  Marçais  dans  leur  Pr^^/iice,  un  ouvrage 
d'ensemble  sur  l'art  tlemcénien  et  sur  ses  rapports  avec  l'art  de  l'An- 
dalousie musulmane  manquait  encore.  MM.  Marçais,  l'un  arabisant  et 
historien,  l'autre  artiste  et  dessinateur  de  talent,  étaient  parfaitement 
qualifiés  pour  mener  à  bien  un  travail  de  ce  genre.  Ils  s'en  sont  acquit- 
tés de  façon  tout  à  fait  satisfaisante  ^ . 

Le  charme  de  Tlemcen  est  très  puissant.  Plus  et  mieux  que  tous 
autres,  les  auteurs  des  Monuments  arabes  l'ont  ressenti  et  exprimé. 
C'est  de  tout  cœur,  et  comme  avec  amour,  qu'ils  ont  entrepris  et  pour- 
suivi leur  étude,  qui  en  a  pris  une  saveur  trop  souvent  absente  des 
livres  d'archéologie.  On  songe  d'autant  moins  à  les  en  blâmer  que  le 
sujet  y  prête  réellement  et  que  leur  enthousiasme  n'a  pas  fait  tort  à 
leur  critique. 

Trois  villes  se  sont  successivement  comme  juxtaposées  à  Tlemcen. 
Les  Romains  y  eurent,  au  nord-est  de  la  ville  actuelle,  un  centre  assez 
important,  du  nom  significatif  de  Pomaria  (les  vergers),  qui  avait  pour 
origine,  ainsi  a^u'Altava  (Lamoricière)  et  Numerus  Syrorum  (Marnia), 

1.  MM.  Marçais  sont  presque  toujours  exacts  et  bien  informés  au  point  de 
vue  bibliographique.  Pourquoi,  cependant,  lorsqu'ils  citent  Léon  l'Africain,  se 
réfèrent-ils  à  l'édition  ou  plutôt  à  la  réimpression  Schefer,  simple  reproduc- 
tion de  la  détestable  traduction  de  J.  Temporal,  au  lieu  d'utiliser  l'original  ita- 
lien bien  connu  de  Ramnsio? 


fil  2  BIBLIOGRAPHIE. 

un  établissement  militaire  jalonnant  une  frontière  primitive.  A  la  con- 
quête arabe,  Pomaria  devint  Agadir  (la  forteresse),  sans  changer  d'em- 
placement. Ce  fut  à  la  fin  du  xi«  siècle,  sinon  au  début  du  xii"^,  que  le 
souverain  almoravide  Yousouf-ben-Tachfin  fonda,  au  sud -ouest 
d'Agadir,  sur  le  plateau  qu'occupe  le  présent  Tlemcen,  une  ville  nou- 
velle appelée  Tagrart  (le  camp).  Agadir  n'en  resta  pas  moins  habité 
pendant  plusieurs  siècles  encore  et  ne  déclina  que  lentement,  tandis 
que  les  Almohades  succédaient  (milieu  du  xii^  siècle)  aux  Almoravides, 
et  les  Abd-el-Ouadites  ou  Beni-Zeyian  (xiiie  siècle)  aux  Almohades. 
Dans  la  première  moitié  du  xiv^  siècle  se  place  l'intervention  des  Méri- 
nides  marocains,  marquée  par  la  fondation  d'une  troisième  ville,  Man- 
saura  (la  victorieuse),  édifiée  à  l'ouest  de  Tagrart  pour  servir  de  camp 
permanent  à  l'armée  mérinide  au  cours  des  deux  sièges  de  Tlemcen, 
ainsi  que  Santa-Fé  à  l'occasion  du  siège  de  Grenade;  Mansoura,  d'ail- 
leurs, ne  survécut  guère  à  l'occupation  mérinide,  les  Abd-el-Ouadites 
restaurés  en  ayant  systématiquement  assuré  la  prompte  destruction. 

A  l'exception  du  principal  corps  de  bâtiment  de  la  Grande-Mosquée, 
qui  est  du  xii<=  siècle,  les  monuments  tlemcéniens  appartiennent  aux 
cent  années  écoulées  du  milieu  du  xni«  siècle  à  celui  du  xiv»,  c'est-à- 
dire  qu'ils  sont  contemporains  des  grands  monuments  de  Grenade, 
dont  il  y  a  lieu  de  les  rapprocher.  Cet  ensemble  d'édifices  constitue 
d'ailleurs  deux  groupes,  dont  les  dates  respectives  s'enchevêtrent 
quelque  peu,  mais  qui  doivent  être  distingués,  celui  des  travaux  exé- 
cutés par  les  princes  Abd-el-Ouadites  et  celui  des  constructions  dues 
aux  Mérinides. 

La  perle  du  premier  groupe  est  la  charmante  mosquée  de  Sidi-bel- 
Hassan,  maintenant  affectée  au  Musée.  On  avait  inopportunément 
imaginé,  dans  les  premières  années  de  notre  occupation,  de  l'utiliser 
comme  grenier  à  fourrage,  et  un  incendie,  survenu  au  cours  de  cette 
période  utilitaire,  l'a  désastreusement  détériorée.  Ce  qui  en  reste,  qui 
a  jusqu'à  présent  échappé  à  une  restauration  totale,  donne  de  l'art 
tlemcénien  de  la  fin  du  xni^  siècle,  époque  de  la  construction  du  monu- 
ment, l'idée  la  plus  avantageuse.  Les  dimensions  sont  médiocres  et  le 
plan  très  simple  (carré  d'une  dizaine  de  mètres  de  côté  divisé  en  trois 
nefs),  mais  les  proportions  sont  parfaites  et  l'ornementation  est  de  tous 
points  ravissante.  Avec  raison,  MM.  Marçais  qualifient  le  mirhab  de 
«  merveille  de  fantaisie  et  de  goût.  »  Il  en  est  de  même  de  tout  le  décor 
des  murs.  «  Quant  aux  éléments  qui  remplissent  les  surfaces,  »  disent 
MM.  Marçais,  «  ils  témoignent  d'un  art  savant  et  subtil,  presque  com- 
plètement libéré  de  toute  influence  byzantine,  d'une  invention  pleine 
de  souplesse  et  de  ressource.  Cet  oratoire  des  Beni-Zeyian,  l'un  des 
plus  anciens  monuments  de  Tlemcen  et  l'ancêtre  de  presque  toutes 
les  parties  subsistantes  de  l'Alcazar  et  de  l'Alhambra,  porte  la  trace 
d'une  culture  artistique  qui  ne  sera  guère  dépassée.  Non  seulement  il 


BIBLIOGRAPHIE.  6^3 

mérite  d'être  étudié  en  lui-même,  comme  l'une  des  plus  séduisantes 
créations  de  l'art  musulman,  mais  il  offre  encore  à  l'archéologue  un 
exemple  important,  sans  remaniement,  et  de  date  certaine,  des  détails 
de  la  belle  époque  moresque.  C'est  d'ailleurs  de  tous  les  monuments 
de  Tlemcen  celui  qui  se  rapproche  le  plus  des  palais  espagnols  :  le 
décor  épigraphique  et  la  flore  établissent  leur  évidente  parenté.  » 
Ajoutons  que  de  très  beaux  lambris  de  bois  de  cèdre,  dont  quelques 
mètres  seulement  ont  été  épargnés  par  le  feu,  constituaient  les  plafonds 
des  nefs. 

La  mosquée  de  Sidi-bel-Hassan  n'était  pas  un  exemplaire  isolé  de 
l'art  de  cette  époque.  Les  princes  de  la  première  dynastie  abd-el-oua- 
dite,  de  son  fondateur  Yarmoracen  (1239-1282)  à  son  dernier  représen- 
tant Abou-Tachfin  (1322-1337),  furent  de  grands  bâtisseurs  qui  rem- 
plirent Tlemcen  de  leurs  constructions,  tant  civiles  que  religieuses.  Il  n'en 
subsiste  que  des  morceaux,  notamment  les  deux  minarets  de  la  Grande- 
Mosquée  et  d'Agadir,  dus  à  Yarmoracen,  celui  assez  remanié  du 
Mechouar,  qu'on  doit  attribuer  à  Abou-Hammou  I^""  (vers  1317),  enfin 
la  mosquée  d'Oulad-el-Imam,  construite  (vers  1310)  par  le  même  Abou- 
Hammou,  comparable,  ainsi  que  le  démontrent  MM.  Marçais,  à  Sidi- 
bel-Hassan,  mais  irrémédiablement  détériorée.  Le  grand  palais  du 
Mechouar,  édifié  par  Yarmoracen  et  par  Abou-Hammou  !«"■,  les  mul- 
tiples palais  d'Abou-Tachfin,  la  médersa  ancienne  dont  la  mosquée 
d'Oulad-el-Imam  était  l'annexe,  la  médersa  Tachfinia,  dont  proviennent 
quelques  beaux  fragments  de  mosaïques  (peut-être  du  xv"  siècle  d'ail- 
leurs) dispersés  dans  les  musées  de  Tlemcen,  d'Alger,  de  Gluny,  de 
Sèvres',  ne  sont  connus  que  par  quelques  textes  peu  explicites. 

MM.  Marçais  ne  considèrent  pas  comme  indigène  ni  proprement 
tlemcénien  l'art  de  cette  première  période  abd-el-ouadite.  Pour  eux,  ce 
sont  des  architectes  et  des  décorateurs  venus  de  l'Espagne  musulmane, 
des  Andalous,  comme  les  désignaient  et  les  désignent  encore  les  gens 
du  Maghrib,  qui  ont  exécuté  tous  ces  travaux.  Fort  judicieusement,  ils 
attirent  l'attention  sur  le  passage  suivant  d'Ibn-Khaldoun  :  «  A  l'époque 
d'Abou-Hammou  et  de  son  hls  Abou-Tachfin,  les  arts  étaient  très  peu 
avancés  à  Tlemcen,  parce  que  le  peuple  qui  avait  fait  de  cette  ville  le 
siège  de  son  empire  conservait  encore  la  rudesse  de  la  vie  nomade. 
Aussi  ces  princes  durent  s'adresser  à  Aboul-Oualid,  seigneur  de  l'An- 
dalousie, afin  de  se  procurer  des  ouvriers  et  des  artisans.  Le  souverain 
espagnol,  maître  d'une  nation  sédentaire  chez  laquelle  les  arts  avaient 
nécessairement  fait  beaucoup  de  progrès,  leur  envoya  les  architectes 
les  plus  habiles  de  son  pays.  Tlemcen  s'embellit  alors  de  palais  telle- 
ment beaux  que  depuis  on  n'a  jamais  rien  pu  construire  de  semblable 

1.  MM.  Marçais,  p.  21,  noie  2,  ne  semblent  connaître  que  les  fragments  de 
Tlemcen  et  de  Cluny. 

1904  ^0 


6^4  BIBLIOGRAPHIE. 

(Histoire  des  Berbères,  III,  480).  »  On  comprendra  l'importance  archéo- 
logique de  ce  fait  que  les  monuments  abd-el-ouadites  sont  des  œuvres 
grenadines  en  se  souvenant  que  ces  monuments  se  trouvent  être  anté- 
rieurs à  la  plupart  de  ceux  qui  sont  restés  debout  à  Grenade  même. 

Le  groupe  des  édifices  mérinides,  moins  réduit  que  celui  des  édifices 
abd-el-ouadites,  est  plus  intéressant  encore.  Les  princes  mérinides 
furent  d'infatigables  constructeurs.  Dès  leur  entrée  en  scène,  lors  du 
blocus  infructueux  de  huit  années  (1298-1306)  qu'Abou-Yacoub  fait 
subir  à  Tlemcen,  on  voit  s'élever  Mansoura,  avec  son  enceinte  enfer- 
mant une  centaine  d'hectares  et  sa  vaste  mosquée  flanquée  du  haut 
minaret  encore  subsistant.  Tlemcen  enfin  conquise,  pendant  le  quart 
de  siècle  qu'ils  s'y  maintiennent,  les  Mérinides  entassent  bâtisses  sur 
bâtisses;  ils  relèvent  Mansoura  et  l'embellissent  d'un  palais  somp- 
tueux, créent  Bou-Medine  et  Sidi-Haloui. 

L'art  mérinide  est  peut-être  moins  affiné  que  l'art  abd-el-ouadite; 
ainsi,  les  décors  muraux  de  Sidi-bou-Medine  et  de  Sidi-Haloui  sont 
inférieurs  à  ceux  de  Sidi-bel-Hassan,  d'une  fantaisie  moins  riche  et 
moins  variée.  Mais  il  est,  pour  ainsi  dire,  plus  vigoureux  et  plus  monu- 
mental. Au  point  de  vue  architectural,  le  minaret  carré  de  Mansoura 
est  une  œuvre  de  tout  premier  ordre  :  une  grande  et  belle  porte,  rap- 
prochée par  MM.  Marçais  de  Bab-Aguenaou  de  Merrakech  et  de  la 
Puerta  del  Vino  de  Grenade,  s'ouvre  au  bas;  au-dessus  s'étage  un 
merveilleux  balcon  sur  pendentifs  à  alvéoles;  plus  haut,  un  grand 
panneau  réticulé  percé  de  fenêtres  étroites  et  incrusté  d'émaux  de 
faïence;  tout  au  sommet  de  la  tour,  fausse  galerie  d'arcs  brises  suppor- 
tés par  des  colonnettes;  un  édifice  terminal,  aujourd'hui  détruit, 
qu'amortissaient  les  boules  d'or  classiques,  surmontait  la  plate-forme 
crénelée.  Les  deux  façades  de  Sidi-bou-Medine  et  de  Sidi-Haloui,  où  il  a 
été  tiré  un  excellent  parti  du  décor  céramique,  la  première  surtout,  sont 
aussi  fort  remarquables.  La  sculpture  de  la  période  mérinide  offre  les 
mêmes  caractères  d'art  plus  robuste  ;  les  chapiteaux  de  la  mosquée  et 
du  palais  de  Mansoura  (au  Musée  et  à  Sidi-Haloui),  ainsi  que  ceux  du 
mirhab  de  Sidi-bou-Medine,  sont  d'un  dessin  bien  meilleur  que  ceux 
de  Sidi-bel-Hassan. 

Pas  plus  pour  cette  période  que  pour  la  précédente,  MM.  Marçais  ne 
croient  à  l'existence  d'une  école  d'art  locale  ni  même  régionale.  Les 
artistes  employés  par  les  Mérinides  n'étaient,  très  vraisemblablement, 
ni  de  Tlemcen  ni  du  Maghrib  marocain,  centre  de  l'empire  mérinide; 
c'étaient  des  Andalous.  Le  seul  artiste  qu'on  connaisse  par  un  texte 
épigraphique,  celui  de  l'auteur  du  minbar  de  Bou-Medine,  se  trouve 
être  originaire  d'Algésiras.  Une  tradition  fait  venir  d'Espagne  les  van- 
taux de  bronze  de  la  même  mosquée  de  Bou-Medine.  Ces  circons- 
tances, sans  équivaloir  à  des  preuves,  corroborent  cependant  l'opinion 
de  MM.  Marçais.  Sur  ce  point,  comme  sur  nombre  d'autres,  l'élude, 


BIBLIOGRAPHIE.  6^5 

lorsqu'elle  sera  possible,  des  moauments  du  Maroc,  apportera,  doit-on 
espérer,  des  confirinatioas  ou  des  contradictions  qui  permettront  de 
substituer  des  certitudes  à  ces  bypotbèses. 

MM.  Marçais  ont  eu  l'beureuse  inspiration  de  grouper  dans  un 
tableau  d'ensemble  développé  (p.  29  à  111)  leurs  .observations  d'ordre 
général  sur  le  style,  la  construction  et  la  décoration  des  monuments 
décrits  en  les  éclairant  de  rapprochements  et  de  comparaisons  propres 
à  en  déterminer  les  origines  et  l'évolution.  Cet  «  essai  de  petit  précis 
de  l'art  arabe  maghribin  »  est  très  intéressant  et  rendra  de  grands 
services  à  tous  ceux  qui  s'occuperont  désormais  d'archéologie  moresque; 
il  comble,  en  effet,  une  lacune,  Girault  de  Prangey  {Essai  sur  l'archi- 
tecture des  Mores  en  Espagne,  en  Sicile  et  en  Barbarie,  Paris,  1841)  ayant, 
ainsi  que  le  font  observer  MM.  Marçais,  ignoré  entièrement  les  monu- 
ments de  Tlemcen.  Je  ne  peux,  bien  entendu,  qu'y  renvoyer,  sans 
prétendre  l'analyser.  J'en  indiquerai  simplement  la  conclusion  qui  est 
que  «  l'art  d'Andalousie  et  celui  du  Maghrib  semblent  avoir  constitué 
un  groupe  à  part  (de  l'art  islamique  oriental)  et  s'être  simultanément 
développés.  »  Ils  ajoutent,  ce  dont  leur  ouvrage  est  la  démonstration, 
que  l'étude  des  monuments  tlemcéniens  «  peut,  en  plus  d'un  point, 
servir  à  mieux  comprendre  les  édifices  d'Andalousie.  La  plupart,  en 
effet,  offrent  l'avantage  d'être  datés  d'une  manière  certaine  et  d'avoir 
été  peu  remaniés.  Alors  qu'il  est  très  difficile  de  démêler  dans  les 
palais  espagnols  l'apport  des  générations  successives,  chacune  des  mos- 
quées maghribines  représente  pour  ainsi  dire  une  étape  de  l'art 
moresque,  une  date  de  son  perfectionnement  ou  de  sa  dégénérescence. 
Elles  deviennent  donc  des  documents  archéologiques  de  premier  ordre, 
utilisables  non  seulement  pour  l'étude  des  édifices  andalous,  mais 
encore  de  ceux  de  la  Sicile  et  de  ceux  que  les  explorations  futures  nous 
révéleront  dans  les  villes  marocaines.  » 

G.  Jacqueton. 


Hadréad.  Notices  des  manuscrits  latins  583,  657,  1249,  2945,  2950, 
3145,  3146,  3437,  3473,  3482,  3495,  3498,  3652,  3702,  3730  de 
la  Bibliothèque  nationale.  Paris,  Klincksieck,  1904.In-4°,  51  pages. 
(Tiré  des  Notices  et  extraits  des  manuscrits  de  la  Bibliothèque 
nationale  et  autres  bibliothèques.,  t.  XXXVIII.)  Prix  :  2  fr.  30. 

Ces  notices,  trouvées  dans  les  papiers  de  M.  Hauréau  après  sa  mort, 
publiées  et  annotées  en  partie  par  M.  Paul  Meyer,  sont  loin  d'avoir 
toutes  la  même  importance  et  le  même  intérêt.  Si  quelques-unes  ont 
un  développement  de  plusieurs  pages,  d'autres  sont  contenues  en 
quelques  lignes.  Nous  signalerons  donc  les  premières,  dans  lesquelles  on 
pourra  trouver  des  renseignements  souvent  intéressants  pour  l'histoire 
littéraire  et  l'histoire  religieuse. 


616  BIBLIOGRAPHIE. 

Dans  le  manuscrit  583,  M.  Hauréau  a  relevé  un  commentaire  sur  le 
prophète  Abdias,  qui,  d'après  lui,  aurait  été  faussement  attribué  à 
Hugues  de  Saint-Victor.  A  la  suite,  viennent  quelques  traités  et  plusieurs 
sermons  anonymes.  Dans  le  numéro  1249,  il  a  signalé  en  particulier 
plusieurs  poésies  latines  attribuées  à  Hildebert,  et  sur  le  feuillet  de 
garde  a  copié  un  certain  nombre  de  vers  parmi  lesquels  il  y  en  a 
quelques-uns  concernant  l'institution  du  jubilé  par  Boniface  VIII.  Le 
numéro  2945  renferme  une  épître  attribuée  soit  à  Guillaume,  abbé  de 
Saint-Thierri,  soit  plutôt  à  Guignes,  prieur  de  la  Grande  Chartreuse, 
puis  une  série  de  vingt-sept  sermons  que  M.  Hauréau  attribuerait 
volontiers  à  Robert  Pulleyn,  s'il  était  prouvé  que  cet  écrivain  ait  été 
dans  sa  jeunesse  moine  noir  ou  blanc;  il  publie  un  long  fragment  d'un 
de  ces  sermons  qui  ne  manque  pas  d'intérêt.  Après  ces  sermons,  se 
trouvent  quelques  lettres  d'Hildebert  et  un  traité  d'Hugues  de  Saint- 
Victor.  Le  manuscrit  2950,  outre  des  sermons,  peut-être  de  Pierre  le 
Mangeur  et  de  quelques  autres  auteurs,  et  différents  traités,  renferme  un 
commentaire  sur  les  premiers  versets  de  l'évangile  de  saint  Jean,  par 
Jean  Scot  Érigène,  où,  professant  que  tous  les  êtres  sont  et  vivent  en 
Dieu,  il  tente  de  concilier  sa  doctrine  avec  la  croyance  chrétienne. 
Bien  que  cet  opuscule  ait  été  déjà  publié  par  M.  Ravaisson,  M.  Hauréau 
en  a  extrait  un  long  passage  dans  lequel  il  a  pu  corriger  la  leçon  donnée 
par  le  premier  éditeur.  Le  manuscrit  3437  est  occupé  en  partie  par  les 
œuvres  de  Hugues  de  Boves  ou  d'Amiens,  abbé  de  Reading,  puis 
archevêque  de  Rouen.  Le  manuscrit  3473  contient  les  œuvres  de 
plusieurs  auteurs  différents,  Guillaume  Beaufel,  évèque  de  Paris,  Jean 
de  Metz,  Jean  d'Udine,  Hugues  de  Saint-Cher,  Bérenger  Frédol,  Robert 
Grossetête,  évêque  de  Lincoln.  Dans  le  manuscrit  3495  se  trouvent  les 
Allégories  de  Hugues  de  Saint-Victor  sur  le  Nouveau  et  l'Ancien  Testa- 
ment, plusieurs  proses  et  un  certain  nombre  de  sermons,  dont  quelques- 
uns  ne  sont  pas  dépourvus  d'intérêt.  Dans  le  manuscrit  3652,  M.  Hau- 
réau signale  et  étudie  longuement  un  poème  d'Hildebert  déjà  publié 
par  Beaugendre  sous  le  titre  de  De  mysterio  Missse.  Le  manuscrit  3702, 
outre  le  Spéculum  ecclesix,  probablement  de  Hugues  de  Saint-Victor, 
un  vocabulaire  latin  que  Du  Gange  semble  avoir  ignoré,  un  bestiaire, 
etc.,  renferme  aussi  un  fragment  considérable  d'un  traité  sur  l'Incarna- 
tion, dans  lequel  la  doctrine  de  saint  Anselme  et  de  Jean  de  Cornouailles 
est  défendue  contre  des  philosophes  modernes.  M.  Hauréau  donne 
quelques  passages  de  cet  ouvrage  qu'il  croit  inédit.  Le  manuscrit  3730, 
qui  est  du  xii«  siècle,  renferme  un  grand  nombre  de  sermons,  la 
plupart  anonymes;  quelques-uns  seulement  sont  de  saint  Bernard  et 
de  Gébouin,  archidiacre  de  Troyes. 

Jules   VlABD. 


BIBLIOGRAPHIE.  6<7 

Tracts  on  the  Mass,  edited  by  J.  Wickham  Legg.  London,  -1904. 
In-8o,  xxxii-296  pages.  [Henry  Bradshaw  Society.) 

Un  liturgiste  anglais,  qui  a  fait  ses  preuves  depuis  longtemps, 
M.  J.  Wickham  Legg,  a  recueilli  dans  ce  volume  différents  textes,  d'ori- 
gine anglaise,  française  ou  romaine,  relatifs  aux  cérémonies  de  la 
messe,  du  xm*  au  xvi^  siècle.  En  voici  l'iadication  : 

I.  Ordinaire  à  l'usage  de  Salisbury,  tiré  d'un  Missel  du  commence- 
ment du  xiv«  siècle,  qui  a  fait  partie  des  collections  de  feu  William 
Morris.  L'éditeur  a  saisi  l'occasion  de  dresser  une  longue  liste  des  Mis- 
sels de  Salisbury  dont  il  a  eu  connaissance. 

II.  Méditations  de  Langforde,  en  anglais,  d'après  un  manuscrit  de  la 
seconde  moitié  du  xv«  siècle,  à  la  Bodléienne. 

III.  Petit  traité  intitulé  :  Alphabetu7n  sacerdotum,  qui  a  été  souvent 
imprimé  en  France  à  la  tin  du  xv^  siècle  et  au  commencement  du  xvi^. 

IV.  Ordinaire  de  l'église  de  Goutances,  d'après  un  Missel  de  l'année 
1557. 

V.  Ordinaire  dominicain,  d'après  un  ms.  du  xiii«  siècle,  au  Musée 
britannique. 

VI.  Ordinaire  des  Chartreux,  d'après  un  ms.  cottonien  de  la  fin  du 
xv«  siècle. 

VII.  Prœparalio  sacerdotis,  traité  attribué  à  un  franciscain,  Pierre 
Arrivabene,  et  inséré  dans  plusieurs  éditions  du  Bréviaire  romain,  de 
1493  à  1582. 

VIII.  Ordo  missœ  de  Jean  Burckart,  souvent  imprimé  au  cours  du 
xvi«  siècle. 

IX.  Règles  connues  sous  la  dénomination  de  Mdaiîwpianeto,  souvent 
imprimées  en  France  dans  la  première  moitié  du  xvi«  siècle. 

X.  Extraits  du  Directorium  divinorum  officiorum  de  Giconiolanus. 
XL  Ordinaire  de  l'église  de  Salisbury,  d'après  un  Missel  de  cette 

église,  du  xiii^  siècle,  qui,  de  la  bibliothèque  du  comte  de  Grawford,  est 
passé  dans  celle  de  M™«  Rylands. 

Dans  les  notes  jointes  à  l'édition,  M.  Wickham  Legg  a  fait  nombre 
de  rapprochements  très  curieux  pour  l'histoire  de  la  liturgie.  Il  y  a 
inséré,  comme  appendice  à  l'ordinaire  de  Salisbury,  de  longs  frag- 
ments de  VOculus  sacerdotis  de  Guillaume  «  de  Pagula,  »  de  la  Piipilla 
oculi  de  Jean  du  Bourg,  d'un  Missel  de  Salisbury  de  la  Bodléienne  et 
du  Manuel  de  la  même  église,  imprimé  à  Rouen  en  1554. 

Le  recueil  de  M.  Wickham  Legg  a  été  imprimé  sous  les  auspices  de 
la  Société  Henry  Bradshaw.  Depuis  sa  fondation,  cette  Société  a  fait 
paraître  vingt-sept  volumes  de  textes  liturgiques  qui  ne  sont  guère 
connus  en  France,  et  cependant  plusieurs  de  ces  volumes  ont  un  inté- 
rêt   tout  particulier  pour  nous.  Tels  sont   le    Missel  de  Robert   de 


6<8  BIBLIOGRAPHIE. 

Jumièges,  évêque  de  Londres  (1044-1051)  et  archevêque  de  Cantorbéry 
en  1051,  d'après  le  manuscrit  de  la  bibliothèque  de  Rouen  ;  le  Cérémo- 
nial du  sacre  du  roi  de  France,  d'après  l'exemplaire  orné  de  trente-huit 
miniatures  qui  a  été  exécuté  pour  Charles  V  et  que  possède  le  Musée 
britannique,  et  le  Bénédictional  de  l'archevêque  Robert,  d'après  l'un 
des  plus  précieux  manuscrits  de  la  bibliothèque  de  Rouen.  Sur  la  liste 
des  travaux  en  préparation  figurent  le  Bréviaire  de  Colbert  et  d'anciens 
sacramentaires  qui  sont  sortis  de  bibliothèques  françaises  pour  prendre 
place  dans  les  collections  du  Vatican. 

L.  D. 


G.  Vieillard.  V  Urologie  et  les  médecins  urologues  dans  la  médecine 
ancienne.  Gilles  de  Corbeil.,  sa  vie,  ses  œuvres,  son  poème  des 
urines.  Paris,  F.  de  Rudeval,  1903.  In-8°,  ix-390  pages,  fig. 

L'histoire  de  la  médecine  au  moyen  âge  est  également  négligée  par 
les  historiens  et  par  les  médecins.  Les  premiers  hésitent  à  s'aventurer 
sur  un  terrain  qui  leur  est  peu  familier;  les  autres  montrent  généra- 
lement peu  d'estime  pour  les  travaux  datant  de  cette  époque  ;  de  là 
vient  qu'ils  s'attachent  moins  à  étudier  les  doctrines  d'alors,  à  recher- 
cher sur  quoi  elles  se  fondaient  et  comment  elles  ont  évolué,  qu'à  recueil- 
lir des  traits  curieux,  qu'à  relever  des  pratiques  qui  paraissent  d'autant 
plus  bizarres  qu'on  en  sait  moins  la  raison. 

M.  Vieillard,  auteur  de  nombreux  traités  sur  l'urine,  a  été  amené  par 
son  sujet  à  s'occuper  des  travaux  de  ses  prédécesseurs;  il  a  tenté  de  se 
rendre  un  compte  exact  de  leurs  connaissances,  de  déterminer  la  place 
importante  que  l'examen  des  urines  tenait  dans  la  médecine  ancienne. 
Son  Uvre  comporte  l'histoire  des  principaux  spécialistes,  l'exposé  des 
doctrines  urologiques,  une  longue  étude  sur  l'urologie  dans  l'art  et  dans 
la  littérature.  En  appendice,  M.  Vieillard  a  réédité  le  poème  de  Gilles 
de  Corbeil  sur  les  urines,  qu'il  a  fait  précéder  d'une  notice  sur  l'auteur, 
et  une  traduction  du  xvi«  siècle  du  traité  de  Jean  de  Cuba. 

Nous  ne  parlerons  pas  de  l'intérêt  qu'offre  cet  ouvrage  au  point  de 
vue  médical.  Même  pour  le  simple  curieux,  il  est  d'une  lecture  agréable, 
car  on  y  retrouve  avec  plaisir  la  clarté  de  l'écrivain  scientifique.  La 
partie  iconographique  et  tout  ce  qui  a  trait  aux  mœurs  et  coutumes  des 
urologues  ne  manquera  pas  d'intéresser  vivement  le  lecteur. 

Nous  nous  demandons  toutefois  si  l'historien  en  tirera  tout  le  profit 
qu'il  en  pourrait  attendre.  M.  Vieillard  a  lu  les  œuvres  de  quelques 
spécialistes,  il  a  dépouillé  avec  soin  le  poème  de  Gilles  de  Corbeil, 
mais  bien  des  traités  semblent  lui  avoir  échappé,  et  ce  n'est  pas  quatre 
ou  cinq  auteurs,  échelonnés  depuis  l'antiquité  jusqu'à  la  Renaissance, 
voire  même  jusqu'au  xviii«  siècle,  qui  suffisent  à  faire  connaître  une 
science  pratiquée  continuellement  pendant  tant  de  siècles.  De  plus,  les 


BIBLIOGRAPHIE.  6-1 9 

textes  de  Théophile,  de  Gilles  de  Gorbeii  ne  nous  sont  pas  parvenus 
sans  additions;  de  nombreux  commentateurs  y  ont  ajouté  dans  leurs 
gloses  des  éclaircissements,  produit  de  leur  observation  personnelle. 
Peut-être  eùt-il  fallu  examiner  de  plus  près  ces  auteurs  moins  connus, 
et,  en  établissant  ainsi  un  historique  plus  serré,  mettre  mieux  en 
lumière  l'évolution  scientifique  de  l'urologie. 

Ce  travail,  il  est  vrai,  eut  été  très  long,  il  aurait  nécessité  d'abord 
un  dépouillement  complet  des  sources,  dépouillement  d'autant  plus  diffi- 
cile que  les  manuscrits  médicaux  sont  nombreux  et  que  beaucoup  d'entre 
eux  sont  inédits.  Signalons  enfin  une  lacune  énorme  dans  l'ouvrage  de 
M.  Vieillard  :  l'auteur  n'a  utilisé  aucun  ouvrage  manuscrit. 

Pour  ce  qui  est  des  deux  rééditions  qui  terminent  le  volume,  elles 
n'offrent  pas  un  grand  intérêt.  L'édition  française  du  traité  des  urines 
de  Jean  Cuba  est  loin  d'être  «  le  premier  livre  sur  les  urines  qui  ait  été 
publié  en  langue  vulgaire  »  (p.  318).  La  bibliothèque  de  l'École  de 
médecine  de  Montpellier  possède  dans  le  manuscrit  503  un  traité  en 
français  sur  ce  sujet  datant  du  xiv«  siècle,  et  dernièrement  encore 
M.  Paul  Meyer  signalait  dans  la  Romania  (t.  XXXII,  p.  268)  un  manus- 
crit médical <,  également  du  xiv«  siècle,  écrit  en  provençal,  dont  un  cha- 
pitre entier  est  relatif  aux  urines. 

D'autre  part,  M.  Vieillard  a  reproduit,  sans  y  apporter  la  moindre 
amélioration,  le  texte  de  Gilles  de  Gorbeii  donné  par  Ghoulant^.  Or, 
Ghoulant  n'a  connu  que  onze  manuscrits,  dont  neuf  sont  à  la  biblio- 
thèque Pauline  de  Leipzig  et  deux  à  Wolfenbùttel.  Les  nombreux 
manuscrits  qui  se  trouvent  en  France  et  en  Angleterre  eussent  sans 
doute  fourni  des  variantes  et  peut-être  des  leçons  meilleures;  ajou- 
tons que  le  texte  de  Gilles  y  est  accompagné  le  plus  souvent  de 
gloses  dont  l'étude  faisait  partie  du  sujet  traité.  Voici  la  rapide 
énuméralion  de  ces  manuscrits  :  Paris,  Bibliothèque  nationale,  fonds 
latin  :  n»  6882a,  fol.  35-42  vo  (xni«  siècle);  n»  6988,  fol.  114-191 
(xni«  siècle);  n"  6988a,  fol.  121  v°  b-124  v»  (xv  siècle);  n»  8093, 
fol.  119  v°-148  vo  (xv«  siècle);  n"  8160,  fol.  1-6  v^  (xm«  siècle);  n»  15457, 
fol.  191-216  v»  (xnie  siècle);  n»  16178,  fol.  130-136  v°  (xiv«  siècle);  nou- 
velles acquisitions  latines  :  n»  173,  fol.  246  vo-248  \o  (xm«  siècle); 
no  729,  fol.  38-39  v"  (xiii«  siècle)  ;  n°  1479,  fol.  59.  Bibliothèque  de 
l'Arsenal  :  ms.  1024,  fol.  1  ;  ms.  180,  fol.  205  v»  et  255.  Bibliothèque 
Sainte-Geneviève  :  ms.  3102,  fol.  83.  —  Auxerre  :  ms.  241,  fol.  67.— 
Ghartres  :  ms.  393,  fol.  138.  —  Moulins  :  ms.  30,  fol.  1.  —  Montpel- 
lier (bibliothèque  de  l'École  de  médecine)  :  ms.  317  (xin«-xiv«  siècle). 
—  Rouen  :  ms.  978.  —  Vendôme  :  ms.  206,  fol.  1.  —  Bruxelles  : 
ms.  6123  (xive  siècle).  —  Cambridge,  Trinity  collège  :  mss.  396  et  967 


1.  Ms.  R.  1430  de  Trinity  Collège  (Cambridge). 

2.  Leipzig,  1826,  in-8%  xlii-215  p. 


620  BIBLIOGRAPHIE. 

du  catalogue  de  Bernard  ;  University  :  ms.  938,  fol.  78-101  (xiy«  siècle)  ; 
ms.  1559,  fol.  107-160  (xv«  siècle).  —  Dublin,  Trinity  collège  :  ms.  369 
(xv«  siècle).  —  Londres,  Briiish  Muséum  :  ms.  22399,  fol.  45-123 
(xiii«  siècle);  ms.  25031,  fol.  68-88  (xiii«  siècle).  —  Oxford,  Bodléienne  : 
ms.  lat.  106,  fol.  2095  (xui^  siècle);  Mise.  :  ms.  116,  fol.  35  (xv^  siècle)  ; 
ms.  255,  fol.  51  (x^  siècle);  Mise.  Laud.  :  ms.  237,  fol.  173  (xiii«- 
xrv»  siècle);  ms.  676,  fol.  44  et  47;  Rawlinson  :  ms.  1221,  fol.  1-34; 
Digby  :  ms.  29,  fol.  76  et  130;  ms.  129,  fol.  33;  Ashmole  :  ms.  399, 
fol.  47C-52;  ms.  1285,  fol.  134b-141.  —  Collèges,  Exon.  :  ms.  35, 
fol.  71  et  206;  Merton.  :  ms.  120,  fol.  157;  ms.  221,  fol.  224  et  240  b  ; 
ms.  225,  fol.  77  ;  ms.  228,  fol.  54;  Saint-Jean-Baptiste  :  ms.  197,  fol.  255; 
Omnium  animarum  :  ms.  78,  fol.  1  et  39  ;  Collège-Neuf  :  ms.  170, 
fol.  257;  ms.  166,  fol.  239;  Corpus  Christi  :  ms.  74,  fol.  1;  ms.  226, 
fol.  226. 

Quoique  cette  liste  soit  déjà  longue,  nous  craignons  qu'elle  soit 
encore  très  incomplète.  —  Nous  avons  relevé,  en  outre,  un  certain 
nombre  d'éditions  qui  ont  échappé  à  M.  Vieillard  : 

l»  Padoue,  1483.  In-4°.  (Hain,  n»  100.)  Bibl.  nat.,  Rés.  Td<s.  13; 

2°  [Cologne,  vers  1500.]  In-4°.  (Copinger,  n°  34.)  Université  de  Stras- 
bourg ; 

3°  [S.  1.]  Cum  gratta  Scipmii  concessa  [1500(?)].  In-i6.  Brit.  Mus., 
835  a,  24(3); 

40  Venise,  1514  ^  In-fol.  Bibl.  nat.,  Rés.  Td<^  15; 

5»  fS.  1.,  1520(?).]  In-40.  Brit.  Mus.,  C.  47  d. 

Enfin,  Polycarpe  Leyser,  dans  son  Historia  poetarum  (p.  500),  indique 
une  édition  de  1565  (Lyon,  in-S"),  reproduction  de  l'édition  de  Padoue 
de  1494.  Il  nous  semble  qu'il  faut  l'identifier  avec  l'édition  de  Lyon  de 
1505,  une  faute  d'impression  ayant  substitué  un  6  à  un  0. 

Tel  qu'il  est,  le  livre  de  M.  Vieillard  témoigne  cependant  de  beau- 
coup de  recherches,  qu'une  exposition  claire  met  bien  en  valeur.  Il  est 
à  souhaiter  que  l'auteur  ne  s'arrête  pas  là,  mais  que,  poussant  plus  loin 
ses  investigations,  il  nous  donne  sous  peu  une  seconde  édition  plus 

complète  et  munie  d'une  annotation  plus  copieuse. 

Henri  Lemaître. 

Alfred  Jeanroy.  Les  Origines  de  la  poésie  lyrique  en  France  au 
moyen  âge.  Études  de  littérature  française  et  comparée,  suivies  de 
textes  inédits.  2«  édition.  Paris,  H.  Champion,  ^904.  In-8°,  xxxi- 
535  pages,  i  0  francs. 
Il  serait  trop  tard  aujourd'hui  pour  rendre  compte,  bien  qu'elle  n'ait 

1.  La  date  est  formulée  «  anno  reconciliate  Nativitatis  \Wi,  (lie  22  novem- 
bris.  »  Avec  Polycarpe  Leyser,  Hisioria  poetarum,  p.  500,  il  nous  semble  qu'il 
faut  corriger  1414  en  1514. 


BIBLIOGRAPHIE.  621 

pas  été  signalée  en  son  temps  dans  la  Bibliothèque  de  V École  des  chartes, 
de  la  thèse  de  M.  Jeanroy  sur  les  Origines  de  la  poésie  lyrique  en  France. 
Elle  a  paru  en  1889.  Nous  pouvons,  du  moins,  en  annoncer  la  réim- 
pression. Pour  faire  profiter  son  livre  des  observations  et  des  critiques 
provoquées  par  la  première  édition,  des  travaux  pujjliés  depuis  sur  le 
même  sujet  et  de  ses  nouvelles  recherches  personnelles,  M.  Jeanroy 
aurait  «  dû  le  récrire  presque  en  entier;  »  le  temps,  dit-il,  lui  a  man- 
qué pour  cela  ;  il  s'est  borné  à  le  réimprimer  tel  quel,  en  y  ajoutant 
treize  pages,  intitulées  Additions,  corrections  et  appendice  bibliogra- 
phique. Aidé  de  cet  appendice,  le  lecteur  pourra  faire  lui-même  le  tra- 
vail auquel  l'auteur  a  été  obligé  de  renoncer,  au  moins  pour  le  moment. 

E.  Langlois. 

Mildred  K.  Pope.  Étude  sur  la  langue  de  frère  Angier,  suivie  d'un 
glossaire  de  ses  poèmes.  Oxford,  Parker;  Paris,  Picard.  In-4% 
i  29  pages. 

Angier  a  traduit  en  vers  octosyllabiques  les  Dialogues  de  saint  Gré- 
goire et  une  Vie  du  même  saint.  Au  point  de  vue  littéraire,  son  œuvre 
est  sans  valeur;  pour  le  philologue,  elle  présente  l'intérêt  d'un  texte 
exactement  daté;  on  sait  en  effet  que  c'est  dans  un  monastère  d'Oxford 
que  l'auteur  a  rimé  les  Dialogues  d'abord,  puis  la  Vie,  vers  1212  et  1214. 
Mais  cet  intérêt  même,  miss  Pope  montre  implicitement  dans  sa  thèse 
qu'on  l'a  exagéré,  lorsqu'elle  prouve  que  frère  Angier  était  un  continen- 
tal, probablement  un  Angevin,  habitant  l'Angleterre  depuis  quelques 
années,  et  qu'il  écrivait  dans  son  dialecte  maternel,  fortement  altéré 
sous  l'influence  du  milieu  dans  lequel  il  vivait;  que,  par  conséquent,  il 
ne  peut  pas  nous  renseigner  sur  l'état  de  la  langue  française  outre- 
Manche.  Telle  est  la  conclusion  qui  ressort  de  l'examen  très  compétent 
auquel  miss  Pope  a  soumis  la  phonétique,  la  morphologie,  l'ortho- 
graphe, la  versification  et  le  vocabulaire  de  frère  Angier.  Un  mémoire 
de  cette  nature  ne  comporte  pas  l'analyse;  il  ne  me  reste  donc, 
après  en  avoir  fait  connaître  le  sujet  et  la  conclusion,  qu'à  le  recom- 
mander; l'auteur  est  fort  bien  informé  des  questions  qu'il  traite;  son 
travail  est  très  consciencieux,  son  raisonnement  très  sûr,  son  exposé 
très  clair,  et  tous  ceux  qui  s'intéressent  aux  dialectes  de  l'ouest  de  la 
France,  ainsi  qu'au  normand  et  à  l'anglo-normand,  s'instruiront  à  sa 

lecture.  „    , 

E.  Langlois. 

r Origine  et  le  parler  des  Canadiens-Français  (publication  de  la 
Société  du  parler  français  au  Canada).  Paris,  II.  Champion,  1903. 
In-8°,  30  pages. 
Cette  brochure  contient  deux  mémoires,  de  deux  professeurs  de  l'Uni- 


622  BIBLIOGRAPHIE. 

versité  Laval,  à  Québec;  l'un,  de  M.  Stanislas-A.  Lortie,  est  intitulé 
De  l'origine  des  Canadiens- Français  ;  l'autre,  sur  le  Parler  franco-cana- 
dien, est  de  M.  Adjutor  Rivard.  La  première  de  ces  études  se  résume 
en  un  tableau  indiquant  le  nombre  et  le  pays  de  départ  des  Français 
arrivés  au  Canada  de  1608  à  1700.  Des  4,894  émigrants  comptés  dans 
cette  statistique,  958  viennent  de  Normandie,  621  de  l'Ile-de-France, 
569  du  Poitou,  etc.  Ce  relevé  comparatif  est  très  intéressant;  pour 
l'étude  du  patois  canadien  actuel,  il  le  serait  encore  davantage  s'il  pou- 
vait être  complété  par  d'autres  renseignements  :  selon  que  cinquante 
Normands,  par  exemple,  arrivaient  ensemble  au  Canada  ou  n'y  venaient 
que  successivement  ;  selon  qu'ils  s'y  installaient  en  une  agglomération 
à  part  ou  qu'ils  se  dispersaient  dans  un  milieu  originaire  d'autres  pro- 
vinces, les  chances  de  survivance  pour  leur  dialecte  étaient  différentes. 
Mais,  même  complétée  dans  le  sens  que  j'indique,  il  faudrait  bien  se 
garder  de  prendre  cette  statistique  pour  base  d'une  étude  du  parler 
canadien  ;  en  revanche,  même  en  s'en  tenant  au  simple  tableau  dressé 
par  M.  Lortie,  elle  permettra  sans  doute  d'expliquer  certaines  particu- 
larités de  ce  parler. 

Suivant  M.  Rivard,  son  étude  a  pour  objet  «  l'examen  des  formes 
actuelles  »  de  la  langue  franco-canadienne.  Cette  annonce  contient  un 
peu  d'exagération.  M.  Rivard  semble  s'être  plutôt  proposé  de  montrer, 
par  quelques  exemples  de  mots  et  de  formes  phonétiques,  que  dans  le 
langage  des  paysans  au  Canada  on  retrouve  des  vestiges  des  différents 
dialectes  de  la  France.  Mais  il  s'en  faut  que  tous  ses  exemples  soient 
probants  :  pourquoi  avenant,  décaniller,  engranger,  braque,  bouse,  fan- 
freluches, etc.,  employés  dans  le  sens  que  les  mêmes  mots  ont  encore 
en  français,  seraient-ils  d'importation  saintongeaise?  Pourquoi  cliché  = 
diarrhée  (que  j'ai  entendu  en  Bourgogne),  coswei  =  fragile  (qui  se  dit  à 
Lille,  à  Paris,  en  Lorraine  et  ailleurs),  s'accouver  =  s'accroupir  (très 
usité  dans  le  département  de  la  Meuse),  etc.,  seraient-ils  d'origine  nor- 
mande? 

E.  Langlois. 


LIVRES    NOUVEAUX. 

SOMMAIRE  DES  JMATIÈRES. 

Sciences  auxiliaires.  —  Méthodologie,  759.  —  Épigraphie,  917,  982, 
1025.  —  Paléographie,  955.  —  Manuscrits,  676,  764,  801,  808,  809,  816, 
918,  942,  969,  1043.  —  Imprimés,  693,  706,  973.  —  Bibliothèques,  648, 
666,  818,  827. 


BIBLIOGRAPHIE.  623 

SouRCKS,  777,  963.  —  Chroniques,  681,  700,  726,  789,  867,  905.  —  Cor- 
respondance, 820,  1004.  —  Archives,  648,  666,  696,  738,  802,  807,  821, 

842,  853,  908,  962,  1027,  1044.  —  Cartulaires,  etc.,  632,  672,  690,  794, 
924,  993,  1032,  1035-1038.  —  Regestes,  811,  971,  972,  1035.  —  Chartes, 
635,  667,  678,  705,  847,  882,  926,  961.  —  Comptes,  etc.,  659,849.  — 
Inventaires,  810,  830.  —  Terriers,  1034. 

Biographie,  généalogie.  —  Angleterre,  835;  Mirandolais,  694.  — 
Agnolo  da  Camerino,  977;  s.  Albert,  677;  Al-Hadjajàdj,  935;  Alighieri, 
949;  Amadeo,  1042;  Jeanne  d'Arc,  862,  981;  Ascaniens,  1052;  Basile, 
820;  Bède,  967;  Boniface  VIII,  672;  Boniface  IX,  1063;  s.  Catherine 
de  Sienne,  968;  Charlemagne,  900;  Charles  IV  de  Luxembourg,  1062; 
Colonibini,  698  ;  Dante,  670  ;  Del  Torso,  727  ;  Dolfin,  733  ;  s.  Dominique, 
910;  s.  François  d'Assise,  754,  777,  852,  881,  1022,  1026;  Garzo  dal- 
i'Ancisa,  785";  Godefroy  de  Bouillon,  729;  Grégoire  I«,  686,  779,  886; 
Henri  IV,  885;  Henri  V,  885;  Henri  d'Anjou,  909;  Henri  de  Cor- 
nouailles,  920;  Hugues  de  Besançon,  989;  Jacqueline  de  Hainaut, 
960;  Jean  XXII,  811;  don  Juan  de  Castille,  681;  Landenberg,  1019; 
J.  Langlois,  837;  Léon  III,  636;  Louis  le  Débonnaire,  918;  Louis  II, 
820;  Louis  IV,  795;  s.  Louis  IX,  726;  Louis  XI,  926;  Louis  de 
Bavière,  1030;  Mahomet,  782;  Merkstetter,  1010;  Mino  da  Fiesole,  641; 
Monfavès,  633;  Nicolas  I",  961;  Nicolas  de  Guardiagrele,  653;  Noga- 
rola,  1040;  Otto  le  Grand,  795;  Parthenay,  1048;  s.  Paulin  de  Noie, 
656;  Pétrarque,  652,  712,  724,765,  785,865,  873,  875,  911,  1021,  1041, 
1061,  1062;  Pierre  d'Aragon,  689;  Porcellet,  1046;  Robert  le  Palatin, 
1051;  Roger  II,  692;  Sidoine  Apollinaire,  711;  Théodora,  730;  Théo- 
doric,  1011;  Tizio,  946;  Urbain  IV,  1032. 

Droit,  635,674,  685,  707,  709,  710,  723,  767,  796,  812,  817,841,874, 
880,  919,  948,  951,  969,  970,  990,  992,  1014,  1015,  1043. 

Histoire  économique,  moeurs,  644,  675,  704,  720,  791,  799,  831,  841, 

843,  887,  925,  937,  1012,  1016,  1017,  1047,  1050. 

Institutions,  855. 

Sciences,  enseignement,  667,  728,  741,  744,  750,  858,  866,  883,  900, 
975,  996,  999,  1043. 

Médecine,  932. 

Langues  et  littératures.  —  Latin,  697,  806,  832,  848,  917.  — 
Langues  romanes,  783,  879,  1006;  catalan,  858;  espagnol,  1031;  fran- 
çais, 735,  739,  884,  915,  950, 1060, 1064;  italien,  634,  650,  654,  661-663, 
668,  671,  680,  684,  698,  713-718,  748,  753,  757,  758,  767  1er,  769,  770, 
772,  773,  775,  808,  833,872,876,877,881,  889,  890,  898,  907,  911,  927, 
929,  933,  937,  939,  940,  956,  957,  966,  977,  980,  985,  987,  997,  1009, 
1023,  1024,  1028;  provençal,  655.  —  Langues  germaniques  :  allemand, 
643,  665,  763,  774,  805,^819,  839,  902,  930,  1057;  anglais,  708,  766, 


624  BIBLIOGRAPHIE. 

936,  983;  anglo-saxon,  1007.  —  Langues  Scandinaves,  637,  669,  745, 
764,  850,  912,  1053. 

Religions.  —  Catholicisme,  964;  papauté,  632,  792,  924;  conciles, 
642,  646,  649,  679,  961  ;  ordres  religieux,  700,  742,  750,  781,  840,  868, 
958,  1001;  lipsanographie,  897,  926,  1039;  théologie,  868,  872,  886,  998; 
liturgie,  676,  697,  751,  762,  914,  947,  1054.  —  Hétérodoxie,  806,  864. 

Archéologie,  638,  645,  647,  651,  657,  660,  662,  701,  725,  787,  790, 
800,  828,  838,  841  bis,  844,  851,  854,  878,  901,  904,  910,  974,  1003, 
1020,  1045.  —  Architecture,  673,  682,  702,  731,  768  ter,  798,  814,  824, 
825,  826,  846,  888,  899,  906,  943,  944,  991.  —Sculpture,  916,  954,  979, 
994,  995.  —  Peinture,  870,  953,  1058.  —  Mosaïque,  845.  —Tapisserie, 
747.  —  Orfèvrerie,  703,  810,  860.  —  Métallurgie,  857.  —  Gampano- 
graphie,  982.  —  Céramique,  722.  —  Armes,  768  bis.  —  Musique,  640, 
670,  772,  941.  —  Numismatique,  752,  859,  1049.  —  Héraldique,  746, 
845,  984,  1029. 

SOMMAIRE  GÉOGRAPHIQUE. 

Abbcville,  725,  834;  Alexandrie,  908;  Allemagne,  635,  688,  796,  840, 
885,  904,  1017,  1033;  Amboise,  767  bis;  Ancône,  1012;  Angers,  747  ; 
Angleterre,  742,932;  Anjou,  941;  Aquaviva,  856;  Aragon,  705;  Arles, 
824;  Arras,  855;  Asnières,  825  ;  Aulne,  702  ;  Auxerrois,  944  ;  Avignon, 
667;  Bâle,  784;  Barbegal,  738;  Bari,  874;  Bavière,  658;  Bayeux,  906; 
Belgique,  970  ;  Berne,  994  ;  Besançon,  947  ;  Bindersleben,  664  ;  Bohême, 
921  ;  Brabant,  776;  Brigueil,  938-  Brisgau,  749;  Cadix,  934;  Cagliari, 
853;  Cambridge,  1018;  (Pastel  San  Pietro,  761  ;  Catalogne,  709;  Cham- 
peaux,  786;  Colmar,  768  <er;  Cologne,  780;  Combles,  683;  Compiègne, 
690,  897;  Corbie,  813,  847;  Crémone,  887;  Cruzille,  736;  Danemark, 
632  ;  Dijon,  1025  ;  Dresde,  787  ;  Ecosse,  829  ;  Espagne,  751 ,  959  ; 
État  pontifical,  737;  Ferrare,  765,  767  ter,  913,  962;  Final  Ligure, 
880;  Florence,  642,  703,  83i,  889;  Fountains,  803;  France,  752,  888, 
1005;  Frégicourt,  683;  Friedberg,  1036;  Fromonville,  978;  Gand,  865; 
Gâtinais,  768;  Gaule,  722;  Géra,  756;  Grande-Bretagne,  999;  Gre- 
nade, 682  ;  Grosskiihnau,  778  ;  Gufidaun,  1034  ;  Gutenbach,  755  ;  Hanau, 
1065;  Heilbronn,  1037;  Hesse,  964;  Hohengerhausen,  1055;  Houdain- 
ville,  869;  Huete,  639;  Innsbruck,  909;  Islande,  812;  Italie,  771,  791, 
799,  905,  954,  963,  1045;  Jérusalem,  972;  Kefermarks,  916;  Kloster- 
kamp,  823;  Knechtsteden,  740;  Krummau,  1035;  Landen,  836; 
Lieberose,  822  ;  Liège,  865;  Lille,  845;  Lobbes,  673;  Louvain,  975, 
1044;  Lùbeck,  706,  1038;  Lùbs,  1059;  Lyon,  711,  871,  1047;  Malines, 
648,  827  ;  Mantoue,  721  ;  Marie,  982  ;  Maubuisson,  984  ;  Mayence,  1002  ; 
Mende,  943;  Merchtem,  993  ;  Messine,  937  ;  Milanais,  691,  723,  768  bis; 
Mirandola,  863;  Moldavie,  642;  Mons,  802  ;  Monticchio  ,760  ;  Moravie, 


BIBLÏOGRAPBIE.  625 

921;  Morcone,  1014;  Morlamwelz,  734;  Moscou,  838;  Munich,  979; 
Muzillac,  647;  Nonnenwerth,  931;  Northumberland,  699  ;  N.-D.-de- 
l'Épine,  891-896,  9î3  ;  Nuremberg,  660,  790;  Ossau,  928;  Oxford,  793; 
Padoue,  695,  867,  952;  Paris,  798,  899,  953;  Pexiora,  992;  Piémont, 
719;  Pise,  848,  1020;  Poitiers,  826;  Pontremoli,  1008;  Prague,  794; 
Prato,  687;  le  Priez,  683;  Provence,  719;  Ravenne,'  1015;  Riiin,  797, 
821,  1027,  1030;  Rhône,  675-,  Roche-Bernard,  647;  Ronceray,  1039; 
Rouen,  854;  Rovigo,  695;  Saint-Asaph,  657;  Saint-Claude,  947; 
Saint-Cloud,  1016;  Saint-Marin,  976;  Saint-Ouen,  924;  St.  Thomas 
a.  d.  Kyll,  815;  San-Daniele,  666  ;  San  Michèle,  846  ;  Sanlo-Pietro, 
965  ;  Sarzana,  807  ;  Sassari,  710  ;  Savoie,  719  ;  Schleswig,  995  ;  Seraing, 
945;  Settimo,  830;  Séville,  986;  Sicile,  685,  689,  692,  743;  Siiésie, 
919;  Sienne,  849;  Soissons,  961;  Somme,  861;  Subiaco,  779;  Suède, 
638;  Suisse,  678,  784;  Sutri,  679;  Tennenbach,  1000;  Thuringe,  971; 
Tongres,  636  ;  Torrequadra,  732  ;  Toscan,  988  ;  Toulouse,  860  ;  Tours, 
789;  Toussaints,  895,  922;  Trentin,  645;  Turin,  649;  Tyrol,  1050; 
Udine,  1062;  Urbino,  851;  Valence,  696;  Vaucluse,  764,  1061;  Vau- 
démont,  674  ;  Vendôme,  882;  Venise,  695;  Waltham,  1013  ;  Warburg, 
788;  Weissenhorn,  804;  Xérès,  903;  Ziebigk,  778;  Zinna,  814. 

632.  Acta  pontificum  danica.  Pavelige  Aktstykker  vedrôrende  Dan- 
mark,  1316-1536.  I.  Bind  :  1316-1378.  Udgivet  af  L.  Moltesen.  Kôben- 
havn,  Gad,  1903.  In-8°,  398  p.  4  kr. 

633.  Albe  (E.).  Autour  de  Jean  XXII.  Le  cardinal  de  Monfavès  de 
Castelnau-Montratier.  Cahors,  Société  d'imprimerie  cadurcienne,  1904. 
In-8°,  24  p. 

634.  Albini  (Gius.).  Lectura  Dantis  :  il  canto  IV  del  Paradiso  letto 
nella  sala  di  Dante  in  Orsanmichele  il  di  18  gennaio  1903.  Firenze, 
G.  C.  Sansoni,  1904.  In-8°,  36  p.  1  1. 

635.  Altmann  (Wilh.),  Bernheim  (Ernst).  Ausgewàhlte Urkunden  zur 
Erlàuterung  der  Verfassungsgeschichte  Deutschlands  im  Mittelalter. 
3.  vermehrte  und  verbesserte  Aufl.  mit  Hinzufùgung  eines  chronologisch 
geordneten  Verzeichnisses  der  Urkunden  am  Schlusse.  Berlin,  Weid- 
mann,  1904.  In-8'>,  xiv-461  p.  7  m.  40. 

636.  Aluins  (Robert  d').  Le  pape  Léon  III  et  la  consécration  de 
l'église  Notre-Dame  à  Tongres.  Tongres,  impr.  N.  Theelen-Michiels, 
1904.  Petit  in-8%  42  p.  0  fr.  75. 

637.  Âlund  (Erik).  Runorma  i  Norden.  En  kort  fattad  redogôrelse  for 
vâra  fôrfàders  àldsta  skrift.  Stockholm,  Norstedt,  1904.  In-8°,  89  p. 
1  kr.  25. 

638.  Ambrosiani  (Sune).  Medeltida  kyrklig  byggnadskonst  i  Sverige. 
Stockholm,  Ljus,  1904.  In-8°,  60  p.  1  kr. 


626  BIBLIOGRAPHIE. 

639.  Amor  y  Calzas  (J.  J.).  Curiosidades  liistôricas  de  la  ciudad  de 
Huete  (Guenca).  Madrid,  impr.  de  Primitivo  Fernâadez,  1904.  Ia-8% 
127  p.  3  p. 

640.  Angeli  (A,  d').  La  musica  ai  tempi  di  Dante  :  conferenza  tenuta 
a  Modena  per  la  società  magistrale,  con  esecuzioni  musicali.  Cagliari, 
tip.  Unione  sarda,  1903.  In-8%  35  p. 

641.  Angeli  (Diego).  Mino  da  Fiesole.  Florence,  Alinari  frères,  1904. 
In-8°,  156  p.,  avec  fig.  et  pi. 

642.  AuNER  (Gh.).  La  Moldavie  au  concile  de  Florence.  Paris,  impr. 
Feron-Vrau,  1904.  Gr.  in-8°  à  2  col.,  32  p. 

643.  Arndt  (Wilh.).  Die  Personennamen  der  deutsclien  Schauspiele 
des  Mittelalters.  Breslau,  M.  und  H.  Marcus,  1904.  In-8»,  x-H3  p. 
(Germanistische  Abhandlungen.  23.)  3  m.  60. 

644.  AsHTON  (J.).  History  of  Bread.  From  Prehistoric  to  Modem 
Times.  London,  Religions  Tract  Soc,  1904.  In-S»,  186  p.  1  s.  6  d. 

645.  Alz  (Karl),  Schatz  (Adelgott).  Der  deutsche  Anteil  des  Bis- 
tums  Trient.  Topographisch-historisch-statistisch  und  archâologisch 
beschrieben  und  hrsg.  IL  Bd.  :  Das  Dekanat  Neumarkt  und  Kaltern 
(mit  Nachtràgen).  Bozen,  A.  Auer  und  Go,  1904.  In-8°,  272  p.  4  m. 

646.  Anthoritative  Ghristianity  :  the  six  synods  of  the  undivided 
church,  its  only  utterances.  The  third  word  council;  that  is  the  third 
council  of  the  whole  Ghristian  world,  east  and  west,  which  was  held 
A.  D.  431  at  Ephesus  in  Asia.  V.  2.  tr.  by  .Ta.  Ghrystal.  Jersey  Gity, 
N.  J.,  Ja.  Ghrystal,  1904.  In-8%  xix-472  p.  3  s. 

647.  Aveneau  de  La  Grancière.  La  Région  de  la  Roche-Bernard 
(Morbihan)  aux  époques  préromaine,  gallo-romaine  et  mérovingienne. 
Inventaire  descriptif  des  monuments  et  découvertes  des  cantons  de  la 
Roche-Bernard  et  de  Muzillac.  Saint-Brieuc,  Prud'homme,  1904. 
In-8°,  50  p.  (Extrait  du  Bulletin  archéologique  de  l'Association  bretonne^ 
1903.) 

648.  AwANS  (R.  d').  Les  Archives  et  la  bibliothèque  communales  de 
Malines.  Renaix,  impr.  J.  Leherte-Courtin,  1903.  In-8°,  10  p.  (Extrait 
de  la  Revue  des  bibliothèques  et  archives  de  Belgique,  t.  I,  fasc.  6.) 

649.  Babut  (E.-Gh.).  Le  Goncile  de  Turin.  Essai  sur  l'histoire  des 
églises  provençales  au  v^  siècle  et  sur  les  origines  de  la  monarchie 
ecclésiastique  romaine  (417-450).  Paris,  Picard  et  fils,  1904.  In-8'', 
xi-318  p. 

650.  Bacci  (Orazio).  Lectura  Dantis  :  il  canto  VI  del  Paradiso  letto 
nella  sala  di  Dante  in  Orsanmichele  il  dî  29  di  gennaio  1903.  Firenze, 
G.  G.  Sansoni,  1904.  In-8o,  51  p.  1  1. 


BIBLIOGRAPHIE.  627 

651.  Baes  (Edgar).  L'art  primitif  français  et  le  style  de  Flandre  et  de 
Bourgogne.  Bruxelles,  irapr.  X.  Havermans,  1904.  In-8o,  59  p.  2  fr. 

652.  Baffi  (Aug.).  Studio,  patria  e  amore  in  Francesco  Petrarca  : 
conferenza.  Mortara-Vigevano,  tip.  ditta  A.  Gortellezzi,  1904.  Ia-8°, 
18  p. 

653.  Balzano  (Vinc).  I  due  Nicola  di  Guardiagrele  nel  secolo  xv. 
Chieti,  tip.  Gamillo  Marchionne,  1904.  In-S»,  6  p. 

654.  Barberis  (G.  B.).  Interpretazione  del  canto  XX Vil  dell'  Inferno  : 
corso  di  conferenze  promosso  dal  ginnasio  comunale  di  Barletta.  I. 
Pinerolo,  tip.  Ghiantore-Mascarelli,  1903.  In-8o,  30  p. 

655.  Bartsgh  (Karl).  Chrestomathie  provençale  (x^-xv^  siècles), 
6e  édition,  entièrement  refondue  par  Eduard  Koschwitz.  Marburg, 
N.  G.  Elwert,  1904.  In-8°,  xn-662  p.  8  fr.  50. 

656.  Baudrillart  (André).  Saint  Paulin,  évêque  de  Noie  (353-431). 
Paris,  Lecoffre,  1905.  In-18,  vii-198  p.  (Les  Saints.)  2  fr. 

657.  Bax  (P.  B.  Ironside).  Cathedral  Ghurch  of  Saint  Asaph.  Des- 
cription of  building  and  a  short  history  of  see.  London,  Bell,  1904. 
In-8o,  84  p.  (Cathedral  Séries.)  1  s.  6  d. 

658.  Bekk  (Adf.).  Baiern,  Gothen  und  Langobarden.  Beitrag  zur 
Lôsung  der  Bajuvarenfrage.  Salzburg,  E.  Hollrigl,  1904.  In-8°,  35  p. 
0  m.  45. 

659.  Berlière  (DomUrsmer).  Inventaire  analytique  des  «  Libri  obli- 
gationum  et  solutionum  »  des  archives  vaticanes.  Paris,  Ghampion, 
1904.  In-8»,  xxvii-317  p.  6  fr. 

660.  Bernays  (H.  Uhde).  Nuremberg.  London,  A.  Siegle,  1904.  In-16, 
94  p.  (Laugham  Art  Monographs.)  1  s.  6  d. 

661.  Bertoldi  (Alf.).  Lectura  Dantis  :  il  canto  XI  del  Paradiso,  letto 
nella  sala  di  Dante  in  Orsanmichele  il  di  12  marzo  1903.  Firenze, 
G.  G.  Sansoni,  1904.  In-S»,  62  p.  1  1. 

662.  Bertone  (Paola).  Il  culto  di  Maria  Vergine  nelle  arti  figurative 
dei  primi  secoli,  nella  poesia  italiana  e  specialmente  nella  Divina 
Gomedia  :  conferenza.  Asti,  Vinassa,  1903.  In-16,  41  p. 

663.  Bertoni  (G.).  Per  la  fortuna  dei  Trionfi  del  Petrarca  in  Francia. 
Modena,  libr.  internazionale  G.  T.  Vincenzi  e  nipoti,  1904.  In-8°, 
62  p. 

664.  Bertram  (Max  Paul).  Bilterisleybin.  Geschichte  des  Dorfes  Bin- 
dersleben  bei  Erfurt.  Bindersleben,  1904.  In-8'',  v-160  p.  1  m.  50. 

665.  Bethmann  (Johs).  Untersuchungen  iiber  die  mhd.  Dichtung  vom 
Grafen  Rudolf.  Berlin,  Mayer  und  Mùller,   1904.    ln-8%  vii-170   p. 


628  BIBLIOGRAPHIE. 

(Palaestra.  Untersuchungen  und  Texte  aus  der  deutschen  und  engl. 
Philologie.  XXX.)  5  m. 

666.  La  Biblioteca  comunale  e  l'arcliivio  storico  comunale  di  S.  Da- 
niele  nel  Friuli.  S.  Danieie,  fratelli  Biasutti,  1903.  Ia-8°,  10  p. 

667.  Blanchard  (Raphaël).  Notice  sur  quatre  diplômes  de  l'Université 
d'Avignon.  Poitiers,  impr.  Biais  et  Roy,  1904.  In-S",  14  p.  (Extrait  du 
Bulletin  de  la  Société  française  d'histoire  de  la  médecine.) 

668.  Blasi  (Maria).  L'elemento  umano  nel  paradiso  dantesco.  Ghia- 
vari,  tip.  Ghiavarese,  1904.  In-8°,  44  p. 

669.  BoEDTKER  (A.  Trampe).  Partenopeus  de  Blois.  Étude  compara- 
tive des  versions  islandaise  et  danoise.  (Videnskabsselskabets  II. 
Hist.  filos.  kl.  1904.  N°  3.)  Udgivet  for  Hans  A.  Benneches  Fond. 
Kristiana,  Jacob  Dybwad,  1904.  In-8°,  55  p.  1  kr.  60. 

670.  BoNAVENTDRA  (Amaldo).  Dante  e  la  musica.  Livorno,  Raffaello 
Giusti,  1904.  In-16,  338  p.  4  1. 

671.  BoNEB  (E.  G.).  La  poesia  del  ciclo  da  Guittone  al  Petrarca  : 
appunti.  Messina,  tip.  F.  Nicastro,  1904.  In-8°,  250  p.  4  1. 

672.  BoNiFACE  VIII  (les  registres  de).  Recueil  des  bulles  de  ce  pape, 
publiées  ou  analysées,  d'après  les  manuscrits  originaux  des  archives 
du  Vatican,  par  Georges  Digard,  Maurice  Faucon  et  Antoine  Thomas. 
8«  fascicule,  publié  par  Georges  Digard.  Paris,  Fontemoing,  1904.  In-4" 
à  2  col.,  p.  798  à  971.  (Bibliothèque  des  Écoles  françaises  d'Athènes  et 
de  Rome,  3<=  série.)  6  fr.  60 

673.  BouLMONT  (G.).  Lobbes.  Son  abbaye  et  son  église  romane.  Mons, 
impr.  Dequesnes-Masquillier  et  fils,  1904.  In-8°,  31  p.  avec  grav. 
(Extrait  des  Publications  de  la  Fédération  archéologique  et  historique  de 
Belgique,  XVI 11^  congrès,  Mons,  IdOk.)  1  fr. 

674.  BoYÉ  (Pierre).  Les  Coutumes  inédites  du  comté  de  Vaudémont. 
Paris,  Impr.  nationale,  1904.  Ia-8°,  86  p.  (Extrait  du  Bulletin  histo- 
rique et  philologique  (1903).) 

675.  Breittmayer  (Albert).  Le  Rhône,  Sa  navigation,  depuis  les  temps 
anciens  jusqu'à  nos  jours.  Lyon,  Georg,  1904.  In-8°,  115  p. 

676.  Das  Breviarium  Grimani,  in  der  Bibliothek  von  San  Marco  in 
Venedig.  VoUstàndige  photograph.  Reproduction,  hrsg.  durch  Scato 
de  Vries  und  S.  Morpurgo.  2  Lfg.  Leiden.  A.  W.  Sijthoff.  Leipzig, 
K.  W.  Hiersemann,  1904.  Gr.  in-fol.,  121  pi.  200  m. 

677.  Bruno  von  Querfurt  (Des  hl.)  Schrift  iib.  das  Leben  und  Lei- 
den des  hl.  Adalbert.  Lateinisch  und  deutsch.  Von  A.  Kolberg.  Brauns- 
berg,  R.  Rudlowski,  1904.  Gr.  in-8o,  iii-90  p.  (Extrait  de  Ermlànd. 
Zeitschr.  f.  Gcschichte.)  1  m. 


BIBLIOGRAPHIE.  629 

G78.  Die  Bundesbriefo  der  alten  Eidgenossen,  1291-1513.  Nach  dea 
Originalen  bearb.  uud  m.  Erlàuterungen  versehen  voa  D""  Rob.  Dur- 
rer,  hrsg.  von  J.  Ehrbar.  Zurich,  Zùrcher  und  Furrer,  1904.  In-S",  iv- 
62  p.  1  m. 

679.  BuREL  (Joseph).  Sutri  et  ses  conciles  (1046-1059).  Montpellier, 
impr.  de  la  Manufacture  de  la  Charité,  s.  d.  In-S",  8  p. 

680.  Burle  e  arti  magiche  di  Giovanni  Boccaccio  (notizie  pubblicate 
da)  Orazio  Bacci.  Gastelfiorentino,  tip.  Giovannelli  e  Garpitelli,  1904. 
In-8°,  11  p. 

681.  Galmette  (Joseph).  Contribution  à  la  critique  des  Mémoires  de 
Gommynes.  Les  ambassades  françaises  en  Espagne  et  la  mort  de 
D.  Juan  de  Castille,  en  1497.  Paris,  Bouillon,  1904.  In-8°,  7  p.  (Extrait 
du  Moyen  Age.) 

682.  Galvert  (A.  F.).  Alhambra.  London,  G.  Philip,  1904.  In-S», 
220  p.,  avec  illustr.  42  s. 

683.  Gandellier.  Histoire  locale,  civile  et  religieuse  de  Combles,  Fré- 
gicourt,  le  Priez.  Amiens,  impr.  Yvert  et  Tellier,  1904.  In-8o,  v-319  p. 
et  plans. 

684.  11  cantare  di  Fiorio  e  Biancofiore  secondo  un  ms.  velletrano, 
edito  a  cura  di  Giovanni  Grocioni  (Società  filologica  romana).  Perugia, 
Unione  tipograûca  cooperativa,  1903.  10-8°,  41  p.  (Miscelianea  di  let- 
teratura  del  raedio  evo.  II.)  3  1. 

685.  I  Capiloli  délie  colonie  greco-albanesi  di  Sicilia  dei  secoli  xv  e 
XVI,  raccolti  e  pubblicati  da  Giuseppe  La  Mantia.  Palermo,  A.  Gian- 
nitrapani,  1904.  In-8°,  xLn-85  p. 

686.  Cappello  (Gae).  Gregorio  I  e  il  suo  pontificato  (540-604)  :  ricordi 
storici  in  occasione  del  XIII  centenario  délia  sua  morte.  Saluzzo, 
tip.  del  Gommercio  A.  Volpe  e  comp.,  1904.  In-8°,  52  p.  et  hg.  0  1.  70. 

687.  Carlesi  (Ferd.).  Origini  délia  città  e  del  comune  di  Prato.  Prato, 
tip.  Vestri,  1904.  In-8o,  xi-197  p.  3  1.  50 

688.  Cartellieri  (Alexander).  Die  staufischen  Kaiser  und  die  Auflfas- 
sung  ihrer  allgemeinen  Politik.  S.  1.,  s.  d.,  paginé  121-129.  (Extrait  des 
Neue  Heidelberger  Jahrbûcher.) 

689.  Cartellieri  (Otto).  Peter  von  Aragon  und  die  sizilianische 
Vesper.  Heidelberg,  G.  Winter,  1904.  In-8o,  xu-261  p.  3  Stammtaf. 
(Heidelberger,  Abhandlungen  zur  mittleren  und  Geschichte.  7.) 
6  m.  80. 

690.  Gartulaire  de  l'abbaye  de  Saint-Corneille  de  Gompiègne,  publié 
par  le  chanoine  MoreL  T.  I  (877-1216).  Montdidier,  impr.  Bellin,  1904. 
In-4°,  xii-488  p.,  avec  fig.  (Société  historique  de  Gompiègne.) 

^904  41 


630  BIBLIOGRAPHIE. 

691.  Casanova  (Enr.).  Dizionario  feudale  délie  provincie  componenti 
l'antico  stato  di  Milano  ail'  epoca  délia  cessazione  del  sistema  feudale 
(ducato  di  Milano,  principato  di  Pavia  di  qua  dal  Po,  contadodi  Como, 
contado  di  Gremona,  contado  di  Lodi,  1796).  Firenze,  tip.  Giuseppe 
Givelli,  1904.  Iii-4'',  xii-12.3  p.  5  1. 

692.  Gaspar  (Érich).  Roger  II  (1101-1154)  und  die  Grûndung  der 
normannisch-sicilischen  Monarchie.  Innsbruck,  Wagner,  1904.  In-8", 
xix-652  p.  25  m. 

693.  Gatalogue  général  des  livres  imprimés  de  la  Bibliothèque  natio- 
nale. Auteurs.  T.  XVIII.  Bouron-Brauzi.  Paris,  Impr.  nationale,  1904. 
In-S",  1238  col..  (Ministère  de  l'instruction  publique  et  des  beaux- 
arts.) 

694.  Gebetti  (Fel.).  Biografie  mirandolesi.  Tomo  III.  Mirandola, 
tip.  di  GrilU  Gandido,  1904.  In-S».  (Memorie  storiche  délia  città  e  del- 
l'antico  ducato  délia  Mirandola.) 

695.  Gessi  (Benvenuto).  Venezia  e  Padova  e  il  Polesine  di  Rovigo. 
Secolo  XIV.  Gittà  di  Gastello,  tip.  délia  casa  edit  S.  Lapi,  1904.  In-16, 
165  p.  2  1.  50. 

696.  Chabâs  (Roque).  El  archivo  metropolitano  de  Valencia.  Publicado 
en  el  nùm.  5.  de  la  «  Revista  de  bibliografia  catalana.  »  Barcelona, 
tip.  «  L'Avenç,  »  1903.  In-8°,  23  p.  1  p.  50. 

697.  Chevalier  (Ulysse).  Bibliothèque  liturgique,  t.  X.  Repertorium 
hymnologicum.  Gatalogue  des  chants,  hymnes,  proses,  séquences, 
tropes  en  usage  dans  l'Église  latine  jusqu'à  nos  jours.  T.  III  (A-Z), 
22257-34827.  Paris,  Picard  et  fils,  1904.  In-8o,  640  p.  20  fr. 

698.  Chiarini  (R.).  Feo  Belcari  e  la  sua  Vita  del  beato  Golombini. 
Arezzo,  Ettore  Sinatti,  1904.  In-8°,  lxiv-109  p. 

699.  Christie  (J.).  Northumberland  :  its  History,  its  Features,  its 
People.  London,  Simpkin,  1904.  In-8°,  266  p.  3  s.  6  d. 

700.  Chronica  et  chronicorum  excerpta  historiam  ordinis  praedica- 
torum  illustrantia.  Edidit  fr.  Benedictus  Maria  Reichert.  Romae,  ex 
typ.  polyglotta  s.  c.  de  propaganda  Fide,  1904.  In-8o,  xxi-111  p.  (Monu- 
menta  ordinis  fratrum  praedicatorum  historica,  tomus  VII,  fasc.  1.) 

701.  Clément  (Mrs.  Clara  Erskine).  Women  in  the  fine  arts  from  the 
seventh  century  B.  G.  to  the  twentieth  century  A.  D.  Boston,  Hough- 
ton,  Mifflin  and  Go.,  1904.  In-12,  li-395  p.  20  fr.  50. 

702.  Gloquet  (L.).  L'abbaye  d'Aulne.  Mons,  impr.  Dequesne-Mas- 
quillier  et  fils,  1904.  In-8o,  21  p.  et  fig.,  grav.  et  plan  hors  texte. 
(Extrait  des  Publications  de  la  Fédération  archéologique  et  historique  de 
Belgique,  XVI fl^  congrès,  Mons,  190i.) 


BIBLIOGRAPHIE.  63^ 

703.  GoccHi  (Arnaldo).  Degli  antichi  reliquiari  di  S.  Maria  del  Fiore 
e  di  S.  Giovanni  di  Firenze.  Seconda  edizione.  Firenze,  tip.  Pellas 
suce.  Gocchi  e  Ghîti,  1903.  In-S",  67  p.  et  fig. 

704.  GoELLi  (Aiig.).  Il  dueilo  attraverso  i  secoli.  Prefazione  del  dott. 
Alberto  Gougnet.  Milano,  libr.  edit.  Nazionale,  19Ô4.  In-S»,  xiv-183  p. 
3  1.  50. 

705.  Golecciôn  de  documentos  para  el  estudio  de  la  historia  de  Ara- 
gon. Tomo  I.  Documentos  correspondientes  al  reinado  de  Ramiro  I, 
desde  1034  hasta  1063  anos.  Transcripciôn,  prôlogo  y  notas  de  Eduardo 
Ibarra  y  Rodriguez.  Zaragoza,  tipografia  de  Andrés  Uriarte,  1904. 
In-4o,  xv-276  p.  10  p.  50. 

706.  GoLLijN  (Isak).  Drei  neu  aufgefundene  niederdeutsche  Einblatt- 
kalender  des  15.  Jahrh.  Ein  Beitrag  zur  Geschichte  des  Lûbecker 
Buchdrucks.  (Skrifter  utgifna  af  k.  humanistiska  vetenskaps-samfun- 
det  i  Uppsala.)  Uppsala,  Leipzig,  0.  Harrassowitz,  1904.  In-S",  32  p., 
2  fig.,  3  pi.  1  m. 

707.  Gonstitutionum  apostolicarum  de  generali  beneficiorum  reser- 
vatione  ab  a.  1265  usque  ad  a.  1378  emissarum,  tam  intra  quam  extra 
corpus  juris  extantium,  coUectio  et  interpretatio.  Ed.  D.  Garol.  Lux. 
Breslau,  MuUer  und  Seiffert,  1904.  In-8%  109  p.  5  m. 

708.  GoRBETT  (F.  St.  J.).  History  of  the  British  Poetry.  From  earliest 
times  to  beginning  of  20lh  Gentury.  London,  Gay  and  B.,  1904.  In-S", 
642  p.  15  s. 

709.  Gortes  de  los  antiguos  reinos  de  Aragon  y  de  Valencia  y  Prin- 
cipado  de  Gataluiïa.  Tomo  VIII.  Gortes  de  Gataluiïa.  VIII.  Madrid, 
Est.  tip.  de  Fortanet,  1904.  In-foL,  552  p.  20  p. 

710.  GosTA  (Enr.).  Gli  statuti  di  Sassari  nei  secoli  xni  e  xiv  e  un 
errore  otlantenne  denunziato  alla  storia  sarda.  Sassari,  tip.  G.  Gallizzi 
e  G.,  1904.  ln-8%  31  p. 

711.  GoviLLE  (A.).  Sidoine  Apollinaire  à  Lyon.  Lyon,  Rey  et  G'", 
1904.  In-8o,  44  p.  (Extrait  de  la  Revue  d'histoire  de  Lyon,  t.  III.) 

712.  Grescimanno  (Gius.).  L'araor  patrio  di  Francesco  Petrarca.  Torino, 
G.  B.  Paravia  e  G.,  1904.  In-S",  25  p. 

713.  GuccuRULLO  (Lu.).  Lo  fren  dell'  arte  :  nota  dantesca.  Napoli, 
A.  e  S.  Festa,  1903.  In-16,  38  p. 

714.  Damonte  (Lu.  Nie).  La  lirica  del  Petrarca.  Genova,  tip.  G.  B. 
Marsano  e  G.,  1903.  In-16,  15  p. 

715.  Dante  (Ghiose  di),  le  quali  fece  el  figliuolo  (Jacopo  Alighieri) 
co  le  sue  mani,  messe  in  luce  da  F.  P.  Luiso,  vol.  II  (Purgatorio). 
Firenze,  tip.  G.  Garnesecchi  e  figli,  1904.  In-80,  185  p.  8  1. 


632  BIBLIOGRAPHIE. 

716.  Dante  Alighieri  (The  De  monarchia  of).  Ed.,  with  translation 
and  notes,  by  Aurélia  Henry.  Boston,  Houghton,  Mifflin  and  Go., 
1904.  In-12,  Li-216  p.  1  s.  25. 

717.  Dante  Alighieri.  La  Divina  Gommedia  illustrata  da  Gustavo 
Doré  e  dichiarata  con  note  traite  dai  migliori  comment!  per  cura  di 
Eugenio  Gamerini.  Edizione  economica.  Milano,  Sonzogno,  1904,  In-4", 
679  p.,  avec  fig.  et  portrait.  (Biblioteca  classica  illustrata.)  10  1. 

718.  Dantes  Eclogae.  Joannis  de  "Virgilio  carmen  et  ecloga  respon- 
siva.  Testo,  commento,  versione  a  cura  di  Giuseppe  Albini.  Firenze, 
G.  G.  Sansoni,  1903.  In-S»,  xxx-99  p.,  avec  fac-similé.  5  1. 

719.  Dardanelli  (Amedeo).  Invazioni  arabe  in  Provenza,  Savoia  e  Pie- 
monte  sul  finire  del  secolo  ix  e  nel  s  secolo.  Roma,  tip.  Forzani  e  G., 
1904.  In-8o,  115  p. 

720.  Darenne  (E.).  Histoire  des  métiers  de  l'alimentation.  Meulan, 
impr.  Réty,  1904.  In-8°,  xi-167  p.  2  fr. 

721.  Davari  (Stef.).  Notizie  storiche  topografiche  délia  città  di  Man- 
tova  nei  secoli  xiii,  xiv  e  xv.  Mantova,  stab.  tip.  délia  Gazzetta  di 
L.  Rossi,  1903.  In-8°,  138  p.,  20  pi. 

722.  Déchelette  (Joseph).  Les  vases  céramiques  ornés  de  la  Gaule 
romaine  (Narbonnaise,  Aquitaine  et  Lyonnaise).  Paris,  Picard  et  fils, 
1904.  2  vol.  in-4°,  vi-308  p.  et  15  pi.,  380  p.  et  14  pi.  50  fr. 

723.  Decreto  (II)  per  la  piazza  del  castello  di  Milano,  22  agosto  1492 
(pubblicato  con  nota  illustrativa  da)  Luca  Beltrami.  Milano,  tip. 
Umberto  AUegretti,  1904.  In-S»,  22  p.  et  fig. 

724.  Del  Ghicca  (Ges.).  Dell'  amor  del  Petrarca  per  Madonna  Laura 
e  se  fosse  un  mito  o  cosa  viva,  e  altre  piccole  questioni.  Pisa,  Orso- 
lini-Prosperi,  1904.  In-S»,  59  p. 

725.  Delignières  (Em.),  Macqueron  (H.).  La  Picardie  historique  et 
monumentale.  Arrondissement  d'Abbeville.  Abbeville  et  ses  cantons. 
T.  III,  n°  1.  Paris,  Picard  et  fils,  1904.  In-4°,  90  p.,  avec  grav.  et  28  pi. 
(Société  des  Antiquaires  de  Picardie.) 

726.  Delisle  (Léopold).  Recueil  des  historiens  des  Gaules  et  de  la 
France.  T.  XXIV,  contenant  les  enquêtes  administratives  du  règne  de 
saint  Louis  et  la  Ghronique  de  l'Anonyme  de  Béthune.  Paris,  Impr. 
nationale,  1904.  Gr.  in-4o,  940  p. 

727.  Del  Torso  (E.).  Nicole  Del  Torso  :  documenti  e  note  d'archivio, 
1391-1429.  Udine,  tip.  Domenico  Del  Bianco,  1904.  In-8»,  27  p. 

728.  Denkmàler  mittelalterlicher  Météorologie.  Mit  einer  Einleitung 
und  einem  Anhang,  enlhaltend  Ergànzungen  und  Berichtigungen  zu 
frùhpren  Niiramern.  Berlin,  A.  Asher  und  Go.,  1904.  In-8°,  46,  269  ot 


BIBLIOGRAPHIE.  633 

12  p.  (Neudrucke  von  Schriften  und  Karten  iib.  Météorologie  und  Erd- 
magnetismus,  hrsg.  von  G.  Hellmann,  15.) 

729.  DiEGKMANN  (Ffdr.).  Die  lothringischen  Ahnen  Gottfrieds  von 
Bouillon.  Osnabrûck,  F.  Schoningh,  1904.  Gr.  in-8°,25  p.  1  m. 

730.  DiEHL  (Gh.).  Théodora,  impératrice  de  Byzance.  Paris,  Rey, 
s.  d.  In-16,  314  p. 

731.  Disegni  di  architettura  civile  e  militare  di  artisti  italiani  fio- 
riti  dal  xv  al  xvni  secolo,  tratti  dalla  raccolta  délia  r.  galleria  degli 
Uftizi  e  pubblicati  dallo  stabilimento  fotografico  Giacomo  Brogi. 
Firenze,  tip.  Salvadore  Landi,  1904.  In-S",  14  p.  et  planches.  75  I. 

732.  Documenti  per  gli  ex-feudi  di  Galvanico  e  Sergio  (Torrequadra) 
del  conte  Eustachio  Rogadeo.  Trani,  V.  Vecchi,  1904.  In-S»,  98  p. 

733.  DoLFiN  (Léon).  Una  famiglia  storica  :  i  Dolfini  attraverso  i 
secoli,  452-1797.  Genova,  tip.  délia  Gioventù,  1904.  In-16,  60  p. 

734.  DoNY  (Emile).  Morlanwelz.  L'ancien  château  de  Mariemont  et 
l'abbaye  de  l'Olive.  Mons,  impr.  Dequesne-Masquillier  et  fils,  1904. 
In-8°,  12  p.  et  3  pi.  hors  texte.  (Extrait  des  Publications  de  la  Fédération 
archéologique  et  historique  de  Belgique,  IVIII"  congrès,  Mons,  190k.) 
1  fr.  25. 

735.  DouiN  DE  Lavesne.  Trubert,  altfranzôsischer  Schelmenroman. 
Nach  der  Handschrift  m.  Einleitung,  Anmerkungen  und  Glossar  neu 
hrsg.  von  Jak.  Ulrich.  Dresden;  Halle,  M.  Nieraeyer,  1904.  In-8°, 
xxxiv-85  p.  (Gesellschaft  f.  romanische  Literatur.  IL,  2,  4.)  10  m. 

736.  Dubois  (Alexandre).  Monographie  de  la  seigneurie  de  Gruzille- 
en-Mâconnais.  Chalon-sur-Saône,  Bertrand,  1904.  In-8»,  55  p.  et  grav. 
(Extrait  des  Mémoires  de  la  Société  d'histoire  et  d'archéologie  de  Chalon- 
sur-Saône.) 

737.  Duchesne  (Mgr  L.).  Les  Premiers  temps  de  l'État  pontifical. 
2«  édition.  Paris,  Fontemoing,  1904.  In-18  jésus,  vii-421  p. 

738.  Du  RouRE  (Baron).  Inventaire  analytique  de  titres  et  documents 
originaux  tirés  des  archives  du  château  de  Barbegal.  Paris,  Champion, 

1903.  In-4°,  xiv-541  p. 

739.  EcKARDT  (Sophie),  geb.  Jassoy.  Beitrâge  zu  einer  Geschichte  der 
Klangerànderungen  altfranzôsischer  Vortonvokale,  vornehmlich  in 
erster  Silbe,  aus  Texten  des  Zeitraums  von  c.  1200-c.  1400.  Darm- 
stadt,  Heidelberg,  J.  H.  Eckardt,  1904.  In-S»,  140  p.  2  m. 

740.  Ehlen.  Die  Prâmonstratenser-Abtei  Knechtsteden.  Geschichte 
und  Urkundenbuch.  Coin,  Verlag  des  Missionshauses  Knechtsteden, 

1904.  In-8o,  vii-161  p.,  1  pi.  4  m. 

741.  Elnigkiï  (K.).  Ocerki  po  istorii  pedagogiki.  [Esquisses  d'une  his- 


634  BIBLIOGRAPHIE. 

toire  de  la  pédagogie.]  Saint-Pétersbourg,  D.  D.  Poluboiarinov,  1904. 
In-8°,  160  p.  0  r.  75. 

742.  English  Monasteries,  from  Saxon  days  to  their  dissolution. 
London,  G.  J.  Palmer,  1904.  In-8%  124  p.  2  s.  6  d. 

743.  Epifanio  (Vinc).  La  rocca  del  Kratas  e  la  prima  invasione  dei 
Musulmani  in  Sicilia.  Palermo,  tip.  Virzi,  1904.  In-8°,  21  p. 

744.  EuLENBURG  (Frz.).  Die  Frequenz  der  deutschen  Universitàten 
von  ihrer  Grùndung  bis  zur  Gegenwart.  Leipzig,  B.  G.  Teubner,  1904. 
Gr.  in-B»,  xn-324  p.,  1  carte.  (Abhandlungen  der  kônigl.  sàchsiscben 
Gesellschaft  der  Wissenscbaften.  Philologisch  -  histor.  Klasse.  24. 
Bd.  IL)  10  m. 

745.  Falk  (Hjalmar),  Torp  (Alf.).  Etymologisk  ordbog  over  det 
norske  og  det  danske  sprog.  Fôrste  Bind.  A. -M.  Kristiania,  H.  Asche- 
houg,  1904.  In-B»,  537  p.  13  kr.  60. 

746.  Fargy  (Louis  de).  La  Croix  d'Anjou,  communication  faite  au 
congrès  de  l'Association  française  pour  lavancement  des  sciences,  tenu 
à  Angers  en  1903.  Paris,  28,  rue  Serpente,  1904.  In-8o,  7  p.  (Extrait 
des  Comptes-rendus  de  V Association  française  pour  l'avancement  des 
sciences.) 

1kl.  Fargy  (Louis  de).  Les  Tapisseries  de  la  cathédrale  d'Angers, 
communication  faite  au  congrès  de  l'Association  française  pour  l'avan- 
cement des  sciences,  tenu  à  Angers  en  1903.  Paris,  28,  rue  Serpente, 
1904.  In-S",  19  p.,  avec  fig.  (Extrait  des  Comptes-rendus  de  l'Association 
française  pour  l'avancement  des  sciences.) 

748.  Federzoni  (G.).  Rispondenze  fra  il  canto  XIII  dell'  Inferno  e  il 
XIII  del  Purgatorio.  Bologna,  tip.  délia  ditta  Nicola  Zanichelli,  1904. 
In-8°,  15  p. 

749.  Fehr  (Hans).  Die  Entstehung  der  Landeshoheit  im  Breisgau. 
Leipzig,  Duncker  und  Humblot,  1904.  In-8",  vi-186  p.  4  m. 

750.  Felder  (Hilarin),  0.  Gap.  Geschichte  der  wissenschaftlichen 
Studien  im  Franziskanerorden  bis  um  die  Mitte  des  13.  Jahrh.  Frei- 
burg-i.-B.,  Herder,  1904.  In-8",  xi-557  p.  10  m. 

751.FÉROTIN  (Dom  Marins).  Le  «  Liber  ordinum  »  en  usage  dans  l'Eglise 
visigothique  et  mozarabe  d'Espagne  du  v^  au  xi^  siècle.  Paris,  Firmin- 
Didot,  1904.  In-4°  à  2  col.,  xxxviii  p.  et  col.  xxxix  à  xlvi  et  1  à  800 
et  planche.  (Monumenta  Ecclesiae  liturgica,  volumen  quintum.) 

752.  Feuardent  (F.).  Jetons  et  méreaux,  depuis  Louis  XI  jusqu'à  la 
fin  du  Consulat  de  Bonaparte.  T.  I  :  Grandes  administrations  de  l'État 
et  de  la  ville  de  Paris;  Corporations,  etc.;  Noblesse  et  villes  de  l'Ile-de- 
France.  Paris,  Rollin  et  Feuardent,  1904.  In-8°,  xvi-503  p.,  avec  fig. 
(Collection  Feuardent.) 


BIBLIOGRAPHIE.  635 

753.  FiLippi  (Gius.).  Una  nuova  interpretazione  del  pensiero  di  Dante. 
Seconda  edizione  accresciuta  e  totalmente  rifatta.  Pisa,  F.  Mariotti, 
1904.  In-8°,  xvi-95  p.,  avec  planches.  2  1. 

754.  I  fioretti  del  glorioso  messere  santo  Francesco  e  de'  suoi  frati, 
a  cura  di  G.  L.  Passerini.  Firenze,  G.  G.  Sansoni,  1904.  In-16,  xii-342  p. 
et  fig.  2  1. 

755.  Fischer  (Jos.).  Ghronik  von  Gûtenbach.  Quellenmâssig  zusam- 
mengestellt.  Furtwangen,  A.  Uttenweiler,  1904.  In-8°,  viii-222  p.,  7  pi. 
1  m.  80. 

756.  Fischer  (Rob).  Die  Stadt  Géra  und  die  daselbst  bestehenden 
staatlichen  und  Gemeinde-Einrichtungen.  Ein  geschichtl.  Stadtbild. 
Nebst  3  Ansichten  von  Géra  und  1  Stadtplan.  Géra,  H.  Kanits,  1904. 
Gr.  in-8'',  xv-267  p.  7  m. 

757.  Flamini  (Fr.).  Il  canto  XII  del  Purgatorio  letto  nella  sala  di 
Dante  in  Orsanmichele  il  dî  18  d'aprile  1901.  Firenze,  G.  G.  Sansoni, 
1904.  In-8°,  31  p.  1  1. 

758.  Flamini  (Fr.).  I  significati  reconditi  délia  Gommedia  di  Dante  e 
il  suo  fine  supremo.  Parte  II  (il  Vélo  :  l'allegoria).  Livorno,  Raffaello 
Giusti,  1904.  In-16. 

759.  Fontaine  (J.).  La  méthode  historique.  Bruxelles,  Société  belge 
de  librairie,  1904.  In-8o,  15  p.  (Extrait  de  la.  Revue  apologétique,  16  juil- 
let 1904.)  0  fr.  50. 

760.  Fortunato  (Giustino).  La  badia  di  Monticchio,  con  71  documenti 
inediti.  Trani,  V.  Vecchi,  1904.  ïn-8%  54  p.  (Notizie  storiche  délia 
valle  di  Vitalba,  VI.) 

761.  Frati  (Lod.).  Storia  documentata  di  Gastel  S.  Pietro  dell'  Emi- 
lia.  Opéra  premiata  dal  municipio  di  Gastel  S.  Pietro.  Bologna,  ditta 
Nicola  Zanichelli,  1904.  In-8o,  366  p.  (Biblioteca  storica  bolognese, 
n"  8.)  5  1. 

762.  Freisen  (Jos.).  Manuale  Lincopense,  Breviarium  Scarense, 
Manuale  Aboense.  Katholische  Ritualbucher  Schwedens  und  Finn- 
lanrls  im  Mittelalter.  Paderborn,  Junfermann,  1904.  Ia-8°,  Lxxin-260  p. 
7  m.  50. 

763.  Friedrich  von  Schwaden.  Aus  der  Stuttgarter  Handschrift  hrsg. 
von  Max  Herm.  Jellinek.  Berlin,  Weidmann,  1904.  In-8°,  xxii-127  p., 
1  pi.  (Deutsche  Texte  des  Mittelalters,  I.)  4  m.  40. 

764.  Friesen  (Otto  von).  Vâr  àlsta  handskrift  pâ  fornsvanska.  Up- 
sala,  Akad.  bokh.,  1904.  In-8»,  iii-50  p.  (Skrifter  utg.  ai"  k.  humanis- 
tiska  vetenskapssamfundet  i  Upsala.)  1  kr.  25. 


636  BIBLIOGRAPHIE. 

765.  FuzET.  Pétrarque  à  Vaucluse.  Rouen,  Cacheux,  1904.  In-18 
Jésus,  174  p. 

766.  Gaaf  (W.  van  der).  The  transition  from  the  impersonal  to  the 
Personal  construction  in  Middle  English.  Heidelberg,  C.  Winter,  1903. 
In-8°,  xix-168  p.  (Anglistische  Forscliungen,  14.)  5  m. 

767.  Gal  (Alex.).  Der  Ausschluss  der  Ascendenten  von  der  Erben- 
folge  und  das  Fallrecht.  Ein  Beitrag  zur  Geschichte  des  Erbrechts  auf 
Grund  deutscher  und  verv;andter  Rechtsquellen.  Breslau,  M.  und  H. 
Marcus,  1904.  In-S",  x-196  p.  (Untersuchungen  zur  deutschen  Staats- 
und  Rechtsgeschichte.  72.) 

767  bis.  Gallard  (A.).  Amboise  et  son  canton.  Arts  et  belles-lettres, 
du  xne  siècle  jusqu'à  nos  jours.  Tours,  impr.  Arrault  et  C'e,  1904. 
In-4o,  87  p.,  avec  grav. 

767  ter.  Gardner  (Edmund  G.).  The  dukes  and  poets  of  Ferrara  :  a 
study  in  the  politics,  poetry  and  religion  of  the  15th  and  early  16th 
centuries.  New- York,  Dutton,  1904.  In-S»,  578  p.  4  d. 

768.  Gauthier  (Gaston).  Notes  sur  d'anciens  liefs  du  Gâtinais  et  de  la 
Puisaye  (la  Bergerie;  la  Ferrière;  la  Villeneuve;  le  Ghalloy;  Nombe- 
nard;  la  Margaudière;  le  Pigeon).  Fontainebleau,  impr.  Bourges,  1904. 
In-8°,  23  p.  (Extrait  des  Anîiales  de  la  Société  historique  et  archéologique 
du  Gâlinais.) 

768  bis.  Gelli  (Jacopo).  Gli  archibugiari  milanesi  :  industria,  com- 
mercio ,  uso  délie  armi  da  fuoco  in  Lombardia.  Milano ,  Ulrico 
Hoepli,  1904.  In-4°,  204  p.,  avec  tig.  et  pi.  25  1. 

768  ter.  Gendre  (H.).  L'Église  Saint-Martin  de  Golmar.  Rixheim, 
Colraar,  H.  Hùffel,  1904.  In-S",  80  p.,  6  pi.  1  m. 

769.  Gentilini  (Virgilio).  Gatone  in  Dante  e  in  Lucano.  Roma,  tip. 
coop.  sociale,  1903.  In-8o,  16  p. 

770.  GiGLiOLi  (G.  Q.).  L'invettiva  ail'  Italia  nel  c.  VI  del  Purgatorio. 
Sassari,  tip.  Ubaldo  Satta,  1904.  In-S",  23  p.,  avec  illustr. 

771.  Ginetti  (Lu.).  L'Italia  gotica  in  Procopio  di  Gesarea.  Siena,  tip. 
G.  Nava,  1904.  In-8%  92  p.  2  1.  50. 

772.  GiORDANi  (Pietro).  Dante  e  la  musica;  meriti  di  Dante  sulla 
musica  :  scritti  pubblicati  per  cura  di  Jarro.  Firenze,  R.  Bemporad  et 
figlio,  1904.  In-4o,  26  p.  et  fig.  5  1. 

773.  GiusTi  (Gius.).  Nuove  postille  alla  Divina  Gommedia,  pubblicate 
a  cura  di  Giorgio  Pedrotti.  Girgenti,  stamp.  Montes,  1904.  In-S", 
27  p. 

774.  GLASER(Eug.).  Ueber  das  mhd.  Gedicht:  Der  Busant.  Gôttingen, 
Vandenhoeck  und  Ruprecht,  1904.  In-8°,  124  p.  2  m.  60. 


BIBLIOGRAPHIE.  637 

775.  GoBBi  (Gino  Fr.).  Il  calendiraaggio  amoroso  di  Dante  e  del 
Petrarca;  la  gloria  di  Vittorio  Alfieri;  nell'  anniversario  di  Silvio 
Pellico,  ed  altri  studi,  conuna  prefazione  di  Michèle  Scherillo.  Milano, 
L.  F.  Gogliati,  1904.  In-16,  171  p.  2  1. 

776.  GoETSCHALCKX  (P.  J.).  Bijdragen  tôt  de  geschiedenis  bijzonder- 
lijk  van  het  aloude  hertogdom  Brabant.  Derde  jaargang.  Eckeren- 
Donk,  drukkerij  L.  van  Hoeydonck,  1904.  In-8°,  p.  405  à  452. 

777.  GoETZ  (Walt).  Die  Quellen  zur  Geschichte  des  hl,  Franz  von 
Assisi.  Eine  krit.  Untersuchung.  Gotha,  F.  A.  Perthes,  1904.  In-8», 
x-259  p.  4  m. 

778.  Grape  (Johs.)-  900  Jahre  anhaltischer  Dorfgeschichte.  Bilder 
aus  der  Vergangenheit  von  Grosskuhnau  und  Ziebigk.  Mit  26  lUustr. 
nach  photograph.  Aufnahmen  des  Verf.  und  2  Karten,  gezeichnet  von 
G.  Ulrich.  Dessau,  G.  Dùnnhaupt,  1904.  In-8°,  vui-217  p.  3  m. 

779.  Gregorio  (S.)  Magno  ed  i  monasteri  sublacensi  (XIII  cente- 
nario  di  s.  Gregorio  Magno,  604-1904);  contributo  dei  monaci  subla- 
censi al  congresso  storico-liturgico.  Roma,  tip.  Forzani  e  G.,  1904.  In-S», 
38  p. 

780.  Greving  (Jos.).  Wohnungs-  und  Besitzverhàltnisse  der  einzelnen 
Bevôlkerungsklassen  im  kolner  Kirchspiel  St.  Kolumba  vom  13.  bis 
16.  Jahrh.  Bonn,  P.  Hanstein,  1904.  In-8«,  80  p.  (Extrait  des  Annalen 
d.  hist.  Ver.  f.  d.  Niederrhein.)  1  m. 

781.  Grillnberger  (Otto).  Die  Catalogi  abbatiarum  ordinis  Cistercien- 
sis.  Nachtràge  zu  Dr.  L.  Janauscheks  Originum  Gisterciensium  tom.  I. 

1.  Die  Gruppe  B.  1  und  P.  Wien,  A.  Hôlder,  1904.  Gr.  in-8°,  74  p. 

1  m.  25. 

782.  Grimme  (Hub.).  Mohammed.  Die  weltgeschichtl.  Bedeutung 
Arabiens.  Mùnchen,  Kirchheim,  1904.  Gr.  in-8»,  iv-92  p.,  1  carte, 
60  fig.  4  m. 

783.  Grundriss  der  romanischen  Philologie.  Hrsg.  von  Gust.  Grôber. 

2.  verb.  und  verm.  Aufl.  I.  Bd.  2.  Lfg.  Strassburg,  K.  J.  Trùbner, 
1904.  Gr.  in-S»,  p.  257-512.  4  m. 

784.  GscHwiND  (P.).  Geschichte  der  Entstehung  der  christkatholi- 
schen  Kirche  der  Schweiz.  I.  Bd.  Geschichte  des  Bist.  Basel.  Mit  e. 
Ansicht  des  Munsters  in  Basel.  Bern,  K.  J.  Wyss,  1904.  In-8°,  xvi-21 1  p. 

2  m.  50. 

785.  Gualteri  (Gualtiero).  Il  bisnonno  del  Petrarca  (Ser  Garzo  dall' 
Ancisa).  Torino  ditta  G.  B.  Paravia  e  G.,  1904.  In-16,  79  p.  1  1.  50. 

786.  GuiLLOTiN  de  Gorson.  Les  Seigneurs  de  Ghampeaux,  leur  collé- 
giale et  leur  château.  Rennes,  Plihon  et  Hommay,  1904.  In-8<>,  45  p. 


638  BIBLIOGRAPHIE. 

787.  GuRLiTT  (Gornel.).  Amtshauptmannsch.  Dresden-Altestadt  (Land). 
Dresden,  G.  G.  Meinhold  und  Sôhne,  1904.  In-S»,  ii-141  p.,  avec  fig. 
et  3  pi.  (Beschreibende  Darstelluag  der  âlteren  Bau-  und  Kunstdeak- 
màler  des  Konigr.  Sachsea.  24.)  5  m. 

788.  Hagemann  (L.).  Geschichte  und  Beschreibung  der  beiden  katho- 
lischen  Pfarreien  in  Warburg.  II.  Die  altstàdter  Pfarrei.  Paderborn, 
Junfermann,  1904.  In-S»,  121  p.  1  m.  60. 

789.  Halphen  (Louis).  Note  sur  les  deux  chroniques  de  Saint- Julien 
de  Tours.  Paris,  Bouillon,  1904.  In-S»,  7  p.  (Extrait  du  Moyen  Age.) 

790.  Hampe  (Thdr).  Nûrnberger  Ratsverlàsse  iiber  Kunst  und  Kijnst- 
1er  im  Zeitalter  der  Spatgotik  und  Renaissance  (1449-1618).  HI.  Bd. 
Personen-,  Orts-  und  Sachregister.  Leipzig,  B.  G.  Teubner,  1904. 
In-8o,  vi-137  p.  (Quellenschriften  f.  Kunstgeschichte  und  Kunsttechnik 
des  Mittelalters  und  der  Neuzeit.  XHI.)  5  m. 

791.  Hartmann  (Ludo  Mor).  Zur  VVirtschaftsgeschichte  Italiens  im 
frûhen  Mittelalter.  Analekten.  Gotha,  F.  A.  Perthes,  1904.  In-8<>, 
ni-131  p.,  1  pi.  4  m. 

792.  Hauck  (Alb.).  Der  Gedanke  der  pàpstlicher  Weltherrschaft  bis 
auf  Bonifaz  VIII.  Leipzig,  A.  Edelmann,  1904.  Gr.  in-S",  47  p.  1  m.  50. 

793.  Headlam{G.).  Oxford  and  its  Story.  London,  Dent,  1904.  In-8% 
380  p.,  illustr.  21  s. 

794.  Hehnling  (L.),  Horcigka  (Ab.).  Das  voUstândige  Registrum 
Slavorum.  Prag,  J.  G.  Galve,  1904.  In-8°,  xxv-252  p.  (Die  Urkunden 
des  kônigl.  Stiftes  Emaus  in  Prag.  1.)  5  m. 

795.  Heil  (Aug.).  Die  politischen  Beziehungen  zwischen  Otto  dem 
Grossen  und  LudwiglV  von  Frankreich  (936-954).  Berlin,  E.  Ebering, 
1904.  In-8°,  110  p.  (Historische  Studien,  46.)  3  m. 

796.  Heilfron  (Ed.).  Geschichte  des  bùrgerlichen  Rechts.  2.  Abtlg.  : 
Deutsche  Rechtsgeschichte.  Staatsrecht.  Kirchenrecht.  6.  neubearb. 
Aufl.  Berlin,  Speyer  und  Peters,  1905.  In-S",  xix-1014  p.  (Das  bùrger- 
liche  Recht  des  deutschen  Reichs,  I,  2.)  8  m. 

797.  Hessel  (Karl).  Sagen  und  Geschichten  des  Rheintals  von 
Mainz  bis  Kôln.  Bonn,  A.  Marcus  und  E.  Weber,  1904.  In-S»,  x-310  p. 

3  m. 

798.  Hessling  (Egon).  Ait-Paris.  Historische  Bauten  in  Gesamtan- 
sichten  und  in  ihren  Einzelheiten.  Photographische  Aufnahmen  nach 
der  Natur  m.  illustr.  Text.  1.  Bd.  Berlin,  B.  Hessling,  1904.  In-fol., 

4  p.  et  30  pi. 

799.  Heywood  (W.).  Palio  and  Ponte.  Account  of  Sports  of  Central 


BIBLIOGRAPHIE.  639 

Italy  from  Age  of  Dante  to  20th  Gentury.  London,  Methuen,  1904. 

In-8o,  280  p.  21  s. 

800.  HiRSGH  (Ant.).  Die  Frau  in  der  bildeaden  Kunst.  Ein  kunstge- 
schichtl.  Hausbuch.  Stuttgart,  F.  Enke,  1905.  Gr.  in-8<>,  xii-622  p., 
330  fig.,  12  pi.  18  m. 

801.  Historical  Manuscripts  Gommission.  Galendar  of  MSS.  of  Mar- 
quess  of  Ormonde,  K.  P.,  preserved  at  Kilkenny  Gastle.  New  Séries, 
vol.  3.  London,  Eyre  and  Spottiswoode,  1904.  In-8°.  2  s. 

802.  HoDEVAERE  (Cil.).  Le  dépôt  des  archives  de  l'État  à  Mons. 
Renaix,  irnpr.  J.  Leherte-Gourtin,  1904.  In-8o,  28  p.  (Extrait  de  la 
Revue  des  bibliothèques  et  archives  de  la  Belgique,  t.  II,  fasc.  4.) 

803.  HoDGEs  (G.).  Fountains  Abbey  :  the  story  of  a  mediaeval  monas- 
tery.  New  York,  Dutton,  1904.  In-S».  3  d. 

804.  HoLL(Jos.).Geschichte  der  Stadt  Weissenhorn  m.  Streiflichtern 
auf  die  Umgebung.  Kempten,  I.  Kôsel,  1904.  In-8o,  vn-258  p.,  28  fig. 
2  m. 

805.  Hugo  von  Trimberg.  Der  Renner.  Ein  Gedichtaus  dem  XIII.  Jahrh. 
I.  Heft.  Bamberg,  1833.  Facsim.-Druck.  Berlin,  Mayer  und  Millier, 
1904.  In-4o,  xi-274  p.,  2  pi.  20  m. 

806.  Hus  (Joannis)  Opéra  omnia,  I,  3.  De  sanguine  Ghristi.  Nach 
Handschriften  hrsg.  von  Wenzel  Flajshans.  Prag,  J.  S.  Vilimek,  1904. 
In-8°,  xvi-43  p.  1  m.  60. 

807.  Indice  délie  più  importanti  pergamene  storiche,  dei  codici  e  dei 
libri  antichi  d'amministrazione  che  si  conservano  nell'  archivio  comu- 
nale  di  Sarzana.  Sarzana,  tip.  Lunense,  1904.  In-4»,  10  p. 

808.  Intra  (G.  B.).  Del  codice  Gapilupiano  contenente  i  Trionfi  di 
Francesco  Petrarca  :  nota  letta  ail'  accademia  Virgiliana  (in  Mantova) 
neir  adunanza  dei  15  aprile  1900.  Mantova,  tip.  G.  Mondovi,  1904. 
In-8°,  17  p. 

809.  Inventario  dei  Godici  superstiti  greci  e  latini  antichi  délia  Biblio- 
teca  Nazionale  di  Torino.  (Estratto  délia  Rivista  di  filologia  e  d'istru- 
zione  classica,  diretta  da  Ettore  Stampini  3°  fascicolo  dei  Vol.  32.) 
Torino,  Ermanno  Loescher,  1904.  In-8°,  iv  p.  et  p.  385-588.  5  l. 

810.  Inventario  délie  gioie  di  una  sposa  bolognese  nel  Quattrocento 
(pubblicato  con  prefazione  di)  A.  Sorbelli.  Bologna,  tip.  Zamorani  e 
Albertazzi,  1904.  In-8°,  10  p. 

811.  Jean  XXII  (Lettres  communes  de)  (1316-1334).  Analysées  d'après 
les  registres  dits  d'Avignon  et  du  Vatican,  par  G.  Mollat.  Paris,  Fon- 
temoing,  1904.  2  fasc.  in-4°;  1"  fasc,  p.  1  à  264 ;2«  fasc,  p.  265  à  496. 


640  BIBLIOGRAPHIE. 

(Bibliothèque  des  Écoles  françaises  d'Athènes  et  de  Rome,  3'=  série. 
Lettres  communes  des  papes  d'Avignon.) 

812.  Jônsbôk,  Kong  Magnus  Hakonssons  Lovbog  for  Island  vedtaget 
paa  Altinget  1281,  og  Réttarboetr,  de  for  Island  givne  Retterbôder  af 
1294,  1305  og  1314.  Udgivet  efter  Haandskrifterne  ved  0.  Hallsdôrsson. 
Kôbenhavn,  Gyldendal,  1904.  In-4o,  396  p.  12  kr. 

813.  JuMEL  (Ed.).  Monographie  de  la  ville  de  Gorbie.  Amiens,  Yvert 
et  Tellier,  1904.  In-8°,  m-154  p.  et  grav. 

814.  Jung  (Wilh.).  Die  Klosterkirche  zu  Zinna  im  Mittelalter.  Ein 
Beitrag  zur  Baugeschichte  der  Zisterzienser.  Strassburg,  J.  H.  E.  Heitz, 
1904.  In-8",  iv-98  p.,  6  pi.  et  tig.  (Studien  zur  deutschen  Kunstge- 
schichte.  56.)  5  m. 

815.  JuNGEs  (Dominik  Ed.).  St.  Thomas  a.  d.  Kyll.  Ein  Beitrag  zur 
Geschichte  des  Klosters  und  des  Ortes.  Trier,  Paulinus-Druckerei, 
1904.  In-8o,  56  p.,  avec  illustr.  0  m.  50. 

816.  KarskiÎ  (E.  F.).  Listki  Undolskago  otryvok  kirillovskago  evan- 
geliia  xi  v.  [Fragments  d'un  évangile  cyrillique  du  xi«  s.,  reproduction 
phototypique. J  Saint-Pétersbourg,  Académie  des  sciences,  1904.  In-4o, 
42  p.,  4  pi.  (Pamiatniki  staroslavianskago  iazyka.  I,  3.)  0  r.  45. 

817.  Keller  (Sigm.).  Die  7  rôraischen  Pfalzrichter  im  byzantinischen 
Zeitalter.  Stuttgart,  F.  Enke,  1904.  In-8o,  x-155  p.  (Kirchenrechtliche 
Abhandlungen,  12.)  5  m.  40. 

818.  Khavkina  (L.  B.).  Biblioteki  i  ikh  organizaciia.  [Les  bibliothèques 
et  leur  organisation.]  Saint-Pétersbourg,  A.  S.  Suvorin,  1904.  In-8°, 
384  p.,  fig.,  tableaux.  3  r. 

819.  KiRCHEisEN  (Frdr.  M.).  Die  Geschichte  des  literarischen  Portràts 
in  Deutschland.  1.  Bd.  Von  den  àltesten  Zeiten  bis  zur  Mitte  des 
12.  Jahrh.  Leipzig,  K.  W.  Hiersemann,  1904.  In-S»,  vin-170p. 

820.  Kleinclausz  (A.).  La  lettre  de  Louis  II  à  Basile  le  Macédonien. 
Paris,  Bouillon,  1904.  In-S»,  9  p.  (Extrait  du  Mojjcn  Age.) 

821.  Knipping  (Rich).  Niederrheinische  Archivalien  in  der  National- 
bibliothek  und  dem  Nationalarchiv  zu  Paris.  Leipzig,  S.  Hirzel,  1904. 
Gr.  in-80,  vin- 120  p.  (Mitteilungen  der  k.  preussischen  Archivverwal- 
tung.  8.)  5  m. 

822.  Krûger  (K.).  Alt-Lieberose.  Mitteilungen  aus  der  Geschichte 
der  Stadt  Lieberose  und  der  Gegend.  2.  Aufl.,  fortgefiihrt  bis  in  die 
neue  Zeit.  Lieberose;  Berlin,  G.  Nauck,  1904.  In-8'»,  vn-213  p.  3  m. 

823.  Laak  (Ludw.  van).  Klosterkamp.  Seine  Entwickelung  bis  zum 
Aufgang  des  XIV.  Jahrh.  Rheinberg  (Rheinl.),  Kiipper'sche  Buchdr., 
1904.  In-8°,  57  p.  1  m.  50. 


BIBLIOGRAPHIE,  644 

824.  Labande  (L.-H.).  Etude  historique  et  archéologique  sur  saint 
Trophime  d'Arles,  du  iv"  au  xiii^  siècle.  Caen,  Delesques,  1904.  In~8°, 
80  p.,  avec  grav.  et  plan.  (Extrait  du  Bulletin  monumental  (année  1903- 

1904).) 

825.  La  Brière  (de),  Ghappée  (J.).  L'Église  et  la  chapelle  abbatiale 
de  l'abbaye  d'Asnières  (Maine-et-Loire).  Suivi  du  rapport  sur  les  fouilles 
qui  y  ont  été  faites  les  17,  18  et  19  novembre  1903.  Angers,  Germain 
et  Grassin,  1904.  In-S",  31  p.,  5  pi.  (Extrait  de  la  Revue  de  l'Anjou.) 

826.  La  Croix  (Camille  de).  Étude  sommaire  du  baptistère  Saint- 
Jean  de  Poitiers.  2«  édition,  revue  et  augmentée.  Poitiers,  impr.  Biais 
et  Roy,  1904.  In-S»,  134  p.  et  8  pi.  (Extrait  des  Mémoires  de  la  Société 
des  Antiquaires  de  l'Ouest^  t.  XXVII,  2«  série,  année  1903.) 

827.  Laenen  (Joseph.)  L'ancienne  bibliothèque  des  archevêques  de 
Malines.  Malines,  impr.  L.  et  A.  Godenne,  1904.  In-8°,  30  p.  et  fig. 
(Extrait  du  t.  XIV  du  Bulletin  du  Cercle  archéologique,  littéraire  et 
artistique  de  Malines,  190k.) 

828.  Lafenestre  (Georges).  L'Exposition  des  Primitifs  français.  Paris, 
impr.  de  la  Gazette  des  beaux-arts,  1904.  In-4°,  123  p.,  avec  grav. 

829.  Lang  (A.).  History  of  Scotland  from  Roman  Occupation, 
Vol.  m.  London,  Blackwood  and  Son,  1904.  In-S»,  436  p.  15  s. 

830.  Lasinio  (E.).  Un  antico  inventario  délia  badia  di  S.  Salvatore  a 
Settimo.  Firenze,  tip.  Galileiana,  1904.  In-S»,  77  p. 

831.  La  Sorsa  (Saverio).  L'organizzazione  dei  cambiatori  fiorentini 
nel  medio  evo.  Cerignola,  Scienza  e  diletto,  1904.  In-8°,  157  p. 

832.  Latino  (II)  nel  concetto  di  Dante  e  dell'  età  sua  :  nota  filologica 
di  A.  G.  Monza,  Gorbetta  di  G.  Luvoni,  1903.  In-16,  31  p. 

833.  Lectura  Dantis  genovese  :  i  canti  I-XI  dell'  Inferno  interprétât! 
da  L.  Leynardi,  F.  Pellegrini,  G.  Mazzoni,  S.  Bellotti,  E,  G.  Parodi, 
A.  Ghignoni,  S.  F.  Bignone,  A.  Novara,  M.  Scherillo,  F.  Buttrini, 
con  un  discorso  preliminare  del  padre  Giovanni  Semeria.  Firenze, 
Le  Monnier,  1904.  In-16,  n-445  p.  4  I. 

834.  Ledieu  (Alcius).  Budget  communal  d'Abbeville  en  1464  et  1465. 
Paris,  Impr.  nationale,  1904.  In-8o,  19  p.  (Extrait  du  Bulletin  des 
sciences  économiques  et  sociales  du  Comité  des  travaux  historiques  et  scien- 
tifiques, année  1903.) 

835.  Lee  (Sidney).  Dictionary  of  national  biography  :  errata.  Lon- 
don, Macmillan,  1904.  In-8°,  vi-300  p,  2  s. 

836.  Lefèvre  (G.).  Landen  et  les  villages  environnants,  leurs  origines 
et  leur  organisation  sous  le  régime  féodal.  Bruxelles,  Vromant  et  G'", 


642  BIBLIOGRAPHIE. 

1904.  In-80,  117  p.  (Extrait  des  Annales  de  la  Société  d'archéologie  de 
Bruxelles,  t.  XVIII,  l'«  et  2Mivr.,  1904.)  2  fr. 

837.  Lefèvre-Pontalis  (Eugène).  Jean  Langlois,  architecte  de  Saint- 
Urbain  de  Troyes.  Caen,  Delesques,  1904.  In-8°,  18  p. 

838.  Léger  (Louis).  Moscou.  Paris,  Laurens,  1904.  In-8°,  143  p., 
86  grav.  (Les  Villes  d'art  célèbres.) 

839.  Leitzmann  (Alb.).  Kleinere  mittelhochdeutsche  Erzâhlungen, 
Fabeln  und  Lehrgedichte.  I.  Die  Melker  Handschrift.  Berlin,  Weid- 
mann,  1904.  In-80,  xiv-55  p.,  1  pi.  (Deutsche  Texte  des  Mittelalters.  IV.) 
2  m.  40. 

840.  Lempens  (Cari).  Geschichte  des  Deutschen  Nordens  und  seiner 
Ordenslànder  Preussen  und  Livland.  Jena,  H.  W.  Schmidt,  1904. 
In-8°,  iv-132  p.,  2  fig.  1  m.  50. 

841.  Lempens  (Cari).  Das  grôsste  Verbrechen  aller  Zeiten.  Pragma- 
tische  Geschichte  derHexenprozesse.  Jena,  H.  W.  Schmidt,  1904.  In-8», 
ni-135  p.  1  m.  50. 

841  bis.  Lenertz  (Vincent).  Documents  d'art  monumental  du  moyen 
âge.  Architecture,  sculpture  et  ferronnerie,  4«  livraison.  Bruxelles, 
Vromant  et  G's  1904.  In-4'>. 

842.  Leroux  (Alfred).  Comment  désencombrer  les  archives  des  pré- 
fectures et  des  sous-préfectures.  Besançon,  impr.  Jacquin,  1904.  In-8'', 
8  p.  (Extrait  du  Bibliographe  moderne.) 

843.  Leroy  (G.).  Contrat  de  mariage  d'une  fille  du  vicomte  de  Melun 
en  1209.  Paris,  Impr.  nationale,  1904.  In-8°,  8  p.  (Extrait  du  Bulletin 
historique  et  philologique,  1903.) 

844.  Lethaby(W.  R.).  Mediaeval  Art.  From  the  Peace  of  the  Church 
to  the  Eve  of  Renaissance,  312-1350.  London,  Duckworth,  1904.  In-S», 
334  p.  8  s.  6  d. 

845.  Leuridan  (Th.).  L'Armoriai  de  la  châtellenie  de  Lille.  Mosaïque 
de  la  chapelle  de  Saint-Charles-le-Bon,  comte  de  Flandre,  en  la  basi- 
lique de  Notre-Dame-de-la-Treille,  à  Lille.  Lille,  impr.  Lefebvre- 
Ducrocq,  1904.  In-8'',  48  p.,  avec  fig.  et  pi. 

846.  Levi  (Silvio).  Un  rudere  dell'  epoca  lombarda  presse  la  Sacra 
di  S.  Michèle  in  valle  di  Susa.  Torino,  tip.  G.  U.  Cassone  suce. 
G.  Candeletti,  1904.  In-16,  11  p.,  avec  pi. 

847.  Levillain  (L.).  Les  plus  anciennes  chartes  de  Corbie.  Réponse  à 
M.  Bruno  Krusch.  Paris,  Bouillon,  1904.  In-8%  32  p.  (Extrait  du  Moyen 
Age.) 

848.  Liber  Maiolichinus  de  gestis  Pisanorum  illustribus  :  poema  délia 
guerra  balearica  secondo  il  cod.  pisano   Roncioni,  aggiuntevi  alcune 


BIBLrOGRAPHlE.  043 

notizie  lasciate  da  M.  Amari,  a  cura  di  Carlo  Galissc.  Roma,  tip.  For- 
zani  e  C,  1904.  In-8°,  ix-161  p.,  avec  2  pi.  (Istituto  storico  italiano. 
Fonti  per  la  storia  d'Italia  :  scrittori,  sec.  xii.)  10  1. 

849.  Libri  dell'  entrate  e  dell'  uscita  délia  repubblica  di  Siena,  dctti 
del  Gamarlingo  e  dei  quattro  Provveditori  délia  Bipcherna,  edili  dalla 
commisione  senese  di  storia  patria  a  cura  di  Alessandro  Lisiai  e  Lodo- 
■vico  Zdekauer.  Fasc.  I  (Libro  dell'  anno  1226).  Siena,  L.  Lazzeri, 
1903.  In-S»,  p.  1-99.  4  1. 

850.  Die  Lieder,  der  âlteren  Edda  (Saemundar  Edda).  Hrsg.  von  Karl 
Hildebrand.  2.  vôUig  umgearb.   Aufl.  von  Hugo  Gering.  Paderborn, 

F.  Schôningh,  1904.  In-8",  xx-484  p.  (Bibliothek  der  âllesten  deutschen 
Literatur-Denkmàler.  VU.) 

851.  LippARiNi  (G.).  Urbino.  Bergamo,  istituto  italiano  d'arti  grafiche, 
1903.  In-8o,  124  p.,  avec  fig.  (Gollezione  di  monografie  illustrate,  série  I  : 
Italia  artistica,  n°  6.)  3  1.  50. 

852.  LiTTLE  (W.  J.  K.).  St.  Francis  of  Assisi,  his  times,  life,  and 
"work.  London,  Isbister,  1904.  In-S»,  344  p.  5  s. 

853.  Lixi  (Tom.).  Notizie  e  considerazioni  suU'  archivio  notarile 
dei  distretti  riuniti  di  Gagliari  e  Lanusei.  Cagliari-Sassari,  tip.  ditta 

G.  Dessi,  1903.  In-8«,  126  p.  2  1.  50. 

854.  LoisEL  (A.).  La  Cathédrale  de  Rouen  avant  l'incendie  de  1200.  La 
tour  Saint-Romain.  Rouen,  impr.  Lecerf  fils,  1904.  In-8°,  88  p.  etgrav. 
3  fr.  50. 

855.  LoiSNE  (Gomte  de).  Un  impôt  sur  le  revenu  à  Arras  en  1387. 
Paris,  Impr.  nationale,  1904.  In-8°,  8  p.  (Extrait  du  Bulletin  historique 
et  philologique,  1903.) 

856.  LuGARELLi  (Ant.).  Notizie  e  documenti  riguardanti  la  storia  di 
Acquaviva  délie  Fonti  in  Terra  di  Bari.  Vol.  I  (Dalle  origini  al  1799). 
Giovinazzo,  tip.  del  r.  Ospizio  Vittorio  Emmanuele  II,  1904.  In-8°, 
142-cxxY  p.  5  1. 

857.  LÛER  (Herm.),  Greutz  (Max).  Geschichte  der  Metallkunst.  1.  Bd.  : 
Kunstgeschichte  der  unedlen  Metalle  :  Schmiedeisen,  Gusseisen, 
Bronze,  Zinn,  Blei  und  Zink.  Bearb.  Stuttgart,  F.  Enke,  1904.  Gr.  in-8o, 
vm-660  p.,  445  fig.  30  m. 

858.  LuLL  (Obras  de  Ramôn).  3,  4.  Félix  de  les  Maravelles  del  Mon; 
texto  original  publicado  é  ilustrado  con  notas  y  variantes  por  Jerônimo 
Rossellô,  y  un  proemii  bibliogrâtico  por  M.  Obzador  y  Bennassar. 
Palma  de  Mallorca,  impr.  de  las  hijas  de  Golomar,  1903.  In-4",  xlvii- 
275  et  367  p.  13  p. 

859.  LuscHiN  VAN  Ebenqreuth    (A.).   Allgemeine   Miinzkunde    und 


644  BIBLIOGRAPHIE. 

Geldgeschichte  des  Mittelalters  und  der  neueren  Zeit.  (Handbuch  der 
mittelalterl.  uad  neuerea  Geschichte.  Hrsg.  von  G.  von  Below  und 
F.  Meinecke.  V.  Abteilung.  Hilfswissenschaften  und  Altertûmer.)  Mùn- 
chen,  R.  Oldenbourg,  1904.  Gr.  in-8°,  xvi-287  p.,  107  fig.  10  m.  50. 

860.  Magary,  (Sylvain).  L'Orfèvrerie  à  Toulouse  aux  xv^-xvi^  siècles 
(1460-1550),  d'après  les  documents  conservés  aux  archives  notariales. 
Paris,  Impr.  nationale,  1904.  In-8°,  15  p.  (Extrait  du  Bulletin  archéolo- 
gique, 1904.) 

861.  Macqueron  (Henri).  Bibliographie  du  département  de  la  Somme. 
T.  I.  Amiens,  impr.  Yvert  et  Tellier,  1904.  In-4o  à  2  col.,  ix-506  p. 
(Mémoires  de  la  Société  des  Antiquaires  de  Picardie.  Documents  iné- 
dits concernant  la  province.  T.  XV.) 

862.  Magnani  (Lu.).  Di  una  tradizione  sull'  origine  délia  ven.  Gio- 
vanna  D'Arco  :  memoria  storica.  Bologna,  tip.  ditta  A.  Garagnani  e 
figli,  1904.  In-16,  23  p.,  avec  pi. 

863.  Manfredi  (G.  B.).  Gronaca  délia  Mirandola,  de'  figliuoli  di  Man- 
fredo  e  délia  corte  di  Quarantola,  con  prefazione  e  note  per  cura  del 
dott.  Francesco  Molinari.  Mirandola,  tip.  di  Gaetano  Cagarelli,  1904. 
In-8o,  110  p. 

864.  Mannhardt  (Wilh.).  Wald-  und  Feldkulte.  2.  Aufl.,  besorgt  von 
W.  Heuschkel.  1.  Bd.  Der  Baumkultus  der  Germanen  und  ihrer  Nach- 
barstàmme.  Mythologische  Untersuchungen.  Berlin,  Gebr.  Borntrae- 
ger,  1904.  In-8o,  xviii-648  p.  14  m. 

865.  Marchal  (Edmond).  François  Pétrarque  à  Gand  et  à  Liège. 
Bruxelles,  impr.  de  Hayez,  1904.  In-8°,  12  p.  (Extrait  du  Bulletin  de 
l'Académie  royale  de  Belgique.) 

866.  Marghesi  (Concetto).  L'etica  nicomachea  nella  tradizione  latina 
médiévale  :  document!  ed  appunti.  Messina,  Ant.  Trimarchi,  1904. 
In-8'',  158-Lxxxvi  p. 

867.  Marinelli  (Car.).  Padova  nel  medio  evo  secondo  un'  antica  cro- 
naca  inedita,  la  cronaca  di  Giovanni  da  Nono.  Padova,  Società  coope- 
rativa  tipografica,  1903.  In-8%  81  p. 

868.  Mariotti  (Gandido).  L'Immacolata  Goncezione  di  Maria  ed  i 
francescani,  in  occasione  del  cinquantesimo  délia  dommatica  definizione. 
Quaracchi  (Firenze),  tip.  del  collegio  di  s.  Bonaventura,  1904.  In-8°, 
xvi-772  p.,  avec  pi. 

869.  Marsaux.  Notes  historiques  sur  la  paroisse  d'Houdainville. 
Beauvais,  impr.  du  Progrès  de  l'Oise,  1904.  In-8°,  56  p. 

870.  Martin  (Henry).  Les  Esquisses  des  miniatures.  Paris,  Leroux, 
1904.  In-8°.  29  p.,  avec  lig.  (Extrait  de  la  Revue  archéologique.) 


BIBLIOGRAPHIE.  645 

871.  Martin  (J.-B.).  L'Église  de  Lyon,  des  origines  au  xiv«  siècle. 
Lyon,  impr.  Vitte,  1904.  In-S",  42  p. 

872.  Martini  (Martino).  La  Trinità  nel  Paradiso  dantesco.  Firenze, 
tip.  S.  Giuseppe,  1904.  In-8«,  32  p.  1  1. 

873.  Mascetta-Caracci  (Lor.).  Il  Petrarca  fanciu'llo  nel  Gasentino. 
Gagliari,  tip.  ditta  G.  Dessi,  1904.  In-8%  24  p. 

874.  Massa  (Teodoro).  Le  consuetudini  délia  città  di  Bari  :  studî  e 
ricerche  (Gommissione  provinciale  di  archeologia  e  storia  patria). 
Trani,  tip.  di  V.  Vecchi,  1903.  In-8",  314  p.  (Documenti  e  monografie 
per  la  storia  di  Terra  di  Bari,  vol.  V.)  5  1. 

875.  Mazzoleni  (Achille).  I  grandi  amori  del  Petrarca.  Bergarao,  tip. 
s.  Alessandro,  1904.  In-8°,  56  p. 

876.  Mazzoni  (Guido).  Lectura  ûantis  :  il  canto  1  del  Paradiso  letto 
nella  sala  di  Dante  in  Orsanmichele  il  di  14  di  dicembre  1902.  Firenze, 
G.  G.  Sansoni,  1903.  In-8°,  31  p.  1  1. 

877.  Meghi  (Emma).  Fiorentini  dannati  :  studio  slorico-letterario  suUa 
Divina  Gommedia.  Firenze,  stab.  tip.  lit.  pei  minorenni  Gorrigendi  di 
G.  Ramella  e  G.,  1904.  Li-8»,  55  p. 

878.  Menasci  (Guido).  L'arte  italiana.  Milano-Palermo-Napoli,  Remo 
Sandron,  1904.  In-8o,  xix-419  p.  et  fig.  5  1. 

879.  Merlo  (Cl.).  I  norai  romanzi  délie  stagioni  e  dei  mesi  studiati 
particolarmente  nei  dialetti  ladini,  italiani,  franco-provenzali  e  proven- 
zali  :  saggio  di  onomasiologia.  Segue  un  capitolo  sui  traslati  e  derivati 
di  nomi  di  stagioni  e  di  mesi.  Torino,  Ermanno  Loescher,  1904.  In-8'', 
283  p.  10  1. 

880.  Messea  (Fed.).  Le  convenzioni  cesaree  col  Final  Ligure;  codici 
e  provvedimenti  politici  finaresi  dal  1223  al  1733  :  note  e  curiosità  sto- 
riche.  Genova,  tip.  Operaia,  1904.  In-8o,  208  p.  3  1. 

881.  Messeri  (Vinc).  S.  Francesco  nella  Divina  Gommedia.  Firenze, 
tip.  Barbera  di  Alfani  e  Venturi,  1904.  In-8°,  29  p. 

882.  Métais  (G.).  De  l'authenticité  des  chartes  de  fondation  et  bulles 
de  l'abbaye  de  la  Trinité  de  Vendôme.  Paris,  Bouillon,  1904.  In-8°, 
44  p.  (Extrait  du  Moyen  Age.) 

883.  Meyer  (Ernst  von).  Geschichte  der  Ghemie  von  den  àltesten 
Zeiten  bis  zur  Gegenwart.  Zugleich  Einfiihrung  in  das  Studium  der 
Ghemie.  3.  verb.  und  verra.  Autl.  Leipzig,  Veit  und  Go.,  1905.  In-S», 
xvi-576  p.  12  m. 

884.  Meyer  (R.),  Bédier  (J.),  Aubry  (P.).  La  Ghanson  de  Bêle  Aelis, 
par  le  trouvère  Baude  de  La  Quarière.  Paris,  Picard  et  fils,  1904. 
Gr.  in-S",  23  p.,  avec  musique. 

^904  42 


646  BIBLIOGRAPHIE. 

885.  Meyer  von  Knonau  (Gerold).  Jahrbùcher  des  deutschen  Reiches 
unter  Heinrich  IV  und  Heinrich  V.  5.  (Schluss-).  Bd.  :  1097  bis  1106. 
Leipzig,  Duncker  und  Humblot,  1904.  In-8°,  xiv-516  p.  13  m.  60. 

886.  MiCHELETTi  (P.  A.  M).  S.  Gregorii  papae  cognomento  magni 
a  Régula  pastoralis.  »  Tournai-Rome,  Desclée,  Lefebvre  et  G'«,  s.  d. 
(1904).  In-24,  xii-246  p.  et  grav.  1  fr. 

887.  MiGLiOLi  (Guido).  Le  corporazioni  cremonesi  d'arti  e  mestieri 
nella  legislazione  statutaria  del  medio  evo  :  studio  storico-giuridico, 
con  prefazione  del  F.  Brandiieone  sugli  studî  di  storia  economica  in 
Itaiia.  Verona-Padova,  fratelli  Drucker,  1904.  In-S»,  201  p.  5  1. 

888.  MiLTOuN  (Francis).  The  cathedrals  of  southern  France;  with 
90  illustr.,  plans  and  diagrams  by  Blanche  Me  Manus.  Boston, 
L.  G.  Page  and  Go.,  1905.  In-12,  ix-554  p.  1  s.  60. 

889.  Mini  (Giov.).  l\  libro  d'oro  di  Firenze  antica  nel  canto  XVI  del 
Paradiso.  Gastrocaro,  tip.  Moderna,  1903.  In-4o,  39  p. 

890.  Mini  (Giov.).  I  nobili  romagnoli  nella  Divina  Gommedia  :  studio 
storico-araldico  (sul  XIV  canto  del  Purgatorio).  Forli,  tip.  Artigianelli 
G.  Montanari,  1904.  In-8o,  55  p. 

891.  MissET  (E.).  Une  église  de  Victorins,  en  Ghampagne.  Avant- 
propos  d'une  troisième  petite  réponse  à  M.  le  chanoine  Ulysse  Pannet. 
Paris,  Ghampion,  1904.  In-S»,  6  p. 

892.  MissET  (E.).  Une  église  de  Victorins,  en  Ghampagne.  Les  Bol- 
landistes  et  Notre-Dame-de-l'Épine.  Paris,  Ghampion,  1903.  In-8°,  4  p. 

893.  MissET  (E.).  Une  église  de  Victorins,  en  Ghampagne.  Les  études 
des  RR.  PP.  Jésuites  et  Notre-Dame-de-l'Épine.  Paris,  Ghampion, 
1904.  In-8o,  8  p. 

894.  MissET  (E.).  Une  église  de  Victorins,  en  Ghampagne.  Simple 
petit  mot  au  Révérend  Père  Verax.  Paris,  Ghampion,  1904.  In-8«,  8  p. 

895.  MissET.  Une  église  de  Victorins,  en  Ghampagne.  Les  Victorins 
de  Toussaints-en-l'Ile,  curés  et  seigneurs  de  l'Épine-Melette,  du  xii^  au 
xvi«  siècle,  2«  réponse  à  M.  Pannet.  Paris,  Ghampion,  1904.  In-8»,  80  p. 

896.  MissET  (E.).  Notre-Dame-de-l'Épine,  près  Ghâlons-sur-Marne. 
Avant-propos  d'une  deuxième  petite  réponse  à  M.  U.  Pannet.  Paris, 
Ghampion,  1904.  In-8°,  12  p. 

897.  MoREL.  Le  Saint-Suaire  de  Saint-Gorneille  de  Gompiègne.  Gom- 
piègne,  impr.  du  Progrès  de  l'Oise,  1904.  In-8°,  112  p.  (Extrait  du  Bul- 
letin de  la  Société  historique  de  Gompiègne,  t.  XI.) 

898.  MoRO  (Gius.).  Esposizione  e  commento  del  sonetto  di  F.  Petrarca, 
Era  il  giorno  ch'  al  sol  scoloraro,  con  prefazione.  Feltre,  tip.  Panfilo 

Castaldi,  1904.  In-8°,  19  p. 


BIBLIOGRAPHIE.  647 

899.  MoRTÉT  (Victor).  Notes  historiques  et  archéologiques  sur  la 
cathédrale  et  le  palais  épiscopal  de  Paris.  II.  :  l'ancien  niveau  de 
Notre-Dame  de  Paris  et  les  portes  secondaires  de  la  façade  méridionale 
(xiii"  et  xiv^  siècles).  Paris,  Picard  et  fils,  1904.  In-S»,  15  p.  et  1  pi. 
(Extrait  du  Bulletin  monumental.) 

900.  MuLLiNGER  (J.  Bass,).  The  schools  of  Charles  the  Great  and  the 
restoration  of  éducation  in  winth  century  (Anastatie  reprint).  New  York, 
G.  E.  Stechert  and  Go,  1904.  In-8°,  xix-193  p.  4  s. 

901.  MuNCK  (Emile  de).  Avant-projet  de  loi  sur  la  conservation  des 
monuments  et  des  objets  mobiliers  historiques  ou  artistiques.  État  de 
la  question  en  ce  qui  concerne  les  fouilles.  Mons,  impr.  Dequesne- 
Masquillier  et  fils,  1904.  In-S",  17  p.  (Extrait  des  Publications  de  la 
Fédération  archéologique  et  historique  de  Belgique,  XVIII^  congrès,  Mons, 
190k.) 

902.  MuNCH  (Ferd.).  Grammatik  der  ripuarisch-frânkischen  Mundart. 
Bonn,  F.  Cohen,  1904.  In-8»,  xvi-214  p.  4  m. 

903.  MuNoz  Y  GÔMEz  (Agustin).  Noticia  histôrica  de  las  calles  y  pla- 
zas  de  Xerez  de  la  Frontera,  sus  nombres  y  origenes.  Jerez,  impr.  de 
«  El  Guadalete,  »  1903.  In-â»,  520  p.  5  p.  50 

904.  MuNZENBERGER  (E.  F.  A.),  Beissel  (St.).  Zur  Kenntniss  und 
Wiirdigung  der  mittelalterlichen  Altàre  Deutschlands.  Ein  Beitrag  zur 
Geschichte  der  vaterlànd.  Kunst.  Begonnen  von  M.  fortgesetzt  von 
B.  18.  Lfg.  Frankfurt-a.-M.,  P.  Kreuer,  1904.  In-4o,  p.  217-240. 
10  pi.  6  m. 

905.  MossATO  (Albertino).  Sette  libri  inediti  del  De  gestis  Italicorum 
post  Henricum  VII.  Prima  edizione  diplomatica  a  cura  di  Luigi  Padrin. 
Yenezia,  a  spese  délia  Società  edit.,  1903.  In-4o,  ix-107  p.  (Monumenti 
storici  pubblicati  dalla  r.  deputazione  veneta  di  storia  patria,  série  II, 
Gronache  e  diari,  vol.  III.) 

906.  Mylne  (Rev.  R.  S.).  Gathedral  church  of  Bayeux;and  otherhis- 
torical  relies  in  its  neighbourhood.  New  York,  Macmillan,  1904.  In-12, 
xv-81  p.  1  s. 

907.  Nannelli  (Ant.).  L'Arcangelo  Gabriele  nella  Divina  Gommedia. 
Firenze,  tip.  Domenicana,  1904.  In-8»,  21  p. 

908.  Nardi  (Lu.).  Di  una  pergamena  del  secolo  xi,  ultimamente  depo- 
sita  neir  archivio  notarile  di  Alessandria.  Alessandria,  tip.  G.  Jac- 
quemod  e  figli,  1904.  In-8'',  16  p.,  avec  fac-similé. 

909.  Neuhaus  (Leop.).  Die  Reichsverweserschaft  und  Politikdes  Gra- 
fen  Heinrich  von  Anjou,  des  zweiten  Kaisers  im  Lateinerreiche  zu 
Byzanz.  Leipzig,  Buchh.  G.  Fock,  1904.  In-S",  51  p.  1  m.  50. 


648  BIBLIOGRiPHIE. 

910.  NiEuwBARN  (M,  C).  Sint  Dominicus  in  de  kunst.  Ikonogra- 
phische  studien  der  voorstellingen  van  den  H.  Dominicus  in  de  beel- 
dende  kunst.  Nijmegen,  L.  C.  G.  Malmberg,  1904.  In-fol.,  28  pi.  en 
phototypie,  avec  texte.  19  fl.  50. 

911.  NisciA  (Gen.  Di).  Francesco  Petrarca  e  le  sue  rime  d'amore. 
Torino,  ditta  G.  B.  Paravia  e  C,  1904.  In-S»,  51  p.  1  1. 

912.  NoREEN  (Adf.).  Aitnordische  Grammatik.  II.  Allschwedische 
Grammatik.  4.  Lfg.  Halle,  M.  Niemeyer,  1904.  In-S»,  xv  p.  et  p.  387-642. 
(Sammlung  kurzer  Grammatiken  germanischer  Dialekte,  VIII,  4.) 

913.  NoYEs  (Ella).  The  story  of  Ferrara ;  il.  by  Dora  Noyés.  New  York, 
Macmillan,  1904.  In-12,  xi-422  p.  2  s. 

914.  NoYON  (Augustin).  Les  Origines  de  la  fête  de  l'Immaculée-Gon- 
ception  en  Occident  (x^,  xi«  et  xn^  siècles).  Paris,  impr.  Dumoulin, 
1904.  In-8°,  31  p.  (Extrait  des  Études  du  20  septembre  1904.) 

915.  Nyrop  (Kr.).  Grammaire  historique  de  la  langue  française.  T.  I, 
2e  éd.,  revue  et  augmentée.  Copenhague;  Leipzig,  0.  Harrassowitz,  1904. 
In-8o,  xvi-551  p.  8  m. 

916.  Oberchristl  (Florian).  Der  gotische  Fliigelaltar  und  die  Kirche 
zu  Kefermarkt  0.  0.  Beschreibung.  Linz,  Pressverein,  1904.  Gr.  in-8°, 
70  p.  2  m. 

917.  Olcott  (G.  N.).  Thésaurus  linguae  latinae  epigraphicae  ;  or, 
Dictionary  of  Latin  Inscriptions.  Vol.  I,  fasc.  1,  A-Ab.  London,  Nutt, 
1904.  In-io.  2  s.  6  d. 

918.  Omont  (Henri).  Manuscrit  des  œuvres  de  saint  Denys  l'Aréopa- 
gite,  envoyé  de  Gonstantinople  à  Louis  le  Débonnaire  en  827.  Paris, 
Leroux,  1904.  In-8°,  11  p.  et  fac-similé.  (Extrait  de  la  Revue  des  Études 
grecques.) 

919.  Opitz  (Emil).  Die  Arten  des  Rustikalbesitzes  und  die  Laude- 
mien  und  Markgroschen  in  Schlesien.  Breslau,  M.  und  H.  Marcus, 
1904.  In-S",  xvi-420  p.  (Untersuchungen  zur  deutschen  Staats-  und 
Rechtsgeschichte,  73.)  12  m. 

920.  Pagliano  (Em.  Mario).  L'Assassinio  del  principe  Enrico  di  Gor- 
novaglia  (Viterbo,  1271)  :  nota  storica  a  due  versi  délia  Divina  Gom- 
media.  Roma,  tip.  délia  Gasa  edit.  italiana,  1903.  Ia-8°,  27  p. 

921.  Palàcky  (Frantisek).  Dèjiny  nârodu  ceského  v  Cechàch  a  na 
Moravé.  [Histoire  du  peuple  tchèque  en  Bohême  et  en  Moravie.]  II, 
1253-1403.  Vydâni  VI.  Prague,  Bursik  et  Kohout,  1904.  Gr.  in-8°, 
xii-499  p.  3  k.  20. 

922.  Pannet  (U!.).  L'Abbaye  de  Toussaints  n'a  jamais  été  victorine. 


BIBLIOGRAPHIE.  649 

Lettre  à  M.  l'abbé  Misset  sur  Notre-Dame-de-1'Épine.  Chàlons,  impr. 
Martin  frères,  1904.  In-S",  8  p. 

923.  Pannet.  Notre-Dame-de-1'Épine.  Il  n'y  a  jamais  eu  de  Victorins 
à  l'Épine.  Etat  de  la  question  des  origines  de  son  pèlerinage  au  1<=''aoùt 
1904.  Troisième  et  dernière  réponse  à  M.  l'abbé  Misset.  Ghàlons-sur- 
Marne,  impr.  Martin  frères,  1904.  In-8°,  ix-30  p. 

924.  Papal  Registers.  Papal  Letters.  Vol.  VI,  1404-1415.  London, 
Eyre  and  Spottiswoode,  1904.  15  s. 

925.  Pasetto  (E.).  Una  pace  nel  trecento  :  contributo  alla  storia  degli 
usi  e  dei  costumi.  Pisa,  F.  Mariotti,  1903.  In-S»,  7  p. 

926.  Pasquier.  Mandement  de  Louis  XI  concernant  la  translation  de 
la  sainte  ampoule  en  1483.  Paris,  Impr.  nationale,  1904.  In-8*,  8  p 
(Extrait  du  Bulletin  historique  et  philologique,  1903.) 

927.  Passerini  (G.  L.).  Dizionarietto  dantesco  :  indice  dei  nomi  d 
persone  e  di  luoghi  ricordati  nella  Divina  Gommedia.  Firenze,  G.  G 
Sansoni,  1904.  In-24,  268  p.  et  portr.  1  l. 

928.  Passy  (Jean  et  Paul).  L'Origine  des  Ossalois.  Ouvrage  revu 
complété  et  préparé  pour  la  publication.  Paris,  Bouillon,  1904.  In-S» 
xvi-160  p.,  avec  6  cartes.  (Bibliothèque  de  l'École  des  hautes  études 
(sciences  historiques  et  philologiques),  152e  fascicule.) 

929.  Patuzzi  (G.  L.).  Sul  canto  di  Ugolino  :  lettura  tenuta  alla  r. 
accademia  Virgiliana,  il  24  maggio  1903.  Mantova,  tip.  G.  Mondovi, 
1904.  In-8°,  26  p. 

930.  Paul  (Herm.).  Mittelhochdeutsche  Grammatik.  6.  Aufl.  Mit 
Wort-  und  Sachregister  von  Frz.  Saran.  Halle,  M.  Niemeyer,  1904. 
In-S",  xn-222  p.  (Sammlung  kurzer  Grammatiken  gcrmanischer  Dia- 
lekte,  II.)  3  m. 

931.  Paula  (M.).  Geschichte  der  Insel  Nonnenwerth.  Regensburg, 
J.  Habbel,  1904.  In-8°,  iv-192  p.,  avec  fig.  et  pi.  3  m. 

932.  Payne  (Jos.  Frank).  English  medicine  in  the  Anglo-Saxon 
times  :  two  lectures  delivered  before  the  Royal  Collège  of  Physicians 
of  London,  June  23  and  25,  1903.  London,  Frowde,  1904.  In-S»,  viu- 
162  p.  2  s.  90. 

933.  Pedrazzoli  (Ugo).  La  Sfortunad'un  bel  verso  délia  Divina  Gom- 
media :  la  spera,  che  sempre  a  guisa  di  fanciullo  scherza  :  prima 
ricreazione  dantesca.  Roma,  tip.  Gasa  edit.  italiana,  1904.  In-S»,  22  p. 

934.  Pérez  (Dionisio).  Las  Gortes  de  Gâdiz.  Ensayo  de  una  biblio- 
grafia  gaditana.  Madrid,  impr.  Mendizâbal,  1903-190 'i.  In-4»,  265  p. 
10  p. 

935.  Périer  (Jean).  Vie  d'Al-Hadjajâdj  ibn  Yousof  (41-95  de  l'hégire. 


650  BIBLIOGRAPHIE. 

661-714  de  Jésus-Christ),  d'après  les  sources  arabes.  Paris,  Bouillon, 
1904.  Ia-8°,  xxi-365  p.  (Bibliothèque  de  l'École  des  hautes  études 
(sciences  historiques  et  philologiques),  151<'  fascicule.) 

936.  Perrett  (Wilfrid  B.  A.).  The  story  of  king  Lear  from  Geoffrey 
of  Monmouth  to  Shakespeare.  Berlin,  Mayer  und  MûUer,  1904.  In-S», 
x-308  p.  (Palaestra.  Untersuchungen  und  Texte  aus  der  deutschen  und 
engl.  Philologie,  XXXV.)  9  m. 

937.  Perroni-Grande  (L.).  Per  la  varia  fortuna  di  Dante  e  per  la  sto- 
ria  délia  cultura  a  Messina  nel  sec.  xv.  Messina,  tip.  F.  Nicastro,  1904. 
In-16,  13  p. 

938.  Perucaud  (Jean-Bernardin).  Notice  sur  Brigueil.  Ruffec,  impr. 
Picat,  1904.  In-8°,  256  p. 

939.  Petrarga.  Chiare,  fresche  e  dolci  acque  :  una  canzone  del  com- 
mentata  (da)  Attilio  Gentile.  Trieste,  tip.  G.  Caprin,  1904.  In-8°,  94  p. 
(Extrait  du  Programma  del  ginnasio  comunale  supertore  di  Trieste,  pub- 
blicalo  alla  fine  delV  anno  scolastico  1903-190!i.) 

940.  Petrarga  (Fr.).  Le  Rime  seconde  la  revizione  ultima  del  poeta, 
a  cura  di  Giuseppe  Salvo  Cozzo.  Firenze,  G.  C.  Sansoni,  1904.  In-S», 
xx-358  p.,  avec  illustr.  (Biblioteca  di  opère  inédite  o  rare  di  ogni  secolo 
délia  letteratura  italiana.)  12  1. 

941.  Petrucci  (Paul).  La  Musique  en  Anjou  au  xv^  siècle,  communi- 
cation faite  au  Congrès  de  lAssociation  française  pour  l'avancement 
des  sciences,  tenu  à  Angers  en  1903.  Paris,  28,  rue  Serpente,  1904. 
In-S»,  9  p.,  avec  1  fig.  (Extrait  des  Comptes-rendus  de  l'Association  fran- 
çaise pour  l'avancement  des  sciences.) 

942.  Peyron  (Bernardinus).  Codices  italici  manu  exarati  qui  in  biblio- 
theca  taurinensis  athenaei  ante  diem  xxvi  januarii  M  CM  IV  asservaban- 
tur.  Praemittuntur  C.  Frati  italica  praefatio  et  elenchus  operum 
B.  Peyroni  typis  impressorum.  Taurini,  apud  Carolum  Clausen,  1904. 
In-8o,  xxxii-690  p.,  avec  pi.  18  1. 

943.  Philippe.  Marché  pour  la  construction  de  la  porte  d'Aigues- 
passes,  à  Mende  (1436,  20  décembre).  Paris,  Impr.  nationale,  1904. 
In-8°,  8  p.  (Extrait  du  Bulletin  archéologique,  1904.) 

944.  Philippe  (André).  L'Architecture  religieuse  au  xi«  et  au  xu^  siècle 
dans  l'ancien  diocèse  d'Auxerre.  Caen,  Delesques,  s.  d.  ln-S°,  52  p., 
avec  grav.  et  carte.  (Extrait  du  Bulletin  monumental,  année  1904.) 

945.  Pigalausa  (Louis).  Histoire  de  Seraing.  Seraing,  impr.  P.  Mar- 
tino,  1904.  In-8o,  132  p.,  avec  grav.  et  portr.  1  fr.  50. 

946.  PicGOLOMiNi  (Pa.).  La  Vita  e  l'opéra  di  Sigismondo  Tizio  (1458- 
1528).  Roma,  Ermanno  Loescher  e  G.,  1903.  In-8o,  xxx-210  p. 


BIBLIOGRAPHIE.  65i 

947.  PiDOux  (P. -A.).  Notes  sur  d'anciens  usages  liturgiques  des  dio- 
cèses de  Besançon  et  de  Saint-Claude.  Le  Kyrie  eleison  des  vêpres  de 
Pâques;  les  couleurs  liturgiques  des  trois  messes  de  Noël.  Communi- 
cations faites  au  Congrès  d'art  sacré  et  d'histoire  liturgique,  tenu  à 
Rome  les  7,  8  et  9  avril  1904.  Lons-le-Saulnier,  impr.  Rubat  du  Mérac, 
1904.  Petit  in-8o,  20  p.,  avec  plain-chant.  (Extrait  de  la  Semaine  reli- 
gieuse du  diocèse  de  Saint-Claude.) 

948.  PiERQUiN  (Hubert).  La  Juridiction  du  point  d'honneur  sous  l'an- 
cien régime  et  le  Tribunal  des  maréchaux  de  France.  Paris,  Picard  et 
fils,  1904.  In-8»,  xi-164  p. 

949.  PiRANESi  (Gior,).  La  Case  degli  Alighieri.  Roma,  Gooperativa 
poligrafica  romana,  1904.  In-S",  31  p.  (Extrait  de  la  Italia  moderna, 
lo  fasc.  di  maggio  1904.) 

950.  PiRSOUL  (Léon).  Dictionnaire  wallon-français  (dialecte  namurois) 
contenant  plus  de  10,000  mots  exclusivement  wallons,  avec  application 
et  biographie  de  tous  les  écrivains  wallons.  T.  II  (M-Z).  Malines,  L.  et 
A.  Godenne,  1903.  Petit  in-S»,  364  p.  et  grav.  3  fr.  50. 

951.  PiTzORNO  (Benvenuto).  La  Legittimazione  nella  storia  délie  isti- 
tuzioni  familiari  del  medio  evo.  Sassari,  tip.  Ubaldo  Satta,  1904.  In-8», 
xn-279  p. 

952.  Pizzi  (Fr.).  Bibliografia  per  servire  alla  storia  délia  basilica  e 
monastère  di  S.  Giustina  in  Padova.  Padova,  tip.  Antoniana  edit., 

1903.  In-8°,  44  p. 

953.  PoËTE  (Marcel).  Les  Primitifs  parisiens.  Étude  sur  la  peinture 
et  la  miniature  à  Paris,  du  xiv^  siècle  à  la  Renaissance.  Paris,  Cham- 
pion, 1904.  Petit  in-8o  carré,  79  p.  et  grav. 

954.  Pozzi  (Lauro).  Le  Porte  artistiche  di  bronzo  degli  ediflzî  monu- 
mentali  religiosi  e  civili  d'Italia  dall'  epoca  romana  fino  ai  nostri 
giorni.  Bergamo,  Istituto  italiano  d'arti  grafiche,  1903.  In-8°,  61  p. 
et  fig. 

955.  Prou  (Maurice).  Manuel  de  paléographie.  Recueil  de  fac-similés 
d'écritures  du  v«  au  xvii"  siècle  (manuscrits  latins,  français  et  proven- 
çaux), accompagnés  de  transcriptions.  Paris,  Picard  et  fils,  1904.  In-4», 
8  p.,  50  pi. 

956.  Provasi  (Pacifico).  L'Opéra  nazionale  di  Francesco  Petrarca  : 
lezione  commemorativa,  8  aprile  1904.  Bari,tip.  Glus.  Laterza  e  figli, 

1904.  In-16,  23  p. 

957.  PuLGi  (Lu.).  Il  Morgante.  Testo  e  note  a  curadi  Gulielmo  Volpi. 
Vol.  III.  Firenze,  G.  G,  Sansoni,  1904.  In-24. 

958.  PuLLÈ  (Leop.).  Dalle  crociate  ad  oggi  :  rassegna  degli  ordini 


652  BIBLIOGRAPHIE. 

militari,  ospitalieri,  religiosi  e  di  cavaileria  di  tutto  il  mondo,  1048- 
1904.  Milano,  Menotti  Bassani  e  C,  1905.  In-S»,  xn-322  p.,  avec  fig.  et 
pi.  10  1. 

959.  Put  (A.  van  de).  Hispano-Moresque  Ware  of  15th  Gentury.  Con- 
tribution to  ils  History.  London,  Cliapman  and  H.,  1904.  In -4°, 
12  s.  6  d. 

960.  PuTNAM  (Ruth.).  Mediseval  Princess  :  True  Record  of  Changing 
Fortunes  which  brought  Divers  Titles  to  Jacqueline,  Countess  of  Hol- 
land.  London,  Putnam,  1904.  In-8«.  9  s. 

961.  Quentin.  Lettre  de  Nicolas  l^''  pour  le  concile  de  Soissons  et  for- 
mules ecclésiastiques  de  la  province  de  Tours  dans  un  manuscrit  de 
Nicolas  Le  Fèvre.  Paris,  Bouillon,  1904.  In-8°,  18  p.  (Extrait  du 
Moyen  Age.) 

962.  QuiRiNi  (Aug.).  Dell'  archivio  notarile  di  Ferrara  :  cenni  storici 
e  documenli.  Ferrara,  tip.  Sociale  del  dott.  Giovanni  Zuffi,  1904.  In-4°, 
31  p.,  avec  fac-similé. 

963.  Raccolta  degli  storici  italiani  dal  cinquecento  al  mille  cinque- 
cento  (Rerum  italicarum  scriptores),  ordinata  da  S.  A.  Muratori.  Nuova 
edizione  riveduta,  ampliata  e  corretta  con  la  direzione  di  Giosuè  Gar- 
ducci  e  Yittorio  Fiorini.  Fasc.  22-27.  Città  di  Castello,  S.  Lapi,  1904. 
In-8o. 

964.  Radn  (Joh.  Bapt.).  Geschichte  der  katholischen  Kirche  in  Hes- 
sen  vom  hl.  Bonifatius  bis  zu  deren  Aufhebung  durch  Philipp  den 
Grossmûtigeu  (722-1526).  Hrsg.  von  Joh.  Mich  Raich.  Mainz,  Mamzer 
Verlagsanstalt  und  Druckerei,  1904.  In-S»,  xi-834  p.  9  m.  50. 

965.  Randazzini  (Salvatore).  L'Ex-feudo  Sanlo  Pietro  e  la  sua  storia. 
Epoca  I  (dal  1160  al  1570).  Caltagirone,  tip.  Giacomo  Scordia,  1904. 
In-8o,  vii-149  p.  1  1.  50. 

966.  Ravello  (Fed.).  Attraverso  il  quattrocento  :  la  poesia  popolareg- 
giante  (Lorenzo  il  Magnifico  ed  Angelo  Poliziano).  Torino,  tip.  ditta 
G.  Derossi,  1904.  In-8°,  141  p. 

967.  Rawnsley  (Canon).  Vénérable  Bede  :  his  Life  and  Work.  Lec- 
ture in  Sunderland  Town  Hall.  Appendix,  giving  account  of  Anglian 
art  in  Northern  B.'-itain,  and  description  of  Bede  mémorial.  London, 
Simpkin,  1904.  In-S»,  avec  illustr.  l  s.  6  d. 

968.  Raymond  de  Capoue.  Vie  de  sainte  Catherine  de  Sienne.  Tra- 
duite par  le  R.  P.  Hugueny.  Paris,  Lethielleux,  1904.  Petit  iii-8°, 
xn-498  p. 

969.  Rechtshandschriften  (die)  der  Universitàtsbibliothek  in  Inns- 
bruck.  Zusammengestellt  auf  Anregung  der  Vorstehung  dieser  Biblio- 


fiIliLIOGlUPUI£.  653 

thek.  Innsbruck,  Wagner,  1904.  In-8°,  41   p.  (Extrait  de  Beitràge  z. 
Rechtsgesch.  Tirais.)  0  m.  50. 

970.  Recueil  des  anciennes  coutumes  de  la  Belgique,  publié  par 
ordre  du  roi,  sous  les  auspices  du  ministre  de  la  Justice,  par  les  soins 
d'une  commission  spéciale.  Coutumes  des  pays  et  comté  de  Flandre. 
Quartier  de  Gand.  T.  VII  :  Coutume  du  vieux  bourg  de  Gand  (intro- 
duction), par  D.  Berten.  Bruxelles,  J.  Goemaere,  1904.  In-4°,  684  p. 

971.  Regesta  diplomatica  necnon  epistolaria  historiae  Thuringiae. 
III.  Bd.  1.  Tl.  (1228-1247).  Hrsg.  von  Otto  Dobenecker.  Jena,  G.  Fi- 
scher, 1904.  In-4o,  240  p.  15  m. 

972.  Regesta  regni  Hierosolymitani  (M  XCVII-M  CG  XGI).  Addita- 
mentura,  éd.  Reinhold  Rôhricht.  Innsbruck,  Wagner,  1904.  In-8°, 
iv-136  p.  4  m.  50. 

973.  Reichling  (Dieter.).  Appendices  ad  Hainii-Copingeri  reperto- 
rium  bibliographicum.  Additiones  et  emendationes.  Miinchen,  J.  Rosen- 
thaï,  1905.  'ln-8°,  iu-206  p.  10  m. 

974.  REiL(Johs.).  Die  frùhchristlichen  Darstellungen  der  Kreuzigung 
Ghristi.  Leipzig,  Dieterich,  1904.  In-8°,  ix-128  p.,  4  pi.  (Studien  ùb. 
christliche  Denkmàler,  2.)  4  m. 

975.  Reusens  (E.).  Documents  relatifs  à  l'histoire  de  l'Université  de 
Louvain  (1425-1797).  T.  II,  !■•«  partie  :  Corps  enseignant  (1426-1443). 
Louvain,  chez  l'auteur  (impr.  Gh.  Peeters),  1903.  In-8o,  284  p. 

976.  Ricci  (Corrado).  La  Repubblica  di  San  Marino.  Bergamo,  Isti- 
tuto  italiano  d'arti  grafiche  edit.,  1903.  In-8°,  98  p.  et  fig.  (CoUezione 
di  monogratie  illustrate;  série  I  :  Italia  artistica,  n"  5.)  3  1.  50. 

977.  Ricci  (Pericle).  Frate  Agnolo  da  Camerino  e  la  sua  lauda  :  sag- 
gio  di  letteratura  trecentistica.  Camerino,  tip.  Savini,  1903.  In-8°,  13  p. 

978.  RiGHEMOND  (Emile).  Fromonville.  Ses  pierres  tombales  et  ses 
anciens  seigneurs  (1130-1643).  Fontainebleau,  impr.  Bourges,  1904. 
In-8o,  77-xxxvui  p.,  avec  2  pi.  et  1  tableau  généalogique.  (Extrait  des 
Annales  de  la  Société  historique  et  archéologique  du  Gâtinais.) 

979.  RiEHL  (Berth.).  Die  Mûnchener  Plastik  in  der  Wende  vom  Mit- 
telalter  zur  Renaissance.  Mùnchen,  G.  Franz,  1904.  In-8°,  p.  389-471, 
8  pi.  (Extrait  des  Abhandlungen  d.  bayer.  Akad.  d.  Wiss.)  4  m. 

980.  Rime  ascetiche  trascritte  da  un  codice  napoletano  e  da  un 
comense  del  secolo  xv,  per  Etlore  Brambilla.  Guneo,  tip.  Isoardi,  1903. 
In-80,  78  p.  1  1.  50. 

981.  RiNALDi  Ghisilieri  (Lu.).  Genni  sull'  origine  bolognese  di  Gio- 
vanna  D'Arco.  Lodi,  tip.  Quirico  e  Camagni,  1904.  In-S»,  22  p. 


654  BIBLIOGRAPHIE. 

982.  RiOMET  (L.-B.).  Épigraphie  campanaire  de  l'Aisne.  Les  cloches 
du  canton  de  Marie.  Laon,  impr.  de  la  Société  académique  de  Laon, 
1904.  In-8°,  71  p. 

983.  RoEDER  (Fritz).  Der  altenglische  Regius-Psalter.  Eine  Interlinc- 
arversion  in  Hs.  royal  2.  B.  5.  des  Brit.  Mus.  zum  1.  Maie  vollstàn- 
dig  hrsg.  Halle,  M.  Niemeyer,  1904.  In-S»,  xxii-305  p.  (Studien  zur 
englischen  Philologie,  XVIII.)  10  m. 

984.  Roger  (F.).  Commune  de  Saint-Ouen-l'Aumône.  Notice  histo- 
rique sur  son  blason  ;  Formation  des  bourgs  de  Saint-Ouen  et  de  l'Au- 
mône; l'Abbaye  de  Maubuisson.  Pontoise,  impr.  Paris,  1904.  In-8°, 
16  p.,  avec  blason  et  plan  de  l'abbaye  hors  texte. 

985.  Romani  (Fedele).  Lectura  Dantis  :  il  canto  XXVIl  del  Paradiso, 
letto  nella  saladi  Dante  in  Orsanmichele  il  di  3  di  marzo  1904.  Firenze, 
G.  G.  Sansoni,  1904.  In-8°,  62  p.  1  1. 

986.  RosA  Y  LÔPEz  (Simon  de  la).  Los  Seises  de  la  Catedral  de 
Sevilla  ;  ensayo  de  investigaciôn  histôrica.  Sevilla,  impr.  de  Francisco 
de  P.  Diaz,  1904.  In-4°,  xi-372  p.,  avec  illustr.  15  p.  50. 

987.  Rossi  (Lu.).  Commente  al  I  canto  del  Trionfo  d'Amore  di  Fran- 
cesco  Petrarca,  Fano,  soc.  tip.  Cooperativa,  1903.  In-S»,  32  p. 

988.  Rossi  (Lu.).  La  guerra  in  Toscana  dell'  anno  1447-48.  Firenze, 
F.  Lumachi,  1903.  In-S»,  vni-235  p. 

989.  RossiGNOT  (J.).  Hugues  I",  archevêque  de  Besançon.  Besançon, 
impr.  Jacquin,  1904.  In-8»,  28  p.,  avec  grav.  (Extrait  des  Mémoires  de 
V Académie  de  Besançon.) 

990.  RousTAN  (Emmanuel).  Essai  historique  sur  le  droit  de  banalité. 
Aix,  impr.  Pourcel,  1904.  In-8'',  57  p. 

991.  RowALD  (Paul).  Geschichte  der  Grundsteinlegung.  Berlin, 
W.  Ernst  und  Sohn,  1904.  In-S»,  94  p.,  19  hg.  (Extrait  de  la  Zeitschrift 
fur  Bauwesen.)  2  m. 

992.  Sabarthès.  Les  Libertés  et  coutumes  de  Pexiora.  Paris,  Impr, 
nationale,  1904.  In-8°,  8  p.  (Extrait  du  Bulletin  historique  et  philolo- 
gique, 1903.) 

993.  Sacré  (Maurits).  Kroniek  en  oorkondenboek  van  Merchtem. 
Cent,  A.  Siffer,  1904.  Gr.  in-S»,  158  p.  (Bijlage  aan  de  Geschiedenis 
der  gemeente  Merchtem.)  2  f.  50. 

994.  Sanoner  (G.).  Description  de  la  porte  occidentale  de  l'ancienne 
cathédrale  Saint-Vincent  de  Berne  (Suisse).  Lille-Paris-Bruges,  Des- 
clée,  de  Brouwer  et  G'«,  1904.  In-4o,  18  p.  (Extrait  de  la  Revue  de  l'Art 
chrétien,  mai  1904.) 


BIBLIOGRAPHIE.  655 

995.  Sauermann  (Ernst).  Die  mittelalterlichen  Taufsteine  der  Prov. 
Schleswig-Holstein.  Lûbeck,  B.  Nôhring,  1904.  Ia-8°,  viii-72  p., 
52  fig.,  1  carte.  10  m. 

996.  Saunier  (Glaudius).  Die  Geschichte  der  Zeitmesskunst  von  den 
âlteslen  Zeiten  bis  zur  Gegenwart.  Ins  Deutsbhe  ùbers.  und  neu 
bearb.  von  Gust.  Speckhart.  21-25.  Lfg.  Baulzen,  E.  Hûbner,  1904. 
ln-8o,  p.  689-1  Ofjô  et  xvr  p.,  avec  fig.  1  m.  la  livraison. 

997.  Scartazzini  (G.  A.).  Enciclopedia  dantesca  continuata  da 
A.  Fiammazzo.  Vol.  III  (Vocabolario-concordauza  délie  opère  latine  e 
itaiiane  di  Dante  Alighieri,  preceduto  dalla  biografia  di  G.  A.  Scar- 
tazzini).  Milano,  Ulrico  Hoepli,  1905.  In-16. 

998.  Schermann  (Tbdr.).  Die  Geschichte  der  dogmatischen  Plorile- 
gien  vom  V-VIII.  Jahrh.  Leipzig,  J.  G.  Hinrichs,  1904.  In-8»,  vi-104  p. 
3  m.  50. 

999.  ScHMiD  (Jos.).  Die  Osterfestberechnung  auf  den  britischen 
Insein  vom  Anfang  des  4.  bis  zum  Ende  des  8.  Jahrh.  Eine  historisch- 
chronolog.  Studie.  Regensburg,  Verlagsanstalt  vorm.  G.  J.  Manz, 
1904.  In-8»,  vni-95  p.  2  m. 

1000.  Schneider  (Ant.).  Die  ehemalige  Zisterzienser-Abtei  Tennen- 
bach,  Porta  Goeli  im  Breisgau.  Wôrishofen,  Verlags-Anstalt,  1904. 
In-8°,  vin-98  p.,  avec  fig.  1  m. 

1001.  ScHOUTENS  (Fr.  Stephanus).  Die  capittelen  vanden  ghesellen 
St.  Francisci.  Dit  boec  heeft  ghescreven  broeder  Jan  van  Roest, 
priester  ende  minister  der  bruederen  van  marien  huus  bi  hugarden  der 
derder  ordenen  St.  Francisci,  inden  jaer  ons  Heren  MGCGG  ende  lise, 
op  den  IV  dach  van  mey.  Antwerpen,  drukkerij  A.  Bruynincx-Noë, 
1904.  In-8°,  113  p.  3  fr. 

1002.  Schrohe  (H.).  Geschichte  des  Reichklaraklosters  in  Mainz. 
Mainz,  Kirchheim  und  Go,  1904.  In-8°,  iv-111  p.  1  m.  50. 

1003.  Schweitzer  (H.).  Geschichte  der  deutschen  Kunst.  1.  Lfg. 
Ravensburg,  0.  Maier,  1904.  Gr.  in-8°,  p.  1-48,  fig.  et  4  pi.  1  m. 

1004.  Segre  (Arturo).  Alcuni  elementi  storici  del  secolo  xiv  nel- 
l'Epistolario  di  Goluccio  Salutati  :  prolusione  ad  un  corso  libero  di  sto- 
ria  moderna  nella  r.  università  di  Torino,  letta  il  19  novembre  1903. 
Torino,  tip.  Baglione  e  Momo,  1903.  In-8°,  61  p. 

1005.  Sepet  (Marins).  Au  temps  de  la  Pucelle  (récits  et  tableaux).  Le 
Péril  national.  Paris,  Téqui,  1905.  In-18,  vn-409  p.  3  fr.  50. 

1006.  Settegast  (Frz.).  Quellenstudien  zur  gallo-romanischen  Epik. 
Leipzig,  O.  Harrassowitz,  190'».  In-8°,  vii-395  p.  9  m. 


656  BIBLIOGRAPHIE. 

i007.  Setzler  (Edwin  Boinest).  On  Anglo-Saxon  versification  from 
the  standpoint  of  modem  English  versification.  Baltimore,  Md.,  J.  H. 
Furst  Co.,  1904.  In-S",  87  p.  1  s.  25. 

1008.  Sforza  (Giov.).  Storia  di  Pontremoli  dalle  origini  al  1500. 
Firenze,  tip.  di  L.  Franceschini  e  C,  1904.  In-8°,  862  p.,  avec  pi.  8  1. 

1009.  SiMiONi  (Attilio).  La  Materia  e  le  fonti  del  Corinto  di  Lorenzo  il 
Magnifico.  Perugia,  Unione  tipografica  cooperativa,  1904.  In-8°,  29  p. 

1010.  Singer  (H.  F.).  Der  Humanist  Jakob  Merkstetter,  1460-1512, 
Professor  der  Théologie  an  der  Mainzer  Universitàt  und  Pfarrer  zu 
St.  Emmeran.  Nach  archivai,  und  gedruckten  Zeitquellen  bearb. 
Mainz,  Druckerei  Lehrlingshaus,  1904.  In-8°,  iv-53  p.,  1  pi.  1  m. 

1011.  SoRRENTiNO  (Lucio).  Il  regno  di  Teodorico  rispetto  alla  politica 
e  al  diritto.  Napoli,  tip.  Gennaro  M.  Priore,  1904.  In-80,  29  p. 

1012.  SpADOLim  (Ern.).  Il  commercio,  le  arti  e  la  loggia  de'  mercanti 
in  Ancona  :  appunti  (1300-1700).  Portocivitanova,  tip.  G.  Gualdesi, 
1904.  In-80,  103  p.,  avec  pi.  2  1.  50 

1013.  Stamp  (J.  K.).  Three  Lectures  on  the  history  of  Ancient  Parish 
and  Abbey  Church  of  Waltham  Holy  Cross.  London,  Weekly  Teleg., 
1904.  In-S",  82  p.  1  s. 

1014.  Gli  Statuti  délia  terra  di  Morcone  dell'  anno  1381,  ora  per  la 
prima  volta  pubblicati  da  Francesco  Schupfer  su  di  un  apografo  del 
secolo  XVI.  Città  di  Castello,  S.  Lapi,  1904.  In-S»,  35  p.  5  1. 

1015.  Statuto  del  secolo  xiii  del  comune  di  Ravenna,  pubblicato  di 
nuovo  con  correzioni,  indice  e  note  da  Andréa  Zoli  e  da  Silvie  Berni- 
coli.  Ravenna,  tip.  Ravegnana,  1904.  In-4o,  xiii-222  p.  (Dei  monu- 
menti  istorici  pertinent!  aile  provincie  di  Romagna,  pubblicati  a  cura 
délia  r.  deputazione  storica  romagnola,  série  I.) 

1016.  Stein  (Henri).  La  Papeterie  de  Saint-Gloud  (près  de  Paris)  au 
xiv«  siècle.  Besançon,  impr.  Jacquin,  1904.  In-S»,  8  p.  (Extrait  du 
Bibliographe  moderne.) 

1017.  Steinhausen  (Geo.).  Geschichte  der  deutschen  Kultur.  Leipzig, 
Bibliograph.  Institut,  1904.  Gr.  in-8°,  x-747  p.,  205  fig.,  22  pi.  17  m. 

1018.  Stubbs  (G.  W.).  Cambridge  and  its  story.  New  York,  Dutton, 
1904.  In-40,  24  pi.  lithogr.  8  s. 

1019.  Studer  (Jul.).  Die  Edeln  von  Landenberg.  Geschichte  e. 
AdelsgeschltechtesderOstschweiz.  Mit  1  Siegeltaf.,  2  farb.  Wappentaf. 
und  14  Textillustr.,  nebst  e.  Separat-Beilage  13  Stammbàume.  Zurich, 
Schulthess  und  Co.,  1904.  In-8",  xii-365  p.  6  m.  40. 


BIBLIOGRAPHIE.  657 

1020.  SuPiNO  (I.  Benvenuto).  Arte  pisana.  Fironze,  fratelli  Alinari, 
1904.  In-4o,  334  p.,  avec  5  pi.  et  flg. 

1021.  SuTTiNA  (Lu.).  BibliograQa  délie  opère  a  stampa  intorno  a 
Francesco  Petrarca,  esistenti  uella  biblioteca  petrarchesca  Rossettiana 
di  Trieste,  anni  1885-1904.  Quaderno  di  saggio.  Pierugia,  Unione  tipo- 
grafica  cooperativa,  1903.  In-8°,  7  p. 

1022.  Tarducgi  (Fr.).  Vita  di  s.  Francesco  d'Assisi.  Mantova, 
G.  Mondovi,  1904.  In-8°,  xx-433  p.  4  1.  50. 

1023.  Tempi  (Dai)  antichi  ai  tempi  moderni;  da  Dante  a  Leopardi 
raccolta  di  scritti  critici,  di  richerche  storiclie,  filologiche  e  letterarie 
per  le  nozze  di  Michèle  Sclierillo  con  Teresa  Negri.  Milano,  Ulrico 
Hoepli,  1904.  In-S",  xv-782  p.,  avec  portr.,  pi.  et  facs.  35  1. 

1024.  Terlizzi  (M.).  L'Ugolino  di  Dante,  studio.  Trani,  tip.  Ed.  Paga- 
nelii,  1904.  In-16,  25  p. 

1025.  Thomas  (Jules).  Épigraphie  de  l'église  Notre-Dame  de  Dijon. 
Paris,  Nourry,  1904.  In-S»,  147  p.,  2  pi.  et  grav.  hors  texte. 

1026.  Thomas  de  Celano.  St.  Francis  of  Assisi;  with  a  critical  introd. 
containing  a  description  of  every  extant  version  by  Rev.  H.  G.  Rose- 
dale  in  the  original  Latin  text.  New  Yorlc,  Dutton,  1904.  In-S»,  4  s. 

1027.  Tille  (Armin),  Krudewig  (Joh.).  Uebersicht  iib.  den  Inhalt  der 
kleinen  Archive  der  Rheinprovinz.  2.  Ed.  Bonn,  H.  Behrendt,  1904. 
In-8o,  ix-385  p.  (Publikationen  der  Gesellschaft  f.  rheinische  Geschichts- 
kunde,  XIX.)  6  m. 

1028.  Tocgo  (Fel.).  Lectura  Dantis  :  il  canto  xxxn  del  Purgatorio, 
letto  nella  sala  di  Dante  in  Orsanmichele  il  di  10  di  aprile  1902. 
Firenze,  G.  G.  Sansoni,  1903.  In-8%  53  p.  1  1. 

1029.  Tribolati  (Fel.).  Grammatica  araldica.  Nuova  edizione  con 
introduzione  ed  aggiunte  di  Goffredo  di  Grollalanza.  Milano,  Ulrico 
Hoepli,  1904.  In-16,  xi-187  p.,  avec  fig.  (Manuali  Hoepli.) 

1030.  Ueding  (Paul).  Ludwig  der  Bayer  und  die  niederrheinischen 
Stàdte.  Paderborn,  F.  Schôningh,  1904.  In-8o,  vi-55  p.  (Miinsterische 
Beitràge  zur  Geschichtsforschung,  IH.)  1  m.  40. 

1031.  Ulrich  (Jak).  Eine  spanische  Bearbeitung  des  Pseudo-Gato. 
Erlangen,  F.  Junge,  1904.  Gr.  in-8°,  p.  585-608.  (Extrait  des  Roman. 
Forschungen.)  0  m.  75. 

1032.  Urbain  IV  (les  Registres  d'),  1261-1264.  Recueil  des  bulles  de 
ce  pape,  publiées  ou  analysées  d'après  les  manuscrits  originaux  du 
Vatican  par  M.  Jean  Guiraud.  T.  III.  Paris,  Fontemoing,  190 i.  In-4o 
à  2  col.;  6«  fasc,  p.  129  à  256;  7«  fasc,  p.  257  à  376  ;  8"  fasc,  p.  377  à 
472.  (Bibliothèque  des  Écoles  françaises  d'Athènes  et  de  Rome,  2^  série.) 


658  BIBLIOGRAPHIE. 

1033.  Urbani  (Urbano).  Il  sacra  impero  romano-germanico  dalle  sue 
origiiii  alla  pubblicazioae  délia  BoUa  d'oro.  Roma,  Bernardo  Lux,  1904. 
In-So,  87  p. 

1034.  Urbar  des  St.  Martinskirche  in  Gufidaun  1433.  Hrsg.  voa 
Fr.  von  Wieser.  (Das  ist  daz  Urbarpuch  des  Herren  sand  Marstein  ze 
Gufidawn.)  Von  Hanus  Koburger.  Innsbruck,  Wagner,  1904.  In-S», 
vn-29  p.  1  m. 

1035.  Urkunden  und  Regestenbuch  des  ehemaligen  Klarissinnen- 
Klosters  in  Krummau.  Hrsg.  von  Joh.  Matthàus  Klimesch.  Prag, 
J.  G.  Calve,  1904.  In-S»,  xx-528  p.  8  m. 

1036.  Urkundenbuch  der  Stadt  Friedberg.  Hrsg.  von  G.  Frhr.  von 
der  Ropp.  1.  Bd.  1216-1410.  Bearb.  von  M.  Foltz.  (Verôffentlichungen 
der  histor.  Kommission  f.  Hessen  und  Waldeck.)  Marburg,  N.  G. 
Elwert,  1904.  G.  in-8°,  xvm-698  p.  16  m. 

1037.  Urkundenbuch  der  Stadt  Heilbronn.  1.  Bd.  Bearb.  von  Eug. 
Knupfer.  Stuttgart,  W.  Kohlhammer,  1904.  In-8°,  xiv-681  p.  (Wiirt- 
tembergische  Geschichtsquellen,  5.)  6  m. 

1038.  Urkunden-Buch  des  Stadt  Lùbeck.  Hrsg  vom  dem  Vereine  f. 
Liibeck.  Geschichte  und  Alterthumskunde.  11.  Thl.  5.  und  6.  Lfg. 
Liibeck,  Lùbcke  und  Nôhring,  1904.  Gr.  in-S»,  p.  401-600.  9  m. 

1039.  Urseau  (Gh.).  Authentiques  de  reliques  provenant  de  l'an- 
cienne abbaye  du  Ronceray.  Paris,  Impr.  nationale,  1904.  In-8o,  8  p. 
(Extrait  du  Bulletin  historique  et  philologique,  1903.) 

1040.  UvA  (Orazio  d').  Un'  erudila  del  secolo  xv  (Isotta  Nogarola)  e 
falsa  leggenda  de'  suoi  amori.  Trani,  V.  Vecchi,  1904.  ln-8°,  50  p. 

1041.  Vaccaro  Russo  (Gius.).  La  critica  moderna  e  Francesco 
Petrarca,  conferenza.  Palermo,  Salvatore  Bizzarilli,  1904.  In-16,  16  p. 

1042.  Valeri  (Fr.  M.).  Gio.  Antonio  Amadeo,  scultore  e  architetto 
lombardo  (1447-1522).  London,  A.  Owen  and  G.,  1904.  In-4°,  716  p., 
avec  illustr.  12  s. 

1043.  Van  den  Gheyn  (J.).  Catalogue  des  manuscrits  de  la  Biblio- 
thèque royale  de  Belgique.  T.  IV  :  Jurisprudence  et  philosophie. 
Bruxelles,  H.  Lamertin,  1904.  In-8°,  viii-408  p.  12  fr. 

1044.  Vander  Linden  (H.).  Rapport  sur  une  mission  aux  archives  de 
Berlin.  Analyse  de  documents  relatifs  à  l'histoire  de  Louvain  et  parti- 
culièrement à  l'histoire  de  l'église  Saint-Pierre.  Bruxelles,  P.  Weis- 
senbruch,  1904.  In-S",  231  p.  (Extrait  du  t.  LXXII,  no  4,  des  Bulletins 
de  la  Commission  royale  d'histoire  de  Belgique.) 

1045.  Venturi  (A.).  Storia  dell'  arte  italiana.  III  (L'arte  romanica). 
Milano,  Ulrico  Hoepli,  1904.  In-8o,  avec  fig. 


BIBLIOGRAPHIE.  659 

1046.  ViAL  (E.).  L'Esturgeon  du  Rhône;  la  Famille  de  Porcellet  au 
xv«  siècle;  Généalogie  de  la  maison  de  Porcellet.  Paris,  Duc  et  G'^; 
Lyon,  Brun,  1904.  In-8«,  19  p.  et  2  tableaux.  (Extrait  de  la  Revue  féli- 
bréenne,  t.  XV.) 

1047.  ViAL  (E.).  Institutions  et  coutumes  lyonnaises.  II  :  Costumes 
consulaires.  Lyon,  Brun,  1904.  In-S»,  p.  29  à  112',  avec  fig. 

1048.  Vidal  (J.-M.).  Le  Sire  de  Parthenay  et  l'Inquisition  (1323- 
1325).  Paris,  Impr.  nationale,  1904.  In-8»,  23  p.  (Extrait  du  Bulletin 
historique  et  philologique,  1903.) 

1049.  ViTAUNi  (Ortensio).  Spigolature  numismatiche.  Gamerino, 
Savini,  1903.  In-8°,  15  p. 

1050.  VoLTELiNi  (Ilans  von).  Die  àltesten  Pfandleihbanken  und  Lom- 
bardenprivilegien  Tirols.  Innsbruck,  Wagner,  1904.  In-8o,  70  p. 
(Extrait  de  Beitràge  z.  Rechtsgesch.  Tirols.)  0  m.  50. 

1051 .  VossELMANN  (Ant.).  Die  reichsstàdtische  Politik  Kônig  Ruprechts 
von  der  Pfalz.  Paderborn,  F.  Schôningh,  1904.  In-8°,  vi-92  p.  (Miinste- 
rische  Beitràge  zur  Geschichtsforschung,  IV.)  2  m. 

1052.  Wàschke  (H.).  Die  Askanier  in  Anhalt.  Genealogisches  Hand- 
buch.  Dessau,  G.  Dùnnhaupt,  1904.  In-S»,  xn.l20  p.  2  m.  50. 

1053.  Wagner  (Félix).  La  Saga  de  Fridthjof  le  fort,  traduite  de  l'an- 
cien islandais,  précédée  d'une  étude  sur  la  saga  de  Fridthjof  et  accom- 
pagnée d'un  commentaire  et  d'une  notice  sur  les  rimur.  Louvain, 
Gh.  Peeters,  1904.  In-8°,  138  p.  3  fr. 

1054.  Wagner  (Pierre).  Origine  et  développement  du  chant  liturgique 
jusqu'à  la  fin  du  moyen  âge.  Traduit  de  l'allemand  par  l'abbé  Bour. 
Tournai,  Desclée,  Lefebvre  et  0'%  1904.  In-8°,  338  p. 

1055.  Weil  (Karl).  Die  Burgruine  Hohengerhausen  (Rusenschlosz 
beiBlanbeuren).  Mit  1  Lage-Pian  und  2  Ansichten  (Rekonstruktionen). 
Blanbeuren,  F.  Mangold,  1904.  In-8°,  16  p.  0  m.  50. 

1056.  Westberg  (Frdr.).  Zur  Wanderung  der  Langobarden.  Saint- 
Pétersbourg,  Leipzig,  Voss,  1904.  In-4o,  35  p.  (Extrait  des  Mémoires  de 
l'Académie  impériale  des  sciences  de  Saint-Pétersbourg.)  1  m. 

1057.  WiEGAND  (Jul.).  Stilistische  Untersuchungen  zum  Kônig 
Rother.  Breslau,  M.  und  H.  iMarcus,  1904.  In-8°,  xn-209  p.  (Germa- 
nistiche  Abhandlungen,  22.)  6  m.  40. 

1058.  WiLLiAMsoN  (G.  G.).  History  of  portrait  miniatures.  New  York, 
Macmillan,  1904.  2  vol.  in-4°,  xxix-214  p.  et  ix-211  p.  55  s. 

1059.  WiNDBERG  (Adf.).  Geschichte  der  Dôrfer  Gross-  und  Klein- 
Lûbs.  Auf  Grund  von  archivai.  Quellen  dargestellt.  Magdeburg; 
Braunschweig,  W.  Scholz,  1904.  In-8°,  145  p.  3  m. 


600  BIBLIOGRAPHIE. 

1060.  WiTTE  (Rud.).  Der  Einfluss  von  Benoît's  Roman  de  TroiR  auf 
die  altfranzôsische  Litteratur.  Gôttingen  (Vandenhoeck  und  Ruprecht), 
1904.  In-8°,  iv-102  p.  2  m.  20. 

1061.  WuLFF  (Fr.).  Petrarch  at  Vaucluse,  1337-1353.  Lund,  Gleerup, 
1904.  In-8o,  29  p.  2  kr. 

1062.  Zanutto  (Lu.).  Carlo  IV  di  Lussemburgo  e  Praiicesco  Petrarca 
a  Udine  nel  1368  :  studio  storico  con  documenti.  Udine.  D.  Del 
Bianco,  1904.  I11-8»,  81  p.  2  1.  50. 

1063.  Zanutto  (Lu.).  Il  pontefice  Bonifazio  IX  :  memorie  friulesi  sullo 
scisma  d'Occidente,  1389-1404.  Udine,  tip.  D.  Del  Bianco,  1904.  In-S», 
66  p. 

1064.  Zarifopol  (Paul).  Kritischer  Text  der  Lieder  Ricliards  de 
Fournival.  Halle,  J.  E.  Mueller,  1904.  In-8%  59  p.  0  m.  80. 

1065.  Zimmermann  (Ernst  J.).  Hanau,  Stadt  und  Land.  liullurge- 
schichte  und  Ghronik  e.  frânkiscliwetterauischen  Stadt  und  ebemal. 
Grafschaft.  Mitbesond.  Beriicksicht.  deràlteren  Zeit.  Hanau,  F.  Kônig, 
1904.  Gr.  in-8°,  iv-xx  p.,  et  p.  lxix-lxxxvi,  697-796,  340  bg.,  52  pi. 


CHRONIQUE  ET   MÉLANOES. 


NECROLOGIE. 


M.  Henri  Wallon,  secrétaire  perpétuel  de  l'Académie  des  inscrip- 
tions et  belles-lettres,  est  décédé  dans  la  nuit  du  12  au  13  novembre 
1904,  à  l'âge  de  quatre-vingt-douze  ans, 

L'École  des  chartes  doit  s'associer  tout  particulièrement  aux  hom- 
mages qui  ont  été  déjà  rendus  à  la  mémoire  de  cet  éminent  savant,  de 
ce  grand  citoyen,  de  ce  chrétien  convaincu,  de  cet  homme  d'honneur 
et  de  bien,  dont  la  longue  vie  n'a  été  qu'une  suite  ininterrompue  de 
bonnes,  belles  et  utiles  actions.  Pendant  un  demi-siècle,  de  1854  à 
1904,  M.  Wallon  a  été  membre  du  Conseil  de  perfectionnement  de 
l'École  ;  il  en  a  suivi  les  travaux  avec  l'assiduité  la  plus  exemplaire  et 
la  plus  sympathique.  Quinze  jours  avant  sa  mort,  il  assistait  encore  à 
la  séance  dans  laquelle  étaient  arrêtées  les  mesures  à  prendre  pour  les 
examens  d'entrée  à  l'École.  Il  ne  laissa  jamais  passer  une  occasion  de 
veiller  aux  intérêts  des  archivistes  paléographes;  il  aimait  à  encourager 
leurs  travaux;  il  les  patronait  à  l'Académie  des  inscriptions.  A  l'As- 
semblée nationale  et  au  Sénat,  il  a  toujours  soutenu  leurs  revendica- 
tions et  défendu  leurs  droits.  Sa  bienveillance  s'étendait  à  tous  les 
membres  de  notre  Société. 

C'est  pour  nous  un  devoir  de  reproduire  les  lignes  émues  dans 
lesquelles  M.  Louis  Havet,  président  de  l'Académie  des  inscriptions 
et  belles-lettres,  a  rappelé,  dans  la  séance  publique  annuelle  du 
18  novembre,  les  traits  essentiels  du  noble  caractère  de  M.  Wallon  : 

«  L'Académie  des  inscriptions  vient  de  faire  une  de  ces  pertes  qui 
marquent  une  date.  Depuis  près  de  trente-deux  ans  elle  avait  pour 
secrétaire  perpétuel  un  vieillard  d'une  rare  verdeur  physique  et  morale, 
qui  a  trouvé  tout  simple  de  gagner  à  soixante-six  ans  une  médaille  de 
sauvetage,  qui  a  dépensé  sa  longue  vie  dans  une  activité  toujours  calme 
et  toujours  égale,  qui,  il  y  a  quelques  mois,  —  à  l'instar  du  vieux 
Gaton,  mort  jeune  en  comparaison  de  lui,  —  entretenait  encore  le 
Sénat  des  affaires  publiques,  et  qui,  une  quinzaine  d'heures  avant  sa 
fin,  déjà  en  proie  au  mal  qui  allait  l'emporter,  donnait  le  bon  à  tirer 
du  travail  qui  sera  lu  devant  vous. 


^90i 


A3 


662  CHRONIQUE    ET  ME'lAIVGES. 

«  Nul  n'a  moins  cherché  la  notoriété  que  M.  Henri  Wallon,  et  pour- 
tant il  sera  connu  de  l'histoii'e.  En  1875,  l'Assemblée  nationale  votait 
l'amendement  qui  a  gardé  son  nom  et  qui,  du  régime  précaire  de  la 
République  française,  a  fait  un  régime  normal.  Plus  d'un  quart  de 
siècle  avant,  il  avait  collaboré  avec  Schoelcher  à  effacer  une  honte  de 
la  France.  L'esclavage  semble  loin  de  nous  par  le  nombre  des  années, 
loin  par  l'importance  des  événements  intermédiaires.  En  réalité,  il  est 
tout  proche,  puisque  le  loyal  Français  qui  vient  de  mourir  l'a  connu  en 
vigueur,  a  contribué  à  le  détruire  et  l'a  vu  disparaître,  non  avec  les 
cris  de  triomphe  d'un  jouvenceau,  mais  avec  le  contentement  sévère 
d'un  homme  déjà  mùr.  Nombre  d'êtres  humains  peuvent  se  rappeler 
encore  le  temps  où  la  loi  les  livrait  à  la  brutalité  et  à  l'outrage.  Ces 
vivants  doivent  quelque  chose  à  Henri  Wallon  ;  s'ils  l'ignorent,  nous 
devons  le  savoir  pour  eux. 

«  Dans  l'action,  M.  Wallon  a  eu  cette  originalité  de  combiner  deux 
éléments  souvent  séparés  l'un  de  l'autre,  l'esprit  chrétien  et  l'esprit  de 
1789  ;  ce  catholique  pratiquant  n'a  été  un  homme  public  que  sous  la 
seconde  République  et  sous  la  troisième.  De  cette  dualité  d'inspiration 
sont  venues,  pour  parler  le  langage  des  partis,  ses  «  contradictions 
politiques;  î  cela  veut  dire  l'indépendance  de  sa  conscience  à  l'égard 
des  pressions  amies.  Son  catholicisme  profond,  libéral,  plein  de  droi- 
ture, qui  ne  le  gênait  pas  (je  puis  témoigner  là-dessus)  pour  rester 
cordialement  fidèle  à  toutes  ses  affections  de  jeunesse,  a  fait  aussi  le 
caractère  particulier  de  son  œuvre  écrite.  Elle  comprend,  comme  celle 
d'un  laïc  du  xvii^  siècle,  des  livres  de  sujet  purement  religieux,  et 
même  dans  les  autres,  par  exemple  dans  la  célèbre  Histoire  de  Vescla- 
vage  dans  l'antiquité,  elle  reste  pénétrée  de  préoccupations  chrétiennes; 
M.  Wallon,  en  effet,  était  convaincu,  avec  la  sincérité  simple  qui  était 
le  caractère  de  toutes  ses  autres  convictions,  que  le  christianisme  est 
pour  beaucoup  dans  la  disparition  de  l'esclavage  antique. 

«  Cette  histoire  de  l'esclavage  a  pour  nous  un  intérêt  spécial,  car 
c'est  elle  qui  fit  entrer  son  auteur  dans  cette  Compagnie  dès  l'âge  de 
trente-huit  ans.  C'était  en  1850;  on  ne  s'étonnera  pas  qu'il  ait  été  le 
plus  ancien  d'entre  nous  aussi  bien  que  notre  doyen  d'âge.  Nous  avons 
eu  la  joie  de  célébrer  son  cinquantenaire  académique.  C'est  après  son 
entrée  à  l'Institut  qu'il  composa  sa  Jeanne  d'Arc,  son  Richard  11,  son 
Saitit  Louis  (je  ne  puis  que  citer  des  titres).  Le  premier  de  ses  ouvrages 
sur  la  Révolution  parut  en  1873,  l'année  même  où  il  succéda  comme 
secrétaire  perpétuel  à  Guigniaut,  qui  avait  donné  sa  démission.  Enfin, 
c'est  après  sa  nomination  en  cette  nouvelle  qualité  qu'il  fut  ministre 
de  l'Instruction  publique  et  qu'il  exerça  pendant  onze  ans  le  décanat  de 
la  Faculté  des  lettres. 

«  Admis  à  la  retraite  en  1887,  il  a  depuis  cette  date  appartenu  tout 
entier  au  Sénat,  où  il  occupait  depuis  douze  ans  un  siège  inamovible, 


CHRONIQUE    ET   MELANGES.  663 

et  à  l'Académie  des  inscriptions,  où  il  continuait  de  remplir  son  poste, 
perpétuel  par  définition.  Il  l'a  rempli  jusqu'à  son  dernier  souffle, 
comme  je  le  rappelais  au  début,  avec  une  régularité  et  une  conscience 
admirables  et  aussi  avec  cette  courtoisie  des  très  vieilles  gens,  dont  le 
charme  tient  peut-être  à  l'âge  qu'ils  atteignent,  peut-être  plutôt  à  la 
date  où  ils  sont  nés. 

«  M.  Henri  Wallon,  notre  vénéré  secrétaire  perpétuel,  s'est  éteint 
dans  la  nuit  du  12  au  13  novembre,  à  l'âge  de  près  de  quatre-vingt- 
douze  ans.  Il  venait  d'assister  en  ancêtre  à' des  fêtes  de  famille;  il  y 
avait  constaté  et  célébré  l'union  intime  et  parfaite  de  toute  la  descen- 
dance issue  de  son  double  mariage  ;  au  moment  même  de  fermer  ses 
yeux,  il  a  pu  rêver  que  d'autres  yeux  s'ouvriront.  » 

Dans  le  même  discours,  M.  Louis  Havet  a  rappelé  dans  les  termes 
suivants  le  souvenir  de  notre  confrère  M.  Anatole  de  Barthélémy  : 

«  M.  Anatole  de  Barthélémy,  qui  s'est  éteint  le  27  juin,  a  été 
membre  de  l'Académie  pendant  un  laps  de  dix-sept  ans,  depuis  1887. 
Vingt  d'entre  nous,  sans  compter  quelques-uns  qui  sont  morts,  ont  eu 
à  solliciter  son  suffrage.  Tous,  je  pense,  se  souviennent  d'avoir  trouvé 
chez  lui  le  même  accueil  souriant,  la  même  bonne  grâce  et,  jusqu'à 
tout  près  de  quatre-vingt-trois  ans,  presque  la  même  jeunesse.  Il  était 
aimable  jusque  dans  son  travail,  car  il  travaillait  pour  les  autres;  il 
amassait  des  notes  qui  seraient  utilisées,  disait-il  lui-même,  par  ses 
amis  et  confrères.  «  Plus  jeunes  que  moi,  »  ajoutait-il  avec  une  bonne 
humeur  charmante,  qui  était  la  récompense  de  son  abnégation.  Tel 
l'autre  sage  octogénaire,  n'enviant  aux  arrière-neveux  ni  l'ombre  de  ses 
arbres  ni  non  plus  la  lumière  du  soleil.  A  force  d'être  obligeante  et 
modeste,  l'activité  scientifique  de  Barthélémy  était  comme  dispersée; 
elle  semblait  s'éparpiller  en  articles  et  en  brochures,  et  aussi  en  lettres, 
qui  fournissaient  avec  libéralité  les  renseignements  et  les  conseils. 
Elle  allait  de  la  topographie  au  blason,  de  la  science  des  institutions 
politiques  ou  religieuses  à  celle  qui  avait  la  prédilection  de  notre  con- 
frère, la  science  des  médailles  ;  elle  allait  de  la  Bretagne  à  la  Cham- 
pagne, des  temps  mérovingiens  aux  origines  gauloises,  de  l'administra- 
tion romaine  à  la  féodalité.  Elle  était  une  pourtant,  car,  derrière  la 
diversité  des  temps  et  des  choses,  elle  savait  démêler  son  objet  cons- 
tant, l'histoire  de  la  patrie  et  des  ancêtres.  Anatole  de  Barthélémy, 
comme  Henri  Wallon,  n'a  pas  voulu  que  son  éloge  fût  prononcé  sur 
sa  tombe.  Ici  même,  il  convient  qu'un  éloge  se  réduise  à  une  rapide 
esquisse;  depuis  quelques  années,  la  mémoire  de  chacun  de  nos  morts 
est  confiée  à  l'élu  qui  lui  succède.  » 

—  Notre  confrère  M.  André  Lefèvre  est  mort  en  novembre  1904.  Les 
lecteurs  de  la  Bibliothèque  de  l'École  des  chartes  n'ont  pas  oublié  les 
recherches  qu'il  a  publiées  dans  notre  recueil  sur  les  Finances  de  la 


664  CHRONIQUE   ET   MÉLANGES. 

Champagne  aux  XI V"  et  XV^  siècles  et  sur   les  Baillis  de  la  Brie  au 
Xlll^  siècle. 

—  Notre  confrère  M.  Adrien  Arcelin  est  mort  à  Saint-Sorlin  (Saône- 
et-Loire)  le  22  décembre  dernier. 

—  Notre  confrère  M.  Bernard  Monod  est  décédé  à  Hyères  le  6  jan- 
vier 1905.  Il  n'était  âgé  que  de  vingt-six  ans.  Il  était  sorti  de  l'École  au 
mois  de  janvier  1904,  après  avoir  soutenu  une  thèse  sur  les  relations 
entre  le  saint-siège  et  le  royaume  de  France  de  1099  à  1108.  Ce  travail 
avait  été  signalé  comme  particulièrement  remarquable  à  l'attention  du 
ministre  de  l'Instruction  publique.  Un  chapitre  en  a  été  publié  en  1904 
dans  une  brochure  in-S"  intitulée  :  l'Église  et  l'État  au  XII"  siècle. 
L'élection  épiscopale  de  Beauvais,  de  1100  à  110k. 

M.  Monod  venait  d'être  nommé  membre  de  l'École  française  de 
Rome. 

—  Ont  été  nommés  élèves  de  l'^  année  à  l'École  des  chartes,  par 
arrêté  du  10  novembre  1904,  dans  l'ordre  de  mérite  suivant  : 

MM. 

1.  Rhein  (Frédéric-indré),  né  à  Paris,  le  22  octobre  1885. 

2.  Mazeran  (Geor^ei-Éraile-Marcel),  né  à  Paris,  le  26  avril  1884. 

3.  Le  Barrots  d'Orgeval  (Ga6r/e/-Marie-Joseph-Ernest),  né  à  Paris, 
le  11  juin  1879. 

4.  Boûard  de  Laforest  (Jean-Eugène-Marie-François-^iam),  né  à 
Goutras  (Gironde),  le  21  juillet  1882. 

5.  BoNDOis  (Pflu/-Martin),  né  à  Versailles  (Seine-et-Oise),  le  28  avril 
1885. 

6.  Lafond  (/ean-Marie-Joseph-Emmanuel),  né  à  Pau  (Basses-Pyré- 
nées), le  18  mars  1881. 

7.  Bassères  (Roger-François-Gaston),  né  à  Prades  (Pyrénées-Orien- 
tales), le  2  août  1884. 

8.  BuRNAND  (Eugène-iîoôeri),  né  à  Montpellier  (Hérault),  le  18  février 
1882. 

9.  Salvini  (Josep/i-Louis-Marie),  né  à  Arcueil-Cachan  (Seine),  le 
26  août  1887. 

10.  Flicoteaux  (  Emmanwe/- Marie -Joseph- Emile  ) ,  né  à  Paris,  le 
2  juin  1882. 

11.  Gornevin  {Jules),  né  à  Sacy  (Yonne),  le  21  septembre  1885. 

12.  Ruinaut  (3u\eè-Joseph),  né  à  Gastaudet  (Landes),  le  15  novembre 
1884. 

13.  Lango  (Augustin-Marie-Pasca/),  né  au  Palais  (Morbihan),  le 
12  avril  1879. 

14.  Lardé  (Geor^es-Louis-Fernand),  né  à  Paris,  le  10  avril  1881. 


CHRONIQUE    ET   MELANGES.  66o 

15.  GuiTARD  {Eiigène-Èm'ûe-Èiïenne),  né  à  Toulouse  (Haute-Garonne), 
le  26  décembre  1884. 

16.  IsNARD  (£în^7e-Marie-Noël),  né  à  Digne  (Basses-Alpes),  le  1"  jan- 
vier 1883. 

17.  LoNGLE  {Maurice-Rector),  né  à  Saint-Quentin  (Aisne),  le  21  dé- 
cembre 1879. 

18.  GouTARD  (Pterre-Clovis-Albert),  né  au  Mans  (Sarthe),  le  6  avril 
1884. 

19.  Zangroniz  (Joseph-Charles-ifamon),  né  à  Bordeaux  (Gironde),  le 
3  février  1883. 

20.  Leguay  (PJerre-Marie-Joseph),  né  à  Chablis  (Yonne),  le  8  sep- 
tembre 1885. 

—  Les  thèses  déposées  par  les  élèves  de  l'École  des  chartes  pour  être 
soutenues  à  la  fin  du  mois  de  janvier  portent  sur  les  sujets  suivants  : 

Balencie.  Le  Procès  de  Bigorre  et  les  Débita  régi  Navarrse  in  comi- 
tatu  Bigorrensi. 

Gh.  DE  Beaugorps.  L'Administration  d'André  Jubert  de  Bouville, 
intendant  d'Orléans  (1694-1709). 

BouTERON.  Arnoul,  évèque  de  Lisieux  (1141-1184). 

BouTiLLiER  DU  Retail.  Catalogue  des  actes  des  évêques  et  arche- 
vêques de  Tours  (vm^-xi^  siècles). 

BusQUET.  Le  Collège  de  Fortet  à  Paris  (1394-1764). 

Celier.  Catalogue  des  actes  des  évêques  du  Mans  jusqu'à  la  fin  du 
xii«  siècle  (572-1190). 

Champion.  Vie  de  Guillaume  de  Flavy  (vers  1398-1449). 

Chassaing  de  Borredon.  Le  Collège  des  notaires  et  secrétaires  du  roi, 
principalement  depuis  1482. 

Delarue.  Lutte  de  Louis  VI  contre  la  petite  féodalité. 

Delmas.  Le  Chapitre  Saint-Germain-l'Auxerrois  de  Paris  (vii«- 
xviii^  siècles). 

L.  Jacob.  Le  Royaume  de  Bourgogne  sous  les  empereurs  franconiens 

(1038-1125). 

Le  Tonnellier.  L'Abbaye  exempte  de  Cluny  et  le  saint-siège  (910- 
fin  du  xiii«  siècle). 

Lorber.  André  Hercules  de  Fleury,  évêque  de  Fréjus  et  précepteur 
de  Louis  XV  (1653-1725). 

Malleray  du  Gluzeau  d'Échérag.  La  Jeunesse  de  Ch.-L.-Aug.  Fouc- 
quet,  comte,  puis  maréchal  de  Belle-Isle  (1684-1726). 

Pressag.  Formation  territoriale  du  village  édifié  sur  la  butte  Mont- 
martre et  les  environs  immédiats. 

Henri  Prost.  Les  États  du  comté  de  Bourgogne  des  origines  à  1477. 

Rohmer.  L'Abbaye  bénédictine  de  Notre-Dame  aux  Nonnains  de 
Troyes,  des  origines  à  l'année  1519. 


666  CHRONIQUE    ET    MELANGES. 

—  Le  30  décembre  1904,  notre  confrère  M.  Thomas  a  été  élu  par 
l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres  membre  du  Conseil  de  per- 
fectionnement de  l'École  des  chartes. 

—  Notre  confrère  M.  le  comte  François  Delaborde,  en  ouvrant  le  cours 
des  Sources  de  l'histoire  de  France,  a  rappelé  dans  les  termes  suivants 
les  services  que  son  prédécesseur,  notre  regretté  confrère  M.  A.  Moli- 
nier,  a  rendus  à  l'enseignement  de  l'École  des  chartes  : 

«  Il  est  impossible,  Messieurs,  que  vous  voyiez  sans  regrets  dans 
cette  chaire  un  autre  que  celui  que  vous  y  avez  vu  l'an  dernier;  le 
maître  savant,  précis,  dévoué  que  vous  avez  perdu  ne  saurait  être  rem- 
placé; mais,  Dieu  merci!  il  n'a  pas  disparu  tout  entier.  Avant  de  suc- 
comber, il  avait  travaillé  pour  vous  de  telle  façon  que,  même  après  lui, 
c'est  encore  en  grande  partie  son  enseignement  que  vous  recevrez.  Le 
Manuel  des  sources  de  V histoire  de  France  s'impose  à  tous  ceux  qui  ont 
à  étudier  notre  histoire;  mais  à  qui  sera-t-il  plus  indispensable  qu'à 
ceux  qui  auront  l'honneur  d'occuper  cette  chaire  après  Auguste  Moli- 
nier?  Il  est  telle  partie  capitale  de  l'enseignement  des  sources,  la 
bibliographie  par  exemple,  pour  laquelle  il  suffira  presque  toujours  de 
renvoyer  à  l'œuvre  de  votre  ancien  maître.  Je  n'y  manquerai  pas  pour 
ma  part,  et,  dans  bien  d'autres  cas  encore,  ce  seront  les  résultats  de 
ses  travaux  que  je  vous  exposerai.  Sans  doute,  il  arrivera  que  j'aie  par- 
fois à  les  modifier,  mais  en  cela  je  suivrai  encore  son  exemple.  Il 
avait  l'esprit  trop  scientifique  pour  admettre  que  les  connaissances 
humaines  ne  se  complètent  ou  ne  se  modifient  sans  cesse.  Si  donc  il 
advient  que  je  m'écarte  de  ce  qu'il  a  pu  dire,  ce  sera  justement  pour 
mieux  me  conformer  aux  principes  de  progrès  et  de  probité  scienti- 
fiques auxquels  il  a  toujours  été  fidèle. 

a  L'enseignement  ex  cathedra  n'est  pas  le  seul  ni  toujours  le  plus  pro- 
fitable. Par  sa  vie  même,  par  ses  actes,  le  maître  forme  ses  disciples 
non  moins  que  par  ses  paroles.  Et,  sous  ce  rapport,  Molinier  nous  a 
donné  l'exemple  de  ce  qui  constitue  nos  premiers  devoirs  à  tous,  et 
surtout  à  nous  autres  chercheurs  de  vérité  :  la  loyauté  et  le  travail,  le 
travail  continu,  opiniâtre,  auquel  il  a  peut-être  sacrifié  son  existence. 
De  ce  travail,  je  n'ai  pas  à  vous  donner  les  preuves;  d'autres  voix  plus 
autorisées  que  la  mienne  les  ont  énumérées  et  assez  de  volumes  por- 
tant son  nom  vous  entourent  pour  que  vous  les  connaissiez  déjà.  Mais 
ceux  qui,  comme  moi,  ont  suivi  de  près  Molinier  sur  les  bancs  où  vous 
êtes  aujourd'hui;  ceux  qui,  comme  moi,  au  cours  d'études  à  peu  près 
parallèles,  ont  été  pendant  trente  ans  les  témoins  de  son  labeur;  ceux 
qui,  comme  moi,  —  et  ce  n'est  pas  sans  une  reconnaissance  attendrie 
que  j'évoque  ici  ces  souvenirs  personnels,  —  ont  pu  profiter  du  fruit 
de  ses  recherches  offert  avec  autant  d'abnégation  que  de  cordiale  con- 
fraternité, ceux-là  ne  peuvent  se  le  rappeler  qu'avec  un  sentiment  de 
respect  et  presque  d'admiration. 


CHRONIQUE    ET    MÉLANGES.  667 

«  Et  si  le  bonheur  voulait  que  je  pusse  ajouter  quelque  chose  à  ce 
que  vous  a  laissé  votre  maître,  sachez-le  bien,  ce  qui  m'y  aurait  fait 
parvenir,  ce  serait  le  désir  de  ne  pas  me  montrer  indigne  du  confrère 
qui  m'a  donné,  comme  à  vous,  avec  l'exemple  d'une  insatiable  éru- 
dition, celui  d'un  travail  sans  trêve.  » 

—  Les  résultats  du  concours  au  prix  Gobert  ont  été  annoncés  comme 
il  suit  par  M.  le  président  de  l'Académie  des  inscriptions  et  belles- 
lettres  : 

«  De  tous  nos  concours,  il  en  est  un  particulièrement  important  que 
l'Académie,  après  avoir  entendu  les  conclusions  préalables  d'une  com- 
mission et  l'argumentation  contradictoire  des  juges  les  plus  compétents, 
juge  elle-même  en  dernier  ressort.  C'est  le  concours  fondé  parle  baron 
Gobert.  En  exécution  de  sa  volonté,  un  prix  annuel  de  9,000  francs 
est  attribué  au  travail  sur  l'histoire  de  France  jugé  «  le  plus  savant  et 
le  plus  profond;  »  un  prix  de  1,000  francs  seulement  récompense  le 
travail  dont  le  mérite  se  rapproche  le  plus  du  premier.  L'Académie  a 
couronné  deux  ouvrages;  elle  a  donc  marqué  un  premier  rang  et  un 
second;  elle  n'a  pas  dit  que  l'un  des  deux  ouvrages  valût  neuf  fois 
moins  que  l'autre. 

«  Le  grand  prix  Gobert  a  été  décerné  cette  année  à  M.  Ferdinand 
Lot  pour  ses  Études  sur  le  règne  de  Hugues  Capet.  M.  Lot,  dit  le  rapport 
de  la  commission,  est  un  savant  dont  le  nom  est  depuis  longtemps 
connu.  Il  est  familier  avec  tout  ce  qui  a  été  publié  sur  le  x«  et  le 
xie  siècle  en  France,  en  Allemagne,  en  Angleterre.  Aucun  document 
n'a  échappé  à  ses  investigations,  et  il  est  habitué  de  longue  main  au 
maniement  des  textes.  Il  est  capable  d'étudier  aussi  bien  le  détail  que 
l'ensemble  d'un  sujet.  Il  est  doué  au  plus  haut  degré  de  l'esprit  cri- 
tique et  il  se  montre  aussi  sévère  pour  lui  que  pour  les  autres.  L'ou- 
vrage couronné,  pourtant,  prête  à  des  critiques;  la  commission  les 
emprunte  à  M.  Lot  lui-même.  Car  lui-même  avertit,  en  mettant  dans 
son  titre  le  pluriel  Études,  que  son  livre  est  une  réunion  de  disserta- 
tions. Lui-même  déclare  ne  pas  avoir  fait  la  lumière  sur  la  chronologie 
du  règne  de  Hugues  et  annonce  qu'il  lui  faudra  d'abord  fixer  la  chro- 
nologie des  lettres  de  Gerbert.  Lui-même  explique  qu'il  n'a  fait  ni  un 
portrait,  ni  une  biographie,  ni  même  l'histoire  d'un  règne.  La  commis- 
sion ajoute  pour  son  compte  un  seul  reproche  :  c'est  que  l'exigeant 
critique  a  trop  donné  au  doute  et  au  découragement.  Elle  lui  conseille 
d'oser  tout  le  possible,  et  elle  conclut  :  «  On  peut  tout  espérer  d'un 
«  savant  de  la  valeur  de  M.  Lot.  » 

«  Le  second  prix  Gobert  a  été  attribué  par  le  vote  de  l'Académie  à 
M.  Alfred  Richard,  archiviste  de  la  Vienne,  pour  son  Histoire  des  comtes 
de  Poitou,  qui  embrasse  la  période  comprise  entre  778  et  1204  et  qui 
constitue  une  œuvre  nouvelle  à  tous  égards.  M.  Richard  a  pu  jeter 


668  CHROiNIQDE    ET   MELANGES. 

quelque  lumière  sur  des  temps  obscurs,  ceux  de  la  conquête  de  l'Aqui- 
taine parles  fils  de  Pépin  le  Bref  et  de  l'administration  de  ce  pays  par 
des  officiers  impériaux  ou  royaux.  Son  récit  prend  plus  d'ampleur  avec 
l'avènement  de  Guillaume  Tête-d'Etoupe,  qui  fonda  une  dynastie  des- 
tinée à  durer  deux  siècles.  Une  partie  importante  du  second  volume  est 
consacrée  à  l'histoire,  si  intimement  liée  à  celle  de  la  France,  de  la 
comtesse  Aliéner.  La  comparaison  des  travaux  antérieurs  fait  recon- 
naître la  haute  valeur  de  l'ouvrage,  préparé  avec  un  soin  consciencieux, 
composé  avec  méthode,  plein  de  faits  nouveaux  et  de  vérités  éclaircies, 
écrit  dans  un  style  simple  et  impersonnel,  recommandable  par  la 
sagesse  et  la  modération  des  jugements.  » 

—  Les  ouvrages  de  nos  confrères  M.  le  comte  Bertrand  de  Broussil- 
lon  et  Henri  Stein,  qui  ont  obtenu  des  médailles  au  dernier  concours 
des  Antiquités  nationales,  sont  ainsi  appréciés  dans  le  rapport  que 
M.  Salomon  Reinach  a  communiqué  le  8  juillet  à  l'Académie  des  ins- 
criptions et  belles-lettres  : 

«  La  première  médaille  est  attribuée  à  M.  le  comte  Bertrand  de 
Broussillon,  auteur  d'un  ouvrage  considérable  sur  la  maison  de  Laval 
et  éditeur  de  plusieurs  cartulaires  importants.  La  Maison  de  Laval, 
formant  un  ensemble  de  cinq  volumes,  dont  le  dernier  a  paru  en  1903, 
est  une  œuvre  historique  de  grande  valeur.  Une  connaissance  appro- 
fondie des  sources,  tant  imprimées  que  manuscrites,  a  permis  à  M.  de 
Broussillon  de  restituer  en  tous  leurs  détails  les  annales  d'une  des  plus 
illustres  parmi  les  maisons  féodales  du  Maine.  On  trouve  dans  cette 
histoire  le  texte  ou  tout  au  moins  l'analyse  de  3,410  pièces,  datant  de 
1020  à  1605,  époque  à  laquelle  Laval  et  Vitré  cessèrent  d'appartenir  à 
la  famille  qui  en  portait  le  nom.  Ces  documents  ont  été  empruntés  aux 
archives  locales  et  aux  principaux  dépôts  parisiens.  M.  de  Broussillon 
a  témoigné  d'une  patience  inlassable  et  d'excellentes  qualités  de 
méthode  en  réunissant  et  en  classant  cette  masse  énorme  de  matériaux. 
Grâce  à  la  collaboration  de  M.  Paul  de  Farcy,  il  a  pu  enrichir  son 
livre  de  nombreuses  gravures,  reproduisant  des  sceaux  et  des  monu- 
ments funéraires  qui  le  recommandent  spécialement  à  l'attention  des 
archéologues.  Enfin,  un  index  très  complet  des  noms  propres  de  per- 
sonnes et  de  lieux,  dû  à  M.  Vallée  et  qui  ne  comprend  pas  moins  de 
350  colonnes  d'impression,  permet  de  s'orienter  facilement  dans  cet 
ouvrage  et  rend  ainsi  plus  accessibles  une  foule  de  documents  de  tout 
ordre,  d'un  prix  inestimable  pour  l'histoire  du  Maine,  de  la  Bretagne 
orientale,  de  l'Anjou  et  de  plusieurs  autres  provinces. 

«  Sous  le  titre  de  Cartulaire  de  l'abbaye  de  Saint-Aubin  d'Angers, 
M.  de  Broussillon  n'a  pas  seulement  reproduit  la  teneur  d'un  précieux 
recueil  d'actes  composé  vers  1175;  il  a  reconstitué,  pour  ainsi  dire,  la 
partie  plus  ancienne,  antérieure  au  début  du  xiii^  siècle,  des  archives 


CHRONIQm:    KT    MELANGES.  669 

d'un  des  plus  fameux  monastères  de  l'Anjou.  Lo  premier  tome  com- 
prend la  transcription  de  392  chartes  du  Gartulaire  de  Saint-Aubin;  le 
second  donne  le  texte  ou  l'analyse  de  554  pièces,  antérieures  à 
l'an  1200,  qui  ont  été  recueillies  dans  divers  dépôts  de  Paris  ou  de  la 
province;  enfin,  le  troisième  est  presque  entièrement  rempli  par  un 
index  très  soigné  dû  à  M.  Eugène  Lelong. 

«  A  ces  huit  volumes,  qui  ont  motivé  le  jugement  de  notre  commis- 
sion, M.  de  Broussillon  a  joint  neuf  autres  volumes  ou  brochures  qui, 
en  raison  des  millésimes  inscrits  sur  les  titres,  ne  pouvaient  être 
admis  au  présent  concours.  Il  faut  les  signaler  cependant,  car  ils 
attestent  hautement  le  zèle  de  M.  de  Broussillon  pour  tout  ce  qui  con- 
cerne l'histoire  du  Maine.  L'auteur  n'est  pas  un  inconnu  pour  nous; 
son  nom  a  déjà  figuré  avec  honneur  à  l'un  de  nos  précédents  concours, 
et  c'a  été  un  plaisir  pour  notre  commission  de  pouvoir  enfin  récompen- 
ser, par  la  distinction  la  plus  élevée  dont  elle  dispose,  une  œuvre  his- 
torique qui  conservera  un  rang  honorable  parmi  les  plus  solides  de 
notre  temps. 

«  A  la  demande  de  notre  commission,  l'Académie  a  autorisé  la 
création  d'une  quatrième  médaille  pour  reconnaître  le  mérite  de  la 
publication  de  MM.  Quesvers  et  Stein  sur  les  Inscriptions  de  l'ancien 
diocèse  de  Sens  (t.  III  et  IV).  Les  deux  premiers  volumes  de  ce  grand 
travail  ont  été  présentés  et  appréciés  comme  il  convenait  à  l'un  de  nos 
précédents  concours;  on  crut  toutefois  devoir  attendre,  pour  décerner 
une  récompense  aux  auteurs,  la  suite  de  leur  laborieuse  entreprise. 
Malheureusement,  dans  l'intervalle,  M.  Quesvers  est  mort  et  notre 
commission  doit  joindre  l'expression  de  ses  regrets  à  un  hommage 
qu'elle  eût  voulu  moins  tardif,  M.  Stein  reste  seul  pour  achever 
l'œuvre  ;  il  est  de  ceux  que  les  tâches  difficiles  n'effraient  pas.  Peu  de 
recueils  épigraphiques  ont  donné  lieu  à  autant  de  reclierches  que 
celui-là,  et  l'on  pourrait  craindre  que  MM.  Quesvers  et  Stein  ne  trou- 
vassent que  malaisément  des  imitateurs,  s'il  fallait  exiger  de  ceux-ci 
qu'ils  les  prissent  en  tous  points  pour  modèles.  Le  seul  reproche  qu'ils 
méritent,  en  effet,  c'est  de  s'être  fait  une  idée  un  peu  trop  haute  de 
leurs  devoirs  d'éditeurs.  A  propos  de  l'épitaphe  du  personnage  le  plus 
obscur,  ils  ont  procédé  à  de  longues  enquêtes  dans  les  archives  et  dans 
les  registres  d'état  civil,  reconstituant  ainsi,  au  prix  d'un  labeur 
presque  excessif,  les  généalogies  d'une  foule  de  familles  peu  connues. 
Mais  ces  généalogies,  est-il  besoin  de  le  dire,  offrent  un  intérêt  consi- 
dérable pour  l'histoire  locale,  et  l'œuvre  de  MM.  Quesvers  et  Stein  ren- 
dra des  services  inappréciables  à  de  longues  générations  de  chercheurs. 
La  compétence  des  auteurs  et  la  rigueur  de  leur  méthode  sont  à  la 
hauteur  de  leur  abnégation  scientifique.  » 

—  L'Académie  française  a  décerné  le  prix  Lambert  à  notre  confrère 
M.  Jacques  Normand. 


670  CHRONIQUE    ET    MELANGES. 

—  Le  2  décembre,  notre  confrère  M.  Thomas  a  été  élu  membre  de 
l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres. 

—  Le  27  janvier  1905,  notre  confrère  M.  Élie  Berger  a  été  élu 
membre  de  l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres. 

—  Le  23  décembre,  l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres  a 
élu  correspondant  notre  confrère  M.  Durand. 

—  Notre  confrère  M.  Henri  Omont  a  été  nommé  membre  correspon- 
dant de  l'Académie  des  sciences  de  Bavière. 

—  Par  décret  en  date  du  2  janvier  1905,  notre  confrère  M.  Bloch, 
inspecteur  général  des  bibliothèques,  a  été  nommé  chevalier  de  la 
Légion  d'honneur, 

—  A  l'occasion  des  fêtes  du  Centenaire  de  la  Société  des  Antiquaires 
de  France  ont  été  nommés  officiers  de  l'Instruction  publique  nos  con- 
frères MM.  G.  Espinas  et  J.  Tardif;  officiers  d'Académie,  nos  confrères 
J.  Delaville  Le  Roulx  et  Louis  Lasalle-Serbat. 

—  Par  arrêté  du  l"'' janvier  1905,  nos  confrères  dont  les  noms  suivent 
ont  été  nommés  : 

1°  Officiers  de  l'Instruction  publique  : 

MM.  Barroux,  archiviste  adjoint  de  la  Seine; 

Huet,  bibliothécaire  à  la  Bibliothèque  nationale; 

Viard,  archiviste  aux  Archives  nationales. 

2°  Officiers  d'Académie  : 

MM.  Bourde  de  la  Rogerie,  archiviste  du  Finistère  ; 

Deslandres,  attaché  à  la  bibliothèque  de  l'Arsenal; 

Gauthier  (Léon-Charles), archiviste  aux  Archives  nationales; 

Lanore,  archiviste  des  Hautes-Pyrénées; 

Le  Cacheux,  archiviste  aux  Archives  nationales; 

Morel,  archiviste  de  l'Ain; 

Porée,  archiviste  de  l'Yonne. 

—  Nos  confrères  MM.  Halphen  et  B.  Monod  ont  été  nommés  membres 
de  l'École  française  de  Rome;  notre  confrère  M.  Martin-Chabot  a  été 
admis  à  prolonger  d'un  an  son  séjour  à  la  même  Ecole. 

—  M.  Cagnat,  dans  le  rapport  sur  les  travaux  des  Écoles  françaises 
d'Athènes  et  de  Rome  pendant  les  années  1902-1903,  dont  lAcadémie 
des  inscriptions  et  belles-lettres  a  entendu  la  lecture  le  7  octobre  1905, 
rend  ainsi  compte  des  travaux  de  nos  confrères  MM.  Périnelle  et 
Samaran  : 

«  M.  Périnelle,  ancien  élève  de  l'École  des  chartes,  s'est  intéressé 
particulièrement  aux  documents  italiens  qui  se  rapportent  à  l'histoire 
de  Louis  XI;  il  a  consulté,  à  cet  égard,  les  archives  du  Vatican,  celles 
de  Naples,  celles  de  Sienne,  celles  de  Florence,  celles  de  Bologne,  de 


CHROîVrQnE    ET    MÉLAiVGES.  67^ 

Modène,  de  Parme  et  de  Turin.  Nous  trouverons  la  preuve  de  l'acti- 
vité de  ces  jeunes  savants  dans  les  mémoires  qui  viennent  de  nous 
arriver. 

«  Avec  M.  Samaran,  nous  quittons  l'antiquité  pour  le  moyen  âge  et 
l'Italie  pour  Avignon;  son  mémoire  de  262  pages"  traite  de  la  Politique 
et  de  l'administration  financières  des  papes  en  France  pendant  la  période 
d'Avignon  et  le  grand  schisme  d'Occident.  Malgré  quelques  réserves  à 
faire  sur  la  façon  sommaire  dont  quelques  chapitres  sont  traités  et  sur 
l'utilisation  incomplète  de  certaines  sources,  il  convient  de  reconnaître 
les  mérites  réels  et  l'utilité  d'un  tel  travail  d'ensemble,  le  premier  qui 
ait  été  exécuté  sur  le  sujet  par  un  érudit  français  et  au  point  de  vue 
français.  Après  les  mémoires  publiés  en  Allemagne  ou  en  Belgique, 
après  ceux  qui  intéressaient  seulement  quelques  provinces  françaises, 
il  restait  à  dresser,  pour  toute  la  France,  un  tableau  complet  de  la  fis- 
calité papale  au  xvi^  siècle.  Cette  question  présentait  d'autant  plus  d'in- 
térêt qu'aucun  pays  d'Europe  n'a  fourni  autant  de  ressources  que  la 
France  à  la  papauté  d'Avignon,  si  riche  et  si  besogneuse.  Or,  de  sem- 
blables recherches  ne  pouvaient  être  menées  à  bien  qu'à  Rome.  En 
dehors  des  documents  pontificaux  publiés  surtout  par  les  membres  de 
l'École  française  et  par  les  chapelains  de  Saint-Louis-des-Français,  les 
éléments  de°  cette  vaste  enquête  se  trouvent  en  majeure  partie  dans  les 
très  nombreux  registres  des  archives  camérales.  M.  Samaran  n'a  peut- 
être  pas  pu  les  dépouiller  tous  minutieusement;  mais  il  les  a  interrogés 
avec  patience  et  sagacité  et  il  en  a  extrait  une  multitude  de  renseigne- 
ments qui,  bien  coordonnés,  l'ont  conduit  à  des  résultats  tout  à  fait 
intéressants. 

«  Le  mémoire  se  termine  par  une  liste  de  tous  les  fonctionnaires  qui 
se  sont  succédé  au  xiv<^  siècle  dans  les  emplois  de  l'administration 
financière  du  saint-siège.  A  cette  nomenclature  s'ajoutent  vingt-neuf 
pièces  justificatives  heureusement  choisies  et  soigneusement  trans- 
crites. 

«  M.  Samaran  nous  a  fait  parvenir  encore  un  autre  mémoire,  inti- 
tulé :  Correspondance  politique  du  cardinal  d'Armagnac.  On  y  trouve 
une  liste  chronologique  de  toutes  les  lettres  du  cardinal  que  l'auteur  a 
pu  découvrir  dans  les  archives  vénitiennes;  il  y  a  joint  l'indication  de 
toutes  celles  que  possèdent  les  bibliothèques  de  France,  même  de  celles 
qui  ont  déjà  été  publiées.  Le  total  de  ces  pièces,  classées  par  ordre  de 
date,  de  1536  à  1585,  dépasse  800.  M.  Samaran  ne  s'est  pas  borné  à 
en  donner  la  date  et  la  provenance,  il  a  sommairement  analysé  toutes 
celles  qui  sont  inédites.  L'ensemble  de  cette  correspondance  est  vérita- 
blement curieux  et  offre  le  plus  haut  intérêt  pour  l'histoire  du  Gomtat- 
Venaissin  et  celle  du  midi  de  la  France  en  général.  Peu  d'hommes  ont 
eu  une  vie  aussi  remplie  que  Georges  d'Armagnac  et  ont  touché  à  des 
affaires  aussi  diverses.  Notre  confrère,  M.   Picot,  qui  a  examiné  ce 


672  CHRONIQUE    ET   MELANGES. 

mémoire,  émet  le  vœu  que  le  dépouillement  fait  par  M.  Samaran 
devienne  le  point  de  départ  d'une  publication  qui  pourrait  être  faite 
dans  la  Collection  des  documents  inédits  relatifs  à  l'histoire  de  France.  Le 
texte  des  originaux  y  serait  imprimé  et  serait  suivi,  dans  la  mesure  du 
possible,  de  l'analyse  de  celles  des  réponses  qui  nous  ont  été  conser- 
vées. Il  serait  important  aussi  d'y  joindre  les  épîtres  dédicatoires  qui 
ont  été  adressées  au  cardinal  d'Armagnac  par  des  hommes  comme 
Simon  Grynaeus,  Pierre  Gilly,  Guillaume  Philandrier,  Gio.  Giusti- 
niani  et  d'autres  encore.  On  aurait  ainsi  un  tableau  complet  de  l'activité 
du  personnage.  » 

—  Le  1"  octobre  1904,  notre  confrère  M.  Rocquain,  chef  de  section 
aux  Archives  nationales,  a  été  admis  à  la  retraite. 

—  Le  17  mai  1904,  nos  confrères  MM.  Tuetey  et  Gerbaux  ont  été 
nommés  chef  et  sous-chef  de  la  section  moderne  aux  Archives  natio- 
nales. 

—  Le  24  octobre  1904,  notre  confrère  M.  de  Curzon  a  été  nommé 
sous-chef  de  la  section  historique  et  notre  confrère  M.  Bourgin  archi- 
viste aux  Archives  nationales. 

—  Par  arrêté  préfectoral  en  date  du  29  octobre  1904,  notre  confrère 
M.  Edmond  Pélissier  a  été  nommé  archiviste  de  l'Ariège. 

—  Par  arrêté  préfectoral  en  date  du  6  décembre  1904,  notre  confrère 
M.  Lanore  a  été  nommé  archiviste  des  Basses-Pyrénées. 

—  Par  arrêté  du  24  décembre,  notre  confrère  M.  Calmette  a  été 
nommé  chargé  de  cours  à  la  Faculté  des  lettres  de  l'Université  de  Dijon. 

—  Par  arrêté  du  maire  de  Toulouse,  notre  confrère  M.  Galabert, 
archiviste  du  département  de  l'Ariège,  a  été  nommé  conservateur  des 
archives  anciennes  de  la  ville  de  Toulouse. 

—  Par  arrêté  en  date  du  23  décembre  1904,  notre  confrère  M.  Ema- 
nuelli  a  été  nommé  bibhothécaire-archiviste  de  la  ville  de  Cherbourg. 

—  Notre  confrère  M.  Bonin  a  été  nommé  secrétaire  d'ambassade  de 
deuxième  classe. 

—  Notre  confrère  M.  Ferdinand  Lot  a  été  reçu  docteur  es  lettres.  Sa 
thèse  était  intitulée  :  Étude  sur  le  règne  de  Hugues  Capet  et  la  fin  du 
X^  siècle. 

—  Notre  confrère  M.  Emile  Duvernoy  a  été  reçu  docteur  es  lettres.  Il 
avait  pris  pour  sujets  de  thèse  :  le  Duc  de  Lorraine  Mathieu  /«'•  (1139- 
1176)  et  les  États  généraux  des  duchés  de  Lorraine  et  de  Bar  jusqu'à  la 
majorité  de  Charles  III  (1559). 

—  Notre  confrère  M.  Gabriel  Pérouse  a  été  reçu  docteur  es  lettres. 
Sa  thèse  avait  pour  sujet  :  le  Cardinal  Louis  Aleman,  président  du  con- 
cile de  Baie,  et  la  fin  du  grand  schisme. 


CHRONIQUE  ET  MELANGES,  673 

PROJET  DE  RÉORGANISATION  DES  ARCHIVES  DE  FRANGE. 

A  la  date  du  15  mai  1904,  la  circulaire  suivante  a  été  adressée  aux 
membres  de  la  Société  de  l'École  des  chartes  par  le  secrétaire  de  la 
Société  : 

«  Mon  cher  confrère, 

«  Conformément  à  la  décision  prise  par  la  Société  de  l'École  des 
chartes  dans  la  séance  du  7  avril  dernier,  j'ai  l'honneur  de  vous  trans- 
mettre les  vœux  exprimés  dans  nos  réunions  des  7  et  H  avril  1904  sur 
la  Proposition  de  loi  portant  réorganisation  générale  des  archives  de 
France,  déposée  sur  le  bureau  de  la  Chambre  des  députés,  le  8  février 
1904,  par  MM.  Gabriel  Deville,  Barthou,  Glémentel,  Cruppi,  Jaurès, 
Millerand,  Simyan,  députés. 

«  Titre  premier.  —  Constitution  des  archives. 

«  La  Société  se  rallie  aux  vœux  suivants,  adoptés  par  l'assemblée  des 
archivistes  français,  réunis  à  Paris  le  dimanche  10  avril  1904  : 

«  1°  Que  le  projet  de  loi  déposé  au  Sénat  par  MM.  Millaud  et  Déan- 
dréis,  au  sujet  des  minutes  de  notaires  postérieures  à  1790,  soit  voté 
aussi  promptement  que  possible  ; 

«  2°  Que  le  décret  du  29  janvier  1898  sur  le  versement  aux  Archives 
nationales  des  papiers  provenant  des  ministères  obtienne  force  de  loi, 
en  laissant  de  côté,  comme  dans  le  susdit  décret,  les  ministères  qui 
ont  des  archives  régulièrement  constituées,  inventoriées  et  ouvertes 
aux  historiens,  et  sous  la  réserve  que  la  garde  de  ces  archives  ne  soit 
confiée  qu'à  des  archivistes-paléographes. 

«  Titre  IL  —  École  nationale  professionnelle  des  ARcmviSTEs 

ET   BIBLIOTHÉCAIRES. 

«  La  Société  a  adopté  les  vœux  suivants  : 

«  1"  Que  le  nom  de  l'École  des  chartes  ne  soit  pas  modifié  <  ; 

«  2°  Que  l'enseignement  de  l'École  des  chartes  soit  développé  dans  un 
sens  professionnel,  sans  porter  atteinte  à  l'enseignement  scientifique 
général  donné  jusqu'ici  à  l'École 2; 

«  3°  Que  le  diplôme  de  licencié  es  lettres  ne  soit  exigé  ni  pour  l'entrée 
à  l'École  ni  pour  l'examen  de  sortie  3; 

«  4°  Que  les  élèves  ayant  subi  avec  succès  tous  les  examens  portent 
le  titre  d'élève  diplômé  de  l'École  des  chartes''. 

1.  Vœu  présenté  par  M.  Jules  Lair. 

2.  Vœu  présenté  par  M.  Maurice  Prou. 

3.  Vœu  présenté  par  M.  Élie  Berger. 

4.  Vœu  présenté  par  M.  Emile  Travers. 


674  CHRONIQUE  ET  MELANGES. 

«  Titre  III.  —  Personnel  des  archives. 

«  L'assemblée  des  archivistes  français  a  adopté  les  vœux  ci-dessous 
éaumérés,  auxquels  la  Société  de  l'École  des  chartes  s'est  associée  : 

«  L'assemblée,  adressant  l'expression  de  sa  gratitude  aux  membres 
du  Parlement  qui  ont  pris  l'initiative  de  la  proposition  déposée  à  la 
Chambre  tendant  à  améliorer  la  situation  du  personnel  des  archives 
et  spécialement  des  archives  départementales  ;  entièrement  favorable  au 
principe  contenu  dans  le  projet  de  loi  déposé  à  la  Chambre  qui  con- 
sacre, d'une  part,  l'incorporation  aux  Archives  nationales  et  départe- 
mentales de  toutes  les  archives  des  services  et  administrations  de  l'État, 
des  départements,  des  greffes  et  études  de  notaires,  et,  d'autre  part,  la 
nationalisation  da  personnel  des  archives  départementales;  mais  per- 
suadée que  l'adoption  de  certains  articles  du  titre  III  du  susdit  projet 
de  loi  aurait,  pour  un  grand  nombre  de  fonctionnaires  départementaux, 
des  conséquences  désastreuses  :  elle  émet  le  vœu  que  le  susdit  titre  III, 
relatif  au  personnel  des  archives,  soit  entièrement  modifié,  notamment 
en  ce  qui  concerne  le  mode  de  classification  des  postes  d'archivistes  et 
le  mode  de  répartition  en  classes  personnelles  des  archivistes  en  fonc- 
tion; elle  demande  donc  : 

«  a)  Que  le  classement  des  postes  d'archivistes  et  la  fixation  des  crédits 
à  fournir  par  chaque  département  soient  établis,  non  d'après  les  sommes 
actuellement  inscrites  aux  budgets  départementaux  pour  le  traitement 
de  l'archiviste,  mais  en  tenant  compte  de  l'importance  des  archives 
anciennes  et  modernes  et  de  la  situation  matérielle  des  départements 
(situation  à  évaluer  soit  d'après  le  nombre  des  communes,  le  chiffre  de 
la  population  et  la  valeur  du  centime  départemental,  soit  par  tout  autre 
moyen  à  déterminer); 

«  b)  Que  la  nationalisation  du  personnel  des  archives  départementales 
ne  puisse,  en  aucun  cas,  avoir  pour  résultat  de  priver  les  archivistes 
en  fonction  des  services  annexes,  départementaux  ou  communaux, 
bibliothèques,  musées,  cours  libres  ou  autres,  dont  ils  sont  chargés  ; 
elle  demande,  en  résumé,  qu'il  soit  annexé  au  projet  de  loi  déposé  à  la 
Chambre  un  double  tableau  portant  :  le  premier,  la  classification  de  tous 
les  emplois  et  postes  d'archivistes  nationaux  et  départementaux,  avec 
l'indication  pour  chaque  département  du  contingent  qu'il  aura  à  four- 
nir pour  le  traitement  de  l'archiviste;  le  deuxième,  le  nombre,  en  pour- 
centage, des  fonctionnaires  qui  seront  attribués  à  chacune  des  classes 
personnelles,  avec  l'indication  des  conditions  d'avancement  sur  place  à 
l'ancienneté. 

«  Titre  IV.  —  Inspection  générale  des  archives  et  bibliothèques. 
«  Titre  "V.  —  Direction  générale  des  archives. 
«  La  Société  n'a  émis  aucun  vœu  sur  ces  deux  titres. 


CHRONIQUE  ET  MELANGES.  -    675 

«  Titre  YI.  —  Budget  des  archives. 

«  La  Société  ne  s'est  pas  occupée  de  cette  question,  que  semble  devoir 
déterminer  un  règlement  d'administration. 

«  Enfin,  la  Société  a  émis  les  trois  vœux  suivants  : 

«  1"  Considérant  que  la  proposition  de  loi  en-question  ne  s'occupe 
d'une  façon  complète  que  du  service  des  archives,  la  Société  émet  le 
vœu  qu'une  proposition  spéciale  soit  présentée,  portant  réorganisation 
parallèle  du  service  des  bibliotiièques,  sous  la  réserve  des  droits  des 
élèves  diplômés  de  l'École  des  chartes,  pour  tout  ou  partie  des  emplois^  ; 

«  2°  Que  le  gouvernement  dépose  de  son  côté  un  projet  de  loi  sur  la 
réorganisation  des  archives  de  France,  et  charge  le  bureau  de  la  réu- 
nion de  transmettre  à  l'administration  les  vœux,  résolutions,  documents 
et  observations  présentés  au  cours  de  la  présente  assemblée  2; 

«  3°  Que  les  archivistes  adjoints  et  les  auxiliaires  du  service  des 
archives  départementales  soient  nommés  par  les  préfets,  sur  la  présen- 
tation de  l'archiviste  départemental  3. 

«  L'ensemble  de  ces  vœux  a  été  transmis  par  M.  le  Président,  après 
avis  de  la  Société,  à  notre  confrère  M.  Beauquier,  rapporteur  de  la 
Commission  de  l'administration  générale,  départementale  et  commu- 
nale, des  cultes  et  de  la  décentralisation,  chargée  de  l'examen  de  la  pro- 
position de  loi.  » 


OPINION  D'UN  SAVANT  BELGE  SUR  L'ÉCOLE  DES  CHARTES. 

A  propos  du  projet  de  réorganisation  des  archives  de  France,  publié 
à  la  page  290  du  présent  volume,  M.  Joseph  Cuvelier  a  fait  insérer  dans 
la  Revue  des  Bibliothèques  et  des  Archives  de  Belgique  (n°  de  mai-juin 
1904)  un  article  qui  a  été  reproduit  dans  la  Correspondance  historique  et 
archéologique  (n°  de  septembre  1904,  p.  254-271). 

Nous  en  détachons  ce  que  l'auteur  de  l'article  a  écrit  au  sujet  de 
l'École  des  chartes  : 

«  La  question  de  l'éducation  scientifique  des  archivistes  nous  amène  à 
dire  un  mot  de  ce  qui,  dans  le  projet  de  loi,  regarde  l'École  des  chartes. 
La  presque  totalité  des  archivistes  français  actuels  sont  sortis,  on  le 
sait,  de  cette  École.  Nous  ne  ferons  pas  à  nos  lecteurs  l'injure  de  leur 
apprendre  ce  que  c'est  que  l'École  des  chartes.  Rappelons  seulement 
que  l'on  y  est  admis  par  voie  d'examen-concours,  que  la  durée  des 
études  est  de  trois  ans  et  que  l'octroi  du  diplôme  d'archiviste-paléo- 

1.  Vœu  présenté  par  M.  Chevreux. 

2  et  3.  Ces  deux  derniers  vœux  avaient  été  adoptés  par  l'assenfiblée  générale 
des  archivistes. 


676  CHRONIQUE  ET  MELANGES. 

graphe  est  subordonné  à  la  présentation  d'une  dissertation  inaugurale. 
Les  cours  que  l'on  y  enseigne  sont  la  paléographie,  la  bibliographie 
générale  et  le  service  des  bibliothèques,  le  service  des  archives,  la  phi- 
lologie (latin  du  moyen  âge,  vieux  français,  provençal),  la  diplomatique, 
les  institutions  politiques,  administratives,  financières  et  militaires 
depuis  les  Gaulois  jusqu'en  1790.  les  sources  de  l'histoire  de  France, 
l'archéologie,  l'histoire  du  droit. 

«  A  l'enseignement  donné  dans  cette  École,  un  des  signataires  du 
projet  de  loi,  M.  Simyan,  dans  son  rapport  sur  le  budget  de  l'Instruc- 
tion publique  pour  1904,  rendit  hommage  en  ces  termes  :  «  Au  point 
«  de  vue  scientifique,  elle  occupe  une  des  premières  places  parmi  nos 
«  grands  établissements  d'enseignement  supérieur.  Ses  anciens  élèves 
«  brillent  au  premier  rang  dans  les  diverses  spécialités  auxquelles  cha- 
«  cun  d'eux  s'est  consacré,  et  c'est  la  méthode  si  rigoureuse  et  si 
0  féconde  de  l'École  des  chartes  que  doivent  suivre  ceux  qui  s'adonnent 
a  aux  études  historiques,  sous  peine  de  ne  produire  que  des  travaux 
«  médiocres.  Il  n'est  pas  une  collection  de  publications  scientifiques  qui 
«  ne  compte  d'anciens  élèves  de  l'École  des  chartes  parmi  ses  princi- 
<  paux  collaborateurs.  Il  n'est  pas  une  branche  de  l'histoire,  de  l'ar- 
«  chéologie,  de  la  philologie  qu'ils  n'aient  explorée...  » 

«  Presque  au  même  moment,  M.  Bodinier,  dans  un  amendement 
présenté  au  Sénat,  et  adopté  du  reste,  tendant  à  faire  admettre  l'équi- 
valence du  diplôme  d'archiviste-paléographe  à  celui  de  professeur  pour 
ce  qui  concerne  les  places  à  conférer  dans  l'enseignement  secondaire, 
prononça  cette  phrase  significative  :  «  Le  diplôme  d'archiviste-paléo- 
«  graphe  est  en  quelque  sorte  un  véritable  doctorat  d'histoire  de 
«  France.  » 

«  Croirait-on,  après  cela,  que  c'est  cette  même  École  des  chartes, 
dont  l'enseignement  est  prisé  si  haut,  que  les  auteurs  du  projet  de  loi 
proposent  de  transformer?  Gomment?  Ils  n'en  disent  rien,  si  nous  en 
exceptons  le  changement  de  titre,  qu'ils  proposent  de  rendre  inutile- 
ment et  dangereusement  kilométrique.  Nous  ne  parvenons  pas,  en 
effet,  à  découvrir  le  moindre  indice  de  transformation  dans  le  passage 
suivant,  —  auquel,  au  demeurant,  nous  souscrivons  entièrement,  —  où 
M.  Simyan  prétend  exposer  les  principes  qui  devraient  présider  à  la 
réforme  de  l'École  des  chartes  et  de  l'administration  des  archives  et  des 
bibhothèques  :  «  Ouvriers  d'archives  et  de  bibliothèques,  les  archi- 
((  vistes  et  les  bibliothécaires  doivent  connaître  leur  métier,  ce  qui 
«  exclut  les  incompétents;  ils  doivent  vivre  de  l'exercice  de  leur  métier, 
«  ce  qui  exclut  les  emplois  non  rétribués;  ils  doivent  être  payés  en 
«  raison  directe  de  leur  travail,  ce  qui  exige  l'application  combinée 
«  de  l'avancement  à  l'ancienneté  et  de  l'avancement  au  choix,  de 
«  l'avancement  sur  place  et  de  l'avancement  par  voie  de  mutation; 
«  enfin,  de  même  que  les  ouvriers  de  l'industrie  ne  toléreraient  jamais 


CHRONIQDE  ET   ME'lANGES.  677 

e  d'être  placés  sous  l'autorité  d'un  contremaître  incapable  de  prendre 
«  sa  place  à  l'établi  et  d'y  manier  l'outillage  du  métier,  de  même  arclii- 
«  vistes  et  bibliothécaires  ne  doivent  jamais  être  subordonnés  qu'à  des 
«  chefs  qui  soient  au  moins  leurs  égaux.  » 

«  Nous  n'étonnerons  personne  en  disant  que  la  réforme  projetée  de 
l'École  des  chartes  a  suscité  dans  le  monde  savant  un  légitime  émoi. 
C'est  d'abord  M.  Paul  Meyer,  directeur  de  l'établissement,  qui,  dans 
une  lettre  adressée  au  Siècle  du  11  mars  1904,  prend  la  défense  de  l'ins- 
titution aux  destinées  de  laquelle  il  préside  avec  tant  d'autorité.  Le 
projet  ne  dit  pas,  écrit  M.  Meyer,  en  quoi  consistera  la  réorganisation. 
«  Quant  au  changement  du  titre  en  École  nationale  professionnelle  des 
«  archivistes -bibliothécaires,  il  est  inutile.  Si  le  titre  d'École  des 
«  chartes  ne  déflnit  pas  très  bien  une  école  où  il  existe  un  cours  d'ar- 
«  chéologie  et  où  l'histoire  de  nos  institutions  est  poussée  jusqu'à  la 
«  Constitution  de  l'an  VII,  le  titre  nouveau  est  bien  long  et  un  peu 
«  étroit  pour  un  établissement  qui  n'est  pas  seulement  professionnel, 
«  mais  scientifique,  qui  ne  forme  pas  seulement  des  bibliothécaires  et 
R  des  archivistes,  mais  qui  a  donné  à  la  France  des  professeurs  pour 
«  tous  les  degrés  de  l'enseignement  et  des  fonctionnaires  d'ordres 
«  divers.  » 

«  Un  autre  savant  relève  dans  la  Correspondance  historique  et  archéo- 
logique (mars  1904,  p.  85  et  suiv.)  la  même  absence  d'indications  au 
sujet  de  la  réorganisation  de  l'École.  Lui  aussi  proteste  contre  le  chan- 
gement du  titre,  dans  lequel  il  voit  plus  qu'un  inconvénient,  un  vrai 
danger.  «  Du  jour  où  l'enseignement  donné  à  l'École  des  chartes  serait 
«  simplement  professionnel  et  où  les  connaissances  techniques  ne  s'ap- 
«  puieraient  plus  sur  une  théorie  scientifique,  les  seuls  candidats  qui  se 
«  présenteraient  seraient  des  aspirants  archivistes  ou  bibliothécaires. 
«  On  ne  voit  pas  que  des  jeunes  gens,  se  sentant  quelque  valeur  intel- 
«  lectuelle,  puissent  se  proposer  comme  idéal  de  classer  de  vieux 
«  papiers.  Car  l'érudition  n'est  pas  incompatible  avec  l'accomplisse- 
«  ment  très  consciencieux  de  la  tâche  professionnelle.  Si  nous  passions 
«  en  revue  les  archivistes  actuellement  en  place,  nous  trouverions  que 
«  ceux  qui  s'acquittent  le  mieux  de  leurs  fonctions,  qui  satisfont  tout  à 
«  la  fois  l'administration  et  le  public,  sont  aussi  ceux  qui  occupent 
«  leurs  loisirs  à  la  rédaction  d'ouvrages  historiques.  Ce  qui  suppose 
«  qu'ils  ont  appris  la  méthode  historique  et  les  connaissances  générales 
«  nécessaires  à  l'interprétation  des  documents  confiés  à  leur  garde. 
«  Admettons  que  l'École  ne  forme  que  des  archivistes,  qu'on  éloigne 
«  de  l'École  les  spéculatifs,  ceux  qui  n'ont  d'autre  désir  que  de  s'initier 
«  aux  méthodes  de  l'érudition  pour  composer  plus  tard  des  ouvrages 
«  historiques  fondés  sur  les  documents  d'archives,  voilà  qu'on  crée  une 
«  classe  de  fonctionnaires  isolés  dans  leurs  archives  et  qui  ne  trouvent 
«  plus  personne  autour  d'eux  qui  connaisse  l'objet  do  leurs  travaux.  Il 
^904  4-i 


678  CBRONIQUE  ET  MELANGES. 

ft  y  a  pour  l'avenir  des  études  historiques  un  véritable  danger  à  établir 
«  ainsi  des  cloisons  étanches.  N'est-il  pas  nécessaire  qu'il  y  ait,  à  côté 
«  des  archivistes,  des  gens  de  même  instruction  qui  utilisent  les  archives 
«  que  leurs  conservateurs  ne  sauraient  faire  connaître,  quant  au  fond, 
«  à  eux  seuls?  On  doit  souhaiter  voir  à  l'École  des  chartes  deux  caté- 
«  gories  d'étudiants,  les  uns  visant  à  remplir  une  carrière,  les  autres 
«  voulant  se  mettre  à  même  de  faire  des  études  historiques.  Ceux-ci 
«  doivent  connaître  le  maniement  des  archives,  qu'ils  ne  sauraient 
a  apprendre  qu'à  l'École  des  chartes.  » 

«  Nous  croyons  que  les  auteurs  du  projet  de  loi  seraient  sagement 
inspirés  s'ils  supprimaient  de  leur  proposition  les  articles  concernant 
la  réorganisation  de  l'École  des  chartes.  Jusqu'à  présent,  son  enseigne- 
ment a  été  en  bonnes  mains,  et  il  suffit  de  parcourir  ses  dernières 
publications  pour  s'apercevoir  que  la  direction  est  loin  d'être  fermée 
aux  idées  nouvelles  et  au  progrès. 

«  On  excusera  la  sollicitude  avec  laquelle  nous  parlons  de  l'École  des 
chartes,  que  les  archivistes,  en  Belgique  aussi,  considèrent  un  peu 
comme  leur  mère.  N'est-ce  pas  sur  le  programme  de  ses  cours  que  le 
gouvernement  belge  a  visiblement  calqué  l'examen  de  candidat-archi- 
viste? Et  la  loi  de  1890  sur  l'enseignement  supérieur  n'a-t-elle  pas 
organisé  dans  toutes  nos  universités  ce  doctorat  en  histoire,  auquel 
M.  le  sénateur  Bodinier  assimilait  l'autre  jour  le  diplôme  d'archiviste- 
paléographe?  N'est-ce  pas  grâce  à  ce  doctorat  en  histoire  que  nous  avons 
obtenu,  en  Belgique,  cette  communauté  d'origine  des  archivistes  et  des 
professeurs  d'histoire  de  l'enseignement  supérieur  et  moyen,  de  tous 
les  historiens,  euQn,  communauté  qui  existe  aujourd'hui  entre  tous  les 
diplômés  de  l'École  des  chartes  et  que  le  malencontreux  projet  de 
réforme  menace  de  faire  disparaître  ^  ? 

«  Dans  une  lettre  adressée  à  V Indépendance  belge,  le  26  août  1897,  en 
réponse  à  deux  articles  de  ce  journal  préconisant  la  création  d'une  Ecole 
des  chartes  en  Belgique,  j'ai  combattu  naguère,  pour  des  motifs  d'op- 
portunité, l'idée  de  cette  création,  en  me  basant  précisément  sur  l'exis- 
tence de  notre  doctorat  en  histoire  et  de  l'examen  de  candidat-archi- 
viste. Je  n'ai  pas  changé  d'avis  depuis  lors,  mais  sept  nouvelles  années 

1.  Il  ne  sera  pas  sans  intérêt  de  faire  connaître  sur  cette  question  l'opinion 
d'un  savant  allemand,  M.  Gerhard  Seeliger.  Recensant  l'opuscule  de  Wiegand, 
Die  WissenschafUiche  Vorbildung  des  Archivars,  le  professeur  de  Leipzig 
termine  comme  suit  :  «  Die  vvichligste  Grundlage  der  Vorbildung  von  Archi- 
varen  soll  niclit  eine  fachmœnnisch  abgegrenzte  Arciiivschule,  sondern  das  uni- 
versellere  Universilatssludium  gewaehren.  »  {Hislorische  Vierteljahrschrift, 
1900,  p.  299.)  C'est-à-dire  :  la  base  principale  de  la  formation  des  archivistes 
ne  doit  pas  être  une  école  d'  «  archivéconomie,  »  confinée  dans  un  enseigne- 
ment purement  technique,  mais  la  culture  plus  compréhensive  donnée  dans 
les  éludes  universitaires.  (Note  de  la  Rédaction  de  la  Revue  belge.) 


CHRONIQUE   ET   ME'lANGES.  679 

d'expérience  m'ont  convaincu  que,  loin  de  restreindre  cet  enseigne- 
ment, il  y  aurait  une  grande  utilité,  pour  les  archives  belges,  à  con- 
naître certaines  matières  enseignées  à  l'Ecole  des  chartes  et  qui  ne 
figurent  pas  parmi  les  cours  du  doctorat  en  histoire  ni  parmi  les 
branches  de  l'examen  de  candidat-archiviste. 

«  Tout  en  me  réservant  de  revenir  sur  cette  question,  je  ne  citerai 
aujourd'hui  que  l'histoire  du  droit  et  le  service  des  archives,  en  d'autres 
termes  ïarcliivéconomie.  Dans  un  pays  dont  la  majeure  partie  des 
archives  se  rapportent  à  des  institutions  judiciaires,  l'utilité  d'un  cours 
d'histoire  du  droit  n'a  pas  besoin  d'être  démontrée.  Mais  ce  qui  est 
plus  indispensable  encore  aux  archivistes,  c'est  un  cours  d'archivéco- 
nomie.  Le  jeune  docteur  en  histoire,  candidat-archiviste,  ignore  aujour- 
d'hui le  premier  mot  de  la  science  des  archives.  Et  cependant,  elle 
existe,  cette  science.  Voyez  les  cours  de  l'École  des  chartes,  ceux  de 
l'École  des  archivistes,  à  Marbourg;  voyez  le  traité  des  archivistes  hol- 
landais :  Handleiding  voor  het  ordenen  en  besclirijven  van  Archieven,  de 
MuUer,  Fruin  et  Feith,  que  je  ne  saurais  assez  recommander  à  mes 
collègues.  Que  de  temps  gagné,  que  de  tâtonnements  évités,  que  d'unité 
et  d'ensemble  acquis  au  point  de  vue  de  la  méthode,  si  un  enseigne- 
ment théorique  pouvait  précéder,  dans  ce  domaine  aussi,  la  pratique'! 

«  Mais  il  est  temps  de  conclure. 

«  Nous  approuvons,  sans  réserve,  toutes  les  mesures  préconisées 
pour  assurer  la  conservation  effective  des  archives  et  leur  utilisation 
scientifique.  L'exécution  de  ces  mesures  présentera  peut-être  certaines 
difficultés  auxquelles  les  auteurs,  dans  leur  hâte  de  bien  faire,  n'ont 
pas  songé,  et  le  règlement  d'administration  qui  doit  fixer  les  formes 
d'application  de  la  loi  ne  sera  pas  d'une  élaboration  facile.  Mais  leurs 
intentions  sont  incontestablement  excellentes  et,  avec  de  la  patience 
d'un  côté  et  de  la  bonne  volonté  de  l'autre,  nous  ne  doutons  pas  qu'ils 
n'arrivent  à  bon  port.  Les  difficultés  se  présenteront  surtout  lorsqu'il 
s'agira  de  réaliser  leur  conception  de  ce  que  j'appellerais  volontiers 
«  les  plus  grandes  Archives;  »  à  cet  égard,  l'éparpillement  de  l'admi- 
nistration des  Archives  dans  les  bureaux  de  toutes  les  administrations 
de  la  France  me  parait  peu  désirable.  Si  l'échelle  des  traitements  est 
prévue,  nous  n'avons  découvert  nulle  part  les  bases  d'augmentations. 
Les  dispositions  qui  feront  des  archivistes  départementaux  des  fonc- 
tionnaires de  l'État  emporteront,  en  Belgique,  tous  les  suffrages.  Mais, 
de  grâce,  n'introduisez  pas  dans  les  dépôts  d'archives  départementales 
des  classes  différentes,  dont  le  monde  savant  serait  la  première  victime, 

1.  Le  programme  des  matières  de  la  deuxième  épreuve  du  doctorat  en  his- 
toire comprend  une  branche  au  choix  du  récipiendaire.  Ne  pourrail-on  rem- 
placer celle-ci,  pour  les  jeunes  docteurs  se  deslinanl  aux  arcliives,  par  un  cours 
obligatoi re  d'archivéconomie  ? 


680  CHRONIQUE    ET   MÉLANGES. 

et  qui  installeraient  à  demeure,  dans  la  calme  atmosphère,  qui  ne 
devrait  jamais  cesser  d'être  l'apanage  d'un  dépôt  d'archives,  l'intrigue 
et  le  triomphe  des  passions  politiques.  De  grâce  aussi  et  surtout  ne 
touchez  pas  à  l'École  des  chartes,  elle  a  trop  de  titres  à  votre  recon- 
naissance !  ï 


L'INSTITUT  HISTORIQUE  AUTRICHIEN. 

L'établissement  qui  porte  le  titre  de  K.  K.  Institut  fur  ôsterreichische 
Geschichtsforschung  date  du  11  novembre  1854.  Il  vient  de  célébrer  son 
cinquantenaire.  Le  chef  actuel,  Vorsland,  de  cette  haute  école,  le 
D"-  Emil  von  Ottenthal,  précédemment  professeur  à  l'Université  d'Inns- 
bruck,  a  publié  à  cette  occasion  une  brochure,  Festschrift,  fort  intéres- 
sante'. Il  raconte  l'histoire  de  cet  Instilut,  dont  les  chefs  ont  été  : 
Albert  Jager,  1854-1869;  Theodor  von  Sickcl,  1869-1891;  Heinrich  von 
Zeissberg,  1891-1896;  Engelbert  Mùhlbacher,  1896-1903. 

U Institut  fur  ôsterreichische  Geschichtsforschung  fut  créé  à  l'imitation 
de  l'École  des  chartes,  telle  qu'elle  avait  été  organisée  sept  ans  plus 
tôt,  en  1847;  mais  il  subit  en  1857  et  en  1874  quelques  changements 
destinés  à  rendre  son  organisation  plus  conforme  à  celle  de  l'Université 
de  Vienne.  Il  s'était  appelé  d'abord  Schule,  traduction  allemande  du  mot 
école,  et  le  premier  chef  de  cet  établissement,  le  D--  Jager,  prenait  le 
titre  de  Director.  Ses  successeurs  préférèrent  s'appeler,  en  allemand, 
Vorstand,  et  faire  prendre  à  l'établissement  le  titre  d'Institut.  Il  y  avait 
d'abord  des  Professoren  et  des  Repetitoren,  comme  à  l'École  des  chartes; 
il  n'y  a  plus  aujourd'hui  que  des  Dozenten.  Le  personnel  enseignant  se 
compose  actuellement,  outre  le  Vorstand,  de  trois  Dozenten,  MM.  Franz 
Wickhoff,  Oswald  Redlich  et  Allons  Dopsch. 

C'est  tous  les  deux  ans  que  l'Institut  ouvre  ses  portes  à  de  nouveaux 
élèves. 

L'ensemble  des  cours  dure  trois  ans,  dont  une  année  préparatoire,  k 
la  suite  de  laquelle  sont  décernées,  tous  les  deux  ans,  au  concours,  six 
bourses,  Stipendien,  dont  les  titulaires  portent  le  titre  de  Ordentliche 
Mitglieder,  «  membres  ordinaires  de  {'Institut.  »  Les  juges  du  concours 
sont  les  professeurs,  avec  adjonction  de  savants  étrangers  à  l'établis- 
sement. 

L'objet  de  l'enseignement  est  à  peu  près  le  même  qu'à  l'Ecole  des 
chartes;  seulement,  il  est  organisé  d'une  façon  un  peu  difTérente.  Deux 

1.  Bas  K.  K.  Institut  fur  ôsterreichische  Geschichtsforschung,  1854-1904. 
Festschrift  zur  Feier  des  funfzigjtihrigen  Beslandes  von  E.  v.  Ottenthal. 
Wien,  1904,  in-S",  96  p. 


CHRONIQDE  ET  MÉLANGES.  6SÎ 

cours  durent  deux  ans  :  ce  sont  celui  qui  a  pour  objet  les  sources  de 
l'histoire  d'Autriche,  première  et  troisième  années,  et  le  cours  de  diplo- 
matique, deuxième  et  troisième  années  ;  un  cours  dure  trois  ans,  celui 
d'archéologie,  ou  plus  exactement  d'histoire  de  l'art,  première,  seconde 
et  troisième  années.  La  paléographie  ne  s'enseigne  qu'en  première 
année,  l'histoire  du  gouvernement  autrichien  et  de  son  organisation  en 
seconde  année,  le  classement  des  bibliothèques  et  des  archives  en  troi- 
sième année  seulement.  Il  y  a  un  cours  de  chronologie  en  première 
année,  un  cours  de  sphragistique  et  d'art  héraldique  en  seconde  année. 
L'Institut  autrichien  ne  se  charge  d'enseigner  ni  la  langue  ni  la  littéra- 
ture allemandes  du  moyen  âge,  ni  l'histoire  du  droit  allemand  ni  le 
droit  canon;  les  élèves  sont  invités  à  aller  apprendre  ces  sciences  aux 
cours  de  l'Université,  comme  les  langues  modernes,  français,  italien, 
anglais,  langues  slaves. 

En  1878,  sur  le  conseil  du  D"-  Theodor  von  Sickel  et  à  l'exemple  des 
anciens  élèves  de  l'École  des  chartes,  d'anciens  Milglieder  de  l'Institut 
autrichien  se  formèrent  en  société  pour  publier  une  revue  :  Mittheilun- 
gen  des  Instituts  fur  ôsterreicltische  Geschichtsforschung.  La  première 
livraison  parut  en  1879,  avec  le  concours  financier  du  ministère  de 
l'Instruction  publique  ;  aujourd'hui,  le  nombre  des  volumes  annuels 
s'élève  à  vingt-cinq,  auxquels  il  faut  ajouter  sept  volumes  supplémen- 
taires. 

Notre  École  nationale  des  chartes  peut  être  fière  de  sa  fille  autri- 
chienne, qui  doit  une  grande  partie  de  ses  succès  au  D'  Theodor  von 
Sickel,  d'abord  pendant  treize  ans  comme  début  professeur  dans  cet 
établissement,  puis  directeur  pendant  vingt-deux  ans,  jusqu'à  son  trans- 
fert au  poste  de  Director  des  Istituto  austriaco  di  studi  storici,  à  Rome, 
de  1891  à  1901,  année  où  il  a  pris  sa  retraite.  Aujourd'hui  membre  de 
plusieurs  académies,  décoré  de  divers  ordres  autrichiens  et  étrangers, 
mais  fatigué,  mal  portant,  âgé  de  soixante-dix-huit  ans,  il  vit  loin  des 
bruits  du  monde,  quoique  toujours  entouré  de  ses  chers  livres,  dans  la 
petite  ville  de  Meran,  au  milieu  des  montagnes  du  Tyrol. 


L'INCENDIE  DE  LA  BIBLIOTHÈQUE  DE  TURIN. 

Diverses  publications  parues  depuis  l'insertion  de  mon  article  dans 
le  fascicule  1-3,  1904,  de  la  Bibliothèque  de  l'École  des  chartes  me  per- 
mettent de  préciser  les  indications  que  j'y  ai  données  et  d'en  ajouter 
de  nouvelles <. 

1.  Pour  compléter  ce  que  je  dis,  p.  140,  des  manuscrits  de  Bobbio,  joindre 
le  catalogue  d'O.  Seebass,  Uandschriften  von  Bobbio  in  der  Vaticana  und 


682  CHROJIIQUE    ET    MELANGES. 

Dans  la  Nuova  Antologia  du  16  juin  1904  ',  le  député  Boselli  a  publié 
un  extrait  fort  important  de  sa  relation  à  la  Chambre  italienne.  Cet 
article,  d'ailleurs  mal  composé  et  plein  de  fautes  d'impression,  donne 
un  état,  sans  doute  provisoire,  mais  utile  cependant,  des  pertes 
reconnues. 

Sur  les  quarante  et  une  sections  d'imprimés,  neuf  ont  été  atteintes 
très  fortement,  puisque,  sur  un  ensemble  de  31,511  articles,  23,711  ont 
disparu.  Cinq  sections  ont  été  particulièrement  atTectées  : 

176  sur  5,869. 

105    —  4,939. 

551    —  3,790. 

656   —  2,946. 
150   —      700  2. 


Philosophie-pédagogie. 
Polygraphie    .     .     . 
Linguistique  .     .     . 
Philologie .... 
Collection  Aldine    . 


Les  archives  de  la  bibliothèque  ont  péri 3,  ainsi  que  l'inventaire  topo- 
graphique de  B.  Peyron,  augmenté  par  Frati,  qui  contenait  l'indica- 
tion d'environ  500  manuscrits  latins,  italiens  et  français  non  catalogués-*. 

Des  4,500  manuscrits,  ce  sont  les  hébraïques,  persans,  arabes,  ita- 
liens et  français  qui  ont  le  plus  souffert,  et  davantage  encore  à  cause  de 
l'eau  qui  noya  l'incendie.  Un  certain  nombre  ont  été  recueillis,  dont 
les  marges  et  une  partie  du  texte  étaient  réduites  en  charbon,  dont  les 
feuillets  étaient  ou  recroquevillés  ou  agglutinés.  Les  laboratoires  de 
chimie  de  Turin  ont  collaboré  à  la  reconstitution  de  ceux  qu'on  aurait 
pu  considérer  comme  désormais  inutilisables  s. 

A  l'heure  actuelle,  un  assez  grand  nombre  de  manuscrits  ont  pu  être 
récupérés^.  On  trouvera  dans  la  Rivista  di  filologia  e  d'istriizione  classica, 
du  professeur  E.  Stampini,  un  inventaire  des  manuscrits  grecs  et  latins 
anciens  rédigé  par  les  érudits  Frati,  Cipolla  et  De  Sanctis'^.  Les  manus- 
crits grecs  ont  tous  été  atteints;  mais,  de  complètement  perdus,  si  l'on 

Ambrosiana,  dans  le  Centralblall  fur  Blbliothekswesen,  1896,  t.  XIII,  p.  64 
et  suiv.,  et  la  description  de  l'un  d'eux  ])ar  Cipolla,  Una  narrazione  bobbiese 
sulla  presa  di  Damietta  nel  1210,  dans  VArchivio  storico  lombardo,  série  IV, 
1904,  t.  XXXI,  p.  5  et  suiv. 

1.  P.  705-721.  Incendio  e  ricosUluzione  délia  biblioteca  di  Torino.  Sa  rela- 
tion a  été  utilisée  pour  la  chronique  de  1904  de  la  Revme  des  archives  et  biblio- 
thèques. 

2.  P.  709. 

3.  Ibid. 

4.  P.  710,  n.  1. 

5.  Sur  cette  coopération,  cf.  p.  710-711. 

6.  P.  711.  —  Franz  Cumont,  d'après  un  correspondant  de  Turin,  réduit  ce 
nombre  à  900.  {Reliquix  Taurinenses.  Extrait  du  Bull,  de  l'Acad.  royale  de 
Belgique,  classe  des  lettres...,  n°  3,  1904,  p.  82.) 

7.  Cf.  Giornale  d'ilalia,  27  mai  1904. 


CHRONIQDE    ET    MELANGES.  683 

admet  le  chiffre  de  406  '  comme  celui  des  textes  anciennement  existants  2, 
on  peut  dire  qu'il  n'y  en  a  que  la  moitié.  Le  professeur  De  Sanctis  en  a 
identiflé  176  et  espère  pouvoir  faire  ses  reconstitutions,  grâce  aux  frag- 
ments qui  subsistent.  Le  commentaire  de  Théodoret,  qui  a  déjà  échappe  . 
à  Imrendie  de  1667,  est  sauf;  mais  perdu  l'hymnaire  grec  étudie  par 
le  cardinal  Pitra  et  Krumbacher,  perdu  le  Diplomariale  grec  et  perdu 
en  grande  partie  le  psautier  du  vm"  siècle3.  Un  grand  nombre  d'auteurs 
byzantins  ont  disparu''. 

Les  manuscrits  hébreux  sont  presque  tous  brûlés  ^  Il  y  avait  au 
moins  111  manuscrits  orientaux  :  40  ont  été  retrouvés,  et  M.  Pizzi  a 
été  chargé  de  leur  reconstitution  6.  ^ 

Au  courant  de  1904  a  paru  le  catalogue  des  manuscrits  italiens,  rédige 
par  B  Peyron,  qui  avait  l'intention  de  cataloguer  tous  les  fonds  et  de 
faire  l'histoire  de  la  bibUothèque,  et  préfacé  par  G.  Frati^.  Cet  inven- 
taire, pas  absolument  complet  s,  était  imprimé  avant  l'incendie,  qui  en 
fait  un  nécrologe.  Des  2,475  manuscrits»,  en  subsistent  1,350,  identifies 
par  Gipolla,  De  Sanctis  et  G.  Frati^o.  Renier  a  préparé  un  inventaire  de 
ceux  qui  ont  été  reconnus,  à  paraître  dans  le  prochain  fascicule  du 
Giornale  délia  letteratura  italiana,  et  l'honorable  Boselli  signale  quelques- 
uns  des  manuscrits  sauves  et  des  disparus <*. 

1.  Le  correspondant  de  F.  Cumont  {loc.  cit.,  p.  82)  dit  que  le  25  janvier  1904 

on  en  comptait  425.  mi   w   p     n   n4-n5  ^ 

2  J'ai  précédemment  noté  l'iasunisance  des  catalogues.  (B.  E.  C,  p.  1^4  ua.; 
En  190'^  F.  Cumont  dressa  linventaire  des  manuscrits  d'astrologie  grecs  (publ. 
ll'u  Calai,  codé,  aslrol.  or.c,  t.  IV,  1903,  p.  3-16)  et  M  Carta,  d.rec- 
,eur  de  la  bibliothèque  de  Turin,  l'avait  même  engagé  à  refaire  dans  son  enl 
le  catalogue  des  manuscrits  grecs.  {Reliquix  tmmnenses  p  82.)  Dans  cet 
arlide,  F  Cumont  inventorie  le  manuscrit  CC  (B.  III,  H)  et  en  donne  d 
extraits  concernant  les  hérésies  byzantines  et  le  judaïsme  Les  manuscrits  de 
patrislique  grecque  ont  été  décrils  par  0.  Zuretli  dans  les  SlucU  UaUam  dt 
filologia  dassica.  (Boselli,  loc.  cil., y-  711,  n.  5.) 

3.  Boselli,  loc.  cit.,  p.  71t.  , 

4.  Krumbacher,  dans  Beilage  zur  allgem.  ZeitMug,  26  février  1904.  il  a 
copié  ou  coUationné  l'hymnaire  du  xi»  siècle.  (B.IV,  34.)  ,  ,      .  .„ 

5  Boselli,  loc.  cit.,  p.  711.  Ils  sont  au  nombre  de  169  dans  le  catalogue  de 
Pasini,  de  274  dans  celui  de  Peyron. 

^l\l'odL^mlici\la!J'exaraH  qui  in  bibliolheca  Taurinensis  Athen.'ci 
ante  (Hem    KXVI.  januarii  .M.CM.GV.  asservabantur.  Turm,  1904,  in-b  . 

8  C  Fntl,  dans  sa  préface  au  catalogue  signalé  n.  3,  p.  xvi-xvii,  indique 
les  éditions  de  manuscrits  italiens  de  Turin. 

9.  1291  dans  le  catalogue  de  Pasini. 

10.  Boselli,  loc.  cit.,  p.  713.  i..,,i,.,r„„ 
U    Loc   cit.,  p.  713,  n.  3.  M.  Boselli  pense  qu'une  des  causes  de  lacuirne- 

meni  du  feu  contre  les  manuscrits  italiens  est  qu'ils  étaient  places  entre  les 
deux  portes  d'entrée. 


684  CBRONIQUE    ET    ME'lA^GES. 

Quant  aux  manuscrits  français,  au  nombre  de  772,  selon  Pasini,  ils 
ont  été  en  grande  partie  détruits,  encore  que  certains  écrits  sur  parche- 
min aient  opposé  au  feu  une  réelle  résistance,  comme  le  Romuleon,  les 
trois  manuscrits  de  Guiron  le  Courtois*.  Yoici  quelques  renseigne- 
ments fournis  par  la  relation  de  M.  Boselli  :  Yon  de  Bordeaux  (L.  II,  14), 
dans  un  état  lamentable;  le  Roman  de  Florirnont  (L.  II,  16),  de  même; 
Brades  et  autres  poèmes  (L.  II,  14),  réduit  en  un  bloc  triangulaire;  trois 
sur  cinq  des  manuscrits  du  Roman  de  la  Rose,  en  mauvais  état;  la  moi- 
tié du  Livre  du  chevalier  errant  du  sire  de  Saluces,  aussi;  le  manuscrit 
du  Tournoijment  (L.  V,  63),  les  trois  manuscrits  de  Claude  de  Seyssel, 
perdus.  Des  Heures  de  Turin,  il  reste  à  faire  «  un  residuo  meschinis- 
simo^.  »  Les  Heures  du  duc  de  Berry  ont  été  retrouvées  sous  un  amas 
de  décombres 3.  Les  manuscrits  sur  papier,  en  général  moins  précieux, 
ont  subi  encore  plus  de  dommages;  celui  d'Ogier  le  Danois  a  été  à  peu 
près  détruit,  la  traduction  ancienne  de  Dante,  sauvée,  ainsi  que  le 
manuscrit  de  Bladin  de  Cornvalha,  provençal,  publié  par  P.  Meyer  dans 
la  Romania^,  et  qui  n'a  été  épargné  que  parce  qu'il  se  trouvait  dans  la 
section  latine.  La  Société  des  bibliophiles  français  a  fait  photographier 
récemment,  par  les  soins  du  comte  A.  de  Laborde,  les  enluminures 
remarquables  du  tome  II  de  la  Cité  de  Dieu,  qui  appartint  au  grand 
Bâtard  s. 

A  l'œuvre  de  reconstitution  des  manuscrits  abîmés,  on  doit  joindre 
celle  des  sections  décimées  des  imprimés.  En  ce  qui  concerne  la  France, 
notons  les  offres  de  l'Académie  des  sciences  morales  et  politiques 
(25  juin  1904)6  et  de  la  Société  de  l'Histoire  de  France  (2  février  1904)  7. 
Au  21  mai,  étaient  déjà  entrés  à  la  bibliothèque  de  Turin  1,301  opus- 
cules et  7,236  volumes  8,  et  il  est  probable  que  l'appel  de  l'Université 
de  Turin  sera  écouté  un  peu  partout^. 

Quant  à  la  leçon  à  tirer  de  l'événement  lui-même,  G.  Biagi  Ta  déve- 
loppée dans  sa  Rivista  délie  Diblioteche  e  degli  archivi  (février-avril  19041, 
qui,  pour  l'Italie,  donne  cette  conclusion  radicalement  pessimiste  :  «  Di 
biblioteche  al  sicuro  da  ogni  pericolo  non  ve  n'è  veramente  nessuna^o.  » 
Quelle  que  soit  la  cause  réelle  de  l'incendie  de  Turin,  —  imprudence 

1.  Ibid.,  p.  712,  n.  2. 

2.  Ibid.,  p.  712. 

3.  F.  Cuniont,  toc.  cit.,  p.  82. 

4.  Boselli,  toc.  cit.,  p.  712,  n.  2. 

5.  Annuaire-Bulletin  de  la  Société  de  l'Histoire  de  France,  1"  fasc,  1904. 
Procès-verbal  du  Comité,  2  février  1904.  Communication  de  M.  L.  Delisle. 

6.  Journal  des  Savants,  25  juin  1904,  p.  426. 

7.  Annuaire-Bulletin,  1"  fasc,  1904. 

8.  Boselli,  toc.  cit.,  p.  715. 

9.  Id.,  ibid.,  p.  714. 

10.  Joindre  son  interview,  dans  le  Giornale  d'Italia,  17  mai  1904. 


CDRONIQUE    ET    MELANGES.  685 

d'une  des  personnes  logées  à  l'Université  <  ou  erreur  fondamentale  du 
règlement  du  28  octobre  18852,  —  les  personnes  qui,  en  France,  s'inté- 
ressent à  la  bonne  administration  des  bibliothèques  devront  tirer  parti 
des  discussions  de  toute  espèce  qui,  en  Italie,  sont  nées  et  naîtront  à 

cette  occasion  3. 

'Georges  Bourgin. 


LES    ORIGINES   BYZANTINES 

DU    MONOGRAMME    CAROLINGIEN. 

M.  Wolfram,  archiviste  de  Metz,  ayant  étudié  l'influence  exercée 
par  la  civiUsation  byzantine  et  syrienne  jusque  dans  la  vallée  de  la 
Moselle,  où'  elle  parvenait  par  la  route  de  Marseille  et  de  Lyon,  a 
eu  l'occasion  de  faire  une  constatation  intéressante  au  point  de  vue 
diplomatique,  qu'il  signale  dans  la  Beilage  zur  aUgememen  Zeitung 
(qo  3-4  janvier  1905).  Dans  les  études  de  M.  Strzygowski  sur  l'Evangile 
d'Etschmiazin  se  trouve  reproduit  un  double  monogramme  du  patriarche 
Narsès  (640-661).  Ce  monogramme  est  bâti  sur  deux  croix,  portant  aux 
extrémités  de  leurs  branches  les  lettres  principales  des  mots  Nâp<7ou 
Ka6o>«oû.  On  sait  que  c'est  la  disposition  qu'affectent  également  les 
lettres  KRLS,  du  nom  de  KMiOLVS,  dans  le  monogramme  qui  rem- 
place, à  la  fin  des  diplômes  de  Charlemagne,  la  simple  croix  de  1  époque 
mérovingienne.  Il  semblerait  donc  qu'il  y  ait  là  une  imitation  d'habi- 
tudes byzantines.  M.  Wolfram  se  demande  même  s'il  ne  faut  pas  voir 
dans  l'adoption  du  monogramme  le  résultat  d'une  influence  exercée 
sur  les  usages  de  la  chancellerie  par  les  lettrés  grecs  et  syriens,  que 
Charles,  au  rapport  de  Thégan,  aurait  appelés  auprès  de  lui  pour  pro- 
céder à  la  revision  du  texte  des  Évangiles. 
Quoi  qu'il  en  soit  de  cette  dernière  hypothèse,  et  toute  réserve  faite, 

1  Boselli,  loc.  cit.,  p.  706,  écarte  cette  hypothèse. 

2  Cf  Nicolô  Anziani,  le  Soslanziali  contraddizioni  del  Regolamento  orga- 
nico  délie  RR.  Biblioteche  italiane  del  28  ottobre  1885,  causa  causale  del 
Vincendio  délia  B.  Torinese  e  minaccia  ad  altri  simili  istituU.  Itmidi  reclami 
officiali  di  Nicolà  Anziani,  oggi  Prefetio  onorario.  Firenze,  1904,  in-8"  - 
Boselli  loc.  cit.,  p.  706,  repousse  l'idée  de  la  responsabilité  adm.n.slrative. 
Pourtant,  les  réponses  de  vingt-cinq  bibliothécaires  dans  renqu,Me  Biagi 
prouvent  la  mauvaise  situation  des  bibliothèques  italiennes.  A  1  heure  ou 
Boselli  écrivait  son  rapport,  l'enquête  judiciaire  n'était  pas  encore  lerm.nee; 
on  peut  d'ailleurs  se  demander  si  elle  sera  sincère. 

3  Intervention  des  honorables  G.  del  Balzo  à  la  Chambre  (1"  février  IJai), 
Strozzi  au  Sénat  (13  mai  1904).  Travaux  de  la  Commission  de  reforme  des 
archives  et  bibliothèques  réunies  en  juin. 


686  CHRONIQUE    ET    MÉLANGES. 

s'il  y  a  lieu,  sur  l'époque  à  laquelle  aurait  été  transcrit  le  mono- 
gramme de  Narsès,  le  rapprochement  n'en  est  pas  moins  curieux.  Il  ne 
faut  pas  oublier,  d'ailleurs,  qu'il  y  a  une  dizaine  d'années  M.  Prou  avait 
signalé  l'imitation,  sur  les  monnaies  de  Gharlemagne  frappées  en  Ita- 
lie, «  du  monogramme  cruciforme  du  nom  impérial,  figurant  dans  le 
champ  de  certaines  monnaies  impériales,  qui,  sans  doute,  avaient  cours 
dans  la  péninsule  »  (Catalogue  des  monnaies  carolingie7ines  de  la  Biblio- 
thèque nationale,  introduction,  p.  ix),  et  dont  l'une  est  de  Justinien  l^"" 
(527-565),  c'est-à-dire  d'un  siècle  antérieure  à  l'exemple  fourni  par 
M.  Wolfram.  R.  P. 


CHARTE  DE  L'ÉVÈQUE  PIERRE  LOMBARD 

POUR   LES   CHANOINES   DE    SAINT-CLOUD. 

A  une  vente  de  lettres  autographes  et  de  documents  historiques,  faite 
à  Paris  le  24  novembre,  a  figuré  sous  le  n"  128  une  petite  charte  de 
Pierre  Lombard,  évêque  de  Paris,  pour  les  chanoines  de  Saint-Gloud. 
Elle  a  dû  être  munie  d'un  sceau  applique  sur  double  queue  de  parche- 
min, et  c'est  à  ce  sceau  que  paraissent  faire  allusion  les  mots  karadere 
met  nominis  subter  confinno. 

«  Ego  Petrus,  Parisiensis  episcopus,  sciens  operarium  dignum  esse 
mercede  sua  et  debere  agricolam  de  fructu  suo  comedere,  canonicis 
Sancti  Glodoaldi  ibidem  mansionariis  quedam  que  appellant  stationes 
et  visitationum  et  defunctorum  karitates,  et  omnes  minutos  casuales 
exitus,  concedo  et  dono.  Preterea  xl  solidos  et  x  modios  vini  etxvi  sex- 
tarios  frumenti,  que  omnia  confirmaverat  eis  predecessor  meus  Theo- 
baudus,  ad  usum  eorum  qui  his  tribus  horis,  scilicet  matutinis,  prime 
et  magne  misse,  in  quadragesima,  intéressent,  vel  istarum  tantum  dua- 
bus,  ego  ratum  habens  volo,  confirme,  insuper  addens  duos  sextarios 
frumenti,  ut  sint  x  et  viii,  et  karactere  mei  nominis  subter  confirmo.  » 


ÉLOGE    DE   JEAN,    DUC    DE   BERRI 

PAR    LE   BEAU-FILS    DE   FASTOLF. 

M.  George  F.  Warner,  conservateur  du  Département  des  manuscrits 
au  Musée  britannique,  vient  de  publier  pour  le  Roxburgh  Club,  d'après 
un  manuscrit  du  marquis  de  Bath,  la  traduction  anglaise  de  l'Épître 
d'Othéa  à  Hector,  que  Stephen  Scrope  dédia  à  son  beau-père,  le 
célèbre  sir  John  Fastolf.  Cette  publication  forme  un  élégant  volume 


CBRONIQDE    ET    MELANGES.  687 

in-4°  de  xlvii  et  128  p.,  intitulé  :  The  Epistle  of  Othea  lo  Ileclor  or  Ihe 
Boke  of  Kmjghthode,  translated  from  the  French  of  Christine  de  Pisan, 
with  a  dedication  to  sir  John  Fastolf  K.  G.,  by  Stephen  Scrope  esquire, 
edited  from  a  manuscript  in  the  Library  of  the  marquis  of  Dath,  by 
George  F.  Warner  (London,  1904).  En  tête  du  \oliime  est  reproduite  la 
miniature  qui  est  en  tête  de  l'Épître  d'Othéa,  dans  le  manuscrit  des 
CEuvres  de  Christine  de  Pisan  conservé  au  Musée  britannique  (Har- 
ley  4431)  ;  c'est  celui  qui  fut  oËfert  à  la  reine  Isabeau  de  Bavière.  L'in- 
troduction de  M.  Warner  est  fort  instructive  et  contient  de  très  inté- 
ressants détails  relatifs  à  Christine  de  Pisan,  à  Fastolf  et  à  Stephen 

Scrope. 

La  dédicace  de  la  traduction  contient  un  éloge  de  Jean,  duc  de 
Berri,  dont  nous  croyons  à  propos  de  reproduire  ici  le  texte  : 

«  And  this  seyde  boke,  at  the  instaunce  and  praer  off  a  fuUe  wyse 
gentylwoman  of  Frawnce  called  dame  Gristine,  was  compiled  and 
grounded  by  the  famous  docteurs  of  the  most  excellent  in  cierge  tho 
nobyl  Université  off  Paris,  made  to  the  fui  noble  famous  prince  and 
knyght  off  renounne  in  his  dayes,  being  called  Jon,  duke  of  Barry, 
thryd  son  to  kyng  Jon  of  Frawnce,  that  he  throwe  hys  knyghthy 
labourys,  as  welle  in  dedys  of  armes  temporell  as  spirituell  exercisyni? 
by  the  space  and  time  of  .c.  yeerys  lyvyng,  flowrid  and  rengnyd  in 
grete  worchip  and  renownne  of  chevalry.  And  in  thre  thyngges  gene- 
raly  he  exercisyd  his  knyghthy  labowris.  Thereof  oon  was  in  victo- 
ries,  dédis  of  chevalrie  and  of  armys,  in  defendyng  the  seyde  royalme 
of  Frawnce  from  his  ennerayes.  [The  second  was]  in  grete  police  usyng, 
as  of  giete  cowueseylles  and  wysdomys,  yevyng  and  executing  the 
same  for  the  conservacyon  of  justice  and  transquillite'  and  alsoo  pease 
kepyng  for  ail  the  comon  welleffare  of  that  noble  royaulme.  The 
thredde  was  in  spirytuell  and  gostby  dedys  yovyn  untoo  for  the  helthe 
and  wellfare  of  hys  soûle.  And  in  every  of  thèse  thre  thynggys  the 
seyde  prince  was  holden  fui  chevalrouse  and  swemounted  in  his 
dayes  above  ail  othir.  Wych  schewyth  welle  opynly  to  every  undcr 
stander  in  the  seyde  booke  redyng  that  it  was  made  acordyng  to  hys 
seyde  victoriens  dédis  and  actis  of  worchip  exercysing.  » 


UN  NOUVEAU  MANUSCRIT  AUTOGRAPHE  DE  BRANTÔME'. 

Au  musée  Condé,  à  Chantilly,  sous  la  cote  XX.  B.'i  15,  se  trouve 
le  manuscrit,  tout  entier  de  la  main  de  Brantôme,  du  fragment  de  la 
Vie  de  son  père,  François  de  Bourdeille,  publié  pour  la  première  fois 

1.  Voir  Bibliothèque  de  l'École  des  chartes  (1904),  t.  L.XV,  p.  5-54. 


688  CHRONIQUE   ET    MELANGES. 

dans  le  tome  XIII  de  l'édition  de  1740  et  reproduit  dans  celle  de  la 
Société  de  l'histoire  de  France,  t.  X,  p.  31-57. 

C'est  un  mince  cahier  de  18  feuillets  de  papier  in-folio,  de  même 
dimension  que  les  autres  manuscrits  autographes  de  Brantôme,  récem- 
ment acquis  pour  la  Bibliothèque  nationale.  Le  duc  d'Aumale  le  fit 
recouvrir,  en  1856,  d'une  riche  reliure  en  maroquin  citron,  et  il  a 
figuré  sur  le  livret  imprimé  en  1862  pour  la  réception  du  Fine  Arts 
Club,  à  Twickenham. 

Le  premier  feuillet  n'a  pas  reçu  d'écriture  et  porte,  au  haut  du  recto, 
dans  l'angle  gauche,  la  cote  «  N»  22  »,  qui  paraît  dater  du  xviii«  siècle. 
Il  n'y  a  pas  trace  de  l'épître  dédicatoire  adressée  par  l'auteur  à  son 
neveu  Henri  de  Bourdeille,  épître  dont  l'édition  de  1740  nous  a  con- 
servé le  texte.  Dans  le  manuscrit,  comme  dans  les  éditions,  la  biogra- 
phie commence  (p.  3)  par  les  mots  :  «  Messyre  Françoys  de  Bourdeille, 
«  vostre  grand  père,  fust  filz  de  messyre  Françoys  de  Bourdeille  et  de 
«  Hylaire  du  Fou...  »;  elle  se  termine,  comme  aussi  dans  les  éditions, 
par  une  phrase  inachevée,  au  bas  de  la  p.  33,  et,  le  verso  de  cette  page 
étant  resté  en  blanc,  tout  porte  à  croire  que  Brantôme  n'a  point  achevé 
cette  biographie. 

L'exemplaire  du  musée  Condé  parait  bien  être  celui  dont  s'est  servi 
l'éditeur  de  1740;  il  ne  contient  pas  le  paragraphe  :  «  Elle  avoit  aussy 
trois  pages  »  (éd.  Lalanne,  p.  48),  au  sujet  duquel  l'éditeur  de  1740 
ajoute  cette  observation  :  «  Ces  trois  pages...  tirées  de  six  grandes 
«  mains  de  papier,  écrites  de  la  main  de  Brantôme,  qu'on  a  perdues  à 
«  la  mort  de  Quinet,  directeur  de  l'Opéra,  vers  1712,  à  qui  on  les  avoit 
«  données  pour  faire  imprimer  la  Vie  de  Brantôme.. .^.  » 


UN  BISMARCK  DU  XIV^  SIÈCLE. 

Un  fragment  de  papier  détaché  d'une  ancienne  reliure  des  archives 
du  Rhône,  fragment  qui,  d'après  l'écriture  qui  le  couvre,  peut  être 
daté  des  environs  de  1320,  nous  apprend  que  la  succession  de  Frédéric 

1.  On  peut  rapprocher  aussi  le  passage  suivant  d'une  lettre,  écrite  de  Dijon, 
le  3  mars  1729,  par  le  président  Bouhier  à  l'abbé  Le  Clerc,  directeur  du  sémi- 
naire de  Saint- Irénée,  à  Lyon,  à  l'occasion  de  sa  réédition  de  la  Bibliothèque 
de  Richelet  (1727)  :  «  Le  marquis  [de  Bourdeille,  qui  est  ici  pour  un  procès,] 
«  m'a  dit  qu'il  avoit  eu  sa  Vie  faite  par  lui-même;  mais  elle  s'est  égarée  entre 
«  les  mains  d'une  personne  à  qui  il  l'avoit  prêtée.  Il  en  a  encore  quelques 
«  manuscrits,  entre  autres  une  Vie  de  son  frère  aine,  un  recueil  de  Rodomon- 
«  tades  espagnoles  et  quelques  autres  paperasses.  Du  reste,  j'adhère  entière- 
a  ment  au  jugement  que  vous  faites  du  bonhomme,  qui  seurement  doit  estre 
«  lu  avec  de  grandes  précautions.  »  (Bibl.  nat.,  ms.  fr.  24413,  p.  704.) 


CHRONIQUE    ET   MÉLANGES.  689 

le  Cokes,  curé  du  diocèse  d'Halberstadt,  était  mise  au  pillage.  Ses 
chevaux,  ses  bœufs,  ses  vaches,  ses  porcs,  ses  brebis,  ses  vêtements, 
ses  meubles,  ses  provisions  de  blé,  retenus  par  des  particuliers,  mettaient 
Conrad  Marquard,  clerc  du  diocèse  d'Osnabrûck,  l'exécuteur  testamen- 
taire, dans  l'impossibilité  de  délivrer  les  legs  pieux  du  défunt. 

Le  fait  n'a  rien  que  de  très  banal;  il  n'est  point  rare,  lors  de  l'ouver- 
ture d'une  succession,  de  trouver  traces  de  rapines;  mais  il  est  des 
noms  qui  forcent  l'attention. 

Au  sujet  de  cette  succession,  plainte  est  portée  contre  Nicolas  de  Bis- 
marck,  châtelain  [opidanm)  de  Stendale,  audit  diocèse  d'Halberstadt,  et 
contre  Christine  Hoghers,  sa  femme. 

G.  G. 

«  Judici  scolastico  ecclesie  Verdensi. 

«  Conquestus  est  nobis  Conradus  Marquardi,  clericus  Osnaburgensis 
diocesis,  executor  lestamenti  quondam  Frederici  dicti  li  Cokes,  rectoris 
ecclesie  in  Medestorpe,  Halberstadensis  diocesis,  quod  Hunricus  de 
Bertensleue,  qui  se  gerit  pro  rectore  dicte  ecclesie  in  Medestorpe  et 
Gunterus  de  Bertensleue,  armiger,  ejusdem  ecclesie  patronus,  Hennin- 
ghus  de  Helinghen  et  Hennebanus  dictus  Cret,  laici  dicte  Halbersta- 
densis diocesis,  super  quibusdam  equis,  bobus,  vaccis,  porcis,  ovibus, 
vestibus  laneis,  utensiliis,  bladi  quantitatibus  et  rébus  aliis  ad  dictum 
defunctum  dum  viveret,  ratione  persone  sue,  spectantibus,  quosque 
per  manus  ipsius  executoris  idem  defunctus  in  pios  usus  erogari  pre- 
cepit,  injuriantur  eidem,  propter  quod  pia  ipsius  testatoris  intencio 
defraudatur... 

«  Judici  scolastico  ecclesie  Verdensis. 

«  Conquestus  est  nobis  Conradus  Marquardi,  clericus  Osnaburgensis 
diocesis,  executor  testamenti  quondam  Frederici  dicti  li  Cokes  recto- 
ris ecclesie  in  Medestorpe,  Halberstadensis  diocesis,  quod  Nicolaus  de 
Bismarke,  opidanus  opidi  in  Ste[n]dale,  laicus,  et  Cristina  Hogeri, 
dicta  Hoghers,  laica,  uxor,  in  dicto  opido  commorans,  dicte  Albersta- 
densis  diocesis,  super  quibusdam  pecuniarum  summis  et  rébus  aliis  ad 
dictum  defunctum  dum  viveret,  racione  persone  sue,  spectantibus, 
quosque  per  manus  ipsius  executoris  idem  defunctus  in  pios  usus  ero- 
gari precepit,  injuriantur  eidem,  propter  quod  pia  ipsius  testatoris 
intencio  defraudatur...  ■» 


Erratum. 

P.  458  :  la  question  de  philologie  proposée  pour  l'examen  écrit  de  lin 
d'année  doit  être  ainsi  rétablie  :  «  Quels  sont  les  pays  où  l'on  parle 
le  ladin?  »  (et  non  :  latin). 


LISTE  DES  SOUSCRIPTEURS 


[>Ui 


BIBLIOTHEQUE  DE  L'ECOLE  DES  CHARTES 

POUR  l'année  1904. 


-<r-sG-trsa-'=>- 


Bibliothèques  et  Sociétés. 


PARIS. 


Académie  des  inscriptions  et  belles- 
lettres. 

Archives  départemcnta  les  de  la  Seine. 

Archives  nationales. 

Association  générale  des  étudiants. 

Bibliographie  de  la  France,  journal 
général  de  l'imprimerie  et  de  la 
librairie. 

Bibliothèque  de  V Arsenal. 

—  Cardinal. 

—  Mazarine. 

—  nationale  (département  des  im- 
primés). 

(département  des  manuscrits). 

—  du  Sénat. 

—  de  V Université,  à  la  Sorbonne. 

—  de  la  Ville. 
Cercle  agricole. 

Cercle  catholique  des  étudiants. 


Chambre  des  députés. 

Directeur  de  l'enseignement  supé- 
rieur, au  ministère  de  l'Instruc- 
tion publique. 

Ecole  nationale  des  chartes  (2  ex.). 

Ecole  normale  supérieure. 

École  Sainte-Geneviève. 

Études  religieuses. 

Faculté  de  droit. 

Fondation  Thiers. 

Institut  catholique. 

Ministère  de  l'Instruction  publique 
(55  ex.). 

Ministère  de  la  Marine. 

Ordre  des  avocats. 

Bévue  archéologique. 

Bévue  historiqîie. 

Séminaire  de  Saint-Sulpice. 

Société  bibliographique. 


DÉPARTEMENTS. 


Aix-en-Provence.  Bibliothèque  Mé- 

janes. 

universitaire. 

Albi.  Archives  du  Tarn. 

Alger.  Bibliothèque  universitaire. 

Amiens.  Société  des  Antiquaires  de 

Picardie. 


Arras.  Bibliothèque  de  la  Ville. 
Rayonne.  Bibliothèque  de  la  Ville. 
Resançon.  Biblioth.  universitaire. 
Réziers.  Bibliothèque  de  la  Ville. 
Rlois.  Bibliothèque  communale. 
Rordeaux.  Biblioth.  universitaire. 
RouRGES.  Bibliothèque  de  la  Ville. 


l.  Ceux  des  souscripteurs  dont  les  noms  seraient  mal  orthogi'aphiés,  les  titres 
omis  ou  inexactement  imprimés,  sont  instamment  priés  de  \ouloir  bien  adresser 
leurs  réclamalions  à  MM.  A.  PICARD  et  lils,  libraires  de  la  Société  de  l'École  des 
chartes,  rue  Bonaparte,  82,  à  Paris,  afin  que  les  mêmes  fautes  ne  puissent  se 
reproduire  dans  la  soixante- sixième  liste  de  nos  souscripteurs,  qui  sera 
publiée,  suivant  l'usage,  à  la  lin  du  prochain  volume  de  la  Bibliothèque. 


LISTE    DES    SOUSCRIPTEURS. 


69{ 


Caen.  Bibliothèque  de  f  Université. 
Gahors.  Bibliothèque  de  la  Ville. 
Gargassonne.  Archives  de  l'Aude. 
Chantilly.  Musée  Condé. 
Ghateauroux.  Archives  de  Vlndre. 
Cherbourg.  Bibliothèque  de  la  Ville. 
Clermont-Ferrand.    Archives    du 
Puy-de-Dôme. 

—  Bibliothèque  universitaire. 
Dijon.  Bibliothèque  universitaire. 
Dragoignan.  Archives  du  Var. 
Guéret.  Archives  de  la  Creuse. 
Havre  (Le).  Bibliothèque  de  la  Ville. 
La  Roche-sur- Yon.  Archives  de  la 

Vendée. 
Laval.  Bibliothèque  de  la  Ville. 
LiBOURNE.  Bibliothèque  de  la  Ville. 
Lille.  Archives  du  Nord. 

—  Biblioth.  de  l'Institut  catholique. 
universitaire. 

Lyon.  Bibliothèque  de  l'histitut  ca- 
tholique. 

universitaire. 

Mans  (Le).  Bibliothèque  de  la  Ville. 
Marseille.  Archives  municipales. 

—  Bibliothèque  de  la  Ville. 

Me  AUX.  Bibliothèque  du  grand  sé- 
minaire. 
Mende.  Archives  de  la  Lozère. 
MoNTAUBAN.  Bibliothèque  de  la  Ville. 
Montbrison.  Société  de  la  Diana. 
M.ont:peli.ikr.  BiblioUi.'universitaire. 
Moulins.  Bibliothèque  de  la  Ville. 
Nancy.  Bibliothèque  de  la  Ville. 
Nantes.  Bibliothèque  de  la  Ville. 
Nice.  Bibliothèque  de  la  Ville. 


Niort.  Archives  des  Deux-Sèvres. 
Orléans.  Bibliothèque  de  la  Ville, 

—  Grand  séminaire. 

Pau.  Bibliothèque  de  la  Ville. 
Périgueux.  Bibliothèque  de  la  Ville. 
Perpignan.  Archives  des  Pyrénées- 
Orientales'. 
Poitiers.  Bibliothèque  universitaire. 
de  la  Ville. 

—  Société  des  Antiquaires  de  l'Ouest. 
PuY  (Le).  Bibliothèque  de  la  Ville. 
QuiMPER.  Bibliothèque  de  la  Ville. 
Reims.  Bibliothèque  de  la  Ville. 
Rennes.  Bibliothèque  universitaire. 
de  la  Ville. 

Rochelle  (La).  Archives  de  la  Cha- 
rente-Inférieure. 

—  Bibliothèque  de  la  Ville. 
Rouen.  Bibliothèque  de  la  Ville. 
Saint-Brieug.   Archives  des  Côtes- 

du-Nord. 
Saintes.  Bibliothèque  de  la  Ville. 
Saint-Étienne.  Bibliothèque  de  la 

Ville. 
Saint-Omer.  Société  des  Antiquaires 

de  la  Morinie. 
SoissoNS.    Bibliothèque  communale 

de  la  Ville. 
Toulouse.  Biblioth.  universitaire. 

de  la  Ville. 

Tours.  Bibliothèque  de  la  Ville. 
Valenciennes.   Bibliothèque  de    la 

Ville. 
Vendôme.  Bibliothèque  de  la  Ville. 
Verdun.  Société  philomathique. 
Vitré.  Bibliothèque  de  la  Ville. 


ETRANGER. 


Acquafredda,  par  Lanno  (Italie). 

Les  RR.  PP.  Bénédictins. 
Appuldurcombe,     près      Wroxall 

(Angleterre).      Bénédictins      de 

France  (RR.  PP.). 
Baltimore.  Bibliothèque  Peabody. 
Barcelone.  Ateneo. 
—  Académie  des  belles-lettres. 
Baronville  (Belgique).  Bénédictins 

de  France  (RR.  PP.). 
Berlin.  Archiv  fur  Sténographie. 
Berne.  Bibliothèque  de  la  Ville. 
Boston.  Athenaeum. 
Bruxelles.    Académie    royale   des 


lettres,  des  sciences  et  des  beauX' 
arts  de  Belgique. 
Bruxelles.  Archives  générales  du 
royaume. 

—  Bollandistes  (RR.  PP.). 

—  Revue  des  Archives  et  Biblio- 
thèques de  Belgique. 

Cambridge  (États-Unis).  Université 
Harvard. 

Garlsruhe.  Commission  d'histoire 
badoise. 

Dresde.  Bibliothèque  de  la  Ville. 

EiNSiEDELN.  Bénédictins  (RR.  PP.). 

Eblangen.  Bibliothèque  de  l^ Uni- 
versité. 


092 


LISTE   DES    SOUSCRIPTEURS. 


Florence.  Archives  de  Toscane. 

—  Arcliivio  storico  italiano. 
Fribourg.  Université. 
Gênes.  Université. 

Genève.  Agence  générale  des  jour- 
naux. 
Genève.  Archives. 

—  Bibliothèque  cantonale. 

—  Société  de  lecture. 

—  Université. 

Herck  la  Ville  (Belgique).  Béné- 
dictins de  France  (RR.  PP.). 
Jersey.  Cour  royale. 
Kiev.  Bibliothèque  de  St-  Vladimir. 
Lausanne.  Bibliothèque  cantonale. 
Léopol.  Kwartalnik  historyczny . 
Lisbonne.  Bibliothèque  nationale. 
Londres.  English(the)  hist.  review. 

—  Royal  historical  Society. 
LouvAiN.  Jésuites  (RR.  PP.). 
Madrid.  Bibliothèque  nationale. 
Manchester.  The  Owens  Collège. 
Maredsous.  i?énedici»i5  (RR.  PP.). 
Milan.  Archivio  storico  lombardo. 

—  Bibliothèque  Brera. 

MoNT-GASSiN.j5éncdtci«rt5(RR.PP.). 

Ohey  (Province  de  Namur,  Bel- 
gique). Bénédictins  de  France 
(RR.  PP.). 

Palerme.  Bibliothèque  nationale. 

Philadelphie.  Université. 

PisE.  Université. 

Princeton.    American   Journal  of 

Archxology . 
Rome.  Accademia  (Reale)  dei  Lincei. 

—  Archives  du  Vatican. 

—  Bibliothèque  Victor-Emmanuel. 

—  École  française. 

—  Società  romana  di  storia  patria. 
Sofia.  Université. 

Stuttgart.  Bibliothèque  royale  pu- 
blique. 
Sumbruck.  Bibliothèque  de  la  Ville. 
Toronto.  Bibliothèque  de  la  Ville. 
Venise.  Archivio  di  Stato  de  Frari. 

—  Bibliothèque  de  Saint-Marc. 
Verres  (Italie).  Bénédictins. 
Vienne.    Académie    impériale    des 

sciences  (classe  philosophico-his- 
torique). 

—  Mittheilungen  des  Instituts  fur  ôs- 


terreichische  Geschichtsforschung . 
Vienne  Université. 
—  Vierteljahrschrift  fîlr  Social-und 

Wirtschaftgeschich  te. 
VVashington.  Université  catholique. 

MM. 

Aguilô,  à  Palma  (Majorque). 

*Alaus  (Paul),  à  Montpellier ^. 
Albon  (le  marquis  d'),  au  château 
d'Avanges  (Rhône). 

'Allemagne  (Henry  d'),  ancien 
attaché  à  la  Bibliothèque  de 
l'Arsenal,  à  Paris. 

*Anchel  (Robert),  à  Paris. 

*Anchier  (Camille),  sous-biblio- 
thécaire à  la  Bibliothèque  natio- 
nale, à  Paris. 

*  André   (Francisque),   archiviste 

honoraire  de  l'Aube,  à  Troyes. 
Appert,  à  Fiers. 

*  Abbois  de  Jubainville  (Henry  d'), 

membre  de  l'Institut,  professeur 

au  Collège  de  France,  à  Paris. 
AsHER  et  C»»,  libraires,  à  Berlin 

(13  ex.). 
*AuBERT  (Félix),  avocat,  à  Saint- 

Mandé  (Seine). 
*AuBERT  (Hippolyte),  directeur  de 

la   bibliothèque  de  Genève,  à 

Vermont,  près  Genève  (Suisse). 
*AuBRY  (l^ierre),  à  Paris. 
*AuBRY-ViTET  (Eugène),  à  Paris. 
"AuvRAY  (Lucien),   bibliothécaire 

à  la  Bibliothèque  nationale,  à 

Paris. 
Avignon,  à  Paris. 
*B.abelon   (Ernest),    membre  de 

l'Institut,    conservateur   à    la 

Bibliothèque  nationale,  à  Paris. 
Baer  et  C'",  à  Francfort  (5  ex.). 
*Baillet  (Auguste),  à  Orléans. 
Barante  (le  baron  de),  à  Paris. 

*  Barbey  (Fréd.),  à  Paris. 
*Barroux  (Marius),  archiviste  ad- 
joint de  la  Seine,  à  Paris. 

*BARTHÉLEMY(Anatole  de),  membre 
de  l'Institut,  à  Paris. 

*Batiffol  (Louis),  sous-bibliothé- 
caire à  la  Bibliothèque  natio- 
nale, à  Versailles. 


1.  Les  noms  précédés  d'un  astérisque  sont  ceux  des  membres  de  la  Société  de 
l'École  des  cbarles. 


LISTE    DES    SOUSCRIPTEURS. 


G93 


*  Baudon  DE  MoNY (Charles),  à  Paris. 
*Beaugorps  (le  vicomte  de),  à  Or- 
léans. 

*Beaurepaire  (Gliarles  de  Robil- 
LARD  de)  ,  correspondant  de  l'Ins- 
titut, archiviste  de  la  Seine-In- 
férieure, à  Rouen. 
Bellet  (Mgr),  à  Tain  (Drôme). 

*Bémont  (Charles),  directeur  ad- 
joint à  l'École  des  hautes  études, 
à  Paris. 

*Bengy-Puyvallée  (Maurice  de), 
à  Paris. 

*Berger  (Élie),  membre  de  l'Ins- 
titut, professeur  à  l'École  des 
chartes,  à  Paris. 

*Berland  (Just),  conservateur  ad- 
joint de  la  bibliothèque  de  la 
ville,  à  Besançon. 

*Berthelé  (Joseph),  archiviste  de 
l'Hérault,  à  Montpellier. 

*Berthou  (Paul  de),  à  Nantes. 

*Besnier  (Georges),  archiviste  de 
l'Eure,  à  Evreux. 

*  Bertrand  de  Broussillon  (le  comte 

Arthur),  au  Mans. 
Bessery,  à  Lavaur  (Tarn). 
BizzoNi,  libraire,  à  Pavie. 

*Bloch  (Camille),  inspecteur  gé- 
néral des  bibliothèques  et  des 
archives,  à  Paris. 
Bogca,  libraire,  à  Rome  et  à  Turin 
(3  ex.). 

*BoiNET  (A-médée),  attaché   à   la 
bibliothèque  Sainte-Geneviève, 
à  Paris. 
Boislisle(A.  Michel  de),  membre 
de  l'Institut,  à  Paris. 

*BoiSLiSLE  (Jean  Michel  de),  à 
Paris. 

*BoNNARDOT  (Frauçois),  bibUothé- 
caire  de  la  ville",  à  Verdun. 

*BoNNAT  (René),  archiviste  de  Lot- 
et-Garonne,  à  Agen. 

*BoNNAULT  d'Houét  (le  baron  de), 
au  château  d'Hailles,  par  Mo- 
reuil  (Somme). 

*BoREL  (Frédéric),  à  Paris. 

*  Bouchot    (Henri),    membre    de 

l'Académie  des  beaux-arts,  con- 
servateur adjoint  à  la  Biblio- 
thèque nationale,  à  Paris. 
Boudet  (Marcellin),  conseiller  à 
la  cour,  à  Grenoble. 

^904 


*BouGENOT  (Symphorien),  avoué,  à 
Vitré. 

*BouLENGER  (Jacques),  attaché  à 
la  bibliothèque  Sainte-Gene- 
viève, à  Paris. 

*BouRDE  DE 'la  Rogerie  (Henri), 
archiviste  du  Finistère,  à 
Quimper. 

*BouRGiN  (Georges),  archiviste  aux 
Archives  nationales,   à  Paris. 

*BouRNON  (Fernand),  à  Paris. 

*Brandin  (Louis),  à  Paris. 
Bréard  (Gh.),  à  Versailles. 

*  Broche  (Lucien),  à  Pont-à-Mous- 

son. 
Brockhaus,    libraire,   à  Leipzig 
(5  ex.). 

*  Brochet  (Max),  archiviste  de  la 

Haute-Savoie,  à  Annecy. 

*Bruel  (Alexandre),  chef  de  sec- 
tion aux  Archives  nationales, 
à  Paris. 

*Bruel  (François),  attaché  à  la 
bibliothèque  de  la  ville,  à 
Paris. 

"Brutails  (Auguste),  archiviste 
de  la  Gironde,  à  Bordeaux. 

*BucHE  (Henri),  à  Paris. 
BucHHOLz,    libraire,    à    Munich 

(2  ex.). 
Burnam,  professeur  à  l'Université 
de  Cincinnati  (États-Unis  d'A- 
mérique). 
Cabié,  à  Roqueserrière  (Haute- 
Garonne). 

*Calmette  (Joseph),  chargé  de 
cours  à  l'Université,  à  Dijon. 

*Calmettes  (Fernand),  à  Paris. 

*Gampardon  (Emile),  chef  de  sec- 
tion aux  Archives  nationales, 
à  Paris. 

*Caron  (Pierre),  archiviste  aux 
Archives  nationales,  à  Paris. 
Cartellieri,  professeur  à  l'Uni- 
versité, à  léna  (Allemagne) 

*Casati  de  Casatis  (Charles), 
conseiller  honoraire  à  la  Cour 
d'appel,  à  Paris. 

*Cauwès  (Paul),  professeur  à  la 
Faculté  de  droit  de  Paris,  à 
Versailles. 

*  Cerise  (le  baron),  à  Paris. 
*Chalandon    (Ferdinand),    ancien 

membre  de  l'École  française,  à 
Paris. 

45 


694 


LISTE    DES    SOUSCRIPTEURS. 


Chamard  (Dom),  prieur  des  Béné- 
dictins, à  Chevetogne,  par  Lei- 
gnon  (Namur),  Belgique. 
*Chambure  (Hugues  Pelletier  de), 
au    cliâteau    de    Montmartin 
(Nièvre) . 
Champion,  à  Paris. 
Chardon  (H.),  maire  de  Marolles- 

les-Braux  (Sartlie). 
Charmasse  (de),  à  Autun. 
*Chatel  (Eugène),  à  Paris. 
*Chauffier  (l'abbé),  à  Vannes. 
*Chavanon  (Jules),  à  Paris. 
Chérot,  à  Paris. 
Chevalier  (l'abbé  J.),  à  Romans 

(Drôme). 
Chevalier  (l'abbé  U.),  à  Romans 

(Drôme). 
Chevelle,  notaire,  à  Amanty,  par 
Gaudricourt  (Meuse). 
*Claudon   (Ferdinand),  archiviste 

du  Pas-de-Calais,  à  Arras. 
*Clédat  (Léon),  doyen  de  la  Fa- 
culté des  lettres,  à  Lyon. 

*  Clément  (l'abbé  Maurice),  secré- 

taire de  Mgr  l'archevêque  de 
Paris,  àParis. 
*Clouzot  (Etienne),  attaché  à  la 
bibliothèque    de    la    ville,    à 
Paris. 
*CocHiN  (Augustin),  à  Paris. 
Gochin,  à  Paris. 

Coetlosquet,  à  BaroDville  (Bel- 
gique). 

*  CoLLON    (Gaston) ,   bibhothécaire 

de  la  ville,  à  Tours. 
CoNDAMiN  (le  D""),  à  Lyon. 

*CoppiNGER  (Emmanuel),  à  Paris. 

*CoiJARD  (Emile),  archiviste  de 
Seine-et-Oise,  à  Versailles. 

*CouDERG  (Camille),  conservateur 
adjoint  à  la  Bibliothèque  natio- 
nale, à  Paris. 

*CouLON  (Auguste),  archiviste  aux 
Archives  nationales,  à  Paris. 
CouRCEL  (Georges  de),  à  Paris. 
CouRCEL  (Valentin  de),  à  Paris. 

*CouRTEAULT  (Henri),  archiviste 
aux  Arch.  nationales,  à  Paris. 

*GoussEMAKER  (F.  DE),  à  BaiUeul. 

*  CoviLLE  (Alfred),  recteur  de  l'Aca- 

démie, à  Clermont. 
*CoYECQUE  (Ernest),  sous-chef  de 
bureau  à  la  préfecture  de  la 
Seine,  à  Paris. 


*Crépy  (Georges),  à  Paris. 

*Crèvecoeur  (Lionel  de),  à  Paris. 

*Croy  (Joseph  DE),  au  château  de 
Monteaux  (Loir-et-Cher). 
CuMONT  (le  marquis  de)  ,  à  la  Rous- 
sière,    près  Coulonges  (Deux- 
Sèvres). 

*CuRZ0N  (Henri  de),  sous-chef  de 
section  aux  Archives  nationa- 
les, à  Paris. 
Daguin,  avocat,  à  Paris. 

*Dampierre  (Jacques  de),  à  Paris. 
Dansac,  à  Paris. 

*Dareste  de    la    Cha vanne    (Ro- 
dolphe), membre  de  l'Institut, 
conseiller  honoraire  à  la  Cour 
de  cassation,  à  Paris. 
Daspitde  Saint-Amand,  à  laRéole. 

*Daumet  (Georges),  archiviste  aux 
Archives  nationales,  à  Paris. 

*  Débraye    (Henri),    à    Chantilly 

(Oise). 
Déchenne    et    C'e,    libraires ,    à 
Bruxelles. 

*Delaborde  (le  comte  H. -Fran- 
çois), sous-chef  de  section  aux 
Archives  nationales,  à  Paris. 

*Delachenal  (Roland),  à  Paris. 
Delattre,  à  Wroxall(  Angleterre). 

*Delaville  Le  Roulx  (Joseph),  à 
Paris. 

*DELiSLE(L.),membrederinstitut, 
administrateur  général  de  la 
Bibliothèque  nationale,  à  Paris. 

*Demaison  (Louis),  archiviste  de 
la  ville,  à  Reims. 

*Demante  (Gabriel),  professeur  ho- 
noraire à  la  Faculté  de  droit  de 
Paris,  à  Castelnaudary. 
Demarteau,  libraire,  à  Liège. 
Denifle  (le  R.  P.),  archiviste  du 
Vatican,  à  Rome. 

*Denis  (Paul),  à  Lille. 

*  Déprez  (Eugène),  à  Paris. 

*Deprez (Michel),  conservateur  ho- 
noraire à  la  Bibliothèque  natio- 
nale, à  Paris. 

*Deslandres  (Paul),  attaché  à  la 
bibliothèque  de  l'Arsenal,  à 
Paris. 

*  Dieudonné  (Adolphe) ,  sous-biblio- 

thécaire à  la  Bibliothèque  na- 
tionale, à  Paris. 
*Digard   (Georges),  professeur  à 


LISTE    DES    SOUSCRIPTEURS. 


695 


l'Institut  catholique  de  Paris,  à 
Versailles. 
Dion  (Adolphe  de),  à  Montfort- 
l'Amaury. 

*  Dorez  (Léon),  sous-bibliothécaire 

à  la  Bibliothèque  nationale,  à 

Paris. 
Douais  (Mgr) ,  évêque  de  Beauvais. 
DuBus,  à  Paris. 
DuGHESNE  {Mgr  L.),  membre  de 

l'Institut,  directeur  de  l'École 

française,  à.  Rome. 
*DuFOuR  (Théophile),    à   Vernaz 

(Haute-Savoie). 

*  DuFRESNE  DE  Saint-Léon  (Arthur), 

à  Paris. 
DuLAU  et  G'e,  libraires,  à  Londres 
(5  ex.). 

*  Dumas  (Auguste),  à  Paris. 
*DuMOUUN  (Joseph),  imprimeur,  à 

Paris. 
Dumoulin    (Maurice),   aux   Mu- 
reaux. 
*DuN0YER    (Alphon.'^e),    archiviste 
aux    Archives    nationales,    à 
Paris. 

*  DuNOYER  DE  Ségonzac  (Jacques), 

à  Garennac  (Lot). 

*  DupoND  (  Alfred  ) ,  archiviste  des 

Deux-Sèvres,  à  Niort. 
*Dupont-Ferrier  (Gustave),  direc- 
teur d'études  au  collège  Sainie- 
Barbe,  à  Paris. 

*  Durand  (Georges),  correspondant 

de   l'Institut,  archiviste  de  la 
Somme,  à  Amiens. 

*  DuRRiEU  (le  comte  Paul),  conser- 

vateur honoraire  au  musée  du 
Louvre,  à  Paris. 
*DuvAL   (Frédéric),   archiviste  de 
Saint-Denis,  à  Paris. 

*  DuvAL  (Gaston) ,  attachéà  labiblio- 

théque  de  l'Arsenal,  à  Paris. 

*DuvAL    (Louis),    archiviste     de 
l'Orne,  à  Alençon. 
DuviviER,  avocat,"  à  Bruxelles. 

*EcKEL  (Auguste),   archiviste  de 
la  Haute-Saône,  à  Vesoul. 
Ehrle  (F.),  bibliothécaire  du  Va- 
tican, à  Rome. 

*Enlart  (Gamille),  directeur  du 
musée  de  sculpture  comparée 
du  Trocadéro,  à  Paris. 

*EspiNAs  (Georges),  attaché   aux 


archives  du  ministère  des  Af- 
faires étrangères,  à  Paris. 

*Esquer   (Gabriel),  archiviste  du 
Gantai,  à  Aurillac. 

*EsTiENNE  (Gharles),  archiviste  du 
Morbihan,  à  Vannes. 
EvEN  (P.),  à  Paris. 

*Fages  (Etienne),  à  Paris. 

*Fagniez   (Gustave),   membre    de 
l'Institut,  à  Meudon. 
Falk  et  fils,  libraire,  à  Bruxelles. 

*  Farges  (Louis),  chef  de  bureau 

au  ministère  des  Affaires  étran- 
gères, à  Paris. 

*  Faucon  (Maurice),  à  Ariane  (Puy- 

de-Dôme). 
*Faulquier  (Bernard),   secrétaire 

du  Bulletin  critique,  à  Paris. 
*Favre   (Gamille),    colonel  briga- 
dier d'infanterie,  à  Genève. 
Feikema,  Gaarelsen  et  G'«,  librai- 
res, à  Amsterdam  (4  ex.). 
Festersen  et  Gi«,  à  Bàle. 
*Feugère  des  Forts  (Philippe),  à 

Yonville. 
*FiNOT  (Jules),  archiviste  du  Nord, 

à  Lille. 
*FiNOT  (Louis),  directeur  de  l'École 
française  d'Extrême-Orient,  à 
Saigon. 
Flagh  (Jacques),   professeur  au 

Gollège  de  France,  à  Paris. 
*Flamare    (Henri   de),  archiviste 

de  la  Nièvre,  à  Nevers. 
*Flament   (Pierre),   archiviste  de 

l'Allier,  à  Moulins. 
*Fleury  (comte  Paul  de),  ancien 
archiviste   de    la   Charente,   à 
L'Isle-Jourdain. 
Fontemoing,  libraire,  à  Paris. 
P'ORST,  libraire,  à  Anvers. 
FouiLi.oux  (l'abbé),  à  Glermont- 
Ferrand. 

*  Fournier  (Marcel) ,  directeur  géné- 

ral de  l'enregistrement,  à  Paris. 
*Fournier    (Paul),    correspondant 
de  l'Institut,  doyen  de  la  Fa- 
culté de  droit,  à  Grenoble. 
*Fréminville  (Joseph  Delapoix  de), 
archiviste  de  la  Loire,  à  Saint- 
Étienne. 
Frémy,  à  Paris. 
Frigk,  libr.,  à  Vienne  (Autriche). 

*  Froment  (Albert),  à  Paris. 
*Funck-Brentano  (Frantz),  sous- 


696 


LISTE    DES    SODSCRIPTEDRS. 


bibliothécaire  à  la  Bibliothèque 

de  l'Arsenal,  à  Paris. 
*FuRGEOT    (Henri),    sous-chef   de 

section   aux    Archives    natio- 
nales, à  Paris. 
*Gaboby  (Emile),  à  Paris. 
'Gaillard  (Henri),  à  Laval. 
*Galabert    (François),    archiviste 

de  la  ville,  à  Toulouse. 
Gama-Barros  (da),  à  Lisbonne. 
Gamber,  libraire,  à  Paris. 
*Gandilhon  (Alfred),  archiviste  de 

Tarn -et -Garonne,  à  Montau- 

ban. 

*  Gauthier    (Jules),    archiviste  de 

la  Côte-d'Or,  à  Dijon. 

*  Gauthier  (Léon),  archiviste  aux 

Archives  nationales,  à  Paris. 
*Gazier  (Georges),  conservateur  de 
la  bibliothèque  de   la  ville,  à 
Besançon. 
Gebethnier  et  G'«,  Gracovie. 
Georg  et  C'e,   libraires,  à  Bàle 

(Suisse). 
*Gerbaux  (Fernand),  sous-chef  de 
section    aux    Archives   natio- 
nales, à  Paris. 
*Gebminy  (Maxime  de),  à  Paris. 
Gerold  et  G'",  libraires,  à  Vienne 

(2  ex.). 
*GiARD  (René),  libraire,  à  Lille. 

*  Girard    (Joseph),   bibliothécaire 

adjoint  de  la  ville,  à  Rouen. 

*Giraudin  (l'abbé),   supérieur  du 
grand  séminaire,  à  Bordeaux.^ 
Glasson,  membre  de  l'Institut,  à 
Paris. 

''Grand  (Daniel),  à  Paris. 

''Grand  (Roger),  archiviste  de  la 
Loire-Inférieure,  à  Nantes. 

*Grandjean  (Gharles),  secrétaire- 
rédacteur  au  Sénat,  à  Paris. 

*Grandmaison  (Louis  de),  archi- 
viste d'Indre-et-Loire,  à  Tours. 

*Gréa  (dom),  abbé  de  Saint- An- 
toine (Isère). 
Grimault  (Paul),  à  Angers. 

*Griveau  (Robert),  à  Paris. 

*GuÉRiN  (Paul),  secrétaire  des  Ar- 
chives nationales,  à  Paris. 

*GuiFFREY  (Jules),  administrateur 
des  Gobelins,  à  Paris. 

*Guignard  (Philippe),  bibliothé- 
caire de  la  ville,  à  Dijon. 


''GuiGUE  (Georges),  archiviste  du 

Rhône,  à  Lyon. 
'Guilhiermoz  (Paul),  bibliothécaire 

honoraire   à   la    Bibliothèque 

nationale,  à  Paris. 
Guillaume  (l'abbé),  archiviste  des 

Hautes-Alpes,  à  Gap. 

*  Guillaume  (Joseph),  professeur  à 

la  Faculté  libre  des  lettres,  à 

Lille. 
Hahn,  libraire,  à  Hanovre. 
*Halphen    (Louis),    membre    de 

l'École  française  de  Rome,  à 

Rome. 
*Hanotaux  (Gabriel),  membre  de 

l'Institut,  ancien  ministre  des 

Affaires  étrangères,  à  Paris. 
Haupt,  libraire  à  Halle  s.  Saale. 
'Helleu  (Joseph),  à  Paris. 

*  Henry  (Àbel),  à  Paris. 
*Herbomez  (Armand  D'),à  Tournay 

(Belgique). 

*  Héron  de  Villefosse  (Antoine), 

membre  de  l'Institut,  conser- 
vateur au  musée  du  Louvre,  à 
Paris. 
*Hildenfinger  (Paul),  stagiaire  à 
la  Bibliothèque  nationale,  à 
Paris. 
*HiMLY  (Auguste),  membre  de 
l'Institut,  doyen  honoraire  de  la 
Faculté  des  lettres,  à  Paris. 

Hinrighs,  libraire,  à  Leipzig. 

HocHE,  à  Paris. 
*Hoppenot  (Paul),  à  Paris. 

Houdebine,  à  Combrée  (Maine-et- 
Loire). 

Huard  (Robert),  élève  de  l'Ecole 
des  chartes,  à  Paris. 

*  Hugues  (Adolphe),  archiviste  de 

Seine-et-Marne,  à  Melun. 

*Imbert  (Léo),  archiviste  du  Tarn- 
et-Garonne,  à  Montauban. 

*IsNARD  (Albert),  sous-bibliothé- 
caire à  la  Bibliothèque  natio- 
nale, à  Paris. 

''Jacob  (Orner),  rédacteur  à  la 
Préfecture  de  la  Seine,  à  Paris. 

*Jacqueton  (Gilbert),   avocat,  à 

Paris. 
Jacquin,  à  Fribourg  (Suisse). 

*  Jarry  (Eugène),  à  Orléans. 
Jeanjean,  libraire,  à  Saint-Omer. 

*JoiJON  DES  LoNGRAis  (Frédéric),  à 
Rennes. 


LISTE  DES  souscRirTRnns. 


697 


JuLLiEN,  libraire,  à  Genève. 
Kermaingant  (de),  à  Paris. 

*  KoHLER   (Charles),   conservateur 

adjointà  la  Bibliothèque  Sainte- 
Geneviève,  à  Paris. 

KouMLY  (le  R.  P.)  St  Benedicts 
Collège,  à  Atchison  (États- 
Unis). 

Kramers,  libraire,  à  Rotterdam. 

*  Labande  (Léon-Honoré),  conser- 

vateur du  musée  Calvet,  à  Avi- 
gnon. 

*Laborde  (le  marquis  de),  à  Paris. 

*Labroughe  (Paul),  archiviste  des 
Hautes-Pyrénées,  à  Tarbes. 

*Lagaille  (Henri),  à  Paris. 
Lachenal,  ancien   receveur  des 
finances,  à  Brioude. 

*Laghenaud  (Henri),  à  Limoges. 
La  Chesnaye  (de),  au  château  de  la 
Salle  (Saône-et-Loire). 

*Lacombe  (Bernard  Mercier  de),  à 
Paris. 

*Lacombe  (Paul),  inspecteur  géné- 
ral honoraire  des  Bibliothèques 
et  Archives,  à  Paris. 

*Lair  (Jules),  membre  de  l'Insti- 
tut, directeur  de  la  Compagnie 
des  entrepôts  et  magasins  gé- 
néraux, à  Paris. 

*La  Martinière  (Jules  de),  archi- 
viste de  la  Charente,  à  Angou- 
lême. 
Lameere,  conseiller  à  la  cour,  à 

Bruxelles. 
Lamertin,  à  Bruxelles. 
Lamm  (Per),  librairie  Nilsson,  à 
Paris  (6  ex.). 

*Langlois  (Ch.-V.),  chargé  de 
cours  à  la  Faculté  des  lettres,  à 
Paris. 

*  Langlois  (Ernest) ,  professeur  à  la 

Faculté  des  lettres,  à  Lille. 

*  La  Rongière  (Charles  Bourel  de), 

sous-bibliothécaire  à  la  Biblio- 
thèque nationale,  à  Paris. 

*  La  Serre  (Roger  Barbier  de),  con- 

seiller référendaire  à  la  Cour 

des  comptes,  à  Paris. 
*Lasteyrie  (Charles  de),  à  Paris. 
*Lasteyrie  (le  comte  Robert  de), 

mernbre  de  l'Institut, professeur 

à  l'École  des  chartes,  à  Paris. 


*Lauer  (Philippe),  sous-bibliothé- 
caire à  la  Bibliothèque  natio- 
nale, à  Paris. 

*Laurain  (Ernest),  archiviste  de 
la  Mayenne,  à  Laval. 

*  Laurent  (Jacques),  aux    Riceys 

(Aube). 

*Laurent  (Paul),  archivistedes  Ar- 
dennes,  à  Mézières. 
L'Ebraly,  à  Brive. 

*Le  Brethon  (Paul),  sous-biblio- 
thécaire à  la  Bibliothèque  na- 
tionale, à  Paris. 

*Le  Cacheux  (Paul),  archiviste  aux 
Archives  nationales,  à  Mon- 
tretout  (Seine-et-Oise). 

*Lecestre  (Léon),  à  Palaiseau 
(Seine-et-Oise). 

"Ledos  (Eugène-Gabriel),  sous-bi- 
bliothécaire à  la  Bibliothèque 
nationale,  à  Paris. 

*Lefèvre  (André),  professeur  à 
l'École  d'anthropologie,  à  Paris. 

'*'Lefèvre-Pontalis  (Eugène),  à 
Paris. 

* Lefèvre-Pontalis  (Germain),  se- 
crétaire d'ambassade,  à  Paris. 

*Lefranc  (Abel),  professeur  au 
Collège  de  France,  maître  de 
conférences  à  l'Ecole  des  hau- 
tes études,  à  Paris. 

*Le  Grand  (Léon),  archiviste  aux 
Archives  nationales,  à  Paris. 
Lehmann,   libraire,   à  San-José- 
de-Costa-Rica  (Amérique). 

*  Lelong  (Eugène),  chargé  de  cours 

à  l'Ecole  des  chartes,  à  Paris. 
Lemaire,  à  Paris. 
*Lemaître  (Henri),  à  Paris. 
Lemaïtre,    libraire,    à    Valen- 

ciennes. 
*Lemoine  (Jean),  conservateur  de 

la   bibliothèque  au    Ministère 

de  la  guerre,  à  Paris. 
*Lemoisne  (André),  à  Paris. 
*Lemonnier   (Paul),    professeur  à 

l'École  des  beaux-arts,  chargé 

de  cours  à  la  Faculté  des  lettres, 

à  Paris. 
*Lempereur  (Louis),  archiviste  de 

l'Aveyron,  à  Rodez. 
*Léonardon  (Henri),  conservateur 

adjoint  de  la  Bibliothèque,  à 

Versailles. 


698 


LISTE    DES    SOCSCRTPTEORS. 


*  Leroux  (Alfred),  archiviste  de  la 

Haute- Vienne,  à  Limoges. 
*Lesort  (André),  archiviste  de  la 
Meuse,  à  Bar-le-Duc. 
Le  Soudier,  libraire,  à  Paris  (13 

ex.). 
*Le  Sourd  (Auguste),  attaché  à  la 
bibliothèque  du  Ministère  des 
affaires  étrangères,  à  Paris. 
*Lespinasse  (René  de),  à  Paris. 
L'EsTOURBEiLLON  (le  marquis  de), 

à  Vannes. 
Lestringant,  libraire,  à  Rouen. 
*Lévêque  (Pierre),  à  Paris. 
*Levillain  (Léon),  professeur  au 

lycée,  à  Poitiers. 
Lévis-Mirepoix   (le  duc  de),  au 
château  de  Léran  (Ariège). 

*  Lex  (Léonce),  archiviste  de  Saone- 

et-Loire,  à  Mâcon. 
LiCKATSCHEFF,    à    Saint- Pétcrs- 

bourg. 
LoESGHER  et  G'",  libraires,  à  Rome. 
LoNGNON  (Auguste),  membre  de 
l'Institut,  à  Paris. 
*LoRiQUET  (Henri),  bibliothécaire 

de  la  ville,  à  Rouen. 
*LoT  (Ferdinand),  bibliothécaire  à 

la  Sorbonne,  à  Paris. 
*LoTH  (Arthur),  à  Versailles. 
Loms-LucAS,  professeur  à  la  Fa- 
culté de  droit,  à  Dijon. 
*LoYE  (J.  de),  archiviste  des  Bas- 
ses-Pyrénées, à  Pau. 
MaglehÔse  et    fils,   libraires,   à 

Glasgow. 
Maire,  à  Paris. 
*Maisonobe  (Abel),  sous-préfet,  à 
Mauriac. 

*  Maître  (Léon),  archiviste  de  la 

Loire-Inférieure,  à  Nantes. 

*Mandrot  (Bernard  de),  à  Paris. 

*Manneville  (le  vicomte  Henri  de), 
ambassade  de  France,  à  Lon- 
dres. 

*Manteyer  (Georges  de),  ancien 
membre  de  l'École  française,  à 
Mantever. 

*  Marais  (Paul),  bibliothécaire  à  la 

Bibliothèque  Mazarine,  à  Paris. 
*Marighal  (Paul),  archiviste  aux 
Archives  nationales,  à  Paris. 
Marron,  libraire,  à  Orléans. 

*  Martin  (Camille),  à  Paris. 


*Martin  (Ferdinand),  à  Paris. 

*  Martin  (Germain),  professeur  à 

la  Faculté  de  droit,  à  Dijon. 

*Martin  (Henry),  conservateur  ad- 
joint à  la  bibliothèque  de  l'Ar- 
senal, à  Paris. 

"Martin-Chabot  (Fernand),  mem- 
bre de  l'École  française  de 
Rome,  à  Rome. 

*Maruéjouls  (Pierre),  secrétaire 
d'ambassade,  à  Paris. 

*Mas  Latrie  (le  comte  René  de), 
chef  de  bureau  honoraire  au 
ministère  de  l'Instruction  pu- 
blique, à  Paris. 

*Mathorez  (Jules),  inspecteur  des 
finances,  à  Paris. 
Maumus,  avocat,  à  Mirande. 

*Mazerolle  (Fernand),  archiviste 
de  la  Monnaie,  à  Paris. 

*Merlet  (René),  archiviste  d'Eu- 
re-et-Loir, à  Chartres. 

*  Meunier  du  Houssoy  (Ernest),  à 

Paris. 

*MEYER(Paul),  membre  de  l'Insti- 
tut ,   directeur  de  l'École  des 
chartes,  à  Paris. 
Meynial,  professeur  à  la  Faculté 
des  lettres,  à  Montpellier. 

*MiGHELi  (Léopold),  à  Genève. 

*Mirot  (Léon),  archiviste  aux  Ar- 
chives nationales,  à  Paris. 

*MoLiNiER  (Auguste),  professeur 
à  l'École  des  chartes,  à  Paris. 

*MoLiNiER  (Emile),  ancien  con- 
servateur au  musée  du  Louvre, 
à  Paris. 

*  Monclar  (le  marquis  de),  ministre 

plénipotentiaire ,    au    château 
d'Allemagne  (Basses-Alpes). 
MoNLÉoN  (de),  à  Banastron. 

*MoRANViLLÉ  (Henri),  bibliothé- 
caire honoraire  à  la  Biblio- 
thèque nationale,  à  Paris. 

*MoREL  (Octave),  archiviste  de 
l'Ain,  à  Bourg. 

*Morel-Fatio  (Alfred),  secrétaire 
de  l'École  des  chartes,  à  Paris. 

*Moris  (Henri),  archiviste  des  Al- 
pes-Maritimes, à  Nice. 

*MoRTET  (Charles),  conservateur 
à  la  Bibliothèque  Sainte-Gene- 
viève, à  Neuilly-sur-Seine. 


LISTE   DES   SOUSCRIPTEURS. 


699 


*MoRTET  (Victor),  bibliothécaire  à 
la  Sorbonne,  à  Paris. 
MossANT,  à  Bourg-de-Péage. 
Nelis,  à  Louvain  (Belgique). 

*  Neuville  (Didier),  sous-directeur 

au  ministère  de  la  Marine,  à 

Paris. 
NiJHOFF,  à  la  Haye. 
NoLLEVAL  (Alfred),  à  Paris. 
NoRDHOFF,  à  Groningue. 

NORDISKA  BOKHANDELEN,     StOCk- 

holm. 

*  Normand  (Jacques),  à  Paris. 
NuTT  (David),  libraire,  à  Londres 

(3  ex.). 
Oleire  (d'),  libraire,  à  Strasbourg. 
*Omont  (Henri),  membre  de  l'Ins- 
titut, conservateur  à  la  Biblio- 
thèque nationale,  à  Paris. 

*  Pagel  (René),  archiviste  du  Gers, 

Q  _A.uch. 
'Paillard  (Alphonse),  ancien  pré- 
fet, à  Charly,  par  Sainte-Cécile 
(Saône-et-Loire). 

*  Palustre   (Bernard),    archiviste 

des     Pyrénées -Orientales,    à 
Perpignan. 
Pange  (le  comte  de)  ,  à  Pans. 
*Pange  (Jean  de),  à  Paris. 

*  Parfouru  (Paul),  archiviste  d'Ille- 

et- Vilaine,  à  Rennes. 
Parker,  libraire,  à  Oxford  (2  ex.). 
*Pasquier  (Félix),    archiviste  de 
la  Haute-Garonne,  à  Toulouse. 
*Passy  (Louis),  membre  de  l'Ins- 
titut, député,  à  Paris. 
*Patry  (Henry),  à  Paris. 
Payot,  à  Lausanne. 
Peeters,  à  Louvain. 

*  Peretti  de  la  Rocca  (Em.  de),  at- 

taché au  ministère  des  Affaires 
étrangères,  à  Arcueil  (Seine). 

*  Périnelle  (Georges),  à  Paris. 
*Pérouse  (Gabriel),  archiviste  de 

la  Savoie,  à  Ghambéry. 

*  Petit    (Joseph),   archiviste    aux 

Archives  nationales,  à  Paris. 

*Petit-Dutaillis  (Charles),  direc- 
teur de  l'École  supérieure  de 
commerce  et  professeur  à  la 
Faculté  des  lettres  de  l'Uni- 
versité, à  Lille. 

*Phtlipon  (Edouard),  à  Lyon. 

*PmLiPPON  (Georges),  à  Paris. 


PiAGET,  archiviste   de   l'Etat,  à 

Neufchâtel  (Suisse). 
*  Picard  (Auguste) ,  libraire-éditeur, 

à  Paris. 
*PiDOux  (André),  à  Dole. 
*PiGALLET  (Maurice),  archiviste  du 

Doubs,  à  Besançon. 
*Planchenault  (Adrien),  à  Angers. 
*PoËTE  (Marcel),  conservateur  ad- 
joint de  la  bibliothèque  de  la 

ville,  à  Paris. 
POGATSCHER  (D""  H.),  à  Romc. 
PoRÉE,    curé    de    Bournainville 

(Eure). 
*PoRÉE   (Charles),    archiviste    de 

l'Yonne,  à  Auxerre. 
*PoRTAL  (Charles),  archiviste  du 

Tarn,  à  Albi. 
*PouPARDiN  (René),  stagiaire  à  la 

Bibliothèque  nationale,  à  Paris. 
*Poux    (Joseph),    archiviste    de 

l'Aude,  à  Carcassonne. 

*  Prévost    (Michel),   attaché  à   la 

Bibliothèque  nationale,  à  Paris. 
*Prineï  (Max),  à  Versailles. 

*  Privât    (Edouard),    libraire- édi- 

teur, à  Toulouse. 

*Prost  (Bernard),  inspecteur  gé- 
néral des  Bibliothèques  et  Ar- 
chives, à  Paris. 

*Prou  (Maurice),  professeur  à 
l'École  des  chartes,  à  Paris. 

*Prudhomme  (Auguste),  archiviste 
de  l'Isère,  à  Grenoble.  ^  • 

*PUYBAUDET     (Guy     POUTE     DE),    à 

QuiDDE  (le  D--),  à  Munich. 
*Raguenet   DE  Saint-Albin   (Oc- 
tave), à  Orléans. 
Ranschbubg,    libraire,    à    Buda- 
pest. ,   , 
*Rastoul  (Amand),  attache  a  la 
Bibliothèque  nationale,  à  Paris. 
*Raunié  (Emile),  à  Paris. 
*Raynaud  (Gaston),  bibliothécaire 
honoraire  à  la  Bibliothèque  na- 
tionale, à  Paris. 
Reber,  libraire,  à  Palerme. 
*RÉB0uis  (Emile),  à  Paris. 
Reboul  (Gab.),  à  Brignoles  (Var). 
Renard,  à  La  Hulpe  (Belgique). 
Rencogne  (de),  à  Angoulème. 
*  Rendu  (Armand),  député,  à  Paris. 
*Reynaud  (Félix),  archiviste  des 


700 


LISTE    DES    SODSCRIPTEUHS. 


Bouches-Hu-Rhône,àMarseille. 
Reynier,  à  Evreux. 
*RiAT    (Georges),    sous-bibliothé- 
caire à  la  Bibliothèque  natio- 
nale, à  Paris. 

*  Richard   (Alfred),   archiviste   de 

la  Vienne,  à  Poitiers. 
*RiCHARD  (Jules-Marie),  à  Gossé- 

le-Vivien  (Mayenne). 
*RiCHEBÉ  (Raymond),  à  Paris. 
RiCHEMOND,  à  Paris. 
RiCHEMOND  (de),  archiviste  de  la 
Gharente-Inférieure,  à  la  Ro- 
chelle. 

*  RiCHOU  (Gabriel),  conservateur  de 

la  bibliothèque  de  la  Gour  de 
cassation,  à  Paris. 
*RiGAULT  (Abel),  attaché  aux  ar- 
chives du  ministère  des  Atfaires 
étrangères,  à  Paris. 
RiNCK,  libraire,  à  Turin  (Italie). 
Rivière,  à  Toulouse. 
*RocQUAiN   (Félix),    membre   de 

l'Institut,  à  Paris. 
*RoMANET  (le  vicomte  Olivier  de), 
au  château  des  Guillets,  par 
Mortagne  (Orne). 
RosNY  (de),  à  Boulogne-sur-Mer. 

*  RoucHON  (Gilbert) ,  archiv.  du  Puy- 

de-Dôme,  à  Glermont-Ferrand. 
Rousseau,  libraire,  à  Odessa. 

*  Roussel  (Ernest) ,  archiviste  de 

l'Oise,  à  Beauvais. 

*Roux  (Henri  de),  sous-bibliothé- 
caire à  la  Bibliothèque  natio- 
nale, à  Paris. 

*RoY  (Jules),  professeur  à  l'École 
des  chartes,  à  Paris. 
SABATiER,àGhantegrillet(Drôme). 

*Saige  (Gustave),  correspondant 
de  l'Institut,  conservateur  des 
archives  du  palais,  à  Monaco. 

*  Sainte- Agathe  (le  comte  de)  ,  à  Be- 

sançon. 
Salles  de  Macedo,  à  Rio-de-Ja- 
neiro. 
*Salone    (Emile),    professeur    au 

lycée  Gondorcet,  à  Paris. 
*Samaran  (Gharles),  archiviste  aux 
Archives  nationales,  à  Paris. 
Satie,  à  Gannes. 
Schepens,  libraire,  à  Bruxelles. 
*ScHLEiGHER    frères ,    libraires,   à 
Paris  (3  ex.). 


*ScHMiDT  (Charles),  archiviste  aux 
Archives  nationales,  à  Paris. 
Schulz,  libraire,  à  Paris  (2  ex.). 

*Sgulfort  (Henry),  à  Maubeuge 
(Nord). 

*Senneville  (Gaston  Denis  de), 
conseiller  référendaire  à  la  Gour 
des  comptes,  à  Paris. 

*Sepet  (Marins),  bibliothécaire  à 
la  Biblioth.  nationale ,  à  Paris. 

*Serbat  (Louis),  à  Paris. 
Sérent  (abbé  Antoine  de),  à  Ma- 
lestroit  (Morbihan). 

*Servois  (Gustave),  directeur  ho- 
noraire des  Archives,  à  Paris. 

*  Soehnée  (Frédéric),  archiviste  aux 

Archives  nationales,  à  Paris. 

*SoucHON  (Joseph),  archiviste  de 
l'Aisne,  à  Laon. 

*SouLLiÉ  (Louis),  à  Gumières 
(Marne). 

*SouRY_ (Jules),  directeur  d'études 
à  l'École  pratique  des  hautes 
études,  à  Paris. 

*SoYER    (Jacques),   archiviste  du 
Loiret,  à  Orléans. 
Spoerri,  chez  Schlater,  à  Paris. 
Stechert  et  C'^,  libraires,  à  New- 
York  (9  ex.). 

*Stein  (Henri),  archiviste  aux  Ar- 
chives nationales,  à  Paris. 

*SusTRAG,  au  Vésinet. 

'Tardif  (Joseph),  avocat,  à  Paris. 

*Tausserat  -  Radel  (Alexandre) , 
sous-chef  de  bureau  au  minis- 
tère des  Affaires  étrangères,  à 
Paris. 

*Teilhard  de  Ghardin  (Emmanuel), 
à  Glermont-Ferrand. 
Terquem,  libraire,  à  Paris. 

*  Terrât  (Barthélémy),  professeur 

à  l'Institut  catholique,  à  Paris. 

*Teulet    (Raymond),    archiviste 

des  Landes,  à  Mont-de-Marsan. 

*  Thibault  (Marcel),  à  Paris. 
*Thiollier  (Noël),  à  St-Étienne. 
*Tholin  (Georges),  à  Concarneau 

(Finistère). 

*  Thomas    (Antoine),   membre    de 

l'Institut,  chargé  de  cours  à  la 
Faculté  des  lettres,  à  Paris. 
*TiERNY  (Paul),  au  château  de  Sau- 
tricourt  (Pas-de-Calais). 


LISTE   DES   SOUSCRIPTEORS. 


701 


ToiTON  (l'abbé),  à  Paris. 
ToucHEBEUF,  avocat,  à  Brioude. 
*TouRNOUËR  (Henri),  à  Paris. 

*  Tranchant  (Charles),  ancien  con- 

seiller d'Etat,  à  Paris. 
"Travers  (Emile),  ancien  conseil- 
ler de  préfecture,  à  Gaen. 

*  Travers  (Henry) ,  stagiaire  à  la  Bi- 

bliothèque nationale,  à  Paris. 
Treuttel  et  WùRTZ,  libraires,  à 

Strasbourg. 
Triger  (Robert),  au  Mans. 
*Trouillard  (Guy),  archiviste  de 

Loir-et-Gher,  à  Blois. 
*Trudon    des    Ormes    (Aniédée), 
sous-bibliothécaire  à  la  Biblio- 
thèque nationale,  à  Paris. 
'Tuetey  (Alexandre),  chef  de  sec- 
tion aux  Archives  nationales, 
à  Paris. 
Urquehart,  à  Oxford. 

*  Vaesen  (Joseph),  à  Paris. 
*Vaissière  (Pierre  de),  archiviste 

aux  Arch.  nationales,  à  Paris. 
Vallet    de    Viriville    (M"i«)  ,    à 
Paris. 

*  Valois   (Noël),  archiviste  hono- 

raire aux  Archives  nationales, 
membre  de  l'Institut,  à  Paris. 
Veith,  libraire,  à  Fribourg. 


*Vernier  (Jules),  archiviste  de 
l'Aube,  à  Troyes. 

*ViARD  (Jules),  archiviste  aux 
Archives  nationales,  à  Saînt- 
Mandé  (Seine). 

*ViDiER  (Alexandre),  sous-biblio- 
thécaire a  la  Bibliothèque  na- 
tionale, à  Paris. 

*ViLLEPELET  (Robcrt),  archivisto 
aux  Archives  nationales,  à 
Paris, 

*ViLNET  (Paul),  à  Paris. 

*VioLLET  (Paul),  membre,de  l'Ins- 
titut, professeur  à  l'École  des 
chartes ,  bibliothécaire  -  archi- 
viste de  la  Faculté  de  droit,  à 
Paris. 

*  Vire  Y  (Jean),  à  Paris. 
Vyt,  libraire,  à  Gand. 

*'Walckenaer    (André),    sous-bi- 
bliothécaire à.  la  Bibliothèque 
Mazarine,  à  Paris. 
Wàsigin  (A.),  professeur  à  Ghar- 

kow  (Russie). 
Watier,  libraire,  à  Lille. 
Weber-Lobsen,  à  Berlin. 
Welter,  libraire,  à  Paris  (9  ex.). 

*Welvert  (Eugène),  secrétaire- 
adjoint  des  Archives  nationales, 
au  Ghesnay  (Seine-et-Oise). 


TABLE  DES  MATIÈRES. 


Pages 

Notice   sur   les   manuscrits   des  œuvres   de    Brantôme,  par 

H.  Omont 5,687 

Antoine  de  La  Salle.  Nouveaux  documents  sur  sa  vie  et  ses 

relations  avec  la  maison  d'Anjou,  par  L.-H.  Labande.     .     .  55,  321 

Quelques  œuvres  de  Richard  de  Fournival,  par  Ernest  Langlois.  101 
Le  premier  routier-pilote  de  Terre-Neuve,  par  G.  de  La  Ron- 

cière H6 

Les  Heures  de  Jacques  Cœur,  par  L.  Delisle 126 

L'incendie  de  la  bibliothèque  de  Turin,  par  G.  Bourgin.     .     .  132 
Notice  sur  la  vie  et  les  travaux  de  M.  Gaston  Paris,  par  Mau- 
rice Groiset 141 

Notice  sur  deux  manuscrits  carolingiens  à  miniatures  exécu- 
tés à  l'abbaye  de  Fulda,  par  A.  Boinet 355 

Diplômes  carolingiens  et  autres   documents   concernant  les 

abbayes  d'Amer  et  de  Gamprodon,  en  Catalogne,  par  H.  Omont  364 
Philippe-Auguste  et  Raoul  d'Argences,  abbé  de  Fécamp,  par 

L.  Delisle 390 

Recherches  sur  Jean  Courtecuisse  et  ses  œuvres  oratoires,  par 

A.  Coville 469 

Les  abbés  Hilduin  au  ix<=  siècle,  par  J.  Calmette 530 

L'ancien  bréviaire  de  Saint-Pol-de-Léon,  par  L.  Delisle    .     .  537 
Notice    sur   le    manuscrit    870   de   la   reine   Christine,    par 

G.  Bourgin 541 

Un  ouvrage  inédit  de  Pierre  d'Ailly,  par  Noël  "Valois    .     .     .  557 

Bulles  pontificales  sur  papyrus  (ix«-xie  s.),  par  H.  Omont    .     .  575 
Observations  sur  un  passage  de  la  chronique  de  Jean  le  Bel, 

par  H.  Moranvillé 583 

Bibliographie 174,398,586 

Livres  nouveaux 223,434,622 

Chronique  et  mélanges 258,458,661 

Liste  des  souscripteurs 690 


TABLE  ALPHABÉTIQUE 


Actes  des  souverains  antérieurs 
au  XV*  siècle  dans  les  archives 
départementales  du  Cher,  190. 

Ailly  (Pierre  d').  Son  de  persecu- 
tione  ecclesisB,  557. 

Allemagne.  Die  deutschen  Lehn- 

biicliôv    195. 
*  Allemagne  (Henri-R.  d'),  Sports 
et  jeux  d'adresse,  219. 

Amer  (Abbaye  d') .  Diplômes  caro- 
lingiens, 364. 
*Anchel  (Robert),  archiviste-pa- 
léographe, 259. 

Andegaviana,  418. 

Angers,  Ancienne  Académie. 
Séance  d'inauguration,  418. 

Angier  (Frère).  Etude  sur  sa 
langue,  621. 

Aniou.  Tableau  de  la  province, 
1762-1766,  420. 

Anjou  (Maison  d'),  Relations 
avec  Antoine  de  La  Salle,  55, 
321. 

Anne,  princesse  palatine  (Cor- 
respondancede  Descartes  avec), 

216. 
Antoine   de   La  Salle.  —   Voir 

La  Salle. 
Arabes  (Monuments)  de  Tlem- 

cen,  611. 
Aragon   (Gartulaire   montpellie- 

rain  des  rois  d'),  603. 
*Arbois  de  Jubainville  (Henry). 

—  L'Institut  historique  autri- 
chien, 680. 
Arc  (Jeanne  d'),  Au  temps  de  la 

pucelle,  591. 


*Arcelin  (Adrien),  décédé,  664. 

Archives'  (Projet  de  réorganisa- 
tion des),  290,  673. 

Archives    départementales    (  La 
série  L  des),  281. 

Arduin,  Diplomata,  192. 

Argences    (Raoul    d').    —   Voir 
Raoul. 

Art  dans  l'Italie  méridionale,  413. 
*Aubert  (Félix).  —  Comptes  ren- 
dus :  La  condizione  ginridica 
délie  cose  sacre,  402;  Histoire 
des  institutions  politiques  et 
administratives  de  la  France, 
398;  Histoire  du  droit  et  des 
institutions  de  la  France,  399. 

Autriche.  Inslituthistorique, 680. 

*Auvray  (Lucien),  membre  d'un 
comité  pour  la  publication 
d'une  collection  de  cartulaires, 
467.  —  Fragments  d'un  manus- 
crit du  canzionere  de  Pétrar- 
que, 463.  —  Compte  rendu  : 
Table  des  noms  propres  de 
toute  nature  compris  dans  les 
chansons  de  gestes  imprimées, 
202. 

Avignon.  Maison  des  Repenties, 
429,  —  Orphanotrophium  de 
Grégoire  XI,  429. 

*Babelon    (Ernest),   président   de 
la  Société  française  de  fouilles 
archéologiques,  466. 
Bailliages  (Officiers  royaux  des) 

à  la  hn  du  moyen  âge,  178. 
Barbegal    (Château    de).   Inven- 
taire des  titres,  428. 


1.  Les  noms  précédés  d'un  astérisque  sont  ceux  des  archivistes  paléographes 
ou  anciens  élèves  pensionnaires  de  l'École  des  chartes. 


70^ 


TABLE   ALPHABETIQCE, 


*  Barroux  (Marius),  officier  de  l'Ins- 

truction publique,  670. 

*  Barthélémy  (  Anatole  de),  membre 

de  la  commission  de  compta- 
bilité de  la  Société  de  l'École 
des  chartes,  269;  décédé,  313, 
461,  663. 

*Batiffol  (Louis),  prix  Thérouanne, 
270.  —  Compte  rendu  :  Note 
sur  les  deux  précurseurs  de 
l'art  français,  le  duc  de  Berry 
et  le  roi  René,  218. 
Bayot  (Alphonse),  le  Roman  de 

Gillion  de  Trazegnies,  209. 
Béatrice,  reine  de  Bohême.  Actes 

de  1340  et  1342,  190. 
Becdelièvre  (Alain  de),  l'Escalade 
de  1602,  197. 

*Bémont  (Charles),  membre  d'un 
comité  pour  la  publication  d'une 
collection  de  cartulaires,  467. 

*Bengy-Puyvallée    (Maurice  de), 
archiviste  paléographe,  259. 
Benoit  VIII.  Bulle  en  faveur  de 
Camprpdon,  364. 

*Berger  (Élie),  membre  de  l'Aca- 
démie des  inscriptions,  670.  — 
Vœu  relatif  au  projet  de  loi 
portant  réorganisation  des  ar- 
chives, 673. 
Berry.  Régime  municipal,  186. 
Berry  (Jean,  duc  de),  précurseur 
de  l'art  français,  218.  —  Son 
éloge  par  le  beau-fils  de  Fas- 
tolf,  686. 
Bertaut  (Jean),  215. 
Bertaux  (Emile),  l'Art  dans  l'Ita- 
lie méridionale,  413. 

*Berthelé  (Joseph),  Gartulaire 
montpelliérain  des  rois  d'Ara- 
gon, 603;  Enquêtes  campa- 
naires,  609;  les  Samnagenses, 
603. 

*Berthou  (Paul  de),  Cartulaire  de 
l'abbaye  de  Sainte-Croix  de 
Quimperlé,  599. 

*  Bertrand  de  Broussillon  (Comte 

Arthur),  première  médaille  au 
concours  des  antiquités  natio- 
nales, 270,  668  ;  la  Maison  de 
Laval,  417. 
Bibliothèque  :  de  Turin,  incen- 
die, 132,  681;  —  nationale, 
manuscrits  latins,  615. 


Bibliothèques  publiques.  Situa- 
tion légale,  409. 
Bismarck   (Un)    du    xiv^  siècle, 

688. 
Bituricense  (Castrum).  Fossata  Ro- 
manorum,  190. 
*Bloch  (Camille),  inspecteur  des 
archives  et  bibliothèques,  269; 
chevalier  de  la  Légion  d'hon- 
neur, 670. 
*Boinet  (Amédée).  —  Notice  sur 
deux   manuscrits    carolingiens 
à  miniatures  exécutés  à  l'ab- 
baye de  Fulda,  355. 
Boisbelle-Henrichemont,  425. 
*Bonin  (Charles-Eudes),  secrétaire 

d'ambas-sade  de  2*  classe,  672. 
*Bonnassieux  (Pierre),  Conseil  de 
commerce  et  bureau  du  com- 
merce, 595. 
Borrelli  de  Serres  (Colonel),  Re- 
cherches sur  divers  services 
publics  du  xiii«  au  xvn*  siècle, 
586. 

*  Bouchot    (Henri),    membre    de 

l'Académie  des  beaux-arts,  270. 

*  Bourde    de   la   Rogerie   (Henri), 

officier  d'Académie,  670. 

Bourgeois  (René),  Du  mouve- 
ment communal  dans  le  comté 
de  Champagne,  598. 

Bourges.  Hôtel  Lallcmant.  Ins- 
cription, 190. 

*  Bourgin  (Georges) ,  archiviste  aux 

Archives  nationales,  672.  — 
L'Incendie  de  la  bibliothèque 
de  Turin,  132,  681 .  —  Liste  des 
nonces  envoyés  en  France  de 
1525  à  1592,  309.  —  Notice  sur 
le  manuscrit  latin  870  de  la 
reine  Christine,  541. 

Bournonville  (Le  duc  et  la  du- 
chesse de)  et  la  cour  de  Bru- 
xelles, 605. 

Boyer  (Hippolyte),  Histoire  de  la 
principauté  de  Boisbelle-Hen- 
richemont, 425. 

Brantôme.  Manuscrits  originaux 
et  autographes,  5,  687. 

Bréviaire  (Ancien)  de  Saint-Pol- 
de-Léon,  537. 

Brie(Documents  relatifs  au  comté 
de),  597. 

*  Broche  (Lucien).  —  Compte  ren- 


TABLE   ALPHARETIQDE. 


705 


du  :  Cartulaire  de  Saint- Vin- 
cent de  Laon,  183. 
Bruchet(Max).  —Compte rendu  : 
Documents  sur  l'Escalade  de 
Genève,  197. 
*Bruel   (Alexandre),   membre   de 
la  commission  de  comptabilité 
de  la   Société    de    l'École  des 
chartes,  269.  —  Compte  rendu  : 
Cartulaire  de  l'abbaye  de  Sainte- 
Croix  de  Quimperlé,  599. 
*Bruel    (François),   attaché    à    la 
bibliothèque  de  la  ville  de  Pa- 
ris,  269.   —  Compte   rendu   : 
les  Marais  de  la  Sèvre-Nior- 
taise,  600. 
Bruxelles  (La  cour  de)  et  le  duc 
et  la  duchesse   de   Bournon- 
ville,  605. 
Bulle  de  Benoit  VIII  concernant 

Camprodon,  364. 
Bulles  pontificales  sur  papyrus 

(ix«-xi«  s.),  575, 
Bureau  du  commerce,  595. 
Cabié  (Edmond),  Anribassade  en 
Espagne  de  Jean  Ébrard,  594. 
Caggese    (Rodolfo),   Su   l'origine 

délia  parte  guelfa,  432. 
Gagnât  (René).  —  Extrait  de  son 
rapport    sur    les    travaux    des 
Écoles  d'Athènes  et  de  Rome, 
670. 
*Galmette    (Joseph),    chargé    de 
cours  à  la  Faculté  des  lettres 
de  Dijon,  672;  prix  Delalande- 
Guérineau,  270.  —  Les  Abbés 
Hilduin  au  ix«  siècle,  530. 
Cambrai  (Succession  de  Charles 

le  Téméraire  à),  182. 
Campanaires  (Enquêtes),  609. 
Camprodon    (Abbaye    de).    Di- 
plômes carolingiens,  364. 
Canadiens-Français.   Origine   et 

parler,  621. 
Carolingien  (Monogramme).  Ori- 
gines byzantines,  685. 
Carolingiens  (Diplômes)  concer- 
nant les  abbayes  d'Amer  et  de 
Camprodon  en  Catalogne,  364. 
—  Manuscrits  à  miniatures  de 
l'abbaye  de  Fulda,  355. 
Carrière    (Abbé   V.),    Rôles    et 
taxes  des  fiefs  de  l'arrière-ban 
du  bailliage  de  Provins,  184. 


Gartellieri    (Alcxander),    Kaiser 

Heinrich  VU,  196. 
Cartulaires:  de  l'abbayede  Sainte- 
Croix  de  Quimperlé,  599;  — 
montpelliérain  des  rois  d'Ara- 
gon, 603  ;  — de  Saint-Vincent 
de  Laon,'  183. 
Cartulaires  (Collection  de),  467. 
*Casati  de  Casatis  (Comte  Charles 
de),  Note  sur  les  deux  précur- 
seurs de  l'art  français,  le  duc 
de  Berry  et  le  roi  René,  218. 
Caslrum  Bituricense,  190. 
Chaillan  (Abbé),  Documents  nou- 
veaux sur  le  studium  du  pape 
Urbain   V  à  Trets,  429;  No- 
tice et  documents  sur  la  mai- 
son des  Repenties  à  Avignon, 
428;  Recherches  et  documents 
sacVOrphanotrophium  du  pape 
Grégoire  XI  à  Avignon,  429. 
Champagne  (Comté  de).  Docu- 
ments,   597.    —    Mouvement 
communal  aux  xn«  et  xni''  s., 
598. 
Chansons  de  geste.  Noms  propres, 

202. 
Chansons  de  l'Escalade,  197. 
Charles  le  Téméraire  (La  succes- 
sion de)  à  Cambrai,  182. 
Charlus-Champagnac,  427. 
Charte  de  l'évèque  Pierre  Lom- 
bard  pour   les   chanoines    de 
Saint-Cloud,  686. 
Cher.  Archives  départementales. 
Actes  des  souverains  antérieurs 
au  xv^  siècle,  190. 
Chevalier  (Chanoine  Ulysse),  Ré- 
pertoire des  sources  historiques 
du  moyen  âge,  465. 
*Ghevreux  (Paul).  —  Vœu  relatif 
au  projet  de  loi  portant  réor- 
ganisation des  archives,  675. 
Chilliaud-Dumaine.  —  Voir  Du- 

maine. 
Chin  (Gilles  de).  —  Voir  Gilles. 
Christine  de  Suède  (Correspon- 
dance de  Descartes  avec),  216. 
Chronique  de  Gislebert  de  Mons, 

404. 
Chypre  (Les  Hospitaliers  à),  433. 
*Clédat  (Léon),  membre  du  Con- 
seil supérieur  de  l'Instruction 
publique,  270. 


706 


TABLE   ALPHABETIQUE. 


Cloches  et  fondeurs  de  cloches 
du  viii®  au  xx'  siècle,  609. 
*Glouzot  (Etienne),  attaché  à  la 
bibliothèque  de  la  ville  de  Pa- 
ris, 269;  les  Marais  de  la 
Sèvre-Niortaise,  600. 

Gochin  (Henry),  le  Père  de  Pé- 
trarque et  le  livre  du  repos  des 
religieux,  218. 

Cœur  (Jacques).  Heures,  126. 

Gollignon  (Max). —  Discours  sur 
la  mort  de  A.  de  Barthélémy, 
313. 

Combet  (Joseph),  Louis  XI  et  le 
saint-siège,  592. 

Comité  de  défense  scientifique, 
277. 

Gommines  (Philippe  de).  Mé- 
moires, 405. 

Communal  (Mouvement)  dans  le 
comté  de  Champagne  aux  xii^ 
et  xi[i«  s.,  598. 

Comptabilité  publique  au  xiv«s., 
586. 

Concordat.  Premières  applica- 
tions dans  le  diocèse  d'Angers, 
420. 

Conseil  de  commerce,  595. 

Correspondance  diplomatique  de 
la  curie  romaine  à  la  veille 
de  Marignan,  593. 

Cose  sacre  (La  condizione  giuri- 
dica  délie),  402. 

Courtecuisse  (Jean)  et  ses  œuvres 
oratoires,  469. 
♦Coville (Alfred),  recteur  de  l'Aca- 
démie  de   Glermout,  463.  — 
Recherches  sur  Jean  Courte- 
cuisse  et  ses  œuvres  oratoires, 
469. 
*Coyecque  (Ernest),  sous-chef  de 
bureau  à  la  préfecture  de  la 
Seine,  463.  —  Projet  de  réor- 
ganisation   des    archives    de 
France,  290. 
*Crépy   (Georges),  archiviste  pa- 
léographe, 259. 

Croisades  au  xv<=  siècle,  201. 

Groiset  (Maurice).  —  Notice  sur 
la  vie  et  les  travaux  de  M.  Gas- 
ton Paris,  141. 

*Gurzon  (Henri  Parent  de),  sous- 
chef  de  section  aux  Archives 
nationales,  672. 


Guvelier   (Joseph).    —    Opinion 
sur  l'Ecole  des  chartes,  675. 

*Daumet  (Georges).  —  Comptes 
rendus  :  l'Art  dans  l'Italie  mé- 
ridionale, 413  ;  Une  correspon- 
dance diplomatique  de  la  curie 
romaine  à  la  veille  de  Mari- 
gnan, 593. 

*  Débraye  (Henri),  archiviste  paléo- 
graphe, 259. 
Défense  scientifique  (Comité  de), 
277. 

*Delaborde  (Comte  François),  pro- 
fesseur à  l'École  des  chartes, 
463.  —  Discours  sur  Auguste 
Mohnier,  666. 

*Delaville-Le  Roulx  (Joseph),  offi- 
cier d'Académie,  670;  les  Hos- 
pitaliers en  Terre  Sainte,  433. 

*Delisle  (Léopold),  membre  de  la 
commission  de  publication  de 
la  Société  de  l'École  des  chartes, 
269.  —  L'Ancien  bréviaire  de 
Saint-Pol-de-Léon,  537.  — 
Charte  de  l'évêque  Pierre  Lom- 
bard pour  les  chanoines  de 
Saint-Gloud,  686.  —  Discours 
sur  la  mort  de, A.  de  Barthé- 
lémy, 319.  —  Éloge  de  Jean, 
duc  de  Berri,  par  le  beau-fils 
de  Fastolf,  686.  —  H.  Wal- 
lon, 661.  —  Les  Heures  de 
Jacques  Cœur,  126.  —  Lettre 
de  saint  Louis  expédiée  par 
Guillaume  de  Chartres,  310. 
—  Philippe-Auguste  et  Raoul 
d'Argences,  abbé  de  Fécamp, 
390.  —  Comptes  rendus  :  les 
Hospitaliers  en  Terre  Sainte, 
433  ;  Tracts  on  the  mass,  617. 

*Delmas  (Ernest),  archiviste  pa- 
léographe, 259. 
Descartes,    directeur    spirituel, 
216. 

*Deslandres  (Paul),  officier  d'Aca- 
démie, 670. 
Dictionnaire    topographique    du 
départementdelaHaute-xMarne, 

185. 

Biplomata  [Heinrici  IletArduini), 
192. 

Diplômes  carolingiens  concer- 
nant Amer  et  Camprodon,  364. 

Dovizi  (Bernardo)  da   Bibliena. 


TABLE    ALPHABETIQUE. 


707 


Sa  correspondance  à  la  veille  de 
Marignan,  593. 
Droit  et  institutions  de  la  France, 

399. 
Dufour-Vernes  (Louis),  les  Défen- 
seurs de  Genève  à  l'Escalade, 
197. 
*Dumaine     (Alfred     Chilhaud-), 
chargé   d'affaires  en  Bavière, 

463. 
*Dupont-Ferrier  (Gustave),  offi- 
cier d'Académie,  270;  les  offi- 
ciers royaux  des  bailliages  et 
sénéchaussées,  178. 
*  Durand  (Georges),  correspondant 
de  l'Académie  des  inscriptions, 
670;  prix  Fould,  270. 

Du  Roure  (Baron),  Inventaire 
analytique  des  titres  du  châ- 
teau de  Barbegal,  428. 
*Durrieu  (Paul),  officier  de  l'Ins- 
truction publique,  270.  —  Dis- 
cours sur  la  mort  de  A.  de 
Barthélémy,  316. 
*Duvernoy  (Emile),  docteur  es 
lettres    672. 

Ébrard  (Jean).  —  Voir  Saint- 
Sulpice. 

École  des  chartes.  —  Examens 
de  lin  d'année,  458,  689.  — 
Nominations  :  d'un  membre 
du  Conseilde  perfectionnement, 
666;  —  de  professeur,  463;  ~ 
d'élèves,  664.  —  Thèses,  258, 
665.  —  L'École  des  chartes 
devant  le  Sénat,  270.  —  L'École 
et  les  pouvoirs  publics,  273. 
Opinion  de  M.  Joseph  Cuve- 
lier,  675.  —  Voir  Société  de 
l'École  des  chartes. 

*Emanuelli  (François),  archiviste 
paléographe,  259;  bibliothé- 
caire-archiviste de  Cherbourg, 
672. 

*Engerand  (Louis),  archiviste  pa- 
léographe, 259. 

Escalade  de  Genève,  197. 

Espagne.  Ambassade  de  Jean 
Ebrard,  594. 

*Espinas    (Georges),    officier    de 

l'Instruction  publique,  670. 

Faculté   de  théologie  de  Paris, 

416. 
Fastolf  (Beau-fils  de).   —  Voir 
Scrope  (Stephen). 


Féret,  la  Faculté  de  théologie  de 
Paris,  416. 
*Finot  (Jules).  —  Compte  rendu  : 
Descartes,  directeur  spirituel, 
216. 

Flach  (Jacques),  les  Origines  de 
l'ancienne  France,  174. 

Fouilles  archéologiques  (Société 
française  de),  466. 

Fournival  (Richard  de).  —  Voir 
Richard. 

France.  Formation  de  l'unité 
française,  586.  —  Institutions 
politiques  et  administratives, 
398,  399.  —  Médailleurs  et  gra- 
veurs de  monnaies,  606,  608. 

—  Nonces  de  1524  à  1592,  309. 

—  Officiers  royaux  des  bail- 
liages et  sénéchaussées  et  ins- 
titutions monarchiques  locales 
à  la  fin  du  moyen  âge,  178.  — 
Origines,  174.  —  Poésie  lyrique 
au  moyen  âge,  620. 

Fulda  (Abbaye  de).  Manuscrits 
carolingiens  à  miniatures,  355. 

Funck- Brentano    (  Frantz  ).    — 
Compte  rendu   :   les  Origines 
de  l'ancienne  France,  174. 
*Galabert    (François),    archiviste 
de  Toulouse,  672. 

Galanti  (Andréa),   la  Condiziom 

giuridica  délie  cose  sacre,  402. 
*Gandilhon  (Alfred),  archiviste  du 
Cher,  269.  —  Compte  rendu  ; 
Histoire  de  la  principauté  de 
Boisbelle-Henrichemont,  425. 

*  Gauthier  (Léon-Charles),  officier 

d'Académie,  670. 

Gautier  (Jean),  Nos  bibliothèques 
publiques,  409. 

Genève  (L'Escalade  de),  197. 
*Gerbaux  (Fernand),  sous-chef  de 
section  aux  Archives  natio- 
nales, 672. 
*Germiny  (Comte  Maxime,  de), 
trésorier  de  la  Société  de  l'Ecole 
des  chartes,  269. 

Gilles  de  Chin,  203. 

Gilles  deCorbeil,  618. 

Gillion  de  Trazeguies,  209. 

*  Girard    (Joseph),    bibliothécaire 

adjoint  de  la  ville  de  Rouen, 
269. 
Gislebert  de  Mous,  Chronique, 
404. 


708 


TABLE    ALPHABETIQUE. 


Glasson  (E.),  Histoire  du  droit  et 
des  institutions  de  la  France, 
399. 

Gossart  (Ernest),  Antoine  de  La 
Salle,  211. 

*  Grand    (E. -Daniel).  —   Compte 

rendu  :  Célestin  Port,  221. 

Grente  (Abbé Georges),  Jean  Ber- 
taut,  215. 

Guelfes.  Origine,  432. 
*Guérin  (Paul),  Recueil  de  docu- 
ments concernant  le   Poitou, 
423. 
*Guigue    (Georges).  —  Un   Bis- 
marck du  xiv^  siècle,  688. 

Guillaume  de  Chartres  (Lettre  de 
saint  Louis  expédiée  par),  310. 

*  Halphen  (Louis),  archiviste  pa- 

léographe,   259  ;    membre    de 
l'École  française  de  Rome,  670. 

Hauréau  (Barthélémy),  Notice 
des  manuscrits  latins  583,  etc., 
de  la  Bibliothèque  nationale, 
615. 

Havet  (Louis).  —  Fragments  de 
son  discours  à  la  séance  pu- 
blique de  l'Académie  des  ins- 
criptions sur  H.  Wallon,  661  ; 
sur  A.  de  Barthélémy,  663  ; 
sur  le  concours  Gobert,  667. 

Henri  II,  Diplomata,  192. 

Henri  YII,  empereur,  196. 
*Henriot  (Gabriel-L.),   archiviste 

paléographe,  259. 
*Herbomez  (Armand  d').  —  Comp- 
te rendu  :  Le  duc  et  la  duchesse 
de  Bournonville,  605. 
*Héron  de  Villefosse  (Antoine). 
—  Discours  sur  la  mort  de 
A.  de  Barthélémy,  461. 

Heures  de  Jacques  Cœur,  126. 

Hilduin  (Les  abbés)  au  ix«  siècle, 
530. 

Hommages  (Livres  d').  —  Voir 
Lchnbûclier. 

Hospitaliers  en  Terre  Sainte  et  à 

Chypre,  433. 
*Huet  (Gédéon),  officier  de  l'Ins- 
truction publique,  670. 
*Imbert  (Léo),  archiviste  de  Tarn- 
et-Garonne,  269. 

Inscription  de  l'hôtel  Lallemant 
à  Bourges,  190. 

Institut  historique  autrichien, 
680. 


Institutions  :  monarchiques  lo- 
cales en  France  à  la  tin  du 
moyen  âge,  178;  politiques  et 
administratives  de  la  France, 
398,  399. 

Italie  méridionale.  Art,  413. 

Jacques  Cœur.  —  Voir  Cœur. 
*Jacqueton  (Gilbert).  —  Comptes 
rendus  :  Les  monuments  arabes 
de  Tlemcen,  611  ;  Sports  et 
jeux  d'adresse,  219. 
*Jarry  (Eugène).  —  Compte  rendu  : 
Niccolô  Spinelli  da  Giovinazzo, 
199. 

Jean  Courtecuisse.  —  Voir  Cour- 
tecuisse. 

Jean  le  Bel  (Observations  sur  un 
passage  de  la  chronique  de). 
683. 

Jean  de  Luxembourg.  Acte  de 
1340,  190. 

Jeanroy  (Alfred),  Les  origines  de 
la  poésie  lyrique  en  France  au 
moyen  âge,  620. 

Jeux  d'adresse,  219. 

Jorga  (N.),  Notes  et  extraits  pour 
servir  à  l'histoire  des  croisades 
au  xv«  siècle,  201. 
*Labande  (Léon-Honoré).  —  i\n- 
toine  de  La  Salle,  55,  321.  — 
Comptes  rendus  :  Andegavia- 
na,  420;  Documents  nouveaux 
sur  le  stialium  d'Urbain  V  à 
Trets,  429;  Inventaire  ana- 
lytique des  titres  du  château 
de  Barbegal,  428;  Le  Poil, 
431;  Notice  et  documents  sur 
la  maison  des  Repenties  à 
Avignon,  429;  Recherches  et 
documents  sur  l'Orphanotro- 
phium  de  Grégoire  XI  à  Avi- 
gnon, 429;  Su  l'origine  délia 
parle,  guelfa,  432. 

*Lacaille  (Henri),  décédé,  401. 

*Lair  (Jules).  — Vœu   relatif  au 
projet  de  loi  portant  réorgani- 
sation des  archives,  673. 
Langlois (Abbé).  —  Rouleau  mor- 
tuaire de  l'an  1231,  310. 

*  Langlois  (Ernest),  prix  La 
Grange,  270;  Table  des  noms 
propres  de  toute  nature  com- 
pris dans  les  chansons  de  geste 
imprimées,  202.  —  Quelques 
œuvres  de  Richard  de  Fourni- 


TABLE   ALPHABETIQUE. 


709 


val,  401.  —  Comptes  rendus  : 
Antoine  de  La  Salie,  211;  L'au- 
teur des  XV  joyes  de  mariage, 
213;  Étude  sur  la  langue  de 
frère  Angier,  621  ;  Gilles  de 
Ghin,  203;  Origines  de  la  poé- 
sie lyrique  en  France  au  moyen 
âge,  620;  Origine  et  parler  des 
Canadiens  français,  621  ;  Le 
roman  de  Gillion  de  Traze- 
gnies,  209. 
Langue  des  Canadiens  français, 

621. 
*Lanore  (Maurice),  archiviste  des 
Basses-Pyrénées,  672  ;  officier 
d'Académie,  670. 
Laon  (Saint-Vincent  de).  Gartu- 

laire,  183. 
*La  Roncière  (Charles  Bourel  de). 
—   Le    premier    routier-pilote 
de  Terre-Neuve,  116. 
La   Salle   (Antoine  de).   —  Vie 
et    relations    avec    la    maison 
d'Anjou,   55,  321.  —  Vie  et 
œuvres,  211 . 
Lasalle-Serbat.  —  Voir  Serbat. 
*Lasteyrie    (Comte    Robert    de), 
membre  de  la  commission  de 
publication   de  la  Société    de 
l'École  des  chartes,  269;  mem- 
bre   du    Conseil   supérieur  de 
l'Instruction     publique,    270; 
vice-président    de    la    Société 
française  des  fouilles  archéolo- 
giques, 466. 
Laval  (La  maison  de),  417. 
Lay.  Marais  du  x"^  au  xvi«  siècle, 
600. 
*LeCacheux  (Paul),  officier  d'Aca- 
démie, 670. 
*Ledos  (Eugène-Gabriel),  membre 
adjoint  de   la  commission  de 
publication   de  la  Société   de 
l'École    des   chartes,   269.  — 
Comptes  rendus   :   Au    temps 
de  la  Pucelle,  591;  Gartulaire 
montpelliérain  des  rois  d'Ara- 
gon,  603;    Enquêtes    campa- 
naires,  609;  Manuel  de  paléo- 
graphie, 407  ;  Les  Samnagenses, 
603. 
*Lefèvre  (André),  décédé,  663. 
*Lefèvre-Pontalis  (Eugène),  mem- 

1904 


bre  de  la  commission  de  comp- 
tabilité de  la  Société  de  l'École 
des  chartes,  269. 
*Lefranc    (Abel),    professeur    au 
Collège  de  France,  269. 

Legg   (J.   Wickham),    Tracts   on 
ihe  mass,  ljl7. 
*Legrand    (Théodoric),  archiviste 
paléographe,  259. 

Lehnbûcher  [Die  deutschen),  195. 
*Lelong   (Eugène),   membre  d'un 
Comité     pour    la    publication 
d'une  collection  de  cartulaires, 
467  ;  Gélestin  Port,  221  ;  Con- 
seil  de  commerce  et   Bureau 
du  commerce,  595. 
*Leraaitre     (Henri).   —    Comptes 
rendus  :  La  chronique  de  Gis- 
lebert  de  Mons,  404  ;  Commissie 
van  advies  voor's  Rijks  gescfued- 
kundige  publicatiën,  605  ;  l'Uro- 
logie, 618. 
*Lemoisne  (Paul-André),  officier 

d'Académie,  463. 
*Léonardon    (Henri).  —  Compte 
rendu  :  Ambassade  en  Espagne 
de  Jean   Ébrard,  seigneur  de 
Saint-Sulpice,  594. 

Le  Poil  (Basses-Alpes),  431. 
*Lesort  (André),  La  succession  de 
Charles  le  Téméraire  à  Cam- 
brai, 182. 

Lettre  de  saint  Louis,  310. 

Liégeois    (Camille),    Gilles    de 
Ghin,  203. 

Lieutaud  (V.),  Le  Poil,  431. 

Lippert    (Woldemar),   Die   deut- 
schen Lehnbûcher,  195. 

Livres  nouveaux,  223,  434,  622. 

Lombard  (Pierre).  —  Voir  Pierre 
Lombard. 

Longnon  (Auguste),  Documents 
relatifs  au  comté  de  Cham- 
pagne et  de  Brie,  597;  De  la 
formation  de  l'Unité  française, 
586. 
*  Longnon  (Henri),  archiviste  pa- 
léographe, 259.  —  Compte 
rendu  :  Jean  Bertaut,  215. 

Lortie  (Stanislas- A.),  Origine  des 
Canadiens  français,  621. 

*Lot   (Ferdinand),  membre  de  la 
commission  des  mémoires  de 

40 


MO 


TABLE   ALPHABETIQUE. 


la  Société  de  l'École  des  char- 
tes, 269;  membre  d'un  Comité 
pour  la  publication  d'une  col- 
lection de  cartulaires,  467; 
docteur  es  lettres ,  672  ;  pre- 
mier prix  Gobert,  270,  667. 

Louis  (Saint) ,  Lettre  expédiée 
par  Guillaume  de  Chartres, 
310. 

Louis  XI  et  le  saint-siège,  592. 

Lussaudière.  —  Voir  Pandin  de 
Lussaudière. 

Maine-et-Loire.  État  en  1800, 
420. 

'Maître  (Abel),  Cartulaire  de  l'ab- 
baye de  Sainte-Croix  de  Quim- 
perlè,  599. 

'Mandrot  (Bernard  de),  officier  de 
l'Instruction  publique,  270. 

'^Manteyer  (Georges  Pinet  de), 
membre  d'un  Comité  pour  la 
publication  d'une  collection  de 
cartulaires,  467. 

Manuscrits  :  carolingiens  à  mi- 
niatures de  l'abbaye  de  Fulda, 
355  ;  —  des  œuvres  de  Bran- 
tôme, 5,  687;  —  latins  de  la 
Bibliothèque  nationale,  615.  — 
Manuscrit  latin  870  de  la  reine 
Christine,  541.  —  Propositions 
de  loi  sur  la  photographie  des 
manuscrits,  308. 

Marais  de  la  Sèvre-Niortaise  et 
du  Lay,  600. 

Marçais  (Georges),  Les  monu- 
ments arabes  de  Tlemcen,  611. 

Marçais  (William),  Les  monu- 
ments arabes  de  Tlemcen,  611. 

Marne  (Haute-).  Dictionnaire  to- 
pographique, 185. 

"^ Martin  (Germain),  professeur  à 
la  Faculté  de  droit  de  Dijon, 
269. 

'Martin-Chabot  (Pernand),  mem- 
bre de  l'École  française  de 
Rome,  670. 

'Mas  Latrie  (René  de),  décédé, 
260. 

Massé.  —  Extrait  de  son  rapport 
sur  le  budget  des  beaux-arts, 
277. 

'Mazerolle  (Fernand),  les  Médail- 
leurs  français,  606. 


Mazières-Mauléon  (Vicomte  Hen- 
ri de),  Le  régime  municipal  en 
Berry,  186. 
Médailleurs  français,  606,  608. 
Mémoires  de  Philippe  de  Com- 

mynes,  405. 
Messe.  Tracts  on  the  mass,  617. 

*Meyer  (Paul),  membre  du  Conseil 
supérieur  de  l'Instruction  pu- 
blique, 270.  —  Discours  aux 
obsèques  d'Auguste  Molinier, 
260.  —  Observations  sur  le 
projet  de  réorganisation  des 
archives,  306. 

*MicheIi  (Léopold),  archiviste  pa- 
léographe, 259. 

*Mirot  (Léon),  , secrétaire  de  la 
Société  de  l'Ecole  des  chartes, 
2G9._ 

*  Molinier  (Auguste),  membre  de 
la  commission  des  mémoires 
de  la  Société  de  l'Ecole  des 
chartes,  269;  décédé,  260.  666. 

*Mondain-Monval    (Jean),   archi- 
viste paléographe,  259. 
Monétaire  (Politique)  de  Philippe 

le  Bel,  586. 
Monnaies  (Graveurs  de)  en  France, 
608. 

*Monod  (Bernard),  archiviste  pa- 
léographe, 259;  membre  de 
l'École  française  de  Rome,  670; 
décédé,  664. 
Monogramme  carolingien.  Ori- 
gines byzantines,  685. 
Montpellier.  Cartulaire  des  rois 
d'Aragon,  603. 

*Moranvillé  (Henri).  —  Observa- 
tions sur  un  passage  de  la 
chronique  de  Jean  le  Bel,  583. 
—  Comptes  rendus  :  Die  deut- 
schen  Leknbûcker,  195;  Kaiser 
Heinrich  Vil,  196;  Recherches 
sur  divers  services  publics  du 
xHi»  au  xvn«  siècle,  586. 

*Morel  (Octave),  officier  d'Acadé- 
mie, 670. 

*Morel-Fatio  (Alfred),  membre  de 
la  commission  des  mémoires 
de  la  Société  de  l'École  des 
chartes,  269. 

*Mortet     (Charles).    —    Compte 


TABLE    ALPHABETIQUE. 


7  H 


rendu  :  Nos  bibliothèques  pu- 
bliques, 409. 

Moyen  âge  (Répertoire  des  sources 
historiques  du),  465. 

Municipal  (Régime)  en  Berry, 
186. 

Musées  nationaux  (L'Ecole  des 
chartes  et  les),  277. 

*  Musset  (Georges),  prix  Loubat, 

270. 
Nage?  (L'oppidum  de),  603. 
Nève    (Joseph),  Antoine   de  La 

Salle,  2H. 
Nonces   envoyés   en   France   de 

1524  à  1592,  309. 

*  Normand  (Jacques),  prix  Lam- 

bert, 669. 
*Omont  (Henri),  membre  de  la 
corn. mission  de  publication  de 
la  Société  de  l'École  des  chartes, 
269;  membre  du  Comité  des 
travaux  historiques  de  la  ville 
de  Paris,  269;  correspondant 
de  l'Académie  des  sciences  de 
Bavière,  670.  —  Bulles  ponti- 
ficales sur  papyrus  (ix^-xi»  s.), 
575.  —  Diplômes  carolingiens, 
bulle  du  pape  Benoit  VIII  sur 
papyrus  et  autres  documents 
concernant  les  abbayes  d'Amer 
et  de  Gamprodon,  364.  —  Dis- 
cours sur  la  mort  de  A.  de 
Barthélémy,  317.  —  Notice  sur 
les  manuscrits  originaux  et  au- 
tographes des  œuvres  de  Bran- 
tôme conservés  à  la  Biblio- 
thèque nationale,  5,  687. 

Orphanotrophium  de  Grégoire  XI 
à  Avignon,  429. 

Palatine  (Princesse).  —  "Voir 
Anne,  princesse  palatine. 

Paléographie  (Manuel  de),  407. 

*  Pandin  de  Lussaudière  (J.),  ar- 

chiviste paléographe,  259. 
Papes.  Bulles  sur  papyrus  (ix^- 

xi«  siècles),  575. 
Papyrus  (Bulles  pontificales  sur), 

575. 
Paris.  Faculté  de  théologie,  416. 

*  Paris  (Gaston).  Notice  sur  sa  vie 

et  ses  travaux,  141. 
Pays-Bas,  Commissie  van  advies 


voor's  Rijks  geschiedkundUje  pu- 

blicatiën,  605. 
*Pélissier    (Edmond),    archiviste 

paléographe,    259;    archiviste 

de  l'Ariège,  672. 
Péril  (Le)  national,  591. 
*Périnelle  (Georges),  ses  travaux 

à  l'École  de  Rome,  070. 
*Pérouse  (Gabriel),  docteur  es  let- 
tres, 672. 
Persecutione  (De)  ecclesiw  de  Pierre 

d'Ailly,  557. 

*  Petit -Dutaillis     (Charles).     — 

Compte  rendu  :  Recueil  des 
documents  concernant  le  Poi- 
tou, 423. 

Pétrarque,  Fragments  d'un  ma- 
nuscrit du  canzoniere,  463. 

Pétrarque  (Le  frère  de)  et  le  livre 
du  repos  des  religieux,  218. 

Philippe-Auguste  et  Raoul  d'Ar- 
gences,  abbé  de  Fécamp,  390. 

Philippe  le  Bel  (Politique  moné- 
taire de),  586. 

Philippe  de  Commines.  —  Voir 
Commines. 

Pierre  d'Ailly.  —  Voir  Ailly. 

Pierre  Lombard.  —  Charte  pour 
les  chanoines  de  Saint-Cloud, 
686. 

Poésie  lyrique  en  France  au 
moyen  âge,  620. 

*  Poète  (Marcel),  conservateur  ad- 

joint de  la  bibliothèque  de  la 
ville  de  Paris,  269. 
Poitou    (Documents    concernant 

le),  423. 
Pope  (Mildred  K.),  Etude  sur  la 
langue  de  frère  Angier,  621. 

*Porée  (Charles),  officier  d'Acadé- 
mie, 670. 

*Port  (Célestin),  221. 

*Poupardin  (René),  membre  d'un 
Comité  pour  la  publication 
d'une  collection  de  cartulaires, 
467;  Gartulaire  de  Saint- Vin- 
cent de  Laon,  183.  —  Origines 
byzantines  du  monogramme 
carolingien,  685. 

*  Prinet  (Max),  officier  d'Académie, 

270. 
*Prou  (Maurice),  membre   de  la 
commission  des  mémoires  de 


712 


TABLE    ALPHABETIQUE. 


la  Société  de  l'École  des  char- 
tes, 269;  membre  d'un  Comité 
pour  la  publication  d'une  col- 
lection de  cartulaires,  467; 
Manuel  de  paléographie.  Re- 
cueil de  fac-similés,  407.  — 
Vœu  relatif  au  projet  de  loi 
portant  réorganisation  des  ar- 
chives, 673.  —  Compte  rendu  : 
Heinrici  II  et  Arduini  diplo- 
mata,  192. 

Provins  (Bailliage  de).  Rôle  et 
taxes  des  iiefs  de  l'arrière-ban 
en  1587,  184. 

Puyvallée  (Bengy-).  —  Voir 
Bengy-Puy  vallée. 

Quimperlé  (Abbaye  de  Sainte- 
Croix  de).  Gartulaire,  599. 

Quinze  joies  de  mariage  (L'au- 
teur des),  213. 

Raoul  d'Argences,  abbé  de  Fé- 
camp,  et  Philippe-Auguste, 
390. 

Reinach  (Salomon).  —  E.xlrait 
de  son  rapport  sur  le  concours 
des  Antiquités  nationales,  668. 

Relirjiosorum  [De  otio)  de  Pétrar- 
que, 218. 

René  d'Anjou  (Le  roi),  précur- 
seur de  l'art  français,  218. 

Repenties  (Maison  des)  à  Avignon, 
429. 

Ribier  (L.  de),  Charlus-Champa- 
gnac,  427. 

*  Richard  (Alfred),  deuxième  prix 

Gobert,  270,  667. 

*  Richard  (Jules-Marie).  —  Compte 

rendu  :  La  maison  de  Laval, 
417. 

Richard  (P.),  Une  correspon- 
dance diplomatique  de  la  curie 
romaine  à  la  veille  de  Mari- 
gnan  (1515),  593. 

Richard  de  Fournival.  Œuvres, 
101. 

Rivard  (Adjutor),  Parler  franco- 
canadien,  621. 
*Rocquain  (Félix),  archiviste  en 
retraite,  672. 

Romano  (G.),  Niccolô  Spimlli  da 
Giovinazzo,  199. 

Rondot  (Natalis),  Les  raédailleurs 
et  les  graveurs  de  monnaies, 


jetons  et  médailles  en  France, 
608. 
*Rouchon    (Gilbert).  —   Compte 
rendu  :  Gharlus-Champagnac, 
427. 

Rouleau  mortuaire  de  l'année 
1231,  310. 

Routier-pilote  de  Terre-Neuve, 
116. 
*Roy  (Jules),  président  de  la  So- 
ciété de  l'École  des  chartes, 
269.  —  Discours  aux  obsèques 
d'Auguste  Molinier,  264. 

Saint-Gloud.  Chanoines.  Charte 
de  l'évêque  Pierre  Lombard, 
686. 

Saint-Pol-de-Léon.  Ancien  bré- 
viaire, 537. 

Saint-siège  (Louis  XI  et  le),  592. 

Saint-Sulpice  (Jean  Ébrard,  sei- 
gneur de).  Ambassade  en  Es- 
pagne, 594. 
*  Samaran  (Charles),  archiviste  aux 
Archives  nationales,  463  ;  ses 
travaux  à  l'École  de  Rome,  671 . 

Scrope  (Stephen).  —  Son  éloge 
du  duc  de  Berry,  686. 

Sénéchaussées  (Officiers  royaux 
des)  à  la  fin  du  moyen  âge,  178. 
*Sepet  (Marins),  prix  Therouanne, 
270;  Au  temps  de  la  Pucelle, 
591. 
*Serbat  (Louis  Lasalle-),  secrétaire 
adjoint  de  la  Société  de  l'École 
des  chartes,  269  ;  officier  d'Aca- 
démie, 670. 

Sèvre-Niortaise,  Marais  du  x'^au 
xvie  siècle,  600. 

Simyan.  —  Extraits  de  son  rap- 
port sur  le  budget  de  l'Instruc- 
tion publique,  relatifs  :  à 
l'École  des  chartes,  273;  aux 
Archives,  296. 

Société  de  l'École   des  chartes, 

^  269,  673. 

Société  française  de  fouilles  ar- 
chéologiques, 466. 
*Soyer  (Jacques),  archiviste  du 
Loiret,  269;  les  Actes  des  sou- 
verains, antérieurs  au  xv«  siè- 
cle, conservés  dans  los  archives 
départementales  du  Cher,  190; 
Actes  inédits  au  nom  de  Jean 
de  Luxembourg  et  de  Béatrice, 


TABLE    ALPHABETIQUE. 


H3 


roi  pt  reine  de  Bohème  (1340 
et  1342),  190;  les  Fossata  Ro- 
manorum  du  Castrum  Bituri- 
cense,  190;  Note  sur  une  ins- 
cription de  l'hôtel  Lallemant  à 
Bourges,  490.  —  Compte  ren- 
du :  Le  Régime  municipal  en 
Berry,  186. 

Spinelli  (Niccolà)  (la  Giovinazzo, 
199. 

Sports  et  jeux  d'adresse,  219. 
*Stein  (Henri),  membre  d'un  Co- 
mité pour  la  publication  d'une 
collection  de  cartulaires,  467  ; 
quatrième  médaille  au  concours 
des  Antiquités  nationales,  270, 
669.  —  Comptes  rendus  :  Les 
Médailleurs  et  graveurs  de 
monnaies,  jetons  et  médailles 
en  France,  608  ;  les  Médailleurs 
français  du  xv  siècle  au  milieu 
du  x"yii«,  606;  Notes  et  extraits 
pour  servir  à  l'histoire  des  croi- 
sades au  xve  siècle,  201  ;  La 
succession  de  Charles  le  Témé- 
raire à  Cambrai,  182. 

Studium  d'Urbain  V  à  Trets,  429. 

Swarte  (Victor  de).  Descartes, 
directeur  spirituel,  216. 

*  Tardif  (Joseph),  membre  adjoint 

de  la  commission  de  publica- 
tion de  la  Société  de  l'École 
des  chartes,  269  ;  officier  d'Ins- 
truction publique,  670. 

Terre-Neuve  (Le  premier  routier- 
pilote  de),  116. 

Terre  Sainte  (Hospitaliers  en), 
433. 

*  Thomas  (Antoine),  membre   de 

l'Académie  des  inscriptions, 
670;  membre  du  Conseil  de 
perfectionnement  de  l'Ecole 
des  chartes,  666  ;  membre  d'un 
Comité  pour  la  publication 
d'une  collection  de  cartulaires, 
467. 
Tlemcen,  Monumentsarabes,  611 . 

*  Travers  (Emile).  —  Vœu  relatif 

au  projet  de  loi  portant  réorga- 
nisation des  archives,  673. 
Trets-Manosque,  Studium  d'Ur- 
bain V,  429. 
*Trudon  des  Ormes  (Amédée).  — 


Compte  rendu  :  la  Faculté  de 
théologie  de  Paris,  416. 
*Tuetey  (Alexandre),  chef  de  sec- 
tion aux  Archives  nationales, 
672. 
Turin.    Bibliothèque,    incendie, 

132,681. 
Unité   française    (Formation   de 

1'),  586. 
Urbain  V  {Studium  d')  à  Trets, 

429. 
Urologie  dans  la  médecine  an- 
cienne, 618. 
Uzureau  (Abbé  F.),  Andegaviana, 
etc.,  420. 
*Vaesen    (Joseph).    —    Comptes 
rendus  :  Conseil  de  commerce 
et  Bureau  de  commerce,  595; 
Louis   XI    et    le    saint-siège, 
592;  Mémoires  de  Phihppe  de 
Commines,  405;   Les  officiers 
royaux  des  bailliages  et  séné- 
chaussées, 178. 
*  Valois  (Noël),  vice-président  de 
la  Société  de  l'École  des  chartes, 
269  ;  membre  de  la  commission 
des  Mémoires,  269.  —  Un  ou- 
vrage inédit  de  Pierre  d'Ailly, 
le  De  Persecutione  ecclesias,  55'7. 
—  Compte  rendu  :  Le  frère  de 
Pétrarque  et  le  livre  du  repos 
des  religieux,  218. 
Vatican.  Manuscrit  latin  870  de 
la  reine  Christine,  541. 
*Vernier  (Jules),  officier  de  l'Ins- 
truction publique,  270. 
*Viard   (Jules),   officier  de  l'Ins- 
truction    publique,     670.     — 
Comptes    rendus   :    Actes   des 
souverains  dans   les    archives 
du  Cher,  190;  Actes  inédits  de 
Jean    de    Luxembourg   et    de 
Béatrice,  190;  Dictionnaire  to- 
pographique   du   département 
de  la  Haute-Marne,  185;  Do- 
cuments relatifs  au  comté  de 
Champagne  et  de  Brie,  597  ; 
De    la    formation    de    l'Unité 
française,  586;  Les  Fossata  Ro- 
nianorum.  du  Castrum  Bitiiri- 
cense,    190;    Du    mouvement 
communal   dans  le  comté  de 
Champagne,  598  ;  Note  sur  une 
inscription   de    l'bôtel    Lalle- 


7\ 


TABLE    ALPHABETIQUE. 


mant  à  Bourges,  190;  Notice 
des  manuscrits  latins  583,  etc., 
de  la  Bibliothèque  nationale, 
615;  Rôle  et  taxes  des  fiefs  de 
l'arrière-baa  de  Provins  en 
1587,  184. 
*  Vidier  (Alexandre),  membre  d'un 
Comité  pour  la  publication 
d'une  collection  de  cartulaires, 
467.  —  Discours  aux  obsèques 
d'Auguste  Molinier,  267. 


Vieillard  (G.),  l'Urologie  et  les 
médecins  urologues  dans  la 
médecine  ancienne,  618. 

Villermont  (Comtesse  Marie  de), 
Le  duc  et  la  duchesse  de  Bour- 
nonville  et  la  cour  de  Bruxelles, 
605. 
*Viûllet  (Paul),  Histoire  des  insti- 
tutions politiques  et  adminis- 
tratives de  la  France,  398. 

Wallon  (Henri),  décédé,  661. 


Nogent-le-Rotrou,  imprimerie  Dacpeley-Gouvernedr. 


D 

111 

B5 

t.  65 


Bibliothèque  de  1» École 
des  chartes 


PLEASE  DO  NOT  REMOVE 
CARDS  OR  SLIPS  FROM  THIS  POCKET 


UNIVERSITY  OF  TORONTO  LIBRARY 


;OWN  BrOSLtd 

BOOKBINDERS, 
STATIONERS,   ETC.